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jeudi 25 août 2016

Critique 1000 : BRAVO FOR ADVENTURE, de Alex Toth

La millième (et dernière) critique !
Et on va finir en beauté...

BRAVO FOR ADVENTURE est le recueil de toutes les histoires ayant pour héros Jesse Bravo, écrites et dessinées par Alex Toth entre 1982 et 1984, publié en 2014 par IDW.
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Ci-dessus : le dessin de couverture non tronqué.

L'album s'ouvre par une préface de Dean Mullaney : il revient sur l'origine et la réalisation de ces récits et la période à laquelle Alex Toth les réalisa. Il s'agissait au départ d'un travail de commande pour une publication en Europe, l'artiste avait carte blanche pour le contenu des histoires et le format des dessins et des épisodes. Après la parution de l'histoire principale, cependant, des problèmes de droits d'auteur empêchèrent pendant longtemps une édition complète des aventures de Jesse Bravo, problèmes irrésolus à la mort de Toth. Le présent ouvrage a été rendu possible grâce à un accord entre IDW et la famille de Toth plus de trente après.  





- Who is Jesse Bravo ? (4 pages. 1982) Un texte illustré nous présente le héros et son passé.


- Bravo for adventure.(54 pages. 1984) Années 1930. Jesse Bravo est un pilote d'avion qui s'est installé à son compte. Il vit de commandes pour transporter des marchandises ou réaliser des acrobaties pour des productions pour Hollywood. 
Ses affaires se portent mal mais cet homme au caractère volontiers arrogant refuse malgré tout d'aller chercher un autre pilote à qui le patron d'un casino réclame qu'il paie ses dettes de jeu. Jesse Bravo préfère accepter de nouvelles acrobaties aériennes pour un film, quoiqu'il s'oppose à ce que la fille du réalisateur le dérange. 
Pourtant, le tournage est saboté et, affrontant les pièges du responsable, Jesse se laisse attendrir quand il remarque les sentiments qu'éprouve la jeune femme pour lui.

- Coming. (17 pages. 1982) 1937. A Burbanak, Jesse Bravo est accidentellement assommé par une pale d'hélice de son avion. Il se met alors à halluciner, s'imaginant engagé dans une délirante course-poursuite.

L'album se clôt par une quinzaine de pages de bonus : des dessins promotionnels, des planches où l'on peut comparer les versions noir et blanc et couleurs (issues de l'édition française par Les Humanoïdes Associés), et des crayonnés. 

Pour cette millième critique, qui sera aussi la dernière de ce blog, j'ai voulu finir en beauté. Et quoi de mieux que de fermer boutique avec un de mes artistes favoris, le plus grand des professeurs du 9ème Art ? Je gardais l'envie d'un article sur cette somptueuse et inespérée réédition en tête depuis un moment, pour une grande occasion : c'est avec Alex Toth que je ferme les portes des Mystery Comics.

Quand je parle de "somptueuse réédition", je pèse mes mots car IDW n'a pas fait les choses à moitié pour exhumer ce trésor du Maestro, introuvable depuis des décennies, jamais publié dans son intégralité - et agrémenté de bonus comme un paquet surprise. L'album est muni d'une couverture rigide, le papier des pages est assez épais, la reproduction des planches originales est irréprochables, permettant de savourer pleinement chaque trait d'un artiste au sommet de son art.

La préface de Dean Mullaney apprendra en outre que si Alex Toth est aujourd'hui un nom respecté par tous, "the artist's artist", il demeure injustement méconnu du grand public à cause d'une carrière d'abord dictée par une intégrité farouche qui n'a pas vu son nom attaché à un héros ou une série mais exerçant son génie dans la bande dessinée et le dessin d'animation. IDW a d'ailleurs consacré trois volumes (chers mais superbes) retraçant non pas sa mais ses carrières (Genius, animated: The cartoon art of Alex Toth ; Genius, illustrated: The life and art of Alex Toth ; Genius, isolated: The life and art of Alex Toth).

