Aujourd'hui, on va changer de méthode à l'occasion des sorties la même semaine des épisodes de Guardians of the Galaxy et de The Avengers, respectivement écrits et dessinés par Jackson Lanzing & Collin Kelly / Kev Walker et Jed MacKay / C.F. Villa. Pourquoi ce tire groupé ? Parce qu'en vérité ces deux séries résument ce qui ne fonctionnent pas dans les team books de chez Marvel, appliquant peu ou prou les mêmes recettes pour des résultats semblables.
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vendredi 11 août 2023
GUARDIANS OF THE GALAXY #5, de Jackson Lanzing & Collin Kelly et Kev Walker / THE AVENGERS #4, de Jed MacKay et C.F. Villa
Commençons donc par Guardians of the Galaxy #5, du trio Lanzing-Kelly / Walker. Cet épisode promettait le face-à-face entre les héros et la menace Grootfall. C'est effectivement le cas. Mais est-ce satisfaisant ?
Pas besoin de résumer ce numéro : l'intrigue, ou ce qui en tient lieu, tiendrait sur un post-it, avec les Gardiens enfin rassemblés (dans cette configuration : Peter Quill.Star-Lord, Drax, Gamora, Mantis, Nebula et Rocket Raccoon) qui vont confronter le danger incarné par Grootfall, une sorte d'énorme boule de feu et de bois ayant l'apparence de Groot et qui dévaste tout sur son passage.
Dans le précédent épisode, Star-Lord réussissait à entrer en contact avec une des émanations de Groot qui lui commandait de réunir l'équipe si elle voulait avoir une réponse concernant Grootfall. Rocket réintégré, on pouvait donc légitimement attendre des révélation. Peine perdue. Jackson Lanzing & Collin Kelly répètent le même procédé depuis le début de leur run avec une narration décompressée à l'extrême, de l'action spectaculaire mais uniquement là pour retarder l'échéance et une caractérisation sommaire (tous les personnages sans exception tirent une gueule d'enterrement, s'expriment de manière laconique et interagissent au minimum).
Le dessinateur Kev Walker est un excellent artiste, aguerri, mais qui dispose visiblement d'un script sommaire et il est donc logique de voir dans ce numéro un nombre abondant de doubles pages destinés à montrer soit un groupe de personnages réunis dans un même lieu, soit la démonstration d'une puissance dévastatrice dans l'espace face à laquelle les personnages ne semblent en aucune manière capable de faire quoi que ce soit.
On passe à The Avengers #4 qui s'avère étonnamment ressemblant sur le fond et la forme à Guardians of the Galaxy. Les deux séries ont d'ailleurs été relancées quasiment au même moment et il est commode d'y voir une uniformisation de la production chez Marvel, même si, à la base, la série de Jed MacKay et C.F. Villa prenait le relais d'un long run par Jason Aaron et que les Avengers sont des personnages beaucoup plus importants commercialement.
Jed MacKay est le scénariste qui monte chez Marvel, suffisamment en tout cas pour que l'éditeur lui confie un de ses titres les plus exposés. Pourtant, jusqu'à présent, il a surtout écrit des héros mineurs comme Black Cat ou Moon Knight. Mais il s'est engagé dans une histoire à la démesure des Avengers, convoquant Kang le conquérant et de mystérieux nouveaux vilains inédits à la puissance de feu considérable. Un paradoxe en soi car comment de tels adversaires ont pu ne jamais être remarqués auparavant ?
C.F. Villa est comme MacKay quelqu'un qu'on n'attendait pas sur un pareil blockbuster puisque, jusqu'à présent, lui aussi s'est illustré sur des titres de seconde main (dont Black Cat de MacKay) ou comme doublure (sur X-Men de Gerry Duggan, où il suppléait Pepe Larraz en alternance avec Javier Pina). Il fait parler la poudre avec, comme Kev Walker, un nombre élevé de splash-pages pour démontrer que les affrontements sont dantesques et les héros malmenés.
Maintenant, faisons le point sur ces deux épisodes, ces deux séries. En cinq et quatre épisodes, on ne peut pas dire qu'on a beaucoup progressé dans les histoires. Lanzing & Kelly ont été assez malins en situant leur série puisque les Gardiens de la galaxie se sont séparés pendant un an suite à un drame dont on ignore tout - mais qui a un lien évident avec la "mort" de Groot. En même temps, ce genre d'astuce devient une norme chez Marvel depuis plusieurs mois car plusieurs titres (re)démarrent en montrant des personnages complètement minés après une catastrophe qu'on révélera plus tard.
Du côté de Avengers, MacKay prend la suite de Aaron qui avait conclu son run de manière aussi grandiloquente que brouillonne. Comme son prédécesseur, MacKay a composé ses Avengers de façon à en faire un groupe surpuissant, avec de gros calibres comme Captain Marvel, Thor, Scarlet Witch, et des éléments a priori moins imposants mais non négligeables comme Iron Man, Vision, Black Panther ou Captain America (Sam Wilson). Ce qui frappe, comme j'ai déjà eu l'occasion de le souligner, c'est que ce casting évoque immanquablement celui des Avengers du MCU (même si Black Panther et Iron Man sont morts, mais sinon Vision, Scarlet Witch, Captain Marvel, Thor et Captain America/Sam Wilson sont encore actifs). C'est donc comme si désormais le MCU dictait la formation des Avengers, sans possibilité pour le scénariste d'ajouter des éléments surprenants.
Dans les deux cas, les équipes sont donc confrontés à des menaces qui les dépassent nettement. Cela a un objectif simple : entretenir un semblant de suspense auprès du lecteur en tentant de lui faire croire que les héros peuvent être vaincus, voire tués. Mais tout fan un peu expérimenté sait ce que ce n'est qu'un simulacre, une ficelle usée. Justement parce que, d'un côté, les Avengers ne craignent pas grand-chose avec des membres comme Scarlet Witch ou Thor, et, de l'autre, parce que les Gardiens de la galaxie ont affaire à une version de Groot, l'un des leurs (sans compter que le dernier film mettant en scène les Gardiens les a remis sur le devant de la scène, donc il serait idiot de les éliminer dans les comics).
On a beaucoup reproché il y a quelques années à Brian Michael Bendis la longévité de son run sur la franchise Avengers puis sur Guardians of the Galaxy et son système narratif, avec des arcs en six n°, formatés pour les recueils, reprenant parfois les mêmes motifs dramatiques. Il était aussi critiqué pour la force de ses débuts d'histoire qui aboutissaient à des fins décevantes.
Mais peut-on honnêtement dire que ce que que Jed MacKay et Jackson Lanzing & Collin Kelly font mieux ? La narration est encore plus décompressée puisque en cinq et quatre épisodes, l'intrigue n'a rien révélé de consistant, et que les conclusions semblent courues d'avance (victoire et réconciliation).
