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mercredi 21 mars 2018

SHADE THE CHANGING GIRL, VOLUME 2 : LITTLE RUNAWAY, de Cecil Castellucci, Marley Zarcone et Marguerite Sauvage


Pour la seconde partie de la première "saison" des aventures de Shade the Changing Girl, le duo Cecil Castellucci-Marley Zarcone est renforcé le temps d'un épisode (#7) par Marguerite Sauvage. C'est aussi l'occasion pour l'héroïne de poursuivre ses découvertes, sur un ton plus dramatique mais dans des ambiances toujours aussi étonnantes.


Loma accepte d'accompagner River et Teacup à un bal où seront présents tous les collégiens. En route, elle explique à ses amis la vie sur Meta et son passé : enfant adoptée, elle fut mal-aimée par ses parents et rebelle à l'école. La découverte de la poésie de Rac Shade l'éblouit et confirma son envie d'explorer des territoires inconnus. Mais lorsque le poète disparut subitement, elle crut tous ses espoirs envolés. Le bal dégénère vite lorsque Loma est victime d'une vengeance organisée par ses anciennes victimes qui l'humilient publiquement. Ecoeurée, elle décide de quitter Valleyville.


Direction : Gotham. Elle visite la ville, flânant dans Robinson Park et Bachalo Square, intriguant les passants qui, plutôt bienveillants, lui recommandent tout de même d'éviter un homme avec une cape qui fait régner l'ordre ici... Cependant, sur Meta, Loran torture Lepuck pour le rendre fou et espérer ainsi localiser le manteau de folie et donc Loma. A Valleyville, les parents de Megan alertent la police au sujet de la fugue de leur fille tandis que River reproche à Teacup de s'être rendue complice du piège tendu à Loma lors du bal.


Loma se rend à un concert des Sonic Booms, un groupe de rock qu'elle a vu jouer dans un vieux feuilleton terrien sur Meta, "Life with Honey". Mais elle n'avait pas pris en compte que le tournage de cette série datait des années 1950 et découvrent les musiciens âgés et que le concert a lieu pour lever des fonds car Honey Rich, la vedette du show, est très malade. Loma décide alors de la retrouver pour la guérir. Tandis que la torture de Loran sur Lepuck ne donne pas le résultat escompté, River entreprend de pister Loma en cherchant les événements bizarres sur le Net.


Loma arrive à Los Alamos, ancienne zone des essais nucléaires américains, où habita Honey Rich. Sur Meta, Mme Depps intercepte le signal énergétique du manteau de folie et Loran envoie sur Terre deux agents le récupérer par tous les moyens. River décide de rejoindre Loma et Teacup accepte à contrecoeur de le suivre. Loma se défend contre les agents de Loran en les atomisant puis s'échappe. Après son départ, des scientifiques prélèvent sur place des échantillons du manteau de folie pour l'armée.


Loma gagne Los Angeles où Honey a appris par son médecin qu'elle n'a plus que quelques mois à vivre et se suicide en absorbant une surdose de barbituriques. Loma la ressuscite mais l'opération abouti au transfert de son esprit dans le corps de Honey et de l'esprit de Honey dans le corps de Loma. Elles passent un marché : Honey emmène Loma sur un tournage si cette dernière la laisse mourir ensuite. Sur Meta, le corps original de Loma dépérit et Loran convainc alors Lepuck d'aller sur Terre pour tuer celle qui sert d'hôte à l'esprit de son amie et récupérer le manteau de folie. Loma est justement repérée par un directeur de casting et l'esprit de Honey ne peut résister à goûter de nouveau aux feux de la rampe.
  

Alors que le tournage reprend, Honey (avec l'esprit de Loma) a un infarctus et est conduite à l'hôpital dans un état critique. Lepuck surgit sur le plateau et comprend que l'esprit de Honey a investi le corps de Loma : il faut qu'elle sauve cette dernière. River et Teacup arrivent à Los Angeles et apprennent l'hospitalisation de Honey à la télé à l'aéroport. Pendant ce temps, sur Meta, l'agonie de Honey et donc de l'esprit de Loma permettent enfin à Loran de s'emparer du manteau de folie et de rejoindre Rac Shade mais il la repousse pour avoir trahi leurs idéaux. La mort de Loran permet à Loma de réintégrer son corps et à Honey de trouver le repos éternel. Lepuck est renvoyé sur Meta après avoir avoué son amour à Loma mais conscient qu'il n'a pas sa place sur Terre.

