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lundi 4 juillet 2022

SAISON DE SANG (STEP BY BLOODY STEP), de Si Spurrier et Matias Bergara


Comme chaque Lundi, je vous propose la critique d'une série qui n'est pas publiée par les "Big Two" (Marvel et Dc), pour aller voir ailleurs, goûter à autre chose que les aventures des super-héros. Et cette semaine, j'ai choisi d'attirer votre attention sur une sortie récente, celle de Saison de Sang, chez Dupuis. Cette mini en quatre numéros, écrite par Si Spurrier et dessinée par Matias Bergara sort chez nous avant les Etats-Unis, et c'est vraiment une expérience à ne pas manquer.


Un géant en armure et une petite fille traversent des territoires enneigés. Le danger est omniprésent dans ces contrées à cause du climat rude mais aussi de la faune monstrueuse qu'on y croise. La fillette tente parfois d'échapper à la vigilance de son protecteur pour revenir sur leurs pas mais alors des vents contraires lui barrent le chemin. Ils atteignent une vallée où à nouveau une créature effrayante attaque. Le géant la tue à proximité d'un village. La fillette légérement blessée verse un peu de son sang qui ravive la végétation. Après le départ des étrangers, deux officiers embarquent une famille pour qu'elle les guide sur la trace du géant et de la fillette...
 

L'été succède à l'hiver et la fillette est à présent une adolescente. Curieuse et farouche, elle continue de vouloir semer le géant et, ainsi, découvre un village pilonné par des vaisseaux. Leur fuite ne passe pas inaperçue et le Prince est informé. Ayant atteint une plage, le géant construit un radeau pour l'adolescente. Le Prince tend un traquenard au tandem en utilisant des indigènes comme appât. Mais le géant et sa protégée s'en tirent et s'enfoncent dans une forêt...


Le père de la famille embarquée par l'armée aborde l'adolescente devenue une jeune femme pour l'inviter dans la forteresse du Prince. Elle en profite pour, enfin, se détacher du géant et se laisse griser par la fête qui est donnée en son honneur. Dehors, des barbares s'apprêtent à donner l'assaut et pour se débarrasser d'euxn et du géant, le Prince a conçu un plan machiavélique...


Le géant détruit sous les bombes, la jeune femme, effondrée, repart en trainant derrière elle une des mains gigantesques de son ancien protecteur. Elle atteint une grotte à l'intérieur de laquelle elle trouve une stèle sur laquelle sont gravées les étapes de son périple. Munie de la main gigantesque, elle revient sur ses pas, affrontant les vents contraires qui cherchent à la stopper, dans l'espoir de corriger ce qu'elle a commis...

Sous le titre Step by Bloody Step, Si Spurrier et Matias Bergara ont sorti les quatre numéros d'une cinquantaine de pages chacun de cette mini-série, publiée depuis le début de cette année par Image Comics. Le projet a immédiatement suscité la curiosité et l'envie car les deux auteurs sortaient d'un gros succès avec leur précédente collaboration, Coda (dispo en Omnibus chez Glénat).

Mais c'est surtout la forme de ce nouveau comic-book qui a interpelé puisque Saison de Sang (en vf) est une histoire sans dialogue et quasiment sans texte. En tout et pour tout, on a droit à quelques lignes poétiques au début de chaque épisodes et quelques glyphes intraduisibles lors de très rares dialogues. C'est donc une expérience immersive à laquelle nous convient Spurrier et Bergara.

L'exercice de la BD muette peut vite tourner au gadget, une façon d'épater la galerie sans beaucoup de fond. En vérité, on n'en est pas loin avec Saison de Sang car l'intrigue est minimaliste, elle évoque une fable, ou plutôt un conte. L'action se déroule dans un cadre atypique comme en témoignent la présence de monstres colossaux et affreux, d'indigènes à l'aspect humanoïde mais à la physionomie alien, et dans des décors majoritairement naturels - forêts, plaines, montagnes, mers, déserts. 

Si j'insiste sur ce point, c'est bien pour dire que cette mini-série a quelque chose d'immédiatement et intensément dépaysant, exotique, mais aussi inquiétant. On est dans le registre de la fantasy, mais sans folklore envahissant, sans sorcier, ni guerrier. Il y a bien un prince machiavélique, des vaisseaux de guerre volant, une forteresse massive et assiégée avec une cour de nantis, mais sur l'ensemble, c'est somme toute secondaire (bien que ces éléments ont une importance dramatique).

Et puis il y a le vent. Cette fillette/adolescente/jeune femme et son géant en armure ne peuvent revenir sur leurs pas car, alors, se dresse une sorte de muraille venteuse, tourbillonnante, qui les empêche violemment de progresser. Dès lors, ils sont condamnés à avancer, toujours, quoiqu'il arrive. Leur voyage est ponctué de plages de calme dans des endroits paradisiaques, au milieur d'une flore luxuriante, exubérante. Mais méfiez-vous de l'eau qui dort....

Car, sans prévenir, des bêtes énormes et terrifiantes, agressives, peuvent surgir. L'occasion d'assister à des combats de titans entre le géant et ces affreux monstres. Le sang coule et ce qui pouvait faire penser à un album pour des lecteurs jeunes devient une odyssée terrifiante, à ne pas mettre devant les yeux de tout le monde. 

Ce sang est aussi capable de merveilles car celui de la fillette estt capable de raviver miraculeusement le végétal. Tout cela, les vents contraires, cette hémoglobine magique, n'est pas expliqué. C'est d'ailleurs inutile et cela aurait contredit le concept du projet, à savoir garder le silence. Idem pour l'avancée en âge de l'héroïne. A chaque épisode la saison change et la fillette prend quelques années, devenant une adolescente puis une jeune femme. Pourtant, peu de temps semble vraiment s'écouler entre chaque chapitre. Et seule elle vieillit.

Que raconte en fait Si Spurrier ? Saison de Sang est une réflexion sur le lien qui unit deux êtres, qui peuvent être deux soeurs, un frère et une soeur, un père/une mère et sa fille, ou deux amis. Le géant agit comme un protecteur mais il est inflexible et ramène toujours sa protégée dans le droit chemin, essuyant ses bouderies et ses colères, mais prenant tous les coups pour elle. La fillette qui deviendra ado et jeune femme tente très tôt d'échapper à la vigilance de son gardien, d'abord par curiosité, puis par rébellion et enfin par désir de s'émanciper, grisée par le Prince, sa forteresse, son faste, sa fête. Lorsqu'elle comprendra son erreur, ce sera à un prix écrasant et l'épilogue prend la forme d'une rédemption mais aussi d'un passage de relais. Le récit forme une boucle envoûtante et poignante.

Sans un mot donc, Spurrier parvient à merveilleusement caractériser ces personnages, à nous faire comprendre les enjeux de l'intrigue, les manigances cruelles du Prince. Il n'y a effectivement pas besoin de dire, d'expliquer quoi que ce soit, tout est évident, entraînant, fascinant. Cela tend à prouver qu'une bonne histoire doit fonctionner sans dialogues tout comme un bon dessin doit se suffire à lui-même, sans couleurs, sans trucages.

Visuellement, Saison de Sang a tout du tour de force. Il faut disposer d'un partenaire aussi doué qu'en lequel avoir confiance pour soutenir une telle narration et Matias Bergara transcende littéralement le script de Spurrier. Le lecteur qui achète cet album pour profiter de belles images en a pour son argent et en vérité le temps qu'on ne consacre plus à lire des narratifs ou des dialogues, on le passe à contempler les planches magnifiques de Bergara.

