Affichage des articles dont le libellé est Russell Dauterman. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Russell Dauterman. Afficher tous les articles

jeudi 27 juillet 2023

X-MEN : HELLFIRE GALA 2023, de Gerry Duggan, Jonathan Hickman, Adam Kubert, Luciano Vecchio, Valerio Schiti, Matteo Lolli, Russell Dauterman, Javier Pina, R.B. Silva, Joshua Cassara, Kris Anka et Pepe Larraz

 


Je m'étais promis de revenir aux X-Men à l'occasion de la troisième édition du Hellfire Gala, sortie hier. Même si Fall of X a déjà officiellement démarré, ce numéro spécial de 80 pages marque vraiment un tournant dans cette nouvelle ère mutante. Gerry Duggan orchestre tout cela et réussit à vraiment choquer le lecteur. Même si ça ne signifie pas qu'il réussira à me faire revenir...

 


De la résurrection de Kamala Kahn/Ms. Marvel par les Cinq sur Krakoa à la révélation de la nouvelle équipe de X-Men puis à l'attaque lancée par Orchis sur l'île de Mykines où se tient le Hellfire Gala 2023, venez assister à la chute de la maison que X a bâtie. Et croyez-le : plus rien ne sera comme avant.
 

Ci-dessus, vous pouvez lire les (très) grosses lignes de ce numéro spécial consacré à l'édition 2023 du Hellfire Gala. En 2021, sur l'île de Mykines, propriété de Emma Frost cédée à elle par Namor, fut présentée la première équipe des X-Men de l'âge de Krakoa et la terraformation de Mars rebaptisée Arakko pour y loger les anciens sujets de Genesis et Apocalypse. 


En 2022, une nouvelle formation des X-Men fut intronisée, avec moins de cérémonial, mais en coulisses déjà se préparaient de manoeuvres pour gâcher la fête et préparer une attaque d'ampleur sur le peuple de Krakoa. L'année qui suivit confirma ce futur noir : Orchis propagea des fake news pour discréditer les mutants, tout en piratant leur technologie.


Depuis de longs mois, Marvel promettait Fall of X dont la forme est curieuse : il ne s'agit pas à proprement parler d'un event avec une saga centrale et des séries satellites, ni d'un crossover, mais plutôt d'une myriade de titres, de mini-séries confirmant un changement de statu quo brutal sur la chute de Krakoa, la fin de l'âge de Krakoa. Il faudra sans doute attendre 2024 pour réellement savoir quelle apparence prendra la nouvelle ère mutante.


Mais il faut reconnaître que, même si j'ai tout laissé tomber du côté des mutants ces derniers mois, en partie parce que la série X-Men me tombait des mains, en partie parce que l'event Sins of Sinister m'a découragé, en partie enfin parce que regrettais que Marvel mette fin à l'âge de Krakoa, la lecture de X-Men : Hellfire Gala 2023 était sur mon programme, en espérant trouver une forme de synthèse de Fall of X.


Et de ce côté, je ne suis pas déçu. Gerry Duggan, qui, jusqu'à présent, ne m'avait pas semblé en capacité tout comme en inspiration pouvoir ni produire un page-turner vraiment renversant ni se distinguer de ce qu'avait fondé Jonathan Hickman, réussit un tour de force exemplaire, une vraie apocalypse, qui redistribue profondément les cartes, balaie tout sur son passage. 


Pour illustrer ces 80 pages, j'ai choisi huit pages issues de cet épisode qui me semblent bien résumer les moments forts de ce qui s'y passe, sans trop en dévoiler mais en en disant suffisamment. Il n'est plus réellement question de spoilers : le lecteur est prévenu d'emblée, depuis  longtemps, que les mutants vont prendre cher et que rien (vraiment !) ne sera plus comme avant (en tout cas plus comme depuis quatre ans, depuis House of X/Powers of X).


