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samedi 14 août 2021

DES NOUVELLES NOUVELLES TOUTES FRAÎCHES : SPECIALE SUBSTACK

J'avais initialement prévu de parler de Substack Lundi prochain, mais l'ampleur qu'ont prise les annonces de ce nouvel acteur de l'industrie des comics m'a incité à lui consacrer une entrée à part. Car c'est bel et bien une petite révolution à laquelle on est en train d'assister depuis quelques jours. Et comme chaque révolution, elle pose des questions : bouleversement visionnaire ? Ou miroir aux alouettes ?


Substack, c'est quoi d'abord ? Il s'agit d'une plateforme qui permet à des auteurs de publier leurs newsletters. C'est gratuit, mais on peut payer pour accèder à des contenus spéciaux. Cette semaine, Substack a fait beaucoup parler de lui en attirant plusieurs grands noms des comics dans un projet d'envergure.


Tout a en fait débuté lors du premier confinement consécutif à la pandémie du COVID-19 en 2020. A l'époque, les éditeurs paniquent : la crise sanitaire provoque un arrêt de la distribution des comics, le principal distributeur, Diamond Comics, cesse même son activité, tout comme certains imprimeurs. Chez certains éditeurs, on commande même aux artistes de poser leurs crayons le temps que la situation revienne à la normale. Durant cette période, le seul moyen de lire encore des comics consiste à utiliser les plateformes numériques, comme Comixology.
Mais les auteurs gambergent pour ne pas complètement perdre le contact avec leurs lecteurs, notamment quand ils produisent des titres en creator-owned. Nick Spencer (ci-dessus), le scénariste de The Amazing Spider-Man, pense déjà à l'après-COVID et discute avec Substack qui publie sa newsletter. 


Des échanges précis entre Spencer et Substack, on ne sait rien. Mais cette semaine, tout s'est brusquement accéléré. D'abord quand James Tynion IV (ci-dessus) annonce qu'il quitte DC et donc abandonne la série Batman, pour laquelle DC était prêt à lui donner carte blanche pour les trois prochaines années, afin de se consacrer exclusivement à ses propres créations. Il quittera Batman en Novembre prochain et The Joker en Avril 2022, terminera The Nice House on the Lake en 2022 (le titre fera un break de Novembre 2021 à Mars 2022). Mais Tynion ne veut plus écrire de comics de super-héros, conforté par le succès de Something is killing the Children.


Tynion annonce dans la foulée qu'il a signé un deal avec Substack, pour une collection de comics, dont le premier sera une série antholgique, Blue Book (ci-dessous), co-créée et dessinée par Mike Avon Oeming (ci(dessus). Cinq autres titres sont en prévision.


Nick Spencer, James Tynion IV, Mike Avon Oeming : c'est déjà pas mal. Mais ce n'est que le début d'une exode massive et spectaculaire. Car Substack a frappé très fort. Vraiment très fort.


Le prochain sur la liste n'est en effet nul autre que Jonathan Hickman, l'architecte du renouveau des X-Men chez Marvel depuis deux ans. Une sacrée prise, car le bonhomme n'arrive pas seul et pas pour n'importe quel projet. Il lance même ce qu'il appelle "une expérience inédite", intitulée 3W. 3M., soit 3 Worlds. 3 Moons. (ci-dessous)


Pour l'accompagner, il y a Mike Huddleston (ci-dessous), avec qui il signe Decorum (toujours pas fini au demeurant), chez Image Comics. Un artiste au style fou, qui colle donc bien à la démesure des ambitions de Hickman.


Si Hickman écrita le scénario et le script de 3W. 3M., il a confié à des complices le soin de compléter son projet :


- Tini Howard (scénariste de Excalibur et X-Corp) doit imaginer le système magique de cet univers.


- Ram V (Catwoman, Justice League Dark, Swamp Thing, Venom) se charge de l'économie.


- Al Ewing (S.W.O.R.D., Guardians of the Galaxy, Immortal Hulk, Defenders) réfléchit à la religion.


- Gerry Duggan (X-Men, Marauders) conçoit le modèle technologique et scientifique.


Que racontera exactement 3 Worlds. 3 Moons. ? On l'ignore encore, mais cela s'annonce hors normes. Un autre artiste a été réquisitionné pour la peine : Mike Del Mundo (ci-dessus) a posté les premiers characters designs de la série et c'est magnifique.




