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jeudi 6 décembre 2018

GREEN ARROW #47, de Julia et Shawna Benson et German Peralta


L'arc narratif avec le justicier Citizen s'achève ce mois-ci et le moins qu'on puisse dire est que Julia & Shawna Benson le concluent en beauté, de manière intelligente et efficace à la fois. Côté dessin, German Peralta assure également comme un chef pour certainement son dernier ouvrage pour DC.


Citizen a enlevé Oliver Queen et se trouve avec son otage près d'un relais satellite de Queen Industries afin que la retransmission de son procès soit mondiale. Kate Spencer et l'informaticien Fyff tentent d'interrompre la diffusion sans succès.


Black Canary, en liaison avec Kate, remonte la miste d'Oliver grâce à un traceur qu'elle a déposé sur lui. Devant la caméra de Citizen, Ollie plaide non coupable ce qui irrite son ravisseur, prêt à précipiter son exécution avant le vote de ses followers. Lorsque Green Arrow surgit !
  

Assommé, Citizen ne voit pas que c'est Black Canary qui a endossé le costume de l'archer et qui délivre Ollie. Il se change alors que son adversaire reprend connaissance et croit que Green Arrow a permis à Queen de s'enfuir.


L'affrontement entre Citizen et Green Arrow, bref mais intense, tourne à l'avantage du second qui immobilise le méchant sur sa chaise électrique et s'empare de sa caméra pour s'adresser aux téléspectateurs, les enjoignant à s'exprimer par le vote, des manifestations les réseaux sociaux plutôt que par la violence.


Citizen est livré à la police. Ollie est disculpé de l'affaire de meurtre qui pesait sur lui et se promet de devenir meilleur au nom de Roy Harper et Black Canary. Cette dernière le retrouve et accepte de rester vivre à Seattle avec lui.

Depuis leur reprise en main de la série, les Benson ont fait la preuve de leur efficacité dans la narration, avec un sens du swing imparable. Tout va très vite sans être superficiel, comme en a témoigné cette histoire qui brassait des thématiques sérieuses pour son héros comme pour la société actuelle.

Via le personnage de Citizen, dont le combat s'appuyait sur les inégalités sociales dont la résolution passait par une vengeance meurtrière, les scénaristes ont abordé la disparité de la redistribution des richesses entre le pourcent de la population le plus nanti et le reste qui doit se contenter de conditions de vie précaires. Bien entendu, la méthode de Citizen n'est pas bonne, le lecteur en a conscience sans ambiguïté, mais le problème est réel.

Plus que la situation aisée d'Oliver Queen, c'est son appartenance à une caste qui est attaquée et, à travers Green Arrow, l'impuissance d'un super-héros à solutionner ce genre d'inégalités. Le tout est traité avec beaucoup d'adresse, le divertissement et la réflexion politique étant au même niveau. Cest assez rare pour être souligné, surtout dans un comic-book mainstream.

Cet épisode ne déroge pas à la règle, entretenant un suspense solide, et alternant prises de paroles engagées et combats traditionnels. Green Arrow ne doit sa victoire qu'à sa volonté et se remeten cause : il a compris qu'il doit être exemplaire, non seulement pour ses proches, pour les citoyens, mais aussi envers lui-même. Et c'est cette facult à retenir la leçon que salue Black Canary en acceptant de rester à ses côtés (plutôt que de retourner à Gotham).

Visuellement, la série est aussi un régal, même si German Peralta a choisi de quitter DC pour rejoindre Marvel (où il va d'abord dessiner une mini-série X-Men). Un choix de carrière curieux (tout comme celui d'un de ses prédécesseurs sur le titre, Juan Ferreyra), à moins qu'il ait refusé de n'être que l'artiste en alternance avec Javier Fernandez.

Quoiqu'il en soit, Peralta livre de superbes planches, très complètes : ses compositions sont parfaites, ses valeurs de plans très variées, ses personnages très expressifs. Le découpage privilégie toujours la lisibilté et n'abuse pas d'effets facils (une seule pleine page). Il est au service du récit tout en sachant le muscler.

Grâce à cette combinaison de talents, Green Arrow (qui mériterait plus que jamais de se voir accoler un "& Black Canary") est une des meilleures série DC actuelles.
    
