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dimanche 7 avril 2019

DETECTIVE COMICS #1000


Batman a 80 ans et Detective Comics la revue qui a publié ses premières aventures atteint son millième numéro. Comme Superman et Action Comics l'an dernier, DC Comics fête cela avec un numéro spécial de 96 pages, réunissant le gratin de l'éditeur. Pourtant, le résultat est très inégal, alternant entre vraies réussites et efforts sans inspiration.


On commence avec The Longest Case où Scott Snyder et Greg Capullo imaginent astucieusement comment une laborieuse investigation de Batman dissimulait un test ourdi par une guilde de détectives (Slam Bradley, Hawkman, Hawkgirl, Martian Manhunter, Bobo le détective Chimp, Traci Thirteen, la Question, Elongated Man) pour y admettre le dark knight.

C'est malin, ludique, et on a envie de revoir cette guilde, au casting épatant. Capullo est en forme (même si la page d'ouverture fait craindre le pire). Snyder montre qu'il excelle dans ce format court (alors qu'il s'obstine dans des histoires interminables).



Kevin Smith a rédigé pour Jim Lee le segmet suivant : Manufacture for Use. L'idée est une fois encore habile (le logo de Batman dissimule une plaque de métal protectrice produite par le pistolet fondu qui a tué ses parents).

Malheureusement, les dessins de Lee gâche tout (je ne comprendrai décidément jamais le culte dont est l'objet cet artiste). Mais bon, c'est le patron chez DC... 


On arrive au premier chef d'oeuvre de la collection : The Legend of Knute Brody (le titre fait penser à un film des frères Coen). Et quel plaisir de voir réunis Paul Dini et Dustin Nguyen !

Ce récit sur un homme de main calamiteux, qui fait foirer tous les coups du Joker, du Châpelier fou, du Sphinx et de Poison Ivy, est drôlissime et sa révélation finale est imparable. La seule trace d'humour dans ce millième numéro.


La rumeur prête à Warren Ellis, l'auteur de The Batman's design, un futur projet avec le héros (dessiné par Bryan Hitch ?). Il s'associe ici à Becky Cloonan pour une poignée de pages qui file à cent à l'heure, dans lesquelles le dark knight, tel un joueur d'échecs, élimine un gang en utilisant le contenu d'un entrepôt où il l'a coincé.

Ce n'est pas renversant, mais en termes d'efficacité et de rythme, difficile de faire mieux. Et Cloonan assure le show.


Le mythique Denny O'Neil fait équipe avec le génial Steve Epting pour un autre sommet de ce numéro : Return to Crime Alley, dans lequel Leslie Thompkins démontre implacablement à Batman que sa croisade contre le crime en a fait un être consumé par la violence et la cruauté.

Graphiquement magnifique, l'épisode est subtilement écrit et déjoue ce que son titre pouvait laisser présager pour réfléchir concrétement sur les conséquences des missions de Batman sur ce dernier.


Et, sans transition, om tombe sur la première cata de ce numéro : Heretic de Christopher Priest et Neal Adams prouve par A + B que deux auteurs célébrés et respectés ne sont pas une garantie de succès.

L'histoire, sur un jeune voleur qui s'est laissé corrompre par l'argent qu'il a volé à Bruce Wayne et dont la famille a préféré se débarrasser, est consternante. Les dessins sont affreux. Rien à sauver.


Proposé gratuitement à la lecture en avant-goût par DC, le chapitre de Brian Michael Bendis et Alex Maleev, I Know, est un des plus atypiques du lot. Il nous entraîne dans le futur où le Pingouin et Bruce Wayne finissent leurs jours dans une maison de santé. Oswald Cobblepot révèle avoir toujours su qui était Batman et cela a valu la vie sauve à son alter ego.

C'est un peu bavard et statique, d'accord, mais plein de malice et de cruauté. Bendis a fait plaisir à Maleev qui rêve de redessiner Batman depuis longtemps (et ce sera chose faite avec la saga à venir, Leviathan). Jubilatoire.


Là où les uns brillent, les autres sombrent comme le prouve The Last Crime of Gotham, un navet produit par Geoff Johns et Kelley Jones. Là encore situé dans le futur, cette histoire du dernier meurtre résolu par Batman (avec Catwoman, Robin et Echo, la fille de BatCat) est d'une laideur visuelle irrécupérable.

