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vendredi 1 septembre 2023

MARVEL AGE #1000, de Mark Waid et Alessandro Cappuccio, Ryan Stegman, Rainbow Rowell et Marguerite Sauvage, Dan Slott et Mike Allred, Armando Iannucci et Adam Kubert, Steve McNiven, Jason Aaron et Pepe Larraz, J. Michael Straczynski et Kaare Andrews

 

Voilà encore une de ces drôles de parution dont Marvel a le secret : ne cherchez pas les 999 numéros précédents de Marvel Age, mais profitez de ce #1000. Il s'agit d'une anthologie censée célébrer... Quoi au juste ?... Qu'importe ! On a là huit histoires courtes par le gratin de "la maison des idées". Le résultat est évidemment inégal mais ne manque pas d'allure.



- MACHINE LEARNING (Ecrit par Mark Waid et dessiné par Alessandro Cappuccio) - Comment la première Torche Humaine, Jim Hammond, a développé un sens moral ? C'est à cette question que répond Mark Waid dans ce récit d'ouverture, situé en 1939. Il s'agit probablement d'un script écrit par le scénariste avant son départ pour DC, à moins qu'il n'ait produit ceci pour l'occasion. En tout cas, c'est, comme souvent avec Waid, finement raconté. 

Jim Hammond a été un des premiers héros Marvel, plus tard c'est avec lui que s'ouvrait Marvels de Kurt Busiek et Alex Ross. Mais l'androïde capable de s'enflammer demeure une énigme, supplantée par Johnny Storm des Fantastic Four. Waid imagine comment, en écoutant un feuilleton radio il a acquis une éthique et échappé à son créateur, Phineas Horton, qui espérait l'exploiter.

Dommage d'avoir confié les dessins à Alessandro Cappuccio (Moon Knight), dont les planches sont trop sombres pour ne pas voir qu'il se sert de cette astuce pour négliger les décors et dont le trait manque singulièrement d'élégance.


- SUNDAY DINNER (Ecrit et dessiné par Ryan Stegman) - Toujours occupé à piéger les vilains, Spider-Man empêche Peter Parker d'avoir une vie sociale et d'arriver à l'heure à un rendez-vous... Alors là, on a affaire à une sorte d'anomalie chez Marvel qui refuse fréquemment depuis des lustres, sans qu'on sache pourquoi, à ses artistes d'écrire aussi leurs scénarios. Pourtant, cette fois, dans Marvel Age #1000, l'éditeur a accordé cette permission à deux d'entre eux.

Ryan Stegman (Venom) a donc eu le droit de raconter sa petite histoire de Spider-Man et de la dessiner. Certes, ça ne mange pas de pain, mais c'est très sympa et tonique. Stegman s'affirme comme un disciple de Todd McFarlane, qui a marqué de son empreinte une époque du Tisseur. Et ma foi, il mériterait d'avoir sa chance sur le titre (vu ce que commet actuellement John Romita Jr...).
 

- PEOPLE WONDER WHY (Ecrit par Rainbow Rowell et dessiné par Marguerite Sauvage) - Pourquoi Cyclope se montre-t-il toujours si surprotecteur avec Marvel Girl ? Encore une interrogation superbement traitée, ici par Rainbow Rowell (She-Hulk).

Accompagnée par Marguerite Sauvage au dessin, comme d'habitude enchanteresse, acidulée, expressive (un vrai bonheur), la scénariste signe un segment romantique à souhait sur les débuts des X-Men, la première génération. C'est merveilleusement inspiré, sucré au possible, mais très touchant aussi. Et, en pleine vague Fall of X, ça fait du bien de se replonger dans cet âge de l'innocence.


- EARTH'S GREATEST WEAPON (Ecrit par Dan Slott et dessiné par Mike Allred) - Lorsque Captain Mar-Vell espionnait pour le compte de l'Empire kree les humains, qu'est-ce qui l'a convaincu que nous ne représentions aucun danger ?

Il y a quelque chose de magique à chaque fois que Dan Slott (Spider-Man) et Mike Allred (Madman) sont réunis. Ensemble, ils produisent des comics uniques où chacun fait ressortir le meilleur de l'autre. C'est encore une fois le cas avec cette histoire qui prouve que, non, il n'y a pas de tabou à ranimer Captain Mar-Vell. Carol Danvers figure dans ce chapitre qui semble au passage se moquer, à juste titre, de la retcon débile de ses origines. C'et beau, c'est pop, c'est indispensable.


- OVERLOAD (Ecrit par Armando Iannuccci et dessiné par Adam Kubert) - Daredevil a un problème d'audition... Et le lecteur de compréhension ! Que vient faire ce machin sans intérêt, moche (Adam Kubert, vraiment, j'y arriverai jamais) dans cette anthologie. Je ne sais pas qui est Armando Iannucci mais je n'ai aucune envie de le savoir car ce qu'il a écrit est mauvais en diable.

Allez, on zappe !


- DEAF HEAVEN (Ecrit et dessiné par Steve McNiven) - Le Surfeur d'Argent marche au milieu d'un terrain bombardé et Mephisto en profite pour le tourmenter en accablant la nature humaine capable de telles atrocités... Mais Steve McNiven, trop rare, nous livre une pépite.

Comme Ryan Stegman, lui aussi a eu le droit d'écrire et dessiner ce segment. Autrefois superstar, suite au triomphe de Civil War, McNiven a ensuite eu toutes les peines du monde à enchaîner, jusqu'à se contenter de quelques covers par-ci, par-là. Désormais influencé par Barry Windsor-Smith (qu'il imite à la perfection) et Moebius, aborder le Silver Surfer est toute compte fait logique.

C'est classique, mais franchement somptueux. Toutes les pages sont découpées en trois cases verticales, avec une intensité rare. Le trait est fin et puissant à la fois; L'histoire est poignante. Bon sang, si Marvel avait un Black Label, ce serait génial d'avoir une mini Silver Surfer par McNiven...
  

- THE GIRL WHO HATES SUPER HEROES (Ecrit par Jason Aaron et dessiné par Pepe Larraz) - Jyl Tally n'aime pas les super héros qui sauvent le monde mais n'ont pas guéri sa mère du cancer. Jusqu'à ce qu'elle croise la route de la puissante Thor... Et là, miracle !

Oui, parce que Jason Aaron revient à sa meilleure création, Jane Foster/Thor, et prouve qu'il est encore capable d'écrire quelque chose de valable, de chouette, de lumineux. Ce récit est parfait, c'est comme une fable, il n'y a rien à jeter. Qui l'eût cru ? Et pour ne rien gâcher, c'est Pepe Larraz qui signe les dessins, qui sont évidemment d'une beauté à tomber à la renverse. Vraiment revigorant !
 

- OBSERVATIONS FROM THE BACKYARD (Ecrit par J. Michael Straczynski et dessiné par Kaare Andrews) - Trois gamins, dans le jardin d'une maison de banlieue, imaginent des histoires de super héros qu'eux seuls voient et dont ils sont convaincus qu'elles doivent être racontées...

S'il ne devait y avoir qu'un chapitre de ce Marvel Age #1000 à retenir, qui justifierait l'achat de ce comic-book, alors ce serait celui-ci. Parce que, avant son grand retour chez Marvel ce mois-ci pour la reprise de Captain America, J. Michael Straczynski rend un hommage absolument splendide aux trois pères fondateurs de Marvel. Car les trois gosses se prénomment Stan, Jack et Steve... C'est sans doute naïf, d'aucuns diront même mièvre, mais ne soyez pas cyniques et appréciez ce tribute si juste, si inspiré, si beau tout simplement.