L'artiste d'origine uruguayenne dessine à l'ancienne, crayon, encre de chine appliquée à la plume et au pinceau. Le trait est fin, sompteux, généreux, libre. Il se balade dans les cases et les pages comme un fil d'Ariane que le lecteur suit, se perd, retrouve son chemin. La sensation est unique. Bergara n'est jamais en manque d'idées graphiques, via un découpage débridé ou des doubles pages ahurissantes. Les scènes s'enchaînent, emplies d'une paisible poésie ou d'une fureur sauvage, dans un même élan débridé.

Pour autant Bergara a des influences, qu'il assume et digère en même temps. On pense à Moebius (d'autant plus que le maître français signa un album muet culte, avec Arzach, dont la renommée a traversé les oéans). A Philippe Druillet aussi, pour la démesure picturale qu'on connaissait au génie responsable de Lone Sloane, Nuit ou Salammbô.

La manière dont Bergara représente les personnages a quelque chose de naïf et de puissamment évocateur. On sait immédiatement à qui on a affaire, les apparences ne trompent pas, et pourtant il subsiste un charme mystérieux, insondable dans cet univers et ses habitants. C'est aussi le fruit de sa collaboration avec son fidèle et génial coloriste, Matheus Lopes (qui sublima aussi les pages de Bilquis Evely sur Superman : Woman of Tomorrow). 

La palette aux tons pastel est d'une délicatesse bouleversante. Le mariage du dessin et de ces couleurs produit un effet spectaculairement beau tant les deux parties sont complémentaires. Même si, en noir et blanc, les planches doivent déjà être à tomber, ce que leur ajoute Lopes est sans commune mesure, c'est plus qu'un bonus, c'est une identité prolongée, affirmée.

L'album édité par Dupuis (le TPB US ne sortira qu'en Août) est copieux et remarquable, avec sa couverture rigide, sa reliure solide, son format plus grand qu'un recueil américain, et ses bonus. Vous trouverez les couvertures de Bergara, parfois avec leurs versions sans et avec couleurs, des concept arts, une planche encrée non colorisée, et des variants covers par Skottie Young, Jamie McKelvie, Jock (absolument époustouflante), Tula Lotay, etc. Un travail impeccable (même si Image Comics n'est jamais mentionné, ni que le terme Comics n'apparaisse - Dupuis a -t-il eu peur de rebuter ses lecteurs traditionnels, prompts à associer ce tmot à la seule littérature super-héroïque ?).

Même le prix est abordable, donc vous n'avez aucune excuse pour passer à côté. Saison de Sang est un chef d'oeuvre, un livre qui fera date cette année, un ouvrage magistral. Une expérience de lecture mémorable.

mardi 14 mai 2019

L'ÂGE D'OR - VOLUME I, de Roxanne Moreil et Cyril Pedrosa


Les critiques majoritairement consacrées aux singles issues, je ne consacre plus autant de place que je le souhaiterai aux albums et en particulier à ceux de la bande dessinée franco-belge. Mais je ne pouvais faire l'impasse sur L'Âge d'Or car le premier volume du récit écrit par Roxanne Moreil et illustré par Cyril Pedrosa s'est imposé comme un instant classic. Toute la presse a loué sa qualité et c'est amplement mérité. En attendant sa conclusion l'an prochain, c'est déjà un chef d'oeuvre.

Moyen-Âge. Le roi Ronan est mort et sa fille aînée, Tilda, doit lui succèder. Sa mère ne l'entend pas ainsi et manigance pour que son plus jeune fils, plus influençable, règne. Dans cette entreprise, elle peut compter sur Loys de Vaudémont.

Ce dernier est une vieille connaissance, mais pas un ami, du chevalier Tankred de Malefort, qui accompagne avec son écuyer Bertil, Tilda. Celle-ci entend bien changer la gouvernance car elle sait le peuple accablé par les impôts.


De constitution fragile, Tilda souffre de vertiges imprévisibles au cours desquels elle a des visions incompréhensibles. Mais elle réussit à dissimuler son état à sa mère et montre un tempérament résolu pour les réformes.


Alors qu'elle se recueille sur la dépouille de son père, la princesse est surprise par son frère et sa mère auxquels les vassaux ont prêtés allégeance. Dans un accès de clémence, ils lui épargnent une exécution et la condamnent à l'exil sur l'île de Malefosse.


Econduite sous bonne garde, Tilda est sauvée par Tankred et Bertil et fuit avec eux dans la forêt d'Aumale. Mais un arbalétier la blesse en la touchant à une épaule. Son cheval s'emballe et la voici séparée de ses compagnons. Ils la retrouvent près d'une rivière où ils établissent un camp.


Après une nuit de repos et des soins rudimentaires, Tilda insiste pour reprendre la route. Tankred et Bertil la suivent dans ces bois qu'on prétend maudits. Tilda, en traversant une nouvelle rivière, tombe de sa monture et est emportée par le courant.


A son réveil, elle se trouve dans un phalanstère entièrement tenu et peuplé de femmes, dont la maîtresse, Abigaëlle, a veillé à sa guérison. Tilda retrouve vite Tankred et Bertil, capturés en la cherchant et consignés dans une baraque à l'écart mais dans l'enceinte. Bertil y fait la connaissance de Frida, qui évoque le légendaire livre de l'Âge d'Or, et lui en remet une page.


Alors qu'elle se promène dans le jardin du phalanstère, Tilda est prise d'un vertige et assiste à l'intrusion de soldats. Ils sont tués mais Janequin, fiancé d'Eloïse et coursier de Frida, aussi. Cela décide Abigaëlle à chasser ses invités pour protéger la communauté. Direction : le château du seigneur Albaret, l'ancien second du roi lors de ses campagnes. Leboîteux, rencontré sur le chemin, accompagne Tilda, Tankred et Bertil.


Albaret remet, selon la volonté de feu le roi Ronan, une carte à Tilda, indiquant la position d'un trésor, qui pourrait financer une guerre et renverser le pouvoir en place. La nuit, des serfs attaquent la demeure. Le seigneur défend sa maison et permet la fuite de ses invités, qui constate le soulèvement général. Ils gagnent Ohman où ils reconnaissent en Hellier le tabellion de la cité Frida, appelant la population à affronter l'armée. Bertil choisit d'entrer dans cette rébellion tandis que Tankred et Tilda rejoignent l'emplacement du trésor où la mère de la princesse les attend...

Il est rare, exceptionnel, de lire un ouvrage qui recueille une telle unanimité (même si, évidemment, aucune émission littéraire n'a invité ses auteurs - ne mélangeons pas la littérature "noble" avec la bande dessinée "populaire", ça risquerait de faire tâche...). Mais le résultat est tel qu'on ne peut que s'incliner.

C'est peut-être d'abord ainsi qu'il faut apprécier le titre L'Âge d'Or : non comme l'évocation d'un glorieux passé mais comme la promesse d'une production capable d'enthousiasmer spontanément et durablement comme un classique immédiat, ce livre qui vous réconcilie avec le média et doit inspirer.

Pour ma part, je me suis toujours refusé à sombrer dans un passéisme qui consiste à penser que "c'était mieux avant". Et donc quand j'ai dans les mains une bande dessinée pareille, je suis à la fois content d'en disposer mais surtout heureux qu'elle existe parce que cela prouve que, oui, il est possible que des auteurs, ambitieux mais avec le souci de pas verser dans une pose hautaine, élèvent le niveau et montrent la voie pour un Neuvième Art éblouissant et accessible.