Mais surtout, comme Jim Lee, cela sent le cadeau fait à un des boss de DC, Johns, qui n'a jamais montré d'affinités pour Batman et raconte n'importe quoi.


Le niveau se redresse nettement avec The Precedent qui est dû à James Tynion IV et Alvaro Martinez. En revenant sur le moment où Dick Grayson a découvert le secret de Bruce Wayne et le dilemme de ce dernier pour embarquer le garçon dans sa croisade, le scénario donne surtout à Alfred Pennyworth un rôle d'arbitre.

Les dessins sont somptueux et le script très intelligent. Ah, si ce tandem pouvait lâcher Justice League Dark pour s'occuper de la série Nightwing (allègrement massacrée actuellement par Scott Lobdell)...


Bien entendu, ce millième numéro ne pouvait se passer de la présence du scénariste actuel de Batman et donc Tom King a contribué avec Batman's greatest case. Aidé par Tony Daniel et Joelle Jones au dessin, il signe un segment très verbeux mais à la morale superbe.

En somme, nous dit King, la grande affaire de Batman, c'est sa famille, la Bat-family. Ils sont venus, ils sont tous là, pour une photo de famille. Qui raconte surtout que le héros a bâti un clan pour pallier la perte de ses parents, devenir un père de substitution à son tour. Daniel et Jones ne sont pas au top de leur forme, mais ça reste correct.


Et enfin, comme pour Action Comics, le sommaire s'achève par un avant-goût de Detective Comics #1001 : Medieval. En charge du titre depuis plusieurs mois, le tandem Peter J. Tomasi-Doug Mahnke présente le futur ennemi de Batman, l'Arkham Knight, importé d'un jeu vidéo.

Batman est un "Bad Man" ? C'est ce que pense ce nouveau personnage. Le jeu de mots ne vole pas haut et Mahnke enchaîne les splash-pages avec une voix-off bavarde. Guère passionnant. Comme le titre historique de la chauve-souris depuis le départ de Tynion IV (un des rares à avoir vraiment fait l'effort de redéfinir la revue).

*
Quelques pin-ups agrèmentent le programme :

 Mikel Janin, grand absent de la fête, offre une belle image iconique.

 Jason Fabok signe un poster bien garni, mais où, curieusement,
c'est Catwoman qui occupe le centre de l'image.

Et Amanda Conner, comme souvent depuis un bail maintenant,
assure le service minimum.

Forcément inégal, ce numéro mille réserve tout de même de beaux et bons moments. On en retire tout de même l'impression que ces épisodes anniversaires favorisent la hype plutôt que l'inspiration. Il faut marquer le coup évidemment, mais ce serait encore mieux si tout le monde avait vraiment quelque chose à dire, plutôt que de réserver de la place aux cadres de DC et à certaines anciennes gloires à la peine.

mercredi 27 décembre 2017

DC HOLIDAY SPECIAL 2017


C'est une tradition chez DC Comics : chaque fin d'année, l'éditeur publie un numéro pour célébrer l'esprit de Noël dans un fascicule regroupant leurs héros emblématiques écrits et dessinés par des auteurs et artistes en vue. Je n'ai pas eu toujours l'occasion de les lire mais le cru 2017 est particulièrement accrocheur avec un casting de première classe.


- The Reminder (Part 1) (Jeff Lemire & Guiseppe Camuncoli). Un barman reproche à John Constantine, le chasseur de démons, de voir toujours l'avenir en noir et menace de le mettre à la porte s'il continue de miner le moral de sa clientèle. Puis servant Clark Kent, qui doute aussi du futur, il entreprend de lui raconter quelques histoires susceptibles de lui redonner foi...

On commence par ce prologue malicieux où Jeff Lemire (de retour chez DC après un séjour en demi-teinte chez Marvel) teste les limites du cynisme de John Constantine (héros de la série Hellblazer) et de l'idéalisme de Superman. Une manière habile de présenter le programme qui va suivre, joliment mis en images par Guiseppe Camuncoli, qui a, lui aussi, quitté Marvel (où il oeuvrait sur Amazing Spider-Man) cette année.