Graphiquement les deux séries ont des atouts même s'il me semble évident que Guardians... dispose avec Kev Walker d'un artiste plus audacieux et complet que CF Villa. Pour les amateurs d'images qui tabassent, en tout cas, c'est un festin. Mais leurs dessins soulignent surtout par leur aspect grandiloquent la vacuité des récits. Tout ou presque repose sur la force des planches puisque la narration avance lentement.
Je sors à chaque fois de ces séries avec le sentiment que finalement il n'y a pas grand-chose à en retenir. J'ai rarement eu autant l'impression que ce qui était raconté en autant de pages aurait dû l'être en moitié moins de planches. Récemment, je suis revenu sur le run de Jeff Parker - Kev Walker - Declan Shalvey sur Thunderbolts et j'ai commencé la lecture de l'omnibus de ce même titre par Kurt Busiek et Mark Bagley, et je suis saisi par la densité de ces titres par rapport à Guardians of the Galaxy et The Avengers actuellement. Là où Parker et Busiek ne laissaient aucun répit au lecteur, les bombardaient d'informations, soutenus par des artistes déchaînés, MacKay, Lanzing & Kelly donnent la sensation d'en garder énormément sous le pied comme s'ils craignaient que leurs intrigues ne suffisent pas à combler un arc en six épisodes.
Ce constat, je le fais depuis des années maintenant et il reflète, à mes yeux, une faiblesse dans l'écriture.
Il y a encore du talent dans "la maison des idées" , mais plus autant qu'il y a dix-quinze ans. On pouvait apprécier ou détester ceux qui étaient en place alors, mais au moins il y avait des personnalités fortes, des façons de raconter singulières. Aujourd'hui, j'ai surtout l'impression que les auteurs s'économisent, développent moins de concepts forts, osent moins. Toutes choses qui se traduisent concrètement dans les comics par des équipes de héros sans véritable dynamique de groupe, sans récits qui les marquent durablement.
Visuellement, ce n'est pas mauvais, mais si Kev Walker hérite d'histoires faibles, c'est un gâchis. Et CF Villa aurait dû être testé sur plus de titres, avec des difficultés progressives, pour être vraiment prêt aujourd'hui.
En lisant ces deux séries dont je parle ici, je mesure le malaise. Ce n'est que mon ressenti, peut-être que le Marvel actuel comble la majorité des fans de l'éditeur, et que je dois me contenter de quelques pépites et projets liés avant tout à des scénaristes et artistes stars. Mais quand on a grandi nourri au lait de Marvel, difficile de ne pas faire la moue. J'ignore si j'écrirai encore des critiques de The Avengers et Guardians of the Galaxy : j'ai trop le sentiment de perdre du temps et de l'argent et je n'aime pas noircir des pages pour me plaindre.
jeudi 22 juin 2023
THE AVENGERS #2, de Jed MacKay et C.F. Villa
Sans avoir été impressionné par le premier épisode de The Avengers, j'étais curieux tout de même de voir ce que Jed MacKay avait en réserve pour sa reprise de la série. Ce n'est toujours pas renversant, et c'est même curieusement assez mou, comme si le scénariste jouait la montre. Ce n'est même pas non plus super bien dessiné par CF Villa. Et pourtant c'est agréable, curieusement prenant.
Captain Marvel ressort du trou noir dans lequel elle a été englouti en portant dans ses bras Kang, sévèrement blessé. Il lui a transmis une liste d'actions à accomplir pour sauver mille vies en 24 heures. Un test pour des épreuves plus importantes qui attendent les Avengers contre ceux qui ont voulu le tuer.
Les images avec lesquelles j'illustre cette critique ne reflètent qu'à moitié le contenu de ce deuxième épisode de The Avengers, ponctué par des scènes d'action spectaculaires mais aussi très brèves. De fait, c'est une lecture frustrante, mais c'est aussi une volonté assumée par Jed MacKay.
Trop tôt pour affirmer s'il s'agit de ce qui formera la signature de son run, ou du moins de ce premier arc - même si tout laisse à penser que le scénariste va feuilletonner pour développer une intrigue au long cours. En tout cas, c'est assez culotté de démarrer ainsi.
Pour l'instant, tout semble être comme si MacKay respectait un quota : il donne au lecteur son lot d'action, de spectacle, valorisant la puissance et la bienveillance de ses Avengers. Mais il paraît aussi évident que ce n'est que ça : un quota, une sorte de minimum syndical pour rester dans les clous, avant de plus ambitieuses manoeuvres.
Et quoi de plus normal, me direz-vous ? En effet, quand on choisit (ou qu'on vous a imposés) un méchant comme Kang (car tout indique que Marvel a fait le forcing pour que ce soit lui afin de coller à ce qui se prépare dans le MCU), mieux vaut ne pas trop en dire trop vite. Le conquérant est aussi un manipulateur et donc il ne dit évidemment pas tout, même s'il est en piteux état, surpris ou franchement dominé par des adversaires qui le forcent à demander l'aide des Avengers.
A la fin du premier épisode, après leur combat contre Terminus, Captain Marvel était aspirée dans un trou noir et se trouvait face à Kang salement amoché. Il lui livre ici une liste d'actions à accomplir pour sauver mille vies en une journée. Black Panther sauve des civils d'un groupe de l'Hydra, Thor évite un drame avec un train qui déraille, Vision et Iron Man empêchent un avion de ligne de se crasher, et Captain America prend le volant d'un camion transportant des médicaments car le chauffeur est exténué. Les infos de Kang sont correctes et attestent de sa bonne foi.
Certes, tous ces coups d'éclat ne se valent pas et Jed MacKay semble parfois à cours d'idées pour trouver de quoi faire briller ses Avengers (en particulier avec Captain America et le chauffeur routier). Ce n'est pas très encourageant. Ou plutôt ça prouve que le scénariste se réserve pour plus tard. Mais bon, il n'en reste pas moins qu'on aurait aimé un épisode beaucoup plus impressionnant, éprouvant vraiment les Avengers, qui, là, ne forcent pas leurs talents.
Qui plus est, ces sauvetages sont des ponctuations dans ce qui forment le coeur de l'épisode, c'est-à-dire le dialogue entre Captain Marvel et Kang. Celui-ci, gravement blessé, pissant le sang, a quand même la force de faire quelques révélations tout en restant cryptique. Captain Marvel se montre d'abord, légitimement, méfiante, puis baisse la garde et finalement la nouvelle leader des Avengers ne fait que que ça pendant l'épisode. Jed MacKay s'appuie sur le one-shot Incoming publié en 2022, qu'il avait écrit, pour dévoiler un peu ce qui a frappé Kang et ce qui attend les Avengers (en gros un groupe de vilains très puissants et inédits, capables de se déplacer dans l'espace-temps comme le conquérant, et dont il faut attendre des tribulations events - on ne sait pas ce que ça signifie mais c'est censé nous faire frissonner...).