Et encore plus beau grâce à Kaare Andrews qui dessine en couleurs directes des planches sublimes. Je n'ai que des compliments à faire à ce récit. D'autant qu'il paraît après un documentaire sur Stan Lee (sur Disney +) qui a passablement agacé les héritiers de Kirby (parce qu'on lui niait la paternité de plusieurs héros). Mais en vérité, quoi qu'on pense de Lee, Kirby, Ditko, de leurs relations houleuses, de qui a fait quoi, ces observations depuis l'arrière-cour nous rappelle que c'est surtout la combinaison du génie de ces trois auteurs qui a fait de Marvel ce qu'il est. Tout le reste n'est qu'accessoire.

A deux chapitres près, Marvel Age #1000 est quand même une belle parution. Même si Marvel vous déçoit, vous irrite, vous déboussole, c'est là une belle manière de rappeler aussi pourquoi on aime quand même lire leurs comics.

samedi 12 septembre 2020

EMPYRE : FANTASTIC FOUR - FALLOUT #1, de Dan Slott et Sean Izaakse


Pour ce second épilogue à Empyre, Dan Slott prend les manettes et place les Fantastic Four au centre de l'histoire. La first family de Marvel a réussi son retour dans un event, bien plus que les Avengers. Pourtant Slott tape parfois à côté et tease à son tour un probable futur event (qui, cependant, ressemble à une arlésienne chez lui). Il est accompagné pour cela de Sean Izaakse au dessin.


L'invisible observe l'agitation qui règne dans la zone bleue de la Lune. Les Cotati sont faits prisonniers de guerre par les Kree et les Skrulls et leur leader, Quoi, refuse de révéler qui lui a fourni les armes non répertoriées dont il s'est servi contre les héros de la Terre.


Toutefois, l'oncle de Quoi, Thor, refuse de le laisser, lui et les Cotati, dans les geôles Kree-Skrulls et avec l'aide de Franklin Richards, les exile sur une planète qu'il terraforme pour qu'ils y résident en paix, dans un environnement approprié à leur condition.


Afin d'expertiser l'arsenal Cotati, Reed Richards fait appel à la Profiteuse, la plus grande dealeuse d'armes de l'univers. Cependant, elle échoue à déterminer leur provenance. Ce qui ne l'empêche pas de réclamer paiement pour son examen : la restitution des deux enfants Kree et Skrull.


Les héros s'y refusent et Hulkling empêche une nouvelle bataille en brisant l'acte de propriété de la Profiteuse sur les enfants. Le nouvel empereur les confie à Ben et Alicia Grimm pour les élever pacifiquement et en sécurité.


La zone bleue est quittée par ses visiteurs. Seul demeure l'Invisible qui procéde à son tour à une tentative de datation des armes Cotati...

Peu ou prou, on trouve dans cet épilogue les mêmes mérites que dans celui consacré aux Avengers, écrit par Al Ewing. Comme son partenaire sur la saga Empyre, Dan Slott est bien plus à l'aise seul qu'accompagné pour dire ce qu'il a à dire. Il n'est pas question de mettre en doute la bonne entente entre les deux scénaristes, mais simplement de souligner que leurs styles et surtout leurs desseins sont sans doute trop affirmés pour se fondre en une entité unique.

D'une certaine manière, Slott bénéficie davantage de la saga que Ewing car Empyre a prouvé au moins une chose : les Fantastic Four sont bien de retour au premier plan et ont eu davantage de poids dans l'histoire. Ou du moins ils ont mieux existé.

En effet, avec le (léger) recul dont on dispose désormais, il est évident que la gestion du quatuor a été mieux écrite que celle des Avengers. En les dispersant sur les points chauds de la saga (Johnny Storm auprès de Captain Marvel et Hulkling, Ben Grimm et Sue Richards auprès de Mantis, Reed Richards auprès de Tony Stark), les FF ont été présents au bon endroit au bon moment avec les personnages essentiels.

Par ailleurs leurs compétences ont été mieux utilisés que celles des Avengers, dont l'amateurisme a été dangereux et la naïveté confondante. Maintenant que les X-Men font bande à part dans l'univers Marvel, ce retour des 4 Fantastiques est une aubaine. Et avec le renfort de RB Silva comme nouveau dessinateur régulier de leur série, nul doute que Slott va pouvoir en profiter.

Cependant, le scénariste tape parfois complètement à coté. Le fait que Mr Fantastic fasse appel à la Profiteuse pour expertiser les armes des Cotati est une bizarrerie absurde parce qu'on devine immédiatement ce qu'elle réclamera, qu'elle réussisse ou non à identifier la provenance de cet arsenal (ce qu'elle n'est pas fichue de faire par dessus le marché !). N'y a-t-il pas un autre personnage capable d'enquêter prestement sur ces armes au lieu de s'en remettre à une dealeuse ?

L'autre élément incongru, mais celui-ci indépendant de Slott, est ce que fait Thor dans cet épilogue. Le tie-in Empyre : Thor n'ayant finalement pas été publié, le rôle du dieu du tonnerre a été complètement gâché. Il a disparu au deuxième épisode de la saga et a resurgi au dernier, muni de nouveaux pouvoirs, sans que le lecteur ait su comment il les avait acquis et où il était passé entretemps. Slott a bien du mérite d'attribuer à Thor une fonction d'arbitre quand il sauve la mise de Quoi et des Cotati en les téléportant, avec l'aide de Franklin Richards, sur un monde lointain où ils pourront vivre tranquillement - et sans plus menacer la Terre.

Comme cet épisode est un vrai yo-yo narratif, on appréciera que Slott ait choisi de mettre en scène, même de loin, l'Invisible. Petit rappel : l'Invisible est le nouveau Gardien depuis l'assassinat d'Uatu et il s'agit en fait de Nick Fury. On doit cette "brillante" idée à Jason Aaron qui a ainsi sorti de la scène Fury (pour faire de la place à son rejeton qui a la tête de Samuel L. Jackson) à l'issue de son event, Original Sin (à côté duquel Empyre passe pour un chef d'oeuvre). Depuis, donc l'ex-super espion de Marvel erre sur la Lune, traînant de lourdes chaînes et toisant les terriens et leurs alliés ou ennemis d'un air sévère.

Mais Slott, donc, est plutôt inspiré en se servant de lui car à la toute fin de l'épilogue, il lui fait procéder à sa propre expertise de l'arsenal des Cotati. Et cela aboutit à une scène alléchante (je ne spoile pas). Comme Ewing donc, Slott tease un probable event futur, mais à ceci près que celui-ci est une arlésienne pour le scénariste. En effet, Reckoning War est une idée qu'a Slott depuis des années, il a voulu la développer durant son run sur Amazing Spider-Man, puis on a cru qu'il allait la caser dans ses épisodes de Silver Surfer. Peut-être que ce sera pour Fantastic Four. Ou une saga qu'il écrirait (car Slott est le seul scénariste vedette de Marvel à n'avoir jamais eu cette opportunité !).

En tout cas, Marvel laisse ses scénaristes actuels faire beaucoup d'annonces et on peut douter de leur réalisation à toutes. Aaron voudrait un match retour à Avengers vs X-Men, Donny Cates dans Thor #6 a affiché ses ambitions, Ewing aussi dans Empyre : Fallout - Avengers, et maintenant Slott. On se souviendra que Ed Brubaker, en son temps, avait voulu, sans succès, signer une saga sur le Phénix, puis avancé des pions dans Captain America : Reborn (avec une menace liée au fait que Steve Rogers reprenne son bouclier et une invasion de tripodes identiques à ceux de La Guerre des Mondes de H.G. Wells).  Déjà que Marvel enchaîne désormais pratiquement sans interruption les events, là, c'est déjà l'embouteillage.