Les mots de Mullaney sont la meilleure des plaidoiries pour justifier l'énorme influence de celui qui, plus discrètement, mais avec la même longévité, a autant compté dans le dessin que Jack Kirby ou Will Eisner, et eu pour adeptes Darwin Cooke, Bruce Timm, Howard Chaykin, Paul Pope, Chris Samnee, Michael Lark, Tonci Zonjic, Stuart Immonen, et évidemment David Mazzucchelli.

L'art de Toth n'est pas remarquable au premier coup d'oeil : il nous invite à une immersion, il réclame plus d'attention, mais une fois qu'on en est imprégné, on en est marqué pour toujours. C'est un choc esthétique comparable à celui de Jean Giraud/Moebius, de la catégorie des dessinateurs qui savaient tout dessiner, dosait intelligemment leurs effets, vous apprennent à mieux pratiquer comme artiste mais aussi à mieux lire comme lecteur car Toth était un narrateur avant tout, quelqu'un dont les images étaient toutes entières au service des histoires.

C'était aussi un héritier d'une culture particulière, dont il n'a cessé d'assumer les références : ses maîtres à lui s'appelaient Milton Caniff (Terry et les pirates, Steve Canyon) et surtout Noel Sickles (Scorchy Smith), qu'il vénérait et citait en exemple. 

Pour qui n'est donc pas initié, se plonger dans ce recueil est donc une expérience et il sera plus naturel de comparer les lignes épurées et les découpages sobres de Toth avec ce que produisit Hugo Pratt. Mais il remarquera ensuite la finesse du lettrage (à la main !), l'expressivité dépouillé des personnages, la précision claire des décors, accessoires, véhicules : progressivement, la nature organique du dessin de Toth se révèle, son caractère artisanal aussi.

Tout est graphique chez Toth : l'image est un langage à part entière mais toujours complémentaire du récit. Même son lettrage est une extension du dessin. Il n'est donc pas étonnant qu'il tenait à tout faire quand on le lui permettait, ayant ainsi le contrôle formelle de  l'oeuvre, du crayonné (précédé d'innombrables esquisses, études, essais) à l'encrage (phase finale de sa devise célèbre "less is more", où il fallait alors plus penser à éliminer ce qui pouvait surcharger l'image pour viser une lisibilité maximale et, plus généralement, une fluidité optimale de l'histoire et de sa lecture).

Cette économie picturale a empêché au dessin de Toth de vieillir, d'être daté, démodé, car il s'affranchissait ainsi des tics de l'époque. Ainsi admire-t-on encore aujourd'hui le merveilleux équilibre des contrastes de ses images et la modernité de son noir et blanc (auquel des couleurs n'ajouteraient rien). Par exemple, quand il représente un avion en vol, il use de très peu de traits, de lignes, mais l'entoure avec un à-plat noir conséquent, plus important, sur la carlingue de l'engin. Les éléments sont réduits à leur expression la plus iconique, presque abstraite, mais le lecteur peut tout identifier dans le plan et même ressentir physiquement la précarité de l'appareil, la tension des câbles, le frottement de l'air sur le métal... Je défie quiconque de ne pas être impressionné par tout ce qu'expriment ces quelques traits !   

Toth était un formaliste et tous ses efforts étaient dirigés dans une direction : jusqu'où peut-on simplifier un dessin sans que sa signification échappe au lecteur et en visant une élégance esthétique ? Non pas en faisant le vide ou en bâclant, mais en organisant au mieux la disposition des éléments de l'image dans le plan, en veillant à ce que ces éléments restent reconnaissables immédiatement, en composant chaque case comme la partie d'un tout (la page entière). Quand c'est nécessaire d'ailleurs, Toth réalise des dessins plus détaillés que ce à quoi il nous a habitués, fournissant des intérieurs (comme celui d'un bar), des objets (un poste de radio avec ses cadrans), d'un véhicule (une superbe Rolls Royce) saisissants de réalisme. 