On est donc logiquement(re)parti pour une saga d'envergure et le choix de CF Villa pour illustrer ça n'est pas mal trouvé. Il s'agit d'un dessinateur rapide, jeune, qui n'est visiblement pas impressionné par le fait de dessiner la série. Pourtant, si en qualité de fill-in artist sur X-Men (quand Pepe Larraz ou Javier Pina n'étaient pas dispos), il assurait, là on constate quand même quelques insuffisances.
Certes la partie avec Captain Marvel et Kang se passe dans un endroit proche du néant, donc sans décor, mais on aurait apprécié un peu plus d'effort sur ce plan-là, histoire de souligner la dramatisation du dialogue. Quant au reste, Villa se limite à l'essentiel pour montrer les exploits de l'équipe d'Avengers. Il y a des cases aux dimensions généreuses, mais toujours cette impression d'économie, comme si tout ça avait mis en images rapidement, sans trop d'investissement.
La seule fois où cette impression disparaît au profit d'un découpage un peu plus élaboré, c'est avec la première scène de sauvetage qui met en scène Black Panther contre un commando de l'Hydra. Villa a recours à une pleine page puis un "gaufrier" montrant uniquement les coups portés par le justicier et subis par ses adversaires, ce qui traduit fort bien la rapidité et l'efficacité de T'challa.
En dehors de ça, souvent, on remarque que CF Villa ne se préoccupe pas de flatter les personnages : leur expressivité est limitée, leur langage corporelle dénuée de singularité, et ils sont disposés dans des compositions qui privilégient la lisibilité au dynamisme (quand Vision et Iron Man interviennent sur l'avion qui va se crasher, tout est beaucoup trop figé. Thor est montré une fois le train qui a déraillé stoppé. Etc.). On a souvent l'impression que l'artiste, lui aussi, arrive après la bataille.
Malgré tous ces défauts, faiblesses, lacunes, The Avengers a quelque chose d'étonnamment prenant. On a envie de savoir ce qui va arriver, on espère être surpris, on souhaite vibrer. Le tout maintenant est qu'on ne doive pas attendre trop longtemps avant que tout ça se mette en mouvement, faute de quoi le couperet risque de tomber assez vite, lui, et nous, d'aller voir ailleurs s'il n'y a pas mieux à lire.
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jeudi 18 mai 2023
THE AVENGERS #1, de Jed MacKay et C.F. Villa
C'est la grosse sortie de la semaine chez Marvel Comics : après quatre passés à être (mal) écrits par Jason Aaron, The Avengers (notez bien le "The" qui précède le nom désormais) change de main. C'est à l'étoile montante des scénariste de la "maison des idées", Jed MacKay (Moon Knight, Doctor Strange) que revient la lourde charge d'animer les héros vedettes de l'éditeur. Il est soutenu au dessin par C.F. Villa. Un premier épisode introductif, classique, spectaculaire. Mais très impersonnel.
Elue par tous les membres actifs ou réservistes, Captain Marvel devient la nouvelle leader des Avengers. Elle compose son équipe en une semaine, persuadant parfois difficilement certains de se joindre au projet. Avant qu'ils n'interviennent contre Terminus qui s'en prend au Projet P.E.G.A.S.U.S....
Les fans de Avengers avaient fondé de grands espoirs sur la relance du titre par Jason Aaron il y a quatre ans mais vous en trouverez peu aujourd'hui qui ont été convaincus par la prestation du scénariste, dont le run s'est achevé dans une indifférence polie.
Pas question pour Marvel de laisser Avengers en sommeil (comme DC le fait actuellement avec Justice League), il s'agit d'une franchise trop importante pour l'éditeur (au même titre que Spider-Man et X-Men). Ce mercredi sort donc un énième n°1 de The Avengers (et non plus de Avengers, comme s'il fallait souligner la singularité du groupe).
Pour ce relaunch, Marvel a misé sur Jed MacKay qui écrit également les aventures de Moon Knight et de Doctor Strange. Sauf qu'après avoir lu l'épisode, on peut légitimement se demander à quel point il l'a vraiment écrit...
Quand Joe Michael Straczynski avait été débarqué de Amazing Spider-Man, il avait rappelé une évidence : quand on est le scénariste d'un personnage aussi important pour un éditeur, on n'a jamais les mains libres, il y a toujours quelqu'un qui se tient derrière vous, penché sur votre épaule pour surveiller ce que vous faîtes. A moins d'être appelé pour sauver une franchise en danger (comme Jonathan Hickman avec les X-Men), un auteur reste un scribe en laisse, il n'est pas un editor imprimant seul une direction à une série (encore moins à une franchise, une collection de séries).
Si les Avengers ont beaucoup réduit leur voilure par rapport à une époque pas si lointaine (où on lisait Mighty, Secret, Uncanny, Young et autres Avengers), le succès des films portant leurs exploits à l'écran en a fait un titre emblématique qui ne peut prendre de vacances ni être édité à la légère. Il faut que Marvel mette le paquet et prouve aux fans qu'il va en avoir pour son argent.
Cependant, même si Jed MacKay a acquis une petite notoriété, elle n'a rien à voir avec celle de Jason Aaron quand il accepta d'écrire la série (après un run acclamé sur Thor, qu'i prolongea d'ailleurs dans Avengers). Et on peut deviner, sans malice, que c'est un calcul de la part de Marvel pour garder la main sur le titre.
En examinant la couverture et la composition de l'équipe, on remarquera que celle-ci rassemble uniquement des personnages établis, sans aucun membre surprenant. Plus : tous ont (eu) droit à leur film ou leur série à succès et vont continuer d'exister sur les écrans. Captain Marvel sera à l'affiche de The Marvels l'automne prochain, Scarlet Witch et Vision ont fait le buzz dans WandaVision (et Doctor Strange in the multiverse of madness et dans le futur dans Vision Quest), Black Panther a eu droit deux blockbusters (dont le récent Wakanda Forever), Captain America (Sam Wilson) sera à l'affiche d'un nouveau long métrage, Thor a été à l'affiche de Love and Thunder, et Iron Man reste l'icone du MCU.
Jed MacKay ne s'est pas caché en interview avoir longuement échangé avec l'editor Tom Brevoort quand il s'est agi de choisir les membres de l'équipe, et on peut facilement penser que le scénariste n'a pas eu le dernier mot, qu'il aurait sans doute intégré des recrues moins prévisibles. Du coup le générique de la série a des airs de casting pour le retour des Avengers sur grand écran (à part Black Panther et Iron Man, il n'y aurait besoin d'aucune correction).
Du coup, la lecture se fait avec un sentiment bizarre d'un comic-book d'abord pensé pour plaire aux fans du MCU, pour rassurer ces spectateurs plus nombreux que les lecteurs. Et donc c'est un produit très impersonnel, où la patte de MacKay n'est pas très sensible. D'ailleurs le contenu de l'épisode confirme cela : on a ici une introduction très sage, très convenu, avec son quota de grand spectacle, de bastons, de job dating. MacKay fait ce qu'il peut pour rendre ça intéressant, avec des personnages hésitant ou renâclant même à suivre Captain Marvel, mais le suspense est éventé puisque la couverture dit tout de la formation finale.