C'est un beau livre que cet Âge d'Or, grand, volumineux (230 pages, et autant à venir pour le second volume !), aux pages magnifiques. On retient naturellement en premier cette splendeur graphique irrésistible qui laisse le lecteur repu et fasciné. Et Cyril Pedrosa n'a pas ménagé sa peine : après avoir réalisé trente-quatre pages, il a considéré que le produit ne correspondait pas à ses attentes et à celle de sa scénariste (et compagne). Il a donc tout repris en modifiant sa technique radicalement.

Pour comprendre le procédé, disons que Pedrosa a employé une technique classique, avec dessins et encrage traditionnels, puis il a scanné ses planches pour les coloriser numériquement, y compris les traits en noir. On a ainsi droit à de véritables enluminures, inspirés par les tableaux de Bruegel, un déploiement de couleurs flamboyantes, qui permet d'apprécier un impressionnant travail sur les textures, les lumières, et qui s'étend volontiers sur des pleines pages et des doubles pages, quand il ne s'agit pas d'un même plan décomposé sur plusieurs pages (comme l'ouverture de l'album, conçue initialement comme un leporello de plus deux mètres - découpé pour des raisons budgétaires afin que le livre reste abordable).

Cet exploit serait tape-à-l'oeil s'il ne servait pas la narration et innovait en se rappelant de motifs pourtant anciens. L'effet le plus sidérant consiste en une action montré in extenso dans un même plan où un personnage traverse plusieurs décors de gauche à droite de l'image, à la manière d'un plan-séquence, d'une "inter-image". Le dynamisme qui en découle et la fluidité du procédé sont confondantes, pourtant cela, Pedrosa l'a dessiné en observant justement des compositions de tableaux.

L'artiste n'est pas un réaliste : on retrouve ses personnages élancés, aux proportions subtilement exagérées, dont la complexion traduit le caractère. Tankred est un colosse humble et sage (qui a gagné en volume après la première version), Bertil est un garçon fluet et élégant avec de grands yeux curieux, Tilda n'est ni trop sexy ni vilaine mais avec une constitution trahissant ses malaises. Les trois héros de l'histoire sont merveilleusement caractérisés et connaissent une évolution sensible tout au long de leur aventure, dans un cadre à la fois épique, intimiste et politique.

Et c'est l'heure de saluer l'écriture de Roxanne Moreil, car elle n'est pas seulement la compagne et la muse de Pedrosa (à qui beaucoup attribue précipitamment la seule paternité de L'Âge d'Or). Pour son premier scénario, cette éditrice accomplit une coup de maître.

Le récit accorde une large place à l'aventure, avec ce voyage initiatique, mais il ne s'agit pas seulement de traverser des paysages, de croiser des personnages, de suivre une quête. Imaginé alors que se déroulait la campagne électorale pour les dernières présidentielles en 2016-2017, l'histoire de Moreil s'est nourrie des péripéties de campagne tout en les interprétant de manière chevaleresque.

Ainsi au début, Tilda nous apparaît-elle comme une progressiste, qui veut soulager les plus pauvres essorés par les taxes que leur infligent les nobles. Une fois dans l'enceinte du phalanstère, le doute la gagne en même temps qu'Abigaëlle l'invite à intégrer sa communauté : est-elle faite pour gouverner, au prix d'un inévitable conflit armé ? Relancée dans sa cavale et orientée dans la recherche d'un trésor de guerre (peut-être maudit), Tilda, en écoutant le tabellion Hellier haranguer la foule dela ville d'Ohman, pressent un massacre et encaisse comme une trahison que Bertil épouse la cause des rebelles, dévoilant ainsi qu'elle n'entend pas placer serfs et seigneurs à égalité.

Ce portrait en nuances intenses résume le décor, intérieur et extérieur, de l'épopée, dans un pays en mutation, en proie à des bouleversements violents (aussi bien de la part des vassaux du roi, qui massacrent les insurgés, que de la part des paysans, qui ravagent les châteaux de leurs maîtres). Le cliffhanger interroge et sidère, avec une note de fantastique, laissant le champ libre à toutes les interprétations (même si une vision de Tilda en particulier - où elle se voit dans le reflet d'une rivière avec une armure et une lance - suggère qu'il y aura effectivement une guerre, et que sur la page Facebook de Pedrosa, quelques pages non finalisées du volume II indiquent un voyage en mer).

Aussi beau que captivant, puissant que fin, L'Âge d'Or éblouie, régale, remplit, et divertit, comme seuls les très grands récits le réussissent. Son enveloppe justifie son prix (32 E, ce qui n'est pas scandaleux, vu l'épaisseur et le format). C'est un investissement solide, et une lecture jouissive. Ne passez pas à côté, d'autant que la suite et fin ne se fera pas attendre longtemps (prévue pour début 2020).  

mercredi 1 novembre 2017

LES CAPTAINZ, d'Olivier Texier et Yoann


La relation qu'entretiennent les français, auteurs comme lecteurs, avec le genre super-héroïque est complexe et se traduit volontiers par du dédain, parfois du respect, voire une forme d'intégrisme (dans le cas des fans souffrant d'une forme de délire de persécution et croyant qu'en riant des comics, on se moque d'eux). Il faudrait pourtant, quel que soit le parti qu'on prend, adopter un peu de recul et considérer tout ça d'abord comme une forme de divertissement à respecter sans être sentencieux, à apprécier sans oublier de faire preuve de (auto) dérision. 

L'essentiel n'est-il pas, auteur comme lecteur, de communiquer son plaisir de lire ces histoires pour calmer les méprisants et gagner de nouveaux adeptes ? C'est, me semble-t-il, le coeur de la démarche d'Olivier Texier et Yoann avec leur one-shot, Les Captainz.


Captain Mystérieux affronte un monstre particulièrement repoussant dans les rues d'une grande ville. Mais, malgré ses pouvoirs et les encouragements des civils, il échoue à le vaincre et à empêcher de gros dégâts matériels. 


Témoin de la scène, Captain Wawa intervient et met rapidement fin au combat en téléportant les deux adversaires dans son laboratoire secret où il neutralise le monstre en lui inoculant un virus. Il explique ensuite à Mystérieux pourquoi de plus en plus fréquemment de pareilles abominations surgissent sur Terre. 


Lui-même vient d'une Terre parallèle et a atterri sur notre planète suite à une téléportation ratée. Si des monstres ont suivi le même accident de parcours, c'est qu'il existe une créature qui perturbe l'imperméabilité dimensionnelle, une anomalie vivante revenue des morts !


Mystérieux accepte d'aider Wawa à former une équipe pour résoudre ce problème : ils recrutent d'abord Captain Déprime, une jeune femme capable de susciter des envies de suicide chez quiconque la contrarie ; puis Captain Bisou, un ancien playboy mondain victime du sort jeté par une de ses conquêtes jalouse qui cause sa transformation en colosse rouge et colérique dès qu'on l'embrasse ; et enfin Captain Mégahertz, un scientifique complexé capable de se déplacer à travers les ondes.


Un de leurs concurrents dans la chasse aux monstres, Captain Dollar, possède un détecteur qu'ils réussissent à pirater grâce à Mégahertz. Il surgit alors dans la demeure de la Créature qui le capture. Le reste de l'équipe, alarmé par Wawa, va le secourir mais comprend qu'ils ont été dupés : leur ennemi n'est pas celui qu'ils croient et, en vérité, ils doivent désormais empêcher une invasion inter-dimensionnelle...
   

L'origine du projet remonte à 2008 lorsque Yoann et Texier boivent un verre à la terrasse d'un café en s'amusant à imaginer quel pouvoir pourrait avoir chacun des passants dans la rue. Bien entendu, ils inventent les capacités extraordinaires les plus farfelus et baptisent leurs "victimes" de surnoms aussi  ridicules (Captain Chapeau, etc.).