Mais la beauté d'un dessin ne suffit pas à rendre une histoire efficace, et nous abordons là la deuxième leçon de narration de Toth : le mouvement (ou la suggestion du mouvement). Dans chaque plan, il y a non seulement une idée, mais une action, jamais de cases statiques. Le découpage chez Toth traduit une impression de mobilité permanente, le regard du lecteur passe facilement d'un plan à l'autre mais encore avec un rythme vif. Vif, oui, car c'est la vie que capture ce grand artiste : les personnages se déplacent avec naturel tout comme la lecture défile avec souplesse, ils sont tous dotés d'une caractérisation visuelle bien définie, avec des morphologies, des visages, des attitudes instantanément mémorables, sans jamais verser dans la caricature. Il n'y a jamais cette impression de "sur-jeu" chez Toth : les personnages sont vêtus normalement, conformément à leurs rôles, les mettant en valeur sans exagération, en rapport avec le cadre dans lequel ils évoluent.

De la même manière, il traite les séquences aériennes non comme des "morceaux de bravoure" prétendant en mettre plein la vue au lecteur, mais pour qu'on apprécie leurs positions dans le ciel, leur distance par rapport à la terre, leurs proportions par rapport aux personnages et aux décors, les évolutions des engins en vol. Le tout en minimisant les repères ! Car Toth fait confiance au lecteur pour estimer l'espace, les dimensions : l'image, ce n'est pas seulement ce que l'artiste en fait, c'est aussi comment le lecteur la lit, et le dessin précède ou accompagne le regard du lecteur, il ne doit pas tout lui raconter. Là encore, inutile de surcharger le dessin de traits, l'image d'informations : un bon lecteur saura apprécier sans qu'on lui montre tout.

Jesse Bravo était le héros de Toth par excellence car il était passionné par l'aviation et le cinéma et les comics de l'âge d'or. D'ailleurs, son pilote a les traits inspirés par l'acteur Erroll Flynn, et l'action se déroule dans les années 30 (une période symbolique, après la première guerre mondiale, juste avant le seconde, avec une certaine insouciance), un charme rétro accessible à tous. C'est donc une forme d'hommage, mais qui ne s'interdit pas de la dérision, voire de la parodie. Pour supporter cela, il a su bâtir une intrigue simple et solide, exploitant les clichés du genre mais sans en abuser ni céder à des invraisemblances. La preuve de cette mesure narrative se trouve dans le fait qu'un bon nombre de rebondissements ne sont même pas provoqués par Jesse Bravo.

Mais Toth sait aussi se lâcher comme en témoigne la dernière histoire : le lecteur y sera le témoin amusé et étonné des hallucinations subies par Jesse Bravo après qu'il ait perdu connaissance accidentellement. Derrière ce délire a priori récréatif, l'auteur livre une nouvelle démonstration de storytelling : puisqu'il abandonne une structure classique, il s'appuie uniquement sur la partie visuelle pour raconter cet épisode et on passe donc d'une vignette à la suivante comme une suite d'idées, une logique "marabout-bout de ficelle" très ludique. Le dessin se fait encore plus épuré, expérimental, abstrait même parfois - et préfigure ses émules (comme les frères Hernandez, Javier et Gabriel) - sans égarer le lecteur. On comprend alors la démarche de l'exercice : il ne s'agit plus d'apprécier chaque image pour elle-même (puisqu'elle est parfois non figurative et donc chappe à une sgnification immédiate), mais d'appréhender le récit dans son ensemble (qui est alors parfaitement compréhensible, même si impossible à résumer).