Surtout, l'épisode s'achève avec un personnage de vilain qui est exactement le même que celui censé incarner le grand méchant de la Phase V du MCU (vous voyez qui ?). A ce stade-là, on voit vraiment que tout a été fait pour coller aux films, au grand public.
Les dessins de C.F. Villa, un des "Stormbreakers" (artistes sur lesquels Marvel mise pour l'avenir proche), sont efficaces. Il nous en donne pour notre argent, bien aidé par la démesure de l'adversaire sur lequel s'échauffe l'équipe (le géant Terminus qui s'en prend à un réacteur du projet PEGASUS, candidat idéal pour prendre une dérouillée sans conséquence pour la suite).
Mais là aussi, si on veut, le compte n'y est pas vraiment. Non pas que Villa manque de talent. Peut-être souffre-t-il d'être encore un peu nouveau pour un tel projet, d'habitude Marvel préfère assurer en confiant les dessins des Avengers à un artiste plus expérimenté (quitte à ce que celui-ci ne fasse qu'un arc et laisse ensuite la place à un collègue moins flamboyant). Villa, c'est un peu ça : il est prometteur, mais ce n'est pas une star, c'est même un quasi-inconnu pour les lecteurs (qui auront peut-être remarqué ses prestations sur X-Men de Gerry Duggan (quand Pepe Larraz et Javier Pina n'étaient pas là).
Mais qui alors aurait pu dessiner The Avengers ? Hé bien, il se trouve que le cover-artist de la série n'est autre qu'un type du nom de Stuart Immonen, qui a quelques années de métier mais ne fait plus grand-chose en ce moment sans qu'on sache si c'est un choix ou une conséquence de sa volonté de prendre du recul il y a quelques années (et que beaucoup ont interprété comme une retraite). Immonen cover-artist, je vous le dis, c'est du gâchis : pas seulement parce qu'il a rarement produit des covers mémorables (c'est bien sa seule faiblesse), mais parce que, justement, il ne fait plus grand-chose et que c'est triste, mais encore parce que, finalement, il n'a pas dessiné souvent les Avengers (même du temps de Bendis, il a dû faire deux arcs et demi).
Tout ça n'est pas déplaisant à lire, mais c'est frustrant. Qui écrit vraiment la série ? Avec Immonen réduit à des covers, des Avengers trop proches de ceux du MCU, un vilain déjà dans la place au cinéma... Franchement, une telle absence d'audace a de quoi laisser pantois. Je veux bien payer encore un peu pour voir sir MacKay a de meilleures cartes dans son jeu, mais disons que je ne suis pas extatique.
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jeudi 12 janvier 2023
X-MEN #18, de Gerry Duggan et C.F. Villa
C'est donc le dernier épisode de X-Men que je vais critiquer avant une longue pause puisque la série va, jusqu'au n°21 (en Avril 2023) interagir avec le titre Captain Marvel pour un crossover que j'ai choisi de zapper. Gerry Duggan conclut son arc sur le retour de Laura Kinney après sa captivité dans la Voûte et il est accompagné par C.F. Villa au dessin pour l'occasion.
L'inspection de la Voûte par Forge (où il était parti récupérer Darwin) a en fait abouti au retour de Laura Kinney, maintenue en vie alors qu'elle avait semblé s'être sacrifiée pour permettre à Synch de s'évader. Il y a donc donc Laura Kinney dehors puisque la mutante avait été ressucitée. Une de trop ?
L'intrigue qui se présente à la fin de cet arc en trois parties pose un problème inédit : ignorant que Laura Kinney avait survécu dans la Voûte, le Conseil de Krakoa avait validé sa résurrection par les Cinq. Mais la mutante revenue à la vie n'avait plus aucun souvenir de son séjour (de plusieurs milliers d'années) dans la Voûte avec Synch, qui était devenu son amant, et Darwin.
Comme on l'a vu ces deux derniers mois, Forge amis au point un subterfuge pour leurrer les Enfants de la Voûte afin de pouvoir entrer dans leur repaire et y récupérer Darwin. L'expédition ne s'est pas déroulée comme prévue puisque Darwin a choisi de rester dans la Voûte afin de continuer à collecter des informations sur ses habitants (à leur insu). Et Forge a retrouvé Laura Kinney en animation suspendue, bien vivante.
Voilà Krakoa avec deux Wolverine sur les bras (sans compter Logan, mais il n'a rien à voir avec cette histoire). Que faire ? En éliminer une - mais laquelle et selon quels critères ? Garder les deux ?
Ironie du sort : on se souviendra d'une période pas si lointaine où l'omniprésence de Wolverine (Logan), dans les rangs des X-Men, X-Force, Avengers, New Avengers et ses aventures en solo faisait débat. Marvel surexploitait le griffu et le mettait partout en misant sur la popularité du personnage pour attirer les lecteurs.
Peut-être Gerry Duggan a-t-il pensé à cela en concoctant cette intrigue qui créé trois Wolverine, dont deux sont une même personne. Mais avec la différence que, désormais, Wolverine n'est plus partout : il n'est plus un Avenger, Logan est présent dans X-Force et son propre titre, et Laura Kinney a quitté les X-Men pour partager actuellement l'affiche avec Dazzler, Jubilé et Boom-Boom dans X-Terminators.
Il est d'ailleurs question des X-Terminators dans cet épisode, mais ne vous inquiétez pas, pas besoin de lire la mini-série de Leah Williams et Carlos Gomez pour comprendre le récit de Gerry Duggan (même si je vous recommande chaudement cette mini quand elle sera traduite par Panini). Car la Laura fraîchement sortie de la Voûte va retoruver la Laura ressucitée à Detroit où, avec ses copines, elle continue de décimer des vampires.
Duggan, d'une manière habile, peut ainsi donner au lecteur une bonne dose d'action et encore plus d'hémoglobine tout en traitant su sujet des deux Laura. En dégommant quelques monstres, chacune échange avec l'autre pour savoir comment cohabiter et composer avec cette situation.
Le scénariste se montre assez subtil et en même temps concis : d'un côté, on a une Laura qui a passé plusieurs milliers d'années en captivité (car le temps s'écoule différemment dans la Voûte) et vient de retrouver l'homme qu'elle a aimé là-bas (Synch), mais est mal à l'aise avec le fait de savoir qu'une version d'elle plus jeune et sans souvenir évolue dans son entourage ; de l'autre on a donc une Laura plus jeune, qui n'est pas amoureuse de Synch (car elle n'a aucun souvenir de leur liaison dans la Voûte), s'éclate à dégommer du monstre vampirique avec les X-Terminators et n'entend pas mourir pour faire de la place à la revenante.
