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samedi 22 juillet 2023

HARLEY QUINN : BLACK + WHITE + REDDER #1, de Chip Zdarsky et Kevin Maguire, Leah Williams et Natacha Bustos, Paul Scheer & Nick Giovannetti et Tom Reilly

 

Si je n'avais pas consacré de critiques à Harley Quinn : Black + White + Red, je vais me rattraper avec Harley Quinn : Black + White + Redder qui a débuté sa publication cette semaine. Il s'agit comme son titre l'indique d'histoires courtes dessinées uniquement en noir, blanc et rouge, réalisées par des équipes artistiques différentes, à raison de trois par numéro. Et DC a convoqué du beau monde, à commencer par une très chouette couverture de Bruno Redondo.



- THE MAN OF STEAL (Ecrit par Chip Zdarsky, dessiné par Kevin Maguire) -  Harley Quinn entraîne Poison Ivy jusqu'à la Forteresse de Solitude en l'absence de Superman, avec le projet de la cambrioler. Mais une fois dans la place, bien des surprises les attendent...


A elle seule, cette short story justifie l'achat de ce numéro puisque c'est rien moins que le génial et trop rare Kevin Maguire qui la dessine (actuellement, l'artiste finaliserait un creator-owned. A suivre.). Et son trait toujours aussi expressif ne peut que faire des merveilles avec un personnage aussi excentrique que Harley Quinn. Pour les fans de Maguire, c'est un régal, d'autant que Chip Zdarsky lui a écrit un script aux petits oignons. 

Le pitch est mince mais très drôle et cette visite de la Forteresse de Solitude réserve bien des surprises pour Harley et Ivy, notamment un robot majordome qui a l'apparence de Batman... le Dark Knight n'est pas invité aux parties de poker que la Justice League dispute dans l'antre du Man of Steel d'ailleurs ! On rit de bon coeur et le format court convient idéalement car Harley Quinn peut devenir très vite usante sur des épisodes entiers.


- PUSH THROUGH THE PAIN (Ecrit par Leah Williams, dessiné par Natacha Bustos) - D'où Harley Quinn tient-elle ses talents d'acrobate ? Réponse dans son adolescence passé dans le cours de gymnastique de la très sévère Mme Mardock...


Leah Williams est une scénariste que j'apprécie beaucoup et elle se penche ici sur une sorte d'origin story instructive car, à ma connaissance, peu visitée. En effet, Harley Quinn n'est pas qu'une anti-héroïne foldingue, c'est aussi depuis sa création (par Paul Dini et Bruce Timm) une acrobate redoutable. On trouve ici l'explication à ce talent dans un récit à la fois cruel pour elle et aussi pour son enseignante.

Natacha Bustos (qu'on retrouvera à la rentrée pour la série Fire & Ice) prouve une fois encore que Marvel a eu bien tort de la laisser filer (après l'avoir pourtant promue comme "stormbreaker). Son trait souple et ses découpages inventifs épousent à la perfection le récit et le caractère bondissant de Harley. Superbe.


- GET GAGGY (Ecrit par Paul Scheer et Nick Giovannetti, dessiné par Tom Reilly) - Interrogée par Harley Bullock au poste de police après un braquage au musée de Gotham, Harley raconte n'importe quoi pour mieux couvrir une vieille amie...


Tom Reilly, qui avait brillé sur la mini-série Ant-Man de Al Ewing, passe chez DC pour se faire remarquer avec ce troisième segment. Ecrit par par l'acteur Paul Scheer avec Nick Giovannetti, le scénario nous embarque dans une histoire de braquage farfelu commis par des bras cassés qui veulent tous prouver qu'ils peuvent devenir des cadors.

La personnalité de victime de Harley est habilement exploitée pour mieux aboutir à un twist final où le lecteur découvre qu'elle a davantage manipulé son monde qu'elle n'a été manipulée. Reilly s'empare de cet argument pour produire des planches très dynamiques où l'exubérance de Harley est bien soulignée mais aussi bien dosée. De la belle ouvrage. Avec en bonus Catwoman !

Le format anthologique est impeccable pour ce genre de projet et de personnage : je ne lirai pas Harley Quinn autrement, mais en plus avec des équipes artistiques d'aussi bon niveau, c'est exquis. Et le prochain numéro restera de haute voléé (avec entre autres Annie Wu et Kelly Thompson).

mercredi 31 mai 2023

POWER GIRL SPECIAL #1, de Leah Williams et Marguerite Sauvage, Joanne Starer et Natacha Bustos


Si vous avez lu les back-up stories dans Action Comics #1051-1053, alors vous avez pu apprécier Power Girl Reborn écrit par Leah Williams et dessiné par Marguerite Sauvage. Visiblement, cela a convaincu DC de produire ce one-shot d'une cinquantaine de pages avant de donner une série régulière à Karen Starr. En prime, on a un aperçu de l'autre future série Fire & Ice par Joanne Starer et Natacha Bustos, qui paraîtra cet automne.


