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vendredi 15 décembre 2023

GREEN LANTERN #6, de Jeremy Adams, Xermanico, Scott Godlewski, Peter J. Tomasi et David LaFuente


Le premier arc narratif de Green Lantern par Jeremy Adams se conclut avec ce sixième épisode, encore une fois décompressé mais spectaculaire, grâce au dessin de Xermanico soutenu cette fois par Scott Godlewski. La back-up story de Peter J. Tomasi et David Lafuente continue sur des chapeaux de roues avant d'être promue.


Ivre de rage, Sinestro affronte Green Lantern tout en ripostant face aux avions de chasse de l'armée américaine. Sinestro n'est visiblement plus lui-même et ne retient plus ses coups mais n'écoute plus non plus Hal Jordan...


C'est décidément une série difficile à appréhender que celle écrite par Jeremy Adams. Soyons clair : c'est agréable à lire, il y a de l'action, une sorte de simplicité sympathique. Mais subsiste aussi, toujours un sentiment de vacuité embarrassant.


Récemment, je discutais avec des amis des atouts des Big Two actuellement et un consensus émergeait pour dire que, sur le plan éditorial, DC était certainement plus solide et clair dans leur offre. Les équipes artistiques en place sur les séries les plus exposées étaient fiables et séduisantes.


Tandis que du côté de Marvel, la déception dominait. Si X-Men et leur gamme demeuraient attractifs, pour peur qu'on ait apprécié jusque-là l'âge de Krakoa (ce qui n'est pas le cas de tout le monde), en revanche d'autres titres forts laissaient très perplexes comme The Avengers, The Amazing Spider-Man, Captain America, Daredevil.

Sur tout ça j'étais généralement d'accord tout en nuançant que tout n'était cependant pas parfait chez DC à qui je reproche souvent de produire des séries attirantes mais parfois un peu creuses ou passant à côté de leur potentiel. J'ai évoqué à ce sujet Shazam !, Nightwing et Green Lantern.

En vérité, appelé à préciser mon ressenti sur GL, j'ai expliqué que je voyais pas de vrai point de vue. Jeremy Adams est malin, il sait mener sa barque, mais je ne vois pas où il veut en venir, quel est son propos, ce qui distingue son run. Qu'apporte-t-il depuis six n° à Green Lantern ? Je suis incapable de répondre à cette question.

Green Lantern reste désespérément orphelin de l'époque Geoff Johns. Quand ce dernier s'était emparé du héros, Hal Jordan était en pleine disgrâce. Il l'a réhabilité et a patiemment mis en place des intrigues au long cours culminant dans des sagas mémorables comme la Guerre de Sinestro puis l'event Blackest Night. Johns a fait de Green Lantern un personnage plus populaire qu'il ne l'a jamais été, supplantant même en son temps Superman et Wonder Woman, bien aidé aussi par des dessinateurs de haut vol, Ivan Reis le premier.

Je ne dis pas que ses successeurs (Robert Venditti, Grant Morrison) ont démérité, je ne les ai pas lus pour la plupart ou de façon trop éparse. Mais aucun ne me semble avoir creusé le personnage et sa mythologie avec autant d'intensité que Johns. On peut comprendre que ses successeurs l'abordent avec humilité voire frilosité. Mais qu'importe tant qu'ils essaient quelque chose (comme ce fut le cas avec Morrison, même si je n'ai pas été conquis). Hélas ! Jeremy Adams ne me paraît pas avoir grand-chose de neuf à apporter à la série.

C'est en tout cas ce que je retire de ce premier arc que j'ai souvent trouvé vide, en tout cas très/trop décompressé, ne se réveillant vraiment que ces deux derniers mois. Ce qui se passe dans ce numéro ne change guère la donne, même si la révélation finale concernant Kilowog intrigue et l'apparition d'un personnage jusqu'ici seulement vu (sauf erreur de ma part) dans la série animée Green Lantern surprend.

En vérité, ce qui retient le lecteur, ce sont les dessins de Xermanico qui fournit une prestation irréprochable, même si cette fois il tire la langue et est rejoint par Scott Godlewski (sur les pages 3 à 6 et 19-20). Les styles des deux artistes s'accordent assez bien pour ne pas choquer même si Xermanico est supérieur, avec un découpage plus étudié, un trait plus détaillé alors que Godlewski est trop lisse en comparaison.

Mais c'est un atout qui se retourne contre la série car elle souligne encore davantage la faiblesse du récit. Comme Nightwing, on attend longtemps avant qu'il se passe quelque chose pour avoir quelque scènes finalement peu inspirées. Et comme pour Shazam ! il y a cette impression pesante que l'auteur gagne du temps faute d'idées nettes et profondes.

Dans ces conditions, je ne pense pas poursuivre l'achat de ce titre.
  

- WAYWARD SON Pt. 3 (Ecrit par Peter J. Tomasi et dessiné par David LaFuente). Korg, le fils de Sinestro, continue de manigancer pour échapper à son protecteur tyrannique Nagaf, en s'en prenant à des voleurs d'organes...


Sans surprise, il se passe toujours plus de choses dans la dizaine de pages de la back-up story écrite par Peter J. Tomasi que dans la vingtaine donnée à Adams. Et il y a visiblement quelqu'un d'assez lucide chez DC pour le reconnaître puisque le scénariste va bientôt pouvoir développer son histoire sur un format traditionnel.

En effet, en Février 2024, Tomasi poursuivra l'aventure de Korg dans Sinister Sons. Korg y fera équipe avec le fils de Zod, ennemi juré de Superman, et l'objectif est clair et assumé : il s'agit bien de produire un titre qui sera le négatif des Super Sons qu'écrivit déjà Tomasi (avec Jorge Jimenez au dessin au début).