Mais la razzia n'est pas terminée ! Substack a dû lever des fonds énormes pour sa campagne de recrutement et le financement de ses futures publications. Car c'est une nouvelle manière de faire : en effet, Substack, pendant la première année de production, prend tout à sa charge. Puis la deuxième, il prélévera une commision de 10% sur les bénéfices générées par les oeuvres produites.


Saladin Ahmed (Miles Morales : Spider-Man, The Magnificent Ms. Marvel) sortira chez Substack Copper Bottle.


Molly Knox Ostertag (Strong Female Protagonist, Tales of the Night Watchman, The Girl from the Sea) livrera In The Telling.


Chip Zdarsky (Daredevil, Sex Criminals) est le dernier à avoir cédé aux sirènes de Substack, mais pas encore de tprojet précis communiqué.


Substack devient aussi le nouveau foyer de Skottie Young qui plante Image Comics pour relancer sa série déjantée I Hate Fairyland (ci-dessous).


Mais alors, au fond, qu'est-ce qui motive cet exode ?

Hé bien, en fait, c'est assez simple : Les auteurs vont pouvoir développer leur propre gamme de comics chez Substack. Ils en auront la propriété intellectuelle et les droits de publications, autrement dits si dans un premier temps Substack aura l'exclusivité de leurs productions en ligne, en format numérique, les auteurs pourront ensuite faire publier en format physique leurs histoires chez l'éditeur de leur choix (Image, Dark Horse, IDW, Boom !). Ils deviennent de fait des publishers, et surtout, ça ne signifie pas la mort des comics en dur - d'ailleurs la majorité des auteurs ayant signé avec Substack restent attachés aux albums (les TPB), et même les floppies (les fascicules).

Comment lira-t-on ces comics ?

Comme c'est d'abord, dans un premeir temps, une offre numérique, c'est un système de suscription, d'abonnement. Le prix de base a été (jusqu'à nouvel ordre) fixé à 5 $, ce qui revient au prix d'un floppie chez Marvel ou DC. Mais ensuite il y a une échelle de tarifs supérieurs pour accéder à des bonus (scripts, croquis, etc). Il n'est pas exclu aussi, d'après ce que j'ai compris, que certains auteurs appliquent un procédé semblable à celui de PanelSyndicate (la plateforme créée par Brian K. Vaughan et Marcos Martin, le "pay what you want", donc virtuellement une offre gratuite.

Que penser finalement de tout cela ?

Il est indéniable que Substack a redistribué les cartes. Chez Marvel et, dans une moindre mesure chez DC, ça doit être un peu la panique. 

Le cas de Jonathan Hickman est particulièrement intéressant : cela signifie-t-il qu'il va totalement quitter Marvel et donc plaquer la franchise X qu'il revitalisée ? Ou va-t-il vouloir conserver au moins une place de showrunner ? On sait que Tomm Coker dessine actuellement le vol. 3 de Black Monday Murders, la série qu'il écrit pour Image Comics, donc ce n'est pas impossible que Hickman ait le temps et l'énergie de continuer à produire pour Marvel. On en saura certainement plus à la fin de la publication d'Inferno, car le scénariste a maintes fois expliqué qu'il s'agissait d'une histoire aussi importante que House of X - Powers of X, et à la lumière de ces derniers jours, on peut interpréter cela de deux façons : soit il entend par là que Inferno peut être la conclusion de son projet sur la franchise mutante et que les autres scénaristes se chargeront de la suite sans lui ; soit Inferno conduira au lancement d'un nouveau titre écrit par Hickman (puisqu'il a légué X-Men à Gerry Duggan).

D'autres auteurs, comme Ram V, Gerry Duggan ou Tini Howard, ont déjà prévenu qu'ils ne délaissaient pas les Big Two : Ram V continuera à écrire Catwoman et Justice League Dark (et finira Swamp Thing) pour DC, co-signera Venom avec Al Ewing pour Marvel ; Gerry Duggan ne lâche pas X-Men ; et Tini Howard - je reparlerai d'elle Lundi dans mon autre entrée consacrée aux nouvelles de la semaine.

Substack et son offre ont-ils un avenir ? 

Ou est-ce un coup d'éclat qui risque d'aboutir à une énorme désillusion ? Il est impossible de le dire. Mais on peut raisonnablement penser que si des auteurs comme Tynion, Hickman, Skottie Young se sont engagés, ils ont bien dû peser le pour et le contre, et les avantages ont dû l'emporter sur les désagréments. Substack a aussi l'assurance avec des auteurs de ce calibre que leurs fans les suivront dans cette aventure. 