Dans cette configuration, et même si la notion de mort reste relative étant donné le protocole de résurrection créé par les mutants, on sort de cette lecture tout de même très remué. C'est la réussite la plus notable du script de Gerry Duggan : il parvient à nous faire croire à une crise de grande ampleur, à une situation désespérée, à la fin d'une époque, à un changement de paradigme. Bien entendu, il faudra confirmer ça ensuite et ne pas se contenter d'un simple match retour pour qu'en 2024 on reparte pour un tour de manège. 

Non, si le projet doit aboutir concrètement, il faut que l'an prochain les mutants soient dans un état aussi bouleversant et bouleversé que lors de HoX/PoX. Et disons que ce Hellfire Gala 2023 donne à Duggan tous les moyens d'y arriver. C'est entre ses mains et celles des autres auteurs de la franchise mutante que revient la conversion de cette promesse en réalité. Sinon tout n'aura été qu'un coup d'éclat.

Le déroulement de cet épisode se caractérise par un rythme très soutenu : on a droit à 80 pages très denses, très énergiques, très dramatiques. Tous les curseurs sont à fond, quitte à entrer dans le rouge. Mais comme ça fait bien deux ans qu'on n'a pas lu pareil récit, aussi électrisant, avec des mutants, on se régale. Duggan casse tous les jouets,, sème un chaos incroyable. Il le fait comme un gamin en colère, qui s'est longtemps retenu, mais sans que ce soit un simple caprice. Il hérite de pièces disposées par ses collègues et les assemble de manière efficace pour un résultat paroxystique.

Il y a là une succession de moments très forts, très puissants, et pourtant ça démarre moyen avec la résurrection de Ms. Marvel (Kamala Kahn), piteusement tuée par Marvel (et Zeb Wells, dans les pages de The Amazing Spider-Man). Désormais, le personnage est aligné sur le canon du MCU : elle est devenue une mutante. Duggan se fait étonnamment subtil en développant à la fois ce choc pour le personnage et le fait qu'elle n'ait pas envie de se définit comme tel tout de suite, qu'elle se demande ce qu'il en est de ses pouvoirs, de sa vie privée. C'est le seul passage obligé de l'épisode mais Duggan l'intègre bien.

Puis on entre dans le vif du sujet avec l'élection de la nouvelle équipe des X-Men. Jean Grey annonce qu'elle et Cyclope ont décidé de passer la main à Synch et Talon (Laura Kinney). La formation élue est surprenante avec les entrées de Cannonball, Prodigy, Frenzy, Jubilé, Dazzler, et le Fléau. Mais à peine ont-ils été intronisés que la fête bascule dans le carnage. Nimrod les tue (presque) tous !

La suite est une longue mais captivante opération bien préparée par Orchis. Les méchants entrent en scène les uns après les autres : Dr. Stasis (un clone de Mr. Sinistre), Karima Shapendar/Oméga Sentinelle, l'A.I.M., Moira X, les Sentinelles Stark conçues par Feilong. L'assaut est si massif, rapide, bien déployé que les mutants sont dépassés comme jamais. Le carnage est inévitable et il ne sera pas évité.

On assiste en particulier à la mort, vraiment horrible, d'un X-Man historique, à la défaite d'un autre qu'on pensait impossible, Jean Grey est poignardée, Firestar hérite d'une mission abominable, les portails de Krakoa sont piratés et deviennent des pièges affreux, Lourdes Chantel se sacrifie d'une manière déchirante, Charles Xavier se rend, Malicia opère un baroud d'honneur et un sauvetage in extremis... N'en jetez plus ! On est littéralement saisi par le massacre mutant, à la hauteur du premier (qui donna son titre à une saga culte), par la déroute des survivants, par le désespoir absolu qui étreint Xavier. Mais on est aussi intrigué par ce qu'on voit du côté de Mother Righteous (sur l'archipel de Krakoa basée dans l'Atlantique, et il est certain que cela va faire phosphorer les fans).

