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jeudi 2 novembre 2023

ULTIMATE UNIVERSE #1, de Jonathan Hickman et Stefano Caselli


Après Ultimate Invasion et avant le démarrage des séries Ultimate à partir de Janvier prochain, Jonathan Hickman nous propose ce one-shot d'une quarantaine de pages qui est une sorte d'entre-deux, à la fois conclusion de la précédente mini-série et rampe de lancement des prochains titres du label. Il est accompagné au dessin par Stefano Caselli pour un résultat qui a de frustrer...


La Cité du Créateur est désormais scellé et les alliés de ce dernier conspirent pour garder le contrôle de la Terre 6160. Mais Tony Stark/Iron Lad et Fatalis s'emploient à corriger les manoeuvres du Créateur qui a tenté d'empêcher des héros d'émerger. Leur première recrue sera Thor, dépossédé de son titre de roi d'Asgard...


Ultimate Invasion a divisé les fans. Beaucoup, nostalgiques, espéraient que Jonathan Hickman ressuscite l'univers Ultimate qu'il avait détruit dans Secret Wars. Mais c'était mal connaître cet auteur et je pense que cela aurait été un retour paresseux.
  

Architecte dans l'âme, Hickman a déclaré que Marvel ne le payait plus pour écrire forcément des série mensuelles mais pour exploiter de nouveaux concepts. C'est ce qu'on a vu avec G.O.D.S.. Avant cela avec House of X/Powers of X. Et maintenant avec ce nouveau Ultimate Universe.


Ultimate Invasion s'achevait sur une note en demi-teinte : le Créateur (alias Ultimate Reed Richards) échouait à stopper Kang le conquérant parce que Howard Stark/Iron Man et Fatalis (le Reed Richards de la Terre 6160) sabotaient sa cité en Latvérie. Tandis que le Conseil des Royaumes de ce monde conspiraient pour combler le vide laissé par le Créateur (enfermé dans sa cité), Tony Stark et Fatalis s'alliaient pour réparer les dommages infligés à cette Terre.


Tony embrassait l'alias de Iron Lad et entreprenait avec Fatalis de sauver les héros que le Créateur avait empêché d'éclore. Ainsi découvrait-il le Captain America de ce monde encore piégé dans son bloc de glace... Qui pouvait encore être recruté ?

La réponse ne se fait pas tarder et occupe une bonne partie de ce one-shot : Iron Lad et Fatalis gagnent Asgard pour y libérer Thor, enfermé pour trahison. Il a été dépossédé de sa place sur le trône par Loki grâce aux manoeuvres du Créateur mais il ignore ce dernier point. Il accepte donc la main qu'on lui tend mais n'entend pas quitter Asgard sans son arme, le marteau Mjolnir, quitte à affronter Lady Sif, sa gardienne, et ses sbires.

On pense alors que Hickman va nous embarquer dans une histoire où, au fur et à mesure que Iron Lad et Fatalis libèrent ou révèlent des héros inconscients des manigances du Créateur, on voit apparaître une équipe qui serait l'émanation moderne des Ultimates. D'ailleurs la couverture semble le suggérer en montrant une formation comprenant Iron Land, Fatalis, Thor, Lady Sif et Captain America. Et comme, entre temps, on a appris qu'il aurait des séries Ultimate Spider-Man, Ultimate Black Panther et Ultimate X-Men, on se dit que ce one-shot nous les présentera.

Sauf que non. Et il faut bien l'avouer, c'est extrêmement frustrant. C'est aussi compréhensible dans la mesure où Hickman veut certainement en garder sous le coude pour sa série Ultimate Spider-Man et laisser à Bryan Edward Hill le soin d'introduire Black Panther (même si n l'aperçoit dans une image à la fin du numéro) et à Peach Momoko celui de présenter les mutants de ce monde.

N'empêche.. Une déception certaine m'a étreint à la fin de ma lecture car j'en espérais, je crois légitimement, davantage. En l'état Ultimate Universe n'est qu'un gros épisode intriguant mais à qui il semble manquer des pages, des personnages, et un "à suivre" digne de ce nom. Rien ne vient, à la fin, nous donner envie d'attendre Ultimate Spider-Man/Black Panther/X-Men, si ce n'est les annonces déjà communiquées par Marvel (et quelques pages de preview de Ultimate X-Men par Momoko).

Cela ne signifie pas que ce que nous raconte Hickman est dénué d'intérêt et on devine assez bien l'angle qu'il a choisi pour établir ce qui va suivre. La Terre 6160 met d'entrée de jeu les futurs héros dans une situation précaire car les méchants, le Conseil, est déjà installé, puissant, influent, uni. Pour contrarier franchement les plans de Tony Stark et compagnie, ce Conseil met le paquet en en faisant de terroristes grâce à une action spectaculaire.

C'est intéressant parce que, à travers cela, on comprend que ce nouvel univers Ultimate ne va pas se développer à partir des gentils mais contre les méchants déjà en place. Et ce sont des méchants d'envergure, pas de simples politiciens conspirant dans l'ombre. Si je voulais être méchant moi aussi, je dirais que Hickman réussit là ce que Tom Taylor n'a pas réussi à faire en 12 épisodes de Dark Knights of Steel, à savoir poser les fondations d'un monde alternatif avec des royaumes bien incarnés, des rapports de force. Hickman est vraiment un "world builder".

Stefano Caselli (qui oeuvrera à partir de Février prochain sur Ultimate Black Panther) produit des planches très efficaces. Sa représentation de Thor est particulièrement mémorable : le dieu du tonnerre est campé de manière très puissante, imposante, avec un caractère très ombrageux, qui tranche avec sa précédente version Ultimate et sa version classique.

Lady Sif est un apport inattendu mais moins bien établi. C'est là qu'on aurait aimé plus de pages, de scènes, avec un personnage qui se greffe de manière un peu forcée au reste. Iron Lad est une solution originale au fait que Iron Man est déjà mort : en faisant de Tony Stark un quasi-gamin, Hickman rafraîchit le personnage et Caselli le dessine avec un mélange de malice et de gravité. Quant à Fatalis, c'est très accrocheur et malin car il est tellement associé à la figure du vilain de la Terre 616 que de le suivre, là, en partenaire des héros déconcerte forcément mais sans qu'on doute de lui, de la sincérité de son alliance avec Tony.

J'aurai bien aimé savoir si Caselli est à l'origine des designs des personnages. Hitch a signé ceux de Iron Lad et Fatalis, mais quid de Thor et Lady Sif. Thor évoque beaucoup dans son look celui des Ultimates originaux (donc pas de casque, pas de cape) en tout cas. Et de ce qu'on peut voir de Captain America, c'est aussi identique à la version antérieure.

Côté décors, Caselli se montre soigneux : ce n'est pas forcément très chargé (on est loin de ce qu'a pu faire Hitch, y compris sur Ultimate Invasion) mais c'est évocateur. Le découpage est simple, sobre, mais se dynamise dans la scène qui oppose le quartette à Captain Britain (même si cette baston est un peu trop rapide à mon goût).