Ce second tome de la série s'inscrit à la fois dans la lignée du précédent - il s'agit toujours d'un récit initiatique - tout en sachant déjouer les attentes du lecteur en l'entraînant ailleurs - et par là, j'entends sur un plan géographique car l'action se déplace dans d'autres décors.

Tout commence par un violent retour de bâton pour Megan Boyer infligé par ses anciennes victimes lors d'un bal. Ignorant que l'adolescente n'est désormais qu'une enveloppe abritant l'esprit de Loma, ils ne savent pas qu'en se vengeant, ils blessent l'extraterrestre. Cet incident va précipiter l'héroïne dans une fugue qui imprime sa forme au récit. Après avoir appris à s'habituer à sa nouvelle condition sur Terre, à Valleyville, elle comprend qu'on ne lui pardonnera jamais les vilenies de Megan et qu'il lui faut partir pour trouver la tranquillité. La fugue devient un retour à son objectif premier : explorer la Terre.

Ce septième épisode détone visuellement car Marguerite Sauvage en est la dessinatrice. Son style est différent de celui de Marley Zarcone, mais la transition s'opère en douceur grâce à la colorisation de Kelly Fitzpatrick. Le trait reste très élégant, et le récit, essentiellement construit en flash-backs sur le passé de Loma sur Meta, s'accommode finalement fort bien de ce fill-in. Sauvage laisse la couleur dominer son graphisme, notamment les lignes d'encrage, ce qui aboutit à un quasi-photo-réalisme, mais pas trop poussé (on n'est pas dans le registre d'Alex Ross non plus). La représentation de la vie sur Meta, de la jeunesse de Loma, avec les designs et les décors extraterrestres, fait penser davantage à la mode des habits et des intérieurs/extérieurs des sixties qu'à une interprétation plus radicale et originale d'un monde lointain, et confère à l'ensemble un mélange assez pop de rétro-futurisme (sans tomber dans le steampunk).

Le périple de Loma démarre ensuite et va servir de colonne vertébrale à toute l'aventure : on navigue entre fantaisie pure - Loma visite Gotham et, grâce à elle, la ville de Batman (dont le nom n'est jamais prononcé mais dont la présence est évoquée) apparaît, le temps d'une scène comme vous ne l'avez littéralement jamais vue (encore une fois Fitzpatrick fait des merveilles aux couleurs). Le décalage induit entre la candeur de Loma et le cadre urbain d'habitude oppressant de Gotham rappelle à point l'originalité de la série - et souligne que la folie du manteau revêtu par l'héroïne n'est pas une démence mais aussi une rêverie.

Loma se met en quête de retrouver son idole sur Meta, une comédienne terrienne des années 50 qui jouait dans une série télé. Mais ses investigations la confrontent non plus à l'espace séparant son monde de la Terre mais au temps passé entre ce qui a été tourné et dont elle était téléspectatrice et l'actualité. Ainsi s'étonne-t-elle, effarée, du grand âge des musiciens du show se produisant en concert pour collecter de l'argent pour le traitement médical de Honey Rich (un nom bien ironique en l'occurrence...). En prenant conscience de cet aspect des choses, qu'elle n'avait pas du tout envisagé, c'est une autre forme de folie qui la gagne : celle du temps perdu et qui ne se rattrape plus.

Dès lors, qu'elle s'engage dans une course contre la montre pour sauver l'actrice condamnée comme d'échapper aux tueurs de Mellu Loran, on sait, comme elle doit s'en douter elle-même, qu'il s'agit moins d'empêcher l'inévitable que de le retarder. L'expérience est cruelle, douloureuse, chaotique, mais en route on apprend l'autre raison pour laquelle Loran convoite le manteau de folie, les sentiments réels de Lepuck pour Loma, la fiabilité de l'amitié de River et Teacup pour Loma. C'est finalement très dense.

