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mercredi 20 décembre 2017

SOLO #6 : JORDI BERNET


Avec le #5 (consacré à Darwyn Cooke), ce numéro 6 de la collection des Solo, éditée par Mark Chiarello en 2005, était celui que je désirais le plus lire un jour, et c'est enfin chose faite. DC Comics a donc donné carte blanche au génial dessinateur espagnol Jordi Bernet pour un recueil d'histoires courtes écrites par ses amis et qui permet d'apprécier l'étendue de son talent.


- Back Bone (écrit par John Arcudi). Mrs. Chisolm et sa jeune fille Lainie hébergent Mr. Rayburn  chez elles. C'est un bien curieux locataire qui intrigue vite l'adolescente et qui lui déplaît à cause de sa manière de s'exprimer comme s'il posait toujours des questions et aussi pour sa mauvaise odeur. C'est ce dernier point qui va l'amener à découvrir son secret lorsqu'elle surprend un soir Rayburn quittant sa chambre par la fenêtre tel un mollusque alors que son lit repose son squelette ! Les morts de plusieurs cochons dans les fermes alentours conduisent Lainie à penser que l'homme les tue et elle va alors trouver un moyen de le confondre tout en convainquant sa mère, de manière imparable, de la monstruosité de son locataire...

On démarre avec cet étrange récit imaginé par un scénariste habitué au fantastique puisque John Arcudi est un collaborateur de Mike Mignola (le créateur de Hellboy). Une scène suffit à l'auteur et Jordi Bernet pour installer une atmosphère bizarre et surchauffée où la narratrice est une jolie adolescente. 

Le duo nous laisse d'abord croire à un fantasme de jeune fille puis lorsqu'on découvre avec elle le secret du mystérieux Mr. Rayburn, tout bascule. Il ne s'agit pas tant d'effrayer que de susciter le malaise et même la fascination pour cette créature improbable lié à des meurtres porcins. On devine que tout cela se passe dans le passé, les années 50-60 probablement, mais ce n'est pas si important car les monstres sont de tous temps.

Bernet excelle à croquer les belles femmes, de tous âges, tout comme les hommes les plus repoussants, et sa science du découpage produit une tension immédiate. Le dénouement, comique, absurde, grotesque même, n'en est que plus efficace. 


- Drive (écrit par Joe Kelly). Harrison et sa femme Loretta se disputent à propos du caractère envieux de celui-ci et de l'insatisfaction chronique de celle-ci tandis que se noue, dans le Las Vegas des années 50, un drame passionnel entre un animateur de télé séducteur et sa première conquête devenue star de cinéma. Jaloux de son succès et redoutant qu'elle le quitte ou ne le trompe, il finira par la tuer puis enterrera son corps dans le désert du Nevada.

Si on peut déplorer que la majorité des histoires de ce numéro soit en couleurs, c'est bien parce que Bernet est un virtuose du noir et blanc, comme il l'a prouvé tout au long de la série Torpedo sur laquelle il succéda à Alex Toth, un autre maître (qui abandonna le titre car il n'appréciait pas la violence des scripts de Enrique Sanchez Abuli). Aussi faut-il apprécier ce deuxième récit.

La narration de Joe Kelly est très originale et même déroutante au début puisque le lecteur assiste à une passion tragique en même temps qu'il lit le dialogue d'un couple hors-champ qui dégénère en dispute. Le procédé prend tout son sens quand on saisit que ce qui se dit d'un côté rebondit sur ce qui se joue de l'autre.

Les retrouvailles d'un animateur télé avec une actrice dont il fut l'amant et qui rallume la flamme de leur amour avant de provoquer sa jalousie sentimentale et professionnelle jusqu'au meurtre, dans le cadre du Las Vegas des années 50, sont promptes à évoquer chez le lecteur tout l'imaginaire véhiculé par cette époque et ce décor, celui du "Rat Pack" (la bande de Frank Sinatra avec Dean Martin, Sammy Davis Jr.), des casinos, de la mafia, du désert du Nevada où bien des corps furent enterrés après des assassinats.

Le décalage entre cette passion dramatique et les motifs dérisoires, pathétiques, de la dispute de Harrison et Loretta permet à chaque partie de gagner en intensité : plus l'échange entre le couple hors champ se tend, plus la liaison entre celui à l'image dégénère.

Bernet illustre ça à la perfection, dosant magistralement ce crescendo romantique et romanesque, avec ce trait vif et précis à la fois, qui sait exploiter la lumière émanant du blanc même de la planche et de noirs profonds dans le choix des vêtements (le smoking, la robe du soir), du jour et de la nuit, des intérieurs et des extérieurs (sublime dernière page dans le désert). Somptueux.


- Old Dog New Trick (écrit par Andrew Helfer). Dans un pénitencier d'Amérique latine, quatre vieux détenus, là depuis trente-cinq ans, survivent tranquillement en sachant se tenir à l'écart des règlements de compte, coups fourrés, trafics et autres mutineries... Jusqu'au jour où le gouvernement local est renversé par l'armée. Ils sont alors conduits auprès du général Ramirez qui a conduit la révolution et les absout de leurs crimes passés à condition de rejoindre ses rangs. Mais ils déclinent l'offre et l'assassinent pour continuer de profiter du gîte et du couvert de la prison. 