La variant cover de Kaare Andrews.

vendredi 16 novembre 2018

GREEN ARROW #46, de Julie et Shawna Benson et German Peralta


Après le numéro précédant lié à Heroes in Crisis, l'intrigue de Green Arrow contre Citizen reprend ses droits pour cet épisode paru ce mois-ci (je suis donc désormais à jour avec la série). Julie & Shawna Benson héritent, elles, d'un nouveau cavalier puisque German Peralta remplace Javier Fernandez au dessin, sans qu'on y perde au change.


Pour débusquer Citizen, Green Arrow et Black Canary se partagent les investigations. Elle se rend chez la secrétaire de Jubal Slade pour connaître le nom et l'adresse du chauffeur du promoteur immobilier tué, la dernière personne à l'avoir vu vivant. 


Mais cette piste aboutit à une impasse car le chauffeur avait donné un faux nom et une fausse adresse. De son côté, Green Arrow apprend, par un ami de jeunesse de Oliver Queen, que c'est un autre de ses copains, Brett, qui avait causé l'accident de la route dont l'accuse Citizen.


Après avoir interrogé le shérif chargé de l'affaire à l'époque, les recherches de l'archer le conduisent jusque chez l'adjoint Joe Stranz, qui a pris de photos du drame. Il texte l'adresse à Black Canary tandis qu'il pénètre dans le domicile du policier.


Rapidement, des indices confirment que Stranz est Citizen et celui-ci attaque Green Arrow. Mais dominé par l'archer, il prend la fuite juste avant que sa maison n'explose à cause d'une fuite de gaz qu'il a provoqué pour faire diversion.


Oliver Queen établit un stratagème pour pièger Stranz en donnant une conférence de presse où il déclare se mettre sous la protection de la police de Seattle. Peu après être monté dans une voiture, le flic qui la conduit se tourne vers lui, portant le masque de Citizen et l'assommant...

Tout d'abord, on est surpris de ne pas retrouver au dessin Javier Fernandez, alors que l'espagnol est très régulier et avait fait une excellente impression sur ses trois épisodes. Mais, l'un dans l'autre, on ne perd pas au change avec son remplaçant German Peralta, plus habitué à jouer les doublures qu'à animer une série comme titulaire du poste.

Sa prestation est excellente et même plus complète que ce que proposait Fernandez. Il évolue dans un registre similaire, avec le même brio pour composer ses plans et ses pages, mais avec un trait plus classique et ferme. Peralta s'encre lui-même et dessine des personnages aux proportions réalistes, y compris pour les femmes (Black Canary est sexy sans outrances anatomiques), avec un soin notable apporté aux décors. John Kalisz, le coloriste, est resté fidèle au poste et s'est adapté parfaitement à son nouveau partenaire, avec cette palette nuancée aux ambiances bien dosées.

Visuellement, la série conserve donc tout son attrait, et même une cohérence esthétique appréciable (là où le run de Benjamin Percy allait et venait au gré de styles très divers, comme celui d'Otto Schmidt ou Juan Ferreyra). Pour ne rien gâcher, le titre bénéficie de couvertures d'Alex Maleev (et de variant covers par Kaare Andrews).

Narrativement, les Benson repassent la seconde après avoir freiné le temps de l'enterrement de Roy Harper dans le précédent épisode. Ce rythme trépidant participe énormément au plaisir de la lecture et colle au propos : on est dans une course contre la montre car Citizen ne cesse de menacer Oliver Queen et, désormais, il fait des petits. Ses supporteurs surgissent dans des réceptions chics, avec son masque, pour y semer le chaos parmi les nantis de Seattle (l'occasion d'une scène d'ouverture spectaculaire).

Mais les deux scénaristes n'oublient pas de faire progresser leur récit. Elles partagent équitablement l'enquête, tout en réservant le meilleur morceau à Green Arrow : son bref combat avec Citizen est intense et se conclut de manière explosive. Tout aboutit à un cliffhanger haletant : Ollie Queen s'est-il jeté dans la gueule du loup ? Ou son enlèvement, prévisible, est-il supervisé par Black Canary ? En tout cas, la suite s'annonce accrocheuse puisqu'on nous promet "l'exécution d'Oliver Queen"...