La solution trouvée par les deux Wolverine est une sorte de gentlewomen's agreement dont on sent la fragilité. Il serait étonnant que tout ça finisse bien et ne péte pas au nez des mutants (malgré leurs vécus différents, les deux Laura ont au moins en commun d'être des filles sauvages). Si Duggan devait en rester là, ce serait en tout cas décevant et le lecteur aurait le sentiment de quelque chose d'inexploité, d'inachevé.
L'épisode est également ponctué par un sauvetage effectué par les X-Men auprès d'agents d'Orchis dans une base où un incendie accidentelle a éclaté. Les dernières pages préparent le fan qui souhaitera lire Lord of the Broods (le crossover avec Captain Marvel). Plus intéressantes sont les scènes au tout début et à la presque fin où Jean Grey et le Fauve sont en désaccord sur l'opportunité d'avoir deux Wolverine : Hank McCoy (qui a complètement dévissé moralement depuis des mois) souhaiterait en utiliser une pour des missions dangereuses. Mais Jean refuse catégoriquement. On devine là encore que ça ne va pas en rester là (qu'en pense d'ailleurs la jeune Laura ? Et la vieille ?) et avec l'annonce d'un event Fall of X pour cet été, je miserai bien sur le Fauve pour provoquer une crise.
Joshua Cassara n'a curieusement pas dessiné cet épisode, mais on retrouve son suppléant C.F. Villa (aka Carlos Villa) pour l'occasion. Promu lui aussi "stormbreaker" Marvel (autrement dit talent à suivre et mis en avant par l'éditeur, quoi qu'il faille prendre des pincettes avec cela car tous les "stormbreakers" n'ont pas droit au même traitement de faveur...), Villa est un artiste encore perfectible mais très efficace.
Parfois, son trait, en particulier à l'encrage, est un peu brouillon, un peu expédié, et cela donne l'impression qu'il a presque bâclé, ou en tout cas qu'il aura pu passer plus de temps sur son image. Mais il y a chez Villa une vivacité que ne possède pas Cassara et qui convient bien à l'épisode, avec ses scènes d'action explosives et sanglantes.
On pourra en revanche s'interroger sur ce que l'editor de la série a communiqué comme infos à Martin Coccolo pour réaliser la couverture car s'il est bien question de griffes, Synch ne copie à aucun moment les pouvoirs de Wolverine et surtout ne prend part à l'action. Donc, ne vous y fiez pas.
Les mutants vont donc être absents de ce blog pour quelques mois (même s'il reste le dernier épisode de X-Terminators). Je ne vais pa suivre l'event Sins of Sinister ni le crossover avec Captain Marvel (tout comme j'ai zappé Dark Web). Je sais que mes critiques des séries X sont les plus lues et donc cela va me faire perdre des amateurs, mais c'est un choix. A titre personnel, je sens aussi que ça me fera du bien de prendre du champ avec mes chers mutants, et qu'au retour de leurs séries, je les lirai revigoré, à noveau plein d'envie après cette période d'abstinence.
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jeudi 1 septembre 2022
X-MEN #14, de Gerry Duggan et C.F. Villa - A.X.E. : JUDGMENT DAY TIE-IN
Deuxième épisode d'affilée à être lié à l'event Judgment Day, X-Men 14 s'en détache pourtant assez nettement puisqu'il faut attendre les ultimes pages pour avoir une scène en rapport avec la saga de Kieron Gillen. Gerry Duggan s'attache surtout à deux mutants qu'il aime visiblement beaucoup, aidé par le dessinateur C.F. Villa, mais le résultat est très contrasté.
Des extraterrerstes pensant toujours que la Terre est mise à prix par Cordyceps Jones tentent de la détruire en provoquant une éruption solaire. Prévenue par Cyclope, Jean Grey organise la riposte.
Iceberg créé en orbite un bouclier de glace pour intercepter les jaillessement solaires en s'alignant sur les trajectoires prévues par Forge. L'impact est amorti mais tout n'est pas réglé.
Firestar doit ensuite faire fondre les blocs de glace qui menacent de s'effondrer sur des zones habitées. Revenu sur la terre ferme, Iceberg en profite pour passer un message grâce à une journaliste.
Cyclope se rend au Pôle Nord pour défier le Progéniteur et lui dire qu'il n'accepte d'être jugé que par une personne : Jean Grey. Troublé, le Céleste déclare Scott Summers digne de vivre.
A lui seul; cet épisode pourrait facilement résumer tout ce qu'on aime chez Gerry Duggan en pointant aussi ses maladresses, notamment dans la manière d'écrire les X-Men. Mais avant d'en arriver là, un mot sur le lien de X-Men #14 avec A.X.E. : Judgment Day.
Pour être tout à fait honnête, en dehors du fait qu'on voit les X-Men défendre Krakoa contre les Hex (et ce bien que l'Ancêtre leur ait ordonné de se retirer de l'île dans Judgment Day #3), et des trois dernières pages, on a le sentiment très net que Gerry Duggan a fait le mnimum syndical pour rappeler que sa série est impactée par la saga actuelle.
En effet, que lit-on ? Une histoire auto-contenue sur des pirates de l'espace qui croit toujours que la destruction de la Terre est l'objet de paris sur Gameworld et qui, pour empocher le jackpot, provoque une éruption solaire supposée détruire notre planète. Sans qu'on sache comment, Cyclope et Magik sont au courant et déboulent dans le vaisseau de ces gredins pour les neutraliser, mais pas assez vite car ils ont déjà largué une bombe dans l'étoile.
Jean Grey est avertie par Cyclope de la situation et organise une parade à cette catastrophe. C'est alors l'occasion pour Duggan de mettre sur le devant de la scène un de ses mutants favoris, nouvellement intégré aux X-Men, Iceberg. Enfin... "Nouvellement", c'est une façon de parler puisque Bobby Drake a été un des cinq membres originaux de la formation. Mais disons que depuis le dernier Hellfire Gala, il fait à nouveau partie de l'équipe vedette.
Malgré son ancienneté et sa puissance (c'est un mutant oméga), Iceberg n'a que rarement été exploité à sa juste mesure. Il a fallu que Brian Michael Bendis en fasse un mutant gay pour qu'à nouveau il soit au centre des discussions. Un choix discutable (et discuté) depuis All-New X-Men puisque, à la même époque, dans Wolverine & the X-Men (de Jason Aaron), Bobby embrassait goûlument Kitty Pryde et était courtisé par la Shi'ar Warbird sans compter qu'il sympathisait sans ambiguïté avec Firestar.
Perso, ça ne me gêne absolument pas que Iceberg soit gay, mais encore faut-il que ça soit logiquement expliqué - ce qui n'est pas le cas chez Bendis qui semble avoir décidé cela dans son coin et pour des raisons d'inclusivité. Toutefois est-il que les auteurs depuis, sans doute sur ordre de l'éditeur, ont confirmé ce choix et cela aboutit parfois à des moments particulièrement lourdingues.
