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mercredi 11 avril 2018

DAREDEVIL, VOLUME 5 : SUPREME, de Charles Soule, Goran Sudzuka, Alec Morgan et Ron Garney


A la toute fin du précédent tome, on voyait Matt Murdock remettre un dossier au procureur de Manhattan qui, lui promettait-il, allait "tout changer" ? Après les révélations du volume 4 sur l'identité secrète retrouvée, dans quelle direction Charles Soule allait-il entraîner Daredevil ? A toutes ce questions - et à d'autres - , ce recueil, plus épais (avec pas moins de huit épisodes), va répondre, en compagnie de trois dessinateurs (ce qui nuit, hélas ! à sa cohérence visuelle), et relancer la série de façon percutante.


- #21-26 (dessinés par Goran Sudzuka pour les n°21-22, et Alec Morgan pour les n°23-26.) - Le projet de Matt Murdock est ambitieux et radical : éradiquer toute crime organisé de New York. Le procureur, d'abord réticent, lui accorde sa confiance pour cela. Avec Luke Cage et Echo, Daredevil appréhende d'abord une partie du gang de Ammo qui prévoyait de commettre un attentat en ville. En capturant un des membres, Slug, Matt peut commencer à plaider grâce à un témoin à charge exceptionnel : Daredevil lui-même !


Une fois accepté le témoignage sous serment d'un homme masqué dans l'enceinte d'une cour de tribunal, l'avocat de Slug, Baden, met en doute que l'homme dans le costume et sous le masque de Daredevil soit bien le justicier. L'occasion va être fournie à ce dernier de le lui prouver lorsque Ammo et ses complices font irruption dans la cour pour libérer Slug. DD intervient pour les neutraliser, sauvant au passage les vies de Baden et du juge.


Les événements déplaisent à la pègre, en premier lieu à Wilson Fisk, le Caïd, qui recrute un nommé Legal, ayant représenté les intérêts de Tony Stark, pour, le cas échéant, affronter Murdock. De son côté, Matt bétonne son dossier avec l'aide Jennifer Walters (alias She-Hulk), elle-même membre du barreau mais qui doute des motivations de son ami ainsi que du nombre de justiciers qui suivront son exemple d'être considérés comme des sortes d'auxiliaires de police. Malgré tout, elle l'empêche d'être tué par Tombstone que le Caïd a chargé d'éliminer Murdock.
   

Comme prévu, Legal prend le relais de Baden pour défendre Slug et, devant la cour d'appel, remet en cause le témoignage pourtant validé en première instance de Daredevil. Matt refuse d'en rester là et décide de porter l'affaire devant la plus haute juridiction du pays : la Cour Suprême. Mais il ne se sent pas d'aller seul au front et convainc Foggy Nelson de l'accompagner en se réconciliant avec lui, s'excusant des tourments qu'il lui a causés en lui révélant à lui et lui seul qu'il était Daredevil.


Le grand oral devant la Cour Suprême oppose les arguments de Legal et Murdock : le premier fait remarquer que les justiciers agissant sans la permission d'une autorité légale sont assimilables aux criminels qu'ils traquent et persécutent parce qu'ils refusent de se soumettre à la loi. Le second utilise un discours moins légaliste : les super-héros sont en effet des hors-la-loi mais interviennent pour protéger des civils et aider les forces de police, ils ne terrorisent pas le peuple pas plus qu'ils se font rétribuer pour leurs services, et pour ces raisons il ne faut pas en avoir peur. La Cour Suprême tranche en faveur de Murdock et créé donc un précédent. Pour Daredevil, c'est à la fois la fin d'une époque (celle où il oeuvrait sans filet de protection) et le début d'une autre (où il a permis aux justiciers comme lui de ne plus craindre d'être des outlaws). Le Caïd, lui, décide de préparer sa riposte : un mystérieux "Plan C"...
  

- #26-28 (dessinés par Ron Garney.) - Daredevil profite de sa nouvelle liberté pour reprendre ses patrouilles nocturnes, dont celles qu'effectuait Blindspot avant sa blessure contre Muse et sa subite disparition. C'est ainsi qu'il noue une relation, houleuse, avec la soeur de Samuel Chung, Hannah, qui reproche à son frère d'avoir privilégié sa carrière de justicier à sa famille. Parmi les doléances adressées à Blidnspot, une est destinée à Daredevil... Matt part en Chine retrouver son apprenti et, pour déjouer les douanes, demande à Foggy de lui envoyer son costume là-bas plutôt que de le porter sous ses vêtements ou dans ses bagages. DD se rend jusqu'à un temple quand la Main l'attaque et le neutralise. Mais avant de perdre connaissance, il reconnaît la voix de leur chef : celle de Blindspot !
   

Jeté dans une fosse, Matt, démasqué, écoute Samuel Chung lui raconter son histoire : né en Chine dans la pauvreté, à proximité de ce temple, sa mère l'en éloigne en partant s'installer en ville où il est inscrit dans une école pour acrobates. Puis, la mère et le fils quittent le pays pour les Etats-Unis : elle intègre l'église de Tenfingers, il conçoit son costume de Blindspot et partage un appartement avec sa soeur Hannah, née en Amérique. Puis il devient l'apprenti de Daredevil jusqu'à la bataille contre Muse. Sa mère décide alors de rentrer en Chine, suite à la mort de Tenfingers, et pour rendre la vue à Samuel, offre son âme au maître du temple. Aujourd'hui, pour que sa mère récupère son âme, Blindspot va livrer DD au maître.
  

Livré à la Bête, le maître du Temple et de la Main, Daredevil est abandonné par Blindspot et sa mère qui quittent l'endroit. Mais Samuel Chung éprouve des regrets et ne peut finalement se résoudre au sort de son ancien mentor. Il part l'aider et sa mère le suit pour aider son fils. Le résultat sera dramatique, l'un des trois n'y survivra pas... De retour aux Etats-Unis, Matt promet à Samuel d'obtenir sa naturalisation et de continuer à l'entraîner. Mais il apprend au même moment par les médias que Wilson Fisk vient de remporter l'élection municipale de New York !

Pour la forme, ce cinquième recueil de la série, telle que relancée par Charles Soule, contient les derniers épisodes avant que la renumérotation historique, décidée par Marvel au moment du nouveau statu quo "Legacy" l'Automne dernier, n'entre en vigueur (un coup marketing qui aura fait pschitt, puisqu'une vague de relaunchs avec le nouveau nouveau statu quo "Fresh Start" va imposer des n°1 en pagaille). Ceci explique sans doute la générosité de cet album qui collecte huit épisodes, un paquet rarissime chez Marvel.

Mais justement, attention à la forme car ces huit chapitres forment deux histoires distinctes, deux arcs - le premier, qui donne son titre au livre, Supreme, en cinq parties ; le second en trois parties. Et ce n'est pas fini, formellement parlant, puisqu'il faut trois dessinateurs pour illustrer ce copieux programme.

C'est pour l'essentiel ce qui gâche un peu le plaisir tant les styles des trois artistes sont inégaux et différents. Le solide Goran Sudzuka ouvre le bal avec deux épisodes, puis le médiocre Alec Morgan enchaîne avec les trois suivants, avant que Ron Garney ne ferme le ban avec trois autres volets (composant la dernière histoire). J'aurai préféré qu'on en reste à Sudzuka pour les cinq épisodes principaux et me passer de Morgan, et retrouver Garney.

Cette réalisation met une pression supplémentaire sur Soule qui s'engage dans une histoire ambitieuse, que seraient bien inspirés de prendre en compte les autres scénaristes de Marvel parce qu'il ne s'agit pas uniquement d'une révolution impliquant le statut de Daredevil mais de tous les justiciers ne travaillant pas pour le gouvernement ou une agence gouvernementale (genre SHIELD). On peut même affirmer que Soule résout un problème jamais résolu, ni même abordé depuis la Civil War écrite de Mark Millar... Il y a onze ans !

Le scénariste écossais avait bâti sa saga sur un loi imposant aux super-héros de se faire recenser, et donc de dévoiler leur identité secrète aux autorités. A l'époque, Iron Man soutenait la mesure et Captain America, au prétexte que cela contrevenait aux libertés individuelles, s'y opposait, entraînant un schisme sans précédent dans le communauté des super-héros (et une mode lassante de bastons régulières entre justiciers). A la fin, le camp des pro-recensement gagnait, Captain America était arrêté (puis tué, mais pour d'autres motifs), et pas mal de héros devinrent des justiciers obligés de prendre le maquis (mais traités avec plus ou moins d'indulgence par leurs collègues légalistes).

N'empêche, quid du statut de super-héros depuis ? Tout ce beau monde a fini par se rabibocher au terme du "Dark Reign" après la saga Siege (où Steve Rogers devenait le chef du SHIELD). Mais en vérité, rien n'était résolu, tout juste planqué sous un tapis, avec la promesse tacite de ne plus en reparler pour éviter les fâcheries (avec juste un nouvel accroc lors de la Civil War II par Bendis, sur fond de répression policière grâce un néo-Inhumain au pouvoir de devin).

Un des actes manqués de Civil War aura été de pas traiter des conséquences judiciaires de l'intrigue, alors même que Daredevil fut l'un de ceux qui devinrent hors-la-loi - situation ironique pour son alter ego avocat. Charles Soule, aujourd'hui, remet le problème sur la table avec l'intention aussi ferme que son héros de le régler clairement.

