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jeudi 22 juillet 2021

MARAUDERS #22, de Gerry Duggan, Matteo Lolli et Klaus Janson


Autant vous prévenir : si vous n'avez pas lu les derniers n° de Marauders et ceux des séries encadrant le Hellfire Gala, passez votre chemin, rattrapez votre retard et alors vous pourrez profiter de ce vingt-deuxième épisode. Car Gerry Duggan connecte tout dans ce nouveau chapitre où il est question de secrets et de dissimulations. Matteo Lolli dessine la moitié et laisse l'autre, un gros flashback, à Klaus Janson, guest-artist ce mois-ci.


Les lendemains de fête laissent souvent des migraines comme c'est le cas pour Emma Frost, qui lit la couverture du gala du Club des Damnés dans la presse et se voit rappeler par le Pr. X de parler à Sebastian Shaw au sujet de l'impossibilité de ressuciter Lourdes Chantel.


Leur "mère" trop accaparée par ces affaires, les Stepford Cuckoos découvrent sur l'île de Mykines Wilhelmina Kensington en état de choc. En sondant son esprit, elles découvrent qu'elle est submergée par un trauma d'enfance et décide de l'aider.


Emma Frost se confie à Sebastian Shaw à propos de Lourdes Chantel en lui révélant qu'elle n'est pas morte comme il le croit. Par le passé, elle l'a aidée à fuir les brutalités du Roi Noir du Club des Damnés en mettant en scène sa mort.


Emma a ensuite requis les services de Wilson Fisk pour que Lourdes bénéficie de faux papiers et d'une nouvelle vie en échange de quelques faveurs; Aujourd'hui, Emma fait comprendre que ce mensonge a finalement motivé Shaw a aider l'établissement de la Nation X.

L'épisode est donc clairement découpé en deux parties. C'est le genre de dispositif que peut se permettre Gerry Duggan sur Marauders, qui n'est pas une série aussi stricte dans sa construction, aussi rigoureuse dans son déroulement que X-Men où le cahier des charges lui impose un quota d'action, des subplots, des cliffhangers et du soap opera. On mesure bien à présent que le scénariste doit se dédoubler non seulement physiquement pas aussi stylistiquement car les deux titres qu'il écrit n'ont pas les mêmes ambitions.

X-Men est la vitrine de la franchise, la série qui doit imposer le nouveau statu quoi d'une équipe de mutants justiciers en les rendant aussi sympathiques que les Avengers. Marauders reste plus lié à ma mythologie de Krakoa établie depuis Hox - PoX, où il s'agit encore de développer les intrigues de l'île des mutants. Récemment, juste avant l'event Hellfire Gala, au cours du dîner d'adieu de Tornade à l'équipe des Marauders, Sebastian Shaw déplorait l'absence de Lourdes Chantel, la femme qu'il aimait et qui est morte tragiquement, tuée par une Sentinelle - dans une histoire de X-Men Classic.

Cette affaire revient sur le devant de la scène maintenant que la fête est terminée. Et le Pr. X exige d'Emma Frost qu'elle clarifie la situation auprès de Shaw. Mais on y reviendra plus tard car l'épisode s'attarde sur une autre piste qui est amenée à se prolonger. En effet, les Stepford Cuckoos, de retour d'Arakko, trouvent sur la plage de l'île Mykines Wilhelmina Kensington en état de choc.

Wilhelmina est une membre des Homines Verendi, ce club de gamins richissimes qui ont pris le contrôle de Madripoor dont ils ont réussi à chasser les mutants. Apparus dans Wolverine and the X-Men de Jason Aaron, Gerry Duggan les a réutilisés depuis le début de Marauders d'une manière finalement assez efficace, quoique irrégulière, dans une guerre des nerfs et de territoire. Wilhelmina a été invitée au gala mais l'expérience a été un choc qui a fait remonter de mauvais souvenirs à la surface : les Stepford Cuckoos découvrent qu'elle a été victime d'abus sexuels durant son enfance par son père.