Côté dessin, cet épilogue est réalisé par Sean Izaakse, qui contribue déjà à Fantastic Four. Voilà un dessinateur intéressant, solide, sans être renversant. Marvel paraît ne pas lui accorder une confiance folle et ne l'employer que pour jouer les pompiers de service, un peu comme un Paco Medina.

Il affiche pourtant de bonnes intentions et une technique séduisante. Il lui manque cependant ce qui distingue un bon dessinateur d'un artiste qui va marquer les esprits : quelque chose dans le trait trop sage, dans le découpage sans folie, les compositions sans génie. Mais j'ai plutôt envie de le féliciter car sa copie est très soignée, il produit des plans bien remplis, des personnages expressifs, maîtrise leur représentation.

Empyre, c'est donc fini. Slott, comme Ewing, n'ont pas spécialement brillé dans cette affaire, qui a souffert de la crise sanitaire et de l'amputation de tie-in. Mais leurs épilogues sont plus qu'honorables.   

jeudi 3 septembre 2020

EMPYRE #6, de Dan Slott, Al Ewing et Valerio Schiti


La saga Empyre s'achève avec ce sixième épisode. Enfin, presque, car il reste deux numéros à paraître en guise d'épilogue (Empyre : Avengers - Fallout et Empyre : Fantastic Four - Fallout) qui sortiront la semaine prochaine. Je doute cependant que cela suffise à compenser la déception...


Je ne vais pas rédiger de résumé car, vous vous en doutez, l'issue de l'histoire est convenue : les héros gagnent, les méchants perdent, er rien ici ne justifie les déclarations ronflantes d'usage de la part de Marvel comme quoi "plus rien ne sera comme avant".


En effet, on n'a même pas droit au classique du genre avec la mort d'un héros ! C'est dire si l'affaire est bouclée sans panache. Non pas que le sacrifice d'un justicier ou le décès d'un vilain soit une plus-value mais Al Ewing avait teasé là-dessus en racontant que Dan Slott l'avait mis en garde contre les réactions des fans...


Parti très fort avec ses deux prologues et un début de saga tonique, Empyre a ensuite traversé un "ventre mou" dont il ne s'est pas remis (même si le cinquième épisode était plus convaincant). Et ce problème de construction, de développement est symptomatique de son ratage.


En effet, et ça pour le coup, ce n'est la faute de personne, la parution d'Empyre a été impactée par la crise sanitaire. Celle-ci a contraint Marvel à publier les six numéros de l'intrigue principale à un rythme hebdomadaire (ce qui s'est avéré plutôt positif). Mais aussi à annuler des tie-in (ce qui a été plus préjudiciable).


Finalement, je n'ai lu aucun de ces récits attachés (j'avais commencé Empyre : X-Men, mais j'ai décroché, et d'ailleurs les événements relatés dans la série X-Men, lors des #10-11, suffisaient amplement). Mais on a pu mesurer qu'il manquait des pièces à l'édifice.

Le plus notable concerne Thor, absent de la saga. Empyre : Thor a fait partie des titres finalement non publiés et pourtant il aurait sans doute expliqué où était passé le dieu du tonnerre pendant tout ce temps. Marvel a préféré maintenir, par exemple, Empyre : Captain America, bien plus dispensable (si j'en crois ceux qui l'ont lu). Le fils d'Odin resurgit pour ce final comme un cheveu dans la soupe en agissant de manière spectaculaire mais au fond, son intervention est au diapason de plusieurs autres héros.

Par exemple, Tony Stark a passé la quasi intégralité de la saga dans la Montagne des Avengers à ruminer... Pour finalement concevoir une énième armure... Mais qu'il fait porter à Mr. Fantastic ! Reed Richards n'a pas non plus brillé : il s'est contenté la plupart du temps de relayer les (mauvaises) nouvelles du front à Stark et à interroger celui-ci sur son moral, alors qu'on aurait pu croire que ces deux savants, souvent alliés par le passé (notamment au sein des Illuminati) auraient collaboré plus concrétement pour résoudre la situation.

C'est étrange mais Empyre a totalement failli dans l'animation de ses personnages, comme si Slott et Ewing avaient voulu éviter les erreurs de leurs prédécesseurs, éviter de convoquer tout un aéropage de héros dans de grandes batailles épiques. Pourtant, même si ces réunions sont artificielles, elles participent aux codes de ces sagas et lui fournissent une ampleur. Là, on a quoi ? Des Avengers hors-champ, les Fantastiques éparpillés, et côté combats des miettes. 

Toute la partie concernant l'attaque de la Terre par les Cotati est réduite à peau de chagrin. Un plan sur Paris ici, un autre sur la Terre Sauvage là, c'est à peu près tout. C'est bien maigre pour s'emballer. A titre de comparaison, dans X-Men #11, Jonathan Hickman et Leinil Yu ont narré l'assaut sur Krakoa et la riposte vraiment énorme conduite par Magneto.

On se demandera longtemps où sont passés les Avengers dans Empyre. She-Hulk a fini possédée puis miraculeusement sauvée après avoir dérouillé la Chose (qui pourtant est un des rares héros capables d'en remontrer à Hulk, mais qui ici en a pris plein la tronche sans paraître capable de répliquer....). Captain Marvel est devenue une Accusatrice Kree. Black Panther était tout seul à tenter de repousser les Cotati au Wakanda. C'est quand même n'importe quoi.

Les FF n'ont été guère mieux lotis, mais tout de même ils ont été globalement plus présents. Hormis Mr. Fantastic donc, la Femme Invisible et la Chose ont donc été bien occupées. Mais Slott a greffé dans la série consacrée aux Fantastic Four une sous-intrigue avec les deux enfants Kree et Skrull récupérés dans le prologue : une addition inutile et encombrante à l'heure de conclure Empyre. Et qui semblait surtout là pour justifier le renfort de Wolverine et Spider-Man (que serait un event Marvel sans le griffu et l'araignée ? Pourtant la présence de Wolverine dans le contexte actuel, où les mutants vivent à part des autres héros, déroute et détone). La Torche Humaine a servi de faire-valoir à Captain Marvel mais in fine surtout souligné l'absurdité du Pyre (le Bûcher) dans le plan de l'alliance Kree-Skrull (absurdité liquidée d'ailleurs de façon confuse : visiblement, ce n'était pas si terrible que ça, cette idée de faire exploser le soleil).

Souvent donc, on a eu le sentiment que Empyre se déroulait en marge, dans d'autres périodiques, ou que des éléments manquaient à l'appel parce que des tie-in avaient été annulés. La plupart du temps, les héros semblaient curieusement atones, incapables, passifs, spectateurs. Même l'emploi de Hulkling s'est avéré déplorable (et ne parlons pas de Wiccan). Pas assez de héros, mais aussi trop de méchants car l'alliance Kree-Skrull n'a pas été très crédible (on va voir si les épilogues reviennent là-dessus puisque, malgré tout, ils gagnent la guerre et rebattent la carte géopolitique cosmique) et que les Cotati se sont misérablement plantés (quand bien même Quoi sort de scène en jurant qu'il n'en restera pas là, mais enfin, ce jeune pseudo-messie ne fait plus peur) - pire : ils sont à nouveau sous le joug de leurs pires ennemis et les Terriens ne sont pas prêts de leur pardonner.

Chargé de dessiner ce gloubiboulga, Valerio Schiti s'en sort plutôt bien : il ne paraît pas entamé par cet échec, son bilan est satisfaisant. Hélas ! pour lui, il n'a pas disposé d'un script lui permettant de briller autant qu'on le sait capable. J'ai souvent eu l'impression au cours de ces six épisodes qu'il était même bridé alors même qu'il produisait ses meilleures planches quand il devait composer avec les figures imposées de l'exercice (ces fameuses scènes épiques susmentionnées). C'est vraiment dommage parce que Schiti est sûrement l'artiste le plus complet pour un tel boulot depuis Immonen (et Ribic sur Secret Wars, mais qui a connu des retards). Toutefois l'italien a déjà rebondi puisqu'il travaille sur un nouveau projet, tenu secret, toujours pour Marvel (ce ne sera toutefois pas Fantastic Four comme j'en rêvais puisque RB Silva devient l'artiste régulier du titre au #25).