Il ne fait aucun doute qu'il y aura une suite à ce Ultimate Universe et pas seulement parce qu'il est numéroté. La dernière page place Iron Lad en particulier dans une position qui appelle à un développement. Mais il faudra certainement s'armer d'un peu de patience (au moins jusqu'à ce que les trois premières séries Ultimate soient lancées, donc pas avant Avril 2025). Et cela rend impatient de voir comment, dans ces conditions, ce contexte, va "naître" Ultimate Spider-Man par Hickman et Marco Checchetto en Janvier...

dimanche 6 août 2023

X-MEN #25, de Gerry Duggan et Stefano Caselli (+ résumé des #22 à 24)

La lecture de X-Men : Hellfire Gala 2023 m'a bien secoué et je me suis donc demandé si ça ne vaudrait pas le coup de reprendre au moins la lecture de la série X-Men pour en suivre les conséquences. En outre, l'annonce d'une titre New X-Men début 2024 suggère que X-Men pourrait s'arrêter et que toute la franchise mutante pourrait être révisée à cette occasion.

Comme j'ai tenu à faire les choses bien, je vais, avant de critiquer X-Men #25, publié une semaine après Hellfire Gala 2023, revenir succinctement sur ce qui l'a précédé, dans les n° 22 à 24, parus de Mai à Juillet 2023 et écrits par Gerry Duggan et dessinés par Joshua Cassara.


 


X-Men #22 (Mai 2023) a avant tout servi à remettre sur le devant de la scène les méchants de l'organisation anti-mutante Orchis, comme l'indique la couverture ci-dessus.  On y apprend que le Dr. Stasis (un des quatre clones de Mr. Sinistre) et M.O.D.O.K. ont trafiqué les remèdes krakoans pour en faire des poisons et ainsi retourner l'opinion humaine contre les mutants. Stasis a également ouvert des cliniques où des mutants peuvent subir une ablation de leur gène X. En découvrant cela, Cyclope, Firestar et Forge apprennent également que Orchis a conçu des robots dotés d'un squelette en adamantium cloné sur celui de Wolverine (Logan) d'après des résidus récupérés lors de missions d'infiltration de X-Force dans leurs locaux.
 

X-Men #23 (Juin 2023) continue de mettre en lumière les manoeuvres de Orchis, et particulièrement ici celle de Feilong. Comme Gerry Duggan est également le scénariste de la série Invincible Iron Man, il a raconté comment le responsable des infrastructures d'Orchis a pris le contrôle de Stark Industries pour concevoir une nouvelle génération de Sentinelles basée sur la technologie d'Iron Man. L'un de ces Sentinelles sauve des pompiers en interventions avant de détecter un mutant parmi eux. Les X-Men interviennent pour le secourir et affrontent la Sentinelle dont ils viennent à bout avec beaucoup de difficulté. C'est aussi dans cet épisode que Cyclope apprend par Emma Frost la mort de Ms. Marvel (avec laquelle il avait fait partie des Champions et qui a été tuée dans Amazing Spider-Man #26, écrit par Zeb Wells et dessiné par John Romita Jr.).


X-Men #24 (Juillet 2023) débute par le retour de nos jours de Young Cable qui veut éviter le futur massacre mutant lors du Hellfire Gala, mais qui est capturé par Nimrod, Moira X et Karima Shapandar. Les X-Men stoppent Pogg Ur-Pogg dans le Gameworld où il commet un braquage. Jean Grey et Scott Summers ont une discussion tendue sur le fait que Cyclope n'est jamais allé sur Arakko, ce qu'il justifie en expliquant que cela reviendrait à laisser la Terre à leurs ennemis en fuyant sur Mars. Enfin, Magik téléporte Sunfire dans l'Outremonde où il va tenter de sauver Redroot the Forest.


Et on en vient donc à X-Men #25 (Août 2023) où Gerry Duggan renoue avec Stefano Caselli au dessin. L'action se situe donc immédiatement après le carnage commis par Orchis au Hellfire Gala. L'épisode est plus long qu'à l'accoutumée (45 pages) et on sent nettement que le scénariste lâche les chevaux après deux ans sur la série, s'affranchissant (enfin) des intrigues de Jonathan Hickman et plongeant les mutants dans une crise profonde.


Désormais la seule à pouvoir franchir les portails krakoans sabotés par Orchis, Kitty Pryde atterrit à Jérusalem où elle est encerclé par des agents ennemis. Elle s'en débarrasse violemment puis rejoint le Japon pour y changer d'identité. La résistance mutante s'organise dans les souterrains des Morlocks sous l'impulsion de Synch, Talon, Rasputin IV et Emma Frost et l'aide de Captain America et Iron Man (dévasté que sa technologie ait servi aux Sentinelles de Feilong).


Cyclope est prisonnier du Dr. Stasis qui veut lui soutirer des informations sur les cachettes de ses amis en cavale comme Forge, qui a atterri dans la Voûte (des Enfants de la Voûte) tandis que sur Arakko, Genesis terrorise les krakoans exilés. Feilong explique au Président des Etats-Unis qu'il tient à sa disposition ses armes pour répliquer contre les Arakkis si ceux-là voulaient riposter. Emma Frost tente d'apaiser Kitty mais celle-ci s'est fixée pour mission de tuer Firestar...
  

Ce qui frappe donc en lisant ce gros épisode à la suite du Hellfire Gala, c'est à quel point Gerry Duggan semble , enfin, se lâcher. Depuis deux ans qu'il écrit X-Men, il a abondamment puisé dans les idées laissées en plan par Jonathan Hickman, ce qui a donné l'impression qu'il ne racontait pas toujours ce qu'il voulait. Par ailleurs il y avait beaucoup à redire sur sa gestion des formations des X-Men.


Il paraît en effet acquis qu'il n'y aura pas de Hellfire Gala l'an prochain (ni même après). Si ces festivités paraissaient au début une bonne idée pour composer un groupe de X-Men dont un membre était choisi par les fans, Gerry Duggan devait faire avec des personnages qui n'étaient pas forcément ceux que, lui, auraient sélectionnés. De fait, il ne s'est pas beaucoup ni bien servi de Sunfire la première année, et un peu mieux de Firestar la seconde.


Pour moi qui avait beaucoup apprécié Uncanny Avengers de Duggan, c'était décevant. Je savais le scénariste capable de beaucoup mieux, surtout dans les comics actuels où les team books ne sont guère convaincants. Mais il paraît évident que le Hellfire Gala a permis à Duggan de prendre les commandes, quitte à mettre un gros coup de pied dans l'ordre bien établi. Et maintenant les mutants sont dispersés et plongés dans une grave crise.

La crise, les mutants connaissent, et c'est même dans ces moments-là qu'ils sont souvent les meilleurs car contraints de se dépasser, de se retrouver, de s'unir, de résister. Orchis leur a flanqué une correction terrible et les épisodes précédents ce n°25 ont permis d'apprécier leur puissance et leur patience avant de porter leur assaut. Bien entendu, on peut, rétrospectivement tiquer sur certains points : comment Krakoa, avec X-Force, a été à ce point incapable de voir venir cette attaque - y compris le soir du Gala avec son lot de télépathes aux aguets ? Pourquoi Arakko n'a pas réagi ? Etc.

Quoi qu'il en soit, la situation est critique. Beaucoup de mutants ont disparu en franchissant les portails krakoans mais Charles Xavier ne sait pas où ils sont - en tout cas pas sur Arakko. Parmi les disparus, on compte les Cinq et donc, jusqu'à ce qu'ils soient localisés (en supposant qu'ils soient encore vivants), le protocole de résurrection est suspendu. 

Des X-Men emblématiques avaient quitté Krakoa ces derniers mois dans leurs séries respectives : Diablo, Wolverine - le premier a gagné New York où il endossera une nouvelle identité dans la mini-série Uncanny Spider-Man. Cyclope est désormais aux mains du Dr. Stasis (qui lui a cousu les paupières et le torture pour savoir où se cachent ses amis en cavale). Jean Grey est morte, poignardée par Moira X (à son tour tuée par Malicia). Young Cable a été capturé par Nimrod, Karima Shapandar et Moira X...