Saisissant l'occasion à la fois d'aider la jeune fille (comme le leur a enseignées leur mère) et peut-être avec une idée derrière la tête (soulager Wilhelmina pour qu'elle leur soit redevable ensuite et donc affaiblir les Verendi), elles l'accompagnent pour règler ce problème. La suite aux prochains numéros. Le risque pour Duggan, c'est qu'il aime multiplier les pistes narratives, les subplots. Il le fait avec de bonnes intentions (pour n'oublier aucun mutant) mais on peut se demander s'il aura vraiment le loisir de développer tout ça : après les Morlocks (qui font de la résistance à Madripoor, car ils rejettent l'autorité de l'ONU) et maintenant le cas Wilhelmina, sans oublier le business de la Hellfire trading company, ça commence à faire beaucoup.

Revenons à présent à Emma Frost, Sebastian Shaw et Lourdes Chantel. Duggan a sorti ce personnage des oubliettes (puisqu'elle n'était apparue que dans un épisode de X-Men Classic, donc seuls les connaisseurs s'en souvenaient), mais son idée est séduisante, d'autant qu'on voit qu'au lendemain du gala, Shaw a récupérait ses moyens (il avait été sévèrement remis en place pour avoir voulu tuer Kitty Pryde et Lockheed) et que la hâche de guerre semble enterrée avec Emma. Toutefois celle-ci est sommée par le Pr. X de révèler la vérité à Shaw sur sa défunte maîtresse.

Jusqu'alors, l'épisode est dessiné par Matteo Lolli, plutôt dans un bon jour. Il nous gratifie par exemple d'une superbe splash page avec Emma (voir ci-dessus), inspirée par un cliché célèbre de Faye Dunaway par Terry O'Neill après qu'elle avait reçu son Oscar pour Network (de Sydney Lumet, 1976) :


Le dessinateur italien a du goût et il aime représenter Emma. Le reste est aussi bon, même s'il manque toujours à Lolli une certaine rigueur dans les compositions, du dynamisme, de l'expressivité. Comme Stefano Caselli ne reviendra pas (il remplace Valerio Schiti sur SWORD), il va falloir que Marvel trouve un artiste régulier solide pour que Marauders ne sombre pas visuellement.

D'autant que, pour se charger du long flashback qui occupe la seconde moitié de l'épisode, Klaus Janson a été appelé. Janson jouit toujours d'un prestige certain dans la profession car il reste le compagnon de route de Frank Miller dans les années 80 (sur Daredevil où il était plus un finisseur qu'un simple encreur) puis de John Romita Jr. C'est une sorte de monstre sacré.

Pourtant, je l'avoue, je ne partage pas cette idolâtrie. Avec Miller, Janson formait un duo exceptionnel (même si les deux hommes se sont brouillés). En revanche, je n'ai jamais considéré qu'avec Romita Jr., il avait quelque chose d'aussi conséquent - JR Jr. ayant bien baissé aussi. Mais il y a pire : c'est quand Janson se pique de dessiner (et de s'encrer). Là, franchement, ce n'est ni fait ni à faire. Malheureusement, ça se vérifie une fois de plus ici.

Ses pages sont moches et trahissent un je-m'en-foutisme peu reluisant de la part d'une "légende" comme lui. Quand on atteint la scène où Emma confie Lourdes au Caïd, c'est du grand n'importe quoi : les plans sont composés d'une façon affreuses, les personnages sont mal proportionnés et même difformes (le Caïd est carrément bossu !), les gros plans sont hideux. Désolé, mais je ne vois aps comment on pourrait encore être indulgent devant un tel massacre.

On referme donc cet épisode avec un sentiment partagé (comme souvent sur cette série). Gerry Duggan a en tout cas du boulot maintenant : avec tout ce qu'il sème dans Marauders et l'écriture de X-Men, il devient le scénariste à la tête de deux gros titres de la franchise X. L'avenir nous dira s'il peut assumer cela, mais il est déjà évident qu'il ne bénéficie pas sur Marauders d'un artiste comparable à Pepe Larraz, à même de compenser ses éventuels coups de moins bien.

lundi 11 septembre 2017

MARVEL COMICS PRESENTS WOLVERINE, de Chris Claremont, John Buscema et Klaus Janson

Triste coïncidence, mais je vais vous parler de Wolverine le jour où l'annonce du décès (à 69 ans) de son créateur, le légendaire scénariste-editor Len Wein, est communiquée. Que les lignes qui suivent soient aussi une forme d'hommage à cet immense figure des comics.