Alors que les archers de Marvel sont désormais dans les West Coast Avengers (mais avec des chiffres de vente peu encourageants), Green Arrow porte haut ses couleurs dans un titre jubilatoire, aussi bien écrit que dessiné.

jeudi 15 novembre 2018

GREEN ARROW #45, de Julie et Shawna Benson et Javier Fernandez


A peine arrivées sur le titre, Julie & Shawna Benson ont du composer avec la saga Heroes in Crisis de Tom King. Green Arrow est en effet indirectement impacté par le premier épisode puisqu'une des victimes de la tuerie du Sanctuaire est Roy Harper/Arsenal : il était impensable que l'archer ne suspende son enquête sur le Citizen au moment de rendre hommage à son disciple. Pour Javier Fernandez, l'exercice permet à la fois de briller tout en se retirant (déjà !)...


Oliver Queen et Dinah Lance assistent aux obsèques de Roy Harper en compagnie des amis de ce dernier au sein de la Justice League, des Titans et des Outlaws. Pour Green Arrow, le chagrin le dispute à la colère, alors qu'il est assailli par les souvenirs du défunt.


Roy avait récemment fait son retour à Seattle et participé au sauvetage d'un immeuble détruit par le promoteur Jubal Slade. Il semblait vouloir se confier à Oliver qui, lui-même, voulait lui donner quelque chose. Les meurtres commis au Sanctuaire ne l'auront pas permis.


Oliver frappe Clark Kent en lui reprochant, comme à d'autres membres de la Ligue, de ne pas avoir protéger les patients du Sanctuaire. Puis il se tourne vers Hal Jordan à qui il supplie d'utiliser son pouvoir pour ressusciter Roy. Avant que J'onn J'onzz ne le raisonne télépathiquement.


Calmé, Oliver s'éloigne et fait connaissance avec Annie, une jeune femme, ancienne toxicomane que Roy avait convaincue de se faire soigner. Green Arrow se rappelle alors comment il avait surpris Roy quand il se droguait et la manière, maladroite, de l'aider en jouant davantage le rôle d'un mentor que d'un père de substitution.


Ces regrets, Oliver le comprend, alimentent sa colère aujourd'hui : il en veut moins aux autres qu'à lui-même, de ne pas avoir été suffisamment présent pour Roy. Il doit s'améliorer en sa mémoire. Et cela commencera par coincer le Citizen.

L'exercice du tie-in, c'est-à-dire de l'épisode découlant d'une saga, est toujours périlleux, même s'il arrive parfois que les auteurs y trouvent matière à transcender l'histoire à laquelle ils doivent coller. Julie & Shawna Benson ne visent pas si haut mais en profite pour signer un chapitre intermédiaire dans leur arc narratif de manière habile.

Javier Fernandez a visiblement profité d'une liberté de manoeuvre assez grande pour découper l'épisode qui abonde en pleines pages rétrospectives. On peut ainsi voir défiler des moments emblématiques de la vie de Green Arrow et de celui qui fut successivement Speedy, Red Arrow et Arsenal. Ces planches sont très belles, superbement composées, avec des effets de fondus enchaînés épatants, leur lecture est très fluide et ponctuée d'instantanés iconiques renvoyant à des épisodes célèbres (notamment ceux du run de Denny O'Neil et Neal Adams sur la série Green Arrow/Green Lantern).

Dans Heroes in Crisis #1, Tom King présentait dans une page le témoignage de Roy Harper se sachant condamné après une courte existence éprouvante où les coups reçus et son addiction à l'alcool et la drogue avaient détruit ses reins. Devenu sacrifiable, il disparaissait néanmoins de manière poignante, symbole d'une jeunesse héroïque mais surtout consumée par une activité destructrice.

La réaction d'Oliver Queen est exposée de façon logique et mesurée. C'est un homme en colère qui se présente aux funérailles de son protégé. Ce sentiment s'exprime d'abord contre les gardiens du Sanctuaire via Superman qu'il accuse de n'avoir pas su éviter le carnage ni arrêter le meurtrier. Puis, subtilement, on voit que ce ressentiment vise Queen lui-même.

Le tournant de sa relation avec le défunt se situe donc quand Roy a commencé à se droguer et qu'il l'a découvert avec Green Lantern - un classique donc de l'ère O'Neil-Adams. A l'époque, Green Arrow réagit brutalement en giflant et en sevrant sans ménagement son sidekick. Il agit comme un coach, un mentor, face à un ado qui cherche un père de substitution. En le comprenant aujourd'hui, Oliver intègre sa maladresse, son erreur, et formule son regret.

