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vendredi 22 décembre 2023

UNCANNY SPIDER-MAN #5, de Si Spurrier, Lee Garbett et Simone Buonfantino

 

C'est fini aussi pour Uncanny Spider-Man ! Cette mini-série, la plus improbable lancée au cours de Fall of X, s'est avérée une excellente surprise, d'abord parce que Si Spurrier a (enfin !) su écrire Diablo. Ensuite, visuellement, même si trois dessinateurs sont intervenus, le résultat m'a ravi. De qui espérer des jours meilleurs pour Kurt Wagner ?



Comment Diablo va-t-il sortir des griffes d'Orchis auquel l'a livrée Silver Sable ? Quid de Mystique ? Et le mutant téléporteur va-t-il devoir continuer à se cacher sous le masque de Spider-Man ? Enfin, qui est réellement la voix qui s'adresse à Kurt Wagner et lui apparaît à lui seul sous la forme d'un lutin qui lui ressemble ?


Bien entendu, comme hier avec Uncanny Avengers, je ne vais rien dévoiler d'essentiel sur le contenu de ce dernier épisode de Uncanny Spider-Man afin que vous puissiez, le moment venu de sa traduction en vf, profiter pleinement de cette histoire.


Non, je vais plutôt, comme hier avec Uncanny Avengers, m'attacher à examiner si Uncanny Spider-Man a été utile à Fall of X ou si ça n'a été qu'une mini-série un peu gadget. Car avec tous les titres satellites qu'a produits Marvel durant cette période, on a pu parfois s'interroger sur leur pertinence.


Comment dès lors déterminer la nécessité de telle mini-série ou telle autre ? La réponse est simple : qu'est-ce qu'elle a apporté à la situation s'ensemble. Au terme du Hellfire Gala 2023, Krakoa a été le théâtre d'un coup de force terrible de la part d'Orchis : des mutants ont disparu on-ne-sait-où en franchissant les portails désormais condamnés, d'autres ont réussi à prendre le maquis. Mais la vérité, c'est que les méchants ont gagné. L'ère de Krakoa est révolue.

Et il semble bien qu'une page soit amenée à se tourner définitivement dans les prochains mois. Au niveau éditorial, la gamme mutante va passer sous le contrôle de Tom Brevoort, un vétéran de Marvel, dans la maison depuis trente ans dont vingt-cinq à superviser la franchise Avengers. Exit donc Jordan White qui aura été l'autre tête pensante des X-Men depuis cinq ans et la révolution initiée par Jonathan Hickman. C'est un signal fort envoyé par l'éditeur que de placer Brevoort, une manière de dire que désormais les X-Men sont devenus une priorité.

Pourtant le chapitre suivant pour les mutants sera encore une initiative chapeauté par White avec les deux mini-séries Fall of the House of X et Rise of the Powers of X, qui paraîtront à raison d'un épisode chacune chaque mois (et non plus une de chaque chaque semaine comme initialement annoncé). Sachant qu'il y aura cinq épisodes de Fall... et Rise..., cela nous projette en Mai 2024. Durant cette période, on sait que certains titres réguliers vont s'arrêter définitivement (Immortal X-Men et X-Men Red qui s'achèvent ce mois-ci), d'autres se poursuivre (X-Men, X-Force, Wolverine). Mais surtout on vient d'apprendre, hier, que le vrai redémarrage aura lieu en Juillet 2024 avec le label X-Men : From the Ashes. C'est là que débutera vraiment la reprise en main par Brevoort. 

Revenons à Uncanny Spider-Man : pour résumer le fond de ma pensée, je dirai que Diablo a certainement été un des mutants les moins gâtés par le renouveau de Hickman. Pourtant ce dernier en avait fait un membre du conseil de Krakoa, le gouvernement de la Nation X, puis dans les pages de la série X-Men il ambitionnait visiblement d'en faire une sorte de guide spirituel de l'île et de sa communauté. Mais le scénariste a, on le sait, été empêché de beaucoup de choses par la pandémie, l'obligeant à revoir ses plans et finalement à abréger son run pour faire ses adieux à la franchise avec Inferno.

Le départ de Hickman, qui avait passé le relais sur X-Men à Gerry Duggan, a incité Marvel et White à réorganiser les titres de la gamme. De nouvelles plumes ont été sollicités, comme Al Ewing, Kieron Gillen (qui faisait en fait son retour) et Si Spurrier. Ce dernier a manifesté son intérêt pour Diablo et l'a employé comme personnage principal de Way of X (sans intérêt) puis Legion of X (encore pire). Ces titres me sont à chaque fois tombé des mains.

Je n'avais donc aucun espoir que cela s'améliore avec Uncanny Spider-Man dont je trouvais le pitch au minimum improbable. Dans la chronologie mutante, Diablo a quitté Krakoa avant le Hellfire Gala, s'étant rendu compte que le conseil de l'île s'était égaré en route et que son propre projet de fonder une sorte d'église était dans l'impasse. Si Spurrier avait déplacé Kurt Wagner à New York où, avec la permission de Spider-Man, il jouait au héros dans un costume proche du tisseur.

Les premiers épisodes laissaient dubitatif sur cette situation d'autant plus que les Sentinelles ne détectaient pas Diablo/Spider-Man, que ce dernier entendait une voix qui était visualisée sous la forme d'un Bamf blanc, et qui, traqué par Orchis, et le Wild Pack de Silver Sable, s'engageait dans une liaison avec la mercenaire. Pourtant, malgré tout ça, il y avait un charme fou dans cette histoire, surtout grâce à un changement de ton radical de la part de Spurrier, qui jouait enfin le jeu du super-héroïsme et embrassait la personnalité de Diablo dans ce qu'elle de plus séduisante et bondissante (sans négliger son vague à l'âme suite au carnage du Hellfire Gala et se sa propre crise existentielle).

Cinq épisodes plus tard, si Uncanny Spider-Man a apporté quelque chose à Fall of X, c'est surtout, d'une part, ce côté aventurier, mouvementé, très distrayant, mais aussi, d'autre part, et surtout, une remise en avant bien caractérisé du personnage de Diablo. Et dans cet ultime épisode, on le voit sauver un autre personnage maltraité par Orchis, ne pas renoncer à sa romance avec Silver Sable, et renouer avec sa mère, Mystique (via le one-shot X-Men Blue : Origins, paru entre les épisodes 4 et 5).

Tout est donc en place pour que Diablo retrouve une bonne place pour la suite (et la couverture du n°1 de Fall of the House of X ne laisse aucun doute à ce sujet). En même temps (et c'est le seul - très - petit  spoiler que je m'autorise ici), à la fin de X-Men : Red (épisode 18), Diablo se trouve dans une position très indélicate et inattendue. Comment interpréter ça ? On en saura certainement plus très vite là encore dans Fall of the House of X.

Visuellement aussi, Uncanny Spider-Man aura été un plaisir. Lee Garbett semble être né pour dessiner le personnage à qui il redonne un charme fou et un côté subtilement torturé mais pas trop démoniaque. On pourra juste regretter que l'artiste n'ait pas réalisé la totalité des cinq numéros mais il a été bien remplacé par Javier Pina, puis sur ce dernier épisode, il reçoit le renfort de Simone Buonfantino qui signe les pages 17 à 23 dans un style qui ne jure pas avec ce qui précède.