Financièrement, Substack donne des conditions de travail qui feraient rêver n'importe qui (c'est même mieux que Image Comics où les auteurs ne reçoivent aucun argent avant la publication). Et puis il y a le précédent PanelSyndicate, cette initiative improbable et pourtant couronnée de succès, où Brian K. Vaughan et Marcos Martin avaient lancé The Private Eye en laissant le choix aux lecteurs de payer ce qu'ils veulent. David Lopez, Albert Monteys les ont rejoints, avec bonheur. Les fans comprennent que tout travail mérite salaire et pour ceux qui préférent lire de vrais livres, physiques, les récits de Vaughan et Martin ont été ensuite publiés en hardcover par Image puis Urban Comics, Black Hand & Iron Head de Lopez idem, Universe de Monteys pareil.

Si on considère que pour produire des oeuvres originales et de qualité, il faut qu'ils soient dans de bonnes dispositions, alors réjouissons-nous de l'offre de Substack. Ensuite, le temps fera son oeuvre et nous verrons bien l'ampleur du succès (ou du bide) de cette entreprise.

lundi 9 août 2021

DES NOUVELLES NOUVELLES TOUTES FRAÎCHES

J'espère que vous allez tous bien - et même que vous avez commencé à aller vous faire vaccciner. C'est Lundi, c'est donc le jour où je passe en revue les news qui on retenu mon attention et qui, peut-être, éveilleront votre curiosité. Allez, go !

*

DC COMICS : 


Les octogénraires sont nombreux parmi les héros de DC Comics et le prochain dont l'éditeur fêtera l'anniversaire sera Arthur Curry alias Aquaman. Comme c'est la désormais la coutume, le roi des océans aura droit à un numéro spécial d'une centaine de pages, dans les bacs le 31 Août prochain, avec une collection de courts récits écrits et dessinés par diverses équipes artistiques.
Parmi celles-ci : Jeff Parker et Evan Shaner, Geoff Johns et Paul Pelletier, Dan Jurgens et Steve Epting, Chuck Brown et Valentine de Landro... Mais pas Kelly Sue DeConnick (la dernière à avoir piloté la série régulière du héros) ni Ivan Reis (qui l'avait relancée avec Geoff Johns lors des New 52)....
La couverture est signée par le regretté Robson Rocha, qui sera le grand absent de la fête.


Selon le Hollywood Reporter, Henry Cavill ne jouera plus Superman. Mais est-ce vraiment une surprise ? Warner Bros ne développe plus de suite à Man of Steel depuis des années, et toutes les rumeurs concernant des caméos de l'acteur dans d'autres productions (Black Adam, Shazam !, The Flash...) ont été infondées. Dernier clou du cerceuil : l'annonce d'un projet de film sur un Superman noir, auquels sont attachés les noms de J.J. Abrams, John Ridley et sans doute Michael B. Jordan (même si l'acteur est aussi cité pour la production d'une série sur HBO Max avec Calvin Ellis, le Superman Président des Etats-Unis de la Terre-23).
Reste que Cavill avait de très nombreux fans, très actifs sur les réseaux sociaux pour réclamer un nouveau long métrage Superman avec lui, encore davantage depuis la Zack Snyder's Justice League. Même si, pour moi, personne n'arrive à la hauteur de Christopher Reeve, le Superman de Richard Donner, j'appréciai l'interprétation de Cavill, sobre et intense.
Mais l'acteur garde un agenda bien rempli : il est toujours le héros de The Witcher sur Netflix (saison 2 à venir) et il a signé pour tenir le premier rôle de Argylle, le prochain film de Matthew Vaughn, un thriller d'espionnage que le cinéaste voit comme le successeur de James Bond, avec un casting fou (Bryan Cranston, John Cena, Sam Rockwell, Bryce Dallas Howard, Samuel L. Jackson).

*
BRIAN MICHAEL BENDIS / JINXWORLD :
 

DC avait convaincu Brian Michael Bendis de venir en lui signant un contrat d'exclusivité, en lui confiant les séries Superman et Action Comics, un label (Wonder Comics) et en hébergeant Jinworld (rassemblant tous ses projets en creator-owned). C'était en 2017.
Depuis Bendis a perdu Superman et Action Comics en même temps que son contrat d'exclusivité a été rompu. Mais il écrit désormais Justice League. Wonder Comics n'existe plus, ses séries ayant été annulées les unes après les autres.