David LaFuente restera au dessin, autre bonne nouvelle, vu qu'il est très en forme sur cette back-up. J'ignore si je me lancerai là-dedans ou si, éventuellement, j'attendrai que les épisodes soient collectés en recueil, mais ça fait plaisir de voir deux talents comme ça promus (et pour Tomasi, ce ne sera pas la seule actualité puisqu'il a rejoint Ghost Machine, le label de Geoff Johns chez Image, et écrira The Rocketfellers avec Francis Manapul au dessin).

mercredi 15 novembre 2023

GREEN LANTERN #5, de Jeremy Adams et Xermanico, Peter J. Tomasi et David Lafuente


Hallelujah ! Ce cinquième épisode de Green Lantern est le meilleur de la série depuis son relaunch. Enfin, Jeremy Adams met du nerf, de l'actio, du fond dans son récit. On a failli attendre... Xermancio, comme d'habitude, est impeccable. Et la back-up story de Peter J. Tomasi et David Lafuente reste un régal.


Sinestro a décidé de passer à la vitesse supérieure pour quitter la Terre en instillant la peur dans l'esprit des humains et ainsi générer lui aussi son propre anneau. Mais évidemment Hal Jordan va s'en mêler et tester les propriétés de son propre anneau pour neutraliser une attaque de drones piratés...


Jusqu'à présent, je ne lisais Green Lantern principalement pour ses dessins, désespérant chaque mois que Jeremy Adams développe une histoire consistante, à la hauteur de son héros. Mais la narration décompressée à l'excès, l'absence de nerf dans l'intrigue, une caractérisation décevante, ont (presque) eu raison de ma patience.


Comme je l'écrivais le mois dernier, j'étais sur le point de lâcher ce titre à la fin de l'arc en cours (qui devrait avoir lieu en Décembre). J'étais pessimiste sur les chances que Jeremy Adams accomplisse un miracle. J'avais tort.


Je ne vais cependant pas prétendre que tout a changé et qu'on tient un épisode renversant qui ouvre des perspectives mirifiques pour la série. Mais c'est tellement mieux que tout ce qu'il a proposé jusqu'à présent que l'espoir renaît.

C''est flagrant dès la scène d'ouverture où Sinestro pirate les communications pour s'adresser à la population de plusieurs villes et les avertir que les humains sont devenus faibles, négligents, affligeants. Et que pour y remédier, les faire réagir ou les éradiquer définitivement, il comptait leur inspirer une peur totale.

On savait que Sinestro et ses complices s'étaient introduits dans les locaux de la compagnie de Carroll Ferris mais, contre toute attente, ils n'y avaient rien volé. Flash comme Green Lantern étaient perplexes : c'est sûr, cela cachait quelque chose. Mais quoi exactement ?

La réponse est un piratage des drones militaires produits par Ferris désormais commandés par Sinestro et sa bande et fonçant sur d'innocents civils. Pas le choix pour Carroll, le seul à même de l'aider est Hal. Green Lantern va donc s'engager dans une folle course-poursuite pour détruire les drones. Mais Sinestro lui réserve quelques tours.

Alors, oui, ça reste encore léger sur le fond : Green Lantern qui pulvérise des drones, ce n'est pas le scénario le plus épique auquel il a été confronté. Mais Adams s'arrange habilement pour que cette menace soit efficacement exploité et surtout il imprime au récit un tempo soutenu qui a le mérite de ne pas laisser au héros et au lecteur le loisir de souffler. C'est un progrès considérable après quatre épisodes où il y avait beaucoup de temps morts.

Ensuite, le script va et vient entre trois positions : on est à la fois dans le centre de commandement de Sinestro, celui de Ferris, et avec Green Lantern. Adams se montre beaucoup plus adroit pour passer de l'un à l'autre que lorsqu'il nous imposait des flashbacks qui ralentissaient l'intrigue et ne nous renseignait qu'au compte-gouttes sur la situation des uns et des autres. 

Il n'est pas exclu qu'on ait encore droit à quelques explications a posteriori puisque la dernière page de l'épisode promet de révéler le mois prochain pourquoi exactement les Planètes Unies ont placé la Terre en zone de quarantaine et forcé les Green Lanterns à rester où ils se trouvaient quand cette décision a été prise. Mais bon, là aussi, attendons de voir comment cela se justifiera et sera mis en scène. 

Visuellement, une fois encore, Xermanico accomplit un boulot remarquable et il réussit magistralement à visualiser les actions de Hal Jordan, à montrer les capacités de son anneau, et à valoriser ses actions parfois périlleuses (comme lorsqu'il génère des constructions lumineuses solides).

Il me semble aussi que le talent de l'artiste est spécialement appréciable dans sa manière de découper l'action et notamment de faire ressentir au lecteur la sensation de vol et de vitesse. On a vu tellement de super héros se déplacer dans le ciel qu'il est extrêmement compliqué pour un dessinateur d'imaginer de nouvelles façons de le représenter.

Comme souvent, le plus simple est le meilleur. Un des artistes qui m'a le plus ébloui dans cet exercice est Stuart Immonen dans Superman : Secret Identity. Je ne peux affirmer que Xermanico l'a étudié mais cela ne m'étonnerait pas car il utilise des angles de vue, des cases de certaines dimensions, des valeurs de plan similaires. Et l'effet est vraiment probant.