C'est donc un bilan très positif, surtout pour un projet dont je n'attendais rien, en tout cas rien de qualitatif. Diablo reste mon X-man favori et je lui souhaite d'être bien traité dans le futur.

vendredi 1 décembre 2023

X-MEN BLUE : ORIGINS #1, de Si Spurrier, Marcus To et Wilton Santos


X-Men Blue : Origins est un one-shot avec une grande ambition. Si Spurrier entend bien avec ce numéro d'une quarantaine de pages livrer les origines définitives de Kurt Wagner/Diablo. Pour cela, il a recours à la continuité rétroactive mais l'utilise sagement. Au dessin, Marcus To assure l'essentiel des planches soutenu par Wilton Santos.


Sous son masque de Spider-Man, Diablo a trouvé une nouvelle fois Mystique dans un état de grande confusion, cherchant son bébé. Il la pousse dans ses retranchements et elle se remémore son passé auprès de Destinée, Azazel et Christian Wagner pour se rappeler enfin et se reprendre...


Tout d'abord, contextualisons ce one-shot : dans Uncanny Spider-Man #4, paru le 22 Novembre dernier, Diablo avant d'être capturé par le Wild Pack de Silver Sable localisait Mystique dans Central Park. Depuis qu'il s'est établi à New York et après le Hellfire Gala, il a eu l'occasion de la croiser à de nombreuses reprises.


Et il a pu se rendre compte qu'elle n'avait visiblement plus toute sa tête. Revêtant l'apparence d'une clocharde, cherchant son bébé, elle était sujette à des accès de violence imprévisibles et fuyait Diablo qu'elle ne reconnaissait pas sous son nouveau costume parce qu'il était également masqué.


De son côté, Kurt Wagner avait fort à faire : traqué par Orchis mais échappant inexplicablement aux Sentinelles déployées par l'organisation anti-mutante, entendant la voix d'un lutin qui le narguait, il avait entamé une liaison avec la mercenaire lancée à ses trousses, Silver Sable.

Dans Uncanny Spider-Man #4, avant de rejoindre Silver Sable pour un rendez-vous, il trouvait une fois encore mystique en route et entreprenait cette fois de l'apaiser. Une discussions s'ensuivait dont la teneur nous était inconnue. X-Men Blue : Origins nous la dévoile.

Les origines de Diablo n'ont jamais été définitivement établies. Dave Cockrum, le créateur du personnage, voulut d'abord en faire un membre de la Légion des Super Héros pour DC mais l'editor du titre refusa, prétextant que son apparence était trop effrayante. Quand Cockrum fit ses valises pour les poser chez Marvel et participa à Giant-Size X-Men en 1975 avec le scénariste Len Wein, ce qu'on appelle depuis la deuxième génération des X-Men, il recycla bon nombre de characters designs prévus pour la Légion des Super Héros, dont celui de Diablo.

Diablo était le personnage favori de Cockrum. Il l'inventa en racontant une histoire pour faire dormir sa fille puis chercha ensuite à en faire le héros d'une série baptisé The Intruder sur un personnage anticipant le Punisher traquant le mal aux côtés d'un démon. Le projet n'aboutit jamais mais Cockrum continua de penser à ce personnage en l'adoucissant, en prenant pour modèle Erroll Flynn et les héros de films de pirates et de cape et d'épée dont il était fan. A partir de là, Diablo devient moins un démon qu'une créature bondissante sous un physique inquiétant.

Malheureusement, quand Cockrum collabora avec Chris Claremont, il vit Diablo être relégué au second plan des X-Men, éclipsé d'abord par Colossus, puis Wolverine. Le griffu canadien acquit une notoriété énorme ensuite grâce à John Byrne, qui succéda à Cockrum sur le titre, car l'artiste avait grandi au Canada comme le mutant. Pire : Claremont fit ensuite de Kurt Wagner un mutant très religieux, ce que détesta Cockrum. La suite de la carrière du fuzzy elf ne dut pas soulager son créateur. Jusqu'à ce Claremont avec Alan Davis lui rendirent sa fantaisie initiale dans Excalibur.

Et, au terme du run de Davis, devenu scénariste et dessinateur de la série, Diablo devait prendre une nouvelle dimension. Claremont et Davis ambitionnaient de réaliser un graphic novel, Excalibur Genesis, dans lequel serait établi les origines définitives de Kurt Wagner.


Mais, alors que Marvel annonça le projet avec l'image ci-dessus, il ne vit pourtant, inexplicablement, jamais le jour. Excalibur passa entre d'autres mains. De quoi nourrir bien des regrets...

Aujourd'hui, donc, Si Spurrier relève le défi de raconter les origines de Diablo : il a manifesté un intérêt insistant pour le personnage depuis qu'il a intégré la X-team de Marvel - suffisant apparemment pour que l'éditeur le laisse faire.

En vérité, Spurrier procède indirectement. Au lieu d'une longue confession de Diablo, c'est à une évocation de son passé par Mystique qu'on a droit. C'est là que Spurrier comble les blancs. Je ne veux pas spoiler mais il s'en sort très bien. On a droit à une retcon intelligente, qui a surtout le mérite de tout poser sur la table et de démêler ce qu'on sait, ce qu'on croyait savoir, ce qu'on supposait, ce qui embarrassait bien des fans.

Spurrier convoque par exemple Azazel, ce démon qu'on a longtemps donné comme le père naturel de Diablo, et l'évacue avec efficacité. Destinée est aussi un élément important de cette biographie et sur ce point, le scénariste s'en sert admirablement. Il lie dans la dernière partie de l'épisode tout cela à Malicia, fille adoptive de Mystique et Destinée, mais aussi à Charles Xavier, qui joue un rôle éminent dans l'affaire.

Ce qui est certain, c'est qu'après avoir lu ce one-shot, vous ne regardez plus jamais Rebecca Romijn...


... ni Jennifer Lawrence dans les films X-Men de la Fox du même oeil !


Et sur ce point, c'est très raccord avec ce que désirait Claremont, mais dont ne voulut pas entendre l'équipe éditoriale quand il en parla...

J'aurai adoré que Francis Manapul ne se contente pas de dessiner la couverture, mais ce one-shot est très agréablement dessiné. Wilton Santos s'occupe des planches 1 à 6 et 10 à 18 : son travail est correct, bien que souffrant parfois de maladresses. Heureusement, le reste, c'est-à-dire la majorité est illustré par Marcus To, dont j'ai toujours apprécié le trait, élégant, et là, en revanche, rien à redire : c'est très classe, expressif, découpé avec fluidité, s'appropriant les personnages avec maîtrise.

Je n'avais pas d'attente particulière concernant ce projet. J'espérai juste qu'on n'ait pas droit à du rafistolage grossier, ou une retcon trop radicale. Si Spurrier livre un récit mesuré, subtil, audacieux sur certains points, une synthèse remarquable, qui prouve qu'il est arrivé à saisir les enjeux de ce projet et la personnalité des protagonistes. Il lui reste à conclure en beauté Uncanny Spider-Man et, pour les fans de Diablo comme moi, espérer qu'on le reverra en première ligne et aussi bien traité dans un proche avenir.

BONUS :


La magnifique variant cover de Russell Dauterman.

vendredi 24 novembre 2023

UNCANNY SPIDER-MAN #4, de Si Spurrier et Lee Garbett


A peine deux semaines après la parution du n°3, Uncanny Spider-Man #4 est déjà disponible. On ne va pas s'en plaindre, même s'il faudra que fin Décembre ce sera le début de la fin de Fall of X et de de toutes ses (mini) séries. Si Spurrier et Lee Garbett (de retour après le fill-in de Javier Pina) déliassent un peu le côté fun de leur héros pour l'entraîner vers la fin de son aventure... Mais aussi le récit de ses origines...


