Affichage des articles dont le libellé est Rachel Keller. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Rachel Keller. Afficher tous les articles

mercredi 16 août 2017

LEGION (Saison 1) (FX / Marvel Studios)


Comme si ça ne lui suffisait pas d'être aux manettes de la géniale série anthologie Fargo (Il faudra quand même que je pense à regarder la saison 1 un de ces jours), Noah Hawley a convaincu la chaîne FX dans le cadre d'un partenariat avec Marvel Studios de piloter Legion.

Bienvenue dans le grand huit mental le plus ahurissant que la télé américaine propose, conduit par ce prodigieux showrunner.
 David Haller (Dave Stevens)

David Haller est interné dans une clinique psychiatrique car on l'a diagnostiqué schizophrène. Son mal paraît profond quand on considère le traitement médicamenteux que les médecins lui prescrivent en plus d'une thérapie comportementale qui doit situer l'origine de ses troubles.  
Syd Barrett (Rachel Keller)

Dans l'établissement où il réside, d'autres choses bizarres se produisent et perturbent David, malgré le soin déployé pour l'assommer : pourquoi limite-t-on ses contacts avec d'autres internés, comme la belle Sydney dont il est amoureux, alors qu'il subit les railleries de Lenny Busker ? Pourquoi sa soeur se comporte si étrangement, tour à tour froide et chaleureuse, l'accusant d'avoir détruit leur famille et culpabilisant de le laisser là ?  
Amy Haller (Katie Aselton)

Et surtout pourquoi le soumet-on, sous garde armée, à des interrogatoires en suggérant qu'il aurait des pouvoirs mentaux immenses et dévastateurs, prêt à tout ravager s'il perd le contrôle de lui-même ? Totalement perdu, il ne sait comment réagir quand un petit commando attaque l'asile pour le libérer après qu'il se soit une ultime fois rebellé contre ses geôliers. 
Cary Loudermik (Bill Irwin)

Conduit dans le repaire de ses nouveaux amis, qui sont ceux de Sydney, David fait la connaissance de la patronne de ce groupe : Melanie Bird. Elle lui révèle qu'il ne souffre pas de schizophrénie mais qu'il est un mutant prodigieusement puissant dont le gouvernement et l'armée veulent faire une arme pour éliminer ses semblables. 
Kerry Loudermik (Amber Midhunter)

Et ses pareils sont les membres du commando : il y a Cary, un laborantin, et Kerry, son double féminin (mais plus jeune), combattante hors pair ; Ptonomy, un artiste de la mémoire, et Syd Barrett, qui évite en vérité tout contact physique car elle peut absorber les pouvoirs et la personnalité de ceux qu'elle touche.  
Ptonomy Wallace (Jeremie Harris)

Accordant, bon gré mal gré, sa confiance à Melanie, David devient l'objet d'études menées par Ptnomy et Cary pour déterminer l'origine de ses troubles mentaux, qui dérèglent violemment ses pouvoirs. Syd le soutient dans ces nouvelles épreuves introspectives où ils découvrent qu'un parasite psychique s'est établi dans les pensées du jeune homme pour, à terme, prendre son contrôle.  
Melanie Bird (Jean Smart)

Cette entité réside en lui depuis son enfance, lorsqu'il a été confié par son père, un puissant télépathe, à une famille d'accueil pour le protéger, et s'appelle Amahl Farouk alias "le Roi d'Ombre". Lorsqu'il apparaît à David - et ceux qu'il embarque dans ses explorations intérieures - , le monstre revêt l'aspect d'une créature difforme effrayante ou d'une jeune femme brune, familière de David : Lenny Busker !
Lenny Busker (Audrey Plaza)

David et ses amis réussiront-ils à neutraliser ce parasite redoutable avant que la Division 3, qui assurait sa surveillance à l'asile, ne les retrouvent et ne les capturent, pour, selon leur dangerosité, les utiliser ou les supprimer ?

Pour vous parler de Legion, et de l'expérience que cela a représenté pour moi, un flash-back s'impose : j'avais regardé le premier épisode il y a quelque temps et ne l'avais guère apprécié. Non pas qu'il était dénué de qualités, mais j'en étais sorti essoré. La métaphore du grand huit s'imposait avec ce maelström d'images à la narration éclatée, au héros sévèrement détraqué, à l'intrigue tortueuse. Je n'étais pas du tout préparé à ça. Et, qui plus est, je venais d'être déjà bien secoué par une autre série, le chef d'oeuvre The OA, dont le format, l'histoire, l'interprétation, l'ambiance me semblaient indépassables (et ça reste le cas). Compte tenu de tout cela, j'avais eu l'impression de tomber sur Legion comme si son showrunner (dont je ne connaissais pas encore le travail sur Fargo) avait voulu challenger The OA - geste fou, vaniteux !

