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mardi 5 septembre 2023

THUNDERBOLTS OMNIBUS VOL. 1, de Kurt Busiek et Mark Bagley


Longtemps réclamé, l'Omnibus Thunderbolts de Kurt Busiek et Mark Bagley est enfin disponible en vf chez Panini Comics depuis le mois dernier. C'est un bon gros bébé de près de 1200 pages, qui contient l'intégralité des épisodes (33) écrits par Busiek et quasiment tous dessinés par Bagley, plus quelques numéros de séries dont les héros ont croisé la route des T-Bolts. Plutôt qu'une longue critique exhaustive, je vous propose de passer en revue les temps forts de ce pavé pour un titre qui vingt-six après a conservé intacte son originalité et son énergie.


Comme le raconte Kurt Busiek dans la préface, l'idée de Thunderbolts est venue lors d'une retraite Marvel, une sorte de séminaire organisé par l'éditeur avec les auteurs phares et les editors (les directeurs de collection), juste après l'event Onslaught. Cette saga culte s'achevait par la disparition de plusieurs héros emblématiques (Avengers, Fantastic Four), ce qui inspira cette question à Busiek : "qu'allait-il arriver aux gens sans la protection de leurs champions ?", et, en discutant avec Tom Brevoort, le scénariste imagina un twist renversant pour une nouvelle série, avec des personnages inédits.

Restait à convaincre l'editor-in-chief Bob Harras. Evidemment, je suis obligé à partir de là de spoiler, donc si vous ne connaissez pas le secret des Thunderbolts, lisez cet omnibus et revenez lire cet article.



Ces super-héros sont en réalité les Maîtres du Mal : Citizen V (qui usurpe le nom d'un héros de la seconde guerre mondiale) est le Baron Zemo, Météorite et Opale, Songbird et Screaming Mimi, Atlas est Goliath, Mach 1 est le Scarabée, Techno est le Fixer ! Et le plan de leur leader est simple : gagner la confiance du peuple et des autorités pour devenir les maîtres du monde en l'absence des vrais héros.
  

Un septième membre s'ajoute à la liste dès l'épisode 4 avec Jolt, une jeune femme qui a été victime des expériences du savant fou Arnim Zola, pratiquées sur des sans-abri après la bataille contre Onslaught.. Mais Jolt ignore tout du passé de ses partenaires et de leur projet. Cela fournit au personnage une innocence véritable et le suspense consiste à savoir combien de temps il lui faudra pour découvrir la supercherie.
 

La série a la chance d'être dessinée par Mark Bagley : à cette époque, il a déjà une belle carrière et il est réputé pour sa rapidité. Mais c'est sur Thunderbolts qu'il va vraiment franchir un cap et gagner en notoriété. Son style très énergique convient à merveille aux histoires bourrées d'action de Busiek : rien ne semble lui faire peur, ni animer un team-book (pourtant exigeant), ni composer des batailles épiques auxquelles viennent participer des guest-stars comme Spider-Man (que Bagley aura souvent l'occasion de dessiner ensuite), les Heroes for Hire, Hulk, Daredevil, les New Warriors (qu'il avait contribué à lancer auparavant).


Un premier tournant dans la série survient lorsque les T-Bolts croisent la Veuve Noire qui s'étonne de la complémentarité qu'ils démontrent en action alors qu'ils sont en activité depuis peu. On sent qu'elle soupçonne quelque chose mais n'a aucune preuve. Surtout, cela lui évoque dans l'épisode 9 l'époque du "kooky quartet" : il s'agit de la formation des Avengers qui succéda à la toute première, après le départ des fondateurs (Thor, Ant-Man et la Guêpe, Iron Man, Hulk), quand Captain America décida d'offrir une seconde chance à d'anciens vilains comme Scarlet Witch, Quicksilver et Hawkeye (qui fut le complice de Black Widow quand elle était espionne).  Si d'aventure, comme le pense la Veuve, les T-Bolts avaient quelque chose à se reprocher, elle leur accorde comme Captain America jadis une chance de se réhabiliter.