Silver Sable explique à Kurt Wagner qu'elle ne va plus pouvoir longtemps dissimuler leur liaison à Orchis qui, via la Vautour et ses chasseurs cybernétiques, se doutent de quelque chose. Pour Diablo, la situation devient de plus en plus délicate avec Mystique qu'il oblige à avoir une discussion...
 

Le 3 Janvier 2024 débutera Fall of the House of X (et, une semaine après, Rise of the Powers of X, son pendant futuriste - à la manière de HoX/PoX). Cela marquera le début de la fin de Fall of X. Il faut donc que d'ici fin Décembre tous les jouets soient ramassés - traduisez : que toutes les mini-séries lancées pour Fall of X soient conclues.


C'est ce qui explique qu'il n'ait fallu attendre que quinze jours entre les épisodes 3 et 4 de Uncanny Spider-Man. Mais ce n'est pas toute l'actualité qui attend Diablo pour ce mois de Novembre puisque, pas plus tard que la semaine prochaine, sortira X-Men Blue Origins, également écrit par Si Spurrier.


Si je mentionne ce titre annexe, c'est parce qu'au centre de Uncanny Spider-Man, on trouve une scène qui sert de prologue à X-Men Blue Origins. Kurt Wagner y retrouve Mystique, toujours aussi confuse mentalement, pour avoir une discussion entre quatre yeux : le contenu de leur échange sera celui de X-Men Blue Origins et devrait dévoiler les origines (définitives) de Diablo.

Pour l'heure, Uncanny Spider-Man continue de présenter Kurt Wagner sous son nouvel alias et dans sa nouvelle vie. Cet épisode est empreint d'une gravité nouvelle : Silver Sable ne peut plus gagner de temps, un de ses mercenaires sait pour elle et Kurt, et les chasseurs du Vautour (des mutants capturés par Orchis et domptés par la cyber-technologie de Warlock) sentent qu'elle cache des choses. Va-t-elle le trahir et le livrer à ses employeurs ?

Kurt doit également courir après Mystique, toujours dans un état mental très confus, tout en refusant toujours de rallier la résistance mutante (mutants avec qui il ne veut plus rien avoir à faire depuis son départ de Krakoa, avant le Hellfire Gala, car il estime que la cause de la Nation X est perdue, que Krakoa n'a fait qu'empirer les choses, et qu'il ne veut plus supporter ce fardeau).

Même si le côté fun et un peu horny de la série était très plaisant, prouvant enfin que Si Spurrier savait traiter le personnage sans en faire le curé des X-Men, ce virage est bienvenu car opportun, justifié. Il y a certes de la légèreté chez Diablo, un aspect séducteur et bondissant, mais aussi une forme de drame, puisque, comme je le disais dans la critique du premier épisode, il se distingue de beaucoup de mutants (en tout cas de ceux qui fondèrent la deuxième génération des X-Men) par son aspect physique et son histoire.

Diablo a l'air d'un démon et a échappé de justesse à un lynchage lorsque le Prof. X l'a découvert. La première scène de cet épisode y fait d'ailleurs écho lorsque Kurt assiste au lynchage d'un humain qu'une foule hystérique prend pour un mutant. Mais il refuse d'intervenir jusqu'à ce que Spider-Man s'en charge et soit à son tour menacé. Ce n'est pas par détachement complet, ni résignation qu'il se comporte ainsi, mais bien comme on le voit plus loin, alors qu'il est avec Silver Sable parce qu'il est à bout, excédé, fatigué.

La série, on le comprend alors parfaitement, est celle d'un personnage qui est écrasé par ce que la vie a fait de lui : Diablo ne s'appartient plus depuis longtemps. Il a été un X-man, un ami, un amant, il a été mort, il est revenu de l'au-delà, il a voulu bâtir une religion sur Krakoa, il a été membre du Conseil de Krakoa... Mais tout ça l'a éloigné de ce qu'il était et de ce qu'il aime. Ses amis sont loin et dispersés, le rêve de Xavier s'est (encore une fois) cassé la figure. Il a dû changer d'alias pour rejouer au héros bondissant et insouciant. Mais même là, il est rattrapé par les problèmes, notamment par Mystique.

Spurrier réussit brillamment à nous faire ressentir le ras-le-bol du personnage, ce sentiment de défaite, de débâcle qui l'étreignent. La fin de l'épisode est particulièrement poignante mais attraper un téléporteur ne signifie pas le tenir pour de bon et quelque chose me dit que la discussion avec Mystique va impacter le dernier épisode, le mois prochain. (Et les plus curieux et impatients n'auront qu'à chercher la couverture de Fall of the House of X #1 pour en savoir plus sur Diablo...)

Si Javier Pina l'a superbement remplacé dans le précédent numéro, on est quand même heureux de retrouver Lee Garbett pour celui-ci et le prochain. Je l'ai dit et je le redis mais il dessine Diablo tel que je l'aime. Même sous son costume et le masque de Spider-Man (même si, heureusement, il ne le porte pas trop), c'est bien la création de Dave Cockrum qu'on retrouve et, à part Alan Davis, Paul Smith ou Ed McGuinness, il a rarement été aussi bien servi ces derniers temps.

Garbett fait preuve de beaucoup d'adresse dans sa narration, avec une grande variété dans le découpage, un souci constant pour dynamiser le récit, maintenir le lecteur en alerte, ce qui colle parfaitement avec ce que fait traverser Spurrier à Diablo, sorte de fugitif indétectable mais jouant constamment avec le feu (du fait de sa liaison avec Silver Sable et des apparitions imprévisibles des Sentinelles ou des Chasseurs du Vautour).

Décidément, cette mini a eu bien du mérite et pour les fans de l'elfe des X-Men, c'est un régal.

jeudi 9 novembre 2023

UNCANNY SPIDER-MAN #3, de Si Spurrier et Javier Pina


Ce troisième numéro (sur cinq) de Uncanny Spider-Man est toujours aussi bon que les précédents. Cette mini-série est un pur bonheur à suivre. Si Spurrier développe son intrigue ave beaucoup de rythme et d'humour, tout en laissant place à des moments dramatiques et intenses. Ce mois-ci, Javier Pina, toujours excellent, remplace Lee Garbett au dessin.
 

Nimrod est furieux après le Vautour qui a engagé le Wild Pack de Silver Sable pour capturer ce nouveau Spider-Man téléporteur. Ils ignorent tous deux qu'il s'agit de Diablo et surtout que lui et Silver Sable sont devenus amants. Mais quand Diablo va retrouver Mystique, il va tomber sur des traqueurs familiers.


Je ne lis plus Spider-Man depuis un bail, et d'après ce qu'on m'en dit, j'ai bien raison car que ce soit Nick Spencer et Ryan Ottley ou actuellement Zeb Wells et John Romita Jr., le niveau est lamentable. Par contre, ça fait trois mois qu'a débuté Uncanny Spider-Man et c'est un plaisir chaque fois renouvelé.


A bien des égards, c'est là une synthèse inattendue mais bienvenue entre ce qu'on peut préférer chez le tisseur mais avec Kurt Wagner sous le masque. Alors, oui, bien sûr, il faut accepter le fait que pas grand-monde ne semble ici se douter qu'un type déguisé en Spidey, qui a une queue préhensible, des oreilles pointues sous le masque et se téléporte, ne leur évoque Diablo...
 

... Mais si on joue le jeu, alors, c'est effectivement jubilatoire. Si Spurrier réussit en somme à écrire du Spider-Man mieux que ceux qui écrivent le vraie série de Spider-Man !