Je suis offert, début Août, ce gros volume (plus de 450 pages) intitulé Marvel Epic Collection : Wolverine, qui reprend la totalité du run dessiné par John Buscema sur la série Wolverine. Auparavant, Marvel rééditait dans leurs Essential, d'épais albums en noir et blanc des anciens épisodes de leurs titres emblématiques pour un prix modique, puis, pour conserver ces lecteurs friands de oldies but goldies mais en récoltant plus de flouze au passage, hop ! passage à des livres en couleurs plus chers (mais avec des bonus en plus) et publiés sans ordre chronologique. That's business !

Comme je ne me sentais pas de vous critiquer ce pavé d'un trait, j'y consacrerai trois articles (pas successives cependant) pour que ce soit plus digeste (pour vous) et moins chronophage (pour moi). On commence donc par le plat d'entrée, également disponible en trade paperback sous le titre Marvel Comics presents Wolverine. 


En 1988, l'editor Mike Higgins est chargé de produire un bimensuel où Marvel veut tester quelques héros en vue de leur accorder ensuite une série régulière. C'est l'occasion de mettre en avant de personnages provenant d'équipes populaires tout comme d'autres seconds couteaux qui prennent la poussière sur des étagères, mais en les confiant à des créatifs solides et même parfois prestigieux. Ainsi donc Wolverine cohabitera-t-il avec Shang-Chi (Master of Kung-Fu) ou Man-Thing mais aussi Thor, Iron Man.

Le mutant griffu est déjà une star à l'époque en tant qu'X-Man et les pontes de Marvel ont bien l'intention de contenter ses fans. Logiquement, Chris Claremont écrira ses aventures solo et on lui adjoint "Big" John Buscema pour les dessins - comme ce dernier n'a jamais apprécié les super-héros et leur folklore (masque, costume, super-pouvoirs), le scénariste le convainc d'embarquer en lui promettant une histoire à mi-chemin du Terry et les Pirates de Milton Caniff et Conan (dont Buscema fut un des artistes emblématiques).

La revue de 24 pages sortant tous les quinze jours doit donc proposer des épisodes à la pagination réduite (8 pages) et à la narration "feuilletonnante", mais en contrepartie les auteurs ont carte blanche pour raconter ce qu'ils souhaitent (à condition quand même d'accrocher les lecteurs). Des contraintes donc mais qui vont devenir un puissant stimulant. 

Wolverine va séjourner dans Marvel Comics presents pendant dix numéros (soit cinq mois) avant de gagner sa propre série régulière (et par là-même commencer à devenir un héros de plus en plus présent jusqu'à nos jours, où en plus de ses aventures solos, il est devenu Avenger en plus de rester X-Man). Mais en 1988-1989, le griffu avait fier allure grâce à Claremont et Buscema dans cette saga inaugurale intitulée Save the Tiger. 

L'intrigue tient la promesse formulée par son scénariste en mélangeant action et exotisme : Logan prend congé des X-Men (à l'époque portés disparus, suite au crossover Fall of the Mutants, et réfugiés en Australie) pour gagner l'île de Madripoor, au Sud de l'Indonésie, véritable principauté gangrenée par le crime et la corruption, entre ses buildings et ses villas luxueuses (où officie la pègre) et ses bas quartiers (où la misère, la corruption et le meurtre sévissent). Il s'y rend au nom d'un ami, Dave Chapel, pour trouver O'Donnell, tenancier du "Princess Bar".


Chapel a été exécuté par Roche, le parrain local, qui apprend l'arrivée de cet étranger grâce à Sapphire Styx, infiltrée dans l'entourage de O'Donnell. Pour éliminer Wolverine, il peut aussi compter sur ses sbires, l'Inquisiteur (spécialiste es-torture) et surtout Razorfist (dont les mains ont été remplacées par deux lames de sabre). Mais le mutant, d'abord malmené, gagne une alliée inattendue dans son projet de venger Chapel : Jessan Hoan, ex-banquière sauvée des Reavers par les X-Men et revenue à Madripoor dépouillée de ses biens par Roche, qu'elle compte bien détrôner...