Une petite nouvelle croustillante à souhait que ce chapitre dont le titre équivaut à notre expression "ce n'est pas au vieux singe qu'on apprend à faire la grimace". Andrew Helfer nous présente d'abord une galerie de vieux taulards dont la sagesse est très ambivalente, comme ce coiffeur-barbier qui égare ses rasoirs "coupe-chou" servant à d'autres détenus à égorger leurs rivaux ou ce réparateur de radio à se tenir au courant de ce qui se passe dans les cellules pour se prévenir des ennuis.

Puis, tandis que cette bande de vétérans derrière les barreaux depuis une éternité dispute une partie de cartes dans la prison surchauffée, la politique s'invite au menu, une révolution a gagné le pays d'Amérique latine (qui n'a pas besoin d'être nommé pour qu'on puisse laisser au lecteur la liberté de le situer) et les parias d'hier sont rappelés par un général à devenir les nouveaux héros de la nation. Sauf qu'ils ne le veulent pas, préférant vieillir tranquille, et achevant le militaire dans une copie de l'assassinat de César.

Jordi Bernet s'amuse visiblement autant que nous avec cette formidable fable, cynique et hédoniste à la fois, qui tourne en dérision les coups d'état, l'héroïsme des révolutionnaires parvenus, l'ordre et le chaos, la soumission et la survivance. Il croque généreusement des tronches mémorables et son découpage sait tirer avantage d'une action exclusivement en huis-clos sans même que le lecteur s'en rende compte du premier coup. Jubilatoire.


- The Stalking Horse (écrit par Chuck Dixon). En Août 1851, dans les montagnes du Colorado, Philip Starlighter rencontre un pèlerin à la nuit tombée devant un feu de bois. Défiguré sur la moitié du visage, il lui raconte dans quelles circonstances il a été blessé : quelques années plus tôt, il chassait l'ours avec son frère cadet Zachariah lorsqu'un grizzly les attaqua par surprise. Zach fut tué par la bête et leur guide, Silver Goose, prit la fuite. Phil se remit lentement pour mieux traquer Goose puis le grizzly. C'est alors que l'ours surgit, attiré par un macabre appât.

Dans sa longue carrière, Bernet a déjà préalablement travaillé pour DC Comics en dessinant quelques épisodes fameux du western Jonah Hex, écrits notamment par Jimmy Palmiotti et Justin Gray (c'est un point commun qu'il partage avec Darwyn Cooke). Il était donc impensable qu'une des histoires de ce Solo ne se déroule pas dans cet univers qu'il maîtrise si bien.

Avec Jonah Hex, le récit concocté par le vétéran Chuck Dixon partage bien des choses, à commencer par la défiguration subie par son héros, un chasseur animé par une vengeance démente, à la démesure de son impressionnante mutilation. Le scénario est prétexte à un flash-back impressionnant par son art de l'ellipse et son pouvoir de suggestion. Le lecteur est immergé dans un cauchemar oppressant, tellement qu'on peut penser que sa narration est altérée par la folie de son personnage principal.

Mais l'énormité de l'argument, des scènes-clés, et le climax final passent comme une lettre à la poste grâce à l'énergie du dessin, débarrassé de toutes fioritures. La densité du propos est contenue et servie par l'art de Bernet à faire tenir un maximum d'informations en peu de place sans sacrifier l'essentiel. Tout simplement bluffant.
   

- Poison (écrit par Brian Azzarello). Gotham City, une nuit. Poison Ivy attire Batman dans un piège en séquestrant un botaniste. Elle veut en vérité tester le justicier et l'attirance sexuelle qu'elle exerce sur lui. Batman perd ses nerfs et gifle Poison Ivy pour la neutraliser, prouvant ainsi qu'elle avait raison de le considérer comme un mâle ne pouvant s'affirmer qu'en dominant une femme.

Le plus controversé des épisodes de ce recueil est pour la fin : en effet, l'histoire écrite par Brian Azzarello a suscité des réactions tranchées parmi les lecteurs, même ceux habitués à sa prose sans concessions.

Cet affrontement entre Batman et Poison Ivy est un subterfuge car il déplace la bataille sur un autre plan physique que celui auquel les comics nous habituent. Tout ici est explicitement une affaire de sexe et de domination, et c'est cela qui a tant dérangé. Poison Ivy provoque volontairement son adversaire moins pour gagner que pour prouver une thèse : elle excite Batman pour lui faire perdre les pédales et observer sa réaction. Il répond de manière machiste et violente et cela semble plaire à la séduisante méchante.

Le trouble qu'engendre cette issue au combat a de quoi interroger en effet : Poison Ivy est-elle une sado-masochiste ? Ou Azzarello sexualise-t-il autant ce duel de manière complaisante ? Batman est-il un macho incapable de maîtriser une femme autrement qu'en la maltraitant et sa brutalité traduit-elle son désir évident mais refoulé ?

Je laisse à chacun la liberté d'apprécier en comprenant le malaise que cela peut produire. Il n'empêche, l'audace du traitement et l'extraordinaire sensualité dont Bernet dote Poison Ivy en font un objet fascinant même si moralement équivoque.