Visuellement, 80 pages, c'est l'occasion d'un défilé de dessinateurs et Marvel a convié stars confirmés et recrues en devenir. Adam Kubert ouvre la marche et plus tard donne une belle scène à Wolverine. Puis Luciano Vecchio lui succède, plus fade. Russell Dauterman, comme chaque année, se charge de la présentation de la nouvelle équipe : deux pages seulement, mais superbes. Ensuite, la catastrophe commence pour les héros et les artistes s'enchaînent : Javier Pina et Matteo Lolli ne font pas de quartier, RB Silva qui signe des pages magnifiques, Joshua Cassara ne fait que passer, Kris Anka a droit à un autre moment fort, et Pepe Larraz conclut en beauté. Franchement, c'est un régal pour les yeux, élégant, et brutal.

On a même droit à deux pages par Jonathan Hickman et Valerio Schiti, parfaitement intégrées au reste, qui introduisent deux des futurs protagonistes de leur projet G.O.D.S., de manière très habile. Cela suffit au binôme pour ironiser sur la fameuse affirmation de Magneto dans House of X #1 comme quoi, à présent, les mutants seraient les nouveaux dieux.

Maintenant, dans les mois à venir vont éclore de nombreuses mini-séries exploitant la situation, utilisant les survivants, ramenant des personnages qu'on n'a pas vus depuis des lustres (comme Alpha Flight), investissant plusieurs territoires. Je ne vais rien lire de tout ça. A vrai dire, je pense que cela aurait été bien plus fort et culotté de ne plus rien publier de mutant jusqu'en 2024, histoire de vraiment angoisser les fans et repartir sur des relaunchs, une nouvelle collection de séries (avec de nouveaux noms, comme celui, teasé à la San Diego Comic Con le week-end dernier, de New X-Men). 

Mais Marvel comme la nature a horreur du vide et préfère combler les mois prochains avec une avalanche de projets qu'on sait par avance très inégaux (en qualité et en intérêt). Une stratégie similaire au MCU qui, s'il avait misé sur un break après Avengers : Endgame, aurait permis au spectateur de souffler, de se remettre de ses émotions et pour les studios Marvel de créer une attente, un désir, un manque bien plus efficace. Selon l'offre qui sera proposée au terme de Fall of X, je verrais si ça m'intéresse de revenir lire des aventures mutantes. Ce Hellfire Gala donne un terrain fertile pour une sorte de nouveau départ. Aux scénaristes et editors de savoir en tirer la meilleure liqueur.

vendredi 5 mai 2023

SCARLET WITCH #5, de Steve Orlando et Russell Dauterman


Ce cinquième épisode de Scarlet Witch marque la fin du premier arc écrit par Steve Orlando. Et la dernière page m'a plongé dans un abyme de perplexité... Avant cela, c'est un festival d'action, et elle n'est pas mise en image par n'importe qui puisque Russell Dauterman remplace Sara Pichelli. C'est donc très beau et intense.


Scythia des Bacchantes revient à Lotkill, vêtue d'une armure en Mysterium, ce minerai qui résiste à la magie. Réclamant toujours que Wanda lui livre Darcy Lewis, elle l'affronte avec férocité... Jusqu'à ce que Scarlet Witch trouve un moyen d'abréger ce conflit...


Cet épisode est une sorte d'événement puisqu'il est donc dessiné, couverture et pages intérieures, par Russell Dauterman. Ce formidable artiste, qui a éclaté aux yeux du grand public, avec la partie du run de Jason Aaron sur Thor mettant en scène Jane Foster en déesse de la tonnerre, ne produit quasiment plus que des couvertures et des character's designs depuis.


Les rares fois où on a pu profiter de son talent de narrateur remontent à deux numéros de Giant-Size X-Men (Jean Grey & Emma Frost et Storm) écrits par Jonathan Hickman, et quelques planches lors des deux premières éditions du Hellfire Gala. Il a par ailleurs largement contribué à habiller les mutants et leurs invités lors ces parties organisées par Emma Frost, révélant son goût pour la haute couture.
 