Voilà quelques-uns des enseignements à tirer de cette oeuvre fabuleuse, qui est à la fois l'accomplissement d'une carrière unique et une porte d'entrée extraordinaire pour découvrir Alex Toth. Apprendre en s'amusant en quelque sorte : n'est-ce pas la meilleure des manières ?

mercredi 5 mars 2014

mardi 7 février 2012

Critique 307 : SETTING THE STANDARD - COMICS BY ALEX TOTH 1952-1954

"Ne jamais juger un livre à sa couverture" : c'est en ayant ce principe bien en tête qu'il faut acquérir et lire ce volumineux ouvrage de plus de 400 pages qui rassemble l'intégralité de la production d'Alex Toth pour la maison d'éditon Standard Comics, de Février 1952 à Mars 1954.
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Commençons par situer ces oeuvres dans la carrière de l'artiste : chez DC Comics, Alex Toth a appris les bases de son métier et fondé sa philosophie, inspirée par les éditeurs Shelly Mayer et Sol Harrison (ses fameux mantras :"tell the story" et "simplify !").
Cette éducation à la dure (ses mentors n'hésitaient pas à déchirer ses planches pour les lui faire redessiner) l'a dirigé sa vie durant, Toth sera logiquement son critique le plus intransigeant et un observateur exigeant pour ses confrères. Mais lorsque Julius Schwartz prend les commandes de la firme de Broadway, les relations entre l'artiste et l'éditeur se tendent.
Toth s'engage donc avec Ned Pines, le patron de Standard Comics. Ce dernier a démarré ses activités en 1928, et en 1940, son succès en affaires lui permet d'être à la tête de trois collections (Better, Nedor et Standard). Puis en 1949, pour consolider ses entreprises, il les rassemble en une seule entité, Standard Comics.
L'arrivée de Toth en 1952 coïncide avec l'émergence de plusieurs titres en tous genres - polar, horreur, romance, science-fiction, récits de guerre - et Standard Comics devient après EC Comics une maison d'édition phare sur le marché. Le directeur artistique Mike Peppe (qui officie également comme encreur) a dans son équipe des noms tels que Mike Sekowsky, Frank Giacoia, George Tuska, Mike Celardo, Ross Andru, Mike Esposito, Sy Barry.
Mais c'est Alex Toth qui va le plus frapper les esprits, à tel point que son style deviendra la charte graphique de Standard - non sans raison, en deux ans, il va illustrer plus de 60 histoires (et quelques couvertures), assurant occasionnellement les fonctions de dessinateur, encreur, et lettreur ! 

Toth collaborera souvent avec le scénariste Kim Aamodt, spécialiste des romances, à l'écriture à la fois simple et évocatrice, qu'il appréciait particulièrement pour sa subtilité. Mais la plupart des autres auteurs de scripts ne sont pas mentionnés.

Fin 1953, Ned Pines met fin à la ligne Standard. Quelques mois après, Toth rejoint l'armée : il a 26 ans. Il réalise encore trois comics pour Atlas Comics, puis signe, seul, le strip Jon Fury durant son service.
Après quoi, il faudra attendre 1957 pour qu'il renoue avec la bande dessinée, chez Dell Comics. Puis il participe à l'adaptation du Zorro de Disney (rééditée, telle qu'il l'avait conçue, chez Image Comics en 2001), une de ses plus belles réussites.
Dans les années 60, il s'investit dans l'animation, principalement comme designer et storyboarder (chez Hanna-Barbera).
Son chant du cygne sera Bravo for adventures, où s'exprimera sa passion pour l'aviation et les récits d'aventures.  
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Le présent ouvrage débute par une longue interview que Toth accorda au Graphic Story Magazine, répondant avec une éloquence remarquable aux questions de Vincent Davis, Richard Kyle et Bill Spicer, en 1968.
C'est un document passionnant et dense, presqu'un manifeste de la part de l'artiste qui parle avec intelligence de son travail, de ses contraintes, de ses possibilités. Toth n'est pas langue de bois : il aborde tous les aspects de son métier, parfois en étant cassant, mais d'abord dur avec lui-même, d'une lucidité implacable, d'une exigeance exemplaire. Son rigorisme n'a d'égal que son enthousiasme et devrait être pris pour modèle aussi bien par les auteurs/artistes actuels que par les fans de comics.
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Puis Greg Sadowski propose donc de découvrir les publications restaurées, dans un généreux format (24 x 19 cm), de Toth chez Standard.