Et en prime il se sert abondamment dans ce qui compose dans ce qui forme l'univers du tisseur. Dans les précédents épisodes, on a vu le Vautour (désormais au service d'Orchis), le Rhino, l'Epée et surtout Silver Sable. Au sujet de cette dernière, Spurrier a imaginé une sorte d'intrigue secondaire qui pimente sacrément l'histoire principale.

Car on apprend dans ce troisième épisode que Silver Sable et Kurt Wagner sont devenus amants. Lorsqu'il l'interroge sur leur liaison, elle affirme pourtant que ce n'est que pour le fun. Quand il la questionne sur la tentation de profiter de leurs moments intimes pour le piéger, elle reconnaît y avoir pensé mais si elle doit le capturer, ce sera selon ses termes, à la loyale en quelque sorte, dans l'exercice de ses fonctions.

Il y a une forme de malice assez réjouissante dans cette manière de décrire cette relation où aucun des deux n'est dupe. Mais surtout Spurrier en profite pour décaler le centre névralgique de son récit : si le danger ne vient plus principalement, directement de Silver Sable, il viendra d'autre part. Et c'est remarquablement pensé car cela maintient le lecteur et le héros en éveil.

Et c'est ensuite qu'on comprend exactement la nature des travaux menés par le Vautour pour Orchis. Je ne vous en dis pas plus, mais tout est lié, de fort belle manière avec les compétences du Vautour et celles d'Orchis. On renoue avec les thèmes initiaux qu'avait établis Jonathan Hickman quand il avait repensé l'univers mutant, avec la lutte non plus des humains et des mutants mais de mutants et des machines.

Spurrier développe aussi la ligne narrative concernant Mystique devenue amnésique et errant à la recherche de son enfant, ne reconnaissant pas Kurt sous son masque mais surtout étant profondément traumatisée depuis les événements du Hellfire Gala. Cette partie-là est presque plus convenue puisqu'on sent bien que le scénariste va préparer le retour de Raven Darkholme et surtout le titre X-Men Blue Origins (à paraître à la fin de ce mois et où sera révélée la véritable origine de Diablo - une arlésienne puisque déjà, à la fin des années 80, Chris Claremont et Alan Davis avaient prévu de la raconter dans un récit, Excalibur Genesis, hélas ! annulé).

Surprise : ce numéro n'est pas dessiné par Lee Garbett. Ce n'est qu'une hypothèse que je soulève mais je pense que cela a à voir avec le nouvel éditeur DSTLRY pour lequel il a déjà livré ses premières planches (parus dans un n° spécial présentant leurs premiers titres). Les indés n'hésitent plus maintenant à signer en exclusivité des auteurs et artistes en quête de renouveau et donc Garbett risque bien de signer sa dernière série pour Marvel avec Uncanny Spider-Man.

A sa place, on a donc Javier Pina, et ma foi, je ne peux qu'être ravi car j'adore ce dessinateur, bien qu'il soit trop sous-utilisé par Marvel. Il signe de magnifiques planches et s'il n'a pas le même trait que Garbett, il a la même énergie. Il anime Diablo avec un respect total pour le personnage et ce qui en est fait ici.

Pina fait vraiment partie des artistes qui mériteraient plus de considération de la part de Marvel, surtout quand on voit le niveau des "stormbreakers" qui sont placés sur des séries en vue et qui sont très loin d'avoir une aussi bonne technique et une aussi bonne narration graphique. Je dis ça, je dis rien.

Par contre si je vous dis de lire Uncanny Spider-Man, maintenant ou quand Panini le traduira, il faut me faire confiance. 

samedi 28 octobre 2023

UNCANNY SPIDER-MAN #2, de Si Spurrier et Lee Garbett


Il y a des semaines comme ça où on lit des comics qui vous plaisent beaucoup, qui sont effectivement très bons, très efficaces. Et puis il y en a un qui se détache lot, pas forcément parce que c'est le meilleur mais parce que c'est celui qui vous a procuré ce plaisir particulier : c'est le cas de Uncanny Spider-Man #2, de Si Spurrier et Lee Garbett.


A peine a-t-il retrouvé Mystique qui lui file entre les doigts que Kurt Wagner/Diablo est pourchassé par le Rhino puis le Wild Pack de Silver Sable qui le démasque et veut le livrer à Orchis. Mais le mutant a plus d'un tour dans son sac : il n'est jamais aisé de capturer un téléporteur !


Je vais me répéter un peu pour commencer mais je ne croyais guère à Uncanny Spider-Man : son postulat improbable, son scénariste qui me hérissait et qui avait maltraité mon mutant favori, la plus-value supposée à Fall of X... Et puis, après avoir lu le premier épisode...


... J'ai bien vu qu'il y avait quelque chose qui se passait avec cette mini-série. D'abord parce que Si Spurrier changeait complètement son fusil d'épaule et après avoir fait tant de misères à Diablo, se mettait à l'écrire tel qu'il devrait toujours l'être : charmeur, bondissant, comme Dave Cockrum l'avait imaginé.


Ensuite parce qu'au dessin Lee Garbett, en qui j'avais davantage confiance, s'emparait du personnage avec beaucoup de classe, lui aussi s'inscrivant dans les pas de Cockrum, respectant Diablo, produisant de superbes planches.

Toutes ces impressions sont confirmées dans ce deuxième épisode. Mieux même : ce deuxième épisode est encore supérieur au premier. On entre dans le vif du sujet après l'exposition et on assiste à une succession de scènes jubilatoires, il n'y a rien à jeter.

Pourtant, ça démarre de manière surprenante puisque Diablo vient de retrouver Mystique. Celle-ci n'a plus toute sa tête : elle a pris l'apparence d'une clocharde et ne le reconnaît pas, ses souvenirs du massacre lors du Hellfire Gala ont l'air de l'avoir considérablement perturbée. Et après avoir violemment écarté son fils, elle s'enfuit et le sème.

Tout aussi étonnante est la scène suivante où Diablo croise l'Epée (de Cloak & Dagger) qui lui explique s'être une nouvelle fois brouillée avec la Cape mais qui craint qu'il soit arrêté par Orchis en étant assimilé à un mutant. Diablo promet à l'Epée de veiller et de la prévenir s'il le rencontre. 

C'est alors que, sans prévenir, tout s'emballe : le Rhino charge et c'est le début d'une longue séquence d'action qui va occuper le reste de l'épisode (qui donc se déroule en temps réel). Bientôt le Wild Pack se déploie puis Silver Sable piège Diablo, mais tout va dégénérer...

Si Spurrier ne laisse pas un instant de répit au lecteur, encore moins à son héros. Comme le Vautour dans l'épisode précédent, le Rhino travaille désormais pour Orchis mais il n'est pas maître de lui-même. Un dispositif piloté par le Dr. Travers est censé diriger ses attaques mais se dérègle et va sérieusement compliquer la tâche de Silver Sable et de sa bande de mercenaires.

Et en vérité, à partir de ce moment-là, la situation est au mieux résumé par cette image :

Variant cover de Lee Garbett.

Je n'ai rien contre la regular cover de Tony Daniel (voir début de l'article) mais pourquoi diable Marvel n'a-t-il pas utilisé directement celle-ci, par Lee Garbett, l'artiste de la série ? Sa composition est classe, le dessin est superbe, et elle concentre l'essentiel du propos de l'épisode.

Car oui, Kurt va charmer Silver Sable après l'avoir sauvée. Ou plus exactement elle tombe sous son charme sans qu'il l'ait cherché. Cela donne lieu à un moment suspendu où les deux antagonistes semblent ne pas en revenir de ce qui leur arrive. Il y a de quoi.