Vous l'aurez compris, je sors de Empyre dépité. Le résultat n'aura pas été à la hauteur des espérances. Marvel prépare déjà son prochain event (lié à Venom). Rendez-vous malgré tout pour le compte-rendu et l'avis sur les deux épilogues, censés dévoiler la nouvelle carte cosmique de Marvel et son impact sur les 4 Fantastiques et les Avengers (et au-delà puisque le dernier numéro de Guardians of the Galaxy aborde aussi le sujet).

jeudi 13 août 2020

EMPYRE #4, de Dan Slott, Al Ewing et Valerio Schiti


Le quatrième numéro de Empyre m'avait laissé une impression de gâchis. Dan Slott et Al Ewing devaient donc se rattraper en beauté pour le pénultième épisode de leur saga. D'autant que Marvel a décidé de publier la fin dans... Trois semaines ! Mission (presque) accomplie avec ce chapitre nerveux, dense, superbement dessiné par Valerio Schiti... Même s'il souffre encore de quelques bizarreries. 


Dans l'appartement de Wiccan, Captain Marvel et la Torche Humaine apprennent que Billy Kaplan et Hulkling se sont mariés en secret avant que ce dernier ne prenne place sur le trône de l'alliance Kree-Skrull. Le jeune magicien sait donc que l'empereur actuel est un imposteur et sait comment le prouver.


Wakanda. La Chose se fait massacrer par le Cotati qui a pris l'apparence de She-Hulk. Celle-ci a besoin de son cadavre pour en faire un terreau grâce à son corps. Mantis et la Femme Invisible asssistent, umpuissantes, à la correction de leur ami.


Un peu plus loin, Black Panther affronte seul l'armée Cotati et il est désormais clairement dépassé. Un de leurs chefs plante une graine dans le sol enrichi en vibranium, créant un portail. De celui-ci surgit Swordsman qui empale T'Challa sur son épée avant d'accueillir Quoi.


Wiccan, avec la Torche Humaine et Captain Marvel, se téléporte dans le vaisseau amiral de l'alliance Kree-Skrull et démasque le faux empereur en délivrant Hulkling. Hélas ! Il est trop tard car l'imposteur a activé le Bûcher, condamnant la Terre pour exterminer les Cotati.


La Montagne des Avengers. Mr. Fantastic résume la situation à Tony Stark qui l'équipe de sa nouvelle armure...

Finies les palabres, retour à l'action : ainsi pourrait-on résumer le contenu de cet avant-dernier épisode de Empyre. Il était temps et à la fin de cette histoire, on retiendra certainement ce ventre mou juste au milieu de la saga. Il demeure quelques curiosités dans ce chapitre mais il faut saluer le sursaut des auteurs.

Tout d'abord, comme le résumé ci-dessus le prouve (j'espère), le récit est clairement découpé. On va d'un point à l'autre, l'action rebondit de manière très rythmée et claire, les enjeux sont bien (re)définis, les personnages ont tous une mission à accomplir et les méchants sont bien disposés. Un très bon point.

Si, disons, le premier tiers de Empyre ne laissait guère de doute quand au conducteur de la saga (Al Ewing), il semble que maintenant on assiste à une reprise en main par Dan Slott. En effet, contrairement à son partenaire, il a la charge d'une série directement impactée par les événements (Fantastic Four) et il se sert de chaque membre du quatuor pour, en quelque sorte, baliser le scénario. Johnny Storm avec Captain Marvel et Wiccan, Ben Grimm avec Mantis (à laquelle Schiti a donné un look de giesha surprenant mais séduisant) et Sue Richards, Reed Richards avec Tony Stark. On peut même ajouter qu'il emploie Black Panther comme une sorte de personnage-relais entre FF et Avengers puisque T'challa a souvent servi de suppléant dans les 4 Fantastiques.

Comme le cliffhanger de l'épisode précédent nous le révélait, l'astuce consiste à dévoiler que Wiccan et Hulkling se sont mariés en secret juste avant que Hulkling devienne empereur de l'alliance Kree-Skrull. Valerio Schiti s'amuse au passage à donner les visages de Jim Cheung et Allan Heinberg, les créateurs de Hulkling et Wiccan, aux deux hommes chargés d'officialiser l'union des deux jeunes héros. Unis par les liens du mariage mais aussi par une sorte de lien magique, ils sont toujours en contact : Wiccan sait donc que son mari a été emprisonné et qu'un imposteur a pris sa place - on apprend d'ailleurs que les conseilleirs Kree et Skrulles n'ont eu de cesse depuis le mariage de vouloir le faire annuler.

D'une certaine manière, cette astuce se retourne contre les scénaristes car elle arrive trop tardivement : tous les héros auraient dû avoir un peu plus de bon sens et solliciter Wiccan quand la situation a dégénéré. Ewing et Slott nagent donc contre le courant qu'ils ont eux-même créé, et ce pendant tout cet épisode. Parfois ils surnagent, parfois ils dérivent, incapables de corriger quelque chose qui n'a que trop duré.

Le plus évident, c'est la position de Black Panther qui affronte à lui seul tous les Cotati débarqués au Wakanda. Alors, certes, il y a là une mauvaise gestion éditoriale : en effet, la crise sanitaire a motivé la décision de Marvel de réduire le nombre de tie-in, et l'un en particulier se fait cruellement sentir - il s'agit de celui avec Thor. Le dieu du tonnerre est absent depuis le deuxième épisode, on sait juste qu'il est parti en quête d'une solution alternative (comme l'a expliqué Tony Stark à Reed Richards dans le #4). Mais comme Empyre : Thor a été annulé, on ignore tout de cette "quête" et on constate juste qu'un des poid lourds des Avengers manque à l'appel dans un moment critique. Va-t-il, opportunément, revenir dans le #6 pour sauver le Wakanda et infliger une correction à Quoi ? Cela ressemblerait fort à une scène mémorable de Avengers : Infinity War.

Mais au-delà de l'absence du seul Thor, il est complètement aberrant de mettre en scène Black Panther de cette manière. Ce n'est pas comme si les héros manquaient pour le soutenir, mais visiblement personne n'a l'idée de se rendre au Wakanda (par exemple, où est passé Ghost Rider ? Lui aussi est invisible depuis le n°1). Dès lors, sa défaite est inévitable et on peut dire qu'elle ne souffre aucune discussion. Je ne crois guère cependant que Ewing et Slott aient eu a permission de le tuer vraiment, malgré les apparences (Black Panther est devenu un symbole trop important depuis le succès du film, et comme il est le chef des Avengers de Jason Aaron, il est de facto protégé).

En revanche, et cela confirme la reprise en main des affaires par Slott, l'affrontement entre She-Hulk et la Chose est un grand moment, douloureux, cruel. On a rarement vu Ben Grimm morfler autant, ça fait mal au coeur. La fin de l'épisode s'emballe, de façon réjouissante, avec des positions radicales de part et d'autre (l'alliance Kree-Skrull a activé le Bûcher, Quoi accède à un niveau divin). Cela compense le fait que Tony Stark et Reed Richards aient été eux aussi trop mis à l'écart (même si l'issue du combat dépend en grande partie d'eux désormais).