1952 :

Tout commence par un mélodrame saisissant, My Stolen Kisses (issu de Best Romance #5, Février 1952), suivi par l'amusant Black Market Mary (issu de Joe Yank #5, Mars 1952). Déjà, on est épaté par la variété du matériel et la maîtrise qu'affiche Toth.
Dans New Romances #10 et #11 (Mars 1952), l'artiste fait encore merveilles avec le touchant Be Mine Alone ou le métaphorique My Empty Promise.

Dans le drôlissime Bacon and Bullets (Joe Yank #6, Mai 1952), c'est un autre genre de romance (avec une truie nommée Clementine) que Toth s'amuse, avant d'enchaîner avec le superbe Appointment with Love (Today’s Romance #6) et le percutant Terror of the Tank Men (Battlefront #5, Juin 1952), abordant la guerre de Corée.

Shattered Dream ! (My Real Love #5, Juin 1952) précéde l'excellent The Blood Money of Galloping Chad Burgess (The Unseen #5) et The Shoremouth Horror (Out of the Shadows #5), où Toth prouve qu'il est aussi irréprochable dans le registre horrifique.

Show Them How to Die (This is War #5, Juillet 52) renoue avec le brio de Toth dans les récits de guerre, tandis que Murder Mansion et The Phantom Hounds of Castle Eyne (issus de Adventures into Darkness #5, Août 52) démontre son génie de la mise en scène (l'artiste était un grand admirateur du maître du suspense, Alfred Hitchcock).

Plus anecdotique est Peg Powler (une page de The Unseen #6, Septembre 52). Mais par contre, les expérimentations à l'oeuvre sur Five State Police Alarm (Crime Files #5) souligne l'aisance avec laquelle Toth utilisait la technique du duo-tone. I Married in Haste (Intimate Love #19, Septembre) offre une remarquable vision des relations amoureuses, échappant à toute niaiserie.

La science-fiction est à l'honneur dans Fantastic Worlds #5 (Septembre 52) où furent publiés Triumph over Terror et The Invaders, deux grandes réussites, avant Routine Patrol et Too Many Cooks (issus de This is War #6, Octobre 52).

The Phantom Ship est un autre sommet (issu de Out of the Shadows #6 en Octobre), suivi du chef-d'oeuvre Alice in Terrorland (dans Lost Worlds #5).

Toth n'a signé que quatre couvertures pour Standard, et les deux premières pour Joe Yank #8 et Fantastic Worlds #6 précédent la fabuleuse nouvelle The Boy who Saved the World (Novembre 1952), avant un autre récit de guerre (The Egg-Beater, issu de Jet Fighters #5).





La couverture de Lost Worlds #6 (Décembre 52) prépare parfaitement aux deux autres réussites que sont Outlaws of Space après l'intermède en une page de Smart Talk (New Romance #14), qui clôt cette première année et annonce les productions de 1953 comme l'efficace Blinded by Love (Popular Romance #22, Janvier) sur le thème du triangle amoureux.

1953 :

1953 permet à Toth de dessiner, encrer et lettrer un chef-d'oeuvre, The Crushed Gardenia (Who is Next? #5) : la qualité de l'histoire est réhaussée par un traitement graphique extraordinaire de finesse et d'inventivité. Undecided Heart (Intimate Love #21, Février 53) est une délicieuse comédie là où l'angoisse et la tension sont parfaitement traduites en images dans The House That Jackdaw Built et The Twisted Hands (issus de Adventures into Darkness #8).
La couverture de Joe Yank #10 est suivi par de splendides séquences d'aviation dans Seeley’s Saucer (Jet Fighters #7, Mars 53) et le subtil Free My Heart (Popular Romance #23, Avril). Mais encore meilleur est le terrible The Hands of Don José (Adventures into Darkness #9), d'un sadisme absolu, servi par un dessin redoutable de puissance.