Ajoutez-y un cliffhanger explosif et prometteur et on peut attendre, confiant, le sixième épisode. Un sentiment qui n'était pas garanti il y a un mois.
  

- WAYWARD SON Pt. 2 - Korg, le fils de Sinestro, toujours sur la planète Xela, réussit à pirater la banque de données des Planètes Unies pour localiser son père. Il lui faut trouver de l'argent pour partir le rejoindre. Et ce n'est pas le butin qu'il vole à une bande de brigands qui impressionne Nagaf qui l'héberge...


J'avais été très séduit par la première partie de cette back-up story démarrée le mois dernier et cette impression se confirme. Peter J. Tomasi s'approprie le peu de pages à sa disposition pour livrer un récit très dynamique animé par un jeune personnage teigneux. Ses objectifs sont clairs et ses interactions avec Nagaf fournissent des scènes percutantes.

Le dessin expressif et énergique colle parfaitement au script : David Lafuente est dans son élément et nous rappelle quel bon narrateur graphique il est. Dommage que cet excellent artiste n'ait jamais réussi à tenir le rythme sur une série régulière, sans quoi il serait devenu la star qu'on prédisait qu'il serait. Mais ça fait plaisir de le lire à nouveau.

jeudi 12 octobre 2023

GREEN LANTERN #4, de Jeremy Adams et Xermanico, Peter J. Tomasi et David Lafuente


Ce quatrième épisode de Green Lantern ne se démarque, hélas ! pas des précédents, même s'il faut lui reconnaître d'être un peu plus mouvementé. Mais que la narration de Jeremy Adams est décompressée ! Heureusement qu'il y a le dessin de Xermanico pour nous tenir éveillé... Ce numéro accueille aussi une back-up story, Wayward Son, par Peter J. Tomasi et David Lafuente, qui suit le fils de Sinestro.


Sinestro exige de Hal Jordan qu'il lui remette sa bague mais quand il cherche à l'activer, il échoue. Il met alors sa menace à exécution en déclenchant le compte à rebours de plusieurs bombes dans Coast City. Pour empêcher une catastrophe, Green Lantern fait appel à Flash...


C'est malheureux à dire mais sans être mal écrite, cette série est décourageante, exaspérante même. Mois après mois, c'est le même constat qui s'impose : ça ne décolle pas. Un comble pour une série dont le héros est pilote d'essai dans le civil !


Entendons-nous bien : Jeremy Adams est plein de bonne volonté et il passe après d'excellents auteurs, dont Geoff Johns dont le run sur Green Lantern a remis le personnage au centre du DCU. Mais c'est comme si, depuis, tous ceux qui lui ont succédé vivaient dans son ombre, ne parvenant pas à rivaliser.


Le souci de Green Lantern, ce ne sont donc pas les histoires dans lesquelles les auteurs l'entraînent ni même la manière dont ils caractérisent le personnage, mais bien l'écart entre les ambitions affichées et le résultat fini. De fait, l'aura du héros a pâli inexorablement et alors que du temps de Johns, Hal Jordan était une des vedettes de DC, éclipsant sans mal Superman par exemple, aujourd'hui, il a du mal tenir son rang.

Entre temps, il faut aussi préciser que Scott Snyder qui a longtemps animé le titre Justice League lui a préféré John Stewart dans le rôle du Green Lantern de service, s'inspirant ouvertement du dessin animé La Ligue des Justiciers (qui devrait bientôt être visible sur Netflix) où Stewart occupait déjà la place.

De bonnes idées, Adams n'en manque pas et elles ont de quoi intriguer, accrocher le lecteur : d'abord le fait que Hal Jordan est coincé sur Terre, dépourvu de son anneau de puissance mais qu'ensuite il a réussi à en générer un dont il découvre les propriétés. Ce nouvel anneau est au coeur du début de cet épisode puisque Sinestro exige que Jordan le lui remettre afin qu'il puisse quitter la Terre et rejoindre sa planète Korugar, qui, elle, n'est pas mise en quarantaine par les Planètes Unies. Evidemment, rien ne va se passer comme prévu et Sinestro va se venger.

L'autre bonne idée de ce numéro est d'y mêler Flash (Barry Allen - qui, quoi qu'on me dise, reste "le" Flash. Je n'ai rien contre Wally West, mais Barry reste mon favori.). Comme la couverture l'indique, c'est un clin d'oeil à The Brave and the Bold puisque Barry Allen et Hal Jordan ont partagé nombre d'aventures dans cette revue. D'ailleurs, là encore, du temps de Johns, les deux héros incarnaient le temps (Flash) et l'espace (Green Lantern).

Mais le souci, c'est que de bonnes idées ne suffisent pas à faire un bon scénario et donc un bon comic-book. On en a la preuve cruelle ici : car tout est désespérément mou. Flash aide donc Green Lantern à désamorcer des bombes déclenchées par Sinestro et, en passant, ils mettent une dérouillée à Major Disaster. Mais Jeremy Adams échoue complètement à nous faire vibrer pour ces exploits. Et les scènes plus calmes ne disposent pas de situations et de dialogues assez brillants pour compenser. C'est fade.

Dans ce ce genre de configuration, le lecteur a tendance, naturellement, à se raccrocher à l'aspect esthétique de la série. De ce côté-ci, pas de déception : Xermanico livre de superbes planches, il anime les personnages avec élégance et efficacité, ne ménage pas ses efforts sur les décors. Son découpage est fluide et nerveux à la fois, avec une belle variété dans les angles de vue, les valeurs de plan. 