En cinq volets, ce Solo #6 permet en tout cas de goûter à toutes les facettes du talent de Jordi Bernet, dans un cadre idéal. Quel regret qu'un pareil projet n'ait jamais été reconduit avec d'autres artistes depuis 12 ans... 

jeudi 13 décembre 2012

Critique 365 : ROBIN YEAR ONE, de Chuck Dixon, Scott Beatty, Javier Pulido et Marcos Martin


Robin : Year One est une mini-série en quatre épisodes, co-écrite par Chuck Dixon et Scott Beatty et dessinée par Javier Pulido, avec Marcos Martin (pour le #4), publiée en 2001 par DC Comics. 
*
Le jeune Dick Grayson, dont les parents acrobates dans un cirque sont prématurèment morts assassinés, est recueilli par Batman qui en fait son partenaire sous le masque et la cape de Robin. Narrée par le majordome de Bruce Wayne, alias le Dark Knight de Gotham, Alfred Pennyworth, sa première année comme justicier le voit affronter plusieurs super-vilains.
Tout d'abord, il empêche un trafic organisé par le Châpelier Fou d'aboutir, où plusieurs jeunes filles, appartenant à l'école où il étudie, sont kidnappées pour le compte d'un dirigeant étranger.
Puis les évènements prennent une tournure dramatique quand la route de Robin croise celle d'Harvey Dent aka Two-Face, ex-procureur de Gotham devenu fou après avoir été défiguré, et qui, tenant Batman pour responsable de son état, s'en prend à son disciple pour se venger. Dick Grayson frôle la mort.
Tancé par le Capitaine James Gordon du GCPD, Batman s'engage à ne plus impliquer Robin dans sa croisade contre le crime. Mais le jeune homme, une fois rétabli, fugue et affronte Mr Freeze avant de rencontrer Shrike et son Académie de la Vengeance, où d'autres jeunes garçons commettent crimes et délits.
Two-Face, qui s'est échappé du commissariat, veut supprimer Robin. Batman s'active alors pour retrouver son partenaire, le sauver et neutraliser leurs adversaires...
* 
Conçu deux ans avant Batgirl : Year One, Robin : Year One est l'oeuvre de la même équipe de scénaristes, Chuck Dixon et Scott Beatty. Néanmoins, les deux mini-séries diffèrent en plusieurs points même si elles partagent un concept similaire - la narration de la première année de carrière des jeunes justiciers émules de Batman.
Cette fois, tout d'abord, les faits sont rapportés non pas par le personnage principal mais par Alfred, le fidèle serviteur-aide de camp de Batman, ce qui introduit une distance importante. Il considère à la fois Dick Grayson comme un apprenti au même titre que Bruce Wayne à ses débuts, mais le jeune âge de Robin l'interroge sur la pertinence à l'entraîner dans la croisade (terme abondamment cité pour décrire la mission de Batman) du Dark Knight. On retrouvera cette réserve avec Jim Gordon, après que Two-Face ait failli tuer le "rouge-gorge".
Il est question, donc, de la filiation, même symbolique, de la responsabilité à impliquer un jeune garçon dans la guerre d'un adulte, guerre obsessionnelle, menée contre des ennemis qui sont tous des fous dangereux, dont l'aspect physique reflète les troubles mentaux. Dixon et Beatty abordent de manière plus ou moins directe des thèmes lourds comme la prostitution infantine, la pédophilie, la schizophrénie... Même si le récit semble léger, on se rend compte que l'ambiance est sombre par le contraste induit par la jeunesse du héros et les dangers qu'il rencontre.
Ensuite, la structure et le rythme du récit ne sont pas les mêmes que pour Batgirl : Year One. Divisée en quatre actes de 50 pages chacun, l'histoire est dominée par des sentiments de densité, de rapidité, d'intensité. Chaque chapitre apparait comme une étape initiatique. L'introduction elle-même est zappée : on ne voit pas les circonstances dans lesquels Dick Grayson est recruté par Batman, la mort de ses parents, son passé d'enfant de la balle (qui explique en partie ses capacités physiques exceptionnelles, renforcées par l'entraînement acquis auprès de Bruce Wayne), ne sont qu'évoqués. Quand tout commence, Dick est déjà devenu Robin, et chaque épisode nous apprend ce qu'il traverse durant une période censée durer un an (mais qui semble en réalité plus courte et dément le titre) : ses débuts sont prometteurs (il déjoue le plan du Mad Hatter), puis désobéissant à l'ordre de son mentor il l'aide contre Two-Face et là, le récit bascule.
Après le chapitre 2, en effet, l'insouciance de l'histoire et du personnage ne sont plus de mise : passé à tabac par Harvey Dent, mis sur la touche par Batman, se rétablissant miraculeusement, Dick quitte le manoir Wayne et erre dans Gotham avant d'être repéré et engagé par Shrike et son Académie de la Vengeance. Juste avant cela, il a défait Mr Freeze et Two-Face a échappé aux forces de l'ordre. Le personnage avec son habit un peu ridicule (qui sera râillé par Barbara Gordon dans Batgirl : Year One, le surnommant "Pixie Boots") acquiert une sorte de dûreté, de maturité nouvelles. Cette évolution express peut dérouter et redirige le récit plutôt enjoué dans un registre plus grave, mais a pour bénéfice de ne plus réduire Robin au "Boy Wonder", faire-valoir juvénile de Batman. Il fait aussi de Two-Face un monstre vraiment glaçant, sinistre, qui est à Robin ce que le Joker (qui a droit à un caméo) est à Batman.