La résistance se limite pour le moment à Synch, Talon (Laura Kinney), Rasputin IV (venue du futur dans Sins of Sinister), Emma Frost et ShadowKat. Kitty Pryde est au centre de cet épisode puisque, désormais, elle seule peut franchir les portails krakoans. Gerry Duggan brosse le portrait intense de la jeune femme qui vit la tragédie de sa communauté comme un écho à l'histoire de Days of Future Past (où son moi du futur revenait prévenir les X-Men d'une catastrophe causée à l'époque par Mystique et la Confrérie des mauvais mutants).

Même si j'avais des réserves concernant l'évolution de Kitty, je dois admettre que cet épisode m'a convaincu de revoir mes a priori. Certes on peut être choqué par la violence dont elle se montre capable, mais Duggan relie ça intelligemment à une période passée où Kitty a affronté le ninja Ogun et où Wolverine l'a entraînée. Même le surnom ShadowKat avec ce "K" à la place du "C" s'explique : la lettre "K" renvoie Katherine/Kitty, c'est donc la Kitty sombre, noire, vengeresse, tueuse, littéralement.

En revanche, je suis plus dubitatif concernant l'intégration de Ms. Marvel. Là, on voit clairement que Duggan compose avec un élément qui n'est pas de son ressort, mais plutôt une décision éditoriale arbitraire pour aligner le personnage de Kamala Kahn sur son double du MCU. A voir quelle importance prendra Ms. Marvel dans l'avenir des X-Men, mais entre sa mort complètement foirée et sa résurrection artificiellement bricolée pour en faire une mutante, ce n'est pas très inspiré.

Enfin, celle qu'on ne voit que lors d'une scène mais qui est appelée à vivre des jours difficiles, c'est bien Firestar dont Jean Grey a fait une taupe au sein d'Orchis en manipulant l'esprit de Stasis. Après Malicia qui est partie à ses trousses à la fin du Hellfire Gala, convaincue qu'elle avait trahi les mutants, c'est maintenant au tour de ShadowKat de lui courir après pour la zigouiller. Et ce n'est certainement pas fini (puisque la couverture de X-Men #28, qui sortira en Novembre, montre le Fléau qui lui fonce dessus).

Un mot quand même du dessin : Stefano Caselli remplace Joshua Cassara pour quelques épisodes et l'italien, comme d'habitude, se montre particulièrement efficace. Son trait expressif et son sens de l'action servent superbement un script tendu. La longueur du numéro permet d'apprécier tout le talent de Caselli, aussi à l'aise pour des scènes intimistes que pour d'autres plus spectaculaires. Les décors sont soignés, détaillés, fournis, variés. Les ambiances sont prenantes, accrocheuses, et portent un récit sombre, grave.

D'aucuns jugeront cela comme un retour en arrière après la refonte de la franchise par Hickman et l'avènement de Krakoa, la fondation de la nation X, la création de Arakko, etc. On peut légitimement être nostalgique car, depuis le run de Grant Morrison, aucun autre scénariste n'avait autant fait bougé les lignes mutantes. Moi-même, j'aurai bien aimé que cela dure encore un peu.

Mais, d'un autre côté, toutes les bonnes choses ont une fin. Et Hickman l'avait en quelque sorte acté avec Inferno où le Conseil de Krakoa montrait les membres du gouvernement mutant se regarder en chien de faïence. Il ne faut pas s'illusionner et penser que Krakoa était fait pour durer éternellement. C'était une poudrière prête à exploser. De toute façon, il ne serait pas acceptable de tout redevienne comme avant le Hellfire Gala : ça, pour le coup, ce serait une terrible régression.

Non, ce que j'espère, c'est qu'en 2024, avec ces New X-Men que Marvel a teasé, on assiste vraiment à une nouvelle impulsion, un mouvement profond et original. Avec de nouvelles séries, peut-être de nouveaux auteurs, en tout cas de nouvelles propositions. A la mesure du traumatisme que nos héros ont subi. Et des espoirs que les fans nourrissent pour leur retour. 

samedi 15 avril 2023

X-MEN #21, de Gerry Duggan et Stefano Caselli... Et FALL OF X...


X-Men #21 conclut l'arc Lord of the Broods. La bonne nouvelle, c'est que, en vérité, ce crossover annoncé avec la série Captain Marvel (elle aussi aux prises avec les Broods) n'en était pas un : vous pouvez lire un titre sans être obligé de vous coller l'autre. La mauvaise nouvelle : ce n'est vraiment pas terrible... Pire : ça n'annonce rien de meilleur.


Après que Jean Grey se soit à nouveau débarrassée de Cauchemar qui a embrouillé les Broods, elle rejoint les X-Men à bord de leur vaisseau dont les passagers étaient tous infectés et ont été éliminés par Synch. Cyclope prend une décision radicale pour régler le problème...


Pour tous les fans de X-Men de ma génération, les Broods renvoient aux épisodes de Uncanny X-Men écrits par Chris Claremont et dessinés par Paul Smith et Dave Cockrum, un story-arc dans l'espace culte à défaut d'être très original (les Broods étaient inspirés par les films Alien de Ridley Scott et Aliens de James Cameron).


Il est à craindre que cela ne parle plus à grand monde mais que Lord of the Broods puisse remplacer le récit originel de Claremont pour de nouveaux et/ou jeunes lecteurs (s'il y en a encore qui lisent des comics aujourd'hui...). Pas sûr qu'on y gagne au change, ni même qu'il ait fallu ressortir les Broods d'où ils se trouvaient (même si Hickman avait amorcé cette histoire développée ces trois derniers mois).


Je ne vais pas vous le cacher : ce qu'on nous annonce pour la franchise mutante dans les prochains mois ne m'enthousiasme pas. En ligne de mire : un event (encore !), Fall of X.

Le poster promotionnel de Fall of X par Bryan Hitch

Cela fait un bon moment maintenant que le staff éditorial et les auteurs de la franchise s'amusent à titiller les fans avec la fin de l'âge de Krakoa. A l'heure qu'il est, cependant, rien n'indique clairement que Fall of X mettra fin à la révolution imaginée par Hickman. Mais rien ne dit le contraire non plus. Et j'ai un mauvais pressentiment.

Avant cela, il y aura la troisième édition du Hellfire Gala (en Juillet) et quelques one-shots annonçant l'event. Gerry Duggan, en sa qualité de chef d'orchestre de la série X-Men, jouera évidemment un rôle non négligeable dans tout ça. Al Ewing, comme d'habitude, va composer avec la situation. Benjamin Percy en profitera pour se complaire toujours un peu plus dans le glauque. Si Spurrier, on s'en fiche, c'est inbitable ce qu'il écrit. Mais ce qui est certain, c'est que Fall of X va être l'occasion pour Marvel de lancer plein de mini-séries dont certainement aucune ne survivra à l'event (même si l'éditeur joue encore la carte nostalgie avec un énième retour d'Alpha Flight). Le fan de X devra avoir la bourse pleine pour acheter et lire tout ça (en plus d'être motivé).

Et c'est déjà le cas avec X-Men par Gerry Duggan. L'arc qui se termine avec ce n°21 n'est franchement pas terrible. Tout paraît expédié, de la manière dont Jean Grey humilie une fois de plus Cauchemar au plan de Cyclope contre les Broods (qui rappelle les heures les plus sombres de Scott Summers, post-Avengers vs X-Men), en passant par le dénouement de l'opération récupération de Knowhere par Forge et Monet.

