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mardi 1 août 2023

DARK AVENGERS : THE END IS THE BEGINNING, de Jeff Parker, Kev Walker, Declan Shalvey, Gabriel Hernandez Walta et Neil Edwards


Suite directe de Thnderbolts #174, Dark Avengers : The End is the Beginning est le moyen qu'avait trouvé Marvel en 2012 pour tenter de conquérir de nouveaux lecteurs. Ainsi ce n'est pas un relaunch puisque ce titre (re)démarre au... N° 175, soit 159 épisodes après la fin du run de Brian Michael Bendis ! Jeff Parker se prête au jeu et poursuit ses intrigues, toujours en compagnie des fidèles Kev Walker et Declan Shalvey, avant que ce dernier ne soit ponctuellement remplacé par Gabriel Hernandez Walta, puis que Neil Edwards reprenne en charge toute la partie graphique.


Après avoir, avec l'aide de Hank Pym, installé dans les Everglades une sorte d'antenne relais destinée à localiser les Thunderbolts perdus dans le temps, Luke Cage rentre au Raft pour découvrir qu'il est relevé de ses fonctions et que la seconde formation des Dark Avengers, composé de Ragnarok (un clone de Thor), Trickshot (le frère de Hawkeye), Toxie Doxie (issue de Stark Industries) et Dark Spider-Man, remplace les T-Bolts. Mais Cage a un joker : il nomme son remplaçant et c'est Skaar, le fils de Hulk !


Les Thunderbolts ont remonté encore le temps jusqu'à l'ère pléistocène (2,5 millions d'années av. J.C.) ! Ils sauvent un autre voyageur temporel avant de remarquer qu'une brèche s'est ouverte dans leur Tour, laissant échapper les restes de Man-Thing qui se recompose et se révèle doué de parole mais incapable de se téléporter dans l'espace-temps. Le voyageur temporel rescapé va s'en charger, ce qui n'est pas une bonne nouvelle puisqu'il s'agit du Dr. Fatalis !


Luke Cage et Skaar reçoivent leur ordre de mission pour les Dark Avengers : ils doivent retrouver Erk Wender, un super-humain capable de générer de l'énergie et actuellement aux mains du maître du Sultan Magus, qui, grâce à lui, a érigé autour de son pays, le Sharzhad, un dôme impénétrable. Cependant, Fatalis a ramené les Thunderbolts dans le présent en Latvérie avant de les expédier dans un futur cauchemardesque !


Au Sharzhad, la situation dégénère rapidement quand le Sultan Magus s'en prend à Luke Cage et Skaar et que les Dark Avengers s'enfuient. Les Thunderbolts, eux, ont abouti 78 ans dans le futur, au milieu d'une guerre ouverte entre les mutants et Mondo City, dont les forces de l'ordre font régner la terreur. Leur Tour est détruite.


Boss Cage, le représentant des forces de l'ordre du futur, attaque les Thunderbolts avant que des mutants ne leur viennent en aide et n'obligent le policier à battre en retraite. Le Fantôme a eu le temps de collecter des informations sur ce futur dystopique et appris qu'une catastrophe au Sharzhad survenue 78 ans plus tôt en est la cause. Justement, dans le présent, les Dark Avengers franchissent le dôme du Sharzhad et récupèrent Erik Wender, mais pas pour l'exfiltrer...


Pour retourner à notre époque, les Thunderbolts comprennent qu'ils doivent atteindre la plus haute tour de Mondo City et ils décident d'aider les mutants à attaquer la ville pour y parvenir. De nos jours, John Walker, Songbird et Mach V découvrent que le comité de surveillance du programme Thunderbolts a fait construire une nouvelle prison qui bénéficiera du même système d'étanchéité que le dôme du Sharzhad, mais quand ils sont repérés, ils sont traqués. Le Sultan Magus, après avoir battu Luke Cage et Skaar, s'en prend aux Dark Avengers pour garder Erk Wender à son service.
 

John Walker arrêtent les responsables du comité de surveillance du programme Thunderbolts et les font passer aux aveux puis communiquent ce qu'ils ont appris à Luke Cage et Skaar pour qu'ils stoppent les Dark Avengers avec le renfort de Songbird et Mach V. Dans le futur, les Thunderbolts atteignent la tour de Mondo City et captent un message de Hank Pym. Le Fantôme et Man-Thing se préparent à téléporter le groupe lorsque Boss Cage surgit...


Boss Cage a compris qu'en réintégrant leur époque, les Thunderbolts éviteront la catastrophe qui a conduit à ce futur cauchemardesque et les laisse filer. L'équipe resurgit de nos jours, juste à temps pour prêter main forte à Cage, Skaar, Songbird et Mach V afin de neutraliser les Dark Avengers et rapatrier Erik Wender. La catastrophe est évitée de justesse et le futur dystopique n'aura pas lieu.


Skaar et John Walker embarquent les Dark Avengers dans le quinjet prêté par Hank Pym mais Toxie Doxie envoûte Skaar pour provoquer le crash de l'appareil. Pour éviter cela, Man-Thing téléporte l'engin à Manhattan. Seul avec les Thunderbolts, Luke Cage décide de les laisser libres, estimant qu'ils se sont rachetés. Man-Thing les téléporte dans les Everglades où ils décident de rester ensemble.

Je ne vais pas revenir sur la manière, grotesque, dont Marvel a refusé de continuer Thunderbolts tout en faisant de Dark Avengers sa suite directe, au point de conserver la numérotation du premier titre. Il s'agit là d'une manoeuvre absurde pour visiblement tenter de séduire les fans des Dark Avengers, une équipe créée par Brian Michael Bendis durant le Dark Reign (le statu quo ayant suivi l'event Secret Invasion et précédé l'Heroic Age après l'event Siege).

La série de Bendis compta 16 épisodes (dessinés par Mike Deodato Jr. avec la participation de Greg Horn) et un Annual (dessiné par Chris Bachalo) et mettait en scène une équipe assemblée par Norman Osborn, devenu le grand héros national à la fin de l'invasion Skrull. Sous l'identité et l'armure de Iron Patriot, il grima plusieurs super-humains en Avengers : Bullseye devint Hawkeye, Moonstone Ms. Marvel, Venom Spider-Man, Daken Wolverine, et il ajouta à ces derniers le dieu Arès et Sentry. Marvel Boy quitta vite le groupe en comprenant que Osborn était fou.

Défaits lors de Siege, les Dark Avengers perdirent Arès et Sentry dans la bataille d'Asgard. Mais Bendis n'en avait pas fini avec cette équipe et lors du deuxième volume de New Avengers, il organisa la revanche de Osborn contre les amis de Luke Cage, recrutant Trickshot (Barney Barton), Toxie Doxie (June Covington), Dark Spider-Man et Ragnarok (le clone de Thor, apparu durant Civil War), en les déguisant à nouveau en Avengers (Toxie Doxie en Scarlet Witch, Trickshot en Hawkeye). Avec une nouvelle défaite à la clé.

A charge pour Jeff Parker de réutiliser ces méchants travestis en les intégrant aux intrigues en cours dans Thunderbolts. Ce n'est pas ce qui a gêné le scénariste, capable, semble-t-il, de s'adapter à toutes les excentricités éditoriales. Mais il n'abandonne pas pour autant les histoires en cours. Il va même faire mieux en les réunissant.