D'autres guest-stars ont droit à des apparitions savoureuses comme Killer Moth (qui reviendra dans Batgirl : Year One - Dixon et Beatty ont de la suite dans les idées), Blockbuster. On pourra regretter tout juste que Shrike et sa jeune Ligue d'Assassins-Voleurs soient un peu sacrifiées à la fin (notamment avec le personnage de Boone, qu'on voit rejoindre Talia Al-Ghul à la fin), leurs rôles croisant sans vraiment l'impacter suffisamment l'intrigue concernant Two-Face.
Mais cette mini-série se lit sur un rythme enlevé, avec des dialogues qui font mouche, une voix-off bien employée (même si parfois un peu difficile à lire à cause d'un lettrage de style manuscrit).
"I'm thinking of having you sit this one out. - No !" :
Batman écarte Robin, qui aurait dû lui obéir...



... Car Two-Face est non seulement fou, mais
vraiment très méchant.
*
Visuellement, on trouve déjà dans Robin : Year One le parti-pris graphique qui prévaudra pour Batgirl : Year One avec le choix de Javier Pulido comme dessinateur (ici encré par Robert Campenella et colorisé, déjà, par Lee Loughridge).
A cette époque, l'espagnol était plus connu que Marcos Martin, qui vient le seconder dans le dernier chapitre en imitant son style. Quel style ? Pulido se situe dans la lignée de ce qu'on pourrait appeler "l'école Bruce Timm" mixée à "la ligne claire": c'est un dessin au trait épuré, d'influence cartoonesque, semi-réaliste. Et c'est une réussite totale car, pour animer un personnage aussi jeune, il faut non seulement éviter de surcharger l'image mais aussi privilégier l'évocation à la représentation fidèle.
Pulido est aussi convaincant quand il s'agit de soigner les ambiances et de croquer des trognes mémorables avec le minimum d'effets (même si, sur la fin, les planches sont à l'évidence moins peaufinées). Tout dans ce dessin tend vers le dépouillement, il s'agit de traduire le plus avec le moins. C'est élégant, simple, efficace, subtil.
* 
Quoique déjà très réussi, Robin : Year One, pas plus que Batgirl : Year One, n'atteint l'excellence de Batman : Year One de Frank Miller et David Mazzucchelli. Mais si l'on considère la difficulté que représentait la réalisation d'une mini-série sur un gamin portant un slip en écailles vertes, une tunique rouge, une cape, des gants et des souliers jaunes, alors Dixon, Beatty et Pulido sont parvenus à une sorte d'exploit : faire en 200 pages d'un personnage visuellement ridicule et narrativement improbable un héros plaisant à suivre et gosse attachant, dans une histoire à la fois tendue et émouvante.

samedi 29 septembre 2012

Critique 351 : BATGIRL - YEAR ONE, de Chuck Dixon, Scott Beatty et Marcos Martin


Batgirl : Year One est une mini-série en neuf épisodes, co-écrite par Scott Beatty et Chuck Dixon et dessinée par Marcos Martin, publiée en 2003 par DC Comics.
*
(Ci-dessous : les couvertures originales
des neuf épisodes de la série,
dessinées par Marcos Martin.)

Alors qu'elle voulait se présenter à l'académie de police, Barbara Gordon subit les railleries de son père, le capitaine James Gordon, du Gotham Central Police Departement. Elle décide alors de se lancer dans une carrière de justicière en s'inspirant de Baatman, le protecteur masqué de la ville - sans toutefois lui demander ni son accord pour utiliser son logo ni son aide.
Elle fait sa première apparition publique lors d'un bal masqué donné par la police pertubé par Killer Moth, qui veut enlever son père. Après avoir infligé une correction à ce malfrat, elle ne peut cependant pas empêcher sa fuite. Pas plus que Batman et Robin qui interviennent alors.





Après avoir semé le justicier, elle persiste à garder son costume et son objectif. Mais Batman et Robin la surveillent et l'enlèvent pour tenter de la convaincre de ne plus interférer dans leurs affaires. Batman comprend vite qu'il ne fera pas entendre raison à la jeune femme et charge Robin de la chaperonner en lui faisant croire qu'il agit sans l'assentiment de son mentor.



Les choses vont se corser quand, entretemps allié au pyromane Firefly, Killer Moth, pour impressionner la pègre à qui il veut proposer sa protection, tente une nouvelle fois de kidnapper Jim Gordon. Batgirl, qui avait sollicité l'aide de Black Canary pour l'entraîner (en entrant par effraction dans le Q.G. de la J.S.A.), fait un temps équipe avec elle pour libérer son père. Mais leur duo n'est pas très complèmentaire.
Robin lui offre son aide (toujours en lui racontant qu'il agit dans le dos de Batman) et ensemble, ils font équipe tout en flirtant.