N'empêche, c'est ce qui m'a fait jubiler à la lecture car Diablo a, quand il est bien écrit, toujours été ce charmeur, presque malgré lui, mais souvent qui n'hésite pas à provoquer la chance. Parce qu'il ressemble à un démon, il fiche d'abord les chocottes, mais son bon coeur, son humour, font qu'on ne lui résiste pas longtemps. Et il a tombé quelques belles filles : Amanda Sefton, Tornade, Rachel Summers (et sur celle-ci, quelle connerie d'en avoir la maîtresse de Betsy Braddock ! D'où ça sort, ça ? Quelle mouche a piqué Tini Howard et Marvel ? Non seulement, Betsy et Rachel n'ont jamais été très proches mais surtout Rachel a toujours eu le béguin pour Kurt. C'est aussi stupide que d'avoir fait de Bobby Drake/Iceberg un gay.).

Alors que Kurt trouble Silver Sable, c'est à la fois drôle et logique. Et ça ouvre des portes pour la suite de cette mini-série. Lee Garbett produit des pages extras où le pouvoir de Diablo est impeccablement mis en valeur. Le découpage est très dynamique, varié, épousant l'action très présente tout au long du numéro.

Et Si Spurrier se rachète de toutes les absurdités qu'il a commises avec Kurt, comme s'il avait enfin compris que l'écrire contre-nature était un gâchis. Plus de dialogues ronflants, d'intrigues à la mords-moi-le-noeud. Même pas une référence à la religion (car là aussi, écrire Diablo comme le curé des X-Men, ce n'est pas ce que Coclrum voulait). Merci.

Ah, quel kif !

vendredi 22 septembre 2023

UNCANNY SPIDER-MAN #1, de Si Spurrier et Lee Garbett

 

Encore un n°1 d'une mini-série attaché à Fall of X : Uncanny Spider-Man est sans doute le plus inattendu des tie-in à ce nouveau statu quo. Bien qu'il soit écrit par un scénariste dont je n'apprécie guère le travail sur les mutants, Si Spurrier, j'ai cédé à la curiosité car je suis un grand fan de Diablo et du dessinateur Lee Garbett. Et le résultat est somme toute très plaisant. 



Kurt Wagner/Diablo a quitté Krakoa avant le massacre commis sur l'île par Orchis durant le Hellfire Gala. Il a posé ses valises à New York où il tente de faire le bien sous un costume prêté par Spider-Man, tout en échappant aux Sentinelles Stark. Mais pourquoi ne le remarque-t-elle pas ? 


D'abord, il faut que je vous parle de Kurt Wagner alias Diablo (Nightcrawler en vo). Tous les fans de longue date des X-Men ont leur mutant favori dans l'équipe recréé par Len Wein et Dave Cockrum en 1975. Moi, c'est Diablo, et ce, depuis toujours (même si, comme tout le monde, je trouvais aussi Wolverine tellement cool au début).


Pourquoi j'aime tant Diablo ? Parce que, sans doute, il se distinguait naturellement dans l'équipe : tous avaient l'air normal (quand ils n'utilisaient pas leurs pouvoirs du moins), mais Diablo, lui, c'était différent : avec sa peau bleue, ses oreilles pointues, sa queue dans le bas du dos, sa capacité à se téléporter dans une odeur de soufre accompagnée de l'onomatopée "Bamf !", il ne ressemblait à aucun autre.


Et puis Diablo, c'était vraiment la créature de Dave Cockrum, son double. Il l'avait créé d'abord pour une histoire qu'il racontait à ses enfants, en l'imaginant comme un vrai démon qui suivait une sorte de proto-Punisher appelé the Intruder. Puis il l'a designé et l'a proposé à DC pour intégrer les rangs de la Légion des Super-Héros, mais l'éditeur le jugeant trop effrayant l'écarta.

Du coup, quand Cockrum arriva sur Uncanny X-Men et designa les nouveaux mutants de l'équipe (Tornade, Colossus, Thunderbird/l'Epervier), il plaça Diablo sans difficulté même si Wein ne développa pas tellement ce drôle de personnage. Cockrum expliqua ensuite à Claremont qu'il l'imaginait comme une sorte de croisement entre un démon et Erroll Flynn, d'ailleurs c'était un fan de films de cape et d'épée comme sa créature.

Claremont, par la suite, donna à Diablo une caractérisation plus religieuse, ce qui déplut à Cockrum sans qu'il puisse y faire grand-chose - jusqu'à ce que Marvel lui accorde le droit d'écrire et dessiner une mini-série en 1985 où il put rendre à son héros sa personnalité... Même si ce ne fut qu'un intermède. Claremont, pourtant, aimait Diablo qu'il intégra à Excalibur et Alan Davis le conserva quand il en devint le scénariste et artiste.

Depuis le début de l'âge de Krakoa, pourtant, Diablo a été bien mal traité : si Jonathan Hickman, dans House of X 4 et 6 sut l'utiliser à la fois comme Cockrum puis en fit carrément un membre du conseil de Krakoa, la suite ne fut pas aussi heureuse : l'architecte de la franchise revient à un Kurt Wagner travaillé par la religion et désireux d'inventer un culte krakoan. Puis Si Spurrier s'en empara dans Way of X et Legion of X en soulignant encore plus cet aspect. Au passage, ce personnage dont le design est parfait a été relooké de nombreuses fois de manière désastreuse mais durant l'ère krakoane, ce fut encore pire puisqu'il ne portait plus de costume mais une sorte de manteau sans manche, informe.

Avec tout ça en tête, j'étais très curieux de ce Uncanny Spider-Man qui montrer Diablo déguisé en Spider-Man après avoir quitté Krakoa avant le Hellfire Gala 2023 pour se poser à New York. L'idée avait quelque chose de tellement saugrenue que je me suis que Spurrier en voulait vraiment à mon mutant favori...

Mais ce premier épisode (sur cinq) s'avère entraînant. Certes le pitch est déconcertant et le scénariste se joue du lecteur en mettant en scène Diablo dans un rôle de justicier mais que les Sentinelles échouent à localiser et identifier. C'est particulièrement cocasse quand on sait que Diablo est un des plus anciens et plus connus des membres des X-Men, que son pouvoir se manifeste de manière unique et que son aspect est reconnaissable entre mille. Je suis très curieux de voir comment Spurrier va justifier ça.

Spurrier fait référence de manière rapide aux derniers événements survenus dans Legion of X où Diablo s'est transformé en démon cornu et sauvage, mais cela ne nuit pas à la compréhension car le récit y fait uniquement référence pour expliquer que Diablo embrasse sa nouvelle carrière pour se racheter de cette mauvaise passe. Le côté religieux n'est pas trop appuyé, ce qui est un soulagement.

On a droit à quelques rebondissements habiles et accrocheurs comme ce qu'il est advenu de Mystique (la mère de Diablo, rappelons-le) et avec l'apparition du Vautour, désormais à la solde d'Orchis (pour qui il tente de faire de mutants capturés par l'organisation des chasseurs de mutants), ou encore d'une fameuse mercenaire, ennemie de Spider-Man, recrutée pour débusquer ce wallcrawler téléporteur à la queue fourchue.

Surtout, Marvel a eu la bonne idée de confier le dessin de cette mini à Lee Garbett, un artiste que j'apprécie beaucoup depuis Skyward (et malgré l'échec de son autre creator-owned prometteur, Shadecraft). En vérité, je ne pouvais espérer mieux actuellement pour illustrer une histoire avec Diablo.