Mais on reste sur un sentiment de gâchis. Un tel artiste mérite mieux que ça, mieux que ce récit sans tonus, sans singularité, que cette intrigue sans relief, qui peine à décoller. On se fiche au fond de ce que nous raconte la série et c'est ça le pire. Qu'y a-t-il de plus accablant que de lire une histoire dont l'issue manque à ce point de perspective et de suspense, de vie ?

Je me suis donné jusqu'au #6 pour donner sa chance au produit, donc jusqu'à Décembre. 2024 se fera-t-elle avec ou sans Green Lantern ?
  

- WAYWARD SON #1 (Ecrit par Peter J. Tomasi et dessiné par David Lafuente.) - Korg est le fils de Sinestro. Livré à lui-même, il doit rapporter de l'argent à Najaf, son protecteur. Mais las de cette situation, il veut prouver qu'il est le digne descendant de son père...

Pour tout vous dire et rapidement, cette back-up story réussit là où Green Lantern échoue lamentablement. En quelques pages, Peter J. Tomasi (ex-scénariste et editor de DC) prouve qu'il n'a pas perdu la main et nous régale avec un récit plein de pep's en suivant le rejeton de Sinestro, aussi enragé que ce dernier. Malgré le peu de place à sa disposition, le scénariste plante le décor sans perdre de temps, nous accroche, et son petit héros a un caractère percutant.

Graphiquement, c'est l'occasion de profiter du talent du trop rare David Lafuente, parfait pour ce genre d'exercice et de protagonistes. Les couleurs vives de Tamra Bonvillain lui vont à merveille. C'est un régal. 

On se dit, un peu dépité, que si DC avait confié au vétéran Tomasi l'écriture de Green Lantern (qu'il connait bien pour avoir longtemps écrit le titre Green Lantern Corps), ç'aurait été parfait. Quant à Lafuente, ce serait vraiment cool qu'il bénéficie de plus de pages (même si on sait que ce n'est pas non plus un artiste capable d'assurer 20 pages mensuelles).

mercredi 13 septembre 2023

GREEN LANTERN #3, de Jeremy Adams et Xermanico


C'est le retour de Green Lantern après Terror Knights. Jeremy Adams reprend les rênes de sa série (qu'il avait confié en Juillet-Août à Alex Segura) mais on n'est pas dépaysé : le rythme est toujours nonchalant, même si le scénariste avance ses pions. Xermanico est également là et produit de superbes planches, soutenu par les couleurs de Romulo Fajardo.
 

Il y a un mois. Hal Jordan découvre les nouvelles fonctionnalités de l'anneau qu'il a généré durant son combat contre le Manhunter. Aujourd'hui, Sinestro rassemble un gang avec lequel il pénètre dans les installations de la compagnie de Carol Ferris. Celle-ci montre les images captées par la vidéo-surveillance à Hal...


J'ai dernièrement formulé, à plusieurs reprises, une certaine lassitude face à la narration décompressée exercée par des auteurs sur leurs séries, suggérant que cela révélait souvent un manque d'imagination, une volonté de gagner du temps par manque d'idées.


Bien sûr, ce n'est qu'une hypothèse, mais c'est l'impression que j'en retire en lisant certains comics : celles que des scénaristes frustrent sciemment leurs fans en alignant des épisodes où il ne se passe objectivement pas grand-chose, afin de compléter des arcs en 5-6 épisodes, de quoi composer un recueil.


J'écris ceci sans méchanceté. Ayant longtemps défendu des auteurs comme Bendis, Ellis, Millar et autres, adeptes de cette narration décompressée, j'aurai du mal aujourd'hui à accuser ceux qui les imitent de mal faire leur boulot.

Mais je pense néanmoins qu'il y a là matière à réflexion. Chaque époque génère une manière d'écrire et chaque scénariste charrie son lot de tics d'écriture. On y adhère ou pas, c'est selon. En revanche, si aucun auteur ne devrait avoir à écrire en pensant au lecteur, en voulant le séduire à tout prix, à s'adaptant à lui, il existe un moment charnière où entre la façon d'écrire et celle de lire divorcent.

Ainsi, pour mon cas, j'ai grandi en lisant Claremont, Miller, Moore. Des auteurs qui avaient le goût des textes fournis. Aujourd'hui, ceux qui n'ont pas grandi avec ces auteurs-là peuvent éprouver des difficultés à les apprécier en les trouvant bavards, trop explicatifs ou complexes. Les lecteurs contemporains exigeront par exemple plus d'immédiateté, plus de rythme. La narration a évolué et la lecture aussi.

Non, ce qui me pose davantage de problème, c'est quand le contenu d'un épisode me donne l'impression qu'entre le début et la fin de celui-ci, l'intrigue n'a pas beaucoup (suffisamment) bougé, avancé. Comme si l'auteur en gardait sous le pied.

Ainsi, en trois épisodes de Green Lantern, on peut, je crois, légitimement dire que Jeremy Adams avance à pas comptés. Il ne se passe vraiment pas grand-chose dans Green Lantern. Le background de la situation du héros n'est pas davantage expliqué. Ce qu'on sait tient à peu de choses : Hal Jordan (et Kilowog et Sinestro) sont coincés sur Terre, suite à des sanctions des Planètes Unies. Mais pourquoi ? C'est très flou.

Sinestro, dans ce troisième épisode, se décide (enfin) à bouger et rassemble une sorte de gang avec lequel il mène une attaque dans les locaux de la compagnie Ferris. Des gardes sont tués, d'autres blessés, mais rien n'a été volé. Comme le déduit simplement Carrol quand elle montre les images de la vidéo-surveillance à Hal Jordan, c'est exactement comme si Sinestro voulait signaler qu'il était là, qu'il avait fait ça - donc qu'il s'agit d'un piège, vraiment pas subtil. Mais à quelle fin ?