Moins loin de nous, récemment, je surfe sur Facebook et apprend dans un article en ligne du magazine "Première" que le boss de FX s'inquiète que Noah Hawley ne lui ait toujours pas livré de scripts pour une saison 4 de Fargo et 2 de Legion (depuis, il semble que ce ne soit plus le cas, l'auteur ayant lui-même rectifié l'info en précisant simplement que ces deux productions réclamaient un investissement profond - je cite, de mémoire : "on n'écrit pas Legion en se levant le matin et en se disant :"allez, au boulot !" Non, c'est quelque chose pour lequel il faut être prêt à s'enfermer dans une cabane au fond des bois avec des champignons et sans distraction.").

J'ai donc décidé de retenter le coup, en reprenant à l'épisode 2 (craignant que revoir le "pilote" ne me décourage à nouveau tout en en ayant gardé un souvenir assez vif, notamment son dénouement avec l'évasion de David et sa fuite avec le gang de Melanie Bird). Je ne regrette pas cet effort : ces trois derniers jours, j'ai dévoré les 7 épisodes complétant cette première éblouissante, ébouriffante saison.

Résumer le déroulement de l'action de Legion ne rend pas justice à ce qu'on ressent en suivant ses chapitres car la production est extraordinaire. J'ignore de quel genre de champignons parle Hawley quand il évoque sa retraite dans une cabane au fond des bois pour écrire, mais je soupçonne une espèce de végétaux aux vertus ambiguës quand on mesure les effets qu'ils ont sur l'auteur. Mais David Haller était déjà une création extrême avant d'être la star de ce show : ses vrais parents sont le scénariste historique de la franchise X-Men, Chris Claremont, et le dessinateur-peintre le plus hallucinant des comics US, Bill Sienkiewicz.

Du personnage initial, Hawley a su à la fois garder l'essence tout en se l'appropriant, en les réinterprétant. La co-production de la série par les studios Marvel la rattache aux X-Men, mais ne comptez pas y croiser les mutants célèbres du grand écran comme Wolverine, Magneto ou le Pr. Xavier (même si une rumeur persistante annonce la présence de son acteur, le grand Patrick Stewart, dans la saison 2, ce qui serait à la fois attendu - Charles Xavier est le père biologique de David Haller dans les BD - , logique et jubilatoire). L'action, pareillement, s'y déploie de manière décalée par rapport aux canons du genre super-héroïque (d'ailleurs les personnages ici ne portent pas de costumes moulants et de masques), ce qui n'empêche pas les manifestations du pouvoir du héros (ou de ses camarades) d'être mises en scène spectaculairement (mention spéciale aux transferts provoqués par Syd, aux voyages dans la mémoire de Ptonomy, ou aux démonstrations de force de David contre la D3). On se croirait plus dans du David Lynch survitaminé, avec une esthétique pop (qui évoque des classiques comme Le Prisonnier ou Chapeau melon et bottes de cuir), avec son lot d'images dérangeantes, de visions chocs, d'ambiances azimutées.

Du côté de l'interprétation, il faut s'habituer au jeu de Dave Stevens, très expressif, à la limite de la grimace, ce qui est troublant avec sa tête le faisant passer pour un des frères Gallagher (ex-Oasis). Tout comme le numéro d'Aubrey Plaza, véritable (mauvais) génie dans la bouteille, capable de passer de la fille classe et sexy au démon destroy, sans qu'on sache très bien s'il s'agit d'une performance de haut vol ou d'une prestation entre grotesque et grandiose.
D'où l'importance cruciale de leurs partenaires aux compositions beaucoup plus sobres mais également intenses : on reconnaîtra deux acteurs habitués des productions Hawley, avec Rachel Keller (sublime Syd Barrett) et Jean Smart (Melanie Bird n'aide pas David de façon désintéressée). Le duo Bill Irwin-Amber Midhunter et Jeremie Harris sont aussi excellents.

Porté par une réalisation qui vous retourne comme une crêpe, Legion mérite son titre de "sensation télé" de l'année et consacre surtout son showrunner comme un scénariste (et réalisateur) sidérant.  

mercredi 2 août 2017

FARGO (Saison 2) (FX)


Après avoir suivi la jubilatoire saison 3 de Fargo, j'ai trouvé le temps de regarder la saison 2 (et la saison 1 est en bonne place, je ne l'oublie pas). Noah Hawley y affirme déjà son sens de la narration incroyable, exploitant l'univers des frères Coen mais avec une intrigue originale et toujours aussi folle.
Peggy et Ed Blumquist (Kirsten Dunst et Jess Plemons)