Zemo/Citizen V sent le danger d'autant que plusieurs membres de l'équipe commencent à se faire à leur nouvelle situation et à apprécier de jouer les héros. C'est particulièrement frappant avec Songbird, qui a perdu ses partenaires dans le passé, et Mach 1, qui a été souvent humilié face aux héros : ces deux-là tombent d'ailleurs amoureux. Pour Atlas, qui s'est épris de Dallas Riordan, qui joue le rôle d'agent de liaison entre l'équipe et la mairie de New Yok, c'est un vrai dilemme car il sait qu'il la perdra si elle apprend la vérité. Techno est le plus fidèle à Zemo tandis que Météorite se tient prête à remplacer Zemo s'il est démasqué.


Au bout d'un an de publication, et des batailles contre des ennemis aussi variés et redoutables que les Démolisseurs, le Penseur Fou, l'Enclave (qui refera parler d'elle ensuite), les Nouveaux Maîtres du Mal, l'installation des T-Bolts au Four Freedom Plaza (le QG des Fantastic Four), les retrouvailles avec Arnim Zola (qui coûteront la vie à Techno - mais qui survivra sous une autre forme), Zemo a enfin accès aux informations confidentielles détenues jadis par les Avengers. Il décide donc de révéler au monde qui sont les Thunderbolts et leur plan... Mais les FF et les Avengers resurgissent au même moment. Après quelques péripéties, Opale, Mach 1, Songbird, Atlas et Jolt se livrent mais disparaissent subitement !
 

Busiek et Bagley ont téléporté leurs anti-héros sur la planète Kosmos, d'où Zemo avait arraché Atlas. Cet arc n'est franchement pas très inspiré et semble surtout servir de prétexte pour organiser la cavale des T-Bolts qui reviennent ensuite sur Terre et tentent de faire profil bas. Pourtant, la majorité, sous l'impulsion de Jolt, toujours aussi exaltée, ne veut plus sombrer de nouveau dans la criminalité. Seul moyen de prouver leur bonne foi : agir en véritables héros, sans arrière-pensée. Opale suit la bande, mais toujours en espérant tirer les marrons du feu. Durant cette période, l'équipe affronte Charcoal qu'ils auront l'occasion de recroiser.
 

Zemo et Techno ont trouvé refuge en Amérique du Sud où ils conspirent à la fois pour redevenir les maîtres du monde mais aussi pour châtier les T-Bolts. Ceux-ci sont également agressés par les Nouveaux Maîtres du Mal, désormais dirigés par l'énigmatique Crimson Cowl : Busiek va faire réfléchir ses lecteurs sur l'identité de cette dernière pendant un bon moment et il aboutira encore une fois à un twist savoureux. Mal engagés dans un affrontement contre leurs ennemis jurés, les T-Bolts reçoivent l'aide de Dreadknight qu'ils accueillent dans leur repaire de fortune. Et là, nouveau coup de théâtre ! Il s'agit de Hawkeye ! L'archer, autrefois repêché par Captain America au sein du "kooky quartet", offre aux fugitifs de les diriger, leur servant de caution morale. Opale enrage. Et Songbird se désespère car Hawkeye réclame un sacrifice : que Mach 1 se livre à la police pour un meurtre qu'il a commis quand il était le Scarabée.
 

Evidemment, l'initiative de Hawkeye ne va pas passer inaperçu. Si, jusque-là, les rencontres entre les Thunderbolts et d'autres héros Marvel dans les séries de ces derniers n'ont pas abouti à des histoires mémorables (comme Incredible Hulk 449, Spider-Man Team-Up 7, Heroes for Hire 7), le crossover avec les Avengers est une réussite. Il faut dire que c'est également Busiek qui, alors, écrit Avengers, dessinée par le regretté George Pérez et j'ai beau ne pas être un grand fan de ce run, ce numéro a une sacrée gueule. Spectaculaire, haletant, il résume toute une époque, tout un esprit, avant la mode de la narration décompressée, une sorte de fin de l'âge de bronze des comics Marvel.