Il est remarquable de lire comment le scénariste réussit à construire un récit à même d'unifier deux projets dissemblables, mais c'est un vrai coup de génie qu'il a eu en envoyant les Thunderbolts toujours en cavale dans un futur cauchemardesque justement provoqué par la mission que doivent accomplir les Dark Avengers. Certes, avec un arc de neuf épisodes, on n'échappe pas à quelques longueurs et circonvolutions, comme quand par exemple, alors qu'ils sont remontés jusqu'au pléistocène, les Thunderbolts sont lestés de Dr. Fatalis.

Pour comprendre comment Fatalis s'est trouvé là, il faut avoir lu le run de Mark Millar et Bryan Hitch sur Fantastic Four, des épisodes mal aimés et il faut bien le dire peu réussis, dont le dernier arc confrontait Fatalis à son maître, un type surpuissant qui, pour corriger son ancien élève, l'expédia dans la préhistoire.

Graphiquement, on sent que les artistes ne sont plus aussi investis. Kev Walker, désormais encré par Terry Pallot, fait encore bonne figure, mais Declan Shalvey s'en va au n°78. Il sera remplacé pour l'épisode suivant par Gabriel Hernandez Walta, qui tente visiblement de l'imiter sans convaincre. Pourtant, la série utilisait Walker et Shalvey intelligemment, le premier dessinant les scènes avec les T-Bolts, le second celles avec les Dark Avengers.

Au n°80 c'est Neil Edwards qui va devenir l'unique artiste de la série (et ce jusqu'à la fin, au #190). Edwards est un dessinateur gallois qui a souvent servi de doublure pour Bryan Hitch dont il copie le style, mais sans autant de virtuosité. Il est encré lui aussi par Terry Pallot et ne se dégonfle jamais devant les scripts délirants et chargés de Parker. Mais bon, on sent clairement qu'une partie du charme a disparu avec les défections de Walker et Shalvey, et donc que la manoeuvre éditoriale de Marvel fera long feu.

Toutefois, Parker range ses jouets et s'il en était resté là, il aurait bouclé son run en beauté. Malheureusement, il s'est senti obligé d'écrire un ultime arc très laborieux, qui gâche un peu sa sortie. Mais ça, je vous en parlerai dans une entrée dédiée.

lundi 31 juillet 2023

THUNDERBOLTS : LIKE LIGHTNING, de Jeff Parker, Kev Walker et Declan Shalvey


Et nous voici arrivés au dernier recueil des épisodes de Thunderbolts écrits par Jeff Parker. Ce volume rassemble les épisodes 169 à 174 de la série lancée en 1997 et le n°172 marque d'ailleurs le 15 anniversaire du titre. Kev Walker et Declan Shalvey se partagent els dessins de ces six épisodes comme d'habitude tandis que Mark Bagley, l'artiste des débuts, revient pour les couvertures. Mais est-ce vraiment la fin des Thunderbolts historiques ?


Les Thunderbolts en cavale (Fixer, Satana, Mr. Hyde, Gunna la troll, Centurius, Moonstone, Bommerang) continuent à remonter le temps et arrivent en 537 ap. J.C. , en Grande Bretagne. Gunna s'aventure dans une forêt où elle rencontre et affronte Sir Percy/Black Knight qui est neutralisé par Boomerang qui le ramène à la Tour avec son épée d'ébène. Mais Merlin, le roi Arthur et ses chevaliers arrivent ensuite pour réclamer qu'on leur rende leur compagnon. La situation dégénère et Merlin envoie les Thunderbolts dans les oubliettes de Camelot.
 

Le Fantôme, aspiré dans les couloirs du temps, surgit dans les oubliettes et se manifeste devant ses anciens collègues. Il les guide jusqu'à l'observatoire de Merlin et Fixer peut voir Arthur tenter d'entrer dans la tour de Thunderbolts. Pour créer une diversion, Boomerang libère les monstres détenus par Merlin dans les donjons, ce qui mobilisent les chevaliers de la table ronde. L'équipe regagne leur tour et en utilisant la pierre de lune de Moonstone, effectuent un nouveau bond dans le temps... Pour arriver à l'époque où les premiers T-Bolts se sont formés !
 

Pendant ce temps, Songbird profite d'un congé bien mérité accordé par Luke Cage. Elle prend du bon temps en Polynésie française où elle rencontre un séduisant guide qui l'emmène visiter une île déserte. C'est un piège et voilà Melissa Gold prisonnière du Dr. Lorcas qui veut, grâce à elle, se venger de Namor. Elle réussit à se libérer et rentre au Raft.


Les Thunderbolts en fuite doivent éviter les Thinderbolts originels pour ne pas créer de paradoxe temporel. Mais leur tour trahit leur présence et la confrontation devient inévitable. Poursuivie par elle-même, Moonstone piège son double antérieur et lui propose un marché...
 

Alors que Satana réussit à mettre un terme à la bataille entre les deux équipes de Thunderbolts, Zemo/Citizen V propose l'aide de son groupe pour aider les fugitifs à regagner leur époque. L'idée est de voler la machine temporelle du Dr. Fatalis en Latvérie. Mais une dispute éclate entre les Fixer d'hier et d'aujourd'hui et Techno est assassiné par son double actuel !


En tuant son moi antérieur, Fixer plonge le monde dans un chaos temporel, la réalité s'effondre et menace de tout détruire. Fixer comprend qu'il ne reste qu'une solution pour éviter l'impensable : il décide de rester à cette époque tandis que les souvenirs des premiers Thunderbolts seront effacés pour que nul ne se souvienne de ces événements.

Ces six derniers épisodes de Thunderbolts par Jeff Parker résument parfaitement le style débridé du scénariste. On y trouve ce mélange de folie et de maîtrise dans le récit, les situations s'enchaînent à un rythme infernal sans perdre leur logique ni leur fil conducteur, et même quand un numéro s'intéresse à un personnage en dehors de l'intrigue à la manière d'une intermède, on a quand même droit à un one-shot totalement captivant.

A l'heure où Marvel a plusieurs scénaristes mis en avant sans qu'on puisse dire qu'aucun d'eux ne propose grand-chose de palpitant et attire les lecteurs sur une hype artificiellement créée par l'éditeur (un peu à la manière de ce qui est fait avec les dessinateurs et les promotions successives de "stormbreakers"), Jeff Parker, lui, anime la série dont il a la charge avec pour objectif unique de servir le titre et pas de se mettre en avant.

C'est ingrat parce que, aujourd'hui, personne ou presque ne se souvient de son run sur Thunderbolts (ni de ses autres travaux chez Marvel, sur Hulk, Agents of Atlas, etc.). Parker n'a jamais été une vedette, à la mode, il n'a eu aucun héritier (même si Jason Aaron a pu sembler marcher dans ses traces avec Avengers, mais avec beaucoup moins de brio). Marvel lui a fait confiance, certes, mais sans lui accorder plus de crédit que ça. Une fois que Parker a fait son temps, il a été oublié et remplacé. Souvent par des auteurs moins inventifs que lui.

Si vous en doutez, cherchez qui a écrit Thunderbolts depuis. Et plus encore ce qu'est devenu ce nom, cette marque, complètement dénaturé, une sorte de Suicide Squad sauce Marvel, interchangeable, et dont la prochaine itération (par Jackson Lanzing & Collin Kelly et Geraldo Borges, à la rentrée) sert à préparer le futur film du MCU.