C'est en vérité bien peu pour celui qui, donc, auparavant, était considéré comme un dessinateur sur lequel misait Marvel. Mais Dauterman semble y trouver son compte (il est vrai que parfois un cover-artist gagne davantage qu'un artiste régulier). Mais tout de même, c'est un peu du gâchis quand on a un tel coup de crayon que de ne pas l'utiliser pour raconter des histoires.

Le fait de l'avoir convaincu de mettre cet épisode en images était sans doute l'occasion de marquer le coup pour une série encore jeune et qui a l'air de bien fonctionner commercialement (avec qui plus est de bons retours critiques). Le mois prochain sortira non pas le n°6 mais un Annual (illustré par Carlos Nieto), qui sera surtout un prologue pour un des events Marvel de l'été, Contest of Chaos : je vais zapper cet Annual et cet event, et attendre la suite en Juillet avec le retour au dessin de Sara Pichelli.

En attendant, cet épisode est époustouflant visuellement. Dauterman n'a rien perdu de ses qualités de narrateur graphique, soutenu par les couleurs de Matt Wilson, son partenaire. L'affrontement entre Scythia et Scarlet Witch tient toutes ses promesses et Steve Orlando n'hésite pas à le rendre très brutal.

Réclamant toujours que Wanda lui livre Darcy Lewis qui a tué une de ses "soeurs" amazones, Scythia est une combattante féroce et qui, pour ne rien arranger, s'est forgée une armure en Mysterium, ce minerai étrange qui résiste à la magie et qui a été le fil rouge de la série depuis le début.

Wanda tente bien alors de lutter à mains nues mais face à son adversaire, elle est largement dominée (elle aurait dû demander à Steve Rogers de l'entraîner davantage...). Et elle s'en prend vraiment plein la figure. Les néo-féministes vont sûrement être épouvantés par ce spectacle, à moins qu'elles ne se rendent compte qu'il s'agit de deux femmes qui se battent.

Matt Wilson joue donc beaucoup avec le rouge du sang versé, du costume de Wanda et des manifestations magiques du pouvoir de Scarlet Witch. Dauterman découpe tout cela avec beaucoup d'énergie et un esthétisme toujours imparable, ce qui donne à des images violentes et magnifiques à la fois.

Steve Orlando, lui, a prouvé deux choses sur ce titre : d'abord qu'il écrit vraiment bien Scarlet Witch, à qui il a donné une vraie nouvelle impulsion, une sorte de réhabilitation. Et ensuite qu'il est bien plus doué quand il anime un personnage solo qu'une équipe (car son run sur Marauders est une vraie purge - mais qui semble vivre ses dernières heures - même s'il partage cette responsabilité avec Eleonora Carlini, dont les dessins sont un bordel innommable).

Pourtant, la dernière page ne va pas manquer de plonger bien des lecteurs dans la perplexité la plus profonde. Je ne vais pas vous spoiler mais on y assiste au retour d'un personnage mort récemment et qui semble à nouveau avoir basculer du côté obscur. Je ne sais pas où cela va mener, si cela va être développé ici et/ou ailleurs, dans d'autres séries X, mais il évident que Orlando n'a pas pu oser cela sans l'aval des autres scénaristes de la franchise. Ce qui est plus gênant, c'est que je ne vois pas bien où ça va mener et en quoi, surtout, c'est une bonne idée. Mais quitte à choisir, j'espère que ça ne va pas impacter trop Scarlet Witch (même si ça me paraît inévitable), en tout cas trop parasiter la suite.

Mais j'aurai l'occasion de revenir sur le futur mutant prochainement pour faire un point sur ce qui est déjà annoncé et ce que, moi, je compte faire.

jeudi 14 juillet 2022

X-MEN : HELLFIRE GALA #1, de Gerry Duggan et Kris Anak, C.F. Villa, Matteo Lolli et Russell Dauterman


Un an après sa première édition, voici le deuxième Hellfire Gala. Mais contrairement à l'an dernier, cette fois, tout se tient (presque) dans un seul numéro, à la pagination consistante (66 pages) et avec Gerry Duggan à la barre. Il est accompagné au dessin par Kris Anka, Matteo Lolli, C.F. Villa et Russell Dauterman. Pour un résultat qui sans être déshonorant manque singulièrement d'envergure.