Omen et Power Girl ont découvert que le responsable des troubles de leurs patients n'était autre que Johnny Sorrow. Mais celui-ci, avec quatre complices du Royaume Subtil, a lancé une attaque de grande ampleur et les deux femmes sont seules à se dresser contre lui.


Power Girl est l'objet de l'attention de Johnny Sorrow qui veut la convaincre de rallier la Terre-2 d'où ils viennent pour la refonder et la diriger. Et pour vaincre cet ennemi qu'elle repousse, Power Girl devra, contrairement à lui, accepter de tourner la page de ce passé et s'ouvrir aux autres comme jamais...


Même si j'ai laissé tomber la lecture d'Action Comics, j'avais pris rendez-vous pour ce Power Girl Special qui fait suite à Power Girl Reborn, que j'avais beaucoup aimé. Leah Williams, à qui on doit l'excellent X-Terminators (chez Marvel), a su s'approprier le personnage de Starr comme peu d'autres auteurs avant elle (hormis le duo Jimmy Palmiotti et Justin Gray, dans un run illustré par Amanda Conner, sur un registre entre comédie loufoque et action).

La scénariste a pour cela tiré profit de l'event Lazarus Planet dans lequel Power Girl, affectée par la tempête magique déclenché par le Diable Nezha, a communié avec la magicienne Omen (ex-membre de Titans). Power Girl Reborn montrait les deux amies ouvrir une sorte de cabinet de psychothérapie pour soigner les maux de super-héros. A la fin du dernier numéro, on comprenait qu'un méchant unique se cachait derrière les troubles des patients et qu'il s'agissait de Johnny Sorrow, un des adversaires de la JSA.

Ce one-shot est découpé en deux parties, dont la plus importante compte une quarantaine de pages qui conclut cette intrigue. On y découvre les motivations de Johnny Sorrow et comment Power Girl va tenter d'en venir à bout. Leah Williams se montre encore une fois inventive pour justifier les agressions du vilain et pourquoi il cible particulièrement Power Girl. Elle traite d'une relation toxique via le prisme super-héroïque en convoquant des figures du tarot, mais aussi des thèmes comme la séparation, le deuil, la famille. Tout ça est formidablement écrit, avec nuance et efficacité, loin de tout cliché, sans manichéisme.

A la fin de ce Special, les cartes sont rebattues pour Power Girl, son association avec Omen, ses liens avec la Super-famille, ses origines. Sur ce point Williams souligne le déracinement de Karen Starr qui vient de Terre-2 et qui dans sa dimension était l'équivalent de Supergirl, avec un rapport spécial avec le Superman de la JSA. Et on comprend pourquoi elle n'a jamais réussi à s'intégrer à la Super-famille sur la base de malentendus jamais formulés et purgés.

De même Johnny Sorrow devient un adversaire particulièrement singulier qui répète un schéma pervers (il avait déjà tenté de contraindre Stargirl par le passé), coincé dans une sorte de boucle narcissique (ancien acteur du muet que l'arrivée du cinéma parlant a ruiné, il veut renouer avec une existence fantasmée). Et tout le contraste repose sur la résilience dont fait preuve Power Girl, sa capacité à surmonter ses propres traumas exploités par Sorrow, ses regrets enfin  digérés.

Le script bénéficie en outre de la mise en images toujours aussi somptueuse de Marguerite Sauvage. Celle-ci assume dessin, ecnrage, et colorisation dans un découpage qui s'affranchit volontiers des cadres bien sages en vigueur dans les comics. Souvent l'artiste favorise l'esthétisme à la fluidité, l'illustration à la narration graphique, créant par ses images une sorte de couche supplémentaire au propos du scénario.

Cela commence dès la première page avec une fausse publicité pour un parfum créé par Johnny Sorrow qui serait capable d'envoûter Power Girl. Plus loin, il suffit d'une page à Sauvage pour résumer à la fois les origines de Power Girl (avec des vignettes occupant toute la largeur de la bande et qui reprennent les motifs de tous les survivants de Krypton) mais aussi pointer du doigt ce qui a distingué l'héroïne. Un admirable raccourci.