Duggan, lui-même, semble ne pas croire à ce qu'il écrit, comme s'il voulait vite passer à autre chose. Sans doute est-il surtout pressé d'arriver au Hellfire Gala 2023 au cours duquel il pourra à nouveau modifier la line-up de l'équipe des X-Men... Et ne rien en faire comme d'habitude. Car, honnêtement, les deux premières formations auront brillé par leur absence de caractérisation, entre personnages maintenus à leur poste mais jamais approfondis, aux nouveaux entrants jamais développés. A quoi bon ?

En vérité, cette idée de renouveler l'effectif de l'équipe tous les ans ressemble de plus en plus à un gadget dans les mains d'un scénariste qui n'en fait rien. On n'a pas le temps de s'attacher aux personnages, ceux-ci interagissent très peu, ne sont absolument pas creusés. Qui peut dire ce qu'a apporté Firestar et ce que la série lui a donnée ? Havok a été dégagé à l'occasion du crossover Dark Web sans que ça émeuve personne, Laura Kinney est revenue juste pour que Synch ne soit plus seul, Iceberg ne sert à rien. Et Jean et Scott ont une dispute dans cet épisode qui risque fort d'être peu exploitée.

Duggan, il faut le dire, n'est pas un spécialiste du character's driven. C'est un conteur d'histoires malin, efficace, mais qui échoue depuis Juillet 2021 à animer les X-Men de manière originale. Comparer son oeuvre à celle de Hickman sur ce titre serait humiliant pour lui. Les X-Men ne sont pas devenus les champions mutants protégeant l'humanité comme des ambassadeurs, mais juste une énième équipe, aux missions bien loin de l'objectif visé au départ par Duggan et Marvel. Il symbolise, à cet égard, la dissolution de l'idée de Hickman qui avait conceptualisé les krakoans comme une nation X peu soucieuse d'être désormais appréciée par le reste du monde puisqu'ils étaient de nouveaux dieux. A partir du moment où les X-Men se sont remis à se soucier de leur image, de leur réputation, c'en était fini de l'idée de Hickman.

Ils peuvent affronter MODOK, Orchis, d'autres Mr. Sinistre, les X-Men sont rentrés dans le rang, ont perdu la particularité que leur avait donnés Hickman. Ils sont redevenus banals, vivant des aventures qui souvent développent des idées lancées par Hickman mais sans le génie de ce dernier. Duggan n'a tout simplement pas les épaules pour faire oublier son devancier. Aucun scénariste d'un titre mutant actuellement ne les a, même pas Al Ewing, qui n'a pas réussi à faire de X-Men : Red et d'Arakko des entités à part, étanches.

Les dessins de la série passent aussi entre de trop nombreuses mains. Leinil Yu avait été le compagnon régulier de Hickman quand Duggan a épuisé Larraz, Pina, Cassara, Caselli, Villa., tous incapables de tenir les délais ou à qui Marvel n'a pas voulu confier les clés graphiques de la série (C.F. Villa s'en sort mieux puisqu'il hérite des Avengers dès le mois prochain. Quant à Larraz, je doute qu'il revienne sur un titre X après son escapade chez Millar). Stefano Caselli est un artiste que j'aime bien mais qui est pénible à suivre, comme s'il tenait pas en place ou que Marvel le baladait de titre en titre. Malgré tout je le préfère à Cassara, qui revient le mois prochain. Il fait un bon boulot, sans forcer son grand talent, comme un fill-in de luxe. Dommage. Un vrai gâchis.

Mais au fond ce qui subsiste, chez moi en tout cas, c'est le désintérêt croissant. J'aimerai jurer que je vais aller au moins jusqu'au Hellfire Gala 2023, mais c'est un objectif qui ne me fait pas vibrer (pour les raisons déjà citées). De tous les titres annoncés pour Fall of X, le seul qui m'accroche vraiment (et le seul qui y survivra), c'est le come-back de Uncanny Avengers, par Duggan (qui avait déjà signé un run très bon sur ce titre) et Javier Garron, armé d'un pitch intrigant, et un peu à la marge (entre deux franchises donc). Je redoutais que cela arrive, après le départ de Hickman, mais sans être étonné réellement que ça se produise.

jeudi 9 mars 2023

X-MEN #20, de Gerry Duggan et Stefano Caselli

suite directe de l'intrigue initiée le mois dernier, ce 20eme épisode de X-Men donne au départ l'impression de s'éparpiller, mais s'avère captivant car les lignes se rejoignent. Gerry Duggan trouve en Stefano Caselli un artiste plus subtil et fin, à même de traduire visuellement le meilleur de son script.


Les X-Men rapatrient Corsaire et d'autres individus menacés par les broods. Forge et Monet s'emploient à extraire la station Knowhere du trou noir où elle est. Jean Grey sonde télépathiquement Broo et découvre pourquoi ils ne contrôle plus ses sujets. Et un couple s'invite sur Krakoa...

En renonçant à rédiger des résumés détaillés et donc à spoiler des éléments de chaque épisode, je peux désormais relever les grandes lignes qui structurent un récit. Et cet épisode en est un parfait exemple.


Gerry Duggan construit son histoire avec plusieurs parties, dont certaines se répondent, et d'autres qui préparent le terrain pour de nouvelles intrigues. Le procédé est vieux comme les comics mais toujours efficace, s'il est maîtrisé.


Ici, comme le mois dernier, le fil rouge, c'est le mystère autour du comportement des broods : pourquoi se remettent-ils à attaquer des individus amis des mutants alors que leur roi, Broo, le leur a interdit ?

Si la scène du sauvetage est la plus spectaculaire, montrant avec quelle efficacité l'équipe actuelle des X-Men opère sous la pression, avec notamment une démonstration des pouvoirs de Iceberg en colère, le coeur de l'épisode est ailleurs.

On peut alors vérifier avec plaisir que Duggan a de la suite dans les idées puisqu'il réintroduit un ennemi croisé au tout début de son run (cf. X-Men #4). Le retour au premier plan de ce méchant et l'aspect retors de son plan sont parfaitement exploités dans la mesure où c'était absolument imprévisible.

Est-ce que Duggan va développer cela sur le long terme (ce qui serait une piste pour l'event Fall of X) ? Ou régler cette affaire rapidement ? En tout cas le danger est réel pour les mutants et on a envie de lire la suite.

Stefano Caselli nous régale. Je ne veux pas déprécier le dessin de Joshua Cassara, mais l'artiste italien est tout de même au-dessus, son trait est plus subtil, plus expressif. Son découpage est aussi plus simple mais plus fluide, avec des compositions mieux dosées.

Caselli ne se sent jamais obligé d'en rajouter, il plante le décor, dispose les personnages, et la lecture coule de source. Du coup, quand il doit mettre en scène un moment choc, il surprend vraiment le lecteur qui ne s'y attendait pas/plus.

Si le subplot avec Forge et Monet dans la station Knowhere peine davantage à passionner, encore une fois Caselli maintient notre intérêt en éveil par le simple fait qu'il ne dessine pas cette courte scène comme si elle n'avait pas de valeur.

Duggan réserve une ultime surprise avec la fin de l'épisode où il initie une nouvelle intrigue secondaire. Là aussi, l'effet est garanti car le lecteur ne pouvait pas l'anticiper. Mais le scénariste ne sort pas cela de nulle part, puisqu'il revient à ce qu'il avait introduit dans le tie-in de Judgment Day (c'est un indice, pas un spoiler).