Comme dans un bon vieux comic-strip, la forme narrative de ces épisodes de huit pages a un peu vieilli : à chaque nouveau chapitre, il faut supporter un rappel des faits par Wolverine (qui assure ce service en voix-off), lequel ne manque jamais de préciser régulièrement ses pouvoirs (facteur régénérateur, squelette en adamantium incassable, super-sens, et griffes métalliques). Mais c'est bien le seul bémol qu'on émettra à la lecture de cette histoire palpitante, au parfum rétro irrésistible.

Claremont définit son héros comme une version "unleashed" de Wolverine, c'est-à-dire déchaîné : quand il agit au sein des X-Men, il ne tue pas (ou hors-champ) en vertu des règles du groupe fondé par le Pr. Xavier mais aussi pour prouver à ses acolytes qu'il n'est pas la bête sauvage que son nom de code suggère. Dans le contexte présenté ici, Logan se lâche en revanche complètement car il n'a de comptes à rendre à personne et que ses adversaires ne lui font pas de cadeau. Il s'agit d'ailleurs d'ennemis sacrifiables (méchants de seconde zone, armée de porte-flingues anonymes), qui ne reviendront pas ensuite.

Cela ne signifie pas que le scénariste se défoule en d'abondantes scènes violentes : pour Claremont, ce qui distingue Wolverine de Hulk, c'est que lorsque le colosse de jade redevient, après un accès de rage, Bruce Banner, il a oublié les ravages qu'il a causés, tandis que Logan, lui, compose en permanence avec le sang qu'il fait couler. Si dans cette saga, ce tourment psychologique n'est pas encore très fouillé, il le deviendra davantage une fois que le personnage aura sa série, montrant le mutant en perpétuel conflit avec lui-même, tantôt samouraï impitoyable, tantôt justicier hanté par ses démons, ses amis tués et ses adversaires morts. Bref, il ne s'agit plus seulement de présenter un Wolverine cool, rebelle à l'autorité, qui séduit tant les fans des X-Men, mais un être déchiré entre bestialité et humanité.

Qui de mieux alors, effectivement, pour représenter cette dualité incarnée que l'immense John Buscema ? Alors âgé de 61 ans, le vétéran est dans une forme resplendissante : celui qui, avec Jack Kirby, Steve Ditko et John Romita Sr, a véritablement façonné visuellement Marvel s'amuse visiblement avec Wolverine qu'il dessine fidèlement, c'est-à-dire trapu, robuste (plus que musclé), petit, teigneux. Son trait rond, expressif, donne une densité, une gravité, une pesanteur même au personnage, véritable fauve constamment sur le point de bondir sur sa proie. Effectivement, Conan n'est pas loin, mais replacé dans un décor fantasmé de série noire exotique, avec le look ad hoc (borsalino sur la tête, blouson de cuir... Et, détail désormais banni, clope au bec).

Les mâles alpha de Buscema sont célèbres mais quel talent aussi pour croquer les femmes, fatales et outrageusement sexy (sans être jamais vulgaires) comme Sapphire Styx, ou vengeresses, véritables croisées comme Jessan Hoan.

Ces dix épisodes sont encrés par Klaus Janson, qui, parfois, en vérité, finissait le travail livré par Buscema (coutumier du fait, il préférait l'esquisse, traduisant l'énergie qu'il désirait traduire sur la page, au tracé précis). Contre toute attente, l'homme dans l'ombre de Frank Miller (sur Daredevil) s'en sort merveilleusement, même si son style est plus anguleux que celui de "Big" John et qu'il rajoute finalement peu à chaque plan (les décors sont souvent réduits à leur plus simple expression, dans les scènes d'action, ou dans les plus petites vignettes). Et, enfin, la colorisation de Glynis Oliver a bien supporté le passage des années (mais la collection "Epic" a aussi permis de restaurer les films d'époque).

Ces 80 et quelques pages de BD sont jouissives, et pourtant ce n'est que le début. A suivre donc dans Wolverine Classic Volume 1... 