Les personnages sont expressifs sans exagération et chaque image correspond à une idée, chaque planche permet de faire progresser visuellement le récit. Et c'est en plus très beau. Quel dommage alors que la future série Power Girl (qui conservera la même scénariste) se passe de Marguerite Sauvage au profit d'Eduardo Pansica (un dessinateur solide mais inégal, et surtout infiniment moins élégant). Pourquoi ?!
 

- FIRE & ICE (Joanne Starer/Natacha Bustos) - Baltimore est sous la menace d'un raz-de-marée mais Fire et Ice interviennent pour sauver des civils. Pourtant, de peur d'être dépassée, Ice contacte Guy Gardner. Lorsqu'il arrive en renfort, la situation se règle, sauf pour Fire qui s'emporte contre le Green Lantern toujours aussi toxique envers Ice...


Cet automne, DC lancera une série (limitée ?) avec Fire et Ice en vedette. Et il est impossible de ne pas voir dans cette initiative la conséquence du regain de popularité de Ice suite à The Human Target de Tom King et Greg Smallwood (même si, comme la majorité des mini-séries publiées sous le DC Black Label, il s'agissait d'un "elseworld").

Joanne Starer (une auteur jusque-là ayant oeuvré dans des projets indés) introduit donc le duo d'héroïnes dans un schéma fidèle à celui de Justice League International et The Human Target : Ice est une jeune femme surpuissante mais timorée tandis que Fire a une personnalité enflammée comme son pouvoir. Entre elles deux, il y a Guy Gardner, qui fut longtemps le petit ami de Ice, mais qui est un parfait abruti possessif et vaniteux. Si Fire n'était pas attirée par les hommes, on pourrait facilement penser qu'elle est amoureuse de Ice - et, comble de l'ironie, aussi jalouse que Guy Gardner.

A la fin de ce petit épisode, Superman propose une solution pour que les deux filles fassent un break en les envoyant à Smallville. Bien entendu, à n'en pas douter, les ennuis vont les suivre. La dizaine de planches dessinée avec une fraîcheur jubilatoire par Natacha Bustos (qui, il n'y a pas si longtemps, était pourtant promue "stormbreaker" par Marvel sans que l'éditeur lui confie la moindre série) donnent très envie de donner sa chance à ce titre en devenir (dans lequel il y a fort à parier que d'autres membres de la JLI feront un tour).

La rentrée sera l'occasion de vérifier l'attrait de ces deux séries, même si, donc, je regrette que Marguerite Sauvage soit remplacée sur Power Girl, et que j'ai été très agréablement accroché par Fire & Ice dont je n'attendais vraiment rien.

vendredi 1 avril 2016

Critique 857 : SPIDER-WOMAN, VOLUME 2 - NEW DUDS, de Dennis Hopeless, Javier Rodriguez et Natacha Bustos


SPIDER-WOMAN : NEW DUDS rassemble les épisodes 5 à 10 de la série, écrits par Dennis Hopeless et dessinés par Javier Rodriguez (#5-9) et Natacha Bustos (#10), publiés en 2015 par Marvel Comics.
Ces épisodes ont lieu avant la saga Secret Wars, au terme de laquelle la série a été relancée (avec la même équipe artistique).
*


- New Duds (#5-9) (Scénario de Dennis Hopeless, dessins de Javier Rodriguez). Jessica Drew vient de quitter les Avengers et a ouvert une agence d'enquêtes privées. Elle a aussi changé son costume de super-héroïne. Elle aspire à mener un combat plus modeste en agissant dans les rues de New York. 
C'est ainsi qu'elle est abordée par le reporter du "Daily Bugle", Ben Urich, pour qu'elle l'aide à enquêter sur la disparition de plusieurs épouses de super-vilains de seconde zone. En usurpant l'identité de l'un d'eux, elle est kidnappée et découvre qui se cache derrière toute cette surprenante affaire....  

- New Duds : Secret Wars (#10) (Scénario de Denis Hopeless, dessins de Natacha Bustos). Désormais secondée par Ben Urich et Roger Gocking alias le Porc-Epic (lié sa précédente affaire), Jessica Drew s'emploie à résoudre quelques nouveaux dossiers auxquels s'intéresse le journaliste.
Ils gagnent Dodge City où les habitants leur réservent un accueil musclé. Le shérif dirige de sombres expérimentations sur le bétail qui contamine la population. Mais à peine ce problème résolu, Spider-Woman voit Black Widow lui commander de réintégrer les Avengers car la Terre est de nouveau menacée par un danger d'ordre cosmique...