Quid de JinxWorld ? Hé bien, il semblerait que DC ne soit plus intéressé par les creator-owned du scénariste. Qui s'est mis en quête d'un nouveau toit pour ses projets en creator-owned. La piste la plus sérieuse, même si rien n'a encore été officialisé, l'entraînerait du côté d'Image Comics, où Bendis fut remarqué à la fin des années 90 avec des titres comme Jinx, Torso, ou ses scénarios pour Sam & Twitch.
Le scénariste a par contre annoncé qu'il préparait une nouvelle série originale avec le dessinateur David Marquez, qui devrait inaugurer la nouvelle base de JinxWorld. Et peut-être lui donner des envies d'indépendance totale. Car ce n'est pas avec ses épisodes actuels de Justice League ou Checkmate que Bendis comble ses fans et j'ai le sentiment que DC ne cherche pas à le retenir, au moins pour des raisons salariales. Bien sûr, il pourrait retourner chez Marvel, mais pour y écrire quoi - le seul titre majeur qui manque à son palmarés serait Fantastic Four, mais Dan Slott s'y accroche.
Pour ma part, je ne serai ni malheureux de voir Bendis quitter complètement DC, où il m'a globalement déçu, comme s'il s'y était perdu, ni de le voir se relancer chez Image, sautant ainsi le pas franchi par ses collègues comme Ed Brubaker, Rick Remender, Brian K. Vaughan.

*
MARVEL COMICS : 


Dans moins d'un mois maintenant débutera la publication d'Inferno, le nouvel event de la franchise X, écrit par Jonathan Hickman, qui promet un bouleversement comparable à ce que fut House of X - Powers of X. Et progressivement, cette mini-série en quatre chapitres de 40 pages chacun se dévoile.


Marvel a mis en ligne ces trois images promotionnelles, qui rendent explicitement hommage au crossover Inferno des années 80 avec trois personnages sur fond noir. Le ton est en tout cas donné : on a eu tort (mutants comme lecteurs) de se fier aux chefs, aux héros et même aux ennemis de Krakoa. Le choix des personnages interpèle : Magneto, Emma Frost, Pr. X (qui siègent au Conseil), Colossus, Psylocke, Bishop (membres de X-Force, Hellions, Marauders), Mystique, Moira McTaggert et Destinée (dont les routes se sont croisées dans une des vies de Moira).


Dessinés par R.B. Silva, ces teasers sont bigrement alléchants en tout cas. Toujours côté graphisme, j'ai appris aussi que Valerio Schiti dessinera donc les épisodes 1 et 4, Stefano Caselli le 2 et Silva le 3. Jerome Opena sera le cover-artist de Inferno.


En Novembre, sur le même principe du remake de Giant-Size X-Men #1, Marvel va rééditer Fantastic Four #1 et Fantastic Four Annual #3 pour les 60 ans de la création de la First Family de la Maison des Idées. Pour l'occasion, et pour la première fois depuis 1961, Jack Kirby est crédité comme co-scénariste aux côtés de Stan Lee (ça fera plaisir à ceux qui pensent que Lee n'a jamais été un "vrai" scénariste...).
Chaque page sera redessiné par un artiste actuel et donc Marvel a sonné le rappel de ses troupes avec, notamment, Adam Hughes, Bryan Hitch, Carlos Pacheco, Chris Sprouse, Elsa Charretier, Javier Rodriguez, John Cassaday, John Romita Jr., Leinil Yu, Marco Checchetto, Mike Allred, Mike de Mundo, Neal Adams, Nic Klein, Olivier Coipel, Pepe Larraz, Stefano Caselli, Steve Epting, Jorge Fornes...
Attendez-vous à la même opération en 2022 pour les 60 ans de Spider-Man.


Depuis sa création en 2009 par Brian K. Vaughan et Adrian Alphona, la publication de Runaways n'a pas été un long fleuve tranquille, peinant à se remettre du départ de ses auteurs initiaux. Mais depuis 2017, sous l'impulsion de Rainbow Rowell, le titre connaissait une nouvelle vie et avait regagné les faveurs de la critique et d'un public de fidèles. 38 n° plus tard, pourtant, Marvel a décidé de tout arrêter.
Cet ultime épisode correspondra au centième numéo de Runaways, ce qui est à la fois peu mais beaucoup chez un éditeur qui relaunche fréquemment et qui se repose beaucoup (comme sa Distinguée Concurrence) énormément sur les grosses franchises. J'avais beau ne plus lire Runaways depuis belle lurette, cette annulation me rend triste car ces personnages marquèrent lors de leur apparition un renouveau, firent souffler un vent frais, que seule Rainbow Rowell semble avoir été capable de comprendre aussi bien que BKV et Alphona (qui signe la variant cover de ce n° d'adieu).
 