 - Batman : Twas the night before Christmas (Denny O'Neil & Steve Epting). Conduit par Alfred Pennyworth, son majordome, Batman va délivrer le couple Brandon séquestré par Fritzy dans leur résidence de Mount Hawley. Le jeune homme agit ainsi parce qu'enfant, lui et sa défunte grand-mère s'étaient vus refuser l'hospitalité par les parents Brandon la veille de Noël et aujourd'hui l'esprit de la défunte réclame vengeance.

Le vétéran Denny O'Neil fait équipe avec un de ses plus grands fans, l'excellent Steve Epting (qui avait signé il y a quelques mois le premier arc de la nouvelle série Batwoman) et les promesses de cette collaboration inédite sont superbement tenues. Un zeste de fantastique, une ambiance tendue, le poids d'un passé douloureux, tout est là : on est comblé. Le scénario est d'une fluidité impeccable, les dessins magnifiques (avec une colorisation parfaite de Dave McCaig).


- Green Arrow & Black Canary : You better think twice (Mairghread Scott & Phil Hester). Green Arrow convainc Black Canary de se déguiser en Père et Mère Noël pour apporter des cadeaux à des orphelins. En route, ils surprennent le braquage d'un fourgon et arrêtent les voleurs mais la bagarre a raison de leurs accoutrements, quoique cela ne fasse aucune importance pour les enfants.

Le couple le plus volcanique de DC Comics nous entraîne, sous les plumes de Mairghread Scott (une découverte) et du toujours fringant Phil Hester, dans une aventure amusante et tonique. Le caractère bien trempé des deux héros dynamise un récit classique à la morale touchante sans être mièvre. Léger mais avec du swing.


- Sgt. Rock : Going down easy ! (Tom King & Francisco Francavilla). Le Sergent Rock se rappelle comment un de ses soldats de la "Easy Company", Hammerman, captura un officier allemand avant qu'un obus n'explose près d'eux. Bien que blessé par un éclat de shrapnel, Hammerman garda huit nuit d'affilée son prisonnier sous la menace de son fusil, attendant des renforts, avec confiance, motivé par la fierté pour un juif comme lui d'avoir eu un nazi.

Quand, il y a quelques semaines, Tom King avait annoncé avoir "pitché" à DC Comics une histoire du Sergent Rock (immortalisé pendant longtemps par le légendaire Joe Kubert), bien des dessinateurs s'étaient portés candidats pour participer au projet. Avant peut-être de voir plus grand, le scénariste de Mister Miracle a produit cette nouvelle avec Francesco Francavilla, une histoire dramatique (la plus noire du lot) mais poignante, où le découpage en "gaufrier" porte la signature de King. La prestation de l'artiste est plus inégale, mais ne boudons pas notre plaisir.


- The Flash : Hope for the holidays (Joshua Williamson & Neil Googe). Flash affronte le Rainbow Raider dans l'aéroport de Central City, mais sa victoire provoque une chute de neige qui empêche tout avion de décoller. Pour s'excuser, il transporte les uns après les autres chacun des passagers à sa destination... Avant de retrouver à San Francisco Wally West pour réveillonner tranquillement avec lui.

L'équipe qui anime la série Flash mensuellement est aussi aux commandes de ce récit très divertissant, qui dégage un vrai charme. Joshua Williamson imagine une situation issue des conséquences d'un affrontement remporté par le héros et en tire un rebondissement savoureux. Neil Googe illustre ça de manière très expressive, avec la vivacité qui sied au speedster en chef de DC.


- Deathstroke : A Wilson christmans family (Christopher Priest & Tom Grummett). Alors qu'il jure au téléphone à sa femme Adeline qu'il est en train de lui acheter son cadeau de Noël, Slade Wilson remplit un contrat en compagnie de Wintergreen. Mais il se replie aussitôt sa mission accomplie pour rejoindre sa famille victime d'un accident de la route sans gravité, pour la plus grande joie de son fils.

Sans discussion, le segment le plus faible et même le plus déplacé de la collection : on ne comprend pas bien ce que fait là un tueur comme Deathstroke (quand bien même le personnage bénéficie de sa propre série mensuelle) et je m'étonnerai toujours du prestige dont jouit Christopher Priest comme scénariste car son histoire ne vaut pas grand-chose. Tom Grummett imite assez bien le style de José-Luis Garcia-Lopez, mais ne sauve pas l'affaire. Un faux pas.