C'est le cas ici. Si Duggan met en scène de manière vraiment formidable Iceberg dans toute sa puissance avec des scènes spectaculaires, quand il s'agit de faire passer un message sur l'homosexualité du personnage et le fait qu'être mutant et gay, c'est une sorte de double peine, à l'arrivée, c'est grotesque. On a droit à une data page reproduisant la déclaration que Bobby Drake fait à une journaliste dans laquelle il dit les difficultés qu'il a eu à assumer sa "mutanité" et son homosexulaité, mais qu'il est maintenant en paix avec ça et veut devenir un exemple aussi bien pour les mutants que pour que les homos.
Avait-on vraiment besoin de ça ? Encore une fois, que Iceberg soit gay m'indiffère (même si je trouverai toujours ça artificiellement imposé au personnage). Mais cette insistance à l'écrire comme le mutant gay qui se pose en défenseur LGBTQ+ et qui dresse un parallèle entre être mutant et être homo, je trouve ça d'une lourdeur, d'une maladresse effarantes. C'est aussi peu subtil que lorsque les acteurs de cinéma ou de télé faisaient la folle pour camper un gay. Tous les homos ne se baladent pas avec un drapeau arc-en-ciel sur les épaules, ils s'en fichent, ils veulent juste ne pas être insultés, réprimés, respectés. Il me semble que c'est là une façon de s'exprimer très américaine en soulignant le genre, l'orientation sexuelle, la race : tu n'es plus noir, tu est afro-américain, tu n'es pas homo, tu es LGBTQ+, tu n'es pas gros, tu as une surcharge pondérable. Comme disait Desproges (ou Coluche ?), tu n'es pas con, tu es non-comprenant.
C'est dommage parce qu'à la fin de l'épisode, Duggan fait tout le contraire et réussit une scène simple, intense, puissante, et là tout à fait connectée à Judgment Day avec Cyclope et le Progéniteur. Un vrai truc qui claque, qui est parfaitement juste, désarmant, d'une adresse formidable. Une de ces scènes qui rendent Cyke vraiment cool. Sans avoir besoin d'écrire ça en caractères gras.
Visuellement, C.F. Villa achève son intérim sur la série en beauté. Naturellement doué pour l'action, le dessinateur s'éclate avec un épisode qui, comme le précédent, multiplie les scènes décapantes, avec un rythme soutenu.
Villa n'est pas l'artiste du siècle, et on peut comprendre que Marvel préfère miser sur un de leurs "stormbreakers", Joshua Cassara, pour illustrer X-Men. Pourtant, Villa ne démérite pas, il a eu deux épisodes et il a envoyé du bois, on sent qu'il a pris du plaisir et la lecture a été jubilatoire. Il mérite vraiment sa chance sur un titre sur lequel il resterait plus longtemps (mais, qui sait, il reviendra peut-être vite car Cassara ne me paraît pas capable d'enchaîner beaucoup d'épisodes).
Voilà pour ce tie-in bancal, parfois ballot, parfois brillant, dessiné avec panache. Le prochain numéro renouera avec les aventures des X-Men hors Judgement Day et le retour des Enfants de la Voûte...
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jeudi 18 août 2022
X-MEN #13, de Gerry Duggan et C.F. Villa - A.X.E. : Judgment Day tie-in
Ce treizième numéro de X-Men marque à la fois le début de la deuxième "saison" du titre tel qu'écrit par Gerry Duggan et également un épisode annexe à l'event A.X.E. : Judgment Day. Le scénario est léger mais divertissant. Les dessins incombent à C.F. Villa qui va assurer l'intérim jusqu'à l'arrivée du nouveau titulaire (scoop : il s'agira de Joshua Cassara).
Débordés par l'attaque des Hex, les X-Men ont besoin de frapper un grand coup. Jean Grey contacte Ikaris qui accepte d'aider les mutants. A la condition qu'ils ne tuent aucun Eternel.
Une partie de l'équipe des X-Men est détachée pour atteindre l'armurerie d'Uranos au centre de la Terre. Magik assure le transport tandis que Forge doit trouver une solution pour stopper le transfert des armes.
L'armurerie fonctionne grâce à un générateur que Iceberg avec Synch gèlent. Magik, Firestar, Havok assurent les arrières de leurs camarades. Puis, leur mission accomplie, retour à Krakoa.
Mais à peine revenus, ils n'ont pas le temps de savourer la retraite des Hex car l'Ancêtre, le Céleste réveillé par Iron Man et Ajak annonce qu'il va juger la Terre, en commençant par les mutants...
De manière inévitable, la série X-Men se met à l'heure de A.X.E. : Judgment Day le temps de deux épisodes. C'est en soumettant à cela que Gerry Duggan entame sa deuxième "saison" sur le titre. On peut donc dire sans se tromper que ça (re)commence fort.
Cependant, qui dit tie-in, dit aussi un certain effet de redondance. L'event écrit par Kieron Gillen oblige les séries qui se calent sur son intrigue à en montrer des aspects que lui n'a pas le temps et/ou la place de mettre en scène. Cela suppose donc de dévoiler certes des moments inédits mais aussi des images fortes issues de l'event.
Gerry Duggan se sort plutôt bien de cet exercice, lui qui reste un des rares scénaristes côtés de Marvel à ne s'être jamais occupé d'un event (mais ça ne saurait tarder à mon avis). Seules les premières et dernières pages de l'épisode de ce mois-ci reprennent des éléments qui figurent déjà dans l'event, à savoir l'attaque des Hex sur Krakoa et l'arrivée de l'Ancêtre (Progenitor en vo) qui annonce le jugement de la Terre.
Entre les deux, le contenu de ce numéro 13 tient sur un post-it avec une mission menée à toute vitesse mais qui a le mérite de faire voir la nouvelle formation des X-Men "élue" lors du récent Hellfire Gala. C'est l'occasion de vérifier que ce groupe a une vraie puissance de feu et une belle complémentarité, peut-être (bien que ça reste à vérifier sur la durée) plus évidente que la précédente incarnation des X-Men.
De toue évidence, il m'apparaît que Duggan se sent plus à l'aise avec des personnages comme Magik, Forge, Iceberg qu'avec, disons, Malicia, Sunfire, Wolverine (Laura Kinney). Je serai plus réservé sur sa façon d'animer Havok, dans la droite ligne de ce qu'en a fait Zeb Wells sur Hellions, c'est-à-dire un type capable de répliques franchement déplacées dans un tel contexte. A croire que seul Rick Remender, à l'époque de ses excellents Uncanny Avengers, a su saisir la voix de Alex Summers.
La mission consiste à couper l'alimentation de l'arsenal d'Uranos, ce qui est périlleux car il est bien gardé, se situe au centre de la Terre, et que les X-Men n'ont droit qu'à une seule chance. Par ailleurs, Ikaris, qui accepte d'ouvrir un passage pour les mutants, pose ses conditions : aucun Eternel ne doit être tué. Compliqué quand c'e sont d'autres Eternels qui vous agressent pour vous éliminer.