Un titre s'arrête, un autre prend sa place. Et le retour du Punisher prend forme. Jason Aaron serait bien en train de préparer le come-back de Frank Castle, sans qu'on sache encore la forme exacte que ça prendra (mini-série, ongoing, graphic novel ?). Un titre a même été lancé par certains sites spécialisés : Punisher : No More.
Cela suggère une remise en question du personnage, dont le logo a été brouillé par des partisans de l'extrême-droite américaine qui l'ont récupéré. Malgré cela, il y a une sorte de consensus parmi les fans pour que la tête de mort emblématique du Punisher ne soit pas effacé, même si son costume doit subir un redesign. Cependant Punisher : No More indique clairement que Frank Castle va passer à autre chose que l'exécution de malfrats dans une quête de vengeance sans fin de sa famille, et ça, c'est pas plus mal.
L'autre info, c'est qu'un dessinateur serait aussi attaché à ce retour et il s'agirait de l'excellent Paul Azaceta (dont le dessin ci-dessus date de 2016). Ces dernières années, il a collaboré avec Robert Kirkman sur la série Outcast, qui s'est achevé dernièrement. On cite aussi le nom de Jesus Saiz, sans doute pour les covers. En tout cas, si tout cela se confirme, ça devrait envoyer du bois (à condition que Aaron soit inspiré pour son script).


Après un an de hiatus, Marvel vient d'annoncer que la mini-série Nebula, écrite par Vita Ayala et dessinée par Claire Roe, était finalement annulée. Ils en auront mis du temps à se décider, même si on peut comprendre que la commercialisation du titre était devenue difficile après avoir été interrompue au bout de deux n° à cause de la pandémie lié au COVID-19.
Mais cette annulation, du coup, interroge sur l'avenir d'autres séries sur lesquels Marvel ne communique plus.


L'an dernier, par exemple, New Warriors devait être relancé par Daniel Kibblesmith et Luciano Vecchio, et à l'heure actuelle, le projet semble enterré. RB Silva devait en être le cover-artist, et surtout cette équipe de super-héros se reformait pour la première fois depuis les tragiques événements de Civil War qu'elle avait contribués à déclencher.



Plus problématique encore est le cas de la mini-série The Punisher vs Barracuda, écrite par Ed Brisson et dessinée par Declan Shalvey (dont on voit ci-dessus les characters designs des deux protagonistes). Outre que le personnage de Frank Castle a été mis en sourdine par Marvel, ce projet devait introduire dans la continuité classique le vilain Barracuda qui avait créé par Garth Ennis et Goran Parlov dans la collection Punisher MAX (pour lecteurs adultes). On sait que Shalvey avait dessiné complétement quatre des cinq épisodes prévus, mais l'artiste lui-même ignore si Marvel compte publier un jour la série et donc quand il devra la compléter.


X-Cellent est un autre dossier épineux : la réunion de Peter Milligan et Mike Allred avait de quoi exciter les fans nostalgiques de X-Statix, une des séries mutantes les plus originales et étranges jamais produites et dont ce devait être la suite. Mais là encore, la crise sanitaire a repoussé sa sortie. Selon Mike Allred, Marvel compterait bien la commercialiser, mais sans qu'il sache quand. Quant à Peter Milligan, il est actuellement occupé par d'autres projets.


Enfin, Christos Gage et Todd Nauck pourront-ils faire profiter leurs fans de la fin de leur mini-série Gwen Stacy, avec ses sublimes couvertures signées Adam Hughes. Deux numéros étaient sorties avant la crise sanitaire. Mais Marvel là encore ne dit pas ce qui se passera avec les trois autres (même si Amazon a annoncé la sortie d'un tpb).
Ce satané virus aura fait bien du mal - et ce n'est pas fini (donc vaccinez-vous, mettez vos masques, etc.).
*
BECKY CLOONAN :