Il y a de la matière à défaut d'une grande originalité dans tout ça. Mais nul ne pourra prétendre qu'on s'ennuie.

vendredi 17 février 2023

X-MEN #19, de Gerry Duggan et Stefano Caselli


J'ai craqué : je ne voulais pas acheter les trois prochains numéros de X-Men car ils sont attachés à un crossover avec la série Captain Marvel... Sauf que ce n'est pas vraiment le cas. Gerry Duggan propose une histoire, en trois parties, qui exploite une idée semblable à celle de Kelly Thompson, mais s'en en dépendre. En plus, c'est dessiné par Stefano Caselli, alors ça aurait ballot de s'en passer.


Tandis que Forge entraîne Monet dans une expédition sur la station Knowhere qui a été aspirée dans un trou noir mais dont le portail avec Krakoa fonctionne toujours, les X-Men (Cyclope, Jean Grey, Magik, Synch, Talon, Iceberg, Firestar) répondent à l'appel de détresse lancé par Corsaire, le père de Cyclope, piégé par les Broods...


Lord of the Broods est donc le nouvel arc narratif de X-Men et court sur les épisodes 19 à 21. Auparavant, depuis Captain Marvel #43, Kelly Thompson a entamé un arc intitulé Revenge of the Broods dans lequel Carol Danvers et quelques amis (Hazmat, mais surtout Malicia, Gambit, Psylocke, Wolverine) partent au secours de Binaire, capturée par les Broods.
 

Quand Revenge of the Broods et Lord of the Broods ont été annoncés par Marvel, il s'agissait d'un crossover en bonne et due forme, même si Revenge... se déroulait exclusivement dans les pages de Captain Marvel, et que Lord... allait et venait entre Captain Marvel et X-Men, avec Captain Marvel #49 comme dénouement commun.


Sauf que ce n'est pas exactement la vérité. On peut certes lire les deux séries puisqu'elle exploite une situation semblable (deux individus, proches de Captain Marvel et des X-Men sont piégés par les Broods). Mais les deux séries n'interagissent pas et Lord of the Broods, en particulier peut se suivre sans lire Captain Marvel (même si on verra ce qu'il en est du dénouement de CM #49).

Aussi, initialement, comme je ne lis plus Captain Marvel depuis un bail, j'avais tout simplement décidé de zapper X-Men des n°19 à 21, le temps que cette histoire se conclue. Mais j'ai craqué parce que j'étais en manque de X-Men. Et j'ai pu ainsi vérifier que tout n'était pas lié.

A la fin de X-Men #18, on voyait Corsaire alais Christopher Summers, le père de Cyclope et chef des Starjammers, enceint d'un Brood. Ces créatures très inspirées par les aliens de H.R. Giger, popularisés par les films de Ridley Scott, James Cameron, David Fincher, Jean-Pierre Jeunet, sont apparus dans les aventures des mutants au milieu des années 80 dans des épisodes cultes signés Chris Claremont et Paul Smith.

C'est à la suite d'expériences menées sur Carol Danvers (active à l'époque comme Ms. Marvel) qu'elle a vu ses pouvoirs accrus et qu'elle s'est rebaptisée Binary (Binaire en vf), avant que les X-Men ne soient victimes des assauts Broods, qui agissent comme des parasites en déposant leurs oeufs dans des hôtes avant que ceux-ci ne les infectent et n'en accouchent.

Lors du run de Jonathan Hickman, Broo, le Brood qui a suivi des cours à l'école Jean Grey, à l'époque dirigée par Wolverine, découvrait que les Nouveaux Mutants étaient en possession de l'Oeuf-Roi et que ses congénères allaient débarquer sur Krakoa pour le récupérer à tout prix. Au terme d'une folle course-poursuite à laquelle les Shi'ar se sont mêlés, nos héros furent sauvés par Broo qui avala l'Oeuf-Roi et devint ainsi le nouveau leader des Broods.

Mais il semble que son autorité ne soit pas absolue puisque des Broods continuent de parasiter des hôtes dans la galaxie, dont Corsaire. Celui-ci a eu le temps de lancer un appel de détresse aux X-Men et l'équipe part à sa recherche. Gerry Duggan dépêche une formation sensiblement différente que celle élue lors du derneir Hellfire Gala pour cette mission.

En effet, Forge est absent car il s'est lancé dans une expédition risquée avec Monet St-Croix en voulant atteindre la station Knowhere, cette tête de Céleste mort devenue un lieu d'échanges pour aventuriers cosmiques mais aspirée par un trou noir. Auparavant, avec l'aide Cable, Forge y avait installé un portail communiquant avec Krakoa et celui-ci est resté actif.

Par contre, contrairement à ce que montre la couverture, Polaris n'est pas de retour dans l'équipe (qu'elle a quittée à l'occasion du dernier Hellfire Gala). Havok n'est pas du voyage non plus, et là on n'a pas d'explication (peut-être une conséquence des événements du crossover Dark Web, mais je ne l'ai pas lu). En revanche, la Laura Kinney récemment exfiltrée de la Voûte est à nouveau dans le groupe et on apprend qu'elle a adopté un nouveau pseudo (Talon, soit Ergot en français, mais j'ignore si cela sera traduit par Panini). A noter, pour être complet, que l'autre Laura Kinney (celle qui a été ressucitée par erreur) figure dans les pages de Captain Marvel, aux côtés de Malicia et Gambit.

L'épisode est rondement mené, avec beaucoup d'action. Duggan anime bien cette équipe, en la décomposant en binômes et en trinôme. On a Firestar qui soutient Iceberg (souvenir de Amazing X-Men, mais surtout de Spider-Man and his Amazing Friends). On a Jean Grey et Magik. Et surtout Cyclope avec Synch et Talon, pour une scène très intense de chirurgie sur Corsaire. La suite s'annonce pimentée.

Joshua Cassara reviendra sur le titre pour le n°22, et donc c'est à Stefano Caselli que revient la partie graphique de cet épisode (et des deux prochains). On n'a vraiment pas à se plaindre, et j'oserai même dire que je préfère Caselli à Cassara, même si je regrette que Caselli ne soit pas assigné à une série (vu qu'il était censé être l'artiste titulaire de X-Men Red).

Quoiqu'il en soit, les planches sont superbes. Caselli est un excellent narrateur et il compose des images toujours dynamiques, détaillées sans être chargées, avec des personnages qui possèdent une forte présence physique. Son talent pour les rendre expressifs est parfait quand il s'agit de mettre en scène un passage comme celui où Cyclope, Synch et Talon opèrent Corsaire, par ailleurs magnifiquement colorisée par Federico Blee.

On a droit à deux cliffhangers qui donnent très envie de lire la suite. Sachant que l'équipe des X-Men va sûrement encore bouger en Juin prochain avec une nouvelle édition du Hellfire Gala (qui ouvrira les festivités pour Fall of X, le prochain event mutant), ça n'a pas fini de swinger chez nos héros...

jeudi 5 janvier 2023

X-MEN : RED #10, de Al Ewing, Stefano Caselli et Jacopo Camagni


X-Men : Red #10 est le dernier numéro de la série avant de longs mois (au moins jusqu'en Mai prochain), puisque l'event Sins of Sinister va impacter plusieurs titres (rebaptisés pour l'occasion) entre-temps. Al Ewing devait donc boucler des lignes narratives développées depuis quelque temps avant de suivre l'idée de Kieron Gillen. Stefano Caselli est présent (avant de basculer sur le titre X-Men provisoirement) et reçoit pour quelques pages le renfort de Jacopo Camagni.