Reste que cet event est remarquablement dessiné. C'est même certainement le plus abouti depuis Fear Itself et Secret Wars. Valerio Schiti pète le feu et envoie du bois. Son dessin est généreux avec un découpage très dynamique et des personnages très expressifs. Il sait représenter avec force les pouvoirs de chacun (en particulier donc le combat sanglant entre She-Hulk et la Chose) et les décors sont soignés. Les couleurs de Marte Gracia veillent à privilégier une gamme chromatique distincte pour chaque site, ce qui facilite là aussi la lecture et l'identification des protagonistes. Parfois on aimerait juste que le script lui donne plus d'espace pour quelques scènes d'envergure (comme l'attaque aérienne commandée par Black Panther), mais on ne va pas chipoter.

C'est très frustrant, surtout après avoir dévoré cinq épisodes d'affilée en autant de semaines, mais il faudra s'armer de patience pour connaître le dénouement de cette saga (qui gagne aussi un numéro "Omega", qui reviendra sur le mariage Wiccan-Hulkling).

jeudi 6 août 2020

EMPYRE #4, de Dan Slott, Al Ewing et Valerio Schiti


Parlons peu, parlons bien : ce quatrième épisode de Empyre n'est tout simplement pas bon. Après le coup de théâtre final du #3 (où on apprenait que Tanalth la Kree était en fait R'Kll, la grand-mère Skrull de Hulkling), on pouvait espérer que la suite immédiate s'emballerait. Ce n'est pas le cas, et il faut maintenant espérer que Dan Slott et Al Ewing mettent le paquet pour les deux prochains et derniers chapitres. D'autant que Valerio Schiti, lui, continue d'assurer.


Contre toute attente, après un bref repos, Hulkling annonce qu'il est prêt à utiliser le Bûcher pour éliminer la menace Cotati. Même si cela signifie sacrifier la Terre. Evidemment, ce revirement ne convient pas à Johnny Storm et Captain Marvel, aussitôt éloignés.


Ils sont téléportés chez Billy Kaplan, alias Wiccan, le mari de Hulkling. Cependant, à la Montagne des Avengers, Reed Richards met Tony Stark au courant de l'évolution de la situation. Au Wakanda, la bataille fait rage et les Cotati dominent à présent l'armée de Black Panther.


Non loin, Quoi s'impatiente lorsque Mantis, accompagnée de Sue Richards, Ben Grimm et She-Hulk, surgit pour parlementer avec son fils. She-Hulk attaque ses alliés et il apparaît qu'elle a été remplacée par un double Cotati.


De retour chez Wiccan, celui-ci a sondé l'esprit de Captain Marvel et révèle une surprise encore plus inquiétante provenant de l'alliance Kree-Skrull...


Jusqu'à présent, Empyre se distinguait de bien des events par son excellent dosage entre intrigue et action, permettant même une caractérisation des belligérants plus fine qu'on n'en a l'habitude. La complémentarité de Dan Slott et Al Ewing, tous deux connaisseurs de l'Histoire des Avengers et des Fantastic Four, donnait lieu à un récit riche, dense mais efficace, rythmé.

Ce quatrième épisode, hélas ! fait déchanter le lecteur qui commence à trouver le temps long et a l'impression de plus en plus prononcée que les auteurs prennent un peu trop leur temps, comme prisonniers des références qu'ils arrivaient si bien jusqu'à présent à intégrer à leur scénario.

Lorsque l'épisode démarre, on est (encore !) dans la salle de commandement du vaisseau amiral de la flotte Kree-Skrull et Hulkling change subitement de braquet en annonçant qu'il ne va plus hésiter à détruire la Terre si cela permet d'éliminer la menace Cotati. Malgré une brève résistance de Captain Marvel et la Torche Humaine, la messe est dite et les importuns dégagés.

Entrée en scène de Wiccan. Il était temps : en effet il s'agit quand même du mari de Hulkling et on se demande pourquoi il n'intervient qu'après autant de temps. La logique aurait exigé qu'il soit un des premiers, si ce n'est le premier averti de l'arrivée de Hulkling dans les parages. On retombe dans les travers des sagas impliquant les Avengers qui pensent pouvoir tout règler seuls, sans la contribution de personnages pourtant plus compétents. En effet, on découvre qu'un magicien aurait été bien utile auparavant quand Billy Kaplan sonde l'esprit de Carol Danvers et lui révèle le pot-aux-roses dans le camp adverse. Du coup l'effet de surprise tombe un peu à plat : ça fait deux fois que Slott et Ewing nous font le coup quand même !

Un event, c'est aussi une certaine fréquence à respecter dans le grand spectacle, donc la mise en scène de batailles épiques, et mine de rien, Empyre en est assez avare jusqu'à présent. Depuis le coup de force de Quoi à la fin du premier épisode, on ne peut pas dire qu'on ait été noyé sous des tonnes de baston (une double page la semaine dernière lors de l'arrivée des Cotati au Wakanda). A l'évidence, une fois encore, en multipliant les tie-in, Marvel prive sa saga principale d'action : on évoque Captain America et la résistance difficile qu'il mène sur Terre, la quête de Thor pour aider ses amis (ce qui est franchement ballot puisque, justement le tie-in Empyre : Thor a été annulé !), mais n'aurait-il pas été plus judicieux de consacrer une ou deux doubles pages pour nous montrer cela au lieu, par exemple, de cette scène inutile entre Reed Richards et Tony Stark à la Montagne des Avengers où Tony fulmine encore et se construit une nouvelle armure.

En comparaison avec les deux derniers events qui m'ont plu, à savoir Fear Itself et Infinity, Empyre prend trop souvent le parti de laisser ces grandes batailles hors-champ. Dans Fear Itself, la menace était grossièrement développée mais les méchants en faisaient baver aux héros. Dans Infinity, Jonathan Hickman réussissait à orchestrer une gigantesque campagne militaire dans l'espace à la manière d'une suite de tableaux impressionnants tout en consacrant assez de place à ce qui se jouait entre Thanos et les Inhumains sur Terre. Empyre est bien plus frustrant sur ce plan-là.

De la parlotte pénible et finalement inutile (prévisiblement inutile !), il y en a encore avec la scène où Mantis cherche à raisonner son fils. Qui plus est, ce passage comporte une erreur stratégique incroyable de la part des héros puisque Mantis est escortée par rien moins que la Femme Invisible, la Chose et She-Hulk, autant de poids lourds absents aux côtés de Black Panther pourtant archi-dominé par les Cotati. Le twist concernant She-Hulk est bienvenu mais en même temps artificiel (peu de risque qu'elle soit vraiment morte et là encore les héros se montrent bien peu observateurs : elle avait recouvré ses esprits grâce à un marteau confiée à elle par Swordsman et là, elle ne le porte plus bien qu'elle reste calme. Pas la peine d'être bien malin pour deviner qu'il y a un loup...).

Une telle sortie de route narrative, une telle accumulation de fautes, d'erreurs plombent la belle entreprise qu'était Empyre jusqu'à maintenant. Tout n'est pas perdu, il reste deux épisodes pour redresser la barre (et même trois puisqu'un numéro spécial sera publié en Septembre pour dresser un bilan de toute cette histoire), mais bon, ce n'est pas satisfaisant du tout.

A quoi se rattraper pour, malgré tout, lire ce chapitre décevant ? Au dessin de Valerio Schiti, qui, lui, assure comme un chef. L'italien fait son boulot en grand professionnel et évite au bâteau de sombrer complètement. Grâce à lui, à son découpage très tonique, à l'expressivité qu'il sait insuffler aux personnages, on ne s'ennuie pas. De ce point de vue, c'est assurément l'event le plus solide depuis Fear Itself dessiné par Immonen, dont Schiti est à la fois un admirateur et un émule. Mais enfin, c'est un peu du gâchis que de disposer d'un tel artiste pour lui faire mettre en image un matériau aussi maladroit...