La démarche est audacieuse, d'autant plus que les cinq épisodes qu'il y consacre mettent Daredevil à la fois dans une position délicate (il risque à tout moment de devoir se démasquer lors du procès en première instance d'un voyou qu'il a fait arrêter et contre lequel il témoigne) puis en retrait (quand Murdock doit plaider en appel puis engage le dossier devant la Cour Suprême). Pourtant, Soule expose les débats, les arguments, de manière passionnante, sans noyer le lecteur sous des subtilités juridiques. Même les points les plus extravagants (le droit à un super-héros de rester masquer pour témoigner, le fait même qu'il témoigne à charge, que DD prouve bien qu'il est DD) sont présentés de façon très convaincantes.

En outre, même si Murdock a été avocat et maintenant procureur, on le voit peu dans l'exercice de sa fonction : Daredevil reste un comic-book de super-héros, où doit dominer l'action, et même si un procès fournit son lot de scènes dramatiquement intenses, cela ne remplace pas les acrobaties et les bagarres qui motivent l'achat du fan. Soule fait pourtant le pari de nous captiver avec cinq épisodes dominés par des batailles de prétoire, l'exposition des procédures de la Loi américaine, les différentes chambres de représentation. Et ça fonctionne parce qu'au fond, ce qui se joue ici, c'est autant la carrière de Murdock que celle de DD : si le premier perd, l'autre aussi, et c'est plutôt judicieux de rappeler que le juriste et le justicier ne sont pas des entités distinctes mais dépendantes.

Une fois, cet arc clos (mais pas définitivement... De toute façon, rien n'est jamais définitif dans les comics), Soule se souvient que Blindspot a disparu du paysage depuis le tome 3, et plus radicalement encore depuis le début du tome 4 (quand Matt apprend que la mère du garçon l'a emmené avec elle, mais sans dire où).

L'aventure qui suit est plus classique mais aussi plus trépidante et exotique, avec un zeste de fantastique. Elle va entraîner Daredevil jusqu'en Chine, dans un temple sur lequel règne une Bête immonde aux ordres de laquelle les ninjas de la Main obéissent, avec son lot de sacrifices. Le sacrifice est le thème central de cet arc narratif bref, rapide, nerveux d'où, forcément, tout le monde ne reviendra pas.

Grâce à la maestria graphique de Ron Garney, le récit possède un souffle indéniable et grisant, avec des planches magnifiques, et le retour définitif du costume rouge de Daredevil (ça fait plaisir). Dans ces petits formats, Soule peut se montrer plus ou moins à l'aise, davantage quand il se fait un devoir de boucler l'histoire qu'il y glisse comme c'est le cas ici. C'est dense et accrocheur, et le découpage virtuose du dessinateur réserve des moments magnifiques, une sorte d'extrémisme qui sied bien à la série (DD n'est jamais meilleur que dos au mur, au trente-sixième dessous, avant de rebondir avec l'énergie du désespoir). Et le cliffhanger final, de retour en Amérique, est vraiment extraordinaire, promettant un nouveau récit surprenant, filant la métaphore avec la situation politique actuelle des Etats-Unis...

Malgré donc un déséquilibre graphique un peu préjudiciable, ce tome 5 est un des meilleurs depuis le début du run de Charles Soule, auteur regorgeant visiblement d'idées pour son héros, pas toujours adroitement exploitées, mais parfois fulgurantes et très pertinentes.   

mardi 10 avril 2018

DAREDEVIL, VOLUME 4 : IDENTITY, de Charles Soule, Goran Sudzuka, Ron Garney et Marc Laming


Reprenons notre examen des épisodes de Daredevil écrits par Charles Soule avec ce quatrième recueil, comprenant les n° 15 à 20, dessinés par Goran Sudzuka (#15-16), Ron Garney (#17-18, 20) et Marc Laming. L'auteur entreprend de répondre (enfin) à des questions essentielles sans réponses depuis le début de sa prestation, ce qui en fait un tome important.


- #15-16 (dessinés par Goran Sudzuka.) - Bien qu'il prenne à sa charge les frais d'hospitalisation de Samuel Chung après la mutilation que lui a infligé Muse, Matt Murdock culpabilise à propos de son apprenti. Comment expier sa faute tout en continuant son combat contre les criminels ? Au moyen d'un stratagème périlleux : en faisant mettre la tête de Daredevil à prix, pour mieux appréhender le pire des tueurs de New York.
   

C'est ainsi, après quelques péripéties, qu'il pousse Bullseye à sortir du bois. Un énième duel entre Daredevil et son ennemi juré a lieu, qui se solde par la victoire du premier. De retour à l'hôpital, Matt apprend que la mère de Samuel, ex-maîtresse de Tenfingers, l'a fait sortir - sans préciser où elle l'emmenait. Murdock s'est, tout au long de ces derniers jours, ouvert en confession et en discussion ouverte à un prêtre, le Père Jordan, auquel il veut à présent expliquer comment il a réussi à faire oublier à tout le monde que Matt Murdock et Daredevil n'étaient qu'une seule et même personne.


- #17-20 (dessinés par Ron Garney et Marc Laming.) - Une fois devenu riche et célèbre après la parution de son autobiographie, Matt Murdock convainquit Kirsten McDuffie, dont il partageait la vie, de rentrer à New York. Mais ce retour aux sources ne l'apaisa pas : sa nouvelle situation n'allait pas calmer les adversaires de Daredevil - au contraire, ils pouvaient s'en servir pour le poursuivre contre des agressions arbitraires. Matt comprit alors que le seul remède à cela était de récupérer son identité secrète, mais il essuya le refus du Dr. Strange, du Surfeur d'Argent, d'Emma Frost, et repoussa l'offre de Daimon Hellstrom d'en parler à Mephisto.


Kirsten et Matt repartirent à San Francisco où deux des enfants de l'Homme Pourpre vinrent frapper à leur porte. Joe et Shallah étaient séparés de leurs trois frères et soeurs depuis que leur père s'était évadé de prison mais conduisirent Daredevil jusqu'à son repaire où Zebediah Kilgrave avait construit une machine alimentée par l'énergie de ses trois autres enfants et augmentant sa puissance. Impuissant, DD tomba sous son emprise.


Torturé mentalement par l'Homme Pourpre, Daredevil puisa dans ses ressources pour reprendre le contrôle de lui-même et vaincre son adversaire. Ce dernier ayant annoncé qu'il avait commandé à la population de se déchirer, DD repartit pour tenter d'éviter une catastrophe. Mais tandis que San Francisco était finalement calme, les enfants de Kilgrave s'installèrent dans la machine avec leur père pour rendre un service au justicier en effaçant de la mémoire de tous les gens qu'il était Matt Murdock.
  

L'opération fut un succès total : même Kirsten McDuffie ne se rappelait plus de cet élément. DD ne se démasqua que devant Foggy, désormais le seul à partager son secret. Entre temps, les enfants Kilgrave disparurent, laissant leur père ligoté et inconscient. De retour à New York, Matt apprit que sa situation avait un prix : il ne pourrait plus fréquenter Kirsten et Foggy ne voulait plus avoir affaire à lui.

On passera vite sur les deux premiers épisodes, bien que le plan du héros imaginé par Charles Soule pour tenter de se sentir moins coupable après la blessure terrible infligé à Blindspot par Muse (voir Vol. 3 : Dark Art) ait quelque chose de sympathiquement tarabiscoté dans sa volonté double de coincer aussi son plus célèbre ennemi. 

On ne s'y attardera pas car, dans ces chapitres, Soule, qui, par la suite, va éclaircir un mystère essentiel de son run (comment Murdock s'y est-il pris pour que plus personne ne sache qu'il est Daredevil ?), crée une nouvelle énigme. En effet, dans le premier Volume du run de Mark Waid, dans l'épisode 27 précisément, Bullseye est laissé en très piteux état (tétraplégique et aveugle) : or, le voilà à nouveau sur pied, en parfaite forme physique ! A l'époque où ont été publiés ces épisodes (courant 2017), Marvel a voulu développer le "DD-verse" en lançant des séries Kingpin, Bullseye et Elektra, qui connaîtront toutes des bides absolus, et peut-être le rétablissement miraculeux de Bullseye y était expliqué, mais comme je n'en ai lu aucune et qu'aucune mention n'est faite par Soule, tout cela procède d'un grand n'importe quoi de toute façon.

Non, le coeur et le véritable intérêt de ce tome 4, ce sont bien les épisodes suivants, des n° 17 à 20, avec enfin un éclaircissement sur le mystère de l'identité secrète récupérée par DD. Et, là, alors qu'on pouvait vraiment redouter le pire, Soule se montre vraiment malin en utilisant une solution imprévu, imprévisible et qui fonctionne plutôt bien.

Dans un premier temps, il revient sur la fin du run de Waid et ses conséquences : Matt Murdock a fait son coming-out depuis quelque temps, motivant son exil à San Francisco (puisqu'il a été radié de l'ordre des avocats à New York) jusqu'à désormais plaider au tribunal comme quand il intervient en qualité de Daredevil, sans masque ni costume en spandex rouge. Rédigeant avec Foggy Nelson et Kirsten McDuffie son autobiographie pour laquelle il reçoit un à-valoir important, il devient aussi riche que célèbre. Mais cette gloire brouille ses repères : en changeant de statut, de vie, il ne peut être qui il a toujours été, juriste le jour et défenseur de la veuve et l'orphelin la nuit.

Un retour à New York n'arrange rien. Désormais, il est comme un people dont la situation ne calme pas ses ennemis locaux - pire elle met en danger ses amis et tous les anonymes qui l'approchent. Le chasseur est devenu une proie, qui compromet tout son entourage (direct et indirect). Murdock saisit que pour son bien et celui des autres (ses proches et la communauté en général), il lui faut retrouver sa double identité et le secret qui l'accompagne. Il se tourne vers des personnalités assez puissantes pour permettre cela mais essuie des refus ou lui-même refuse des issues de secours (l'évocation de Mephisto est rapide et très malicieuse).