Mais revenons-en à ces épisodes. Ils ne représentent pas la fin du travail de Jeff Parker. Mais en 2012, Marvel va décider, incompréhensiblement, de remplacer ensuite le titre par une relance de Dark Avengers, espérant sans doute retrouver les lecteurs de Bendis. Ce ne sera pas un relaunch au #1, mais une continuation grotesque avec un n° 175 ! Entre la série initiale de Bendis et sa reprise par Parker, il y a donc un troua béant de... 159 épisodes !

Pour le contenu des histoires de ce recueil, il apparaît clairement que Parker préfère les T-Bolts en cavale remontant le temps à ceux restés dans ce qui reste du Raft, avec Luke Cage, Songbird et Mach V. D'ailleurs, il va continuer encore un temps avec ce voyage dans le temps dans ses premiers épisodes de Dark Avengers. Pour l'heure, Moonstone, Bommerang, Centurius, Fixer, Gunna la troll, Mr. Hyde, Satana atterrissent en 537 ap. J.C. et rencontrent le premier Black Knight mais aussi Merlin, le roi Arthur et les chevaliers de la table ronde. Il y a aussi un dragon, pour faire bonne mesure. C'est très drôle, complètement échevelé. Et quand Centurius et Fixer cherchent à comprendre pourquoi ils continuent à dériver dans le passé, les explications sont totalement farfelues, mais comment pourrait-il en être autrement lorsqu'on a voulu se faire la malle en mélangeant magie et technologie ?

Parker rédige une sorte d'entracte où on suit Songbird en vacances. Celles-ci seront toutes sauf reposantes, mais on apprécie que le scénariste n'oublie pas une T-Bolt historique, une des rares aussi à avoir eu une longue carrière héroïque (parmi les Avengers - Kurt Busiek l'emploiera d'ailleurs dans sa mini-série culte Avengers Forever).

Puis ça repart de plus belle avec un bouquet final d'épisodes où Thunderbolts d'hier et d'aujourd'hui se croisent et manquent de peu de dévaster le continuum espace-temps. Parker, tel un chat, retombe sur ses pattes en "sacrifiant" Fixer au terme d'une succession de rebondissements cataclysmiques, avec une baston entre les deux formations et une énième tentative de Karla Sofen de mystifier tout le monde.

Kev Walker dessine les trois premiers épisodes (jusqu'à celui avec Songbird en vacances donc) et il est en feu. Suivant d'un script barré, il signe des planches explosives, avec des monstres, des chevaliers, un dragon, des péripéties incessantes. Son trait brut, son découpage aux cases de dimensions toujours généreuses, le retour du Fantôme, tout ici est un cadeau pour les amateurs de comics insensés.

Puis Declan Shalvey prend la relève pour mettre en scène la rencontre entre les deux formations de Thunderbolts. Ses planches sont extraordinaires, d'une ampleur et d'une souplesse comme il n'en a plus beaucoup réalisées ensuite. Je le répète, je radote, mais Shalvey, en s'éloignant des super-héros, me semble avoir commis une erreur alors qu'il a un talent naturel pour les animer. Certes, son run sur Moon Knight (avec Warren Ellis, qu'il suivra ensuite chez Image pour Injection avant que le scénariste ne soit rattrapé par de sordides affaires) était excellent, mais je conserve une affection pour ses épisodes de Thunderbolts, j'adorai la manière qu'avait Shalvey de les illustrer.

Donc, actuellement, je suis en pleine relecture de Dark Avengers et je vous proposerai dès que possible les critiques de deux tomes (une quinzaine d'épisodes en tout) de cette reprise par Jeff Parker (avec encore Walker et Shalvey, mais aussi Neil Edwards), pour boucler la boucle. Ceux à qui cette rétrospective a donné envie pourront se procurer un omnibus collectant tout le run (Dark Avengers compris) de Jeff Parker le 5 Décembre prochain : commencez à économiser !

dimanche 30 juillet 2023

THUNDERBOLTS : VIOLENT REJECTION, de Jeff Parker, Kev Walker et Declan Shalvey

 

Après les sorties de la semaine, je reprends ce dimanche cette rétrospective consacrée aux Thunderbolts écrits par Jeff Parker au début des années 2010 chez Marvel Comics. Le recueil intitulé Violent Rejection est le premier à bénéficier d'une numérotation et rassemble les épisodes 152 à 157, illustrés par Kev Walker  et Declan Shalvey.

 


Crossbones écarté du groupe, Luke Cage a besoin d'un élément très puissant pour une nouvelle mission et il intègre Hypérion. Les Thunderbolts se rendent à Yokohama au Japon qui est menacée par des monstres gigantesques. Mais une fois sur place, l'équipe est sévèrement malmenée, seul Hypérion reste debout et il s'en prend alors Man-Thing...


Le Fléau affronte Hypérion qui avoue être issu d'une Terre parallèle où il était le chef de Sinister Squadron. Moonstone, sauvée par le Fantôme de la noyade, lui vient aide avant que le Fantôme, à nouveau, active les nanites libéranty de l'argonite dans le corps de Hypérion et le neutralise. Tandis que Luke Cage, Songbird et Mach V se débarrassent des monstres, Hypérion est livré à Man-Thing qui le brûle vif.


Mais ce fait n'échappe pas aux inspecteurs du Raft qui considère la créature comme un danger. Toutefois, avant de pouvoir s'en assurer, Man-Thing est enlevé par la sorcière Jennifer Kale qui le renvoie dans les marais des Everglades dont il est le gardien et qui sont le théâtre d'une invasion dimensionnelle. Luke Cage s'en mêle et jure à Jennifer Kale qu'aucun mal ne sera fait à la créature qui rentre volontairement au Raft. En contrepartie, il s'engage à engager un magicien pour y veiller.


Cage demande à Stephen Strange de l'aider dans cette démarche et Daimon Hellstrom les envoie tous les deux chez sa soeur Satana. Pendant ce temps, John Walker, la gardien du raft, obtient l'accord du gouvernement de former une seconde équipe, baptisé Underbolts, et il charge Songbird et Mach V d'en recruter les membres, ce qui vexe Fixer, écarté de la procédure.


Cage présente Satana, qui a accepté d'intégrer l'équipe par intérêt pour Man-Thing, aux autres membres et il les accompagne à Stuttgart pour une nouvelle mission dans un château hanté. Pendant ce temps, Songbird et Mach V enrôlent les Underbolts : Shocker, Boomerang, Centurius, Gunna la troll et Mister Hyde...


Les Thunderbolts toujours occupés en Allemagne, Fixer doit réquisitionner les Underbolts, à peine recrutés, pour une intervention urgente en Irak. Sur place, ils font face à des zombies et sont vite dépassés. Luke Cage arrive en renfort avec son groupe sans que la situation ne s'améliore...

Mine de rien, cela fait maintenant 23 mois consécutifs (quasiment deux ans donc) que Jeff Parker écrit  Thunderbolts. Marvel semble lui avoir accorder sa confiance pleine et entière, appréciant sa capacité à composer avec des histoires imaginées par d'autres (comme lors de l'event Shadowland) tout en remplissant le cahier des charges de la série (beaucoup d'action, l'utilisation de personnages historiques liés au titre et l'incorporation de nouvelles têtes).