Elle est bien jolie, Becky ! Mais elle ne dessine plus beaucoup, ou en tout cas plus assez à mon goût. Comme Amanda Conner, elle préfère se consacrer à l'écriture (comme en ce moment sur Wonder Woman). Mais alors je préférerai aussi qu'elle écrive de nouveaux comics indés (comme Demeter, Wolves...).
Heureusement, Becky Cloonan va peut-être me combler (et pas que moi) car l'insatiable Scott Snyder (au sujet duquel je vous parlais la semaine passée avec ses nouvelles séries) aurait un projet avec elle. Aucun pitch communiqué ni de date de sortie, mais ce sera sans doute un titre de plus à la collection qu'il forme pour Comixology/Dark Horse Comics. 
En tout cas, Scott, si tu arrives à faire redessiner Becky, qu'importe nos différends passés, tu auras ma gratitude éternelle !

Je n'en attends pas autant de vous, mais j'espère que vous aurez apprécié ces nouvelles nouvelles. Et je vous dis à très bientôt pour de futures critiques. Take care !

vendredi 3 mai 2019

DC'S YEAR OF THE VILLAIN #1, de Scott Snyder, Brian Michael Bendis, James Tynion IV, Jim Cheung, Alex Maleev et Francis Manapul

 

Demandez le programme ! DC publie ce Year of the Villain à la manière d'un dossier de presse pour annoncer comment vont se dérouler plusieurs histoires dans les mois à venir. C'est un peu fourre-tout, sous prétexte de nous faire croire que tout est lié, mais voilà de quoi prendre date, aussi bien pour précommander ses comics que pour éviter des tie-in.


- Doom (Ecrit par Scott Snyder, dessiné par Jim Cheung). - Lex Luthor dévoile à son complice, Brainiac, comment il compte mettre ses considérables moyens financiers à la disposition de tous les super-vilains pour une attaque coordonnée contre les super-héros. Avant de se faire exploser pour échapper à une arrestation par Captain Atom.


- Leviathan (Ecrit par Brian Michael Bendis, dessiné par Alex Maleev). - Batgirl est capturée après avoir aidé Green Arrow à appréhender Merlyn. Son ravisseur ne lui veut pourtant pas de mal mais lui soumet une alliance pour sauver le monde. Averti de la disparition de sa disciple, Batman écoute Damian Wayne/Robin supposer que Jason Todd/Red Hood est peut-être le maître d'oeuvre de Leviathan.
  

- Justice (Ecrit par James Tynion IV, dessiné par Francis Manapul). - En patrouille dans le secteur du Mur de la Source, la Justice League apprend que Perpetua, la mère du Multivers, s'apprête à réapparaître avec un mystérieux second... Qui n'est autre que Lex Luthor !

La disposition de ce numéro intrigue car si le segment écrit par Scott Snyder semble relié, logiquement, à celui de James Tynion IV (les deux scénaristes rédigent, parfois ensemble, les scripts de la série Justice League, au sein de laquelle s'est développée la Legion of Doom de Lex Luthor), en revanche Leviathan de Brian Michael Bendis ne présente aucun rapport avec la saga cosmique des deux premiers (puisque cet event murît dans les pages de Action Comics).

Pour ma part, évidemment, je suis plus intéressé par le projet de Bendis que je trouve très accrocheur et prometteur. Il a intégré Superman dans une histoire d'espionnage à grande échelle où le mystérieux Leviathan détruit toutes les officines, gouvernementales ou terroristes, sans qu'on sache pourquoi.

Cet aperçu lève un peu le voile en introduisant l'auteur de ces attentats non pas comme un simple méchant mais comme un individu, à l'identité encore inconnue, qui souhaite sauver le monde. Il s'en ouvre à Batgirl, qu'il considère comme la plus à même d'apprécier ce projet, et ses arguments sont troublants (les super-héros ont-ils jamais réussi à pacifier la Terre ? Non. Donc il faut essayer une autre méthode, qui passe visiblement par la suppression de toutes les agences de contrôle et les groupuscules criminels.).

Comme on peut le constater dans Action Comics actuellement, dont Bendis se sert comme d'une rampe de lancement pour Leviathan, il y a pléthore d'organisations de ce type dans le DCU, et même Superman (les yeux et les oreilles du monde) n'en a pas (pas toujours) conscience (voir la mafia invisible de Metropolis). Le choix de Bendis pour creuser ce sujet passe logiquement par des francs-tireurs et des détectives de métier : Batgirl, Green Arrow, mais aussi Batman, la Question, Plastic Man, Manhunter et... Lois Lane !