jeudi 14 mars 2013

Critique 382 : DAREDEVIL, VOL. 2, par Frank Miller et Klaus Janson


DAREDEVIL BY FRANK MILLER AND KLAUS JANSON, VOLUME 2 rassemble les épisodes 173 à 184 de la série, écrits par Frank Miller, dessinés par Miller et Klaus Janson, encrés par Janson, publiés par Marvel Comics de Août 1981 à Juillet 1982.
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Daredevil #173 : Lady Killer
(Août 1981)
- # 173 : Lady Killer - Un serial killer sème la panique en ville et tout porte à croire qu'il s'agit du Gladiateur. Becky Blacke, l'assistante de Matt Murdock et Foggy Nelson, a elle-même été agressée, mais Daredevil veut en avoir le coeur net.
Daredevil #174 : The assassination of Matt Murdock
(Septembre 1981)
Daredevil #175 : Gantlet
(Octobre 1981)
Daredevil #176 : Hunters
(Novembre 1981)
Daredevil #177 : Where Angels Fear to Tread
(Décembre 1981)
Daredevil #178 : Paper Chase
(Janvier 1982)
Daredevil #179 : Spiked !
(Février 1982)
Daredevil #180 : The Damned
(Mars 1982)
Daredevil #181 : Last Hand
(Avril 1982)
Daredevil #182 : She's Alive
(Mai 1982)
- # 174 à 182 : The assassination of Matt Murdock / Gantlet / Hunters / Where Angels fear to tread / Paper Chase / Spiked ! / The Damned / Last Hand / She's Alive - Un contrat est lancé contre Matt Murdock, des ninjas de l'organisation criminelle de la Main sont chargés de le supprimer. En l'apprenant, Elektra, amour de jeunesse de Murdock qui a été formée par la Main pour devenir une de leurs tueuses, brave les assassins pour protéger l'avocat. Mais Daredevil sait qu'il ne pourra laisser libre Elektra, partagé entre ses sentiments et la justice.
Ensemble, ils affrontent Kirigi, légende vivante des ninjas de la Main. Blessé lors d'un attentat dans son cabinet, Matt perd temporairement l'usage de son sens radar et doit s'en remettre à son vieux mentor, l'intransigeant Stick, pour recouvrir cette précieuse faculté.
Le reporter Ben Urich, qui connaît la double identité de Daredevil, met à jour la corruption exercée par le Caïd, Wilson Fisk, pour acheter le candidat à la mairie de New York, Randolph Cherryh. En filant les deux hommes lors d'un rendez-vous secret, le journaliste découvre accidentellement que Vanessa, l'épouse de Fisk, disparue quelque temps plus tôt, est toujours vivante et vit, traumatisée, parmi des clochards dans les bas-fonds. Urich communique la nouvelle à Daredevil pour retrouver la jeune femme.
Cependant, Elektra a attiré l'attention du Caïd, qui la recrute pour tuer Foggy Nelson pour se venger de Daredevil qui l'a obligé à abandonner Cherryh s'il voulait revoir Vanessa. La promotion d'Elektra, que Bullseye, en prison, apprend par le Punisher, le pousse à s'évader pour récupérer sa place.
Les deux adversaires s'affrontent. Daredevil doit alors neutraliser (définitivement ?) le fugitif après avoir subi une terrible perte, le laissant d'autant plus désemparé que sa compagne, Heather Glenn, lasse qu'il l'écarte, s'apprête à le quitter en étant dépossédée de son entreprise...
 
Daredevil #183 : Child's Play
(Juin 1982)
Daredevil #184 : Good Guys Wear Red !
(Juillet 1982)
- # 183-184 : Child's Play / Good guys wear red ! - Le Punisher sort de prison, couvert par les autorités, pour mettre fin à un trafic de drogues, mais en profite pour s'évader et reprendre sa croisade sanglante contre le crime. Il va trouver sur sa route Daredevil, qui en temps que Matt Murdock défend justement un adolescent dans une affaire mêlée au commerce de PCP.
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Plus de trente ans après leur publication (sérieusement remaniée et même souvent censurée) dans les pages du mensuel "Strange", relire ces épisodes permet non seulement de les apprécier dans leur version intégrale mais également de vérifier que leur impact reste intact.

Fin 1981 et (surtout) début 1982, Frank Miller va en effet signer les chapitres les plus mémorables de son run mais aussi sans doute de la série Daredevil, en redéfinissant profondément le personnage, son univers, sa tonalité. A part Ann Nocenti à la fin des années 80, et Mark Waid actuellement, tous les auteurs intéressants qui ont animé le titre se sont en effet basés sur la vision de Miller. Quant à Miller lui-même, il ne fera guère mieux ensuite, même si l'arc Born Again (avec David Mazzucchelli) bouclera magistralement la boucle.