- Superman & Lois Lane : Driver's seat (Max Landis & Francis Manapul). Après avoir arrêté un scientifique licencié de son laboratoire et qui venait de commettre un vol, Superman le remet à la police et Clark Kent rejoint Lois Lane qui vient d'emboutir sa voiture. Tenant à ce véhicule qu'elle possédait depuis l'université, elle tente de se changer les idées en passant les fêtes chez des amis. Superman lui fait un touchant cadeau, plein d'à-propos, pour la consoler.

En revanche, les retrouvailles de Max Landis et Francis Manapul, après leur épisode dans la mini-série Superman : American Alien, est une vraie merveille. Le scénario tient à peu de choses mais possède un charme indéniable et surtout exploite superbement l'image de Superman, éternel bon samaritain, un peu moraliste, très philosophe, et généreux. Les dessins sont somptueux, évoquant parfois Will Eisner par leur force expressive mais sans emphase. Un pur bonheur.


- Atomic Knights : Silent Night (Dan Didio & Matthew Clark). Le Maire de Durvale alerte ses citoyens d'une attaque de trèfles mutants, menée par l'ancien chevalier atomique Javins. Les compagnons de ceux-ci refusent de le croire mais se préparent à l'assaut. En vérité, les plantes veulent sceller un accord de paix en se joignant pour Noël aux habitants de la cité ayant survécu à la guerre nucléaire.

Difficile de dire "non" au patron et donc Dan Didio a glissé son histoire dans les onze fables de ce numéro : le résultat est franchement quelconque, pas honteux ou indigne mais dispensable. Les dessins de Matthew Clark sont soignés. Voilà, voilà.



- Teen Titans : Holiday spirit (Shea Fontana & Otto Schmidt). San Francisco est attaquée par des spectres terrifiants mais les Teen Titans les font fuir. Starfire, qui ne comprend pas pourquoi les humains célèbrent Noël, s'éloigne lorsqu'elle repère un dernier esprit effrayant les civils et intervient pour le chasser avec le renfort de ses amis. Elle saisit alors ce que signifie l'esprit de cette fête.

L'argument est plutôt malin - jouer sur l'incompréhension culturelle de Starfire - mais il est faiblement développé par Shea Fontana, plus intéressée par l'action que par l'esprit de Noël pourtant convoqué dans le titre de son récit, qui se clôt de manière mièvre. Les dessins d'Otto Schmidt ont une fraîcheur certaine mais manque de consistance, à l'image de ce qu'ils doivent illustrer. Bof.


- Swamp Thing : The echo of the abyss (Scott Bryan Wilson & Nic Klein). Depuis six mois en quarantaine dans la station spatiale Archer, l'équipage n'a pas le coeur à fêter Noël comme le voudrait Ciampo car sur Terre la menace d'une guerre gronde. Démoralisé, il songe à se suicider mais la branche de gui qu'il a laissée tomber se transforme en la créature du marais et tente de le rassurer. A son réveil, incapable d'expliquer sa mésaventure, Ciampo a la bonne surprise de voir ses co-équipiers préparer la décoration d'un sapin.

Une surprise positive que ce récit mettant en scène de façon fugace la Swamp Thing dans un cadre inattendu : je n'avais rien lu de Scott Bryan Wilson auparavant mais il s'en sort très bien. Et il profite aussi de la contribution non négligeable d'un excellent dessinateur en la personne de Nic Klein (dont la série Drifter, écrite par Ivan Brandon, vient de s'achever chez Image), dont le style est bien inspiré par celui de Moebius et ses disciples franco-belges, comme Ralph Meyer. Epatant.


- Batman & Wonder Woman : Solstice (Greg Rucka & Bilquis Evely). Batman arrête un voleur à la tire une nuit tandis que Wonder Woman apporte de l'eau potable à des immigrés à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis. Leurs bonnes actions accomplies, ils se retrouvent pour célébrer le solstice d'hiver devant un feu de bois dont la lumière leur rappelle que celle-ci triomphe toujours.

En quelque sorte, la lettre d'adieu de Greg Rucka à sa chère Wonder Woman (dont il a laissé l'écriture depuis peu à James Robinson) qu'il associe à Batman dans une histoire soulignant, un peu pesamment, les différences symboliques : le protecteur de Gotham agissant la nuit, l'amazone intervenant le jour, tous deux s'accordant sur le fait que Superman contrairement à eux produit sa propre lumière. Pas très subtil mais divinement dessiné par la talentueuse Bilquis Evely, un talent que DC devrait plus exploiter (elle s'est exercée sur WW sans s'attarder).
  