Mais Marley Zarcone, grâce à son dessin aérien, et ses découpages toujours aussi inventifs, inspirés par le surréalisme, glissant sur la naïveté bienveillante de Loma mais aussi sa combativité, sa pugnacité, transforme ce parcours d'obstacles en balade digne d'Alice aux pays des merveilles. L'artiste sait à merveille traduire cet incessant ballet que danse son héroïne, tour à tour galvanisée par sa mission puis tourmentée par les épreuves qu'elle rencontre. Avec beaucoup de finesse, elle exprime l'agitation qui s'empare d'elle, puis l'abattement qui la rattrape, elle représente son exaltation touchante puis le contrecoup d'un combat mené et remporté difficilement contre deux tueurs.

Le morceau de bravoure intervient pourtant dans les deux derniers épisodes où Zarcone réussit à rendre parfaitement claire le fait que l'esprit de Loma est désormais dans le corps de Honey Rich et l'esprit de Honey dans le corps de Loma. La narration rapide de Castellucci alliée à la lisibilité du dessin de Zarcone aide le lecteur à ne jamais être embrouillé, confus, perdu, créant même un vrai suspense lorsque la santé de Honey décline brutalement et risque donc d'impacter le sort de Loma. Une double page (voir ci-dessus) propose même au lecteur de décider comment la lire en faisant tourner un crayon en son centre et en commençant par la vignette désignée par la pointe dudit crayon : essayez, vous verrez, ça fonctionne, c'est ludique et épatant, tout à fait compréhensible.

La chute de l'histoire annonce le grand changement de la série, à commencer par son titre même - Shade the Changing Woman. On peut choisir, selon sa curiosité, de lire le crosssover Milk Wars pour apprendre par le détail la mue de Loma, mais la relance de la série reste accessible en s'en dispensant, offrant de nouvelles perspectives, de nouveaux enjeux, et, surtout, confirmant que c'est la production la plus aboutie du label "Young Animals".  

mardi 20 mars 2018

SHADE THE CHANGING GIRL, VOLUME 1 : EARTH GIRL MADE EASY, de Cecil Castellucci et Marley Zarcone


Lancé en 2016 par le chanteur et scénariste Gerald Way (Umbrella Academy), la collection "Young Animals" a connu, au sein de DC Comics, des fortunes diverses, avec des chiffres de ventes modestes mais des critiques généralement favorables et ce, malgré des retards fréquents ou des changements d'artistes pas toujours heureux. J'avais d'abord jeté mon dévolu sur la nouvelle version de Doom Patrol (par Way et Nick Derington) mais j'ai lâché l'affaire à cause des délais entre chaque numéro.  Il faudra que je me remette à Mother Panic et Cave Carson has a cybernetic eye. En attendant, je vais vous parler de la première "saison" de Shade the Changing Girl de Cecil Castellucci et Marley Zarcone, le titre le plus régulier et original, aujourd'hui disponible en deux albums, avant sa relance.


L'extraterrestre Loma, originaire de la planète Meta, dérobe le manteau de folie du poète Rac Shade et téléporte son esprit jusque sur la Terre où elle prend possession du corps de Megan Boyer. Cette adolescente était dans un coma jugé irréversible depuis de longs mois à la suite d'une overdose et d'une noyade. Problème : comme va rapidement le découvrir Loma, c'était surtout une affreuse chipie, détestée par ses proches, avec laquelle même ses parents avaient des problèmes - bref, personne ne désirait son retour. Mais sur Meta, la disparition du manteau n'est pas passé inaperçu et la chef de la police, Mellu Loran, ouvre une enquête dont elle charge Mme Depps pour le récupérer.
  

Loma/Megan rentre à l'école où son retour créé la sensation. Evidemment, elle ne reconnaît plus Wes, son ex-petit ami, mais fait la connaissance de River et Teacup, deux élèves qui s'occupent de la bibliothèque qui lui accordent leur amitié. Grâce à eux, elle découvre qu'elle faisait partie de l'équipe de danse aquatique dans laquelle elle se comportait comme une chef autoritaire et dont la rivale (et désormais remplaçante) est Seema Chaham. Sur Meta, Loran fait suivre Lepuck Lapo, le dernier compagnon connu de Loma.