On approche ensuite de la fin de l'omnibus. Et cela se sent : Busiek va recycler des idées et peine visiblement à se renouveler. Malgré le leadership de Hawkeye et quelques scènes mémorables (le baiser échangé entre l'archer et Météorite), la série avance avec moins de grâce. Heureusement que Bagley ne s'essouffle pas : songez qu'à part l'épisode 7 (dessiné par Jeff Johnson) le 9 (avec un long flashback sur le "kooky quartet" par Ron Frenz) et l'Annual 1 (où il a été rejoint par Bob McLeod, Tom Grummett, Ron Randall, Gene Colan, Darick Robertson, Chris Marrinan et George Pérez pour illustrer les origines des membres du groupe), il n'a jamais fait défaut ! Une régularité impressionnante, qui a même épuisé le premier encreur du titre (l'excellent Vince Russell, remplacé ensuite par Scott Hanna). Seuls faits vraiment notables : l'intégration de Charcoal dans l'équipe, le renfort de U.S.Agent et du Jury contre les Nouveaux Maîtres du Mal (avec la révélation de l'identité de Crimson Cowl, mais je ne spoilerai pas), et le recutement de Mach 1 par une agence gouvernementale.


Busiek, en quête d'un second souffle, joue une certaine surenchère en opposant ses héros à un adversaire surpuissant : Graviton. C'est méchant aux motivations mégalomaniaques classiques, avec un look très 90's, qui donnera effectivement du fil à retordre à l'équipe et Bagley est déchaîné pour mettre en images un combat paroxystique. Mais le problème, c'est que la série n'avance plus : on voit les ficelles, les coups de théâtre, on compte les ennemis, mais c'est devenu routinier. Comme un aveu de cette impuissance à se renouveler, à surprendre, on assiste à l'apparition d'un nouveau Citizen V qui revendique être la vraie descendante du héros de la seconde guerre et donc en veut à Zemo et aux T-Bolts. Mais Busiek ne développe pas ce personnage.
 

Après une dernière empoignade avec l'Empire Secret, et la découverte de l'Ogre, que les T-Bolts prennent d'abord pour Techno, dans leur repaire high-tech, le run de Busiek s'achève sans éclat, mais avec un cliffhanger qu'il reviendra à son successeur, Fabian Nicieza, d'exploiter. Ne vous m^éprenez pas : même moins inspirée, la série reste un page-turner incomparable, d'un dynamisme imparable, mais son scénariste a perdu sa verve, peut-être son envie (ce qui n'est pas indigne au bout de trente épisodes).

Panini ayant visiblement décidé de freiner ses sorties d'omnibus, il faudra certainement être très patient avant de profiter de la suite. Mais souhaitons quand même que l'éditeur n'oublie pas de proposer le vol. 2 de Thunderbolts. Mëme à 90 Euros, on en a pour son argent et la qualité est au rendez-vous, y compris avec des bonus appréciables. Niveau confort de lecture, évidemment, un pavé de plus de 1000 pages, ce n'est pas idéal, mais bon, l'idée était de compiler tous les épisodes de Busiek en un seul tome. C'est donc un très bon investissement. Et des heures de lecture jubilatoires.

jeudi 24 février 2022

ELEKTRA : BLACK, WHITE & BLOOD #1, de Charles Soule et Mark Bagley, Leonardo Romero, Declan Shalvey et Simone d'Armini


Je me suis procuré les deux premiers numéros de cette anthologie alors que je ne prévoyais que d'acheter le deuxième (qui comporte une histoire par Greg Smallwood). Suivant le même principe que pour d'autres projets (impliquant Wolverine, Deadpool, et chez DC Superman ou Wonder Woman), il s'agit pour des auteurs de produire de courts récits illustrés en utilisant seulement trois couleurs. Cette fois, c'est Elektra qui a inspiré les scénaristes et dessinateurs.


- Red Dawn. (Ecrit par Charles Soule, dessiné par Mark Bagley.) - Dans cette histoire, Elektra est vaincue par un groupe de vampires et désormais contaminée, elle doit consentir à l'ultime sacrifice...