Killer Moth et Firefly (qui pousse son partenaire à des actions plus spectaculaires et meurtrières) s'en prennent alors au commissariat central de Gotham. Batgirl entreprend en retour de les stopper, seule, une bonne fois pour toute - et ainsi de prouver sa valeur aux yeux de la police, de Batman et Robin et du public... Tout en s'employant à dissimuler à son père sa double vie.
*
17 ans après le mythique et magistral Batman : Year One, Chuck Dixon et Scott Beatty ont voulu donner à leur tour une version définitive aux origines de Batgirl, après avoir fait de même avec Robin : Year One. D'autres opus comme Nightwing : Year One (toujours écrit par Dixon) ou plus tard Teen Titans : Year One (par Amy Wolfram et Karl Kerschl) et Green Arrow : Year One (par Andy Diggle et Jock) reprendront le procédé.
Là où Frank Miller bouclait son affaire en quatre épisodes, il en faut neuf pour cette histoire. Mais on ne s'en plaindra pas car la réussite est au rendez-vous. Les deux scénaristes articulent leur récit initiatique autour d'un motif qui, lui, renvoie à Killing Joke d'Alan Moore : celui de l'oracle, l'alias qu'adoptera Barbara Gordon après que le Joker ait fait d'elle une infirme paraplègique, devenant l'informatrice privilégiée des héros DC et une membre des Birds Of Prey (série longtemps écrite par Dixon). Ainsi, sur l'insouciance avec laquelle l'héroïne se lance dans la carrière de justicière plane la tragédie future - même si, avec le reboot "New 52" de DC, le personnage a récupéré sa condition physique.
Cette référence au destin dramatique est parfois, il faut l'avouer, un peu lourde, trop souvent citée à travers ces neuf épisodes, et donne l'impression que tout est déjà joué, de manière cruelle, que Batgirl ne pouvait de toute manière pas éviter le sort qui l'attend. Et du coup cela produit un effet malheureux à la fois sur le ton enjoué sur récit et sur l'importance de cette période dans la vie de Barbara Gordon, comme si avoir été Batgirl était de toute façon moins important que devenir Oracle (il est vrai que, dans ce second rôle, le personnage gagnera une profondeur - et des fans - mais, enfin, quand on veut raconter les origines d'une héroïne, c'est un peu embêtant d'énoncer dès le départ que ça ne va pas durer et qu'elle n'est pas aussi intéressante alors que plus tard). 
Cette réserve mise à part, cette mini-série reste quand même très agrèable et aboutie. D'abord, le portrait de Barbara dans sa jeunesse, son inexpérience, mais aussi sa détermination, sonne remarquablement juste, et il est impossible de ne pas être conquis par cette incarnation de Batgirl. Elle possède un sens de la répartie irrésistible (qu'elle surnomme intérieurement "Pixie Boots"), tient tête à la fois à son père (tout en consacrant une large partie de son temps, en costume, à le protéger) et à Batman (plus rigide que jamais, ce qui souligne sa contradiction puisque le même n'a pas hésité à entraîner le jeune Robin dans sa croisade), affronte deux super-vilains (dont l'un est certes un abruti fini mais l'autre est un psychopathe authentique).
Dixon et Beatty insistent, avec malice, sur le flirt entre Robin (clairement attiré) et Batgirl (pas insensible mais sur ses gardes), et cela donne des scènes exquises, comme quand le Boy Wonder lui fait croire qu'il l'aide sans la permission de Batman, ou quand il lui vole un baiser, ou quand, à la fin, il enfile le costume de la jeune femme pour que Jim Gordon croit que sa fille n'est pas la nouvelle disciple de Batman.
Les auteurs consacrent aussi du temps à montrer comment le personnage évolue de manière pratique, en confectionnant son costume, en s'entraînant, en faisant des recherches, ce qui , sans lui ôter la fantaisie propre au folklore super-héroïque, lui confère un réalisme bienvenue.
L'emploi de guest-stars dans le récit - Wildcat, Dr Fate, Black Canary, Green Arrow - ne vole jamais la vedette à Batgirl et la situe dans le DCverse de façon subtile, parfois ironique, parfois émouvante (parfois les deux à la fois dans un seul dialogue, comme au début du 2ème épisode quand Wildcat et Dr Fate s'interrogent sur ce que peut devenir une débutante comme elle).
Quand, enfin, Batman accepte Batgirl, cela aboutit encore à une scène sobre et forte.
Le tout est mené sur un rythme soutenu, même si tout cela aura sans doute pu être narré en moins de chapitres. Mais ce n'est jamais ennuyeux, souvent palpitant et drôle (un comique plus spirituel que gaguesque), avec une belle progression dans la caractérisation et l'intensité dramatique, et des dialogues efficaces.
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Batgirl : Year One a aussi permis à Marcos Martin, son dessinateur, de se faire remarquer. Il était alors encré par Alvaro Lopez, mais celui-ci a respecté son trait si fin et souple, et déjà le talent de l'espagnol illumine cette production.
Martin ne produisait pas encore des planches au découpage sophistiqué comme il a pu le faire sur Amazing Spider-Man, mais son sens de la composition, sa maîtrise du cadre, sont exemplaires. Suivant un des préceptes de Toth selon lequel la qualité d'un dessin ne se juge pas à son nombre de lignes, les personnages et décors de Martin sont toujours superbement expressifs et suggestifs, au service des scènes, des ambiances, de la lisibilité.
Une séquence comme le combat du dernier épisode est un modèle du genre, très dynamique, tracé d'une main élégante, avec une variété dans les angles de prise de vue et une justesse dans les cadres qui sont épatantes.
De la même manière, quand il doit illustrer des scènes plus ordinaires, Martin réussit à rendre cela aussi vivant, avec des enchaînements d'images d'une fluidité diabolique, toujours à la bonne distance, chaque planche conçue pour que le lecteur voit d'abord ce qui y est important.