Duggan est toujours à l'aise dans ce format done-in-one, bourré d'action, filant à toute allure. Il réussit particulièrement à écrire Magik en la décrivant comme exaltée par le danger et l'ivresse du combat. Forge aussi est formidablement traité alors qu'on pouvait s'interroger sur sa place dans l'équipe : il en devient le géo-trouvetout, cool et dominant son sujet grâce à son intelligence plus que par son physique. Duggan s'est aussi souvenu de la complicité entre Firestar et Iceberg, de longue date, et dans le cas de ce dernier, à l'image de ce qu'il en faisait dans Marauders, il n'hésite pas à souligner son incroyable puissance (on oublie trop souvent que Bobby Drake est un mutant oméga).
On le sait désormais, Pepe Larraz ne reviendra pas dessiner la série, ni Javier Pina. Fin Septembre, pour le n°15, X-Men aura un nouvel artiste régulier avec Joshua Cassara (qui s'était fait remarquer sur X-Force de Benjamin Percy). Pour accompagner Duggan sur les #13 et 14, c'est donc Carlos "C.F." Villa qui s'y colle.
Villa avait déjà signé quelques planches sur le Hellfire Gala 2022 et il n'est pas maladroit. Parfois, il se laisse un peu trop aller sur les visages grimaçants, mais il sait imprimer du nerf à ses images, ce qui convient pour cette histoire. Son découpage privilégie nettement les grandes cases, ce qui lui permet de représenter les effets des pouvoirs dans leur dimension la plus spectaculaire et aussi de composer des combats intenses.
On peut déplorer qu'il ne montre pas suffisamment l'oppostion rencontrée par les X-Men, en dehors des Hex au début, ce qui donne l'impression qu'ils se battent contre des individus trop fréquemment hors champ. Mais Villa sait disposer les héros dans des postures offensives sans qu'ils se marchent sur les pieds et avec assez d'espace pour qu'on puisse apprécier leur puissance de feu. Il ya de quoi faire avec des mutants comme Havok, Iceberg, Firestar, Magik.
Est-ce vraiment indispensable pour suivre l'event ? Honnêtement non. Mais si vous lisez X-Men, vous n'êtes pas lésés. C'est du bon boulot, une lecture divertissante, qui pourrait bien donner une idée de ce à quoi va ressembler la nouvelle saison de la série.
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jeudi 14 juillet 2022
X-MEN : HELLFIRE GALA #1, de Gerry Duggan et Kris Anak, C.F. Villa, Matteo Lolli et Russell Dauterman
Un an après sa première édition, voici le deuxième Hellfire Gala. Mais contrairement à l'an dernier, cette fois, tout se tient (presque) dans un seul numéro, à la pagination consistante (66 pages) et avec Gerry Duggan à la barre. Il est accompagné au dessin par Kris Anka, Matteo Lolli, C.F. Villa et Russell Dauterman. Pour un résultat qui sans être déshonorant manque singulièrement d'envergure.
Emma Frost cache sa contrariété au moment d'accueillir les invités du Gala du Club des Damnés. En effet, la fête est gâchée par Cyclope qui a révélé à Ben Urich que les mutants pouvaient désormais ressuciter. Et cela attise bien sûr des convoitises.
Au même moment sur Phobos, Nathaniel Essex/Dr. Stasis et Feilong écoutent Moira MacTaggert leur expliquer comment, grâce à Mary Jane Watson, elle va s'inviter à la fête pour mieux la gâcher et apporter des informations crucials à Orchis.
Cyclope obtient d'Emma une danse afin de lui ouvrir son esprit. Elle découvre ainsi qui est le Dr. Stasis tandis qu'elle apprend à Scott Summers quel rôle a joué Moira MacTaggert pour Krakoa et contre la nation mutante en s'alliant désormais à Orchis.
C'est l'heure de l'élection de la nouvelle équipe des X-Men. Moira rentre chez elle où elle est attendue par deux autres ennemis des mutants qu'elle compte également aider dans leur projet...
Forcément, la première réflexion que nous inspire ce X-Men : Hellfire Gala #1 cru 2022, c'est la dimension réduite par rapport à celui de l'an dernier où toutes les séries mutantes avaient été mobilisées en plus d'un numéro spécial (Planet-Size X-Men). Jonathan Hickman, Gerry Duggan, Benjamin Percy, Vita Ayala, Tini Howard, Si Spurrier, Al Ewing avaient vu les choses en très grand autour d'un dispositif ingénieux (chaque épisode montrait un point de vue différent sur la fête et sa surprise finale).
Hickman parti, Marvel a revu ses ambitions nettement à la baisse et le Hellfire Gala 2022 tient (presque uniquement) dans ce numéro de 68 pages avec le seul Gerry Duggan à la manoeuvre. On est donc légitimement un peu déçu et ce sentiment ne nous quitte jamais durant la lecture et ensuite.
Commençons par parler de la partie grtaphique qui m'a déjà questionné. L'épisode s'ouvre par huit pages signées Kris Anka, fidèle à lui-même : des personnages aux traits anguleux, une absence notable de décors, une narration fantomatique. Comme Lucas Werneck, Anka est un character's designer talenttueux (quoique non sollicité pour habiller les invités du gala) mais pas vraiment un storyteller. Son introduction ne sert pas à grand-chose.
C.F. Villa lui succède pour les dix-neuf planches suivantes (et aussi les deux dernières de l'épisode). Sa prestation est plus correcte sans être flamboyante. Ce qu'on en retire, c'est toujours un manque de dynamisme gênant, un peu comme s'il ne savait pas comment mettre le script en scène de manière un tant soi peu inspirée. C'est dommage, mais ça prouve surtout que Marvel n'a clairement pas confié ce numéro soi-disant événementiel à des artistes de premeir plan.
Matteo Lolli, qui a beaucoup collaboré avec Duggan sur Marauders, prend le relais. C'est un dessinateur que j'ai toujours trouvé moyen, sans être désagréable. Il se taille la part du lion en enchaînant dix neuf planches d'abord, puis en revenant pour les pages 48 à 55 et enfin 62-63. Sa prestation est honnête, sans éclat, mais sans faute non plus. Toutefois, le voir ainsi aller et venir tout au long de l'épisode donne la curieuse impression qu'il a comblé les trous et réalisant ce que ses collègues n'ont pas eu l'énergie ou le temps de compléter - encore une fois, éditorialement parlant, ce n'est pas top.
Enfin, Russell Dauterman, comme l'an passé, signe la scène de l'élection. Comme il est largemetn au-dessus de ses collègues, ses planches sont les plus abouties et les plus belles. Mais il n'en dessine que six, ce qui ne fait vraiment pas lourd. Je déplore que cet artiste si élégant se consacre presque exclusivement à des couvertures (actuellement pour X-Men : Red, mais aussi des variants covers), mais je prends quand même avec plaisir ce qu'il distribue.
Passons maintenant au contenu de l'épisode.