- Not The Devil. (Ecrit et dessiné par Leonardo Romero.) - Dans cette histoire, Elektra traque un membre de la pègre, Shigeru Ono, qui tente de fuir New York. Mais elle découvre qu'il emmène avec lui sa fille, qu'elle se refuse à exécuter...


- The Crimson Path. (Ecrit par Declan Shalvey, dessiné par Simone d'Armini.) - Elektra vient au secours d'une jeune fille poursuivie par des tueurs. Au terme de la bataille, elle comprend qu'elle a hérité du titre de la cible comme assassin ultime...

Or, donc, j'étais parti pour acquérir le n°2 de Elektra : Black, White & Blood pour lire l'histoire qu'a écrite et dessinée Greg Smallwood (et dont j'avais parlé dans ma rubrique Des Nouvelles Nouvelles Toutes Fraîches). Et je suis revenu avec le n°1 en plus parce que Leonardo Romero était au générique...

D'habitude, je suis pas client de ces anthologies trichromatiques, que ce soit chez DC ou Marvel. Je n'ai rien contre, et même au contraire, ça peut être intéressant de voir comment des auteurs se débrouillent avec un format court et des contraintes graphiques. Mais en revanche je suis beaucoup plus perplexe sur le fond de l'affaire qui consiste surtout à mettre en avant des personnages réputés pour leur violence (en tout cas chez Marvel) sous couvert d'exercices esthétiques (tandis que chez DC, pour Superman et Wonder Woman, le spectre des histoires est plus large, même si la forme est gadget).

Mais, donc, Greg Smallwood et Leonardo Romero, deux artistes dont je suis fan, et qui m'ont convaincu de débourser quelques Euros. Pour quel résultat ?

Dans ce premier numéro, on a droit à trois récits. L'héroïne est donc Elektra. Noir, blanc et sang sont des couleurs qui lui correspondent sans problème. La création de Frank Miller reste un personnage qui conserve un pouvoir de fascination intacte, comme si rien ne pouvait l'abîmer. Pourtant Marvel semble souvent ne pas savoir quoi faire d'elle : véritable méchante, ou créature plus équivoque, éternelle femme fatale dans le sillage de Daredevil, elle fut même un temps membre des Thunderbolts (durant le bref run de Daniel Way et Steve Dillon) ! Elle a subi des relookings souvent hasardeux puis on lui a rendu son look d'origine, indépassable. Et si en fait Elektra résistait à tout ?

Partant de là, quel risque court-on de l'animer dans une anthologie consacrée à ses "exploits" ? Au moins, cela présente l'avantage de l'écrire et de la dessienr hors de toute continuité et au gré de la fantaisie de chacun. Si elle tombe entre de mauvaises mains, ce sera vite oublié. Si elle est bien dirigée, ce sera un bon point de plus à son palmarès.

On a une bonne idée avec ce premier numéro de ce à quoi peuvent ressembler ces expérimentations. Prenez Charles Soule et Mark Bagley : le premier a scénarisé Daredevil mais, curieusement, sans s'être vraiment servi d'Elektra (sinon dans un très bref arc), et le deuxième n'a, à ma connaissance, ajmais dessiné la tueuse au cours de sa longue carrière. Leur récit est étrange, funèbre, et pourtant envoûtant. Bagley est étonnamment bon sur ce coup et Soule très sobre. Ce n'est pas renversant mais intéressant.

Leonardo Romero leur succède et se montre très inspiré. Il puise à la source de Frank Miller en évoquant la période où le personnage d'Elektra est apparu et où le lecteur ne la situait pas du tout. Elle assassine plusieurs membres de la pègre et traque un asiatique qui veut fuir New York à la suite de ces carnages. En s'apercevant qu'il emmène avec lui sa fille, Elektra ne se résoud pas à la tuer mais complètera quand même son contrat. C'est cruel, hyper dynamique, et visuellement magnifique. Romero mériterait vraiment une seconde chance, lui qui m'avait ravi sur le run de Kelly Thompson avec Hawkeye et qui, depuis, vivote d'éditeur en éditeur.