Mais, et c'est là le petit tour de force des Benson, il en tire une leçon : il a échoué, il doit s'améliorer. Et cela passera par la capture du Citizen. La série retombe sur ses pattes avec agilité et annonce la reprise de l'intrigue commencée dans les deux numéros précédents. Le tie-in est exemplairement rempli tout comme la liaison avec l'histoire en cours.

GREEN ARROW #43-44, de Julie et Shawna Benson et Javier Fernandez


Un changement d'équipe créative sur une série donne l'occasion d'un jumping point, c'est-à-dire d'essayer ledit titre alors qu'on a raté les précédents épisodes. Je suis ainsi passé à côté du run de Benjamin Percy, bêtement désorienté par l'alternance de dessinateurs aux styles très différents (Otto Schmidt, Juan Ferreyra, Stephen Byrne...). Aujourd'hui, je débute donc celui de Julie et Shawna Benson avec ce #43, un parfait point d'entrée, dessiné par Javier Fernandez (Nightwing).


Green Arrow et son sidekick Arsenal interviennent pour sauver les habitants d'un immeuble sur le point d'être soufflé par le promoteur immobilier Jubal Slade. Ce dernier s'enfuit tandis que Green Arrow donne de l'argent aux sans-logis pour aller à l'hôtel en attendant mieux.


Après un passage au siège de Queen Entreprises, Oliver Queen retrouve, dans la banlieue de Seattle, à l'intérieur d'un abri souterrain, sa partenaire Dinah Lance/Black Canary. Ils partent rejoindre Roy Harper/Arsenal pour déjeuner.


Sur place, Dinah consulte son portable et regarde une vidéo en direct où un certain Citizen annonce qu'il va s'en prendre aux nantis malhonnêtes de la ville dont ses followers décideront du sort. Le premier accusé est Jubal Slade.


Grâce à Batgirl, Green Arrow et Black Canary retrouvent l'endroit où Citizen retient Slade que les internautes veulent condamner à mort. Mais ils arrivent trop tard : le promoteur immobilier, pris dans un piège, est décapité et son bourreau n'est pas dans la pièce où a été filmée l'exécution.


Néanmoins, Citizen continue de transmettre en direct et désigne sa prochaine cible : il compte soumettre au jugement populaire... Oliver Queen !


Après cet épisode d'ouverture très efficace, à l'argument rapidement exposé, les scénariste Benson et leur dessinateur embrayent directement, toujours sur les chapeaux de roues. Comment Green Arrow va-t-il composer avec la menace du Citizen contre son alter ego ?


Les supporteurs du Citizen traquent Oliver Queen mais il parvient à les semer et à rejoindre Black Canary. Celle-ci a appris, grâce aux compétences informatiques de Batgirl, que leur ennemi postait ses vidéos depuis un cyber-café. Mais c'est un leurre : il annonce qu'il va traîner devant sa cour de justice deux autres notables.


Alors qu'une vidéo accablant Oliver Queen dans un accident de la route, fatal à une jeune fille, circule, Black Canary s'occupe de mettre Franklin Rossmore à l'abri et Green Arrow se rend chez Alison Kim. Les gardes du corps de cette dernière sont neutralisés quand il arrive chez elle.


Et Citizen l'a traînée dans son écurie, lui attachant chevilles et poignets à quatre chevaux pour l'écarteler si ses followers la jugent coupable d'avoir dopé ses purs-sangs. Green Arrow s'interpose mais Citizen le place face à ses responsabilités en lui demandant s'il compte sauver une tricheuse.


L'archer ne tergiverse pas et libère Alison Kim mais Citizen en profite pour fuir alors que les chevaux s'emballent. Green Arrow décide de conduire Kim au poste de police pour qu'elle réponde de ses actes.


De retour auprès de Black Canary, Oliver culpabilise pour l'affaire qui le concerne et dont il avait tout oubliée. C'est alors que Superman l'interrompt...