Vulcain manipulé par Abigail Brand et Mentallo réclame son trône d'empereur Shi'ar à Xandra et veut tuer celle-ci pour accomplir sa mission. Il pense la trouver dans l'ancien palais de Magneto sur Arakko mais Tornade l'attend. De son côté, l'équipe de Cable affronte Orbis Stellaris, autre complice de Brand.


Al Ewing n'a cessé de prouver depuis S.W.O.R.D. et plus encore avec X-Men : Red, qui en est plus que la suite, le prolongement, à quel point il maîtrisait son affaire. De manière très habile, en présidant à la destinée de la planète Mars, il a pu développer des intrigues personnelles, remontant parfois loin en arrière.
 

Mais alors que sur SWORD il subissait le calendrier, avec X-Men : Red, il a su mieux composer avec des storylines extérieures, en profitant même pour bousculer en profondeur le jeu mutant. Une dimension politique, complexe et claire à la fois, s'est révélée avec des protagonistes aux personnalités incroyablement fouillées.
 

Cela a conduit le lecteur à un climax dans ce dixième épisode où d'un côté, Vulcain défie Tornade, de l'autre Sunspot confond Abigail Brand, et enfin Cable confronte Orbis Stellaris. Brand, Vulcain et Orbis Stellaris oeuvrant pour un grand projet commun absolument diabolique.

J'ai lu, sur les réseaux sociaux, que certains avaient été déçus par l'issue de ce triple affrontement, espérant sans doute une grosse baston générale qui réglerait tout vite fait, bien fait. Il me paraît pourtant évident que cette solution de facilité aurait contredit tout les préparatifs minutieux, toute l'écriture architecturée de Ewing. Surtout les résolutions choisies par l'auteur en disent plus long et plus profond sur ce qui définit les bons des méchants, sans leur ôter un gramme de leur richesse intellectuelle.

Mais cette déception ressentie et exprimée par quelques-uns a surtout visée le duel tant attendu entre Vulcain et Tornade, annoncée comme le clou du spectacle. Il est vrai que cette bataille n'occupe pas la majeure partie de l'épisode et on peut en être frustré, mais les pages qu'elle occupe sont suffisamment intenses et spectaculaires pour ne pas se sentir floué. On a là deux mutants de niveau oméga qui ne retiennent pas leurs coups, effectuent des mouvements renversants, avec des manifestations de pouvoirs impressionnants. 

Ce qui prévaut, en vérité, c'est moins l'étalage de force, la démonstration, que la méthode, et sur ce point, Ewing, avec les dessins de Stefano Caselli, remonté comme un coucou, produisant des effets de puissance phénoménale grâce à un découpage magistral, définit bien ce qui distingue les deux adversaires. Et justifie la victoire du gagnant, plus intelligent, plus rusé.

La partie avec Cable et son équipe, amenée logiquement à devenir une formation repensée du SWORD, est, à mon sens, un peu en deçà. Mais uniquement parce qu'elle évacue ou diffère les problèmes qu'elle ne les solutionne. Ewing a voulu garder des cartouches pour le futur, quand X-Men : Red reviendra en bonne et due forme, tout en préparant la mutation temporaire du titre le temps de Sins of Sinister. Il faut donc lire ces pages avec, sinon indulgence, du moins en ayant en tête que le scénariste, toujours appuyé par Caselli au dessin, s'en sert comme rampe de lancement.

Enfin, le dernier segment avec Brand peut aussi surprendre car, là, par contre, il ferme visiblement un chapitre, un arc narratif, pour ce personnage. Ewing va-t-il sacrifier cette Nick Fury de l'espace qu'il a si savamment (re)modelée ? J'en doute. En tout cas, si je me trompe, ce serait dommage. Mais il semble très vraisemblable qu'elle a mangé son pain blanc. Je m'autorise à spoiler un peu car c'est le plus convenu. Le châtiment d'un méchant désigné est attendu, surtout que Ewing s'est amusé avec les clichés du genre (la révélation de son grand plan, et celle du contre-plan énoncé par Sunspot).

Jacopo Camagni, qui avait dessiné les derniers épisodes de SWORD, avec beaucoup de talent, revient donc donner un coup de main, en signant les pages 14 et 15 puis 20 et 21, en relation avec Brand puis Orbis Stellaris (dont on découvre la véritable apparence - et sur laquelle on peut se demander si c'est un choix de Ewing ou quelque chose qui lui a été imposé, même si on sait le scénariste toujours prêt à rebondir sur les idées des autres, en les améliorant sensiblement souvent d'ailleurs). Le style de Camagni créé une rupture avec celui de Caselli et c'est un peu dommage, mais peut-être que Caselli a eu recours à du renfort dans un agenda chargé (il a enchaîné des épisodes de Hack/Slash pour l'anthologie Image ! puis de X-Men : Red et va passer sans souffler au crossover X-Men/Captain Marvel).

Cela dit, X-Men : Red, même avec Caselli absent, est une des séries les plus abouties graphiquement de toute la franchise X, puisque les fill-in artists ont été exceptionnels, et revoir Camagni m'a fait plaisir, même pour quatre pages.

Je l'avoue, je suis un peu triste que cela s'arrête pour de longs mois, car X-Men : Red est ma série mutante préférée, et de loin. Al Ewing et ses artistes ont repoussé constamment les limites, offrant des épisodes de très haute volée, captivant le fan sans forcément lui donner ce qu'il aimait, mais plutôt en lui proposant, et c'est bien mieux, ce qu'il préférerait. C'est une sensation grisante et jubilatoire que de lire pareil comic-book. Alors s'en passer pour un event qui ne me dit rien (et que j'ai décidé de zapper en conséquence), c'est rageant. Mais à son retour, je sais aussi que ce sera un immense plaisir.  Alors ? Patience !

vendredi 9 décembre 2022

X-MEN : RED #9, de Al Ewing et Stefano Caselli


Quoiqu'il arive en 2023, il restera la satisfaction intense d'avoir suivi X-Men : Red depuis neuf mois, aisément la meilleure série attachée à l'univers mutant actuellement. Al Ewing est un scénariste prodigieux sur ce titre et il le prouve une nouvelle fois. Quant à Stefano Caselli, son retour est rien moins que tonitruant. (Et quelle couverture de ouf de Russell Dauterman !)


Magneto ayant refusé qu'on le ressucite, Cyclope et le Pr. Xavier décident de faire revenir parmi eux Vulcain, autre mutant oméga, malgré l'avis contraire de Havok.


Ils vont regretter leur choix car, manipulé par Abigail Brand et Mentallo, Vulcain réclame le trône Shi'ar qu'il occupa jadis, et n'hésite pas pour en déloger Xandra à affronter ceux qui la protègent.
 

Pendant ce temps, l'équipe de Cable a découvert à quel point Brand manigançait contre Krakoa et Arakko, avec Orbis Stellaris. Celui-ci réplique sévèrement contre les ex du SWORD.


Vulcain découvre qu'il a été dupé par Warbird et surtout Sunspot. Furieux, il part débusquer Xandra dans le seul endroit sur Arakko où elle a pu être cachée...

Cette semaine, j'ai décidé d'arrêter d'écrire sur Immortal X-Men après avoir lu le neuvième épisode de cette série tellement il m'a horripilé (je n'en peux plus de la fixette sur Mr. Sinistre par Kieron Gillen et par conséquent je ne lirai pas Sins of Sinister, le prochain event mutant au centre duquel le personnage se trouve). 