Enfin, Declan Shalvey raconte un dernier segment métaphorique sur le thème de l'assassin ultime. C'est violent, sanglant, et étrangement beau malgré tout. Dommage qu'il n'ait pas dessiné également (mais il est fort occupé par ailleurs). C'est donc à Simone d'Armini, un artiste italien encore méconnu, qu'échoît la partie visuelle. Le résultat ne manque pas de style mais souffre parfois d'un manque de lisibilité, ce qui ne pardonne pas quand on travaille avec seulement trois couleurs. Toutefois, belle idée de colorer la tenue d'abord virginale d'Elektra avec le sang de ses adversaires pour qu'elle soit écarlate telle qu'on la connaît.

L'ensemble se lit donc bien, même si, sans surprise pour ma part, Leonardo Romero domine les débats. Un constat qui se confirmera avec le deuxième numéro. Mais ça, je vous en parlerai demain...

jeudi 16 novembre 2017

GUARDIANS OF THE GALAXY (VOLUME 3) #15-19, de Brian Michael Bendis et Valerio Schiti


Ce quatrième recueil regroupe les cinq derniers épisodes du Volume de la série qui forment le dernier arc narratif écrit par Brian Michael Bendis si on les additionne aux 27 épisodes du précédent Volume et aux quatre parus durant Secret Wars (sous le titre Guardians of Knowhere), on atteint un run cinquantaine d'épisodes, ce qui représente un total consistant sans être aussi épais que ses New Avengers ou Daredevil par exemple. 

Rappel des faits : l'intervention des Gardiens de la galaxie dans la guerre civile entre super-héros de la Terre a abouti à un fiasco - non seulement leur vaisseau a été détruit durant une bataille entre le camp d'Iron Man et de Captain Marvel (qu'ils soutenaient) , mais Gamora a appris que Thanos était détenu par cette dernière. Conséquence immédiate : Drax, Rocket et Groot se sont dispersés et le groupe a été dissous. Ben Grimm, Angela et Venom ont aussi pris leurs distances pour des raisons différentes. Désormais coincés sur Terre, chacun réagit différemment à la situation...

Un clin d'oeil aux FF - série que Bendis rêvait de produire...

Ben Grimm/la Chose était parti de la Terre sans prévenir ses proches (son ami Johnny Storm/la Torche humaine, seul autre rescapé des Fantastic Four après Secret Wars) ni s'expliquer auprès des autres Gardiens. Dans un fast-food, il est abordé par Maria Hill, la directrice sur SHIELD, qui l'informe que Victor Von Doom a décidé de devenir un héros sous le nom et l'armure d'Iron Man (Tony Stark ayant été blessé et placé dans le coma à la fin de la guerre civile). Mais ni elle ni Ben ne croient à cette reconversion et tous deux souhaitent l'arrêter et le faire juger. La Chose rencontre Mary-Jane Watson, l'assistante de Stark, qui l'oriente vers le Dr. Amara Perrera, une scientifique courtisée par son employeur et Von Doom (la suite de cette enquête pour le nouvel agent du SHIELD se poursuit dans les pages de la série Infamous Iron Man où Von Doom recherche sa mère, une sorcière présumée morte).

Valerio Schiti se dessine avec son scénariste dans la foule entourant Groot...

Groot s'est posé au coeur de Central Park en compagnie de Rocket, qui ne cesse de râler et s'éclipse pour aller chercher de la junk-food. C'est alors que le Tatou, un suer-vilain, commet un braquage et tente de semer la police en effrayant la population. Groot se lance à sa poursuite et réussit à le neutraliser, mais les flics le considèrent alors comme une menace jusqu'à ce qu'un garçonnet s'interpose et que la foule l'entoure. Les deux nouveaux amis profitent des merveilles de New York en retournant à Central Park.