Texier commence à développer un scénario à partir de ce passe-temps puéril et se prend au jeu tant et si bien que Yoann dessine quelques designs de personnages. Puis, à partir d'un début de script, enchaîne avec les premières planches. Mais bientôt, accaparé par la reprise de Spirou et Fantasio, écrite par Fabien Vehlmann (avec qui il a convaincu Dupuis suite à leur Spirou vu par... : Les Géants pétrifiés), l'artiste remise ses super-héros.

Puis récemment, une fois le tome 55 de Spirou et Fantasio (La Colère du Marsupilami) achevé, Yoann et Vehlmann décident que leur prochain album sera un opus spécial, rassemblant plusieurs histoires courtes conçues pour "Le Journal de Spirou" (sous le titre Les Folles aventures de Spirou, sorti en Octobre). Profitant de ce répit, le dessinateur souhaite achever Les Captainz et corrige avec Texier le scénario pour en faire un récit complet (mais dont la fin reste ouverte - sait-on jamais, si l'envie d'une suite se manifestait ?).

Le résultat, après une pré-publication dans "Le Journal de Spirou" assez chaotique (due, je le suppose, à la parution des planches déjà terminées en attendant celles ajoutées dernièrement), est désormais disponible en librairie et forme une lecture réjouissante.

Si on juge Les Captainz sur le fond, c'est une histoire très satisfaisante, avec une intrigue simple mais rythmée et un twist final vraiment inattendu et bien mené. L'humour n'est pas sophistiqué ni particulièrement subtil mais fournit l'occasion de bien rigoler en s'appuyant effectivement sur des pouvoirs absurdes aux origines gratinées (Mystérieux a été percuté en mobylette par une soucoupe volante et subi des expériences de la part d'extra-terrestres, Bisou est victime d'un malédiction mêlant joyeusement le vaudou dans le cadre d'une romance au Tibet, Wawa est un authentique chien qui parle dans une armure provenant d'une planète entièrement peuplée de canidés...). On ne s'ennuie pas.

Et Yoann ne s'est pas économisé pour donner vie à cette galerie de personnages décalés à souhait. Bien que réalisé entre deux projets, il n'a pas bâclé son ouvrage et produit des planches débordant d'énergie (les scènes d'action sont particulièrement dynamiques), et les designs sont soignées. Il s'est visiblement amusé à détourner les codes sans les tourner en ridicule, en vrai amoureux du genre, et le lecteur, même peu au fait des super-héros, assimilera facilement Captain Bisou à Hulk par exemple, ou saura sans problème pourquoi la Créature existe depuis le XIXème siècle (en devinant de quel célèbre roman de l'époque elle est issue). Par ailleurs, les relations et motivations des uns et des autres sont astucieuses, très vives, traduites avec beaucoup d'expressivité. Les plus attentifs remarqueront même, dans les décors, des allusions savoureuses (quelques indices : le hammam ravagé au début, le night club gothique à la fin...).

On en reprendrait volontiers, alors, pour paraphraser le cri de guerre bien connu d'une autre fameuse équipe : "Captainz ! Rassemblement !"
      

dimanche 17 septembre 2017

JERÔME K. JERÔME BLOCHE, TOME 26 : LE COUTEAU DANS L'ARBRE, de Dodier


Après un 25ème tome décevant (Aïna, traitant de l'esclavagisme moderne dans une enquête située à Paris), Alain Dodier devait se ressaisir. Le fan de toujours que je suis est pleinement rassuré avec ce nouvel épisode qui, non seulement, rassure sur le plan narratif mais convoque de vieux souvenirs datant des premiers albums de Jérôme K. Jérôme Bloche, le plus attachant des détectives privés de la BD franco-belge. 

Alors qu'il s'apprête à partir en Italie avec sa fiancée, Babette, qui profite d'un congé, Jérôme reçoit un appel téléphonique de son oncle qui réclame sa présence à Bergues car la fille de son patron, Antoine De Meester, a fugué.


Sur place, l'ambiance est tendue car les recherches de la police n'ont rien donné et Jérôme, qui insiste pour rencontrer la mère de la jeune fille, n'obtient pas gain de cause. Babette en veut aussi au détective car la météo est exécrable et la grand-mère de ce dernier ne cache pas son antipathie envers De Meester. 

Malgré tout, Jérôme mène son enquête et fait quelques découvertes troublantes : De Meester se révèle être un véritable tyran, aussi bien en affaires qu'avec sa famille ; son fils, Adrien, qui fut le meilleur ami d'enfance de Jérôme, mais qui a coupé les ponts avec son père, est soupçonné d'avoir enlevé Charlotte, sa soeur, et la tante et la grand-mère du détective ne sont peut-être pas étrangères aux dessous de cette affaire...

Comme depuis le début de la série, et de manière systématique depuis que Dodier l'écrit et la dessine, une histoire qui se déroule à Paris (où habite et a son agence JKJB) est suivie d'une autre se passant en province. Le Couteau dans la plaie n'est cependant pas qu'un simple dépaysement mais aussi un retour aux sources puisque le héros va devoir mener une enquête là où vivent son oncle, sa tante et sa grand-mère.

Tout cela nous renvoie aux premiers tomes des aventures de Bloche, notamment le superbe Passé recomposé, mais Dodier ne se contente pas d'exploiter à nouveau le lieu des origines familiales de son détective, il s'en sert pour un récit palpitant, tortueux et qui enrichit le passé de Jérôme.

L'auteur avait failli dans son précédent tome à s'emparer d'un sujet, certes délicat, en le traitant sur le ton de la comédie policière. Ici, il n'a rien laissé au hasard en se préoccupant à nouveau de son héros, de ses investigations, et en greffant les éléments dramatiques autour d'eux. Progressivement, on apprend à connaître les seconds rôles, à deviner les coulisses de ce dossier (pourquoi Charlotte a fugé ? Pourquoi Madame De Meester vit-elle cloîtrée ? Pourquoi l'oncle de de Jérôme craint-il Antoine De Meester ? Où est passé et quel rôle joue exactement Adrien ?). Il y a une vraie montée en puissance.

Dodier agrémente le tout de touches plus légères, subtilement décalées, parfois référentielles : Jérôme parle tout seul (ou au chien qui l'accompagne - ce gros toutou apparu dans le tome 24, L'Ermite - à la manière de Tintin et Milou - même si, ici, dans un contexte plus réaliste, l'animal ne s'exprime pas verbalement), fouine apparemment mollement (plus intéressé par la re-découverte des terrains de jeux de son enfance que par le sort de la fugueuse, plus préoccupé par son moyen de transport ou le fait de récupérer un couteau de scout, du moins en apparence). Cette façon lunaire, faussement désinvolte, de remplir sa mission, tout en composant avec la mauvaise humeur de son oncle et de sa fiancée et les cachotteries de sa grand-mère, sa tante, de De Meester, ou la réapparition d'Adrien déconcerte le lecteur pour mieux l'accrocher - et in fine prouver que Jérôme ne néglige pas son affaire. C'est un privé qui avance en s'imprégnant de son environnement, de ses proches - une manière de faire inspirée du Maigret de Simenon.

Par ailleurs, et là, il n'a jamais déçu, Dodier met superbement son histoire en images : son style n'a rien de flamboyant, mais il est, en vérité, très solide, très réfléchi. Le découpage alterne des planches en quatre ou cinq bandes (les premières quand l'action accélère, les autres pour représenter la progression laborieuse de l'enquête au fil d'allers et retours, de déplacements divers). Il varie avec un équilibre impeccable scènes d'intérieurs et d'extérieurs, grâce à des décors très étudiés (le dessinateur procède à de nombreux repérages photos) et il est aussi à l'aise pour animer les personnages (expressifs, aux physionomies mémorables) que pour jouer sur les effets d'ombres et de lumières (au gré de scènes nocturnes ou diurnes). Lire Dodier est aussi merveilleusement agréable grâce à cette fluidité, ce soin apportés au graphisme, prolongeant la narration écrite.