Recourir à l'Homme Pourpre et ses enfants est un procédé astucieux de la part de Soule : elle renvoie là encore à des épisodes de Waid (Vol. 2, #13-15) et la mise en scène est habile, évitant le grand spectacle au profit d'un coup de main auquel Daredevil n'a même pas pensé lui-même mais dont le résultat dépasse ses espérances - trop même car, sinon ça ne serait pas drôle, il y a un prix à payer pour ce passé retrouvé. Par ricochet, on apprend donc aussi pourquoi Foggy est brouillé avec Matt et pourquoi Matt n'est plus en couple avec Kirsten McDuffie.

La "correction" qu'a conçue Charles Soule a quelque chose d'infiniment plus séduisante que celle de l'arc One More Day dans Amazing Spider-Man par J. Michael Straczynski et (surtout) Joe Quesada, avec l'intervention de Mephisto, pour rendre à Peter Parker une certaine virginité en même temps que sa double vie sur fond de sacrifice de son mariage avec Mary-Jane Watson et de guérison providentielle de l'increvable Tante May. Ici, le scénariste a choisi de démarrer son run en plongeant le lecteur dans la perplexité car Daredevil était à nouveau un héros avec une identité secrète. C'est le même scénariste, qui, sans pression éditoriale, non pas met fin à ce statu quo, mais qui l'explique, avec des moyens malins, préférant une dose de fantastique à une intervention surnaturelle pour satisfaire une obsession idiote (Quesada ayant toujours déprécié l'idée que Peter Parker soit un homme marié, au prétexte que cela empêchait ses fans de s'identifier à lui).

Ces quatre épisodes permettent aussi de retrouver au dessin Ron Garney. Son sens de la narration, très dynamique, ses parti-pris stylistiques (qui s'adoucissent un peu au fil de ces épisodes, tout comme la colorisation de Matt Milla, moins radicale), sont tout de même plus puissants que ceux de Goran Sudzuka dans les deux premiers chapitres du recueil. Et quand Marc Laming vient jouer les intérimaires le temps du n°19, on mesure encore plus la supériorité technique de Garney, dont le trait souple et nerveux, l'art du clair-obscur, le découpage généreux, tranche avec la raideur de son remplaçant occasionnel.

Plus accompli narrativement que graphiquement, ce Volume 4 des aventures de Daredevil constitue un tournant dans la série telle que l'écrit Charles Soule. L'auteur peut alors s'engager dans un arc très ambitieux pour le cinquième tome, riche de huit épisodes, les derniers avant la renumérotation historique du titre établie à l'Automne dernier avec "Marvel Legacy".

mercredi 4 avril 2018

DAREDEVIL, VOLUME 2 : SUPERSONIC, de Charles Soule, Matteo Buffagni, Goran Sudzuka et Vanesa Del Rey


Derrière cette superbe couverture de l'immense Bill Sienkiewicz, se cachent quatre nouveaux épisodes (deux pour chaque histoire) et le premier Annual de la série Daredevil, écrite par Charles Soule. Encore une fois, on a droit à un contenu inégal mais surprenant, déconcertant même, si bien qu'on ne sait pas toujours vraiment quoi en penser même si ça se lit tout seul.


Blâmé par le procureur de Manhattan, Hochberg, après l'échec de son premier cas (voir le tome précédent), Matt Murdock doit se contenter de ne poursuivre que du menu fretin. Mais que fait Elektra dans la cour du tribunal où il fait condamner un délinquant ordinaire ? Elle est venue l'inviter à prendre un verre pour lui demander de lui organiser un rendez-vous avec Daredevil (elle aussi, donc, a tout oublié du fait que le procureur et le justicier sont le même homme). Le soir, sur un toit d'immeuble, il la retrouve mais elle l'attaque sauvagement, écartant aussi Blindspot en lui cassant un bras. Puis elle finit par l'interroger sur ce qu'il a fait de sa fille...


Daredevil calme difficilement Elektra en la convainquant qu'il ignorait qu'elle avait un enfant, une fille de onze ans maintenant, prénommé Iona, confiée à leur mentor, Stick. Comprenant qu'elle ne tirera rien de son adversaire, Elektra se défile mais Daredevil la suit et la voit tuer des malfrats. Seul l'un d'eux s'en sort en lui glissant une phrase à l'oreille qui lui fait perdre connaissance : elle a été conditionnée mentalement pour croire à sa maternité. Mais qui a voulu ça ?


Macao. Matt Murdock sous le nom d'emprunt de Paul Levasseur dispute une partie de poker et remporte une mise énorme, ce qui attire l'attention d'une séduisante jeune femme, Adhira. Il s'en va ensuite se mesurer à un champion, Alexander Aspen, dont il sait le don de télépathe. Mais, l'affrontant aussi bien aux cartes qu'en esprit, il parvient à nouveau à gagner la partie. Adhira n'en revient pas et l'invite à prendre un verre mais il doit refuser car il a un rendez-vous. Depuis la suite luxueuse à laquelle ses victoires lui ont donné droit, il monte, en costume de Daredevil, sur le toit de l'hôtel où l'attend Spider-Man.


Ensemble, les deux héros vont dérober, non sans mal, une précieuse mallette convoitée par DD. Mais Spider-Man s'interroge sur son contenu qu'il estime aussi délicat que dangereux et refuse de la remettre à son partenaire. Daredevil le convainc en lui racontant qu'elle contient ce qui lui permet de préserver sa double identité et de quoi faire tomber plusieurs super-vilains à New York.
  

- Annual #1 (dessiné par Vanesa Del Rey.) - Klaw possède le public d'un concert auquel assiste Maya Lopez alias Echo, insensible à cette attaque sonore grâce à sa surdité. Elle va prévenir Daredevil de ce qui se passe tout en lui fournissant une protection auditive avec un casque relié à un téléphone portable diffusant de la musique (Prince !). Elle s'isole dans le studio d'une station-radio où, sur un clavier, elle improvise un air capable de contrer la fréquence de Klaw tandis que Daredevil se bat contre les créatures acoustiques générées par le vilain.

Quand on lit les histoires de Charles Soule dans ce recueil, on ne sait pas s'il faut être sidéré par la désinvolture avec laquelle il les boucle (et donc s'amuse visiblement du lecteur) ou épaté par ce même culot à convoquer des guest-stars juste parce qu'elles présentent un lien avec Daredevil sans lui accorder la moindre confiance.

Il y a quelque chose d'insouciant dans cette façon d'écrire, comme si au fond l'essentiel était de divertir le lecteur. Mais c'est tout de même déconcertant car, dans le même temps, il évacue des pans entiers de ce qu'il vient d'installer (Blindspot est vite écarté et ne reparaît plus, Murdock placardisé se paie quand même un voyage à Macao) ou se dispense toujours d'expliquer des points décisifs (on n'en sait toujours pas plus sur le comment DD a réussi à effacer de la mémoire collective qu'il est Matt Murdcok, même s'il avoue à Spider-Man en avoir été seul capable).

Reprenons. Dans les deux premiers épisodes, en compagnie du dessinateur Matteo Buffagni (qui a illustré le mois dernier Astonishing X-Men #8, écrit par Soule), DD a fort à faire pour empêcher Elektra de le trucider, car elle est persuadée qu'il a fait enlever sa fille. Le lecteur est aussi estomaqué que le héros en apprenant que la tueuse est mère, d'une gamine de onze ans, confiée à Stick après qu'il l'ait entraînée !

Lorsqu'elle croit enfin que DD n'y est pour rien, la voilà qui part poignarder quelques malfrats avant que le dernier d'entre eux ne se débarrasse d'elle d'une simple phrase et qu'on saisisse qu'elle a eu le cerveau lavé pour lui faire croire à sa maternité, cette histoire d'enlèvement, tout cela pour la faire souffrir.

Mais qui a voulu lui en faire baver ainsi ? Mystère et boule de gomme ! J'ai, je vous l'avoue, éclaté de rire en terminant la lecture de la dernière page, devant le je-m'en-foutisme absolu de Soule, qui me plantait là après quarante pages accrocheuses mais sans aucune résolution. A croire que tout ça n'était qu'un prétexte pour sceller les retrouvailles entre Elektra et Daredevil après un affrontement musclé. Peut-être ai-je loupé une subtilité narrative, mais tout de même...

Heureusement, ces deux chapitres sont superbement mis en images par Buffagni, qui succède provisoirement à Garney (qui revient pour le troisième tome). Il modifie d'ailleurs quelques détails de son collègue avec le masque de DD ou ses bottines, rien d'énorme. En revanche, il anime son découpage avec beaucoup plus d'invention (comme en témoigne la double page plus haut), en jouant beaucoup sur l'horizontalité et la verticalité des cases et les angles de vue (de superbes plongées, où Elektra domine nettement Daredevil). On peut en revanche être plus embarrassé quand l'italien s'efforce de faire ressembler Murdock à Charlie Cox, l'acteur qui l'incarne dans la série Netflix, mais peut-être s'agit-il d'une contrainte éditoriale. La colorisation de Matt Milla est toujours aussi stylisée et assure une cohésion graphique au titre, quel que soit le dessinateur.

On passe ensuite à une aventure, à nouveau en deux temps, plus convaincante scénaristiquement, quoique fantaisiste. En effet, Murdock s'est déplacé à Macao, la ville du jeu en Chine, ce qui n'est pas un petit voyage, surtout pour un procureur new-yorkais, qui plus est dans la situation rétrogradée par son supérieur de s'occuper de petits délinquants (après le fiasco du témoignage de Billy Li). Mais pour Soule, ce n'est pas si grave visiblement : Matt Murdock doit avoir un bas de laine lui permettant ce genre de congé et un patron sévère certes mais pas trop strict sur l'absence de son subalterne...