Et puis ? C'est tout. On a droit à de superbes planches dessinées par Xermanico, qui est vraiment excellent, qui découpe des scènes spectaculaires avec une maîtrise parfaite - et on croise les doigts pour qu'il enchaîne le plus d'épisodes possible parce que, quand il aura besoin de souffler, il y a un gros risque que la série ait un fill-in artist de moindre qualité, et là, ça va piquer.

Comme, en prime, Xermanico profite des couleurs de Romulo Fajardo, le lecteur en prend plein la vue. C'est très beau, très élégant, et le dessinateur peut apprécier que son collaborateur respecte son trait tout en le valorisant avec des nuances impeccables.

Mais bon, sans Xermanico et Fajardo, ce que nous donne Adams aurait de quoi nous laisser sur notre faim. Tout ça ressemble à une assiette comme on en sert dans les restaurants gastronomiques étoilés : la quantité est faible, mais si la qualité est indéniable. On quitte la table sans avoir eu à se déboutonner (mais ayant bien raqué par contre). On ne va pas jouer la surprise : ça fait un moment que la narration décompressée est pratiquée, c'est devenu un style d'écriture. Et Jeremy Adams l'exploite à son tour.

Par contre, on peut quand même constater que la différence entre lui et Bendis, Ellis et d'autres, c'est qu'en termes de contenu, on n'a vraiment pas grand-chose à se mettre sous la dent. Bendis aimait le côté soap des comics et concevait des dialogues qui permettait de cerner la psychologie de ses héros et de leur supporting cast. Ellis poussait les curseurs à fond et testait les limites du genre super-héroïque (plus spectaculaire, violent, etc.). Adams cite (en interview) le silver age, son ambition de rendre Hal Jordan sympathique, d'écrire au long cours, parce qu'il prétend ne pas pouvoir rivaliser avec ce qu'a fait Geoff Johns avec Green Lantern (toute la dimension cosmique) : why not ? Mais faudrait quand même penser à aller un peu plus vite et moins miser sur les mystères et un peu plus sur l'action, les interactions, etc.

C'est dommage parce que, au fond, ce n'est pas désagréable à lire, c'est beau à voir, et donc ça m'ennuierait de laisser tomber. Je vais donc persister jusqu'à la fin (prévisible) de cet arc (donc jusqu'au #6 disons), parce que la fin de cet épisode semble annoncer quelque chose d'un peu plus vif le moins prochain. Mais c'est un sursis.

mercredi 14 juin 2023

GREEN LANTERN #2, de Jeremy Adams et Xermanico


Il faut s'attendre à un flot d'épisodes frustrants du côté de DC ce mois-ci puisque, le mois prochain (et le suivant après), l'event Knight Terrors va tout cannibaliser. Conséquence directe : les histoires entamées dans les séries régulières vont s'interrompre pour laisser leur place à des numéros connectés à la saga imaginée par Joshua Williamson. C'est franchement pénible, surtout pour Green Lantern qui vient juste de redémarrer.


Il y a un mois. Hal Jordan a réussi, sans se l'expliquer, à reformer un anneau de pouvoir en affrontant un inconnu en armure de Manhunter. Aujourd'hui, après avoir détruit un drone de chez Ferris, il pense qu'il va être renvoyé et se confie à Kilowog qui lui dit de saisir toutes opportunités pour se rattraper... Ce que Hal va faire en devenant le pilote du jet privé de Carol Ferris.


Déjà que les events et autres crossovers me courent sur le système, alors quand il y en a un qui surgit et qui interrompt des séries qui viennent juste de redémarrer, franchement, je ne comprends pas la logique des éditeurs qui font ça. Et pourtant c'est comme ça que DC a décidé de manoeuvrer.


La semaine dernière, je reprochai déjà que Shazam ! (de Mark Waid et Dan Mora) soit impacté après seulement deux numéros parus. Re-belote pour Green Lantern qui, à peine revenu dans les bacs, voit déjà son envol parasité par cette histoire de Knight Terrors pour les deux prochains mois.


N'aurait-il pas été plus judicieux de publier des tie-in à cet event sous forme de numéros spéciaux afin que ces séries continuent normalement ? Joshua Williamson a un pitch qui vaut ce qu'il vaut (confronter les héros à leur pire cauchemar) mais j'ignore si c'est lui ou les editors de DC qui ont eu l'idée de (quasiment) tout bloquer pendant deux mois pour que cette idée cannibalise tous les titres en cours (ou presque).

A mon sens, quelle que soit la qualité finale de Knight Terrors, ce n'est pas une bonne stratégie. Quand une série repart, il faut laisser au lecteur le temps de s'y habituer, de faire connaissance avec l'équipe artistique aux commandes, avec l'intrigue qu'elle présente, certainement pas l'impliquer dans un event aussi vite. Faudra pas pleurer chez DC si, en Septembre, les acheteurs ne reviennent pas, écoeurés d'avoir dû attendre deux mois pour renouer avec ce qui avait été amorcé.

D'autant que, dans le cas précis de Green Lantern, Jeremy Adams développe son scénario à petits pas. On peut même dire qu'il décompresse franchement. Bon, moi, ça ne me gêne pas, ça ne m'a jamais gêné. Comme beaucoup, je préfère quand même quand ça va un peu plus vite, mais il en faut plus pour me décourager et généralement j'essaie de tenir au moins un arc (soit cinq-six épisodes en moyenne) pour savoir si je vais continuer à suivre une série.