Retour gagnant donc. Suivant la périodicité régulière de l'auteur, on devrait retrouver Jérôme K. Jérôme Bloche dans environ un an et demi.   

dimanche 21 août 2016

Critique 995 : SPIROU N° 4088 (17 Août 2016)


Ah, quel plaisir ! Fabien Vehlmann et, surtout, le trop rare Denis Bodart sont de retour avec un récit complet (8 pages), Meteorman, un splendide hommage aux super-héros d'antan. C'est un événement qui suffit à lui seul l'acquisition de la revue, dont ce numéro comporte également (et pas que pour les abonnés, comme je le croyais depuis depuis le début) une nouvelle partie du poster géant de Lucky Luke par Achdé.

J'ai aimé :

- Harmony : Indigo (3/8). Harmony, Eden et Payne découvrent, avec effroi, le nouvel entraînement auxquels ils sont soumis, à des fins militaires. Si l'un refuse de s'y soumettre, les deux autres seront privés de distraction. Même Steinman regrette d'avoir accepté la récupération du projet.
Matthieu Reynès mène toujours aussi bien son affaire : la narration est décompressée mais permet d'apprécier pleinement le calvaire des trois gamins. L'auteur ne cache pas ses influences, mais les a bien intégrées à son récit. Par ailleurs, comme il l'explique dans son interview en préambule, il fait l'effort de produire de façon soutenue sa production pour que les lecteurs impatients suivent la série : le troisième tome est d'ores et déjà annoncé pour début 2017.

- Autour d'Odile. Madaule s'amuse, à sa manière très ingénieuse, du faible débit des messageries dans ce gag en un page très réussi.

- Meteorman : Le Héros sous l'oreiller. Le jeune Tom reçoit du vieux Jack un cadeau inestimable : un fragment de l'extra-terrestre Meteorman qu'il a vu s'écraser sur Terre avant d'en devenir le pacificateur. Lorsqu'il rencontre le justicier venu d'ailleurs, Tom accepte de lui rendre ce bout de lui-même s'il lui permet quelques distractions. Jusqu'au jour où il doit choisir d'honorer ou non sa promesse...
Seulement huit pages, mais quelles pages ! Relire Denis Bodart est un privilège qui ne se boude pas tant l'artiste est rare (sa dernière livraison date d'il y a plus de deux ans pour le dernier épisode en date de Green Manor !). Avec son complice Fabien Vehlmann, depuis 2000, il a quelquefois produit de courts récits fantastiques, des variations sur les super-héros (un registre qui inspire visiblement le scénariste depuis quelque temps - voir son récent Supergroom avec Yoann).
Le résultat est magnifique, avec une morale digne d'une fable, qui interroge autant le jeune héros que le lecteur. Graphiquement, c'est évidemment un régal. Espérons qu'on n'aura pas à attendre encore deux ans avant de retrouver cet immense dessinateur dans les pages du journal.

- Le Voyage à travers les siècles (5/6). Salma et Libon abordent les voyages modernes, les motivations des globe-trotters : une page encore très dense, et rigolote. L'idée aurait mérité une série régulière au-delà des six semaines prévues. Suite et donc, hélas ! fin la semaine prochaine.

- L'Atelier Mastodonte. Obion s'y perd un peu avec le scénario que lui a donné Trondheim, tout aussi embrouillé avec sa création. Nob est indigné par un sous-entendu de Frédéric Niffle sur sa succession. Deux doubles bandes très réussies : une bonne semaine donc.

- Tash & Trash. Dino adresse un clin d'oeil à Peyo et aux Schtroumpfs : inhabituel mais toujours drôle. / Zizi chauve-souris. Bianco et Trondheim continuent le dialogue surréaliste entre Suzie et ses grands-parents : marrant, mais toujours aussi frustrant, avec même le risque que les auteurs tirent un peu trop sur la corde...

En direct de la rédak donne la parole à Vehlmann et Bodart pour parler de leurs intentions avec Meteorman. La semaine prochaine, Les Tuniques bleues reviennent pour leur 58ème aventure (et leur 60ème tome !).
Les aventures d'un journal évoquent la création de la Schtroumpfette, qu provoqua le courroux de Nine Culliford, la femme et coloriste de Peyo.

Et sur ces mots se concluent mes articles du journal de "Spirou" : je reste abonné à cette parution, mais n'en rédigerai plus de compte-rendu puisque, c'est décidé, ce blog s'arrêtera à sa millième critique, dans quelques jours (j'aurai alors l'occasion de vous en dire plus sur la suite).
Merci donc à tous ceux qui auront lu ces entrées sur la revue, en espérant qu'elles vous auront donnés envie de l'acheter (voire de vous y abonner). Vive "Spirou" : "Ami partout toujours" ! 

dimanche 14 août 2016

Critique 983 : SPIROU N° 4087 (10 Août 2016)


Le Petit Spirou est en couverture pour un récit complet de 6 pages : une nouvelle occasion de constater la déchéance terrible de Tome et Janry, le tandem qui a réalisé les meilleures aventures de Spirou et Fantasio (après Franquin), aujourd'hui littéralement incapable de produire ne serait-ce qu'un gag drôle... Cédric est présent sur le bandeau (un autre exemple de BD "pour enfants" affligeante, et écrite par un septuagénaire - cherchez l'erreur...).

J'ai aimé :

- Harmony : Indigo (2/8). La firme Sigmacorp a isolé ses recherches dans un complexe à l'écart de tout. Plusieurs adolescents sont testés, mais seuls deux sont retenus pour suivre la même formation que Harmony. Toutefois, les partenaires financiers de la compagnie exigent des résultats rapides, ce qui signifie une formation plus dure...
Mathieu Reynès développe son récit avec une belle habileté et assume ses références avec brio : comme il l'explique dans l'interview en préambule de ce nouvel épisode, il est influencé par le manga mais aussi les comics super-héroïques. L'ambiance tendue alterne avec un rythme plus posé. Graphiquement, les personnages sont très expressifs, les décors soignés, le découpage dynamique. C'est très efficace. (Et pour info, l'auteur est déjà en train de réaliser le tome 3 : la suite devrait donc arriver vite, en 2017).

- Le Voyage à travers les siècles (4/6). Salma et Libon ont mis l'humour en veilleuse pour ce nouveau chapitre : c'est un peu dommage mais ce sacrifice était sans doute inévitable avec la somme d'infos à diffuser. Espérons quand même que la suite sera à nouveau plus drôle.

- Capitaine Anchois. Nouveau trésor en vue, mais il faut composer avec les allergies de Louis : Floris ne force pas son talent pour ces deux pages, mais son humour fait mouche.

- Rob. Clunch accepte, par amour pour Clémisse, de fuir ses parents en leur laissant Rob : James et Boris Mirroir livrent deux nouveaux doubles strips rigolos, où la lâcheté du couple comme le sort pathétique du robot font la paire.

- L'Atelier Mastodonte. Obion serait-il devenu invisible ? Il met Trondheim à l'épreuve lorsque Frédéric Niffle passe par là. Pas renversant, les gags de la semaine (au diapason de toute la revue en fait), mais la chute du double strip de Trondheim est "savoureuse" (les guillemets s'imposent, vous comprendrez pourquoi en sachant ce qu'il y a au bout des doigts d'Obion).