Donc, Murdock sous un faux nom (français, ce qui n'est par contre pas innocent puisque le scénariste adresse un hommage au deuxième arc narratif de Brubaker quand le héros en cavale usait de la même ruse à Monte-Carlo) remporte gros au poker contre toute une tablée puis un télépathe. Mais c'est une fausse piste pendant tout un épisode avant qu'à son tour Soule n'abatte ses cartes. DD n'est pas là (que) pour faire le mariole au casino, il veut dérober une mallette très bien gardée avec l'aide de Spider-Man (qui n'était pas loin, puisque Dan Slott a fait de Peter Parker un chef d'entreprises, notamment au pays du soleil levant).

On assiste à une suite de baston, d'acrobaties, de poursuites dépaysantes et mouvementées sans que l'issue ne soit un mystère (après tout, leurs adversaires ne sont que de vulgaires porte-flingues comme ils en ont tabassés des paquets durant leurs carrières). Mais, à la fin de la course, Spidey se demande quand même pourquoi DD veut tellement cette valise. L'explication fournie est de toute évidence un gros baratin, comme l'indique la voix-off de "tête à cornes"... Mais ça ne veut pas dire que le lecteur saura la vérité une fois le tisseur embobiné !

Encore une fois, Soule nous roule dans la farine avec un bon vieux "McGuffin" (ici, la mallette convoitée dont on ne saura jamais ce qu'elle contient vraiment). Se faire avoir une fois (avec Elektra et sa fausse maternité), c'est marrant. Deux fois, c'est plus limite. Alors pourquoi ce risque ?

La réponse que j'ai trouvée (et qui vaut ce qu'elle vaut) est que tout réside dans le symbole : Daredevil est un aveugle mais qui, à bien des égards, voit mieux que nous (grâce à ses sens sur-developpés, son sens-radar, sa connaissance de la nature humaine...). Le lecteur est comme Blindspot, à se demander sans cesse comment il sait à l'avance où ça se passe et surtout comment ça va se dérouler. Il devine qu'Elektra n'est pas dans son état normal, il connaît la manière de mentir à Spider-Man, et il sait embarquer le lecteur en lui offrant ce qu'il attend (de l'action, une énigme) mais sans forcément lui expliquer le truc de son numéro. Si on accepte cette logique, ici poussée à l'extrême, alors Soule est un génie, prenant notre main et nous emmenant sur les traces de son héros en nous garantissant qu'on aura ce qu'on cherche... Avant de nous lancer, in fine, que nous sommes bien naïfs d'y avoir cru, comme si un magicien dévoilait ses secrets. (Ou alors, Soule est un escroc évidemment, qui nous allèche salement avant de nous ricaner au nez pour l'avoir cru.) En somme, donc, il y a ce qu'on voit (une BD super-héroïque pleine de péripéties et de rebondissements et juste ça) et ce que c'est (une BD super-héroïque pleine de péripéties et de rebondissements mais avec de fausses promesses de révélations).

Pour illustrer ça, Goran Sudzuka est un choix judicieux : son dessin clair, élégant, classique, sans aspérités, presque trop ou pas assez, souligne l'ambivalence de la démarche de Soule. D'un côté, c'est agréable à lire, joli à regarder, exécuté consciencieusement. Mais pour mieux nous abuser, de l'autre. Plus à l'aise dans les scènes calmes, le dessinateur prouve quand même que lorsque le mouvement prend l'avantage, il produit des planches bien composées, avec un degré de détails élevés (sans doute avec l'aide de l'infographie, comme Buffagni, mais bien intégrée). Et la colorisation de Milla fait le reste.

Enfin, l'Annual qui clôt ce recueil est comme le paroxysme du programme : l'argument est franchement pathétique, ramenant d'entre les morts Echo, là encore sans la moindre explication, et opposant la justicière sourde et Daredevil à Klaw - comme un autre clin d'oeil au run de Waid. Un court récit écrit par Roger McKenzie, vétéran qui précéda Miller sur le titre dans les années 70, et illustré par un tâcheron dont je n'ai pas retenu le nom, complète ce récit de manière tout à fait dispensable (sachez juste qu'il met en scène Melvin Potter aka le Gladiateur).

Avec (beaucoup) d'indulgence, et grâce aux dessins, on accordera à ce tome du crédit. Mais, en vérité, il faut mieux se réserver pour le tome suivant, plus consistant, avec le retour de Ron Garney et un vilain original et mémorable. 

mercredi 25 février 2015

Critique 579 : WONDER WOMAN, VOLUME 5 - FLESH, de Brian Azzarello, Cliff Chiang et Goran Sudzuka


WONDER WOMAN : FLESH rassemble les épisodes 24 à 29 et le n° 23.2 (First Born) de la série, écrits par Brian Azzarello et dessinés par Cliff Chiang (#27 et 29 plus une partie du #28), Goran Sudzuka (#24-26 et l'autre partie du #28), et ACO (#23.2), publiés en 2014 par DC Comics.
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(Extrait de WONDER WOMAN #29.
Textes de Brian Azzarello, dessins de Cliff Chiang.)

Nouveau souverain de l'Olympe, Apollon a capturé son frère, le Premier Né, après qu'il a subi une cuisante défaite en affrontant Wonder Woman. Bientôt Apollon apprend l'imminence d'une guerre, ce qui le motive à réunir le panthéon pour convaincre ses semblables d'accueillir Wonder Woman dans leurs rangs en tant que déesse de la guerre.
Cependant, cette proposition n'a pas l'heur de plaire à l'un des membres de l'Olympe et prépare sa revanche contre l'amazone...

Après les trois premiers volumes de son run sur la série, qui ont été mouvementés, le scénariste Brian Azzarello a rebondi dans une direction décisive lors du tome 4, impliquant dans l'intrigue le nouveau fils de Zeus. Les épisodes de ce nouvel arc narratif négocient donc avec les conséquences des derniers événements tout en entraînant le lecteur vers de nouveaux rebondissements.

Encore une fois, pourtant, l'auteur aboutit à un résultat qui laisse un sentiment très mitigé : il développe en effet une histoire complexe, elle-même alimentée par des "sub-plots". Apollon retient le Premier Né prisonnier sur le mont Olympe où il lui fait subir de multiples tortures, complaisamment détaillées, mais dans un but précis.
Pendant ce temps, sa soeur, Cassandre, le défie frontalement, n'hésitant pas à user de manoeuvres aussi crasses pour avoir ce qu'elle convoite. 
Pour couronner le tout (qui est déjà assez corsé), Azzarello met en scène la quête de Wonder Woman et sa bande pour retrouver un membre de leur famille qui a été kidnappé.

Tout ça fait beaucoup. Trop en vérité, et c'est devenu un défaut récurrent dans la série pour ne plus être indulgent ou espérer que cela s'arrange, même si, pris au jeu, le lecteur a quand même envie d'aller jusqu'au terme du run du scénariste pour en connaître le fin mot. 
Personnellement, je suis lassé par la narration d'Azzarello, qui, en définitive, n'a jamais réussi à maintenir l'excellent niveau de ses premiers épisodes, qui avaient le mérite de renouveler bien des éléments. Il s'agit bien de cela en fait : à force de mener son affaire en permanence pied au plancher, de bourrer jusqu'à la gueule son intrigue, d'animer un casting très (trop) fourni, la série ne respire jamais, les personnages sont grossièrement caractérisés, la lecture devient fatigante. 

Il ne s'agit pas de blâmer l'ambition manifeste du projet d'azzarello, mais de pointer ses excès, et en la matière le trop est l'ennemi du bien (c'est un reproche que j'adresserai à d'autres scénaristes, comme Rick Remender avec ses Uncanny Avengers par exemple).

Ainsi, même si le récit se déploie avec une efficacité certaine, compte tenu de ses nombreuses voies, et continue à surprendre encore, parfois, avec certains protagonistes (je pense en particulier à Héra, qui est devenue plus appréciable maintenant qu'elle doit apprendre à composer avec sa mortalité), toute la partie avec le Premier Né occupe trop d'espace, vole la vedette aux autres. Si on comprend pourquoi il est et reste un tel monstre, on n'éprouve toutefois peu de compassion pour lui, il est trop évident qu'il est là pour incarner un des méchants de service et guère plus. Azzarello échoue lourdement à imposer ce personnage en dehors de clichés rebattus pour justifier à quel point il est sinistre et tragique (souligner l'arrogance de Zeus pour expliquer tout ça n'avance pas à grand-chose, sinon à rabâcher à quel point le père des dieux peut avoir lui aussi été monstrueux).

C'est dommage car, par ailleurs, quelquefois, Azzarello parvient encore à séduire, notamment par la qualité de ses dialogues, exprimant souvent très bien les émotions des personnages. Mais c'est bien peu quand même.

L'action prime sur la majorité de l'intrigue, plusieurs des batailles mises en scène ne sont là que pour faire avancer l'histoire mais sans résoudre quoi que ce soit : tout cela est très mécanique. On saisit juste (mais on s'en doutait déjà) que le Premier Né représente une sacrée menace pour Wonder Woman, ce qui entretient un certain suspense quand à l'issue de leur duel.

La partie graphique apporte plus de satisfaction, même si, de ce côté-là aussi, la série est devenue sérieusement bancale. En effet, bien que Cliff Chiang reste présent, il ne signe en réalité que deux épisodes et demi, ce qui est peu pour un artiste crédité en premier sur la couverture et sur la page du sommaire, considéré comme le véritable co-auteur de ce run. Sa prestation n'a rien de honteux, il produit encore de belles pages, et la manière dont il représente les personnages féminins en particuliers reste superbe.