Gamora, depuis qu'elle sait que Thanos est détenu dans le Triskelion, est obsédée à l'idée de l'approcher pour le tuer. Captain Marvel, avec laquelle elle s'est battue à ce sujet, la fait surveiller par Sasquatch, Aurora, Spectrum et Miss America Chavez qui parviennent, difficilement, à l'appréhender. Carol Danvers organise le départ de sa captive de la Terre avec Gladiator, représentant de la garde impériale Shi'Ar, mais Gamora réussit à s'enfuir avant. Pénétrant dans le Triskelion en se mêlant aux gardes, elle découvre la cellule de Thanos vide avant d'y être enfermée par Captain Marvel qui lui révèle que le titan s'est évadé en profitant du chaos entre les super-héros.


Angela cherche sa compagne, Sera, dans un appartement new yorkais, où réside désormais un nouveau locataire. Repartant, elle se sent suivie et affronte Maxilin l'accusateur, un mercenaire, qui traque Gamora. Leur duel se termine dans la rue où l'asgardienne tue son adversaire qui, avant de mourir, la prévient de l'arrivée de Thanos et ses alliés.


Alors que, à bord d'un héliporteur du SHIELD, Carol Danvers cherche un moyen de faire partir Peter Quill/Star-Lord et Rocket, une alerte retentit. Une immense flotte, composée de Badoon, Broods et Arthrosiens et menée par Thanos, survole New York et annonce son objectif de conquête de la Terre, une fois les Gardiens de la galaxie éliminés. Au prix d'un combat épique entre eux et le titan, les héros ont raison de leur ennemi tandis que ses alliés préfèrent rebrousser chemin. Thanos est pris en charge par le corps des Novas. Puis vient le temps des adieux...
  

Drax, Gamora, Star-Lord, Rocket et Groot repartent pour de nouvelles aventures dans l'espace après avoir quitté Ben Grimm, Angela, Venom et Kitty Pryde. Dans la zone négative, Annihilus et son complice Badoon renoncent à l'avenir à s'en prendre à la Terre.

Le succès des Guardians of the Galaxy, dans la série écrite par Brian Michael Bendis et au cinéma dans les films réalisés par James Gunn, a bien évidemment motivé Marvel à exploiter ces héros en leur dédiant des titres détachés. Skottie Young a ainsi animé (seul puis avec d'autres dessinateurs comme Jake Parker ou Felipe Andrade) Rocket & Groot (très réussi, très drôle), l'ex-catcheur CM Punk et Cullen Bunn se sont penchés sur Drax (crétinissime mais tonique), Sam Humphries a enchaîné Legendary Star-Lord et Star-Lord (avec des fortunes diverses), et une mini-série sur le passé de Gamora par Nicole Perlman a fini par voir le jour (superbe).

Tout cela pour expliquer que ce dernier arc narratif ne s'intéresse pas au sort de tous les membres de l'équipe une fois celle-ci dissoute après la destruction de leur vaisseau durant la saga Civil War II et à cause des cachotteries peu inspirées de Peter Quill (et Captain Marvel). En choisissant seulement quatre d'entre eux, le scénariste nous prive d'un arc qu'on aurait aimé plus fourni (par exemple que devient Flash Thompson entre les épisodes 14 et 19) ou plus détaillé sur certains points (le fait que Kitty Pryde devienne la nouvelle chef des X-Men - voir la série, épouvantable, X-Men Gold)

Malgré cela, cette dernière ligne droite offre de bons moments, parfois très originaux sur le fond comme sur la forme. Le meilleur du lot est le chapitre consacré à Groot, le plus positif, sympathique et atypique des Gardiens : l'épisode est entièrement composé en pleines pages avec un texte off à bases de rimes ! Et ça fonctionne de manière épatante, à la manière d'une fable naïve certes, pleine de bons sentiments, mais correspondant idéalement au personnage. Valerio Schiti s'éclate visiblement dans cette exercice de style, poussant même le jeu jusqu'à représenter Bendis et lui-même dans un plan où la foule protectrice entoure l'extra-terrestre (essayez de les repérer, ce n'est pas difficile).

Un autre segment très convaincant est celui qui suit Gamora, dont la situation intense est exploitée remarquablement. Bendis et Schiti en font une sorte de course-poursuite gorgée d'action et de douleur, réussissant à faire passer le désir de vengeance de la tueuse davantage comme une frustration née de blessures anciennes et incurables que comme une vendetta. Le sort qui l'attend est cruel et on enrage pour elle, contre Captain Marvel.