Dans cet album copieux de 12 épisodes, on trouve aussi à la fin, entre autres bonus, une longue interview menée par Peter Sanderson où Frank Miller et Klaus Janson, en Novembre 1981, détaillent leur collaboration, la direction donnée à la série, leurs références (narratives et visuelles), puis plus largement une certaine conception de la bande dessinée, soulignant à la fois le classicisme et la modernité de leur démarche.

Pour les deux hommes, qui travaillaient vraiment main dans la main (Miller écrivait et crayonnait les épisodes que finissait et encrait - et parfois colorisait - Janson), Daredevil était un des premiers héros Marvel à ne pas s'inscrire dans le moule classique de l'éditeur (en s'adressant à un public plus adulte car lui-même en était un), construit moins sur l'acquisition de pouvoirs spectaculaires que sur des traumatismes (la mort de son père, l'absence de sa mère, la perte de la vue) et la notion de dépassement (prolonger son activité d'avocat au service de la loi par celle de justicier au service de l'ordre, compenser sa cécité par la maîtrise et l'exercice de ses autres sens fantastiquement développés), tout cela avec en arrière-plan des références appuyées à la religion catholique ou la culture japonaise et la littérature policière.

Ces explications éclairent de manière passionnante cette partie de leur run sur la série où tous ces éléments sont portés à leur paroxysme.

Miller a d'abord officié en tant que dessinateur sur la série, à partir de 1979, avec Roger McKenzie au scénario (celui-ci revient d'ailleurs l'épauler sur les #183-184). Puis en Juillet 80 (au #165) jusqu'en Février 1983 (au #191), il devient seul maître à bord (même s'il délaissera sur la fin la partie graphique, Janson devenant de facto dessinateur et encreur complet).

Quand il prend les commandes, Miller part visiblement avec des idées arrêtées, et sera soutenu par son editor, Denny O'Neil (qui lui succèdera d'ailleurs comme scénariste), adepte lui aussi d'une approche plus réaliste et sombre. Terminées les aventures classiques où DD affronte des super-vilains traditionnels, plus ou moins sérieux. Il va souligner en premier l'importance du décor et faire de New York (en particulier ses bas-fonds) un personnage à part entière de la série. Puis il s'empare d'un ennemi dévolu à Spider-Man, le Caïd, pour lui donner le rôle du vrai méchant de la série, mais un méchant moins physique (malgré son imposante silhouette) que psychologique, un authentique maître du crime organisé, qui veut mettre la main sur la ville en soudoyant un candidat, en engageant divers assassins, en disposant de petits malfrats pour sous-traiter les trafics qu'il régit.

Daredevil devient moins une série super-héroïque qu'un mix entre super-héros et polar, une plongée en enfer urbaine et violente, une tragédie avec des personnages costumés (ou pas) aux destins funestes. Le programme est ambitieux et il en subsiste ces épisodes à la tension dramatique extraordinaire, aussi traumatisante pour ses protagonistes que ses lecteurs.

Miller ne se dispense pas d'un certain sens du baroque en partant de situations a priori faciles (une bombe prive DD de son sens radar, et pour le récupérer, il fait appel à Stick, son mentor, qui lui fait affronter ses démons intérieurs avec des visions hallucinantes) ou en entraînant le récit dans une parenthèse proche de l'épouvante (comme lorsque Ben Urich et DD vont récupérer Vanessa Fisk dans une tribu souterraine).

Parfois aussi (déjà...), Miller cède à quelques facilités grossières (Stick est là aussi pour justifier la relation avec les ninjas, et son intervention est bien providentielle. Plus tard, Urich est gravement blessé - on croit même qu'il est tué - par Elektra, mais l'épisode suivant, deux semaines, il est à nouveau pleinement opérationnel et peu choqué).

Enfin, les deux derniers épisodes de l'album, avec le Punisher (qui est utilisé d'abord comme un produit de contraste avec les valeurs de DD), font pâle figure après le sommet que constitue le #181 (ce prodigieux chef-d'oeuvre, de quarante pages, où tout converge, Elektra, Daredevil, Bullseye, le Caïd, dans un ballet mortifère, apothéose insurpassable).