Je ne veux pas donner l'impression que Empyre est perdu. Je crois Slott et Ewing capables de se racheter sur les deux derniers épisodes, et on n'aura pas à attendre pour savoir si cet espoir est fondé. Croisons donc les doigts. 

jeudi 30 juillet 2020

EMPYRE #3, de Dan Slott, Al Ewing et Valerio Schiti


Nous voici arrivés à mi-chemin de Empyre et c'est en quelque sorte maintenant que les vraies difficultés commencent pour Dan Slott et Al Ewing. En effet, les enjeux de la saga sont posés, la guerre est déclarée, et il faut désormais faire fructifier tout cela pour que l'intrigue ne soit pas seulement un grand spectacle sans âme, un blockbuster convenu. Du coup, l'épisode donne le sentiment d'une légère baisse de tension. Mais c'est pour mieux redisposer les pions sur l'échiquier.


Montagne des Avengers. Mr. Fantastic tente de remonter le moral de Tony Stark, furieux d'avoir été roulé dans la farine par Quoi et Swordsman. Lesquels préparent déjà la suite de leur plan en ciblant le Wakanda dont le sol et ses ressources permettraient aux Cotati d'augmenter infiniment leur puissance.


Mais le Wakanda est déjà prêt à affronter l'envahisseur avec la Chose à sa tête. La bataille éclate contre les hommes-plantes déterminés à exterminer toute vie animale sur la planète. pour ensuite recevoir l'alliance Kree-Skrull.


Au palais du Wakanda, Black Panther a appelé un renfort opportun en la personne de Mantis, la mère de Quoi et ex-compagne de Swordsman. Elle espère pouvoir raisonner son fils tandis que T'challa contacte Hulkling pour son plan B.


A bord du vaisseau amiral de la flotte Kree-Skrull, Hulkling répond favorablement à la requête de T'challa et lui envoie son épée magique, contre l'avis de ses conseillers. Tanalth exige du Super-Skrull qui évoque le Bûcher, l'arme par laquelle la guerre contre les Cotati pourrait se jouer.


La solution est radicale. Mais Captain Glory perce à jour, en coulisses la véritable identité de Tanalth et son objectif...

Les sagas événementielles souffrent souvent de ne pouvoir conjuger action à grand spectacle et caractérisation intelligente. Il faut choisir et souvent la baston prime pour satisfaire la frange du public la plus facile à convaincre de la qualité du divertissement.

Pourtant, Empyre surprend avec ce troisième épisode qui prend le temps pour se poser et explorer les états d'âme de ses protagonistes en les soumettant aux solutions pour stopper leur ennemi commun. Dans un premier temps, Dan Slott a clairement pris les commandes puisque c'est la voix off de Reed Richards/Mr. Fantastic qui nous guide. Tony Stark, reclus dans la montagne des Avengers, rumine après la trahison de Quoi et Swordsman, qu'il a naïvement crus. Il est alors question de la situation des deux savants du Marvel Universe : Stark, bien qu'étant membre des Avengers, est profondément seul (Captain America mène d'autres héros contre les Cotati sur Terre, Thor cherche une arme capable de renverser la situation), tandis que Richards est le leader d'une équipe qui est aussi sa famille. La différence est bien exposée.

Un bref intermède nous conduit sur le champ de bataille du Wakanda où les Cotati affrontent des héros, Ben Grimm en tête. Mais là encore, Slott et, surtout, Ewing font un pas de côté. L'essentiel se joue ailleurs, dans le palais de T'challa/Black Panther. Il a compris que Quoi convoîtait les ressources de son pays qui lui permettraient d'augmenter sa puissance. Et il a fait appel à Mantis, la mère du garçon et ex-compagne du Swordsman pour tenter de règler la crise à l'amiable (tout le monde s'accorde à dire que ce n'est pas gagné).

T'challa est ici écrit pour ce qu'il est vraiment : un chef d'état, in stratège mais aussi un diplomate. Son autorité est évidente, tranquille, il n'a pas besoin d'élever la voix, même quand She-Hulk et Sue Richards doutent d'une issue pacifique face aux Cotati. Ce qui impressionne, c'est que, au coeur d'une saga comme Empyre, les auteurs osent développer une scène comme celle-ci pour rappeler que les guerres se jouent aussi en coulisses.

Et cela se confirme avec la troisième et dernière partie de l'épisode qui se déroule entièrement dans le vaisseau amiral de la flotte Kree-Skrull. Investie du rôle d'accusatrice, Captain Marvel est devenue une pièce maîtresse dans le conflit car son pouvoir permettrait de tuer dans l'oeuf l'expansion des Cotati.Mais au péril de sa vie. Krees et Skrulls pressent Carol Danvers, prête à se sacrifier, même si Johnny Storm est réticent (on notera que les quatre Fantastiques sont tous disposés stratégiquement : la Chose au Wakanda, la Femme Invisible à côté de Black Panther, Mr. Fantastic auprès de Tony Stark, la Torche Humaine avec Captain Marvel et Hulkling).

L'évocation d'une solution encore plus radicale est révélée avec le Bûcher (the Pyre), utilisée jadis pour détruire une planète Skrull, sacrifiée par le Super Skrull pour sauver le reste de sa race. Hulking est sous pression mais le jeune homme résiste à ses conseillers, s'imposant comme autre chose qu'un homme de paille (et, à mon avis, la suite de la saga pourrait confirmer cette émancipation décisive). Surtout, elle conduit à un twist majeur concernant Tanalth, qui renverse complètement la table sur la présence Skrull dans l'entourage du jeune empereur...

Valerio Schiti a de quoi faire, encore, avec cet épisode. Bien entendu, pour en mettre plein la vue, il envoie du bois dès la première page puis ensuite avec une double page lorsque les Wakandais et leurs alliées repoussentn les Cotati. Mais l'italien a déjà montré par le passé qu'il excellait aussi dans les moments plus calmes.

Comme, juste avant Empyre, il a dessiné Tony Stark : Iron Man (écrit par Slott), il maîtrise naturellement Tony Stark et la scène entre lui et Reed Richards est un modèle du genre. Examinez le soin avec lequel Schiti représente les deux personnages, soignent leurs attitudes, leurs expressions : c'est vraiment très bon.

Idem lors de l'arrivée de Mantis au palais royal de T'challa. Par un jeu de champ-contre-champ, en choisissant des angles de vue dynamiques, il injecte aux dialogues une vivacité électrisante. Comme pour la scène entre Richards et Stark, il ponctue l'échange par une page dans laquelle il insère des plans du passé, une narration parallèle très fluide, qui sert à mettre en perspective les points de vue de chacun (la frustration de Stark, l'instinct maternel de Mantis).

Mais le gros morceau se situe dans le huis-clos du vaisseau de Hulking. Là, Schiti doit jongler avec six personnages (Hulkling, Captain Marvel, Johnny Storm, le Super-Skrull, Tanalth, Captain Glory) et il s'agit de rendre justice à chacun, de les disposer de manière claire dans l'espace, avec pour point culminant l'évocation du Bûcher (une double page incroyable). La mise en scène est exemplaire, la tension qui circule entre les interlocuteurs est palpable, les intentions de chacun sont admirablement traduites par un dessin superbement composé. Schiti fait l'effort constant de bien représenter le décor, de varier la valeur des plans, de découper la séquence avec imagination (comme en osant un "gaufrier" quand T'challa contacte Hulkling).