Inutile, précisons-le tout de suite, de vous infliger l'achat et la lecture du Volume 1 de ces nouvelles aventures de Spider-Woman pour comprendre ces cinq épisodes, les derniers avant le relaunch de la série après le crossover Secret Wars. Vous n'aurez surtout pas à subir les illustrations grotesques de Greg Land (pour qui toutes les héroïnes sont des clones de playmates et dont le style ne peut plaire qu'à des gens atteints de sévères troubles oculaires).

La version que donne Dennis Hopeless de Jessica Drew s'inscrit dans la veine du Hawkeye de Fraction et Aja, bien qu'avec beaucoup moins d'ambition et de brio, à la manière du Ant-Man de Spencer et Rosanas. Il s'agit donc d'une représentation street-level hero avec une bonne dose d'auto-dérision, et avec une approche visuelle moins spectaculaire que rusée. C'est la raison qui a motivé mon achat, alors que je ne lis guère plus de super-héros depuis un moment, en attendant des jours meilleurs (qu'offriront sans doute Black Widow de Waid-Samnee ou Moon Knight de Lemire-Smallwood, dès que leurs premiers recueils seront disponibles).

Hopeless, contre toute attente (parce qu'il ne m'avait pas convaincu auparavant) se révèle habile dans son approche : il fait de Spider-Woman une jeune femme récitant, en voix-off, ses motivations pour revenir à une existence plus modeste. Il y a de la malice dans le procédé, mais bienvenue, au service d'une narration fluide et tonique. 

Il manque bien sûr une certaine sophistication pour que la production dépasse le divertissement sympathique, cela reste aussi inoffensif que la Batgirl de Fletcher-Stewart-Tarr chez DC, à laquelle on ne peut pas ne pas penser quand on considère le relooking de Spider-Woman, avec un costume plus fonctionnel que sexy. Mais ça ne manque pas de charme : Jessica Drew (dont Brian Bendis voulut corriger la carrière il y a quelques années, à deux reprises, d'abord en l'envisageant comme l'héroïne d'Alias puis lors d'une mini-série dessinée par Alex Maleev) est décrite comme quelqu'un de volontaire, lucide aussi, et ses nouvelles missions sont suffisamment bien conçues pour accrocher le lecteur. 

Javier Rodriguez est un choix judicieux pour la dessiner (il a l'habitude des personnages féminins depuis sa série Lolita HR, écrite par Delphine Rieu) : il ne l'érotise pas à outrance, s'amuse intelligemment avec son nouveau costume (qu'il a lui-même designé). De même, il est à l'aise avec la galerie des seconds rôles composée de méchants volontiers ridicules mais qu'il rend attachant et de ce bon vieux Ben Urich, qu'on ne voyait plus depuis longtemps dans les pages de Daredevil (dommage que Mark Waid ne l'ait jamais utilisé).

Rodriguez soigne les décors, assez pour que cela soit remarquable dans un comic-book mensuel (où ces éléments sont le plus souvent expédiés, faute de temps), et même si son graphisme n'a pas la maturité de ses collègues espagnols (Marcos Martin et Javier Pulido, dont il a été longtemps le coloriste), son trait a une notable élégance et une vraie expressivité.

Malheureusement, toutes les bonnes choses ont une fin et, devant s'aligner sur la saga Secret Wars de 2015, par Jonathan Hickman et Esad Ribic, Hopeless expédie le second récit en devant y intégrer des éléments du crossover. C'est d'autant plus stupide que, après cette énième event, la série est repartie sur les mêmes bases, avec le même artiste. 

Le graphisme s'en ressent aussi même si Natacha Bustos, venue suppléer Rodriguez, s'en tire sans démériter, mais cette dessinatrice ne possède pas (pas encore ?) les mêmes nuances dans le trait et la même inventivité dans le découpage et les compositions. 

Hopeless mixe des motifs issus de plusieurs genres dont la greffe prend mal avec son intention de départ (western, épouvante, parodie) : on sent que la contrainte de coller à Secret Wars ne l'a pas motivé et même l'a un peu coupé dans son élan. Dommage. 

Néanmoins, cette nouvelle Spider-Woman est bien sympathique et mérite qu'on surveille sa nouvelle vie. Paninicomics a eu la bonne idée de traduire ces cinq épisodes dans la revue trimestrielle "Spider-Man Universe" n°1, sortie en Mars : il faut souhaiter que les prochains chapitres auront la même diffusion dans quelques mois.