Certains dessinent l'elfe bleu comme un démon aux dents pointues, trop inquiétant. Or, pour moi, la version de Cockrum reste la référence : Diablo est un personnage bondissant et sympathique, qui peut effrayer au premier abord (c'est l'effet qu'il faisait à Kitty Pryde quand elle apparut), mais qui est aussi doté d'un vrai charme (il a souvent été très proche de Tornade et a vécu une romance avec Rachel Summers - stupidement effacée depuis qu'on a fait d'elle une lesbienne en couple avec Betsy Braddock, et je dis ça sans homophobie, juste que ça n'a ni queue ni tête en tenant compte de l'histoire de Rachel et de Betsy).

Et c'est précisément ce que réussit à saisir Garbett : Diablo est beau, il est virevoltant, un peu torturé aussi, mais c'est le Diablo de Cockrum, de Davis aussi, qu'on retrouve. Le comble, c'est qu'en définitive, Garbett réussit à faire de Diablo plus Diablo que jamais et même plus Spider-Man que Spider-Man, avec de l'humour, de l'agilité, quelque chose qu'on a du mal à voir actuellement avec le tisseur. On se dit que Uncanny Spider-Man, c'est un mash-up détonant mais convaincant. Même si j'espère qu'à l'issue de Fall of X, on retrouvera Diablo tout court, dans son costume, avec la caractérisation de Cockrum, dans une série où il aura un beau rôle, avec un artiste doué et un scénariste qui ne le maltraite plus.

Bref, c'est totalement improbable, mais c'est réussi.

Variant cover de Lee Garbett.

lundi 4 juillet 2022

SAISON DE SANG (STEP BY BLOODY STEP), de Si Spurrier et Matias Bergara


Comme chaque Lundi, je vous propose la critique d'une série qui n'est pas publiée par les "Big Two" (Marvel et Dc), pour aller voir ailleurs, goûter à autre chose que les aventures des super-héros. Et cette semaine, j'ai choisi d'attirer votre attention sur une sortie récente, celle de Saison de Sang, chez Dupuis. Cette mini en quatre numéros, écrite par Si Spurrier et dessinée par Matias Bergara sort chez nous avant les Etats-Unis, et c'est vraiment une expérience à ne pas manquer.


Un géant en armure et une petite fille traversent des territoires enneigés. Le danger est omniprésent dans ces contrées à cause du climat rude mais aussi de la faune monstrueuse qu'on y croise. La fillette tente parfois d'échapper à la vigilance de son protecteur pour revenir sur leurs pas mais alors des vents contraires lui barrent le chemin. Ils atteignent une vallée où à nouveau une créature effrayante attaque. Le géant la tue à proximité d'un village. La fillette légérement blessée verse un peu de son sang qui ravive la végétation. Après le départ des étrangers, deux officiers embarquent une famille pour qu'elle les guide sur la trace du géant et de la fillette...
 

L'été succède à l'hiver et la fillette est à présent une adolescente. Curieuse et farouche, elle continue de vouloir semer le géant et, ainsi, découvre un village pilonné par des vaisseaux. Leur fuite ne passe pas inaperçue et le Prince est informé. Ayant atteint une plage, le géant construit un radeau pour l'adolescente. Le Prince tend un traquenard au tandem en utilisant des indigènes comme appât. Mais le géant et sa protégée s'en tirent et s'enfoncent dans une forêt...


Le père de la famille embarquée par l'armée aborde l'adolescente devenue une jeune femme pour l'inviter dans la forteresse du Prince. Elle en profite pour, enfin, se détacher du géant et se laisse griser par la fête qui est donnée en son honneur. Dehors, des barbares s'apprêtent à donner l'assaut et pour se débarrasser d'euxn et du géant, le Prince a conçu un plan machiavélique...


Le géant détruit sous les bombes, la jeune femme, effondrée, repart en trainant derrière elle une des mains gigantesques de son ancien protecteur. Elle atteint une grotte à l'intérieur de laquelle elle trouve une stèle sur laquelle sont gravées les étapes de son périple. Munie de la main gigantesque, elle revient sur ses pas, affrontant les vents contraires qui cherchent à la stopper, dans l'espoir de corriger ce qu'elle a commis...

Sous le titre Step by Bloody Step, Si Spurrier et Matias Bergara ont sorti les quatre numéros d'une cinquantaine de pages chacun de cette mini-série, publiée depuis le début de cette année par Image Comics. Le projet a immédiatement suscité la curiosité et l'envie car les deux auteurs sortaient d'un gros succès avec leur précédente collaboration, Coda (dispo en Omnibus chez Glénat).

Mais c'est surtout la forme de ce nouveau comic-book qui a interpelé puisque Saison de Sang (en vf) est une histoire sans dialogue et quasiment sans texte. En tout et pour tout, on a droit à quelques lignes poétiques au début de chaque épisodes et quelques glyphes intraduisibles lors de très rares dialogues. C'est donc une expérience immersive à laquelle nous convient Spurrier et Bergara.

L'exercice de la BD muette peut vite tourner au gadget, une façon d'épater la galerie sans beaucoup de fond. En vérité, on n'en est pas loin avec Saison de Sang car l'intrigue est minimaliste, elle évoque une fable, ou plutôt un conte. L'action se déroule dans un cadre atypique comme en témoignent la présence de monstres colossaux et affreux, d'indigènes à l'aspect humanoïde mais à la physionomie alien, et dans des décors majoritairement naturels - forêts, plaines, montagnes, mers, déserts. 

Si j'insiste sur ce point, c'est bien pour dire que cette mini-série a quelque chose d'immédiatement et intensément dépaysant, exotique, mais aussi inquiétant. On est dans le registre de la fantasy, mais sans folklore envahissant, sans sorcier, ni guerrier. Il y a bien un prince machiavélique, des vaisseaux de guerre volant, une forteresse massive et assiégée avec une cour de nantis, mais sur l'ensemble, c'est somme toute secondaire (bien que ces éléments ont une importance dramatique).

Et puis il y a le vent. Cette fillette/adolescente/jeune femme et son géant en armure ne peuvent revenir sur leurs pas car, alors, se dresse une sorte de muraille venteuse, tourbillonnante, qui les empêche violemment de progresser. Dès lors, ils sont condamnés à avancer, toujours, quoiqu'il arrive. Leur voyage est ponctué de plages de calme dans des endroits paradisiaques, au milieur d'une flore luxuriante, exubérante. Mais méfiez-vous de l'eau qui dort....

Car, sans prévenir, des bêtes énormes et terrifiantes, agressives, peuvent surgir. L'occasion d'assister à des combats de titans entre le géant et ces affreux monstres. Le sang coule et ce qui pouvait faire penser à un album pour des lecteurs jeunes devient une odyssée terrifiante, à ne pas mettre devant les yeux de tout le monde. 

Ce sang est aussi capable de merveilles car celui de la fillette estt capable de raviver miraculeusement le végétal. Tout cela, les vents contraires, cette hémoglobine magique, n'est pas expliqué. C'est d'ailleurs inutile et cela aurait contredit le concept du projet, à savoir garder le silence. Idem pour l'avancée en âge de l'héroïne. A chaque épisode la saison change et la fillette prend quelques années, devenant une adolescente puis une jeune femme. Pourtant, peu de temps semble vraiment s'écouler entre chaque chapitre. Et seule elle vieillit.