Si, dans les faits, Thunderbotls n'a plus rien à voir avec le concept original de Kurt Busiek (des super-vilains se faisant passer pour des super-héros en l'absence de ces derniers), Jeff Parker tient quand même à respecter la dimension presque sociale puisqu'il s'agit de montrer que certaines crapules peuvent prendre goût à faire le bien.

De ce point de vue, avoir écarté Crossbones, le membre le plus antipathique et violent, a été un choix décisif. Mais le scénariste ne s'assagit pas pour autant. Le recrutement de Hypérion produit des étincelles et une paire d'épisodes plutôt radicaux. En effet, Parker joue sur le fait qu'il existe des Hypérion différents dans le multivers et bien entendu, Luke Cage ignore lequel est détenu au Raft. Pour corser l'affaire, ce sera celui qui dirigeait le Sinistre Escadron ! 

Ce recueil fonctionne par des arcs narratifs brefs, de deux épisodes chacun, centré sur un personnage en particulier. Après Hypérion, Parker se penche sur le cas de Man-Thing pour lequel il a un attachement évident. Même s'il ne répond pas à la question de sa détention au Raft (où il a atterri après avoir capturé par les Dark Avengers de Norman Osborn, mais d'où personne n'a pensé à le relâcher depuis le début de l'Heroic Age), il va quand même s'interroger sur le rôle et la puissance de la créature.

Comme il aime à le faire, le scénariste convoque un personnage de seconde zone, en l'occurrence la sorcière Jennifer Kale, soucieuse de ramener Man-Thing dans son environnement naturel et son rôle initial, de protecteur de la nature et de nexus dimensionnel. Le mutisme de Man-Thing en fait un membre des Thunderbolts fascinant et difficile à saisir mais qui n'est pas dénué de conscience, de libre arbitre. Il choisit de rentrer au Raft (et Parker glisse que Moonstone y est pour quelque chose, insinuant que la créature nourrit des sentiments pour Karla Sofen).

Enfin, un troisième récit va introduire une future vedette du run de Parker en la personne de Satan, la soeur de Daimon Hellstrom. Elle est recrutée par Luke Cage pour veiller sur Man-Thing mais sa personnalité affirmée et excentrique en fait un membre tout de suite haut en couleur. Le scénariste s'en amuse et quand elle est présentée à l'équipe, cela donne une scène hilarante où elle met tout le monde en émoi en révélant leurs désirs les plus profonds (des désirs tout ce qu'il y a de plus sexuellement explicite !). Parker a à l'évidence voulu Satana et il ne va plus cesser ensuite de l'exploiter comme l'élément incontrôlable, l'électron libre de la série, à la fois très puissante, complétement désinhibée et ambivalente, (jamais complètement méchante, mais pas franchement héroïque non plus).

Sur les six épisodes de ce tome, les n° 152-153 et 155-156 sont entièrement dessinés par Kev Walker. Comme toujours avec lui, l'efficacité est de mise et sa manière de composer des scènes d'action spectaculaires est mise à contribution. Il peut se défouler avec Hypérion, les monstres à Yokohama, le château hanté à Stuttgart et les zombies irakiens. Autant de morceaux de bravoure où l'influence de Mike Mignola est très manifeste (spécialement dans les scènes à Stuttgart).

Declan Shalvey signe les planches des épisodes 154 et se partagent celles du 157 avec Walker (qui fatigue quand même un peu). Seul, l'irlandais se montre très à l'aise, et le numéro consacré à Man-Thing est superbe, chargé d'une atmosphère très envoûtante. Quand il doit cohabiter avec Walker, le lecteur peut avoir du mal à passer du trait de Shalvey à celui de son collègue tant ils sont dissemblables, mais on comprendra ensuite que Marvel cherchait la bonne formule pour partager la charge de travail entre les deux artistes.

On va, après ces épisodes, arriver aux tie-in de Fear Itself puis à l'arc The Great Escape (soit les épisodes 158 à 168) présents dans l'album de la collection Marvel Gold disponibles chez Carrefour. Je vous renvoie à l'article dans lequel j'en parle :  Thunderbolts : Fear Itself / La Grande Evasiontion-marvel-gold-carrefour .

mardi 25 juillet 2023

THUNDERBOLTS : SHADOWLAND, de Jeff Parker, Declan Shalvey et Kev Walker

 

Comme l'indique le titre de ce recueil, la série Thunderbolts est impliqué dans l'event Shadowland de 2011. Du moins pour les deux premiers épisodes (# 148-149), écrits par Jeff Parker et dessinés par Declan Shalvey (qui va devenir le second artiste régulier du titre). Ensuite, Kev Walker revient pour le 150ème numéro anniversaire, avec les Avengers en guest-stars. Puis le n°151 raconte les origines du mystérieux Fantôme. Un programme copieux et varié.



Daredevil, de retour du Japon, est devenu le chef de la Main et il veut restaurer l'ordre dans le quartier de Hell's Kitchen, avant de s'attaquer au reste de New York, avec l'aide des ninjas de cette organisation. Plusieurs héros s'unissent pour lui faire entendre raison, mais Luke Cage confie aux Thunderbolts une mission spéciale : retrouver un jeune flic enlevé par la Main.
 

Assaillis par des ninjas, les Thunderbolts sont diminués quand Fixer est blessé et que Songbird l'évacue, confiant la direction des opérations à Moonstone. Le Fantôme, le Fléau et Crossbones livrent un combat où ils ont l'autorisation de tuer l'ennemi. Mais la mission s'achève par un drame tandis que le Fantôme découvre le secret de Crossbones : il a hérité de pouvoirs après avoir été exposé aux cristaux terrigènes lors de leur virée en Nouvelle-Guinéé.


Steve Rogers, Iron Man et Thor se rendent au Raft pour une tournée d'inspection. Luke Cage, excédé par la désobéissance des T-Bolts, songe à démissionner, mais doit d'abord montrer ses agents en action. Le Fantôme en profite pour pirater la téléportation de Man-Thing et avec Crossbones et le Fléau, ils sont séparés de Cage, Rogers, Thor et Iron Man. Perdus dans une dimension parallèle, ils finissent par se rendre après avoir affronté les quatre Avengers sauf Crossbones qui révèle au grand jour ses nouveaux pouvoirs. Finalement, de retour au Raft, Luke accepte de rempiler à la tête de l'équipe maintenant que Crossbones n'en fait plus partie.


En attendant que Luke choisisse un remplaçant à Crossbones et réfléchisse à une nouvelle façon d'opérer, les Thunderbolts sont consignés au Raft. Moonstone en profite pour questionner le Fantôme sur ses origines. Il se confie sur son passé de programmateur dans la société Omnisapient et son amour pour sa collègue Shana, vite éliminée par ses patrons qu'elle menaçaient de révéler leurs magouilles. Il se venge en expérimentant sur lui-même ses inventions puis en s'en prenant à d'autres patrons peu scrupuleux. Moonstone est réintégrée dans l'équipe où Luke a décidé de faire entrer Hyperion.

Quatre épisodes, c'est peu, mais notons quand même que ce recueil compte le 150ème numéro de la série depuis sa création. Pour l'occasion, on a droit à un chapitre avec une pagination augmentée, les Avengers (du moins sa trinité) en guest-stars, la réédition du premier épisode (par Kurt Busiek et Mark Bagley) et les Ghost's files (une série de planches revenant sur le passé des Thunderbolts).