Plus moyens sont les épisodes consacrés à Ben Grimm et Angela : 

- dans le premier, Bendis titille la nostalgie des fans en évoquant les Fantastic Four au détour d'une scène poignante (le scénariste souhaitait visiblement préparer le retour de l'équipe, et on peut à présent supposer qu'une des raisons de son départ chez DC vient du fait qu'il n'y a pas été autorisé - depuis des années maintenant, Ike Perlmuter, un cadre de Marvel, peste contre le studio Fox qui ne veut pas revendre les droits d'exploitation cinéma des 4 Fantastiques à l'éditeur et ne veut donc plus qu'un mensuel leur soit consacré : cette thèse est appuyée par Jonathan Hickman, qui est l'avant-dernier scénariste de leur série), puis ensuite, brusquement, il redirige la Chose dans une mission du SHIELD, dont il devient un agent pour traquer Victor Von Doom. Pour connaître l'issue de ses investigations, il faut lire Infamous Iron Man, autre série écrite par Bendis... 

- Dans le second, Angela recherche une certaine Sera et là, bon courage pour savoir qui est-ce, à moins d'avoir lu tout ce qui a été publié chez Marvel avec la néo-asgardienne. En revanche, la deuxième moitié de l'épisode met en scène un duel musclé entre la guerrière et un mercenaire qui recherche en vérité Gamora. Schiti fait des merveilles pour chorégraphier cette bagarre et assure le show jusqu'au cliffhanger final.

Bendis a toujours aimé conclure ses runs ou célébrer des épisodes spéciaux en offrant à ses lecteurs un numéro double dans lequel des artistes de première classe sont invités à s'exprimer pour quelques pages. Ce sont donc quarante planches spectaculaires qui composent ce 19ème chapitre où Thanos, Annihilus, les Broods, les Badoon et d'autres fripouilles aliens envahissent la Terre (en commençant, comme d'habitude, par New York) et, surtout, éliminer les Gardiens.

Le scénariste plaisante sur le fait qu'en ce moment dramatique tous les héros de la Terre semblent aux abonnés absents comme pour mieux laisser Star-Lord et sa bande en finir avec le titan. La blague est aussi inoffensive que savoureuse (surtout après avoir livré Civil War II et son casting pléthorique). En revanche, les guests artists font leur effet : Phil Noto (pages 9-10, très bien), Andrea Sorrentino (pages 11-12, le minimum syndical), Ed McGuinness (pages 17-18, bien bourrin), Art Adams (pages 24-25, épatant - et gratifiant pour le cover-artist de ce Volume), Kevin Maguire (pages 26-27, parfait), Mark Bagley (pages 28-29, tonique), Sara Pichelli (pages 30-31, superbe), Felipe Andrade (pages 32-33, bâclé).

Malgré cette "concurrence", Schiti produit encore de fabuleuses pages, au point que Bendis se passe de dialogues vers la fin pour une magnifique séquence de séparation, à la fois apaisée et émouvante. Mais comme il ne saurait être question de se quitter sur une note triste, les deux dernières pages offrent quelques vannes malicieuses (dont un clin d'oeil au film Avengers).

C'est la fin de l'aventure et, pour ma part, d'une lecture fort agréable. Entre temps, on en a appris un peu plus sur le futur de Brian Michael Bendis, dont le bail chez Marvel s'achèvera fin Décembre (les editors-in-chief, Tom Brevoort et Nick Lowe, ont convenu de le laisser finir ses arcs sur Invincible Iron Man et Defenders en douceur tout en lui donnant des garantis sur les personnages qu'il a créés - Miles Morales, Riri Williams - et ont été intégrés au MCU). Courant Janvier, des annonces provenant de DC Comics devraient être communiquées sur les premiers projets de leur nouvelle recrue, qui, comme autant d'indices, a publié sur son compte Twitter une pile de livres de son nouvel éditeur qu'il révise - avant d'en reprendre l'écriture de certains ?