- The Reminder (Part 2). Clark Kent, revigoré par les fables du barman, retrouve John Constantine dehors et pour lui remonter le moral l'invite à dîner chez lui, en famille. Suffisant pour apaiser le cynique détective de l'occulte ?

La chute, qui renoue avec l'introduction mettant en scène le duo Clark Kent-John Constantine, est savoureuse et referme ce consistant fascicule dont le bilan global est plus que satisfaisant. Dommage que Marvel n'imite pas son concurrent avec une publication semblable... A l'année prochaine pour un nouveau numéro !

dimanche 15 juillet 2012

Critique 337 : THE SPIRIT - BOOK TWO, de Darwyn Cooke

Will Eisner's The Spirit : Book Two rassemble les épisodes 7 à 13 de la série écrits et dessinés par Darwyn Cooke, publiés en 2007-2008 par DC Comics et Will Eisner Studios. Les épisodes 7 et 13 sont composés d'histoires courtes (8 pages chacune) écrites et dessinées par des invités, Cooke se contentant d'en signer les couvertures.
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- #7 : Summer Special.
* Harder than diamonds. Ecrit par Walter Simonson et dessiné par Chris Sprouse. Une jet-setteuse, Krystil Fullerite, de passage à Central City, est victime d'un vol de diamants. Un chauffeur de taxi est injustement accusé et le Spirit décide de prouver son innocence en surveillant cette mondaine aux fréquentations louches...

Pour ouvrir cet épisode spécial composé de trois "short stories", Walter Simonson (Thor) fait équipe avec Chris Sprouse (Tom Strong). L'intrigue est légère mais menée sur un bon rythme et joue sur les fausses apparences (la jet-setteuse arnaqueuse, le Spirit qui se fait passer pour un chauffeur). Au dessin, Sprouse livre une copie comme d'habitude très élégante, aux finitions soignées. De la belle ouvrage.

*Synchronicity. Ecrit par Jimmy Palmiotti et dessiné par Jordi Bernet. Par une journée caniculaire, le Spirit en poursuivant un voleur dans un immeuble déclenche une série de dégats qui vont bouleverser le quotidien des habitants (un veuf à la recherche des bijoux de son épouse, un couple dans le besoin, un autre menacé par un usurier, et une pulpeuse jeune femme qui bronzait sur le toit)...

Jimmy Palmiotti (Power Girl) et Jordi Bernet (Torpedo) sont habitués à travailler ensemble puisqu'ils ont signé plusieurs épisodes de Jonah Hex (série western à laquelle a également collaborée Darwyn Cooke). Ensemble, ils produisent ce segment alerte et surtout très drôle, dont la structure respecte l'unité de temps et de lieu, et où le Spirit n'est qu'un acteur parmi d'autres. Le dessin tonique de Bernet fait merveille. Jubilatoire.

* Hard cell. Ecrit et dessiné par Kyle Baker. Le Spirit, après le meurtre d'un homme lié à Maori, une riche pin-up, va questionner cette dernière. D'autres homicides, tous en rapport avec elle, se succèdent. Trop pour ne pas s'interroger sur son implication. La clé de l'énigme réside dans un téléphone portable...