Emma Frost cache sa contrariété au moment d'accueillir les invités du Gala du Club des Damnés. En effet, la fête est gâchée par Cyclope qui a révélé à Ben Urich que les mutants pouvaient désormais ressuciter. Et cela attise bien sûr des convoitises.


Au même moment sur Phobos, Nathaniel Essex/Dr. Stasis et Feilong écoutent Moira MacTaggert leur expliquer comment, grâce à Mary Jane Watson, elle va s'inviter à la fête pour mieux la gâcher et apporter des informations crucials à Orchis.


Cyclope obtient d'Emma une danse afin de lui ouvrir son esprit. Elle découvre ainsi qui est le Dr. Stasis tandis qu'elle apprend à Scott Summers quel rôle a joué Moira MacTaggert pour Krakoa et contre la nation mutante en s'alliant désormais à Orchis.


C'est l'heure de l'élection de la nouvelle équipe des X-Men. Moira rentre chez elle où elle est attendue par deux autres ennemis des mutants qu'elle compte également aider dans leur projet...

Forcément, la première réflexion que nous inspire ce X-Men : Hellfire Gala #1 cru 2022, c'est la dimension réduite par rapport à celui de l'an dernier où toutes les séries mutantes avaient été mobilisées en plus d'un numéro spécial (Planet-Size X-Men). Jonathan Hickman, Gerry Duggan, Benjamin Percy, Vita Ayala, Tini Howard, Si Spurrier, Al Ewing avaient vu les choses en très grand autour d'un dispositif ingénieux (chaque épisode montrait un point de vue différent sur la fête et sa surprise finale).

Hickman parti, Marvel a revu ses ambitions nettement à la baisse et le Hellfire Gala 2022 tient (presque uniquement) dans ce numéro de 68 pages avec le seul Gerry Duggan à la manoeuvre. On est donc légitimement un peu déçu et ce sentiment ne nous quitte jamais durant la lecture et ensuite. 

Commençons par parler de la partie grtaphique qui m'a déjà questionné. L'épisode s'ouvre par huit pages signées Kris Anka, fidèle à lui-même : des personnages aux traits anguleux, une absence notable de décors, une narration fantomatique. Comme Lucas Werneck, Anka est un character's designer talenttueux (quoique non sollicité pour habiller les invités du gala) mais pas vraiment un storyteller. Son introduction ne sert pas à grand-chose.

C.F. Villa lui succède pour les dix-neuf planches suivantes (et aussi les deux dernières de l'épisode). Sa prestation est plus correcte sans être flamboyante. Ce qu'on en retire, c'est toujours un manque de dynamisme gênant, un peu comme s'il ne savait pas comment mettre le script en scène de manière un tant soi peu inspirée. C'est dommage, mais ça prouve surtout que Marvel n'a clairement pas confié ce numéro soi-disant événementiel à des artistes de premeir plan.

Matteo Lolli, qui a beaucoup collaboré avec Duggan sur Marauders, prend le relais. C'est un dessinateur que j'ai toujours trouvé moyen, sans être désagréable. Il se taille la part du lion en enchaînant dix neuf planches d'abord, puis en revenant pour les pages 48 à 55 et enfin 62-63. Sa prestation est honnête, sans éclat, mais sans faute non plus. Toutefois, le voir ainsi aller et venir tout au long de l'épisode donne la curieuse impression qu'il a comblé les trous et réalisant ce que ses collègues n'ont pas eu l'énergie ou le temps de compléter - encore une fois, éditorialement parlant, ce n'est pas top.