Duggan insiste d'entrée de jeu sur la révélation publique du secret des mutants : suite aux confidences de Cyclope à Ben Urich, tout le monde sait à présent que les X-Men sont immortels. Cela va véritablement être le fil rouge du numéro et empoisonner la soirée de Emma Frost. De son côté, Cyclope est regardé en chien de faïence par nombre de ses semblables. Mais bizarrement, il y a un mutant qu'on voit très, très peu durant tout ça (une case en tout et pour tout !) et dont on aurait pourtant apprécié de connaître la réaction : c'est Charles Xavier. De façon plus générale, les membres du conseil de Krakoa sont très (trop) discrets dans ce numéro alors qu'on aurait pu s'attendre à ce qu'ils convoquent Cyclope pour une explication en règle.
Revenons à Emma Frost : Duggan apprécie le personnage et il en fait la vedette du show. Elle change moins de toilette que l'an dernier mais elle déambule tout au long de l'épisode, échange avec beaucoup de personnages, elle est vraiment sur le devant de la scène en permanence. Je crois même pouvoir affirmer que Duggan aurait apprécié de l'intégrer à nouvelle équipe de X-Men (comme on peut le deviner nettement dans un dialogue lors de la scène de l'élection). Y a-t-il renoncé parce que Emma est aussi présente dans Immortal X-Men de Kieron Gillen et qu'elle occupe plus que jamais une place majeure au sein du conseil de Krakoa ? Ou par que Jordan White, l'editor-in-chief de la franchise X, a posé son veto, estimant que Jean Grey devait rester aux côtés de Cyclope ?
En tout cas, en suivant Emma Frost, on remarque déjà une chose surprenante : comme l'an dernier, Marvel a beaucoup communiqué sur le vestiaire exubérant des invités et des mutants au gala (designé pour l'essentiel par Russell Dauterman). Or, on ne voit quaisment rien de ce défilé, et pour certains personnages, ils sont même absents de l'épisode (Black Widow notamment) ! C'est comme si des caméos de prestige avaient été coupés au montage !
Malgré tout, Duggan se rattrape avec des dialogues bien sentis : Dr. Fatalis qui se demande si, après tout, David Bowie était un mutant (petite blague amusante), Captain America qui conseille à Emma de ne pas compter que sur des mutants dociles pour défendre Krakoa (référence à une vieille altercation entre le Cap et Malicia mais aussi aux Uncanny Avengers), Stark qui rabat le caquet à Feilong, Stark qui suggère à Firestar de devenir son espionne au sein des X-Men, Emma et Firestar qui ont du mal à enterrer la hâche de guerre (un vieux contentieux là aussi car Angelica Jones a longtemps préféré les Avengers aux X-Men), le petit coup de pute de Forge à Cyclope en imposant Havok dans la nouvelle formation des X-Men... Tous ces petits moments composent ce que cet épisode a de meilleur.
Arrêtons-nous un instant sur la nouvelle équipe : déjà, surprise, c'est la Sorcière Rouge qui annonce la composition. Je pense que sa présence est désormais tolérée sur Krakoa depuis la mini Trial of Magneto (que je n'avais pas eu le courage de finir). En tout cas, ça fait plaisir de revoir Wanda dans les parages sans qu'elle soit dépeinte comme une vilaine ou une folle (si Al Ewing pouvait la récupérer dans X-Men : Red, je serai comblé). L'autre surprise, c'est que l'élection, contrairement à ce que je pensais, ne se joue pas de la même manière pour tous. Ainsi, Synch, Marvel Girl et Cyclope veulent rempiler et c'est accepté sans discussion - ce qui est surtout étonnant pour Cyclope (vraiment je trouve très léger que le choix qu'il a fait de révéler le secret de Krakoa ne soit pas davantage jugé, voire sanctionné par le conseil).
Ensuite, là encore, contrairement à l'an passé, les mutants ne votent pas pour les autres membres : certains sont choisis par ceux qui restent (Forge designé par Cyclope) ou arrivent (Havok désigné par Forge, Firestar par Emma Frost et Iceberg), les autres se portent volontaires (Iceberg, Magik). Et enfin on constate qu'on est passé d'un groupe avec quatre femmes pour trois hommes à un groupe avec quatre hommes et trois femmes. Le résultat est en tout cas inattendu mais aussi référencé : Iceberg-Firestar, c'est un clin d'oeil aux Amazing Friends de Spider-Man mais aussi aux Amazing X-Men de Jason Aaron, Forge est l'invité qu'on n'attendait vraiment pas, Havok aux côtés de son frangin risque de provoquer des étincelles, Magik a une promotion méritée. C'est une formation inédite, intéressante, imprévisible, puissante. Prometteuse.
Faute de grand événement comparable à la terraformation de Mars, Duggan a profité de ce numéro pour avancer des pions pour sa seconde saison aux commandes de la série X-Men. Bien que je ne l'ai pas lue, la mini-série X Lives/X Deaths of Wolverine (de Percy, Cassara, Vicentini) a transformé Moira MacTaggert chassée de Krakoa en androïde résolue à se venger. On peut discuter de cette évolution, tout comme on peut revenir sur le fait que Hickman ait banni le personnage au terme de Inferno, mais je préfère pour ma part attendre de voir où ça va aller avant de me prononcer. En tout cas, désormais, Moira s'est alliée avec Orchis (mais pas seulement comme on le découvre à toute fin du numéro...) pour exterminer les mutants et ça, comment dire, ça pique un peu plus car on retombe clairement dans le schéma persécuteur-persécuté que Hickman avait réussi à reléguer au second plan (en se concentrant sur l'émergence de Nimrod). Mais bon, là aussi, attendons de voir comment Duggan va exploiter ça (d'autant qu'il prépare aussi le retour des Enfants de la Voüte à l'Automne).
Ce que j'ai trouvé pas terrible, c'est la manipulation de Mary Jane Watson par Moira pour gâcher la fête : tout ça tombe à plat (la scène avec Proteus est ratée) et renvoie même à un prochain épisode de The Amazing Spider-Man. Je sais pas mais il me semble qu'Orchis avait sûrement d'autres moyens, moins tordus, d'infiltrer le gala, notamment avec Essex et ses clones, ou même Feilong (dont, inexplicablement; personne ne fait grand cas alors qu'il tape l'incruste sans se cacher). La fin de l'épisode, que je ne divulgâcherai pas, renvoie elle à une publication X imminente mais là aussi, j'ai du mal à comprendre, à admettre même, que les autres alliés de Moira aient besoin d'elle pour leurs sombres desseins anti-mutants. Je me demande si en fait Moira ne va pas finir par être la victime de son propre double jeu, d'autant qu'elle ne peut se réincarner. Wait and see.
Au final, donc, ce X-Men : Hellfire Gala version 2022 est très inégal, incontestablement moins réussi que le précédent. J'ignore si Marvel va répéter l'opération chaque année : en soi, ça ne me déplairait pas car le principe reste de modifier la composition des X-Men. Mais il faudra à tout le moins que celui qui écrira le prochain numéro avec cette élection se montre plus inspiré.
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