Mais, soyons justes, Goran Sudzuka (qui avait déjà prouvé sa solidité lorsqu'il remplaçait Pia Guerra sur Y : The Last Man) donne à voir des épisodes plus réguliers et achevés, en signant plus de planches dans tout ce recueil (trois n° complets et la moitié d'un 4ème).
Son trait est sobre, ses découpages dosés, mais il se dégage des deux une assurance, une qualité, une constance désormais supérieures à ce que fait Chiang. Rien de spectaculairement différent, mais ce "truc" en plus qui gagne l'attention du lecteur, le convainc que c'est ce dessinateur-là qui fait vraiment le mieux son job.

Un mot, enfin, de la colorisation de Matthew Wilson qui est impeccable comme toujours (il a d'ailleurs succédé à Javier Rodriguez sur le Daredevil de Mark Waid et Chris Samnee, sans que la série en souffre : belle performance). Les séquences nocturnes en particulier sont magnifiées par ses choix chromatiques toujours judicieux.

Malgré son cliffhanger et le développements de nouveaux éléments narratifs à la dernière minute, ce pénultième volume de Wonder Woman par Brian Azzarello ne gomme pas une déception bien consommée. Pourtant, tout avait si bien démarré...

mardi 20 janvier 2015

Critique 560 : WONDER WOMAN, VOLUME 4 - WAR, de Brian Azzarello, Cliff Chiang, Goran Sudzuka et Tony Akins


WONDER WOMAN : WAR rassemble les épisodes 19 à 23 de la série, écrits par Brian Azzarello et dessinés par Cliff Chiang (# 21-23) et Goran Sudzuka (# 19 avec Tony Akins et l'intégralité du # 20), publiés en 2013 par DC Comics.
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Sur une terrasse de building avec piscine (figurant le mont Olympe), Apollon parlemente avec Dionysos et Artémis sur son règne et les menaces qui le mettent en péril : en effet, il n'arrive pas à mesurer le danger réel que représente Wonder Woman et il est inquiet à propos d'une vieille prophétie annonçant que le dernier fils de Zeus (Zeke, enfanté par la mortelle Zola, amie de l'amazone) éliminera celui qui l'empêchera d'accéder au trône.
Cependant, à Londres, le groupe uni autour de Diana dresse un bilan de la situation (qui est complexe) : Orion, Héra, Lennox et Arés ont tous un point de vue différent au sujet du fils de Zola et Zeus mais aussi à propos de la conduite à tenir face à Apollon et ses alliés.
Enfin, le Premier Né affronte Poséidon qui détient son épée, sous le regard de Cassandre.

Ces nouveaux épisodes concluent la deuxième "saison" de la série telle qu'elle a été relancée par DC Comics et confiée aux bons soins de Brian Azzarello, qui en a tiré une version à la fois inattendue et percutante. C'est, comme pour son héroïne, l'heure de faire le point.

Pour les bons points, on peut dire que le scénariste et son dessinateur en chef, Cliff Chiang, ont réussi à redonner du lustre à un personnage qui n'avait pas eu droit à de tels égards depuis fort longtemps : Wonder Woman est redevenue une héroïne singulière, attractive, dans une production  divertissante et adulte, commercialement gagnante. Chiang, notamment, a su re-créer visuellement Diana en la relookant de manière sobre et efficace. Azzarello a modifié sensiblement des points concernant ses origines, ses pouvoirs, en l'intégrant à un vaste tableau où se mêlent les figures revisitées du panthéon grec mais aussi du Jack Kirby's Fourth World avec le retour des New Gods. A eux deux, ils ont tiré le meilleur de cette réinvention pour proposer une série qui en définitive se démarque nettement du lot commun des super-héros pour se diriger vers un fantastique baroque.

Dans le recueil précédent, Azzarello et Chiang sont parvenus au coeur de l'entreprise - la succession de Zeus sur le trône de l'Olympe sur fond de complots entre différentes factions de dieux convoitant la place du patron. Pourtant, la lecture des derniers chapitres aboutissait à un sentiment brouillon, parasité par un casting trop abondant, des lignes narratives confuses : la série allait s'en relever et savoir négocier la suite avec le même brio qu'au début de sa relance ?

Premier constat : ce recueil renoue avec un certain swing décapant comme aux premiers jours, c'est un "page-turner" très efficace.

Azzarello paraît résolu à faire le tri, ou du moins à être plus lisible, plus clair : la lutte de pouvoir est mise en avant et les belligérants sont facilement identifiables, avec des motivations qui sont plus nettes. C'est une bataille disputée mais passionnante, même si l'affrontement entre le Premier Né et Poséidon (qui perdu de sa superbe) puis celui où Apollon charge Artémis de régler son compte à Wonder Woman au lieu de le faire lui-même, après avoir assuré quelque temps auparavant qu'il n'en ferait qu'une bouchée, manque de conviction. On a alors l'appréhension qu'Azzarello ne se  contente que d'honorer le minimum syndical en matière d'action (alors que c'est un auteur réputé pour ses comics violents).

Mais il semble surtout que cela soit une manoeuvre, assez habile convenons-en, pour souligner le niveau de puissance du Premier Né et le degré de résistance de Wonder Woman. A priori le duel entre ces deux-là ne laisse guère de place au suspense tant le premier est supérieur mais cette idée que l'héroïne puisse être réellement, de façon crédible, vaincue offre une vision pour le moins dérangeante et donc accrocheuse.

A partir de là, il faut que le scénariste s'y entende pour convaincre le lecteur que Diana ne pourra venir à bout de cet adversaire redoutable qu'en usant de ruse et d'intelligence, avec le renfort de ses amis (même si, dans l'affaire, les actions d'Arès manquent quelque peu de panache)... Et il faut bien admettre que ce qu'Azzarello a retrouvé en rythme, il l'a perdu en intensité. D'où cette persistante faiblesse à passionner le lecteur car la psychologie des personnages n'a jamais été suffisamment développée pour contrebalancer l'action classique.

L'autre souci, c'est que la qualité graphique qui faisait merveille auparavant est en décalage avec l'évolution de l'intrigue. Les styles similaires dans l'élégance d'artistes comme Chiang et Goran Sudzuka (qui a en quelque sorte pris la place de doublure officielle tenue jusqu'alors par Tony Akins, même si celui-ci réalise encore quelques planches) ne convient guère à une bande dessinée qui misent sur des confrontations physiques. 

Demeurent des ambiances, des décors, des designs très originaux, mais il manque du punch et de variété dans l'exercice si spécifique des combats de comics super-héroïques, avec des ennemis qui se balancent des coups, atterrissent plusieurs mètres plus loin, se relèvent et repartent à l'assaut.

Malgré ces réserves, il y a quand même un mieux notable avec le précédent album, en particulier dans les scènes intermédiaires : Wonder Woman administre à Orion une réplique bien sentie sur son comportement machiste d'une manière surprenante, Cassandre révèle la raison de son conflit avec Lennox et cela est pertinent pour qui sera capable de resituer le personnage dans la mythologie. Une source de jubilation pour les fans de Kirby et de son Quatrième Monde correspond à l'usage du "boom tube" dans une séquence visuellement mémorable. Et la fin du 23ème épisode est très impressionnante tout en étant graphiquement dans la retenue, avec un découpage magnifique.

Il est clair que la série, qui avait démarré formidablement, connaît une stagnation, voire une régression ;  ses auteurs, engagés dans un récit très dynamique, préférant toujours l'intrigue à ses acteurs (parfois réduits à des sujets sans substance, à l'image de Zeke, un bébé qui traverse les batailles les plus acharnées sans que ses protecteurs semblent s'en préoccuper outre mesure). Visuellement aussi, les partis pris du début ne sont plus aussi convaincants, malgré une esthétique toujours séduisante mais avec une sérieuse carence dans le punch.

Tout cela finit par former un ensemble bancal, avec des personnages desquelles on se détache. Dommage, même si un sursaut n'est pas exclu car l'équipe artistique ne manque pas d'atouts. Reste à savoir si elle saura faire les bons choix pour redresser la barre...

Critique 559 : WONDER WOMAN, VOLUME 3 - IRON, de Brian Azzarello, Cliff Chiang, Tony Akins et Goran Sudzuka


WONDER WOMAN : IRON rassemble les épisodes 13 à 18 et l'épisode 0 de la série, écrits par Brian Azzarello, publiés en 2012-2013 par DC Comics.
Les dessins sont signés par Cliff Chiang (#0, 15-16 et 3 pages du # 18), Tony Akins (# 14, avec Rich Burchett ; # 17, avec Amilcar Pinna) et Goran Sudzuka (#18, avec 7 pages par Tony Akins).
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- # 0. Dans ce récit, on découvre la jeunesse de Wonder Woman qui, à travers un rite initiatique sur l'île de Thémyscira, doit prouver sa bravoure. Elle attire l'attention du dieu de la guerre qui décide de lui inculquer l'art du combat en lui donnant pour mission de tuer le Minotaure.

Comme pour toutes les séries du "New 52", un épisode 0 a été produit pour permettre aux lecteurs de mieux situer les origines des héros DC : Brian Azzarello s'acquitte de cet exercice en adoptant une narration étonnamment rétro (alors que jusqu'à présent son run brillait par son approche atypique), en utilisant une voix off, des récitatifs. Ce procédé semble avoir été choisi pour adresser un clin d'oeil  à la genèse même de Wonder Woman, rappeler sa longévité comme personnage, et distinguer ce qui y est raconté de ce qu'on a déjà lu jusqu'à présent sous la plume d'Azzarello.
Mais ce "gadget" ne dispense pas son auteur de raconter des choses importantes pour mieux appréhender l'héroïne, notamment la relation qui l'a uni à War, présenté comme son tuteur, son mentor - une relation conflictuelle, qui souligne déjà le caractère affirmé de la jeune femme (quand le Minotaure est à sa merci mais qu'elle refuse de le tuer).
Cela légitime surtout la formation de guerrière de Diana, mais révèle aussi son empathie, ce qui en fait une figure dotée d'un vrai relief. C'est la première fois que la part psychologique du personnage est abordée avec cette importance, au sein d'une série où l'action prime.