C'est pour toutes ces qualités, narratives et graphiques, réunies que Empyre se distingue de beaucoup des events précédents. Solidement écrit, puissament illustré, ce récit prouve qu'il a été particulièrement bien conçu, ils portent la marque de ses auteurs (plus que d'editors interventionnistes). Vivement la semaine prochaine pour la suite.   

jeudi 23 juillet 2020

EMPYRE #2, de Dan Slott, Al Ewing et Valerio Schiti


Le fait que la crise sanitaire ait altéré la publication de Empyre en la rendant finalement hebdomadaire est un atout : en effet, la tension de l'histoire n'a pas le temps de retomber d'un épisode à l'autre, on garde le souvenir du précédent chapitre bien en tête. Cela, le scénario de Dan Slott et Al Ewing et les dessins de Valerio Schiti semblent presque l'avoir anticipé puisque, et c'est un bon signe, lorsqu'on arrive à la dernière page, on est surpris que cela arrive si vite et surtout on attend la suite avec impatience.


Quoi retient prisonniers Captain America, Thor et Iron Man à qui il explique comment avec son père, Swordsman, il a élaboré patiemment sa vengeance contre les Skrulls et les Kree dont il vient de décimer la flotte.


Mais ses manoeuvres ne sont pas passées inapercues et ont même attiré l'attention d'enquêteurs terriens quand il a dû éliminer deux espions Kree et Skrulls sur notre planète. Refusant de soutenir la vendetta Cotati, Thor libère ses amis mais Quoi s'échappe par un portail végétal.


Swordsman l'imite et laisse les Avengers sidérés par la trahison des Cotati. Black Panther intercepte des appels au secours en provenance de la Terre, indiquant que Quoi est en train de l'attaquer. Thor se téléporte avec Iron Man et Captain America sur place.
  

Seule Captain Marvel reste dans l'espace, à la recherche de survivants dans la flotte Kree-Skrull. Hulkling sauve la Chose avec son Epée de l'Espace, ce qui donne l'idée à Mr. Fantastic l'idée de l'utiliser et de l'amplifier pour stopper l'expansion végétale Cotati.


Captain Marvel offre son aide pour ce projet, au péril de sa vie...

Après un premier numéro très intense et rythmé, ce deuxième épisode démarre par une phase explicative qui peut sembler laborieuse mais qui s'avère nécessaire pour qui n'a pas lu (comme moi) Incoming, un one-shot paru en 2019 et qui annonçait Empyre. Ce récit prenait la forme d'une enquête menée par plusieurs héros après les assassinats mystérieux de deux espions, un Kree et un Skrull, tués de manière étrange.

On comprend maintenant que c'était l'oeuvre de Quoi qui, depuis longtemps, préparait sa vengeance contre les deux races extra-terrestres mais dont les manoeuvres n'étaient pas passées inapercues et qui s'assurait ainsi que les terriens n'en soient pas informés.

Ce background, ajouté aux références à la guerre Kree-Skrull et à la Madonne Céleste, deux sagas assez anciennes citées dans Empyre : Avengers #0, prouve une fois encore, si besoin était, que Al Ewing a bâti sa saga sur ses fondations solides. On appréciera ce rappel des faits pour les moins connaisseurs, sans quoi les motivations de Quoi sembleraient nébuleuses.

Face aux actions passées et actuelles de Quoi, la trinité des Avengers (Iron Man, Captain America, Thor) refusent plus longtemps de le soutenir. On entre alors dans la seconde partie de l'épisode qui renoue avec l'action à grand spectacle.

Plutôt que d'entretenir le conflit de l'alliance Kree-Skrull avec les Avengers et les Fantastic Four, Ewing et Slott doivent justifier une colaition contre des Cotati qui sont passés du stade de victimes à celui de méchants de l'intrigue. Et les deux scénaristes emploient intelligemment Captain Marvel pour réaliser cela.

En effet, Carol Danvers, malgré les efforts éditoriaux de Marvel, est devenue, auprès des fans, un personnage détesté des fans, qui lui reprochent son caractère autoritariste et belliqueux (auquel j'ajouterai que sa retcon récente qui en a fait une femme mi-humaine, mi-Kree). Autant au cinéma, sin incarnation par Brie Larson a été un succès, autant depuis le run de Kelly Sue de Connick (qui a coïncidé avec le passage de Carol de Ms. Marvel à Captain Marvel, avec changement de look à la clé), personne n'est parvenu à rendre sympathique l'héroïne.

L'astuce dont Slott et Ewing usent pour réhabiliter, providentiellement (et l'avenir nous le dira, durablement ?), Captain Marvel aboutit à un changement de statut qui va certainement peser sur la suite des événements (au point de perdurer au-delà de Empyre ?). Mais le procédé a un résultat habile et efficace, qui a le mérite de rendre à nouveau le personnage attachant (quoique suspendu à une tentation dangereuse).

Valerio Schiti avait impressionné dans le numéro 1 de la saga et il poursuit dans celui-ci. Ses planches sont d'une richesse épatante, il se permet même quelques fantaisies dans le découpage lorsqu'il faut mettre en images le passage explicatif de Quoi sur les coulisses de sa vendetta. L'artiste en tout cas ne fait pas dans la demi-mesure quand il s'agit d'en mettre plein les yeux : ses vaisseaux ravagés par la végétation Cotati, l'assaut des Cotati sur Terre (une pleine page seulement mais puissanmment illustrée), le sauvetage de Ben Grimm, l'intervention de Captain Marvel (une double page éblouissante), autant de morceaux de bravoure.

Le risque dans ce genre de saga, c'est de sacrifier les personnages, leur expressivité à cause du spectacle à aussurer. Schiti a retenu la leçon et il traduit parfaitement la rage vengeresse de Quoi, la jubilation de Thor quand il rappelle Mjolnir, les réflexions de Mr. Fantastic (savoureusement restituées en mimiques), l'émotion craintive de Captain Marvel lorsque Tanalth lui remet le marteau qu'elle a elle-même reçu de Ronan l'accusateur. C'est un sans-faute, la preuve de la maturité de Schiti.

C'est encore une fois un chapitre très costaud, à l'écriture très maîtrisée et au dessin superbe. Empyre fait sensation. Si bien qu'on peut légitimement penser que, enfin, on tient là un event à la hauteur de ses promesses. 

samedi 18 juillet 2020

EMPYRE #1, de Al Ewing, Dan Slott et Valerio Schiti


Cette fois, on y est, nous voilà plongés dans la saga Empyre, première grande histoire à réunir (ou opposer, on verra) Avengers et Fantastic Four depuis belle lurette.  Si Dan Slott est crédité comme co-plotter avec Al Ewing, c'est bien ce dernier qui pilote le vaisseau en signant le script et les dialogues. Et cela ne fait aucun doute quand on constate la maîtrise de cet épisode, où, déjà, tout s'emballe jusqu'au cliffhanger puisssant (même si prévisible). Ajoutez-y Valerio Schiti au dessin et c'est impossible de ne pas être comblé.


Après avoir croisé l'armanda Kree-Skrull, les Fantastic Four sont invités à bord du vaisseau amiral de la flotte en présence de Hulkling qui explique comment il a réussi à unifier les deux peuples. Mais le prix à payer pour cette réconciliation passe par l'extermination de leur ennemi commun, les Cotati.


Après un avertissement de Captain Marvel, Iron Man entre en contact avec l'armada et découvre les FF à bord auprès de Hulkling. Les deux équipes tentent de raisonner le jeune empereur mais celui-ci ne supporte pas leur paternalisme et ouvre les hostilités.


Réaction immédiate des Avengers qui avec Black Panther à leur tête attaquent la flotte. Le Super-Skrull et Captain Glory répliquent. A bord du vaisseau amiral, le ton monte entre les FF et Hulkling, qui refuse de céder.



Iron Man décide de calmer tout le monde en sonnant la charge grâce à Thor. Les Avengers ignorent qu'ils gagnent du temps pour Quoi qui va totalement modifier le cours de la bataille en la transformant en vengeance...