Enfin, Russell Dauterman, comme l'an passé, signe la scène de l'élection. Comme il est largemetn au-dessus de ses collègues, ses planches sont les plus abouties et les plus belles. Mais il n'en dessine que six, ce qui ne fait vraiment pas lourd. Je déplore que cet artiste si élégant se consacre presque exclusivement à des couvertures (actuellement pour X-Men : Red, mais aussi des variants covers), mais je prends quand même avec plaisir ce qu'il distribue.

Passons maintenant au contenu de l'épisode.

Duggan insiste d'entrée de jeu sur la révélation publique du secret des mutants : suite aux confidences de Cyclope à Ben Urich, tout le monde sait à présent que les X-Men sont immortels. Cela va véritablement être le fil rouge du numéro et empoisonner la soirée de Emma Frost. De son côté, Cyclope est regardé en chien de faïence par nombre de ses semblables. Mais bizarrement, il y a un mutant qu'on voit très, très peu durant tout ça (une case en tout et pour tout !) et dont on aurait pourtant apprécié de connaître la réaction : c'est Charles Xavier. De façon plus générale, les membres du conseil de Krakoa sont très (trop) discrets dans ce numéro alors qu'on aurait pu s'attendre à ce qu'ils convoquent Cyclope pour une explication en règle.

Revenons à Emma Frost : Duggan apprécie le personnage et il en fait la vedette du show. Elle change moins de toilette que l'an dernier mais elle déambule tout au long de l'épisode, échange avec beaucoup de personnages, elle est vraiment sur le devant de la scène en permanence. Je crois même pouvoir affirmer que Duggan aurait apprécié de l'intégrer à nouvelle équipe de X-Men (comme on peut le deviner nettement dans un dialogue lors de la scène de l'élection). Y a-t-il renoncé parce que Emma est aussi présente dans Immortal X-Men de Kieron Gillen et qu'elle occupe plus que jamais une place majeure au sein du conseil de Krakoa ? Ou par que Jordan White, l'editor-in-chief de la franchise X, a posé son veto, estimant que Jean Grey devait rester aux côtés de Cyclope ?

En tout cas, en suivant Emma Frost, on remarque déjà une chose surprenante : comme l'an dernier, Marvel a beaucoup communiqué sur le vestiaire exubérant des invités et des mutants au gala (designé pour l'essentiel par Russell Dauterman). Or, on ne voit quaisment rien de ce défilé, et pour certains personnages, ils sont même absents de l'épisode (Black Widow notamment) ! C'est comme si des caméos de prestige avaient été coupés au montage !

Malgré tout, Duggan se rattrape avec des dialogues bien sentis : Dr. Fatalis qui se demande si, après tout, David Bowie était un mutant (petite blague amusante), Captain America qui conseille à Emma de ne pas compter que sur des mutants dociles pour défendre Krakoa (référence à une vieille altercation entre le Cap et Malicia mais aussi aux Uncanny Avengers), Stark qui rabat le caquet à Feilong, Stark qui suggère à Firestar de devenir son espionne au sein des X-Men, Emma et Firestar qui ont du mal à enterrer la hâche de guerre (un vieux contentieux là aussi car Angelica Jones a longtemps préféré les Avengers aux X-Men), le petit coup de pute de Forge à Cyclope en imposant Havok dans la nouvelle formation des X-Men... Tous ces petits moments composent ce que cet épisode a de meilleur.

Arrêtons-nous un instant sur la nouvelle équipe : déjà, surprise, c'est la Sorcière Rouge qui annonce la composition. Je pense que sa présence est désormais tolérée sur Krakoa depuis la mini Trial of Magneto (que je n'avais pas eu le courage de finir). En tout cas, ça fait plaisir de revoir Wanda dans les parages sans qu'elle soit dépeinte comme une vilaine ou une folle (si Al Ewing pouvait la récupérer dans X-Men : Red, je serai comblé). L'autre surprise, c'est que l'élection, contrairement à ce que je pensais, ne se joue pas de la même manière pour tous. Ainsi, Synch, Marvel Girl et Cyclope veulent rempiler et c'est accepté sans discussion - ce qui est surtout étonnant pour Cyclope (vraiment je trouve très léger que le choix qu'il a fait de révéler le secret de Krakoa ne soit pas davantage jugé, voire sanctionné par le conseil). 