Pour l'instant, Green Lantern avance donc doucement. La narration destructurée permet de se poser des questions, à commencer par : pourquoi Jeremy Adams choisit de raconter son histoire en exposant des événement survenus un mois auparavant ? D'un côté, on voit donc Hal Jordan qui est revenu sur Terre après avoir été exclu du Green Lantern Corps désormais sous la tutelle des Planètes Unies, donc sans anneau de pouvoir. Il vit dans un mobil' home sur les hauteurs de Coast City.

De l'autre côté, au temps présent, Hal vient de se faire une énième fois embaucher chez Ferris Aircraft comme pilote de drone. Dès son premier jour, il détruit un engin lors d'un exercice et pense qu'il va être renvoyé mais Kilowog (également démobilisé) lui remonte le moral. Hal se ressaisit et réussit à se replacer comme co-pilote du jet privé de Carol au moment même où elle part en voyage d'affaires en compagnie de son nouveau fiancé Nathan.   

Il y a un mois, Hal a réussi par la seule force de sa volonté à reformer un anneau de pouvoir en combattant un type en armure de Manhunter. Mais cet anneau connaît des défaillances. Aujourd'hui, le voyage connaît des turbulences surnaturelles, qui sont le prologue à Knight Terrors.

Quand on termine l'épisode sur ce cliffhanger, on soupire en levant les yeux au ciel. D'abord parce qu'on comprend donc que Green Lantern va faire partie des séries touchées par l'event (je ne me faisais pas beaucoup d'illusions certes, mais bon...). Et ensuite parce que, hé bien,, l'histoire n'a quand même pas beaucoup progressé depuis le mois dernier et il va falloir attendre deux mois pour qu'elle reprenne son cours normal. Franchement, ça me fatigue. Je me contrefous de Knight Terrors, j'en ai marre des events, je veux juste, comme certainement beaucoup de lecteurs, suivre une série et pas attendre deux mois pour connaitre sa suite.

Xermanico fait en plus un super taf au dessin. J'aime bien son Hal Jordan, un peu concon, incorrigible, son duo avec Kilowog fonctionne immédiatement avec ce dernier qui se pose en philosophe qui ne se trompe jamais. J'aime aussi comment il croque Carol, excédée par Hal, ce grand gamin qui jure ne pas être revenu pour elle mais qui ment. L'artiste réussit à rendre ces personnages très expressifs et le ton très rom-com est jubilatoire.

Mais Xermanico nous régale aussi avec des scènes où Green Lantern récupère ses pouvoirs et se laisse griser, juste avant de tomber de haut. Plus loin, il représente un jet privé avec beaucoup de réalisme et de soin. Le découpage est aéré, fluide, et les couleurs de Romulo Fajardo sont superbes. Pourquoi interrompre un truc aussi chouette pour un putain d'event ?!

Bon, j'arrête là parce que ça me soûle et je sens que ça va vous soûler aussi (que vous ayez ou non envie de lire Knight Terrors). J'ajoute juste que j'ai pas lu la back-up story John Stewart : Homecoming par Philip Kennedy Johnson et Montos dont je me fiche totalement : il est acquis que ces pages ne servent que d'introduction à une future série régulière consacrée à l'autre Green Lantern que je n'achèterai pas.

En attendant, je constate que je n'aurai pas grand-chose à critiquer du côté de chez DC cet été. Peut-être sera-ce l'occasion de procéder à des séances de rattrapage sur des titres que j'ai commencés puis lâchés...

mercredi 10 mai 2023

GREEN LANTERN #1, de Jeremy Adams et Xermanico, Philip Kennedy Johnson et Montos


Après Shazam ! la semaine dernière, c'est au tour de Green Lantern de connaître une relance. C'est aussi le come-back de Hal Jordan dans le rôle. Le héros qui reste attaché au run de Geoff Johns (qui en fit une vraie vedette) est cette fois entre les mains de Jeremy Adams et Xermanico, qui sont réunis après Flashpoint Beyond. Tandis que le mensuel s'accompagne d'une back-up story par Philip Kennedy Johnson et Montos impliquant John Stewart.


Les Gardiens d'Oa ont disparu et ce sont désormais les Planètes Unies qui les commandent. Mais Hal Jordan a refusé de les servir et a dû rendre son anneau de pouvoir et revenir sur Terre, placée en quarantaine car jugée trop peu sûre. Et le moins qu'on puisse dire est qu'il n'est pas accueilli à bras ouverts...
 

Il y a 19 ans (déjà !) Geoff Johns prenait les rênes du titre Green Lantern et fit de Hal Jordan (l'incarnation du héros depuis le Silver Age) un personnage vedette, éclipsant même à l'époque Superman et Wonder Woman. Quand il quitta la série neuf ans plus tard, il avait achevé un run historique.


Depuis, malgré les efforts des différents scénaristes à avoir animé les aventures de Green Lantern, DC n'a jamais renoué avec pareil succès pour ce personnage. Hal Jordan fut même remplacé par John Stewart dans la Justice League de Scott Snyder, accomplissant le plus souvent ses missions dans l'espace. Loin des yeux, loin du coeur...


C'est encore une fois à l'occasion de Dark Crisis (on Infinite Earths) que Hal Jordan fit son come-back et que, peu après, DC annonça le lancement d'une nouvelle série dont il aurait le premier rôle. Nous y voilà.