Un sketchbook, à la fin du livre, permet aussi d'apprécier les designs de Marcos Martin et un work-in-progress de ses planches, avec l'apport d'Alvaro Lopez à l'encrage.

La colorisation de Javier Rodriguez, partenaire de longue date de Martin (et d'autres artistes désormais, comme Javier Pulido, Paolo Rivera, Chris Samnee), en à-plats tour à tour vifs et pastellisés, ajoute au plaisir des yeux.
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C'est donc une oeuvre à la fois conséquente et solide, divertissante, et traversée par une émotion délicate que Batgirl : Year One. Elle fait honneur au chef-d'oeuvre de Miller et Mazzucchelli, et donne envie de lire son pendant consacré à Robin.

lundi 1 août 2011

Critiques 249 : CRUX, de Mark Waid, Chuck Dixon et Steve Epting

Crux est une série créée et écrite par Mark Waid en 2001 et publiée par CrossGeneration Comics. A partir du #13, Chuck Dixon remplace Waid comme scénariste. Steve Epting signe les dessins (avec des fill-in assurés par Paul Pelletier, Andy Smith et Paul Ryan). La série compte trente épisodes, mais seuls les 18 premiers ont été collectés en trois albums (deux autres avaient été annoncés mais n'ont jamais été publiés), et a été interrompue en 2004, suite à la banqueroute de l'éditeur.
Crux, Volume 1 : Atlantis Rising.

Les Atlantes vivent à l'abri des regards humains dont ils se sont auto-proclamés les protecteurs et guides, en raison de leurs supériorités physique, technologique et scientifique. Ce peuple se prépare à un rituel, la "transition", censé accéler encore leur évolution. Mais le processus déraille et la civilisation atlante est détruite. Un mystérieux étranger réveille six d'entre eux, qui découvre que dix mille ans se sont écoulés, que la race humaine a disparu, que des monstres les pourchassent et que la Terre est devenu un parc touristique exploité par la compagnie Terra Cognito. Alors qu'ils ne sont pas des guerriers, Capricia (une métamorphe), Tug (un colosse télékinésiste), Zephyre (dôtée d'un hypermétabolisme lui permettant de se déplacer et d'apprendre à grande vitesse), Galvan et Gammid (deux jumeaux maîtrisant le spectre électromagnétique) et Verytin (un gamin médium) tentent de comprendre ce qui s'est passé...
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Parmi toutes les séries éditées par CrossGen, Crux était la plus proche du registre super-héroïque et il n'est donc pas étonnant que ce soit une création du scénariste Mark Waid, auteur rompu à ce genre (on lui doit entre autres de fameux runs sur Flash pour DC Comics ou Fantastic Four pour Marvel Comics). La série est un team-book avec son lot de personnages dôtés de pouvoirs extraordinaires, issus d'une civilisation avancée et exotique (les Atlantes), obligés de s'allier pour faire face à une menace de grande ampleur.
Le style de Waid est reconnaissable : il excelle à camper des héros qui sont davantage des aventuriers, des explorateurs, des savants, que de purs justiciers, aux caractères affirmés et avec une dynamique de groupe très vivante. Une autre des originalités de Crux vient du fait que le leader de l'équipe est une femme (Capricia) qui apprend à diriger ses compagnons au fil de leurs aventures, en commettant des erreurs, et ignorant que l'étranger à qui elle doit, comme ses partenaires, son réveil est en fait son ancien compatriote Danik.
Waid utilise le personnage de Geromi, employé de la compagnie Terra Cognito, comme un point d'ancrage pour le lecteur, un individu normal auquel chacun peut s'identifier, qui prête assistance au groupe tout en n'en sachant guère plus qu'eux sur les raisons du cataclysme s'étant abattu sur la Terre. Le procédé n'est pas nouveau mais efficace, à l'image de l'entreprise.
Car, en vérité, Crux, si elle n'est pas une série désagrèable à lire, ne décolle pas vraiment (un comble pour un volume inaugural qui s'intitule Atlantis Rising, soit l'ascension d'Atlantis). Ces six premiers épisodes posent beaucoup de questions mais n'apportent aucune réponse (ou si peu) : comme exposition, c'est un peu long, même si on ne s'ennuie pas trop. Alors que Waid n'est pas un adepte de la narration décompressée, son écriture ici tourne au ralenti. C'est un mélange curieux de mythologie, de folklore, de fantastique et de super-héroïsme, mais où les combats d'usage sont rares, l'introspection domine (au point qu'un épisode entier s'attarde sur les pertes subies par chaque membre à cause de la "transition"). Tous ces éléments ne produisent pas vraiment d'éclats, manquent un peu de nerf et de relief, même si c'est juste assez intriguant pour continuer. En vérité, on a l'impression d'une série et d'un auteur qui s'économise... En attendant de grandes manoeuvres pour la suite ?
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Steve Epting dessine les cinq premiers chapitres, encré par Rick Magyar et mis en couleurs par Frank D'Armata : l'artiste livre des planches magnifiques qui sont pour beaucoup (l'essentiel même) dans l'intérêt qu'on peut accorder à Crux. Les personnages ont cette allure propre aux créatures d'Epting, inspiré par des classiques comme Alex Raymond, Nick Cardy, John Bellamy, ou John Buscema. Les décors sont également sompteux, donnant lieu à des double-pages mémorables. Et le découpage est à la fois simple et très élaboré, avec des compositions très intelligentes. Paul Pelletier assure une prestation digne du titulaire au 6ème numéro, plus sobre que ses récents (et indigestes) travaux.
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Comme souvent avec les productions CrossGen, c'est visuellement épatant mais narrativement plus incertain. Néanmoins, Crux est assez atypique pour faire l'effort de lire la suite, pour savoir si le projet tient ou non les promesses avancées par une équipe créative de premier plan.  
Crux, Volume 2 : Test of Time.