Sins of Sinister va hélas ! impliquer des séries que je lis et chronique ici comme X-Men : Red, tandis que le crossover Dark Web va lui concerner X-Men (et Amazing Spider-Man). New Mutants semble être annulé puisque le titre n'est pas sollicité en Janvier 2023 (Rod Reis a déjà annoncé qu'il ne reviendrait pas sur le titre de toute façon).

Conclusion : plus rien (ou presque : il ne restera que la fin de X-Terminators) à lire côté mutants au début de l'année prochaine. L'ère Hickman est bel et bien révolue, quand l'architecte du renouveau X avait établi une sorte de protectorat autour des séries de la franchise, évitant à ses personnages de se mélanger au reste de l'univers Marvel. Les digues ont sauté et désormais on voit Wolverine (Logan) et Magik être utilisés dans d'autres titres non mutants.

C'était prévisible : personne n'a l'autorité d'Hickman parmi les auteurs de titres mutants et Marvel n'a pas voulu le remplacer comme "Head of X". Jordan White semble beaucoup aimer Kieron Gillen et C.B. Cebuslki aussi, pour lui confier un autre event (Sins of Sinister donc) juste après Judgment Day. Mais je pense qu'ils se trompent de cheval.

Car, pour moi, le seul à avoir la carrure d'un patron, c'est bien Al Ewing. C'est curieux car jusqu'à présent je n'avais jamais vraiment prêté attention à son travail : je n'ai pas suivi son Immortal Hulk, acclamé, par exemple. Mais j'avais apprécié S.W.O.R.D. et surtout la façon dont il s'en est servi pour aboutir à X-Men : Red, série d'un tout autre calibre, follement ambitieuse et maîtrisée.

Alors que X-Men de Gerry Duggan reste plutôt basique et classique mais efficace, Ewing voit grand et l'assume. Il a fait par ailleurs preuve d'ingéniosité en s'occupant non pas d'une énième série basée sur Krakoa mais en s'exilant dans l'espace, d'abord avec SWORD, et maintenant sur Arakko avec X-Men : Red. Il en a fait son territoire, son pré carré, l'endroit où il est sûr que personne ne viendra l'embêter - ou presque, puisque, donc, Gillen a embarqué dans son pénible délire Sinistre X-Men : Red (qui sera rebaptisé pour l'occasion Storm & the Brotherhood of Mutants) et Legion of X de Si Spurrier (qui sera retitré Nightcrawlers).

Mais depuis neuf mois, Ewing a protégé X-Men : Red, même quand il a suivi la marche de Judgment Day à l'occasion duquel il a orchestré de fameux morceaux de bravoure et tué Magneto. Le génie de Ewing, c'est aussi de faire son miel de ce qu'il ne créé pas : en réalité, on retiendra davantage ce qui s'est passé dans les pages de sa série que dans tout l'event de Gillen (qui a diverti spectaculairement avant de se ramasser dans son ultime étape).

Ewing a la mentalité de l'architecte et s'il était la nouvelle "Head of X", nul doute que la franchise n'aurait pas à subir les traitements de Benjamin Percy (qui s'acharne toujours sur le Fauve) et les obsessions de Gillen. Mais peut-être ne veut-il pas coiffer cette casquette de général et préfére-t-il plus sagement rester sur Arakko, autour de laquelle il bâtit une fascinante saga politique. Plus forte, plus fine aussi, que tous les events et crossovers.

Ce neuvième épisode est un nouveau sommet et en fait c'est comme si la série s'employait à ne jamais baisser en intensité, à toujours maintenir la pression, à ne jamais décevoir son lecteur. Ewing est parti sur une histoire complexe et au long cours et n'a pas le droit de flancher, d'être simplement bon : il s'est condamné à l'excellence. Et parce qu'il est exigeant et talentueux, il nous ravit avec ce réseau d'intrigues, de personnages, tordus, machiavéliques, flamboyants.

Vulcain est le jouet de longue date d'Abigail Brand, grâce à Mentallo, mais aussi Orbis Stellaris. Il est sur le point de reprendre le trône des Shi'ar qu'il avait conquis durant les sagas cosmiques écrites apr Dan Abnett et Andy Lanning (War of Kings surtout) et initiées par le run de Ed Brubaker sur Uncanny X-Men (à partir de Deadly Genesis, puis The Rise and Fall of the Shi'ar Empire). Ewing a minutieusement, patiemment construit la conspiration de Brand en en faisant une Nick Fury au féminin avec des visées géo-stratégiques à l'échelle de la galaxie. Tout cela est désormais arrivé à ébullition et Vulcain l'illustre royalement.

Ressucité à la place de Magneto (qui avait exprimé la volonté de ne pas être ramené à la vie pour épouser la philosophie arakki) après avoir été tué par l'Eternel Uranos, Vulcain devait, pour Charles Xavier et Cyclope, malgré les doutes de Havok, remplacer Erik Lensherr comme mutant oméga sur Arakko. Les mutants de Krakoa ignoraient bien entendu que 1/ Vulcain avait été ramené à la vie une première fois par des aliens (depuis capturés par Orbis Stellaris) qui l'avaient transformé en bombe à retardement, et 2/ Brand l'avait instrumentalisé depuis des mois avec l'aide de Mentallo.

Mais le récit est un trompe-l'oeil magistral et dévoile un tacticien aussi retors que Brand en la personne de Sunspot. Petit rappel : 


Ceci était une couverture variante de Powers of X #6 par Guiseppe Camuncoli. A l'époque où cette image a été diffusée, pas grand-monde n'y a prêté attention, pensant qu'il s'agissait juste d'un dessin de plus pour illustrer le dernier épisode de la mini-série. Mais les plus curieux s'étaient demandé si Hickman n'annonçait pas quelque chose, surtout quand après ils surent que le scénariste allait écrire un arc de New Mutants avec Sunspot, qui était un de ses mutants favoris (il avait fait partie de ses Avengers).

Que pouvait bien alors signifer Roberto da Costa sur le trône Shi'ar avec Xandra l'impératrice et Gladiator agenouillés devant lui ? Finalement, Hickman n'en a rien fait quand il a écrit New Mutants ni ensuite dans X-Men. Mais il se trouve que Al Ewing adore aussi Sunspot (il était le leader de ses New Avengers). Et sans doute que cette variant cover l'a fait cogiter.

On n'en est pas encore arrivé à Sunspot empereur, mais disons que cet épisode de X-Men : Red établit une passerelle dans cette direction, d'autant que Hickman, par contre, avait amorcé une romance, sur un ton assez humoristique, entre Roberto da Costa et Warbird, la préceptrice de Xandra, et que, ce mois-ci, Xandra doit une fière chandelle à Roberto.

Cette façon d'intégrer des éléments, a priori insignifiants ou à peine considérés par ses prédécesseurs, mais aussi de reprendre à son compte des pistes narratives issus de précédents travaux de sa part (comme des mentions à Empyre dans l'épisode du mois dernier), c'est aussi ça, le génie de Ewing. Rien ne se perd, tout se transforme dans ce recyclage inspiré. Zéro déchet. Mais jubilation totale à lire ce qui en ressort. L'intemède avec l'équipe de Cable contre Orbis Stellaris, au centre de ce numéro, passerait presque pour une étape secondaire alors qu'elle fait partie de l'ensemble, offrant au lecteur un parallèle tout aussi tendu entre ce qui se passe avec Vulcain et ce qu'affrontent Cable et son gang.

Pour ne rien gâcher, Stefano Caselli nous fait la grâce de revenir sur la série au moment le plus brûlant. Suppléé remarquablement (par Madibek Musenbekov), l'artiste italien ramène son trait puissant pour ce chapitre incandescent.