No Retreat (This is War #9, Mai 53) s'inscrit dans la veine patriotique classique, mais I Want Him Back (Intimate Love #22) est plus intéressant, tout comme Geronimo Joe (Exciting War #8) qui prouve qu'il n'y a pas de place pour la rivalité entre soldats sur le terrain de guerre.

Toth atteint de nouveaux sommets avec Man of My Heart (New Romances #16, Juin 53), I Fooled My Heart (Popular Romance #24, Juillet, donc la somptueuse version originale en noir et blanc est reproduite dans la section des notes en fin d'ouvrage), Stars in my Eyes et Uncertain Heart (issus de New Romances #17, Août 53). Son vocabulaire visuel enrichit de manière conséquente n'importe quel script.

Durant cette période, Toth montre aussi qu'il a une préférence certaine pour des histoires romantiques, adultes et bien écrites, où il peut peaufiner les expressions, la gestuelle, les compositions, le découpage, tout en expérimentant (voir Heart Divided, issu de Thrilling Romances #22, et I Need You, issu de Popular Romances #25, Septembre 53).

The Corpse That Lived est un récit inspiré de faits authentiques (et terrifiants !), paru dans Out of the Shadows #10. Puis suivent des histoires sensibles, admirablement illustrées, comme Chance for Happiness (Thrilling Romances #23, Octobre 53), My Dream is You ! (New Romances #18), Grip on Life (The Unseen #12, Novembre 53), et Guilty Heart (Popular Romance #26).

Un autre page de Smart Talk conclut l'année 1953 tandis que Ring on Her Finger (Thrilling Romances #24) paraît en Janvier 1954. Frankly Speaking précéde ensuite le glaçant drame historique The Mask of Graffenwehr (Out of the Shadows #11).

Février 53 marque l'incursion de Toth dans le drame romantique sur fond médical avec Heartbreak Moon (Popular Romance #27), le retour au mystère fantastique avec The Hole of Hell (The Unseen #13), l'intermède en une page Long on Love (Popular Romance #27), la romance psychologique Lonesome for Kisses, et deux brefs récits mondains que sont If You’re New in Town et Those Drug Store Romeos (issus de Intimate Love #26).

Ces derniers épisodes sont publiés quelques mois après le départ de Toth qui les envoie depuis sa base militaire au Japon. De fait, le résultat est un peu plus brut, sans pourtant qu'il y ait une baisse notable de la qualité artistique.

1954 :

En Mars 1954, un nouvelle page de Smart Talk (New Romances #20) précéde une série de morceaux de bravoure dans la veine de l'angoisse : dans Out of the Shadows #12, se trouvent The Man Who Was Always on Time (également reproduite en noir et blanc dans la section des notes) et l'envoûtant Images of Sand – derniers travaux qu'il signe avec Mike Peppe, crédité comme co-dessinateur.
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Après ces 62 histoires, d'une diversité remarquable, aux dessins d'une fabuleuse régularité, 28 pages d'annotations, enrichies de réflexions d'Alex Toth (et parfois de Kim Aamodt), nous informent de manière passionnante sur les coulisses de leur réalisation, le contexte dans lequel elles ont été produites, l'ambition de l'artiste, ses règles esthétiques. C'est là encore un document inestimable sur un créateur pour qui chaque projet était un défi, un pari esthétique, une grille de questions à laquelle il lui fallait trouver des solutions sans jamais sacrifier l'efficacité, la lisibilité et la nature du propos.