Première chose donc : les fins de Empyre : Avengers #1 et de Empyre : Fantastic Four #1 suggéraient que les Fantastic Four prenaient le parti de l'alliance Kree-Skrull. Il n'en est rien comme le montre le récit de ce premier épisode. Cette fausse piste était assez maladroite, n'apportant rien sinon un malentendu sur la position des FF et confirmant bien que le prologue avec ces derniers n'a été qu'une perte de temps (jusqu'à preuve du contraire).

Ensuite, passée cette mise au point, le scénario ne tarde pas à entrer dans le vif du sujet (même si une astuce permet à She-Hulk d'être moins bestiale - ce qui ne sera sans doute pas validé par Jason Aaron dans ses Avengers, où il est bien trop occupé à développer des caractérisations plus idiotes les unes que les autres). Et ce qui se joue alors est intéressant.

En effet, Al Ewing prouve une fois de plus qu'il connaît ses classiques mais surtout qu'il sait comment les corriger. Depuis longtemps, mais plus particulièrement depuis Avengers vs X-Men, Les Avengers sont devenus une équipe de balourds, qui déclenchent des catastrophes en privilégiant le coup de poing, le pugilat, plutôt que le dialogue. En gros, ce sont des donneurs d'ordre, sûrs de leur fait, mais en vérité souvent incompétents et conduisant les deux parties à la ruine. Dans AvX, l'autoritarisme de Captain America et Iron Man pour règler les retour du Phénix avait abouti à un fiasco retentissant, le pouvoir de l'entité cosmique touchant non pas son hôte de prédilection (la jeune Hope) mais cinq mutants (Cyclope, Magik, Colossus, Emma Frost, Namor), avec des répercussions dramatiques.

Ewing en tient compte et insiste sur cet aspect pour le moins maladroit du groupe qui montre un paternalisme crispant envers Hulkling, dont on comprend qu'il ne le supporte pas longtemps - même si, au demeurant, on soutiendra sans réserve les Avengers qui ne veulent pas voir débouler Krees et Skrulls pour raser la zone bleue de la Lune et la Terre.

Ce qui est aussi épatant, c'est que Ewing a fait de Iron Man (Tony Stark dans un état second à cause de ses récents problèmes personnels et sa perplexité face aux Cotati) et de Mr Fantastic (Reed Richards, dans le rôle de la figure paternelle bienveillante et plus équilibrée) ses narrateurs. On mesure grâce à ce procédé la différence entre des chefs de guerre (comme Black Panther, Captain Marvel, et l'alliance Kree-Skrull) et des stratéges d'abord soucieux de pacifier la situation. Puis on comprend, par la voix de Mr Fantastic, que Tony Stark est et reste un homme de passion (quand Reed Richards est et reste un homme de raison) lorsqu'il sonne la charge et veut règler le problème de manière spectaculaire.

Le fait que cela se retourne non seulement contre les Avengers mais aussi, collatéralement, contre les FF inspire un twist final redoutable mais si prévisible. Car qui ne doutait pas de Quoi, le messie céleste trop souriant, trop victimaire ? On voit qu'il a manipulé les Avengers pour gagner du temps afin de préparer sa propre vengeance, et quand on a le pouvoir de contrôler tout ce qui est organique et végétal, la riposte est terrible (quelques pages de plus n'auraient d'ailleurs pas été de trop pour visuliser vraiment tout cela, mais cela sera sans doute rattrapé dès le prochain épisode).

Ewing avec Slott manage une distribution imposante sans oublier personne et en donnant même au lecteur d'authentiques moments épiques comme la page où l'appareil des FF est au milieu de la flotte ennemie, la transformation du quinjet des Avengers en véhicule infernal (grâce au Ghost Rider), le combat acrobatique dans l'espace contre le Super-Skrull et Captain Glory (avec un clin d'oeil au "Fastball special" des X-Men revisité par She-Hulk et Swordsman), la contre-attaque de Thor (magnifiée par la voix-off de Reed Richards - une merveille du genre), ou encore cet instant suspendu où l'épée de Hulkling stoppe le marteau du dieu du tonnerre.

Pour illustrer ça, pas moyen de moyenner, il faut un artiste qui assure, capable de soutenir le script et d'en donner pour son argent au lecteur. Marvel a essayé (au risque de les user) tous ses dessinateurs en vue pour ces blockbusters, de Leinil Yu (qui a été essoré par les exercices) en passant par Mike Deodato, Andrea Sorrentino, David Marquez, John Romita Jr, Olivier Coipel, Steve McNiven. Mais pour un Stuart Immonen qui passe l'épreuve avec une aisance toujours confondante (quoique unique), combien ont souffert pour retrouver leur entrain ensuite ? Sans doute est-ce pour cela que Chris Samnee n'a jamais voulu s'y frotter.

Il y a des dessinateurs qui peuvent éclater lors d'une saga (les cas récents de Pepe Larraz avec House of X), soudain ils deviennent la nouvelle coqueluche, même si sans ça ils le seraient sans doute devenus. Et puis il y a ceux qui mûrissent tranquillement, font leurs armes, s'imposent sur la durée et pour qui une saga devient l'ultime étape avant d'être the next big thing. Valerio Schiti fait partie de cette seconde catégorie.

J'ai toujours été fan de cet italien qui ne cachait pas son admiration pour Immonen, sans chercher à le singer. Il a montré qu'il en en avait sous le crayon avec ces épisodes de Journey into Mystery (écrits par... Kathryn Immonen - et pour lequel il eut comme fill-in... Pepe Larraz). Puis avec Bendis, il animé Guardians of the Galaxy pour une suite d'épisodes d'une régularité impressionnante. Bizarrement, alors qu'on pouvait l'attendre ensuite sur un gros titre (Avengers), Marvel a paru embarrassé par ce talent (un arc de Mighty Thor pour l'occuper, deux de Tony Stark : Iron Man - avec Dan Slott).

Schiti a été alors annoncé sur Empyre et j'ai d'abord craint que cela ne le grille. Mais dans le malheur de la crise sanitaire, Marvel a laissé ses artistes poursuivre ce qu'ils avaient sur le feu et l'italien en a profité pour boucler toute la saga ! Cela permettra à Empyre de paraître hebdomadairement et, tout compte fait, c'est une bonne nouvelle car cela maintiendra la tension de l'histoire au lieu de devoir attendre quinze jours ou un mois entre deux épisodes.

On peut constater en tout cas que Schiti n'a pas ménagé sa peine. Quoiqu'il serait plus indiqué de dire qu'il a embrassé le défi d'une saga avec un appétit implacable. Son dessin est d'une générosité incroyable, il s'empare de tous les personnages, s'arrange de la profusion des scènes avec une figuration impressionnante, sans que cela ait l'air de lui demander un effort supplémentaire à ce qu'il produit d'ordinaire. C'est assez formidable de lire ça, l'impression que jamais le dessinateur n'est dépassé par tout ce qu'il a à représenter, ni par la somme de travail nécessaire pour un event.

Au passage, on voit ce que Schiti pourrait apporter aux FF s'il avait la responsabilité de les dessiner dans leur titre, comme j'en rêvais lorsque Bendis convoitait ses personnages (plus que Deadpool ou Wolverine que Marvel proprosa au scénariste pour le retenir, je pense que c'est des FF qu'il voulait, avec Schiti pour l'accompagner, en parallèle des Defenders avec David Marquez). Mais à ce stade d'excellence, Schiti transformerait tout en or (pour peu qu'il ait un scénariste à son niveau).

En tout cas, on ne pouvait souhaiter mieux pour Empyre. Ce début est enthousiasmant. J'ai rarement été aussi accroché par un event, mais il faut aussi répéter qu'on n'a pas eu droit à une histoire de ce genre aussi bien conçue et écrite et dessinée depuis une paie.