Cliff Chiang illustre cela parfaitement grâce à un trait épuré qui lui permet de représenter Diana de manière crédible dans ses jeunes années, dans un cadre à l'exotisme bien dosé, des ambiances fortes mais subtiles. Son encrage un peu épais, avec des zones noires profondes, donne une texture particulière à l'histoire qui ressemble à ce dont on peut se souvenir, sans être encombré de détails. Et encore une fois, le design des personnages est remarquablement original, évitant tous les clichés de l'imagerie du panthéon et des amazones.

- # 13-18. Zola accouche  et donne naissance à un garçon, de fait un nouvel héritier de Zeus. Mais sa progéniture est aussitôt kidnappée et Wonder Woman lui promet de la retrouver. Elle est accompagnée pour cela de Lennox, War, Hera, Siracca, Milan, Orion (l'un des New Gods de Jack Kirby), Strife, et quelques autres. De son côté, Apollo organise une réunion de dieux. Par ailleurs encore, en Antarctique, des chercheurs découvrent la tombe du Premier Né, qui va opérer son retour en force.

Mine de rien, ces épisodes marquent la deuxième année de la série depuis sa relance, et force est de constater que le niveau baisse sensiblement après une première "saison" très accrocheuse. En même temps, c'était assez prévisible au vu des efforts consentis par Azzarello au cours des 12 premiers chapitres pour revitaliser le personnage et développer une intrigue épique.
Avoir réussi à donner un véritable nouvel élan à Wonder Woman, qui en impose à nouveau, en la débarrassant de tout ce qui en faisait une héroïne ayant moins d'aura que d'autres vedettes du DCU (comme Green Lantern, Batman), voilà assurément le meilleur de la série : on lit à présent les aventures d'une femme forte, charismatique, qui n'a pas peur de se battre, mais qui comporte une vraie noblesse (parce qu'elle ne tue pas sans raison en premier lieu). Elle a depuis le début été un soutien infaillible pour Zola et ses origines modifiées en font désormais l'égale des dieux qui se mettent parfois en travers de son chemin.
Brian Azzarello a atténué tout ce qui pouvait conférer trop de glamour au personnage, sa féminité n'est plus un élément déterminant (notamment en ayant écarté très vite la relation mère-fille entre Hyppolita et Diana).
En vérité, Wonder Woman est moins une série super-héroïque qu'une histoire avec des surhommes, des dieux, des monstres, ce qui la distingue du tout-venant par leur ambiguïté morale et physique. L'intrigue développée ne se révèle que progressivement, nourrissant un authentique suspense.

Bien entendu, le projet doit aussi beaucoup à la conception graphique de Cliff Chiang. Cet artiste au style plutôt raffiné n'a pas hésité à soigner les composantes visuelles les plus horrifiques du récit et à relooker un casting abondant.

Mais cette charge de travail ajoutée à une capacité de production déjà moyenne a son revers : en ne dessinant pas tous les épisodes, parfois en se contentant juste d'en signer quelques planches, il doit céder la place à des collaborateurs occasionnels plus ou moins doués.
Dans le présent recueil, il n'intervient que sur trois épisodes sur sept : c'est frustrant quand on voit avec quel brio il représente un dieu comme War (avec ses membres continuellement ensanglantés comme stigmates de ses victimes de guerre - une idée simple mais intelligente et impressionnante). Son trait anguleux et un peu gras renforce cette apparence brute, conforme à l'ancienneté des divinités. Le Premier Né est également une réussite, qui est immédiatement mémorable.

Mais cela n'excuse pas d'autres éléments : par exemple, le costume de Diana possédait un raffinement séduisant au début mais qui, à la longue, est devenu un peu absurde pour la même raison (le collier ou le bandeau à son bras gauche en forme de WW tous les deux). Chiang pêche aussi par le manque de variété dans l'expressivité de ses personnages ou ses décors urbains.

Tony Akins supplée donc Chiang avec un talent inégal. Le remplacement est plus convaincant avec Goran Sudzuka (qui fut déjà la doublure de Pia Guerra sur Y the last man, écrit par Brian K. Vaughan), un artiste méconnu et mésestimé qui mérite mieux que ce rôle de fill-in.

En s'étoffant, la série a aussi instauré une distance avec ses lecteurs, principalement à cause d'une distribution trop riche (jugez-en plutôt : Aphrodite, Apollo, Arès, Artémis, Demeter, Dionysus, le Premier Né, Héphaïstos, Héra, le Haut-Père des New Gods, Orion, Lennox, Siracca, Stryfe, War, Zola...) : tout ce monde ne peut pas exister avec le même relief.

Azzarello, avec la venue au monde du bâtard de Zeus, fruit de ses amours avec Zola et les diverses machinations du panthéon pour tirer profit de l'absence du père des dieux, a fort à faire pour animer tout cela et le rendre intéressant. L'apparition du Premier Né complexifie encore une fresque déjà fournie. Du coup, on a le sentiment que Diana se démène avec beaucoup trop de monde contre elle, elle paraît submergée comme l'est le lecteur.

Pour toutes ces raisons-là (scénario proche de l'obésité, inconstance graphique), ce troisième volume déçoit mais, et c'est tout le paradoxe de la série, donne toutefois envie de découvrir comment le scénariste, ses dessinateurs et son héroïne vont pouvoir s'en sortir.

mercredi 30 mars 2011

Critiques 220 : Y THE LAST MAN 9 & 10, de Brian K. Vaughan, Pia Guerra et Goran Sudzuka

9 : MOTHERLAND (#49-53 ; 2006-2007)

- Motherland (#49-52) : A Shenzhen, en Chine, l'état de santé d'Alison Mann se détériore encore davantage et oblige le groupe formé par Yorick, Rose Copen et l'agent 355 à conduire la biochimiste à l'hôpital, mais Toyota s'interpose. Yorick et Alison sont séparés de 355 et Rose, lesquelles sont sous la garde de Toyota, déterminée à les éliminer et convaincue que le père d'Alison va lui donner l'immortalité en la clonant. Le père d'Alison, justement, est donc toujours en vie et a orchestré l'elèvement de sa femme, sa fille et Yorick. Ses travaux sur le clonage ont abouti mais il a aussi tout fait pour faire échouer ceux d'Alison et semble être à l'origine de l'épidémie qui a exterminé tous les hommes (lui-même a survécu de la même manière que Yorick, grâce à un singe dont il s'est servi comme cobaye). Mais ses recherches ont achevé de le rendre fou et il est désormais persuadé que l'humanité peut se passer des hommes : il veut donc supprimer Yorick avant de se suicider. De leur côté, l'agent 355 et Toyota s'affrontent dans un duel à mort. A l'issue de cette péripétié, le destin du groupe est bouleversé : Rose reste en Chine avec Alison qui va poursuivre ses expériences tandis que l'agent 355 va escorter Yorick jusqu'à Paris pour y retrouver sa fiancée Beth Deville. Mais l'ange gardien du héros aura entretemps avoué à la biochimiste la vérité sur ses sentiments envers son protégé...

- The Obituarist (#53) : Plusieurs mois auparavant, à Arlington, en Virginie, la fossoyeuse Waverly (rencontrée dans l'épisode 2 de la série, cf. Unmanned) fait la connaissance d'une prostituée travestie en garçon, Bobbi, lorsque la Maison-Blanche fait appel à elle pour enterrer Jennifer Brown, la mère de Yorick et Hero, assassinée par Alter Tse'elon.