L'action se situe cette fois en 1979, à Sioux Falls. Peggy Blumquist renverse accidentellement avec sa voiture, un soir en rentrant chez elle, Lye Gerhardt et le conduit, blessé, chez elle. Lorsque son mari, Ed, boucher, découvre l'homme, il se défend lorsqu'il est agressé et le tue. Peggy convainc Ed de ne pas se dénoncer à la police mais de se débarrasser du corps et de couvrir toutes les traces qui pourraient éveiller les soupçons de la police.
Dodd et Bear Gerhardt (Jeffrey Donovan et Angus Sampson)

Ce qu'ignorent les Blumquist, c'est que la victime venait de tuer une juge fédérale et les employés d'un dinner pour le compte de sa famille, qui a la main haute sur divers trafics illégaux dans la région. Les Gerhardt traversent effectivement une crise car le Syndicat de la Pègre vient de leur envoyer des représentants de Kansas City, ne tolérant plus ce management à l'ancienne et exigeant la reprise en main du territoire et de leurs affaires. 
Simone Gerhardt et Mike Milligan (Rachel Keller et Bokeem Woodbine)

Les Gerhardt se résolvent à entrer en guerre contre Kansas City, mais Dodd et Bear, les deux frères ennemis, ne s'entendent pas sur la méthode pour éloigner ou éliminer leurs adversaires. Ils ignorent surtout qu'un traître se cache dans leur rang puisque Simone, la fille aînée de Dodd, est la maîtresse de Mike Milligan, le porte-flingue de Kansas City qui la protège contre des informations sur les intentions et manoeuvres de sa famille. 
Le shérif Hank Larsson (Ted Danson)

Pendant ce temps, le shérif Hank Larsson et son gendre et adjoint Lou Solverson, dont l'épouse souffre d'un cancer, enquêtent sur la tuerie du dinner et remontent la piste jusqu'aux Blumquist, désormais dans la ligne de mire des Gerhardt, dont un des sbires, un indien, a découvert le rôle dans la disparition de Lye. 
Le shérif adjoint Lou Solverson (Patrick Wilson)

Les Blumquist s'en sortiront-ils malgré tout ? Qui des Gerhardt ou de Kansas City remportera la guerre des gangs ? Réponses au terme d'une intrigue aussi tortueuse qu'implacable.

Fargo est vraiment une série exceptionnelle. Ces dix épisodes, d'une densité ahurissante, forment un mini-feuilleton passionnant, qui nécessite du spectateur de bien s'accrocher mais qui est en même temps si parfaitement écrite qu'on en suit le déroulement avec une fabuleuse fluidité.

Ce prodige tient d'abord à la construction de la production : Noah Hawley, le showrunner, bâtit son édifice selon un principe simple - le spectateur a toujours un coup d'avance sur les protagonistes. Ce mécanisme, inspiré par le suspense selon Hitchcock, tient constamment en haleine parce qu'on a toujours l'espoir que les personnages les plus attachants s'en sortent tout en sachant la dangerosité de leurs ennemis et la menace qui les dépasse, dont ils prennent progressivement conscience sans pourtant la réaliser complètement.

Ensuite, malgré la noirceur de l'ensemble (les Gerhardt s'entretuent, les trahisons s'accumulent, le sang coule, la mort est omniprésente), la série possède cet humour à froid irrésistible, correspondant au décor enneigé de la région où se situe l'action. Mélange de fatalisme et d'ironie, l'équilibre est tenu miraculeusement au gré de rebondissements absurdes, spectaculaires ou intimistes. Plus l'histoire avance, plus les liens entre les personnages se multiplient, plus l'enjeu se resserre, et il faut beaucoup de distanciation aux héros (aux authentiques good guys) pour absorber les événements.

La réalisation, sobre mais juste, efficace, au rythme ciselé, sert le propos à la perfection, on ne s'ennuie jamais bien que le rythme soit tranquille, presque débonnaire, comme engourdi - à l'image des personnages dans ce Dakota hivernal.

Enfin le casting est une fois de plus de premier ordre : on retiendra bien entendu la présence d'acteurs renommés comme Kirsten Dunst (sensationnelle en épouse que les catastrophes endurées illuminent jusqu'à la folie) ou Patrick Wilson (dont le jeu sobre et le physique de gendre idéal sert idéalement son rôle de flic pragmatique et d'époux indéfectible) et Ted Danson (formidable en shérif old school et cool), mais il ne faut pas mésestimer les prestations impeccables de Jess Plemons (en boucher dépassé), Jeffrey Donovan et Angus Sampson (Abel et Caïn chez les ploucs), Bokeem Woodbine (excellent en flingueur ambitieux) ou Rachel Keller (la muse sensuelle de Hawley, qui tient un des premiers rôles dans la vertigineuse série Legion).

Qualifier Fargo de chef d'oeuvre n'est pas usurpé. Vous voilà prévenus !