River, pour expliquer le ressentiment qu'elle inspire aux autres élèves, montre à Loma/Megan une page web entièrement consacrée au recensement des humiliations qu'elle fit subir à ses camarades. Epouvantée, elle se rapproche de Wes dont elle devine qu'il est toujours amoureux d'elle et lui demande de lui ré-apprendre à nager. Mais quand ses anciennes partenaires l'apprennent, elles lui signifient qu'il est hors de question qu'elle réintégre l'équipe. Sur Meta, la piste Lepuck ne menant à rien, Loran envisage de contacter le Centre de Recherche Occulte pour son enquête.
  

Collé à l'école après s'être battue avec Seema Chaham, Loma/Megan avoue à River qu'elle est une extraterrestre, ce qui fascine le jeune homme féru d'astronomie. Ses parents, eux, consultent le neurologue de l'hôpital où elle était admise pour se renseigner sur d'éventuelles séquelles, considérant son étrange comportement (résumé par son insistance à se faire appeler Shade). Les souvenirs de Megan envahissent les rêves de Loma et la tourmentent : de quoi la pousser à tenter de se réconcilier avec ceux que la jeune fille a harcelés... Et à partager une nuit avec Wes, au cours de laquelle elle se rappelle que lui et leurs amis l'ont laissée se noyer après son overdose ! Sur Meta, Loran surprend Depps avec Lepuck et lui tire dessus : elle est désormais certaine qu'il sait où est Loma et donc le manteau.
  

Loma, écoeurée aussi bien par l'attitude de Megan que par celle de tous ceux qui l'ont laissée pour morte, veut rentrer sur Meta car elle sait qu'elle sera toujours haïe dans ce corps. Elle en parle avec River et Teacup et essaie de se téléporter à nouveau avec le manteau, mais sans succès car elle ne peut localiser sa planète d'origine et estimer la distance qui la sépare de la Terre. Sur Meta, Loran explique à ses pairs pourquoi récupérer le manteau est si important : elle peut rendre fou celui qui la porte, mais aussi être maîtrisée et donc asservir des peuples étrangers et conquérir d'autres mondes.


L'esprit de Megan, revitalisé, agresse son corps habité par Loma et son agressivité croit à mesure qu'elle découvre ce que l'extraterrestre a changé dans son existence. Loma cherche un moyen de la contrer et utilise les pouvoirs du manteau contre elle afin de détruire l'esprit de Megan. Mais l'affrontement est aussi risqué pour l'alien... Sur Meta, Loran torture Lepuck pour trouver la combinaison du coffre où le corps de Loma dort avec le manteau. Victorieuse contre Megan, Loma peut à présent révéler tout son passé à River et Teacup sans cesser de réfléchir à un moyen de rentrer sur Meta.

Cette première partie en six volets, intitulée Earth Girl Made Easy, constitue seulement la moitié de l'aventure de Loma mais s'avère déjà suffisamment dense et palpitante pour imposer cette nouvelle version du personnage créé par Steve Ditko, puis revisité par Peter Milligan et Chris Bachalo.

Le label "Young Animals" permet ceci de particulier aux auteurs de se réapproprier des personnages méconnus (ou d'en imaginer de nouveaux) tout en s'appuyant sur un héritage parfois ancien. Aussi atypique que la Doom Patrol, Shade était d'abord un changing man, sans manteau, mais avec une bonne dose de bizarrerie narrative et visuelle. Cecil Castellucci l'a bien compris en s'emparant du concept pour l'emmener ailleurs.

Dans sa forme présente, la série s'inscrit dans le registre du récit d'apprentissage : l'âme d'une extraterrestre occupe le corps comateux d'une adolescente terrienne et pense ainsi explorer notre planète, en apprendre les us et coutumes. Sauf que, évidemment, rien ne se passe comme prévu car son hôte n'est pas une gentille fille mais une abominable petite garce que personne n'aimait et dont personne ne souhaitait le retour à la vie - y compris ses parents.

Pour ne rien arranger, Loma, notre alien, a volé le manteau de folie qui lui a permis de transférer son esprit et de traverser l'espace entre sa planète et la notre. Ce qui entraîne une enquête pour retrouver le vêtement magique, investigation menée par une policière pugnace, cruelle et aux motivations troubles.