Kyle Baker entraîne le Spirit dans une aventure très noire, mais le scénario est paresseux, poussif, autant que son dessin est sombre et, reconnaissons-le, d'une laideur indigne. A oublier vite.
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- #8 : Time Bomb. Octopus piège le Spirit puis l'agent de la CIA Silk Satin dans un édifice en plein centre ville où il a installé une bombe. Suite à un mauvais coup reçu, Silk Satin est amnésique et ne sait plus comment désamorcer l'explosif. Pendant ce temps, l'agent Stratford, partenaire de Satin, explique au commissaire Dolan et sa fille Ellen la procédure prévue en dernier recours si la bombe explose... 
Darwyn Cooke revient aux commandes de la série avec cet épisode, un des chefs-d'oeuvre de ce second tome dont la double-page 4-5 (ci-dessus) est un magnifique hommage aux jeux de lettrage qu'affectionnait Will Eisner (encore un morceau de bravoure de Jared Fletcher). L'essentiel de l'action se déroule en huis-clos et alimente une tension que nuance des passages oniriques et des dialogues plein d'humour entre "Mr Sexypants" et l'agent Satin. La chute est ironique et frappante...
Les dessins de Cooke, toujours encrés par J. Bone (comme depuis le début de son run), sont un modèle de storytelling, imprimant un rythme décapant au récit.
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- #9  : El Morte. Lors d'un transfert de prisonniers (parmi lesquels on retrouve le Cosaque), un sniper fait un carton et blesse le commissaire Dolan. Le Spirit affronte le tireur qui lui inflige une sévère correction. Qui est cet adversaire ? Un démon resurgi du passé du héros - et qui ne fait qu'entamer un terrifiant retour... 

Le retour de Silk Satin dans le précédent épisode indiquait que Cooke allait exploiter des éléments posés dans le premier tome. Avec le début de la vendetta d'El Morte, cette intention se confirme puisque le méchant n'est autre qu'Alvarro Mortez, revenu, comme le Spirit, d'entre les morts, mais sérieusement âbimé et déterminé à se venger de manière radicale et ample. Le héros est malmené comme jamais et la série prend un tour beaucoup plus sombre, dramatique.
Cette direction n'est pourtant pas une surprise au regard de l'oeuvre de Cooke, qui a souvent abordé des points noirs et violents dans ses oeuvres (la guerre et la "chasse aux sorcières" dans les 50's dans La Nouvelle Frontière, le grand banditisme dans Parker, le western baroque avec Jonah Hex...). Le résultat est encore plus saisissant grâce à son style graphique cartoony a priori opposé à ces humeurs plus brutales.
Mais c'est une totale réussite, riche en inventions esthétiques, notamment dans le traitement du flash-back revenant sur les origines d'El Morte, avec encore une fois une colorisation magistrale de Dave Stewart.
*
- #10 : Death by television. Qui en veut à plusieurs journalistes-animateurs de chaînes du cable au point de les éliminer les uns après les autres ? Le Spirit mène l'enquête, tout en devant à nouveau collaborer avec Ginger Coffee, la ravissante mais envahissante reporter qui figure peut-être dans l'agenda du tueur...

Cooke ramène cette fois-ci le personnage de Ginger Coffe, qu'il a créé et présenté dans le premier épisode de son run. L'enquête conduit le Spirit dans le milieu des "anchor-men", ces vedettes de talk-shows, bâteleurs et populistes, et manie l'humour noir et le suspense avec dextérité. Le tandem Spirit-Ginger est très efficace, et la révèlation du coupable plutôt étonnante.
Le graphisme se fait plus classique, presque sage, pour ce récit qui est sans doute le moins inspiré de ce second tome, mais Cooke emballe son affaire avec quand même beaucoup d'adresse.
*
- #11 : Day of the dead. L'heure du face-à-face final entre le Spirit et sa némésis El Morte a sonné. Une armée de zombies est aux portes de Central City et le héros, au coeur de la bataille contre un ennemi déjà mort, peut compter sur Ellen Dolan et un de ses ex-amants, Argonaut Bones, pour l'aider...