Que raconte en fait Si Spurrier ? Saison de Sang est une réflexion sur le lien qui unit deux êtres, qui peuvent être deux soeurs, un frère et une soeur, un père/une mère et sa fille, ou deux amis. Le géant agit comme un protecteur mais il est inflexible et ramène toujours sa protégée dans le droit chemin, essuyant ses bouderies et ses colères, mais prenant tous les coups pour elle. La fillette qui deviendra ado et jeune femme tente très tôt d'échapper à la vigilance de son gardien, d'abord par curiosité, puis par rébellion et enfin par désir de s'émanciper, grisée par le Prince, sa forteresse, son faste, sa fête. Lorsqu'elle comprendra son erreur, ce sera à un prix écrasant et l'épilogue prend la forme d'une rédemption mais aussi d'un passage de relais. Le récit forme une boucle envoûtante et poignante.

Sans un mot donc, Spurrier parvient à merveilleusement caractériser ces personnages, à nous faire comprendre les enjeux de l'intrigue, les manigances cruelles du Prince. Il n'y a effectivement pas besoin de dire, d'expliquer quoi que ce soit, tout est évident, entraînant, fascinant. Cela tend à prouver qu'une bonne histoire doit fonctionner sans dialogues tout comme un bon dessin doit se suffire à lui-même, sans couleurs, sans trucages.

Visuellement, Saison de Sang a tout du tour de force. Il faut disposer d'un partenaire aussi doué qu'en lequel avoir confiance pour soutenir une telle narration et Matias Bergara transcende littéralement le script de Spurrier. Le lecteur qui achète cet album pour profiter de belles images en a pour son argent et en vérité le temps qu'on ne consacre plus à lire des narratifs ou des dialogues, on le passe à contempler les planches magnifiques de Bergara.

L'artiste d'origine uruguayenne dessine à l'ancienne, crayon, encre de chine appliquée à la plume et au pinceau. Le trait est fin, sompteux, généreux, libre. Il se balade dans les cases et les pages comme un fil d'Ariane que le lecteur suit, se perd, retrouve son chemin. La sensation est unique. Bergara n'est jamais en manque d'idées graphiques, via un découpage débridé ou des doubles pages ahurissantes. Les scènes s'enchaînent, emplies d'une paisible poésie ou d'une fureur sauvage, dans un même élan débridé.

Pour autant Bergara a des influences, qu'il assume et digère en même temps. On pense à Moebius (d'autant plus que le maître français signa un album muet culte, avec Arzach, dont la renommée a traversé les oéans). A Philippe Druillet aussi, pour la démesure picturale qu'on connaissait au génie responsable de Lone Sloane, Nuit ou Salammbô.

La manière dont Bergara représente les personnages a quelque chose de naïf et de puissamment évocateur. On sait immédiatement à qui on a affaire, les apparences ne trompent pas, et pourtant il subsiste un charme mystérieux, insondable dans cet univers et ses habitants. C'est aussi le fruit de sa collaboration avec son fidèle et génial coloriste, Matheus Lopes (qui sublima aussi les pages de Bilquis Evely sur Superman : Woman of Tomorrow). 

La palette aux tons pastel est d'une délicatesse bouleversante. Le mariage du dessin et de ces couleurs produit un effet spectaculairement beau tant les deux parties sont complémentaires. Même si, en noir et blanc, les planches doivent déjà être à tomber, ce que leur ajoute Lopes est sans commune mesure, c'est plus qu'un bonus, c'est une identité prolongée, affirmée.

L'album édité par Dupuis (le TPB US ne sortira qu'en Août) est copieux et remarquable, avec sa couverture rigide, sa reliure solide, son format plus grand qu'un recueil américain, et ses bonus. Vous trouverez les couvertures de Bergara, parfois avec leurs versions sans et avec couleurs, des concept arts, une planche encrée non colorisée, et des variants covers par Skottie Young, Jamie McKelvie, Jock (absolument époustouflante), Tula Lotay, etc. Un travail impeccable (même si Image Comics n'est jamais mentionné, ni que le terme Comics n'apparaisse - Dupuis a -t-il eu peur de rebuter ses lecteurs traditionnels, prompts à associer ce tmot à la seule littérature super-héroïque ?).

Même le prix est abordable, donc vous n'avez aucune excuse pour passer à côté. Saison de Sang est un chef d'oeuvre, un livre qui fera date cette année, un ouvrage magistral. Une expérience de lecture mémorable.

vendredi 25 juin 2021

HELLFIRE GALA, CHAPITRES X - XI : WAY OF X #3 (Si Spurrier/Bob Quinn) - WOLVERINE #13 (Benjamin Percy/Scot Eaton)


Le Hellfire Gala se poursuit avec Way of X #3, écrit par Si Spurrier et dessiné par Bob Quinn.


Très préoccupé par de récentes découvertes sur l'île de Krakoa, Diablo a passé la soirée du gala à se soûler. Le lendemain, il traîne une sévère gueule de bois mais surprend Stacy X en train de distribuer des contraceptifs à de jeunes mutants. Elle le conduit dans un lupanar où se détendent des mutants.


Voisinant ce lieu de débauche, Stacy X montre à Kurt Wagner une nurserie où Lost veille sur des nouveaux-nés abandonnés par des mutants qui ont eu des relations sexuelles non protégées. Dans le bordel à côté, Fabian Cortez créé un scandale auprès d'une mutante qu'il a voulu abuser.


Legin, avec Pixie et les frères Xorn, intervient pour tenter de chasser un parasite mental qui fait perdre leur contrôle aux mutants de l'île. Mais la créature leur échappe. Le Dr. Nemesis rédige un rapport confidentiel dans lequel il exprime ses craintes sur le fait que le Pr. X puisse être victime de ce parasite.
 

On poursuit avec le treizième numéro de Wolverine, écrit par Benjamin Percy et dessiné par Scot Eaton.


Durant le gala, le Fauve a voulu se servir de la flore de Terra Verde comme d'un dispositif d'espionnage sur les invités. Mais l'opération dégénère quand les ambassadeurs de Terra Verde corrompent la flore et entrepennent de saboter la soirée. Wolverine et la X-Force interviennent.


Avec Domino, Kid Omega, le Fauve, mais aussi Deadpool, qui a essayé de s'incruster dans la fête, Wolverine règle le problème. Sage sermonne le Fauve, élimine le système d'espionnage de son collègue et négocie un armistice avec les ambassadeurs de Terra Verde qui retirent leur soutien à Krakoa.


Emma a une discussion avec le Fauve à propos de ses méthodes et ses projets. Il ne s'excuse pas, assumant le sale boulot que refuse de faire le conseil de Krakoa. Mais leur conversation est interrompue quand Sage signale que le navire Marauder à bord duquel se trouve Christian Frost ne répond plus...

Ces deux épisodes sont particulièrement embarrassants à lire, surtout après les sommets atteints par X-Men #21, Planet-Size X-Men #1 et S.W.O.R.D. #6. Entre redites lourdingues, caractérisations gênantes ou complètement aberrantes, et intrigues indigestes, il n'y a pas grand-chose à sauver (si ce n'est rien à sauver).

Way of X est une nouvelle série récemment lancée puisqu'elle ne compte que trois épisodes. Pour l'écrire, Marvel a débauché de chez DC le scénariste Si Spurrier, qui avait écrit il y a quelques années la pourtant peu fameuse Cable & X-Force (2012-2013). Entretemps, chez la "Distinguée Concurrence", Spurrier s'est refait la cerise en signant un spin-off de The Sandman, d'après Neil Gaiman, intitulé The Dreaming et quelques épisodes de Justice League (entre la fin du run de Scott Snyder et le début de celui de Bendis).