- Tragicomic (#54) : La troupe Fish and Bicycle tourne à Los Angeles, en Californie, un film d'action entièrement féminin, mais des tensions au sein de la distribution ont raison de cette entreprise. La réalisatrice-scénariste Cayce Sheldon et sa partenaire Henrietta Spencer, après s'être faites voler leur matériel, décident alors de produire une nouvelle histoire, à la fois divertissante et philosophique, dans un média moins coûteux et aussi accessible : les comics !
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Ce pénultième volume confirme à la fois le redressement de la série, après le livre 8, et d'une certaine manière, sa première conclusion puisque le scénario de l'histoire principale, Motherland (#49-52), va "résoudre" le mystère de l'épidèmie. Brian K. Vaughan réunit les protagonistes dans une confrontation attendue de longue date, riche en révèlations et en intensité dramatique. On assiste au duel entre l'agent 355 et la ninja Toyota, qui dévoile du même coup l'identité de son commanditaire. Le scénariste offre un rebondissement percutant en expliquant qui est vraiment le mystérieux docteur M., le père d'Alison, et ses motivations. Le laïus scientifique avancé par le Dr Matsumori relève à la fois d'une résolution rationnelle et d'un probable délire car s'il détaille ses expériences sur le clonage avec sa maîtresse et assistante, le Dr Ming, dont la finalité aurait causé la catastrophe, il est également évident que le savant croit que le sort des hommes est dû à une espèce de fatalité. Il est la proie d'une crise mystique qui le convainc de mettre fin aux jours de Yorick avant de se suicider parce que cela entrerait dans une logique supérieure, établirait un équilibre cosmique.
Cela signifie-t-il que Vaughan impose cette conclusion comme la seule et unique ? Les propos de l'auteur en interview sont plus équivoques puisqu'il a affirmé que ce n'était qu'une explication parmi d'autres et que lui-même n'avait pas d'idée définitive à ce sujet. D'autres indices, dans les précédents tomes, sont aussi perturbants : on repense à l'Amulette d'Hélène qu'avait récupérée l'agent 355 (si elle quittait sa terre d'origine, la Jordanie, une malédiction sans précédent s'abattrait sur les hommes) ; à la bague de fiançailles supposèment magique que Yorick destine à Beth Deville ; à la théorie du complot gouvernemental imaginée par les membres féminins des Fils de l'Arizona...
"L'hypothèse du Dr Matsumori" est la plus vraisemblable, la plus solide, mais Vaughan a brouillé les pistes et finalement, on peut choisir d'y croire comme d'en croire une autre (y compris une que l'auteur n'aurait pas formulée ou simplement suggérée - comme un bouleversement dans le Temps des Rêves ayant impacté la réalité, comme le croyaient les aborigènes rencontrées par Beth Deville). Quoi qu'il en soit, cette partie de l'intrigue est "réglée" avec cet avant-dernier tome et cela a pour conséquence directe l'éclatement du quatuor : Alison et Rose restent ensemble en Chine pour poursuivre les recherches sur le clonage, Yorick part pour la France avec l'agent 355. Cette dernière admet, dans la confidence, devant Alison, qu'elle est bel et bien amoureuse de Yorick, mais se refuse à le lui avouer car elle pense que ses sentiments ne sont pas réciproques et qu'elle ne veut pas briser le couple qu'il va reformer avec Beth. Reste à voir comment Vaughan débrouillera cette situation dans le prochain volume...
Les deux autres histoires, chacune racontée en un épisode, sont en comparaison moins fortes, évidemment, même si elles ne manquent pas d'intérêt : Vaughan remet dans la lumière un personnage apparue au tout début de la saga (la fossoyeuse Waverly) puis écrit un chapitre méta-textuel avec les mésaventures des deux cinéastes et la narration de la catastrophe, un exercice qui fait immanquablement penser au récit de pirates faisant écho aux évènements relatés dans Watchmen d'Alan Moore et Dave Gibbons.
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Ce tome marque le vrai retour aux affaires de Pia Guerra, qui illustre avec brio l'arc principal : après avoir quasiment cédé la place à Goran Sudzuka (qui lui signe les deux autres épisodes et tire sa révèrence), elle retrouve les personnages qu'elle a co-créés comme si elle n'était jamais partie. On ne saluera jamais assez la contribution de l'encreur José Marzan Jr qui a permis à la série de garder son identité visuelle lorsque l'illustratrice principale s'est absentée.
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Plus que cinq épisodes avant le dénouement : c'est l'heure de vérité pour la série - ses auteurs sauront-ils la conclure aussi puissamment qu'ils l'ont développée ?

10 : WHYS AND WHEREFORES (#55-60 ; 2008)

- Whys and Wherefores (#55–60) : Yorick et l'agent 355 gagnent Paris à bord du Trans-Sibérien, tandis que dans la capitale française se trouvent déjà Hero Brown, Natalya, Ciba et son fils Vladimir, Beth et sa fille... Mais également Alter Tse'elon et un commando armé, et bien sûr Beth Deville, qui montre aux passants une photo d'elle avec Yorick pour savoir si quelqu'un l'a vu en ville. Yorick et 355 se réfugient dans les catacombes jusqu'à ce que l'agent sème le jeune homme juste avant qu'il ne retrouve sa fiancée. Ils font l'amour puis font le point sur leur relation en évoquant l'avenir : c'est alors que Beth révèle que, lors de leur dernière conversation téléphonique, au moment où l'épidémie a frappé l'humanité, elle était sur le point de rompre avec lui !
Cette confession dévaste Yorick, une dispute éclate et il claque la porte. Cependant, l'agent 355 acquiert une belle robe contre son arme de service et s'installe dans un hôtel chic, sans se douter qu'une espionne d'Alter l'a repérée. Elle est rejointe par Yorick qui lui explique avoir rompu avec Beth. Au même moment, l'autre Beth, sa fille Beth Jr., et Hero débarquent chez Beth Deville. C'est alors qu'Alter et ses soldats surgissent. Dehors, à l'abri des regards, Natalya et Ciba, avec son fils Vladimir, assistent à la scène. Yorick explique à 355 qu'en vérité la seule raison pour laquelle il a pu surmonter tout ce qui lui est arrivé depuis cinq ans est qu'il est tombé amoureux d'elle - c'est ce qui lui a permis de surmonter le "précédé d'enfer" auquel l'avait soumis l'agent 711. Alors que l'agent 355 lui glisse à l'oreille son vrai nom, elle est abattue depuis le toit d'en face par Alter.
Hero et les trois Beth (l'hôtesse de l'air, sa fille, et Deville) sont sauvées par Ciba Weber et Natalya. Yorick affronte Alter, qui prétend que c'est le Cercle de Culper qui est responsable de l'épidémie : l'organisation aurait créé un agent chimique pour empêcher les femmes de donner naissance à des hommes en Chine, pays considéré comme ennemi. Mais Yorick refuse de croire à cette thèse, après avoir découvert les expériences du père d'Alison Mann, et suggère plutôt qu'Alter a tout fait pour mourir en soldat contre un homme, le dernier sur terre, lui-même. Il refuse de la tuer et la livre à ses troupes qui quittent Paris. Hero et les autres filles retrouvent peu après, dans la soirée, Yorick, inconsolable après la mort de l'agent 355.

- Alas (#60) : 60 ans après, le 17ème clone de Yorick, âgé de 22 ans (comme le héros au début de ses aventures), est reçu au palais de l'Elysée par Beth Jr, la fille de l'hôtesse de l'air. C'est là qu'est gardé le Yorick original, coincé dans une camisole de force et reclus dans une pièce avec des copies d'Ampersand. Le vrai Yorick a en effet tenté de mettre fin à ses jours (même s'il le nie) et tout en discutant avec son jeune double, il se remémore ses dernières rencontres avec sa soeur Hero dans le désert du Kalahari où elle vivait avec Beth Deville, avec Rose Copen juste après le décés d'Alison Mann, avec Ampersand à l'agonie devant l'arbre au pied duquel fut enterrée 355, et d'une discussion avec elle sur l'éventualité d'une vie après la mort. Profitant d'un instant de distraction de son clone, Yorick s'échappe de sa "prison".
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Lorsqu'on découvre la conclusion d'une telle saga, aussi riche et haletante, aussi profonde et passionnante, on tourne chaque page avec un mélange d'excitation, de fébrilité et d'inquiètude, en se demandant si les auteurs vont être, justement, à la hauteur du défi qui se présente à eux. A n'en pas douter, Brian K. Vaughan a réussi avec Y The Last Man une série hors norme, l'oeuvre maîtresse de sa carrière - puisqu'il a depuis cessé d'écrire des comics (il travaillerait actuellement à la production d'une série télé, sans qu'on sache si ce projet aboutira et, si oui, quand). Et il réussit haut la main à conclure son histoire avec une efficacité et une force émotionnelle qui marqueront les lecteurs les plus blasés : la manière dont il boucle son intrigue, jusqu'à projeter le récit dans le futur pour dévoiler l'avenir de son héros et de l'humanité, est éblouissante et réserve son lot de scènes bouleversantes, cruelles, poignantes. Le sort de l'agent 355 vous serrera la gorge, mais la "vraie" fin avec Yorick dans le 60ème épisode est d'une poésie, d'une malice, magnifiques, soulignant à quel point l'écriture de Vaughan est virtuose, comme si, après nous avoir (comme à son héros) brisé le coeur, il ne voulait pas nous laisser partir sur une note trop sombre.
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Pia Guerra illustre tout les épisodes de cet ultime album et livre un travail de grande qualité, comme si, après avoir partagé la série avec Goran Sudzuka, elle s'était réservée pour ce final. Elle restitue parfaitement les émotions de ces chapitres, centrés sur les personnages dans un chassé-croisé angoissant et romantique. La sobriété de son découpage et la subtilité de son trait empêchent l'histoire de sombrer dans la facilité et servent à merveille ce qu'a conçu Vaughan : une leçon. José Marzan Jr et les couleurs du studio Zylonol, dans des teintes chaudes et froides parfaitement alternées et dosées, ajoutent à la réussite visuelle de ce dénouement qui, à l'instar de tout ce qui a précédé, est exempt de toute faute de goût.
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Y The Last Man est une grande série, une grande bande dessinée : comme toute oeuvre de cette qualité, où texte et image se marient si harmonieusement, on n'en ressort pas indemne, mais à la fois intimidé par l'intelligence de la réalisation et rassuré sur la santé du média. Il n'y a qu'un voeu à émettre : que Brian K. Vaughan revienne vite aux comics et que Pia Guerra l'imite. Ils nous manquent et ils manquent à la bande dessinée.

Critiques 219 : Y THE LAST MAN 7 & 8, de Brian K. Vaughan, Pia Guerra et Goran Sudzuka

7 : PAPER DOLLS (#37-42 ; 2006)

- Paper Dolls (#37–39) : Le sous-marin HMAS Williamson à bord duquel ont été recueillis Yorick, l'agent 355 et le Dr Mann accoste à Sydney, en Australie. Yorick obtient de sortir en ville pour y chercher sa fiancée Beth, accompagné par 355. Cette escapade va mal tourner après que Paloma West, reporter d'un journal à sensations, The Monthly Visitor, piège 355 et photographie, contraint et forcé, Yorick dans le plus simple appareil. Cependant, Alison Mann et Rose Copen se rapprochent et deviennent amantes, mais la biochimiste ignore qu'en invitant l'australienne à les accompagner, elle, 355 et Yorick, elle lui permet de les espionner. Après avoir retrouvé Paloma West, Yorick et 355 renoncent finalement à récupérer les photos qu'elle a prises de lui. Le jeune homme a appris que Beth est partie pour Paris, où ils avaient projeté d'aller, bien avant l'épidémie. Enfin, Alter Tse'elon, à Washington, se présente devant la mère de Yorick qui refuse de lui dire comment le retrouver. La militaire déchue abat alors froidement la représentante du congrès.