Cooke conclut son tryptique avec Alvarro Mortez/El Morte (vilain de sa création, qui aura été finalement davantage l'ennemi du Spirit qu'Octopus ou P'Gell, méchants "Eisner-iens") et pour l'occasion, met les petits plats dans les grands en faisant basculer la série dans le registre fantastique. Zombies, magie noire, ambiance de fin du monde : tout est réuni pour ce final baroque et explosif.
Il ajoute au casting Argonaut Bones (quel nom impayable) qu'il relie directement à Ellen Dolan (à qui il donne ainsi un passé sexuel, tout comme au Spirit). Ebony White et le commissaire mais aussi la mère diabolique de Mortez sont au rendez-vous de cet épisode qui tient toutes ses promesses et n'est pas avare en scènes spectaculaires (avec là encore, une extraordinaire double-page - ci-dessus - de présentation, au lettrage incomparable).
Le duel final est à la hauteur de l'attente, indécis, âpre. Cooke s'est déchaîné et a atteint sa cible.
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- #12 : Sand. Le meurtre d'Hussein (le fameux "arrangeur", apparu plusieurs fois dans le tome 1), va replonger le Spirit dans la tourmente. Mais cette fois, son enquête le bouleverse encore plus qu'à l'ordinaire car c'est son premier amour qui y est mêlé : l'ensorcelante Sand Saref, aux prises avec la maléfique Dr Vitriol et un inquiétant client convoîtant un poison...
Pour son dernier épisode, Darwyn Cooke a puisé directement à la source en s'inspirant de deux épisodes réalisés par Will Eisner (Sand Saref et Bring on Sand Saref) : l'histoire est imprégnée d'une mélancolie très touchante, traversée par des flash-backs sur l'enfance et la jeunesse du héros et de la première fille qu'il a aimée et qui a mal tournée.
La mission elle-même se déroule en une nuit, avec des ambiances envoûtantes sur les docks embrumés de Central City. Pour ces scènes-là, J. Bone encre Cooke. Mais pour l'évocation du passé, l'artiste assume tout, seul, et livre des planches splendides, aux découpages virtuoses, et avec des effets de tracé imitant intelligemment le propre trait d'Eisner (voir ci-dessous).
Un authentique chef-d'oeuvre !
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- #13 : Holiday Special.
*One Hundred ! Ecrit par Glen David Gold et dessiné par Eduardo Risso. Une bande de voleurs déguisés en Spirit ont dérobé des diamants mais quand le justicier de Central City les appréhende dans un zoo, leur butin atterrit dans la cage d'un tigre. Pour le récupérer, le commissaire Dolan sollicite une dresseuse dont le Spirit doute de l'honnêteté...

Sur cette trame minimaliste et savoureusement amorale, avec une chute malicieuse, Glen David Gold dispose d'un partenaire de premier plan en la personne d'Eduardo Risso, le dessinateur de la série 100 Bullets (écrite par Brian Azzarello).
Cet épisode est vraiment celui de cet artiste dont les planches somptueuses sont un régal pour les yeux, mixant des compositions subtiles et des jeux d'ombres et de lumières dignes de Frank Miller. Merveilleusement beau.

*Family treasure. Ecrit par Denny O'Neil et dessiné par Ty Templeton. Une vieille dame des quartiers pauvres est harcelée par des gredins qui veulent s'emparer du trésor de son défunt oncle. Le Spirit lui vient en aide... Mais l'argent récupéré fera tourner la tête de l'héritière.

Le légendaire Denny O'Neil, réputé pour ses scénarios dramatiques (Iron Man, Green Lantern & Green Arrow), s'offre ici une fantaisie acide dont la chute est très drôle. Le Spirit y est victime de sa bonté dans cette fable bien tournée.
Ty Templeton (qui, comme Darwyn Cooke, vient de l'animation) illustre ceci avec habileté, le récit se déroulant entièrement en une nuit, sous la pluie, en huit pages.

*The cold depths of the icicle heart. Ecrit par Gail Simone et dessiné par Phil Hester. Après s'être interposé entre le gang de Isolde "Ice" McQueen et un de ses débiteurs, le Spirit est assommé et jeté dans la baie gelée de Central City. Frappé d'amnésie, il se remet progressivement en vagabondant dans la ville jusqu'à ce que sa route croise à nouveau celle de ses agresseurs...

Gail Simone (Villains United) écrit la dernière histoire de volume sur le modèle des épisodes " 'Nuff said" : aucun dialogue, les textes sont remplacés par des illustrations résumant leur propos. L'intrigue est elle-même très efficace, avec le Spirit en fâcheuse posture par une froide nuit d'hiver, ce qui donne en plus une ambiance atypique. 
Phil Hester illustre ce segment avec une invention à la mesure du défi narratif : son style anguleux et cartoony est parfait pour ça (dommage qu'aujourd'hui cet artiste ait quasiment renoncé au dessin au profit d'un rôle d'auteur).
*
Ce second Livre est un complèment idéal au premier, développant des "plots", offrant son lot de morceaux de bravoure, confirmant l'immense talent de Darwyn Cooke. La présence des guest-stars ne gâche pas le vue, avec des chapitres savoureux et visuellement souvent superbes.
Dommage que ça n'ait pas duré plus longtemps (même si depuis le Spirit a eu droit à de nouvelles aventures).