Taillé sur mesure pour Alex Maleev, c'est un récit qui a l'air passionnant, et qui sonne comme une revanche pour l'auteur (qui n'a jamais réussi à convaincre Marvel de lui laisser écrire une série sur Nick Fury et le SHIELD).

En ce qui concerne Doom et Justice, Snyder et Tynion IV posent les bases pour eux et d'autres. Perpetua, le Mur de la Source, le Batman-qui-rit, la Legion of Doom, Lex Luthor, tout cela sera prolongé dans les pages de Justice League (et, ponctuellement, dans d'autres titres, comme le précise un planning à la fin de la revue).

Mais on voit aussi, plus distinctement, l'implacation de Bane et Gotham comme un des théâtres du plan de Luthor : c'est le terreau d'un prochain arc ambitieux du Batman de Tom King (une histoire en huit épisodes, avec Tony S. Daniel au dessin).

Bref, c'est moins compact, plus dispersé que Leviathan (qui sonnera aussi le retour de Green Arrow, avant une nouvelle série régulière pour l'archer). Snyder et Tynion IV permettent aussi l'officialisation de la parution, dès Août prochain, d'un nouveau titre Batman/Superman, écrit par Joshua Williamson et dessiné par David Marquez (nouveau transfuge de Marvel), très alléchant, et qui verra le "World's Finest" aux prises avec le Batman-qui-rit (fusion de Batman et du Joker en provenance du Dark Multivers, apparu dans Dark Knights : Metal).

Selon qu'on est plus ou moins attiré par tel ou tel récit, on appréciera diversement cette "Année du Vilain". Mais force est de constater que DC depuis "Rebirth" enracine ses parutions événementielles profondèment (ce que ne réussit pas -plus ? - Marvel) avec un souci de rester accessible. 

dimanche 7 avril 2019

DETECTIVE COMICS #1000


Batman a 80 ans et Detective Comics la revue qui a publié ses premières aventures atteint son millième numéro. Comme Superman et Action Comics l'an dernier, DC Comics fête cela avec un numéro spécial de 96 pages, réunissant le gratin de l'éditeur. Pourtant, le résultat est très inégal, alternant entre vraies réussites et efforts sans inspiration.


On commence avec The Longest Case où Scott Snyder et Greg Capullo imaginent astucieusement comment une laborieuse investigation de Batman dissimulait un test ourdi par une guilde de détectives (Slam Bradley, Hawkman, Hawkgirl, Martian Manhunter, Bobo le détective Chimp, Traci Thirteen, la Question, Elongated Man) pour y admettre le dark knight.

C'est malin, ludique, et on a envie de revoir cette guilde, au casting épatant. Capullo est en forme (même si la page d'ouverture fait craindre le pire). Snyder montre qu'il excelle dans ce format court (alors qu'il s'obstine dans des histoires interminables).



Kevin Smith a rédigé pour Jim Lee le segmet suivant : Manufacture for Use. L'idée est une fois encore habile (le logo de Batman dissimule une plaque de métal protectrice produite par le pistolet fondu qui a tué ses parents).

Malheureusement, les dessins de Lee gâche tout (je ne comprendrai décidément jamais le culte dont est l'objet cet artiste). Mais bon, c'est le patron chez DC... 


On arrive au premier chef d'oeuvre de la collection : The Legend of Knute Brody (le titre fait penser à un film des frères Coen). Et quel plaisir de voir réunis Paul Dini et Dustin Nguyen !

Ce récit sur un homme de main calamiteux, qui fait foirer tous les coups du Joker, du Châpelier fou, du Sphinx et de Poison Ivy, est drôlissime et sa révélation finale est imparable. La seule trace d'humour dans ce millième numéro.


La rumeur prête à Warren Ellis, l'auteur de The Batman's design, un futur projet avec le héros (dessiné par Bryan Hitch ?). Il s'associe ici à Becky Cloonan pour une poignée de pages qui file à cent à l'heure, dans lesquelles le dark knight, tel un joueur d'échecs, élimine un gang en utilisant le contenu d'un entrepôt où il l'a coincé.

Ce n'est pas renversant, mais en termes d'efficacité et de rythme, difficile de faire mieux. Et Cloonan assure le show.


Le mythique Denny O'Neil fait équipe avec le génial Steve Epting pour un autre sommet de ce numéro : Return to Crime Alley, dans lequel Leslie Thompkins démontre implacablement à Batman que sa croisade contre le crime en a fait un être consumé par la violence et la cruauté.