Jeremy Adams achève actuellement un long run sur Flash (autre point commun qu'il partage avec Johns) et il se trouve qu'il y a quelques années il avait soumis un pitch à l'editor de la série. Il la proposé à nouveau quand on chercha un auteur pour ce relaunch que DC souhaitait plus terre-à-terre pour le héros.

Comme pour Shazam ! sorti la semaine dernière, il s'agit, on le comprend, de réintroduire Green Lantern auprès des lecteurs, nouveaux ou plus anciens, et de le rendre à nouveau sympathique, abordable. De ce point de vue, c'est une totale réussite, même si comme pour la série de Mark Waid et Dan Mora, on pourra se sentir un brin frustré par ce premier épisode.

Toutefois, ce Green Lantern  n°1 comme Shazam ! témoigne de l'intelligence éditoriale actuelle de DC : plutôt, comme chez Marvel, de confier leurs séries phares à des vedettes pas forcément inspirées, la Distinguée Concurrence attribue les titres à des auteurs fans avec une vision claire et nette pour le personnage et son univers, s'appuyant sur une idée simple. En l'occurrence, faire de Hal Jordan un Green Lantern viré du Green Lantern Corps, revenu sur Terre qui a été mise en quarantaine car considéré comme un secteur trop dangereux pour l'équilibre cosmique.

Sans le sou, parti depuis longtemps, privé de son anneau de pouvoir, Hal Jordan ne résiste pourtant pas un soir à se rendre à Coast City où sévit un dangereux vilain, Steel Fury, vêtu d'une armure de Manhunter. Puis il va frapper à la porte de Caroll Ferris pour décrocher une place. Son retour ne passe pas inaperçu et si certains s'en félicitent, la plupart le voit d'un mauvais oeil...

L'épisode se lit rapidement, presque trop. Jeremy Adams (re)fait les présentations et surtout rétablit les fondamentaux de Green Lantern : Carol Ferris, Sinestro, les Manhunters. Cela contribue à rassurer un lecteur qui n'a plus lu la série depuis un bail. Mais le scénariste en garde sous le pied : où sont passés les Gardiens d'Oa ? Qu'est-ce qui justifie l'autoritarisme des Planètes Unies vis-à-vis du Green Lantern Corps ? Pourquoi la Terre est-elle mise en quarantaine ? Qu'y fait Sinestro, incognito ?

La couverture indique aussi qu'on reverra Kilowog, le formateur du GLC aux côtés de Hal Jordan. Adams n'épargne pas ce dernier qui, embauché à nouveau par Ferris, ne pilote plus d'avion de chasse mais des drones car c'est désormais le matériel favorisé par l'armée, et on voit que cela le met en difficulté. Du coup, habilement, on prend fait et cause pour Hal à qui on souhaite le meilleur tout en se doutant bien que les ennuis vont resurgir vite. Le volontarisme du héros participe aussi à en faire une figure aimable (ce qui est une condition sine qua non pour un personnage se vantant d'avoir le willpower le plus affirmé de tous ses homologues).

DC fait aussi un effort régulier pour attacher aux projets des artistes en mesure de rafraîchir les séries tout en s'assurant de composer un binôme efficace avec le scénariste. Tout comme Dan Mora et Mark Waid, Xermanico et Jeremy Adams se connaissent bien puisqu'ils ont collaboré récemment sur Flashpoint Beyond. 

L'artiste espagnol s'est investi avec passion dans le titre et son trait sert à merveille le personnage, depuis la couverture à l'aquarelle jusqu'aux planches intérieures au rythme trépidant. Avec le coloriste Romulo Fajardo, il produit des images lumineuses et dynamiques, avec des compositions harmonieuses, sur lesquelles on peut s'attarder pour en apprécier les détails, avec des arrière-plans fournis, mais aussi une fluidité remarquable dans les enchaînements (bienvenue pour un épisode qui va-et-vient entre passé et présent).

Si Xermanico tient le rythme, alors pas de doute, cette relance a de beaux jours devant elle (sinon il faut souhaiter que DC trouve un fill-in artist d'un bon niveau pour laisser au titulaire le temps de souffler de temps en temps).

C'est en tout cas très engageant et on a envie d'y croire.


- JOHN STEWART HOMECOMING (Philip Kennedy Johnson/Montos) - De son côté, John Stewart a aussi fait son retour sur Terre, auprès de sa mère, pour qui il effectue des réparations dans sa maison. Mais dans l'espace, ses compagnons du Green Lantern Corps affrontent la Mère des Revenants qui le traque...

Cette back-up écrite par Philip Kennedy Johnson (Action Comics) doit, à terme, servir de rampe de lancement pour une série régulière consacrée à John Stewart (déjà vedette du run de Geoff Thorne. Il faut en tout cas le souhaiter car en l'état c'est un appendice dispensable pour le titre dédié à Hal Jordan (même si Jeremy Adams n'a pas fermé la porte à une interaction entre Stewart et Jordan).

L'idée de Kennedy Johnson est intéressante : il suggère que Stewart n'a pas claqué la porte du GLC (comme Jordan), mais a plutôt raccroché, comme un militaire professionnel en retraite. Pourtant, considéré comme le meilleur du Corps, il ne fait guère de doute qu'il rempilera, et d'ailleurs une menace dans l'espace indique qu'il est traqué par un mystérieux et féroce ennemi.