- Tash & Trash. On est bien peu de choses dans l'univers et Dino philosophe avec à-propos à ce sujet. / Zizi chauve-souris. Suzie est encore une fois dépitée quand elle espère découvrir une photo de son père chez ses grands-parents : Le lecteur, lui, n'est pas dépité par la nouvelle bande de Trondheim et Bianco (même si j'aimerai plus qu'un strip par semaine).

- Dad. Où Dad fait "aplouf" devant Bébérinice qui a voulu nourrir des canards... Et où Nob fait bien marrer le lecteur avec cette page imparable. (Voir ci-dessous :)

En direct de la rédak donne la parole à Janry : sans intérêt (sinon, donc, de nourrir les regrets des fans de sa grande époque). La semaine prochaine, un événement : le retour de Denis Bodart aux dessins d'un récit complet de huit pages, écrit par Fabien Vehlmann !
Les aventures d'un journal revient sur la série Les paparazzi de Cauvin et Luc Mazel, qui renoua avec le succès grâce à ce titre, avec l'aide de Will et Deliège.

(Et, comme prévu, j'ai laissé tomber la critique du Spirou de Frank Pé et Zidrou : cinq pages encore joliment dessiné, mais d'un vide abyssal. Merci bien, mais cette arnaque a assez duré.) 

Les abonnés ont droit à la deuxième partie du poster Lucky Luke dessiné par Achdé.

dimanche 7 août 2016

Critique 971 : SPIROU N° 4086 (3 Août 2016)


Après la parution du premier tome 1 l'automne dernier, Harmony revient pour huit semaines. A partir de ce numéro aussi, on peut, si on est abonné, commencer à collectionner un poster en quatre parties de Lucky Luke dessiné par Achdé (le résultat final promet d'être vraiment très grand), un avant-goût du prochain album écrit par Jul prévu pour la rentrée. 
La semaine de Spirou par Sti et Priou
et Animal lecteur de Salma et Libon sont excellents :
très frappants chacun dans leur genre...

J'ai aimé :

- Harmony : Indigo (1/8). William Torres dirige un programme secret avec pour "cobaye" Harmony encore enfant et déjà détentrice de pouvoirs télékinésiques. Il tente d'oublier la mort de sa propre fille et la fin de son couple dans le travail jusqu'à ce son supérieur, Steinman, lui retire le projet et le licencie subitement, après avoir conclu un accord financier avec un mystérieux partenaire...
J'avais apprécié le premier chapitre des aventures de l'héroïne écrite et dessinée par Mathieu Reynès, malgré quelques longueurs et beaucoup de questions en suspens. Ce nouveau volet commence de façon déroutante puisque l'histoire se déroule plusieurs années dans le passé. Autant prévenir tout de suite : si on ne lit pas l'interview de l'auteur en préambule, impossible de deviner que William Torres est Nita, le colosse barbu qui a recueilli Harmony dans le tome 1.
Les cartes sont complètement rebattues mais le scénario semble solidement construit et voué à être développé sur le long terme. Il faudra donc être patient. Mais cette entame est accrocheuse, toujours aussi bien mise en images. Et puis cette création à la fois originale et aux influences multiples mérite d'être soutenue.

- Une aventure de Spirou et Fantasio : La lumière de Bornéo (4/13). Où il est question de l'identité en passe d'être dévoilée du mystérieux peintre dont les toiles exposées à la galerie Bernard sont très convoités... De Spirou découvrant avec stupéfaction un secret de Fauvette, la fille de Noé... Noé qui a bien du mal avec son ourang-outang, le fameux Bornéo... Tout comme le comte de Champignac et Follicule avec son éco-quad...
Tout le monde est à la peine dans ce quatrième épisode, moi le premier : ça n'avance pas, je me lasse des (trop) nombreux mystères de l'histoire, de ces quatre intrigues pour l'heure toujours sans lien apparent. 30 pages pour ça ?! Alors certes, c'est joli, mais il va falloir que ça bouge sinon j'abandonne. Il est déjà acquis que ce one-shot est un échec (surtout après celui, jouissif, de Feroumont) : Pé et Zidrou sauveront-ils les meubles ?

- Le Voyage à travers les siècles (3/6). Salma et Libon poursuivent leur rigolote leçon d'Histoire en abordant les transports et leurs influences sur l'évolution du monde. C'est un chouia moins drôle mais quand même distrayant et, au-delà de la blague, instructif.

- Rob. Le père de Clunch, comme sa mère, se demande ce que leur fils trouve à sa fiancée, Clémisse : pour ma part, je trouve la série toujours aussi bien menée, piquante sans être méchante. Encore deux doubles bandes gagnantes par James et Boris Mirroir.

- Le Club des Huns. Où Attila est carrément expulsé ! Dab's, lui, est solidement installé dans le top des titres les plus drôles du journal. Vous avez dit : "Lapin !" ?

- Les Campbell : La Race. Inferno est présenté à une puissante amicale d'aristocrates désirant se débarrasser de la concurrence commerciale : les pirates. Prometteur, et réjouissant de voir que, cette fois, (enfin !) Munuera et la rédaction proposent les épisodes de la série à intervalles plus réguliers et rapprochés : la lecture est grandement fluidifiée.

- Cartes blanches. On découvre qui a gagné le premier prix du concours "A chacun sa bulle", dans la catégorie 10-13 ans, du festival de Puteaux : cette planche du Royaume de Feroumont a été effectivement bien dialoguée (les couleurs trahissent davantage l'âge des participants, mais c'est mignon).

- L'Atelier Mastodonte. Tonton Freddy revient faire peur à la bande : même Trondheim se laisse impressionner ! Et Toulmé se montre très (trop !) prudent... Peut-être bien le début d'un nouvel arc narratif. C'est alléchant : l'atelier en plein flip collectif et irrationnel, voilà qui peut inspirer des gags savoureux.  

- Tash & Trash. Dino livre un strip toujours aussi fulgurant et terrible. / Zizi chauve-souris. Trondheim et Bianco présentent enfin Suzie à ses grands-parents : mémorable !

- Dad. Papa en monde Boney M : traumatisme pour Roxane et Ondine ! Le gag est élémentaire mais le résultat est très marrant : du très bon Nob. (Voir ci-dessous :)

En direct de la rédak donne la parole à Achdé qui s'explique sur son méga-poster pour les abonnés et évoque (à peine) le prochain Lucky Luke écrit par Jul. La semaine prochaine : Le petit Spirou part en vacances (bof - beauf ! - d'avance...).
Les aventures d'un journal revient sur le premier disque des... Schtroumpfs : une nouvelle occasion d'être sidéré par le merchandising affligeant de Peyo, dès 1965. 

Pour finir, si j'ai bien deviné, dans deux semaines (pour le n° 4088 donc), j'ai l'impression qu'on va avoir droit à un événement avec un récit complet inédit dessiné par Denis Bodart d'après une histoire de Kid Toussaint...

dimanche 31 juillet 2016

Critique 964 : SPIROU N° 4085 (27 Juillet 2016)


Les Campbell ont droit à la couverture : Munuera va nous révéler les circonstances de la naissance d'Ittaca. Le bandeau indique le retour des Tuniques bleues, avec un récit complet signé Clarke (l'auteur de Mélusine).