Avant cela, ce tome s'ouvre sur une paire d'épisodes en lien avec l'event Shadowland. A cette époque (2011), Andy Diggle a succédé à Ed Brubaker comme scénariste de Daredevil et il lance une saga qui trouve ses racines dans la fin du précédent run. Daredevil s'est sacrifié pour prendre la tête de la Main, évinçant le Caïd et Lady Bullseye, il part donc au Japon avec le projet secret de réformer cette organisation criminelle de l'intérieur, mais la situation lui échappe et, envoûté, il bascule du côté obscur.

De retour à New York, il décide de nettoyer Hell's Kitchen avec ses ninjas avant d'étendre son action à tout New York. Lorsqu'il tue Bullseye, ses amis héros comprennent qu'il a franchi la ligne rouge et s'unissent pour le stopper. Bien entendu, Marvel va multiplier les tien-in de qualité très variable sur une histoire déjà peu convaincante sur sa trame centrale. Disons-le simplement : Shadowland est un des pires récits impliquant Daredevil, l'ultime étape dans la déchéance de l'Homme sans Peur, et il faudra le changement de direction radicale imprimé par Mark Waid pour que DD retrouve sa superbe.

Jeff Parker n'a cependant pas le choix : il doit composer avec Shadowland pour deux épisodes de Thunderbolts. Premier défi : il doit se passer de Luke Cage, accaparé par la saga centrale, même si c'est lui qui donne leur mission aux T-Bolts. Le scénariste invente une intrigue-prétexte (un jeune flic noir, fils d'un ami de Cage, capturé par la Main) pour entraîner ses anti-héros dans les égouts de Hell's Kitchen et y affronter une horde ninjas déchaînés. Evidemment, ça tourne mal très vite : Songbird évacue Fixer blessé et laisse donc seuls Moonstone, le Fléau, le Fantôme et Crossbones, qui va commettre un carnage.

Le vrai intérêt de ces deux numéros repose surtout dans le fait que la série accueille Declan Shalvey au dessin. Il va devenir le partenaire de Kev Walker sur le run de Parker. Même si j'apprécie toujours ce qu'il fait, car c'est un auteur complet, j'avoue que je préférai Shalvey à cette époque. Son trait était plus simple, plus épuré, plus dynamique. Son encrage, surtout, était merveilleux, avec un usage magnifique de trames, des effets d'ombres très expressionnistes. Et puis vraiment les T-Bolts lui allaient bien, tous les épisodes qu'il dessinera ont une sacrée classe, se complétant bien avec l'aspect plus brut de décoffrage de Walker.

La parenthèse Shadowland fermée, Parker a l'honneur (ou la charge, c'est selon) d'écrire le 150ème épisode du titre. Comme il n'est pas impressionnable, il préfère ne pas s'y arrêter spécialement pour une commémoration mais plutôt pour s'amuser. Il a le droit de convoquer la trinité des Vengeurs, Steve Rogers (alors dans son rôle de Super-Soldier, chef des Secret Avengers et de la sécurité nationale des USA), Iron Man (en pleine période Stark Resilient, suite au run de Matt Fraction où il a absolument tout perdu durant le Dark Reign) et Thor (qui vient d'assister à la chute d'Asgard et a contribué à la réconciliation entre Rogers et Stark dans Avengers Prime, de Brian Michael Bendis et Alan Davis). 

Mais ils ne viennent pas au Raft pour le plaisir de visiter leur ami Luke Cage : c'est une inspection pour vérifier que la réforme entamée sous la direction de Cage fonctionne. Parker orchestre dans un premier temps les retrouvailles de Iron Man et du Fantôme, puis de Steve Rogers et Crossbones, et la rencontre entre Thor et Gunna la troll (avec à la clé une scène hilarante). Puis Cage emmène tout ce beau monde (sauf Gunna mais avec Man-Thing) pour une mission-test. C'est là que le Fantôme décide de faire des siennes en organisant une évasion à laquelle il convie le Fléau et Crossbones. Mais la situation lui échappe et tous se retrouvent dans une dimension parallèle.

Cage et ses collègues découvrent le secret de Crossbones, qui, exposé aux cristaux terrigènes lors du voyage en Nouvelle-Guinée (dans le tome précédent), a développé d'effrayants pouvoirs. On a droit à une spectaculaire baston entre Thor, Cage et le Fléau, une explication troublante entre Iron Man et le Fantôme (qui apprend la situation financière de Stark et renonce à le tracasser), et surtout un face-à-face musclé entre Rogers et Crossbones. Parker va l'écarter du groupe définitivement, à raison (c'était le membre le plus discutable de la série), puis réintégrer Moonstone avant de recruter Hypérion.

Le dernier épisode de l'album est comme le n°150 dessiné par Kev Walker. On peut apprécier l'abattage de l'artiste qui enchaîne les épisodes avec une énergie assez folle, même si, comme à son habitude, il se débarrasse régulièrement des décors pour se concentrer sur les personnages en pleine action. N'empêche, c'est un régal car il excelle à animer ces crapules avec des gueules cassés et des psychologies tordues, comme donc, ici, Moonstone, la manipulatrice, et le Fantôme, le plus mystérieux des T-Bolts.

Parker retrace ses origines pathétiques avec efficacité et en fait un vilain avec des principes bien spéciaux, s'en prenant à des puissants industriels que leur pouvoir autorise au pire (malversations financières, crimes crapuleux). On sent que le scénariste adore le personnage, au moins autant que Man-Thing, et lui donne une place à part dans la série et l'équipe, de telle sorte que le lecteur partage cette fascination.

Curieusement, les deux premiers recueils des Thunderbolts par Jeff Parker ne sont pas numérotés. Cela débutera avec le prochain tome, Violent Rejection, tout aussi fou furieux et qui, surtout, marquera le début d'un véritable feuilleton.

lundi 19 juin 2023

Collection Marvel Gold - Carrefour : THUNDERBOLTS, de Jeff Parker, Declan Shalvey et Kev Walker


Vous en avez maintenant l'habitude : voici une entrée consacrée à un des tomes de la collection Marvel Gold disponible dans les hypermarchés Carrefour au prix de 3,99 E. Cette fois, c'est au tour du tome consacré aux Thunderbolts d'être commenté. Même si depuis la création du titre par Kurt Busiek et Mark Bagley, le concept a été considérablement altéré, les épisodes choisis ici renvoient au run de Jeff Parker, vraiment excellent (et qui feront l'objet d'un omnibus en vo à la rentrée), et bien accompagné au dessin.


Je disais plus haut qu'aujourd'hui les Thunderbolts n'ont plus grand-chose à voir avec l'idée (géniale) originale du titre. Aujourd'hui, Marvel l'exploite sous la forme d'une Suicide Squad avec des super-vilains qui acceptent des missions périlleuses en échange de remise de peine. Dans cet album, on retrouve 9 épisodes issus du run écrit par Jeff Parker, un scénariste que j'adore mais qui n'est plus employé hélas ! par Marvel.

Il est de prime abord surprenant d'avoir sélectionné pour démarrer des épisodes attachés à l'event Fear Itself, mais cela se justifie ensuite, et au demeurant, ces tie-in sont excellents. Les Thunderbolts sont alors composés de Moonstone, Songbird, Mach-V, Fixer (les historiques de la bande, et le Fantôme, Shocker, Boomerang, Satana, Man-Thing, Troll, Mister Hyde et Centuruis. Luke Cage commande ce groupe de gredins (une idée curieuse mais le personnage est peu présent dans ces épisodes) et il vient d'écarter le Fléau. Mauvaise inspiration : il va être choisi par Cul le Serpent, frère d'Odin, pour faire régner la terreur sur Terre.
 