Au dessin, Montos, inconnu au bataillon, a un style qui fait penser à du Gary Frank et se montre aussi à l'aise dans les scènes intimistes (avec John et sa mère) que dans l'action (avec le GLC).

dimanche 28 juin 2020

GREEN LANTERN 80TH ANNIVERSARY 100-PAGE SUPER SPECTACULAR


C'est au tour de la "Lanterne Verte" de souffler ses quatre-vingts bougies, et DC a mis une fois de plus les petits plats dans les grands avec ce recueil de cent pages où divers auteurs et artistes, généralement attachés au personnage et à ses diverses incarnations, lui rendent hommage. Le résultat est évidemment inégal, souvent anecdotique, mais ponctué de quelques perles.


On commence évidemment par le doyen du titre, Alan Scott, que les appendices de cet album reconnaissent, pour la première fois officiellement dans l'ère DC Rebirth, comme tel mais aussi comme fondateur de la Justice Society of America (espérons que cela pressera l'éditeur pour le relaunch de cette série) : Alan Scott. James Tynion IV et Gary Frank réalisent un beau segment, qui établit aussi l'homosexualité du personnage (un reliquat de la série Earth-2 de James Robinson). Classique mais élégant.
  

Geoff Johns et Ivan Reis ne pouvaient pas ne pas se réunir pour l'occasion, eux qui ont signé un run mémorable avec Hal Jordan, au point que ce dernier détrôna Superman et Wonder Woman au sein de la trinité DC. L'épisode est très malin, avec une chute savoureuse, et magnifiquement dessiné bien sûr. Peut-être la perle de la collection.


Sinestro occupe une place à part dans la légende de Green Lantern puisque le personnage a ambitionné d'être le plus fameux membre du Green Lantern Corps avant d'en devenir l'ennemi juré. Cullen Bunn lui consacre des pages bien senties que Doug Mahnke dessine avec son sens du détail coutumier. La conclusion est impitoyable.


Après ce démarrage en fanfare, on arrive au segment le plus problématique du lot. J'aurai aimé aimer le dernier scénario écrit par Denny O'Neil, cet immense auteur qui vient de disparaître, mais hélas ! le résultat est lourdaud, maladroit, avec une métaphore bien trop appuyée sur la nécessité de réfléchir aux méthodes pour rendre la justice. Quant à Mike Grell, je n'ai jamais adhéré à son graphisme, et ses pages sont ici truffés d'erreurs (de proportion notamment).


Le niveau continue de régresser avec Kyle Rayner, un des Green Lantern les moins charismatiques, desservi par un récit sans relief (malgré les constructions énergétiques de son anneau) de Ron Marz et un dessin moyen de Darry Banks. A zapper.


On peut heureusement compter sur les talents combinés de Peter J. Tomasi et Fernando Pasarin pour honorer dignement Killowog, le colossal instructeur des Green Lantern, à qui ses élèves réservent un anniversaire mémorable. L'histoire nous entraîne sur une fausse piste habile tandis que les dessins sont d'une rare précision. Voilà du beau boulot.


Mais le soufflé retombe avec le chapitre écrit par Charlotte McDuffie et dessiné par Chriscross, consacré à John Stewart. On est pourtant optimiste au début puisque Hawkgirl est aussi là et que cela renvoie les fans au dessin animé La Ligue des Justiciers, dans lequel les deux personnages formaient un couple amis-amants. Mais à l'arrivée, rien de tout ça n'est exploité, et c'est aussi vite lu qu'oublié.


Le grand absent de cette collection est l'impayable Guy Gardner, qui fit les beaux jours de Justice League International. Il est très curieux que le seul épisode qui l'évoque ait la forme d'un hommage certes amusant mais au final bien triste, comme celui produit par Robert Vendetti et Rafa Sandoval. J'aurai préféré que l'humour du héros ait droit à un traitement plus léger.


L'autre souci avec Green Lantern, c'est l'expansion qu'a connu le titre ces dernières années. La Terre comprend pas moins de six membres du GLC, ce qui doit en faire la planète la plus fournie de l'univers DC. Et il faut bien dire que les dernières recrues n'ont pas le charme des anciennes, comme on en a la preuve avec Jessica Cruz, première femme terrienne à porter l'anneau d'Oa. Victime de crises d'anxiété, elle a du potentiel, mais comme son histoire ici, écrite par Mariko Tamaki et Mirka Andolfo, finalement peu d'intérêt.


Idem avec Simon Baz à qui Sina Grace et Ramon Vollalobos consacrent l'ultime chapitre du recueil. Un récit d'une lourdeur symbolique effroyable, qui dessert complètement le propos (Baz est libanais, il appréhende un terroriste et lui fait la morale d'une manière absurde).

Ce qui est regrettable avec ce numéro anniversaire, c'est que le meilleur est concentré dans les premières pages. On voit que, passés Alan Scott, Hal Jordan, Sinestro, le reste n'est pas pas/plus à la hauteur, même si Killowog a droit à un beau morceau. Peut-être faudrait-il dégraisser l'effectif humain du GLC (la série Green Lanterns avec Simon Baz et Jessica Cruz a d'ailleurs été annulée, Guy Gardner n'apparaît plus nulle part tout comme Kyle Rayner), mais ce n'est pas parti pour (voir Teen Lantern dans Young Justice ou le roman graphique Green Lantern : Legacy ou la maxi-série Far Sector).

En prime, l'ouvrage comporte quelques pin-ups, pour lesquels les artistes ne sont pas trop foulés :

Jo Mullein de Far Sector par Jamal Campbell
Hal Jordan par Bruce Timm
Encore Hal Jordan par Rafael Grampa
Jessica Cruz par Joelle Jones
Teen Lantern de Young Justice par David Lafuente
Green Lantern : Legacy par Andie Tong
Kyle Rayner par Sarah Stone
Guy Gardner par Joe Staton