Avec l'aide de Geromi, l'employé de Terra Cognito, les sept Atlantes découvrent la présence d'humains en Australie. Ces derniers construisent un portail censé leur permettre d'accomplir la "transition". Mais les soldats de Negation sont toujours dans les parages et mènent la vie dure aux héros. Finalement, Gammid suit les humains tandis que ses camarades capturent un des soldats de Negation. Interrogé par Tug, il réussit à s'échapper après avoir collecté des informations sur les Atlantes...
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Ce deuxième tome ne vient, hélas ! pas redresser le cap du premier. L'histoire piétine, quand bien même Mark Waid évoque à plusieurs reprises un "grand plan" dont Capricia serait un des rouages essentiels, et qui, par conséquent, suggèrerait que la série suit aussi une direction pré-établie et de grande envergure. Il semble évident pourtant que le scénariste navigue à vue, manque d'inspiration et que son récit souffre d'un manque de souffle.
Un curieux intermède, à l'épisode 11 (dessiné par Andy Smith), sépare le tandem Verytin-Danik pour un retour dans le passé où Waid laisse entrevoir une sorte de révision de toute l'aventure, mais c'est un subterfuge qui ne fait que ralentir le déroulement de l'action. Or, Crux a déjà un gros problème de rythme et le dénouement de ce volume ne relève pas l'intérêt du lecteur.
Waid va d'ailleurs quitter le titre au terme de ce 12ème épisode. J'ignore les raisons de cette défection, même s'il est connu que plusieurs auteurs et artistes ont déserté CrossGen à cause de la personnalité de Mark Alessi, son co-fondateur. En tout cas, Waid a échoué à donner de l'intérêt à ce projet qui était pourtant son oeuvre et correspondait à ce qu'il sait si bien faire : un team-book d'aventures fantastiques. C'est Chuck Dixon, qui a écrit le magnifique El Cazador chez le même éditeur, qui le remplacera - mais on en reparlera avec le tome 3.
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La partie graphique est elle toujours impeccable et Steve Epting porte littéralement la série, même si, du coup, on a l'impression frustrante de lire un beau livre d'images plus qu'une bande dessinée digne de ce nom. Ses planches sont remarquablement ouvragées, et même la colorisation trop sombre et uniforme de Frank D'Armata ne suffit pas à gâcher le plaisir (pas plus que le fill-in très quelconque d'Andy Smith).
Dommage toutefois que Steve Epting n'ait pas collaboré avec un Mark Waid plus inspiré : un tel dessinateur avec un scénariste de ce calibre ressemblait à une de ces dream-team comme les comics en offrent parfois...
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A suivre avec les 6 derniers volets collectés en tpb, et un nouvel auteur aux commandes. 
Crux, Volume 3 : Strangers in Atlantis.

Les Atlantes rencontrent Aristophanes, qui est leur ancêtre, un moine-guerrier déterminé, et Thraxis, le dernier survivant d'une race extra-terrestre ayant combattu Aristophanes et ses troupes dans le passé. Avec ses renforts, Capricia et ses amis vont-ils pouvoir ranimer leurs semblables ? Cependant, Geromi se réfugie dans un village de style western, restauré par Terra Cognito, où il invite Zephyre et Verytin, mais où les attendent aussi Danik et deux mystérieux indigènes, aux projets inquiétants...
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C'est à partir de ce troisième tome que Chuck Dixon remplace donc Mark Waid à l'écriture de la série : dans un premier temps, son arrivée redynamise le récit où il introduit les personnages d'Aristophanes et Thraxis et dévoile un pan entier des origines des Atlantes. Mais le soufflé, en vérité, retombe vite et l'histoire sombre dans des directions fumeuses, ajoutant de nouvelles énigmes à celles initiées par Waid sans apporter de solutions, et surtout sans que le rythme soit plus trépidant, la narration étant aussi (sinon plus) décompressée.
La fin de ce volume est intriguante avec ce décor de western, franchement décalé après l'arrière-plan plus traditionnellement fantastique de la série jusqu'ici, et c'est un peu frustrant de ne pas savoir où cela va mener. En effet, comme je l'ai dit au début de ces critiques, les derniers épisodes de Crux n'ont jamais été collectés en albums (deux recueils supplémentaires furent annoncés sans avoir été publiés, et bien que Marvel ait récemment relancé certains titres CrossGen, rien n'indique que des rééditions soient envisagées)... Mais en fin de compte, j'ai été trop déçu par l'expérience pour aller plus loin ( j'ai acquis ces trois livres d'un seul coup, pour un prix modique, mais en ignorant alors que je n'aurai pas tous les épisodes : c'est une leçon à retenir - toujours se renseigner sur le contenu avant de sauter sur une occasion).
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La réunion de Steve Epting avec son scénariste d'El Cazador s'avère donc moins satisfaisante que pour leur histoire inachevée de pirates. Néanmoins, l'artiste produit encore sur ces épisodes des planches de toute beauté, au découpage plus simple (voire plus sommaire, avec de plus grandes cases, plus de splash et double-pages).
Le chapitre 17 est dessiné par Paul Ryan, encré par le vétéran Pablo Marcos, pour un résultat, en comparaison avec le travail d'Epting, très décevant.
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Crux est donc une déception : la preuve qu'une équipe créative prometteuse ne suffit pas forcèment à produire une oeuvre à la hauteur du talent de ses créateurs. Heureusement, depuis, Waid et Epting ont prouvé que cette étape n'était qu'un faux pas, mais cela résume finalement bien ce qu'a donné CrossGen : des bandes dessinées souvent séduisantes mais pas forcèment mémorables, encore moins indispensables.