Les T-Bolts se séparent en deux groupes : l'un va rattraper les détenus de la prison du Raft qui se sont échappés quand le Fléau l'a dévastée, l'autre part affronter le Fléau. Mais certains membres du premeir groupe vont surtout en profiter pour se faire la belle...

On trouve tout ce qu'on aime (ou pas) chez Jeff Parker dans ces épisodes sur-vitaminés, où ça explose de partout, où le chaos est total, où le danger est insurmontable, où beaucoup de personnages cachent leur jeu. Parker ne craint pas de submerger le lecteur : c'est même son objectif, ne pas lui laisser de répit, l'oppresser autant que les héros. Mais c'est bigrement efficace, sans aucun temps mort. Qu'il ne soit pas devenu un scénariste star est une énigme pour moi parce que, lui, vraiment, y va à fond les ballons dans le registre super-héroïque et grand spectacle.

Sur ces épisodes, il va être soutenu par deux dessinateurs en alternance et pas des manches : Declan Shalvey et Kev Walker. J'adorai le style de Shalvey à cette époque, super nerveux, et Walker ne faisait pas dans la dentelle non plus. Ils animent un casting très fourni, mettent en scène des actions ébouriffantes, ça n'arrête pas. Sur l'épisode 159, Parker avec Jen Van Meter, Joe Caramagna et Frank Tieri multiplient les points de vue dans un numéro king-sized et Valentine de Landro, Matthew Southworth et Eric Canete illustrent les segments écrits par les auteurs invités.
  

On pourrait croire qu'avec  l'arc suivant, en seulement deux épisodes, Jeff Parker va lever le pied. Que nenni ! La série suit alors la cavale des T-Bolts qui ont disparu avec la Tour qui abritait leur Q.G. ! Grâce au mélange de la technologie du Fixer, et de la magie de Man-Thing et Satana, ils ont remonté le temps et l'espace pour atterrir en pleine seconde guerre mondiale. Moonstone, Fixer, Boomerang, Troll, Mr. Hyde, Centurius, Satana croisent la route des Invaders qui traquent le Baron Zemo... Dont le fils, Helmut fondera des années plus tard les Thunderbolts ! 

Ce postulat délirant inspire à Parker une intrigue complètement échevelée et jouissive où les fugitifs changent d'apparence et essaient de modifier le cours de l'Histoire sans trop faire de dégâts, comme en suggérant à Zemo le prénom de son rejeton et de ne pas lui bourrer le crâne avec l'idéologie nazie ! Evidemment tout ça au nez et à la barbe de Captain America, Namor et la Torche Humaine (Jim Hammond) !
 

C'est évidemment très drôle et le trait de Kev Walker sied à merveille à ce joyeux bordel plein de feu, de neige, de coups fourrés et de paradoxes temporels. l'artiste se montre particulièrement à son avantage quand il s'agit malgré tout de montrer les émotions contraires qui agitent ces T-Bolts qui peuvent changer le futur tout en risquant leur peau et leur propre avenir. Walker se fiche pas mal de flatter les personnages, il excelle à leur croquer des trognes, dans des décors tour à tour à peine évoqués et grandiloquents (n'oublions pas que le gang se déplace à bord d'une tour). Et le plus amusant, c'est qu'à la fin ces crapules passent pour d'authentiques héros que Namor, Captain America et la Torche jurent d'honorer.


Enfin, l'album se clôt par un arc aussi foutraque. Si, dans le présent, Luke Cage est hors de lui en apprenant l'évasion d'une moitié de son équipe et que le Fantôme s'emploie à les localiser pendant que Songbird et Mach-V ramènent des prisonniers dans leur cellule du Raft, lui-même en pleins travaux, les T-Bolts en cavale continuent de remonter l'espace-temps.

Les voici donc en 1888 à Londres. Mr. Hyde en a profité pour fausser compagnie à ses collègues et accomplit la série de meurtres attribuée à Jack l'éventreur, en compagnie de Satana. Deux inspecteurs chargés de l'enquête reçoivent le renfort des T-Bolts, relookés pour passer le plus inaperçus possible...


Declan Shalvey a repris les dessins et produit des planches exceptionnelles, à l'énergie contagieuse, avec une spontanéité et une capacité d'évocation qu'il me semble avoir perdu depuis. Je peux comprendre qu'il ait voulu autre chose pour sa carrière ensuite, mais quel dommage de ne plus le voir sur du super-héros, avec ce dynamisme, cette inventivité.

Jeff Parker continuera encore un bon moment à remonter le temps avec ces fugitifs, dans des histoires toujours aussi marrantes, improbables et déchaînées - ça me donne envie de relire tout ça, c'était vraiment un run infernal, un comic-book comme il n'y en a plus guère chez Marvel en tout cas (les dernières mini-séries Thunderbolts étaient d'une tristesse...), et même quand la série sera retitrée Dark Avengers, il ne se calmera pas.

Le dernier épisode de l'album (le n°168), dessiné par Matthew Southworth) est dispensable : Luke Cage mène une enquête en solo pour remonter la piste des fuyards et croise Mr. Fear tandis qu'au Raft Songbird et Mach-V expliquent à des officiels que leur boss est un leader méritant mais empêché par des recrues qu'on lui impose (comme le Fléau ou Satana) et qui sont ingérables.

Vous l'aurez compris, j'ai un gros coup de coeur pour ces épisodes, cette époque, cette série, ces personnage (même si, encore une fois, le concept original a été complètement dilapidé). Et si vous ne connaissez pas tout ça, alors jetez vous sur ce tome, pour ce prix-là vous ne risquez rien.

jeudi 24 février 2022

ELEKTRA : BLACK, WHITE & BLOOD #1, de Charles Soule et Mark Bagley, Leonardo Romero, Declan Shalvey et Simone d'Armini


Je me suis procuré les deux premiers numéros de cette anthologie alors que je ne prévoyais que d'acheter le deuxième (qui comporte une histoire par Greg Smallwood). Suivant le même principe que pour d'autres projets (impliquant Wolverine, Deadpool, et chez DC Superman ou Wonder Woman), il s'agit pour des auteurs de produire de courts récits illustrés en utilisant seulement trois couleurs. Cette fois, c'est Elektra qui a inspiré les scénaristes et dessinateurs.


- Red Dawn. (Ecrit par Charles Soule, dessiné par Mark Bagley.) - Dans cette histoire, Elektra est vaincue par un groupe de vampires et désormais contaminée, elle doit consentir à l'ultime sacrifice...


- Not The Devil. (Ecrit et dessiné par Leonardo Romero.) - Dans cette histoire, Elektra traque un membre de la pègre, Shigeru Ono, qui tente de fuir New York. Mais elle découvre qu'il emmène avec lui sa fille, qu'elle se refuse à exécuter...


- The Crimson Path. (Ecrit par Declan Shalvey, dessiné par Simone d'Armini.) - Elektra vient au secours d'une jeune fille poursuivie par des tueurs. Au terme de la bataille, elle comprend qu'elle a hérité du titre de la cible comme assassin ultime...