J'ai aimé :

- Une aventure de Spirou et Fantasio : La lumière de Bornéo (3/12). Spirou retrouve son vieil ami Noé qui lui confie sa fille, Fauvette ! Pendant ce temps, le comte de Champignac et son compère Follicule découvrent un champignon inconnu...
Nous voici arrivés au quart de cette aventure (au moins en termes d'épisodes), et il faut bien avouer que le récit ne décolle toujours pas, après 25 pages : le scénario de Zidrou (qui n'a pas été interrogé une seule fois au sujet de ce projet dans le journal, ce qui indique qu'il n'a été qu'un exécutant pour Frank Pé) explore toujours trois pistes narratives (Spirou en congé, Champignac et le champignon noir, les tableaux mystérieux de la galerie Bernard) sans qu'on sache où elles nous mènent, à quand elles vont (certainement) se rejoindre.
Pé se fait plaisir graphiquement, et certaines scènes sont effectivement très belles, mais ce one-shot ne me convainc pas.

- Maggy Garrisson : Je ne voulais pas que ça finisse comme ça (6/6). Maggy découvre enfin la solution autour de l'album-photo et du pistolet utilisé par Alex. Celui-ci écope finalement d'une peine légère...
Lewis Trondheim et Stéphane Oiry conclut là leur histoire : leur refus de toute action spectaculaire est un parti-pris qui peut déplaire, mais qui donne à leur travail une rigueur, une sobriété et une densité épatantes. Un nouveau cycle est annoncé : à bientôt Maggy !

- Les Tuniques Bleues : Des bleus et des Dalton. Blutch et Chesterfield sont chargés de recruter de nouveaux soldats : ça tombe bien, il y a une bande qui est déterminé à aller au combat. Sauf qu'il y a un léger problème sur la santé de ces engagés...
Clarke rend à son tour hommage aux héros de Cauvin et Lambil, après Zidrou et Maltaite, dans le cadre d'un album spécial qui paraîtra à la rentrée (avec un lot d'auteurs exceptionnels : Bodart, Blutch, Henriet...), et le scénariste-dessinateur de Mélusine s'est amusé avec des Dalton qui ne sont pas ceux auxquels on croit. La narration énergique et le dessin vif emballent ce récit complet de 6 pages très divertissant.

- Autour d'Odile. Madaule livre un nouvelle page au découpage atypique mais correspondant bien au gag : c'est inoffensif mais amusant.

- Les Campbell : La race. Tandis que Carapepino complote avec l'ambassadeur de France, il se souvient de la naissance mouvementée de Ittaca, la fille de Campbell et Fanny...
Munuera produit un nouvel épisode jubilatoire : la narration en deux temps (passé, présent) est soutenu par ce dessin formidablement pêchu. La morale est bien sentie et explique subtilement pourquoi les ambitions de Campbell et de son frère Inferno ont divergé.

- Capitaine Anchois. Floris est un de mes chouchous : j'adore son humour absurde et crétin, ses anti-héros. C'est répétitif (toujours une chasse au trésor foireuse) mais drôle.

- Beasts ! Giemsi met en scène un désopilant dialogue entre un furet magouilleurs et des fonctionnaires écureuils. Son dessin féroce souligne cet humour unique.

- Rob. James et Boris Mirroir font les présentations entre Clémisse et a mère de Clunch, perturbés par le robot : le break qu'ont fait les auteurs leur a bien profité car les nouveaux gags sont inspirés, profitant aussi de la situation.

- L'Atelier Mastodonte. Mathilde Domecq est la nouvelle victime de la quête du "nervous point" par Obion et Nob, mais, attention à eux, elle sait se défendre ! Obion est ensuite témoin d'une nouvelle invention excentrique de Tofépi. Deux doubles strips très réussis.

- Tash & Trash. / Zizi chauve-souris. Dino nous sert un strip d'une case philosophique. Trondheim et Bianco continue de faire durer le plaisir avec la rencontre de Suzie et ses grands-parents.

En direct de la rédak donne la parole à Clarke au sujet de son récit complet des Tuniques bleues : il y rend un hommage appuyé à la série. La semaine prochaine : le deuxième tome d'Harmony commence sa pré-publication.
Les aventures d'un journal revient sur la création de la série Le vieux Nick de Remacle, sauvée par Maurice Rosy car Charles Dupuis n'y croyait pas.

Les abonnés ont droit à un joli stripbook écrit et dessiné par Sergio Salma : Le monsieur qui ne voulait pas voyager. Un récit très touchant.

dimanche 24 juillet 2016

Critique 959 : SPIROU N° 4084 (20 Juillet 2016)


Ralph Azham a les honneurs de la couverture, pour son 2ème épisode (sur neuf). Un bandeau indique la visite d'une graineterie par Jean-Yves Duhoo et Le Labo. 
Thierry Martin signe un superbe édito cette semaine.

J'ai aimé :

- Une aventure de Spirou et Fantasio : La lumière de Bornéo (2/12). Spirou, qui a claqué la porte du "Moustique", raconte à Fantasio son intention de se reposer et se consacrer à la peinture. En passant devant l'affiche d'un cirque, il reconnait un vieil ami, Noé, qui se trouve justement à l'aéroport pour accueillir une passagère...
Ce deuxième épisode est identique au premier : les dessins de Frank Pé sont superbes, et il a l'occasion dans l'interview qu'il donne en préambule d'expliquer comment ce qu'il voulait montrer a permis à Zidrou (ça aurait été bien de donner la parole à ce dernier aussi...) de construire le scénario. Mais, alors qu'ont déjà été publiées 18 planches, l'histoire reste très nébuleuse. Avec encore dix chapitres à venir, rien n'est joué mais espérons juste que ce one-shot ne soit pas qu'une démonstration visuelle...

- Maggy Garrisson : Je ne voulais pas que ça finisse comme ça (5/6). Maggy aide Wight dans l'affaire des dents en or, sur le point d'être résolue. Puis elle reçoit la visite de l'ex-employeur d'Alex, Barney Cross. Pour innocenter son amant, Maggy est convaincue qu'elle doit retrouver à qui appartenait l'album photo qu'elle avait récupéré aux enchères des containers...
Avec la même rigueur, Lewis Trondheim progresse lentement mais sûrement vers l'épilogue de ce 3ème tome. Maggy procède avec la même méthode que son scénariste, sans se précipiter, mais ce rythme lancinant réussit à captiver parce que Stéphane Oiry densifie, avec son découpage précis, le récit. Fin de l'aventure (et du premier cycle) la semaine prochaine.

- Le Voyage à travers les siècles (1/6). Pendant six semaines, le duo Sergio Salma-Libon, à qui on doit le strip Animal lecteur, vont retracer rien moins que l'histoire de l'humanité. Une page suffit pour évoquer "les origines" et fournir déjà de bons gags. Très prometteur.

- Le Labo : La graineterie. Jean-Yves Duhoo est allé visiter le muséum d'histoire naturelle du Jardin des Plantes à Paris, fondé en 1822 par André Thouin. La parution de cette série est irrégulière certes, mais à chaque fois, c'est passionnant, instructif sans être scolaire. Une forme de BD documentaire, avec une sorte de morale habile.

- Autour d'Odile. Discutant avec deux amies, la pauvre Odile constate que Roland, son prétendant, est bien moins efficace que les autres chevaliers... Madaule livre un gag en une page rigolo, quoiqu'un peu plat.

- Rob. Tiens, qui revoilà ! J'avais cru comprendre que James et Boris Mirroir faisaient un break pour se consacrer à des projets séparés, mais apparemment ils se sont ravisés : je retrouve avec plaisir Rob, Clutch et sa copine en route pour rendre visite à la mère du garçon.

- Imbattable. Pascal Jousselin produit un gag muet où, pour une fois, son super-héros n'évitera pas la casse... La virtuosité du découpage est toujours impressionnante, et même si on n'a droit qu'à une page, ça permet de patienter en attendant la parution d'un premier album (repoussé à début 2017).