C'est cela l'enseignement de Toth synthétisé par l'injonction de Shelly Mayer : raconter l'histoire, toujours privilégier l'histoire, et la narrer de la manière la plus simple car le plus simple est toujours le plus efficace, car le plus simple est le meilleur moyen que l'histoire touche tout le monde, soit comprise par tous les lecteurs, touche chacun. 
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Invariablement, Alex Toth ouvrait ses épisodes par une grande case surplombée par un texte résumant le noeud de l'intrigue. Cette première vignette - et la situation qu'elle présentait - était ensuite expliquée par un flashback où les protagonistes étaient introduits, leur relation nouée. Puis, enfin, une conclusion à la fois simple et logique, sur lequel planaît parfois une fatalité (dans les histoires fantastiques notamment), fournissait l'issue du récit.

Visuellement encore, Toth recourait volontiers aux silhouettes noires pour dramatiser les moments-clés et savait alterner des décors, aussi bien extérieurs qu'intérieurs, en les suggérant ou au contraire en les détaillant avec une minutie prodigieuse. La variété des physionomies de ses héros n'avait d'égale que son extraordinaire talent pour représenter n'importe quel endroit (qu'il s'agisse de domiciles bourgeois, de terrains de guerre, de sites exotiques, de lieux sinistres).

60 ans après, il est toujours aussi stupéfiant de lire ces nouvelles, au format variant entre une, trois jusqu'à douze pages maximum, avec des contraintes de découpage strictes (pas de splash-page ni de double-page ici), sans jamais que cela soit ennuyeux, répétitif...  Au contraire, c'est comme si, galvanisé par ces limites, Toth s'employait à en déjouer les pièges et s'était fixé pour mission de respecter ce format tout en l'exploitant au maximum. Une sacrée claque pour tous les dessinateurs qui savent à peine ce que signifie le storytelling, le respect du script, et abusent de cadrages tarabiscotés ou de d'images simulant le cinémascope comme si le 9ème Art ne savait plus que singer le 7ème, comme des storyboards de luxe. 
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Alex Toth était un narrateur à part entière et un maître à la fois érudit et sobre, un sorte de missionnaire pour qui chaque trait était important et chaque page devait apprendre à rendre la prochaine meilleure. Son idéal était de produire des histoires au graphisme parfait, dans une quête perpétuelle - celle de "comment bien raconter une histoire, au-delà de toute autre considération”.

Cette collection exhaustive et exemplairement élaborée vient rappeler comment le talent, l'imagination et la conviction peut élever un genre d'histoires très codifiées en un authentique chef-d'oeuvre formel - la rencontre de l'art et du comic-book.

mercredi 4 janvier 2012

LUMIERE SUR... ALEX TOTH (3)


Alex Toth.






The Stuff That Dreams Are Made Of

Cette courte histoire fantastique réunit le scénariste Marv Wolfman (New Teen Titans ; Crisis On Infinite Earths) et Alex Toth (qui, je crois, a assuré lui-même la colorisation en plus du dessin, de l'encrage et du lettrage).
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Detective Comics 442 : Death Flies The Haunted Sky.

La dernière bande d'Alex Toth avec Batman ! Le scénario est écrit par Archie Goodwin pour lequel Toth illustra des récits de guerre (pour la collection Blazing Combat).
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Couverture de Batman : Black & White #4 (1996).

Naissance en 1928. Décés en 2006.
Célèbré par "Wizard Magazine" comme l'un des dix artistes de comics les plus importants de tous les temps.
Scénariste, dessinateur, encreur, lettreur, designer, storyboarder, cover-artist, théoricien.
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Biographie extraite du site www.bpip.com. 
Merci à www.superpouvoir.com (et à la rubrique "La galerie de tonton Alex", animé par un grand fan de Toth, Frank Biancarelli) pour m'avoir fait découvrir ces planches et de nombreux documents.