L'emploi de la voix-off est (en comparaison avec ce qui se fait aujourd'hui) d'une sobriété remarquable, et on reconnaît là le Miller amateur de polars "hard-boiled", où l'objectivité prime sur les sentiments. De même, les rappels réguliers des origines du héros (pratique disparue hélas ! aujourd'hui alors qu'elle permettait à n'importe quel nouveau lecteur de situer le personnage) sont aussi utilisés avec discrétion et montrent bien que Miller était au carrefour des narrations classique et moderne.

En tout cas, sa gestion du rythme, sa manière de poser les ambiances, de camper un personnage, sont exemplaires et produisent encore un effet très efficace.

Si, narrativement, Miller a innové, graphiquement aussi, ces épisodes demeurent superbes.

Parlons d'abord du découpage, vraiment révolutionnaire : cinéphile amoureux du "film noir" classique, il privilégie des cases rectangulaires horizontales occupant souvent toute la largeur de la bande, mais aussi des plans verticaux à la marge des planches pour poser le décor, parfois de façon détaillée (avec des buildings plus vrais que nature - à une époque où on n'utilisait pas de fichiers numériques pour ça !) ou suggestive (le bureau du Caïd plongé dans le noir avec une seule lumière plongeante, un mur uniquement représenté par les fenêtres dans les locaux de l'entreprise d'Heather Glenn).  

L'autre particularité de Miller, c'est sa maniaquerie pour chorégraphier les combats. Les adversaires dansent presque autant qu'ils se frappent, c'est un véritable ballet (à l'époque, dans "Strange", les traits de vitesse étaient même souvent effacés et augmentaient cette impression que les corps étaient saisis dans le vif de l'action, à la fois crispés par l'effort et gracieux dans l'attitude - c'était une des rares bonnes interventions de la censure bizarre d'alors).
 
 
 
 
 
 
 

Tel un monteur de cinéma, Miller joue enfin beaucoup sur le nombre de cases par page, n'hésitant pas parfois à répéter la même image en gommant progressivement un détail (comme la cigarette de Ben Urich qui se consume alors que DD a rejoint Elektra dans un immeuble d'où ne provient plus aucun son de bataille) pour signifier le déroulement temporel de la scène.

Le rôle de Klaus Janson est longtemps resté nébuleux pour moi car je ne disposais pas des détails exacts des crédits. Il apparaît qu'il était plus que le simple encreur mentionné puisqu'il peaufinait les layouts (esquisses) de Miller avant de les encrer (et parfois, sur 7 épisodes de ce recueil, de les coloriser - et sa colorisation était une vraie plus-value).

Janson, en accord avec Miller, ne cherchait pas à enjoliver les images mais pourtant il a contribué à créer une esthétique d'une grande beauté, où le soin apporté à la lumière, à la façon dont celle-ci sculpte les corps, affine les textures, enrichit les ambiances, semble tout droit inspiré par les peintures d'Edward Hopper.

Janson alterne un encrage à la plume et au pinceau, ciselant ou épaississant le trait pour mieux cerner les différentes valeurs du plan. Dans l'interview susmentionnée, on apprend que les deux partenaires travaillaient alternativement en s'inspirant de croquis mais aussi de photos, qui influaient alors sur la représentation précise des personnages (Robert Redford pour Matt Murdock ou une catcheuse pour Elektra) que pour les décors.

Il n'empêche qu'avec Janson, on découvre réellement à quel point l'encrage détermine le dessin, en soulignant le graphisme, la stylisation, plutôt que le réalisme photographique : on est ici dans une exagération tantôt subtile, tantôt outrée de la réalité.

Comparer ce que produisait Janson à cette époque avec ce qu'il se contente de faire aujourd'hui est cruel, tout comme ça l'est avec le dessin de Miller devenu une caricature peu flatteuse de son art passé (sans parler de ses idées et de leur expression).

Pour toutes ces raisons-là, et malgré de menues imperfections, des raccourcis maladroits, et le parasitage créé par la brouille entre Janson et Miller, ou les prises de position politique de Miller, ces épisodes-là sont inoubliables et d'une qualité indiscutable. Peut-être ce que Marvel produisit de mieux alors avec les X-Men de Claremont et Byrne. C'est un concentré de ce que les super-héros procurent de plus excitant avec ce que des auteurs audacieux peuvent en tirer pour des lecteurs en quête de sensations fortes et adultes.