En revenant chez Marvel, sur la franchise X, Spurrier a affiché de grandes ambitions, comme s'il se mettait aun niveau de l'architecte Jonathan Hickman. Pourtant, il n'y avait pas de quoi pavoiser quand on a appris qu'il allait écrire Way of X, un titre avec Diablo en vedette. J'adore ce personnage mais aucune des séries dont il a occupé le premier rôle n'a rencontré le succès. Par ailleurs, si j'ai un regret depuis HoX-PoX, c'est bien que personne (y compris Hickman) n'a respecté l'elfe créé par Dave Cockrum. En effet, depuis toujours, les scénaristes ont privilégié le Kurt Wagner homme de foi au bondissant Bamf que préférait pourtant Cockrum, qui l'avait imaginé en s'inspirant d'Errol Flynn.

A part Alan Davis dans son run sur Excalibur et Jason Aaron dans son unique arc sur Amazing X-Men, personne (même Claremont) n'a animé le personnage de Diablo selon la volonté de Cockrum qui, jusqu'au bout, a exprimé son mécontentement sur le traitement qu'on avait réservé à son héros fétiche. Spurrier aurait bien énervé l'illustre artiste.

Depuis deux épisodes, Spurrier fait n'importe quoi avec Diablo qui, allié à Légion (David Haller, le fils de Charles Xavier, ressucité pour la peine), enquête sur une mystérieuse entité qui donne des cauchemars à de jeunes mutants sur Krakoa. Ils viennent, avec le concours du Dr. Nemesis, de découvrir qu'il s'agit d'Onslaught, émanation terrifiante des psychés de Xavier et Magneto (à l'origine d'un event dans les 90's).

Mais Spurrier ne s'arrête pas là : visiblement, le Hellfire Gala l'indiffère et il situe son épisode le lendemain de la fête, avec Kurt qui a une méchante gueule de bois car il s'est pris une cuite pour tenter d'oublier la menace qui rôde. Bon, déjà, assister au pathétique spectacle de Diablo en train de s biturer est complètement out of character, mais zapper carrément le gala pour poursuivre l'intrigue de la série, c'est vraiment du foutage de gueule. Lorsqu'on refuse de jouer le jeu d'un event, on n'y participe pas ou alors on passe le titre à un scénariste fill-in.

La suite est d'une tristesse abyssale. Kurt surprend Stacy X, ex-prostituée mutante (était-il utile de la faire revenir ?) en train de distribuer des contraceptifs à de jeunes mutants qui ont prolongé la nuit de fiesta en baisant sans protection. Kurt est outré parce que Hickman a eu la malheureuse idée de lui inspirer l'idée que les mutants devaient se multiplier... Mais évidemment pas comme ça ! En prime, cette scène fait passer Diablo pour un type opposé à l'usage de contraceptifs, pire que le pire des curaillons... Désolant. Mais ce n'est pas tout : Stacy X dévoile à Kurt l'existence d''une sorte baisodrome local où on peut se détendre sans conséquences... Et qui voisine une nurserie où sont recueillis des nourrissons abandonnés par de jeunes mutants qui ont copulé sans capotes. Non, vous ne rêvez pas ! Autant de passages lamentables dans un seul épisode, ça relève de l'exploit, ou du plus mauvais des mauvais goûts. 

C'est de surcroît dessiné avec les pieds par un certain Bob Quinn, qui a déjà sévi sur Captain America (le run de Ta-Nehesi Coates), et dont on se demande qui, chez Marvel, a pu penser qu'il avait assez de talent pour hériter d'une série régulière (quand tant de super artistes sont sans engagement). C'est un désastre jusqu'au bout. Mais il y a une justice en ce bas monde puisque Way of X va s'achever en Septembre au #5 (et ce, même si Spurrier assure que c'est seulement la fin de la "saison 1" et qu'il a plein d'idées pour la suite - c'est ça, mon grand, mais tes idées, tu te les gardes, et tu vas t'amuser ailleurs, loin). 

Hélas ! le calvaire n'est pas terminé car Wolverine #13 n'est guère mieux (avec un tel chiffre, c'était mal barré). Benjamin Percy n'est pas non plus le dernier, semble-t-il, pour se moquer du monde cette semaine puisqu'il ne fait rien d'autre que livrer un deuxième épisode de X-Force dans cet event.

En effet, ne vous fiez pas à la couverture de ce numéro car on y voit à peine Deadpool (dont le compte était déjà bon dans X-Force #20) mais pas beaucoup plus Wolverine. Obsédé par la flore de Terra Verde, le Fauve et Percy recyclent cette idée depuis des lustres sans se renouveler. Cette fois, entre une énième connerie du Fauve (que Percy aura chargé comme une mule, avec un acharnement incroyable) et des ambassadeurs de Terra Verde décidés à se venger de mutants qu'ils considérent comme des colonisateurs profiteurs, on a droit à un machin sans queue ni tête, à peine rattrapé par les toutes dernières pages.

Wolverine sort les griffes mais sans être mis en avant ni en valeur, Domino, Kid Omega et Sage occupant autant de place à l'image que lui pour éviter que la situation ne parte en sucette. C'est d'un ennui total, là aussi mochement dessiné par Scot Eaton (pourtant un dessinateur solide, mais qui a un script affreux et peu d'inspiration de toute façon).

Mais, tout de même à la fin, Percy tente quelque chose que tout le monde attend depuis des lustres : une explication entre quatre yeux avec Hank McCoy sur sa manière de gérer les choses et son comportement plus que limite. Le Fauve a dépassé les bornes bien avant HoX-PoX, donc il est impossible d'affirmer qu'il n'est plus le même : il a commis des actions peu orthodoxes déjà durant Messiah Complex (quand la race mutante était menacée d'extinction complète), puis il a ramené les cinq premiers X-Men pour tenter de raisonner un Cyclope adulte qui venait de tuer le Pr. X et qui sombrait dans un délire révolutionnaire (Bendis n'a pas fait grand-chose de cette piste pourtant prometteuse). Mais désormais, le Fauve est une ordure impardonnable, qui humilie ses amis, joue à l'apprenti-sorcier, et veut espionner tous les non-mutants tout en supervisant les missions de la X-Force.

On assiste donc à un premier échange tendu avec Sage, mais celle-ci n'a pas l'autorité nécessaire pour le recadrer. Il faut une Emma Frost pour oser dire ses quatre vérités au Fauve, mais il se démonte pas : il assume ses saloperies, parce que, selon lui, le conseil de Krakoa n'a pas les couilles nécessaires, et il accepte d'être mal vu si la communauté mutante est protégée au final. Percy a carte blanche pour écrire Hank McCoy, c'est évident, et donc ma foi, pourquoi ne pas aller jusqu'au bout de la logique du personnage, déjà bien entamée depuis des années, en en faisant un enfoiré. Mais c'est écrit sans nuance, sans remise en cause, sans encadrement. Personne ne dit clairement au Fauve de se calmer un peu (à part Wolverine qui l'avait frappé après avoir humilié Colossus). 

A force, c'est épuisant, c'est malsain. Certains fans imaginent qu'il y a un loup derrière tout ça (en gros : ce ne serait pas le vrai Fauve, mais son double, le Dark Beast de l'Âge d'Apocalypse), mais je n'y crois pas (pas davantage que je ne crois au fait que le projet de Hickman pour la franchise serait une énorme mascarade révélée in fine par un twist à la Shyamalan, du style : ce n'étaient pas les vrais X-Men, mais des clones, ou des mutants d'une autre dimension, d'une autre ère, etc.). C'est en tout cas pour cela (entre autres choses) que j'ai cessé de lire X-Force : Percy massacre ces personnages qu'il n'apprécie visiblement pas (à part Domino).

De toute façon, l'event touche à sa fin puisqu'il ne reste plus que X-Factor #10 à lire, et qui sort la semaine prochaine. On fera le bilan en même temps.