Graphiquement magnifique, l'épisode est subtilement écrit et déjoue ce que son titre pouvait laisser présager pour réfléchir concrétement sur les conséquences des missions de Batman sur ce dernier.


Et, sans transition, om tombe sur la première cata de ce numéro : Heretic de Christopher Priest et Neal Adams prouve par A + B que deux auteurs célébrés et respectés ne sont pas une garantie de succès.

L'histoire, sur un jeune voleur qui s'est laissé corrompre par l'argent qu'il a volé à Bruce Wayne et dont la famille a préféré se débarrasser, est consternante. Les dessins sont affreux. Rien à sauver.


Proposé gratuitement à la lecture en avant-goût par DC, le chapitre de Brian Michael Bendis et Alex Maleev, I Know, est un des plus atypiques du lot. Il nous entraîne dans le futur où le Pingouin et Bruce Wayne finissent leurs jours dans une maison de santé. Oswald Cobblepot révèle avoir toujours su qui était Batman et cela a valu la vie sauve à son alter ego.

C'est un peu bavard et statique, d'accord, mais plein de malice et de cruauté. Bendis a fait plaisir à Maleev qui rêve de redessiner Batman depuis longtemps (et ce sera chose faite avec la saga à venir, Leviathan). Jubilatoire.


Là où les uns brillent, les autres sombrent comme le prouve The Last Crime of Gotham, un navet produit par Geoff Johns et Kelley Jones. Là encore situé dans le futur, cette histoire du dernier meurtre résolu par Batman (avec Catwoman, Robin et Echo, la fille de BatCat) est d'une laideur visuelle irrécupérable.

Mais surtout, comme Jim Lee, cela sent le cadeau fait à un des boss de DC, Johns, qui n'a jamais montré d'affinités pour Batman et raconte n'importe quoi.


Le niveau se redresse nettement avec The Precedent qui est dû à James Tynion IV et Alvaro Martinez. En revenant sur le moment où Dick Grayson a découvert le secret de Bruce Wayne et le dilemme de ce dernier pour embarquer le garçon dans sa croisade, le scénario donne surtout à Alfred Pennyworth un rôle d'arbitre.

Les dessins sont somptueux et le script très intelligent. Ah, si ce tandem pouvait lâcher Justice League Dark pour s'occuper de la série Nightwing (allègrement massacrée actuellement par Scott Lobdell)...


Bien entendu, ce millième numéro ne pouvait se passer de la présence du scénariste actuel de Batman et donc Tom King a contribué avec Batman's greatest case. Aidé par Tony Daniel et Joelle Jones au dessin, il signe un segment très verbeux mais à la morale superbe.

En somme, nous dit King, la grande affaire de Batman, c'est sa famille, la Bat-family. Ils sont venus, ils sont tous là, pour une photo de famille. Qui raconte surtout que le héros a bâti un clan pour pallier la perte de ses parents, devenir un père de substitution à son tour. Daniel et Jones ne sont pas au top de leur forme, mais ça reste correct.


Et enfin, comme pour Action Comics, le sommaire s'achève par un avant-goût de Detective Comics #1001 : Medieval. En charge du titre depuis plusieurs mois, le tandem Peter J. Tomasi-Doug Mahnke présente le futur ennemi de Batman, l'Arkham Knight, importé d'un jeu vidéo.

Batman est un "Bad Man" ? C'est ce que pense ce nouveau personnage. Le jeu de mots ne vole pas haut et Mahnke enchaîne les splash-pages avec une voix-off bavarde. Guère passionnant. Comme le titre historique de la chauve-souris depuis le départ de Tynion IV (un des rares à avoir vraiment fait l'effort de redéfinir la revue).

*
Quelques pin-ups agrèmentent le programme :

 Mikel Janin, grand absent de la fête, offre une belle image iconique.

 Jason Fabok signe un poster bien garni, mais où, curieusement,
c'est Catwoman qui occupe le centre de l'image.

Et Amanda Conner, comme souvent depuis un bail maintenant,
assure le service minimum.

Forcément inégal, ce numéro mille réserve tout de même de beaux et bons moments. On en retire tout de même l'impression que ces épisodes anniversaires favorisent la hype plutôt que l'inspiration. Il faut marquer le coup évidemment, mais ce serait encore mieux si tout le monde avait vraiment quelque chose à dire, plutôt que de réserver de la place aux cadres de DC et à certaines anciennes gloires à la peine.