Or, donc, j'étais parti pour acquérir le n°2 de Elektra : Black, White & Blood pour lire l'histoire qu'a écrite et dessinée Greg Smallwood (et dont j'avais parlé dans ma rubrique Des Nouvelles Nouvelles Toutes Fraîches). Et je suis revenu avec le n°1 en plus parce que Leonardo Romero était au générique...

D'habitude, je suis pas client de ces anthologies trichromatiques, que ce soit chez DC ou Marvel. Je n'ai rien contre, et même au contraire, ça peut être intéressant de voir comment des auteurs se débrouillent avec un format court et des contraintes graphiques. Mais en revanche je suis beaucoup plus perplexe sur le fond de l'affaire qui consiste surtout à mettre en avant des personnages réputés pour leur violence (en tout cas chez Marvel) sous couvert d'exercices esthétiques (tandis que chez DC, pour Superman et Wonder Woman, le spectre des histoires est plus large, même si la forme est gadget).

Mais, donc, Greg Smallwood et Leonardo Romero, deux artistes dont je suis fan, et qui m'ont convaincu de débourser quelques Euros. Pour quel résultat ?

Dans ce premier numéro, on a droit à trois récits. L'héroïne est donc Elektra. Noir, blanc et sang sont des couleurs qui lui correspondent sans problème. La création de Frank Miller reste un personnage qui conserve un pouvoir de fascination intacte, comme si rien ne pouvait l'abîmer. Pourtant Marvel semble souvent ne pas savoir quoi faire d'elle : véritable méchante, ou créature plus équivoque, éternelle femme fatale dans le sillage de Daredevil, elle fut même un temps membre des Thunderbolts (durant le bref run de Daniel Way et Steve Dillon) ! Elle a subi des relookings souvent hasardeux puis on lui a rendu son look d'origine, indépassable. Et si en fait Elektra résistait à tout ?

Partant de là, quel risque court-on de l'animer dans une anthologie consacrée à ses "exploits" ? Au moins, cela présente l'avantage de l'écrire et de la dessienr hors de toute continuité et au gré de la fantaisie de chacun. Si elle tombe entre de mauvaises mains, ce sera vite oublié. Si elle est bien dirigée, ce sera un bon point de plus à son palmarès.

On a une bonne idée avec ce premier numéro de ce à quoi peuvent ressembler ces expérimentations. Prenez Charles Soule et Mark Bagley : le premier a scénarisé Daredevil mais, curieusement, sans s'être vraiment servi d'Elektra (sinon dans un très bref arc), et le deuxième n'a, à ma connaissance, ajmais dessiné la tueuse au cours de sa longue carrière. Leur récit est étrange, funèbre, et pourtant envoûtant. Bagley est étonnamment bon sur ce coup et Soule très sobre. Ce n'est pas renversant mais intéressant.

Leonardo Romero leur succède et se montre très inspiré. Il puise à la source de Frank Miller en évoquant la période où le personnage d'Elektra est apparu et où le lecteur ne la situait pas du tout. Elle assassine plusieurs membres de la pègre et traque un asiatique qui veut fuir New York à la suite de ces carnages. En s'apercevant qu'il emmène avec lui sa fille, Elektra ne se résoud pas à la tuer mais complètera quand même son contrat. C'est cruel, hyper dynamique, et visuellement magnifique. Romero mériterait vraiment une seconde chance, lui qui m'avait ravi sur le run de Kelly Thompson avec Hawkeye et qui, depuis, vivote d'éditeur en éditeur.

Enfin, Declan Shalvey raconte un dernier segment métaphorique sur le thème de l'assassin ultime. C'est violent, sanglant, et étrangement beau malgré tout. Dommage qu'il n'ait pas dessiné également (mais il est fort occupé par ailleurs). C'est donc à Simone d'Armini, un artiste italien encore méconnu, qu'échoît la partie visuelle. Le résultat ne manque pas de style mais souffre parfois d'un manque de lisibilité, ce qui ne pardonne pas quand on travaille avec seulement trois couleurs. Toutefois, belle idée de colorer la tenue d'abord virginale d'Elektra avec le sang de ses adversaires pour qu'elle soit écarlate telle qu'on la connaît.

L'ensemble se lit donc bien, même si, sans surprise pour ma part, Leonardo Romero domine les débats. Un constat qui se confirmera avec le deuxième numéro. Mais ça, je vous en parlerai demain...

lundi 15 janvier 2018

MOON KNIGHT, VOLUME 1 : FROM THE DEAD, de Warren Ellis et Declan Shalvey


Fréquemment, le scénariste Warren Ellis accepte une commande pour Marvel ou DC entre deux projets personnels, du "work for hire" qui dépasse parfois la simple exécution d'un contrat façon mercenaire pour donner un nouvel élan à un personnage ou une série. Il y a (déjà) quatre ans, c'est ainsi qu'à la suite de Brian Michael Bendis (un de ses amis) il reçut pour mission de rendre Moon Knight plus accessible et percutant. Le résultat tient dans un bref run de six épisodes mais qui lui permit de rencontrer le dessinateur Declan Shalvey, son actuel partenaire sur le titre Injection (publié chez Image Comics).


- Slasher. Appelé en renfort par le détective Flint, Moon Knight examine une scène de crime mais y voit autre chose que le simple théâtre du méfait d'un slasher qui tue des hommes forts et en bonne santé. Le coupable doit pouvoir se retirer vite et simplement : Moon Knight pense aux égouts et  descend dans les entrailles de New York jusqu'à découvrir le repaire d'un ancien agent du S.H.I.E.L.D. mutilé par une mine et qui dépèce ses victimes pour se réparer. En le faisant parler, le justicier le blesse mortellement. Plus tard, Marc Spector entend le diagnostic de sa psy : il ne souffrirait plus de schizophrénie mais bel et bien d'une invasion mentale par un esprit surnaturel - celui de Khonshu, le dieu de la lune égyptien.


- Sniper. Un tireur embusqué tue neuf personnes apparemment sans rapport entre elles jusqu'à ce que Moon Knight le repère sur le toit d'un immeuble visant une nouvelle cible. Les deux hommes s'affrontent jusqu'à ce que le justicier réussisse, difficilement à prendre l'avantage. Le sniper explique qu'il exécute ceux qui finançaient son régiment avant de lui couper les vivres, préférant s'enrichir plutôt que de soutenir l'effort de guerre. La dixième cible abat le tireur en justifiant que chacun choisit comment évoluer.


- Box. Quatre esprits frappeurs aux allures de punks des années 70 agressent sans raison des civils dans Manhattan downtown. Après trois attaques, sollicité par le détective Flint, Moon Knight intervient mais s'avère impuissant et se fait passer à tabac. Chez lui, il prend conseil auprès de Khonshu qui lui recommande d'utiliser ses reliques égyptiennes. Vêtu d'une armure antique, Moon Knight retourne défier les spectres et en vient à bout. Il localise ensuite leur repaire où il trouve leurs quatre cadavres décomposés, tués certainement après un ancien braquage foireux.


- Sleep. Recommandé par son confrère, le Dr. Peter Alraune, le Dr. Skelton demande son aide à Moon Knight après avoir pratiqué des expériences sur le sommeil auprès de patients, tous ayant le même rêve. Le justicier investit la seule chambre vide du local de Skelton et s'endort, plongeant dans les limbes où il découvre Craiglist, un des patients incapable de savoir s'il dort encore ou s'il est éveillé. Moon Knight revient à lui et entraîne par la force Skelton dans la chambre où il déterre le corps de Craiglist, dont le cerveau est contaminé par un champignon toxique, ce qui a infecté les autres patients.