La narration va et vient ainsi entre Meta, ce monde où se côtoient des créatures aux aspects les plus excentriques (mais parmi lesquels on trouve des humanoïdes, comme justement Mellu Loran, la flic), et la Terre, où les monstres sont finalement plus terribles même en ayant l'apparence d'adolescents ordinaires. C'est dans cette approche, classique mais éloquemment exploitée, que la scénariste réussit à convaincre et à accrocher de la pertinence de son propos. Ce portrait de l'adolescence, des aspirations à s'émanciper, mais aussi à assumer qui l'on est, à pouvoir changer le regard qu'on porte sur soi ou les autres, se colore d'une cruauté parfois étonnante - après tout, même si Megan Boyer était une peste, elle a quand même été laissée pour morte par ceux qu'elle malmenait.
   

En parallèle des (més)aventures de Loma sur Terre, obligée de composer avec le passé de Megan, les parenthèses sur Meta sont un peu laborieuses et Cecil Castellucci, on le sent, est parfois obligée de tirer un peu à la ligne pour justifier l'acharnement de Mellu Loran à vouloir récupérer sans éventer trop vite la raison pour laquelle cela l'obsède tant. Mais, en revanche, la faune de la planète lointaine est décrite de manière fascinante. Et c'est là que l'autre réussite de la série intervient.

Nick Derington (Doom Patrol) s'est vite avéré incapable de produire mensuellement sa série, Tommy Lee Edwards (Mother Panic) a vite déserté son poste au profit de remplaçants plus ou moins inspirés. Seul Michael Avon Oeming (Cave Carson have a cybernetic eye) et donc Marley Zarcone ont été en mesure de livrer chaque nouvel épisode de leur titre ponctuellement et sans perdre en qualité.

L'illustratrice canadienne est devenue la vraie révélation des "Young Animals" supervisés par Gerald Way (qui signe une postface un peu pathétique pour ce recueil, affirmant que Shade the Changing Girl est sa série préférée de la collection... Exactement ce qu'il dit pour toutes les autres !). Elle assure dessin et encrage (parfois soutenue sur ce dernier point par Ande Parks, sans que cela se remarque) et son style est superbe.

Il se distingue par un trait léger et épuré, sans à-plats noirs, ni variations dans l'épaisseur. La première impression est de le trouver un peu inconsistant, manquant de nuances, mais le soin apporté aux compositions de plans, à l'expressivité des personnages (notamment dans leur gestuelle - particulièrement celle de Loma qui doit apprivoiser le corps d'une terrienne), et l'inventivité avec laquelle elle introduit les effets relatifs au manteau de folie sont remarquables. Par petites touches, elle campe une esthétique délicate et troublante à la fois, qui réussit le tour de force de séduire tout en perturbant. Les personnages font vraiment leur âge, leurs looks sont étudiés, les décors sont détaillés. Quant aux extraterrestres, ils sont d'une diversité épatante (Loma est un oiseau sur pattes, Lepuck évoque un panda...), et Meta ressemble à un monde à la fois pastel et bureaucratique.
  
La simplicité de Zarcone permet en outre à sa coloriste d'avoir de la place pour s'exprimer et on imagine mal ce que la série serait sans la contribution magnifique de Kelly Fitzpatrick, dont la palette est d'une richesse qui ne rime jamais avec surcharge. Les épisodes ont grâce à elle un côté acidulé, rassurant, et en même temps, cette douceur souligne la noirceur de certains passages, le cauchemar prêt à resurgir (tel le retour de l'esprit de Megan).

Ajoutez-y des variant covers par Tula Lotay, Joelle Jones entre autres, et des couvertures originales de Becky Cloonan, plus des back-ups dessinées par Ryan Kelly (amusantes mais dispensables) et même l'emballage a de l'allure.

A l'heure où vient juste de paraître, après le crossover Milk War (où les séries "Young Animals" rencontrent celles du DCU classique, en particulier la JLA), le premier numéro de Shade the Changing Woman, il est temps de réviser cette série pour se familiariser avec son héroïne, dont je couvrirais les six derniers épisodes dans ma prochaine critique. Stay tuned !