- L'Atelier Mastodonte. Obion, Jousselin et Nob se sont mis en tête de trouver le "nervous point" de chaque membre de l'atelier. Jousselin échoue lamentablement à énerver Feroumont. Par contre, Trondheim n'a besoin de personne pour rouspéter contre tout et n'importe quoi. L'argument est très futile mais ça reste marrant - et certainement amené à être développé dans les prochains épisodes.

- Zizi chauve-souris. Suzie et sa mère arrivent chez les parents de cette dernière : Trondheim et Bianco livrent leur 279ème strip. Publié ainsi, c'est certes frustrant, mais quand même très drôle.

En direct de la rédak annonce avec Lewis Trondheim un concours en relation avec le nouveau tome de Ralph Azham pour la fin de l'année. Dans quinze jours, Achdé commencera à dévoiler un gigantesque poster en quatre parties de Lucky Luke. Et la semaine prochaine, retour des Campbell.
Les aventures d'un journal revient sur le parcours de Frank Pé pour expliquer qu'il a finalement peu produit de BD à cause d'autres centres d'intérêts.

Les suppléments pour les abonnés consiste en deux cartes postales avec Les Campbell (superbe) et L'Atelier Mastodonte (par Obion, sympa).

mercredi 13 juillet 2016

Critique 949 : SPIROU N° 4082-4083 (6 Juillet 2016)


Numéro double "Spécial Vacances" avec donc 100 pages, dont un cahier de jeux de 17 pages, et le début de la pré-publication du Spirou par... Zidrou et Frank Pé (qui signe la couverture dont la seconde partie occupe le 4ème de couverture de la revue) et aussi du nouveau tome de Ralph Azham de Lewis Trondheim.
L'édito, marrant, est signé Guillaume Bouzard.

Le sommaire est divisé en deux parties puisque, pour l'occasion, les auteurs ont produit des planches (ou des hauts de page) en relation avec le thème des grandes vacances. Parlons d'abord du programme classique.
J'ai aimé :

- Une Aventure de Spirou et Fantasio : La lumière de Bornéo (1/12). Suite à un reportage en Palombie où ils dénoncent un scandale écologique, Spirou et Fantasio rencontrent la nouvele rédactrice en chef du journal "Le Moustique" qui refuse le publier en l'état pour ne pas froisser les annonceurs publicitaires. Spirou, outré, démissionne !
Après, donc, le 55ème tome de la série-mère (par Yoann & Vehlmann, La colère du Marsupilami) et un one-shot (par Feroumont, Fantasio se marie), voici une nouvelle aventure (hors continuité) de Spirou et Fantasio : dire qu'au début des années 80, Dupuis avait échoué à produire des albums à la chaîne avec le groom en en confiant les histoires au duo Cauvin-Nic et Yann-Yves Chaland... 
Le risque avec cette profusion de projets est à la fois de provoquer une certaine confusion et d'aboutir à des récits inégaux, et ce n'est pas prêt de se calmer. Alors que penser des premières pages du travail de Zidrou, au scénario, et Frank Pé, aux dessins ?
Ce début est intriguant : trois pistes narratives sont lancées, apparemment sans lien entre elles. Je me méfie de Zidrou (auteur de Tamara, mais par ailleurs loué pour ses autres efforts), mais visuellement, Pé, artiste rare, amoureux de Franquin (à qui il rend un vibrant hommage dans l'interview ouvrant l'épisode), est au sommet de sa forme (même si je ne comprends pas pourquoi il a ajouté des lunettes à Spirou).
C'est alléchant, même si après le formidable Feroumont, et une parution étalée sur 12 semaines (!), je suis prudent.

- Maggy Garrisson : Je ne voulais pas que ça finisse comme ça (4/6). Maggy se débarrasse définitivement de Sheena et Alex de Pula. Mais les conséquences sont lourdes : l'amant de la détective est incarcéré, accusé de meurtre. Maggy se replonge dans le boulot : elle a une piste dans l'affaire de l'album-photo et Wight a besoin d'elle dans le dossier des pompes funèbres...
La série de Trondheim et Oiry prend un malin plaisir à pratiquer l'art du contrepied comme en témoigne la sortie de scène de Sheena. Le scénario préfère ausculter le résultat des actes de Maggy et Alex. C'est déroutant, mais loin d'être déplaisant. Graphiquement, le traitement est toujours d'une extrême rigueur. Epatant.

Ensuite, place aux pages "vacances", où se distinguent particulièrement :

- Magellan. Marie Gloris Bardiaux-Vaïente et Ruben Del Rincon livrent 5 pages sur l'expédition du célèbre navigateur portugais au XVIème siècle : j'aime bien ces petites leçons d'histoire, prodiguées avec fluidité et toujours impeccablement illustrées.

- Dad : Camping. Nob nous gratifie d'un mini-récit de 4 pages où Dad emmène ses filles faire du camping. Je n'éventerai pas la chute mais les gags abondent, très drôles, et l'auteur glisse même une critique bien inspirée par le sort des migrants. 

- Les Cavaliers de l'Apocadispe : prennent le car pour aller en colo. Libon est dans la place et donc, avec lui et ses trois héros nigauds, l'assurance d'une bonne rigolade. On n'est pas déçu, c'est effectivement hilarant - et après avoir lu ça, vous ne goûterez plus à de la mayonnaise tiède !

- Imbattable : Les vacances de Toudi. Pascal Jousselin revient lui aussi avec 4 pages où Toudi, le disciple de Imbattable, embarrassé par le militantisme de sa mère, commet une grosse gaffe. Comme toujours, le titre joue formidablement sur les astuces d'un découpage sophistiqué et un goût affûté pour l'absurde.

- Cascades sous le casque. Matthieu Burniat a réalisé une belle planche, au dessin superbe et à l'écriture inventive. Talent à suivre.

- Le Royaume. Benoît Feroumont nous rend Anne après une longue absence (absence pardonnée car je me suis régalé avec Fantasio se marie) : pas simple cependant pour la jolie aubergiste de partir en vacances en oubliant tout. 2 pages jubilatoires.

- Bulles airlines. Je ne suis pas franchement client du dessin de Fabrice Erre (influencé par Crumb, dont je ne suis pas fan) mais ces deux pages sont un bel hommage au pouvoir d'évasion des livres dans le cadre d'une librairie cachée dans une agence de voyage.

- Kinky & Cosy : Votre voyage de rêve. L'humour de Nix est très spécial et ne me convainc que par intermittences, mais quand il est aussi déchaîné, c'est très drôle, complètement délirant et cauchemardesque.

- L'Atelier Mastodonte. Cette semaine, Alfred signe seul les deux doubles strips dans lesquels il évoque ses voyages : les collègues apprécient moyennement et lui-même s'interroge. C'est unique.

- Tash & Trash. / Zizi chauve-souris. Dino signe encore une fois un strip en une case excellentissime. Quant à Trondheim et Bianco, toujours en voiture avec Suzie et sa mère, ils confirment leur retour en grande forme avec un strip cynique à souhait.
*
En direct de la rédak donne la parole à Kox, Ruben Del Rincon, Fabrice Erre et Philippe Bercovici qui évoquent leurs vacances les plus mémorables. Anne-Claire Jouvray nous parle de ses lectures du moment. La semaine prochaine, Le Labo revient.
Les aventures d'un journal revient sur l'autre série de Fournier, Bizu, qu'il fut obligé de mettre de côté pour se consacrer à Spirou et Fantasio... Avant de les réunir le temps d'un bref et unique crossover en 1973.

Numéro double = pas de suppléments pour les abonnés (mais on ne va pas se plaindre vu la quantité de lecture).