- The Hour of our Death (#40) : Hero Brown gagne Cooksfield, en Californie, où elle retrouve Beth, l'hôtesse de l'air réfugiée dans une église avec laquelle Yorick eût une brève liaison (cf. Tongues of Flame), et découvre qu'elle est enceinte de Yorick depuis huit mois. Après avoir été enlevées par des religieuses et qu'une échographie ait révèlé que Beth attendait une fille, la future mère et Hero sont relâchées et partent ensemble à bord d'un side-car pour le Kansas, où résident les jumelles Hartle, Natalya et Ciba avec son fils.

- Buttons (#41) : Alison Mann et Yorick sont pourchassées par des femmes cannibales à Port Moresby, en Papouasie-Nouvelle Guinée, quand ils rejoignent Rose et l'agent 355, prêtes à les affronter. Cette situation rappelle à 355 ses origines : on la découvre fillette en compagnie de son père, un tailleur, puis apprenant à l'école le décès de ses parents. Orpheline, elle sombre dans la délinquance et échoue en maison de correction où, après une bagarre, elle est abordée par l'agent 355 du Cercle de Culper. Elle devient alors un membre de l'organisation, si efficace et loyal qu'elle sera choisie pour arrêter son mentor, ayant intégré le Cercle de Setauket.

- 1,000 Typewriters (#42) : Il y a cinq de ça, le singe Ampersand servait de cobaye aux expériences du mystérieux Dr M., qui avait déjà la ninja Toyota à son service. M. envoie le capucin aux Etats-Unis à l'adresse d'Alison Mann mais à l'aéroport, l'animal et un de ses congénères sortent de leurs cages. C'est ainsi qu'au lieu d'arriver chez Alison Mann, Ampersand parvient à Yorick qui avait acquis un singe après le départ de Beth pour l'Australie. Puis l'épidémie s'abat sur le monde et Yorick fuit New York avec son animal. Plus tard, ils traversent le pays avec Alison Mann (qui ignore que le singe était celui sur lequel elle devait initialement travailler) et 355, tout en étant observés par Toyota. A Yokogata, Ampersand parvient cependant à échapper à la ninja...
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Disons-le tout net : bien qu'il ne soit pas raté (loin de là), ce 7ème tome déçoit un peu. La faute à son aspect trop morcelé puisqu'il rassemble quatre histoires d'intérêt inégal. Le premier récit avec la reporter n'est pas mal mais un peu convenu : on assiste au début de la liaison entre Rose et Alison, ce qui n'est pas surprenant, pendant que Yorick et 355 affrontent Paloma West. La course-poursuite dans Sydney est bien rythmée et offre même un moment fort lors de la bagarre sur le balcon de la chambre d'hôtel, mais le dénouement tombe à plat et donne un sentiment de "tout ça pour ça ?" frustrant. Ce sont trois épisodes où, pour la première fois depuis l'arc Widow's Pass, on a l'impression que Brian K. Vaughan a un peu trop rallongé la sauce.
Le deuxième acte est un "one-shot" encore moins inspiré où on retrouve Hero et l'hôtesse de l'air Beth. La découverte de sa grossesse, évidemment provoquée par sa nuit d'amour avec Yorick, est encore trop facile, trop prévisible. J'aurai préféré que Vaughan ne revienne pas à ce personnage pour conserver à l'aventure de Yorick et de la jeune femme son côté exceptionnel, que surligne trop la grossesse (même s'il évite un écueil encore plus grand en lui faisant porter un garçon).
La troisième histoire est encore un épisode à part, centré sur l'agent 355, cette fois. Ses origines sont racontées avec efficacité, mais le parcours du personnage évoque curieusement celui de l'héroïne de la série télé Alias de J.J. Abrams. Le point de départ de ce flash-back est également déroûtant avec une menace plutôt grotesque que Vaughan évacue avec une étonnante légèreté.
Enfin, l'album se clôt sur la trajectoire d'Ampersand : cet épisode, improbable s'il en est, est pourtant le plus réussi du livre, et Vaughan réussit à relier les origines du singe avec le destin de Yorick d'une manière épatante, même si l'accident qui provoque leur rencontre est tiré par les cheveux.
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La partie graphique est à 95% assurée par Goran Sudzuka, qui devient de fait le véritable nouveau dessinateur de la série, Pia Guerra ne faisant que passer - la situation perdurera jusqu'au tome 9. Sudzuka accomplit un excellent travail, parvenant à faire oublier Guerra tout en oeuvrant dans un registre très proche du sien, et que l'encrage de José Marzan Jr unifie parfaitement. Le rythme de la lecture ne faiblit pas car le découpage reprend les mêmes ingrédients, un cadrage sage, peu de vignettes par page, et un trait simple, lisible, expressif.
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Un tome mineur, mais dont la fin promet des rebondissements rocambolesques : cela va être intéressant de découvrir comment Vaughan va s'en sortir...

8 : KIMONO DRAGONS (#43-48, 2007)

- Kimono Dragons (#43–46) : Yorick, l'agent 355, Alison Mann et Rose Copen arrivent à Yokogata, au Japon, où a été localisé, grâce son implant électronique et le traceur que leur a confié Hero Brown, Ampersand. Le groupe se sépare en deux : d'un côté, Alison et Rose se rendent jusqu'au laboratoire de la mère du Dr Mann, Mme Matsumori, qui va être enlevée par Toyota (qui travaille donc pour quelqu'un d'autre) ; et de l'autre, Yorick et 355 rencontrent You, une proxénète, qui leur révèle qu'Ampersand est aux mains d'Epiphany, ex-pop star canadienne devenue chef Yakusa. Cependant, à Oldenbrook, au Kansas, Hero et Beth (qui a accouché de la fille qu'elle a eu après sa liaison avec Yorick) ont rejoint les jumelles Hartle, Ciba Weber et son fils Vladimir, et Natalya. Mais Alter Tse'elon, avec un commando, arrive sur place avec deux tanks...

- The Tin Man (issue #47) : Alors qu'elle souffre d'une importante hémorragie interne, Alison Mann se souvient de son passé : fille d'une japonaise et d'un chinois, tous deux chercheurs, elle assiste à leur rupture à cause de l'infidélité de son père, se rebelle à l'adolescence en découvrant son lesbianisme, et entreprend de se cloner elle-même.

- Gehenna (#48) : Alors qu'Alter Tse'elon a pris le contrôle de la base d'Oldenbrook au Kansas et qu'elle menace de mort une des jumelles Hartle pour savoir où se trouve Yorick, elle se rappelle de sa jeunesse : après la mort de sa soeur aînée, apparemment tuée lors d'un attentat commis par des palestiniens, elle intègre l'armée israélienne, niant vouloir seulement se venger mais faire justice au nom des innocents tués par des fanatiques de tous bords. C'est pour cela qu'elle voudrait également sauver Yorick.
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Après le tome 7 que j'avais trouvé décevant, c'est avec un mélange de méfiance et d'espoir que j'ai lu ce 8ème livre... Et Brian K. Vaughan a su redresser la barre avec brio. Kimono Dragons est divisé en deux.
D'abord, il y a l'histoire éponyme où Yorick et 355 remettent la main sur Ampersand au cours d'une plongée dans les bas-fonds de Yokogata, avec son lot de péripéties, efficaces et colorées. Ce n'est pas renversant, le dénouement est un peu expédié, mais on ne s'ennuie pas. Le personnage de You (un prénom évocateur) est accrocheur, ambigüe à souhait, et son alliance avec Yorick et 355 sert en fait une lutte de pouvoir entre elle et Epiphany, pur cliché de pop star déchue reconvertie en gourou-chef de gang.
Ensuite, plus passionnant, il y a le récit concernant Rose, Alison et la mère de celle-ci : on découvre que Mme Matsumori n'est pas le Dr M. pour qui travaille Toyota, un rebondissement vraiment réussi, inattendu, précédé et suivi d'évènements dramatiques (Rose grièvement blessée, Alison victimes de sanguinolents effets secondaires à cause des expériences de clonage). Cette partie annonce des développements prometteurs, d'autant qu'Alison sait désormais que Rose sert d'espionne aux militaires australiens.
La seconde partie du livre est composée de deux épisodes dévoilant les passés d'Alison Mann et d'Alter Tse'elon : c'est un exercice dans lequel, comme il l'a prouvé en se penchant auparavant sur Beth Deville et l'agent 355, Vaughan est un vrai maître. Il invente des biographies surprenantes, très riches, à ses personnages féminins, en quelques scènes bien choisies, bien senties, très fortes, dont on ressort ébranlé. La condition d'Alison tout comme les projets d'Alter ouvrent là encore des portes pour la fin de la série qui donnent très envie.
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La partie graphique fait encore la part belle à Goran Sudzuka, qui signe trois des six épisodes (et même trois et demi puisque le #46 est co-dessiné par Sudzuka et Guerra) : égal à lui-même, l'artiste croate a fait siens les personnages de la série et accomplit un travail exemplaire, comme peu de fill-in (même si sa contribution est bien plus conséquente qu'un simple remplaçant ponctuel) en sont capables.
Pia Guerra réalise les épisodes 43 à 45 avec efficacité et, encore une fois, il faut féliciter l'encreur José Marzan Jr pour ses efforts : il unifie tellement bien les planches des deux dessinateurs qu'on distingue à peine les différences de style entre eux.
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Un redressement méritoire après un léger creux mais surtout de belles promesses pour la suite - et la fin, qui (lentement mais sûrement) se profile (encore 12 épisodes)...