Il nous gratifie, en miroir, au début et à la fin, de deux pages où justement deux personnages s'imposent en majesté dans les flammes, mais ce n'est pas exactement au début ni exactement à la fin. Entre temps, l'action domine et le combat que livre Vulcain contre Nova, Frenzy, Paibok et Gladiator est vraiment exceptionnel. Caselli découpe ça de manière rigoureuse, avec des cases de dimensions raisonnables, préférant imposer un rythme soutenu que de proposer des grandes vignettes ou même des splash-pages.

Il se défoule davantage avec le passage concernant l'équipe de Cable, gratifiant le lecteur, d'une double-page électrisante, formidablement composée. les seules trois pleines pages sont celles de la résurrection de Vulcain, de l'apparition de Sunspot (voir-ci-dessous) et la toute dernière de l'épisode, révélant... Non, je ne vous le dirais pas. Mais sachez simplement qu'on va avoir droit à un putain d'affrontement dans le #10 !

Les couleurs de Federico Blee jouent aussi un rôle déterminant dans cet épisode où les pages semblent vous sauter au visage par leur expressivité, leur dynamisme, leur ambiance.

Immense série, la meilleure que vous puissiez lire dans la collection mutante actuelle. De quoi vraiment enrager qu'elle soit perturbée dans les prochains mois.

jeudi 15 septembre 2022

X-MEN : RED #6, de Al Ewing et Stefano Caselli - TIE-IN A.X.E. : JUDGMENT DAY (à lire avant A.X.E. : Judgment Day #4 !)


Comme je le mentionne dans le titre de cette critique, assurez-vous de lire X-Men : Red #6 avant A.X.E. : Judgment Day #4 (dont je vous parlerai demain) car cet épisode justifie l'état d'un  personnage majeur dans l'event. Al Ewing avait promis le mois dernier une sorte de match retour au carnage perpétré par Uranos sur Arakko e,t avec Stefano Caselli, il tient sa promesse. Avec panache.


Absente lors de l'attaque contre Arakko, Tornade est de retour sur le terrain, résolue à se faire pardonner en détruisant ce qui reste de l'arsenal laissé derrière lui par l'Eternel.


Cependant, Magneto résiste toujours de son côté lorsqu'il reçoit le renfort de Sunspot en compagnie du Roi Pêcheur et de Sizia. Ce trio restaure à cette occasion une formation oubliée d'Arakko.


En effet, les Sièges de la Nuit étaient composés comme une sorte de cabinet de l'ombre, conseillant le Grand Cercle avant que Genesis, sous l'influence d'Annihilation, le le dissolve.


Aujourd'hu, cette instance va guider la réplique arakki. Et Tornade rejoint Magneto pour mener cette contre-offensive avec une cible toute désignée : Uranos.

C'est, peut-être (on le verra à la fin de l'event), ce qui fera la différence entre A.X.E. : Judgment Day et d'autres events Marvel : la complémentarité entre l'intrigue centrale et ses tie-in. De ce point de vue, les titres X ont parfaitement joué le jeu, et X-Men : Red le premier.

Pour mieux apprécier l'ampleur du massacre commis par Uranos, le précédent épisode formait une addition parfaite au premier numéro de l'event. Il convient à présent d'absolument lire X-Men : Red #6 avant Judgment Day #4 pour comprendre le sort d'un des acteurs majeurs de la nation X.

Magneto a survécu à l'assaut d'Uranos mais il est mal en point : l'Eternel lui a littéralement arraché le coeur et le maître du magnétisme ne tient debout qu'en utilsant son pouvoir à son maximum. Il lui faut encore lutter contre un monstre fait de plastique avec le renfort de Lodus et Xilo.

Mais cet épisode s'attache aussi au retour de Tornade sur Arakko : quand Uranos a frappé, elle se trouvait sur Krakoa, siégeant avec le Conseil, et elle s'en veut en considérant les dégâts. L'armée d'Uranos est toujours en train de dévaster son royaume et la résistance sur place s'affaire pour la contrer.

Ewing s'emploie à montrer les forces en présence et la difficulté à contenir l'arsenal éternel qui ravage Arakko. Le scénariste supprime quasiment tous les dialogues pendant une bonne partie de l'épisode pour s'appuyer sur une voix-off qui relate les positions des héros. Nova, Sunspot, Wrongslide, Khora,  sont aux avant-postes. Il y a aussi un astronaute humain en mission sur Mars qui sauve deux enfants arakki, ce qui confère au récit une touche plus normale, moins fantastique, et plus émouvante.

Lorsque Tornade rejoint Magneto et lui permet de subsister en lui fournissant une partie de son énergie électro-magnétique, la scène est magnifiquement mise en images par Stefano Caselli qui la transforme en un de ces moments épiques, bigger than life, jubilatoires. C'est aussi l'occasion pour les arakki d'apprécier la solidarité, l'esprit d'équipe, le sacrifice, le don de soi, dans une chorégraphie quasiment amoureuse. Si vous n'aviez jamais envisagé Tornade et Magneto comme un couple en puissance, vous changerez d'avis après cela (même s'il n'est pas sûr que Ewing concrétise cette union ensuite).

Il y a une richesse grisante dans ce chapitre qui embrasse avec panache l'envergure du conflit sans jamais oublier les personnages en route. On ressent parfaitement l'enormité de la tâche de ces arakki, de naissance ou d'adoption, face à une machine de mort effrayante, qui reste active même après le départ de son chef.

La narration capte aussi les nuances des sentiments d'un large casting, sans oublier personne : on assiste à la réusrrection d'Abigail Brand sur Krakoa (et peut-être que là, par contre, cela aura des conséquences par la suite car ce faisant, elle est redevable aux mutants qu'elle trahit par ailleurs en s'étant alliée à Orchis ou en reformatant le SWORD). On voit aussi Wiz-Kid et Cable déambuler en apesanteur dans la station du SWORD et Cable réclame à Wiz-Kid des explications sur les manigances de Brand.

Mais le climax de l'épisode se trouve dans l'effort fourni par Ewing pour apporter des pierres à l'édifice mythologique d'Arakko. Le scénariste a bien l'intention de faire de ce peuple autre chose qu'un supporting cast pour quelques X-Men exilés sur l'ex-planète Mars. On apprend donc les origines et l'évolution des Night Seats, une sorte de shadow cabinet, en marge du Grand Cercle d'Arakko, formés par trois sages. Durant la longue histoire d'Arakko et au gré des humeurs de Genesis, notamment quand elle subit l'influence d'Annihilation, ces trois sages furent congédiés et leur comité dissous.

Le Roi Pêcheur, qui en fit partie, a instruit Sunspot à leur sujet et il convoque Sizia pour le compléter. Ce secret bien gardé resurgit au plus fort de la crise et si cela contrarie d'abord Magneto, qui aurait aimé être dans la confidence (surtout après lui avoir ouvert la porte de son palais), il l'accepte vite car l'heure n'est pas au refus des alliances.

Srefano Caselli fournit un travail remarquable. Son trait expressif permet de savourer les émotions qui traversent les héros au coeur de la tempête tout en nous gratifiant d'images spectacualires. Il faut en profiter puisque l'artiste va prendre congé de la série au moins jusqu'en Décembre (il va illustrer le retour de l'héroîne de la série Hack/Slash écrite par Tim Seeley dans l'anthologie Image ! pour le 30èe anniversaire de l'éditeur indépendant).

X-Men : Red est une sacrée bonne série, qui conserve un niveau exceptionnel même en devant marcher dans les pas d'un event.