jeudi 3 février 2011

Critique 207 : EL CAZADOR, de Chuck Dixon et Steve Epting

El Cazador est une série écrite par Chuck Dixon et dessinée par Steve Epting, publiée par CrossGen Comics en 2004, et restée inachevée après 6 épisodes (suite à la banqueroute de son éditeur).
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En 1687, le navire La Misericordia est abordé par les pirates du redoutable BlackJack Tom qui enlève la mère et le fils de Donessa Cinzia Elena Maria Esperenza Diego-Luis Hidalgo. La jeune femme tue Mr Dane, le second de BlackJack Tom, et prend le commandement de la Misericordia, rebaptisée El Cazador, en achetant la loyauté des hommes à bord contre la promesse d'un trésor.
Cependant, le flibustier RedHand Harry échappe au bourreau et prend la fuite avec ses hommes. Il entreprend, alors qu'il le croise au large, d'attaquer le Cazador mais échoue et doit se réfugier sur une île pour réparer son bâteau.
C'est ainsi que Lady Sin traque BlackJack Tom tout en étant elle-même pourchassée par RedHand Harry...
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De 1998 à 2004, l'éditeur CrossGen Comics a été l'endroit où des créateurs plus ou moins confirmés ont tenté de lancer une gamme de séries formant un univers partagé. Les genres de prédilection étaient la science-fiction et le fantastique, et c'est ainsi que des productions ambitieuses comme Sigil, Crux, Negation, Ruse, avec des auteurs et artistes comme Chuck Dixon, Mark Waid, Brandon Peterson, Butch Guice, Steve Epting aux commandes.
L'aventure CrossGen touchait à sa fin quand El Cazador a été initié, un comic-book qui rompait avec les canons de la maison puisqu'il s'agissait d'une bande dessinée historique, d'aventures, de pirates, respectant les codes les plus classiques du genre.
Aujourd'hui, en lisant ce recueil des six épisodes de la série, l'expérience est des plus frustantes car l'histoire est inachevée et le livre se ferme sur la promesse de péripéties palpitantes.
Chuck Dixon s'est à l'évidence documenté et inspiré de films célèbres pour son récit, on pense en particulier La Flibustière de Antilles (1951) de Jacques Tourneur avec Jean Peters et Louis Jourdan car El Cazador présente la même spécificité d'avoir une femme comme premier rôle, une femme au caractère bien trempée, fine stratège. On devine qu'il y a un rapport entre son passé en Espagne et celui de RedHand Harry, et on peut imaginer que ces deux adversaires sur les mers auraient pu connaître une romance par la suite.
Les six chapitres réalisés sont riches en rebondissements et les séquences s'enchaînent rapidement, certaines sont de vrais morceaux de bravoure à l'ambiance saisissantes comme la mutinerie ou la course-poursuite dans le détroit menant à Ginger Island, avec un vrai suspense. Mais la qualité du script ne rend que plus frustrant le fait que cela s'interrompe brutalement après 140 pages.
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Les dessins de Steve Epting sont également somptueux : à l'époque, l'artiste avait déjà accumulé pas mal d'expérience, avec notamment un run mémorable sur Avengers dans les années 90 chez Marvel et Aquaman chez DC.
Après avoir illustré plus d'une vingtaine d'épisodes de Crux, écrits par Mark Waid, pour CrossGen, il signait son premier chef-d'oeuvre avec El Cazador, où il s'encre lui-même et collabore avec un de ses coloristes de prédilection, Frank d'Armata.
Le résultat est une oeuvre d'art : le soin avec lequel Epting dessine les costumes, les décors, les détails des bâteaux, découpe les scènes d'action et les plages plus calmes, est fabuleux. On s'y croirait vraiment, et ses épisodes rivalisent avec des classiques de la BD de pirates franco-belges comme Barbe-Rouge (de Charlier et Hubinon) ou Jérémie dans les îles (de Gillon).
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Une série à redécouvrir - en espérant, à l'heure où Marvel relance quelques titres CrossGen (comme Ruse et Sigil), qu'on en lira un jour la (véritable) fin...