Si j'espère un de ces quatre lire et critiquer le run de Benjamin Percy, salué par la critique et les lecteurs, je dois d'emblée dire que celui de Julie & Shawna Benson m'a enthousiasmé. Pour une relance, c'est une vraie réussite. Je n'attendais pas ces scénaristes à ce niveau, après leurs épisodes décriés de la série (annulée depuis) de Batgirl & the Birds of Prey.

Comme elles ne s'embarrassent pas de préliminaires, imitons-les : ce qui séduit dans ces numéros de Green Arrow, c'est leur rythme très soutenu, leur vitesse. La situation est bien et rapidement posée, avec un méchant ambigu et original. L'archer de Seattle a toujours été un personnage à part dans la galaxie DC car il représente son aspect le plus politique : Oliver Queen a beau être un homme d'affaires et un justicier comme Bruce Wayne/Batman, c'est un homme de Gauche, engagé (il a été maire) et dont l'origine même résume sa position (échoué sur une île, il a du y devenir l'expert du tir à l'arc qu'il est pour devenir en chassant des trafiquants - le #43 y fait une allusion amusante quand Ollie dit qu'il n'aime pas trop les îles) - bref, il en a bavé.

Si on peut s'étonner (et même se plaindre) que la série ne s'intitule pas "Green Arrow & Black Canary", puisque Dinah Lance en est la protagoniste au même titre que son partenaire (même si leur romance a re-débuté avec "Rebirth"), l'ennemi que doit affronter le couple s'en prend d'abord à Oliver Queen et ses semblables. Les Benson s'appuient sur la thèse, authentique, que 99% de la fortune mondiale est aux mains de 1% de la population pour caractériser le Citizen (le Citoyen) qui s'en prend à des nantis de Seattle au prétexte que leur richesse n'est jamais acquise honnêtement.

Le cas initial de Jubal Slade n'est guère nuancé puisque ce promoteur fait carrément exploser un immeuble alors que des habitants se trouvent encore dedans. Les fautes de Franklin Rossmore et Alison Kim (un banquier et une éleveuse de chevaux) sont plus subtils. Quant au dossier noir concernant Oliver Queen, il est trouble : son implication dans un accident de la route mortel est sujet à caution puisqu'il n'en a conservé aucun souvenir car il était en état d'ivresse.

Il n'empêche, le procédé est très accrocheur et percutant. Green Arrow doit affronter un adversaire qui se targue de représenter le peuple et sollicite ses votes pour exécuter des gens vraiment malhonnêtes. Les méthodes du Citizen sont extrêmes mais poussent l'archer dans ses retranchements en l'accablant personnellement et en l'éprouvant comme justicier. Si Green Arrow interfère dans les procès du Citizen ne se rend-il pas complice des accusés ?

Javier Fernandez dessinait auparavant la série Nightwing, écrite par Tim Seeley comme la suite directe de Grayson durant les "New 52" - pour un résultat, hélas ! beaucoup moins abouti (un signe de l'influence de Tom King, co-auteur alors du titre ?). L'espagnol est très à son avantage dans le registre de l'action avec un trait nerveux et des compositions dynamiques.

C'était donc l'homme de la situation pour illustrer les scripts de Green Arrow et il rend une copie vigoureuse. Il est à l'aise pour représenter l'archer à la manoeuvre : c'est Oliver Queen comme on l'aime, avec sa moustache et sa barbichette, un costume redesigné très intelligemment, entre deux âges, dont le couple avec Black Canary possède une vraie alchimie. Fernandez dessine celle-ci de manière agréable, sans exagérer sa physionomie pour l'hyper-sexualiser et en en faisant une femme adulte comme son partenaire, dont le pouvoir vocal est utilisé et mis en scène de manière spectaculaire mais dosée (on la voit par exemple s'entraîner pour en tester la puissance).

Si Fernandez a un défaut, c'est celui de ne pas sembler savoir choisir entre les textures : parfois, il joue sur une économie élégante avec des à-plats noirs, parfois il use de traits, et parfois il mélange les deux effets, ce qui créé un curieux mélange. Pas désagréable mais un peu étrange. Heureusement, la série peut compter sur un coloriste de première classe avec John Kalisz, dont la palette est superbe.

Cette reprise est donc très prometteuse. En attendant de voir le prochain mouvement du Citizen, les auteurs vont faire une pause pour coller aux événements de la saga de Tom King, Heroes in Crisis, dans le prochain numéro.