- Scarlet. Une fillette a été enlevée et est retenue au cinquième étage d'un immeuble abandonné qui en compte six. Moon Knight y pénètre et affronte la quinzaine d'hommes en armes qui occupe l'endroit, gravissant étage après étage en les éliminant les uns après les autres. Il sauve la fillette, indemne, qui voit le masque du justicier comme son vrai visage et non un moyen de le cacher. Le chef du gang est exécuté par le drone de Moon Knight survolant le toit.


- Spectre. Ryan Trent était un des policiers en uniforme présent sur la scène de crime examinée par Moon Knight dans l'épisode 1. Vexé que le justicier ait résolu l'affaire à la place des autorités, il devient obsédé par cela et d'autres humiliations subies par le passé. Trent tente d'interroger Marlene Fontaine, l'ex-femme du Dr. Alraune, puis Jean-Paul Duchamp, le pilote de Moon Knight, avant de s'informer sur ses ennemis les plus redoutables. Il découvre ainsi Black Spectre, alias Arson Knowles, dont il décide d'usurper la double identité, puis tend un piège au justicier. Mais il échoue à le neutraliser car comme celui dont il s'est inspiré, Trent a voulu vaincre pour l'estime des autres alors que Moon Knight s'en moque.

Souvent réduit à la version Marvel de Batman, Moon Knight est un fascinant super-héros dont la folie, soulignée par son rapport équivoque à sa propre identité (avec son trouble schizophrène et sa relation avec le dieu Khonshu) et la justice (il emploie des méthodes expéditives sans être un tueur comme le Punisher), ne pouvait que séduire Warren Ellis, qui a théorisé (notamment dans ses  épisodes déchaînés de Thunderbolts) que les justiciers se masquaient et s'habillaient de manière excentrique pour imiter les chevaliers (knights donc) de jadis.

Chaque auteur qui a écrit les aventures de Moon Knight a plus ou moins insisté sur un aspect du personnage - ses personnalités multiples, sa possession mystique par Khonshu, etc. La précédente incarnation du héros par Bendis proposait que Marc Spector, exilé à Los Angeles, se choisissait comme modèles moraux trois confrères (Spider-Man, Captain America, Wolverine) pour être à la fois efficace et rester dans les clous éthiquement parlant. Ellis décide en saisissant l'opportunité de relancer le personnage d'opérer une synthèse.

D'abord, il assume l'influence de Batman en en faisant une sorte de détective de l'étrange. Mais pas que. C'est aussi un vigilante qui, comme son totem, veille sur la ville la nuit, au clair de lune, une sorte de kamikaze aussi prêt à s'engager dans une mission-suicide. Ensuite, le scénariste exploite le passé égyptien de Marc Spector : il s'agit moins d'insister sur sa schizophrénie que d'établir qu'il est littéralement envahi mentalement par Khonshu (comme le diagnostique sa psy - personnage fugace mais au potentiel inquiétant, que Brian Wood se chargera de développer ensuite) et que ses voyages à l'étranger (durant ses activités de mercenaire, sous d'autres identités) lui ont permis de collecter plusieurs reliques magiques, pratiques dans certaines circonstances. Enfin, chaque épisode est un récit self-contained, mais la fin du run forme une boucle narrative épatante, produisant un effet-miroir fascinant (avec le policier Trent obsédé par Moon Knight au point de vouloir le tuer pour s'accaparer sa gloire et, pour cela, reprenant l'alias du Black Spectre, moralement et esthétiquement opposé au justicier).

En collaborant avec Declan Shalvey, Ellis s'est trouvé un partenaire qui partage parfaitement ses lubies visuelles, mais l'artiste qui, jusqu'alors, était cantonné à des séries sans grand retentissement chez Marvel, ne se contente pas de servir graphiquement les scripts du célèbre scénariste.

Sa première contribution est de relooker Moon Knight selon les circonstances : sur 4 épisodes et demi, il n'opère pas dans une combinaison de spandex mais dans un élégant costume trois pièces d'un blanc absolument immaculé - Jordie Bellaire, Mme Shalvey à la ville, n'applique aucune couleur au personnage, ce qui créé un effet étonnant par rapport aux autres acteurs et aux décors. Dans l'épisode 3 (Sleep), MK endosse une curieuse armure avec un masque ressemblant au crane d'un corbeau, semblable à la tête de Khonshu, pour parer aux attaques de spectres et les vaincre - une idée simple et géniale puisqu'on devine que la carapace est magique. Dans l'épisode 2 (Sniper), il revêt une tenue plus classiquement super-héroïque avec une cape et une capuche blanche identique au design de Bill Sienkiewicz, mais avec des parties noires sur le corps (son masque, ses biceps, son ventre, ses jambes) - les parties blanches ayant la forme de croissants lunaires comme son logo et ses armes.  Ces corrections ont un effet maximum qui repensent le personnage sans le dénaturer.

Shalvey a dû aussi composer avec des exercices de style purement "Ellisiens", en particulier l'épisode 5 (Scarlet) où Moon Knight s'engage dans une baston insensée contre une quinzaine de gangsters dans un squatt. Econome en dialogues comme vous pouvez le déduire, centré sur l'action la plus brutalement exprimée, ce genre de chapitre fait partie de la signature du scénariste depuis Global Frequency (l'épisode Hyperviolence, dessiné par Tomm Coker) jusqu'à Secret Avengers #18 (dessiné par David Aja). C'est un vrai morceau de bravoure qui réclame de la fluidité dans le découpage et la faculté de traduire l'impact des coups, la progression paroxystique du combat, toutes choses superbement accomplies ici.

Enfin, Shalvey a su lire chez Ellis le sens du mouvement qui traverse ses récits : cette mobilité fait écho d'un épisode à un autre, parfois de manière très subtile, mais exprime aussi le sens des intrigues et leur résolution. Ainsi, dans l'épisode 1 (Slasher), Moon Knight descend pour débusquer l'assassin tout comme dans le #4 (Sleep), tandis qu'il doit monter dans le n°5 (Scarlet) pour sauver la fillette dans l'immeuble. Dans l'épisode 2 (Sniper), toute l'action est latérale et les déplacements s'effectuent dans le sens de la lecture, de gauche à droite. Enfin, les épisodes 1 et 6 (Spectre) forment un effet-miroir spectaculaire, une boucle narrative : Moon Knight n'apparaît plus que dans les ultimes pages du chapitre final, l'histoire retraçant la folie croissante de son ennemi.

En un recueil et six épisodes, Warren Ellis et Declan Shalvey réussissent donc magistralement à raconter Moon Knight comme personnage, série et concept, s'emparant de ses facettes les plus saillantes pour en tirer une synthèse qui a valeur de rapport définitif. Marvel décidera pendant deux autres cycles de même quantité de prolonger ce cadre (avec les excellents Brian Wood-Greg Smallwood d'abord, puis les médiocres Cullen Bunn-Ron Ackins ensuite) avant de laisser carte blanche à Jeff Lemire et Greg Smallwood pour une quinzaine d'épisodes extraordinaires où le "chevalier de la lune" affrontait son meilleur ennemi : lui-même.