Ensuite, là encore, contrairement à l'an passé, les mutants ne votent pas pour les autres membres : certains sont choisis par ceux qui restent (Forge designé par Cyclope) ou arrivent (Havok désigné par Forge, Firestar par Emma Frost et Iceberg), les autres se portent volontaires (Iceberg, Magik). Et enfin on constate qu'on est passé d'un groupe avec quatre femmes pour trois hommes à un groupe avec quatre hommes et trois femmes. Le résultat est en tout cas inattendu mais aussi référencé : Iceberg-Firestar, c'est un clin d'oeil aux Amazing Friends de Spider-Man mais aussi aux Amazing X-Men de Jason Aaron, Forge est l'invité qu'on n'attendait vraiment pas, Havok aux côtés de son frangin risque de provoquer des étincelles, Magik a une promotion méritée. C'est une formation inédite, intéressante, imprévisible, puissante. Prometteuse.

Faute de grand événement comparable à la terraformation de Mars, Duggan a profité de ce numéro pour avancer des pions pour sa seconde saison aux commandes de la série X-Men. Bien que je ne l'ai pas lue, la mini-série X Lives/X Deaths of Wolverine (de Percy, Cassara, Vicentini) a transformé Moira MacTaggert chassée de Krakoa en androïde résolue à se venger. On peut discuter de cette évolution, tout comme on peut revenir sur le fait que Hickman ait banni le personnage au terme de Inferno, mais je préfère pour ma part attendre de voir où ça va aller avant de me prononcer. En tout cas, désormais, Moira s'est alliée avec Orchis (mais pas seulement comme on le découvre à toute fin du numéro...) pour exterminer les mutants et ça, comment dire, ça pique un peu plus car on retombe clairement dans le schéma persécuteur-persécuté que Hickman avait réussi à reléguer au second plan (en se concentrant sur l'émergence de Nimrod). Mais bon, là aussi, attendons de voir comment Duggan va exploiter ça (d'autant qu'il prépare aussi le retour des Enfants de la Voüte à l'Automne).

Ce que j'ai trouvé pas terrible, c'est la manipulation de Mary Jane Watson par Moira pour gâcher la fête : tout ça tombe à plat (la scène avec Proteus est ratée) et renvoie même à un prochain épisode de The Amazing Spider-Man. Je sais pas mais il me semble qu'Orchis avait sûrement d'autres moyens, moins tordus, d'infiltrer le gala, notamment avec Essex et ses clones, ou même Feilong (dont, inexplicablement; personne ne fait grand cas alors qu'il tape l'incruste sans se cacher). La fin de l'épisode, que je ne divulgâcherai pas, renvoie elle à une publication X imminente mais là aussi, j'ai du mal à comprendre, à admettre même, que les autres alliés de Moira aient besoin d'elle pour leurs sombres desseins anti-mutants. Je me demande si en fait Moira ne va pas finir par être la victime de son propre double jeu, d'autant qu'elle ne peut se réincarner. Wait and see.

Au final, donc, ce X-Men : Hellfire Gala version 2022 est très inégal, incontestablement moins réussi que le précédent. J'ignore si Marvel va répéter l'opération chaque année : en soi, ça ne me déplairait pas car le principe reste de modifier la composition des X-Men. Mais il faudra à tout le moins que celui qui écrira le prochain numéro avec cette élection se montre plus inspiré.

vendredi 11 juin 2021

HELLFIRE GALA, CHAPITRES IV - V : EXCALIBUR #21 (Tini Howard / Marcus To) - X-MEN #21 (Jonathan Hickman / Nick Dragotta, Russell Dauterman, Lucas Werneck, Sara Pichelli)

 

Pour sa deuxième semaine de parution, l'event Hellfire Gala reprend avec Excalibur #21, écrit par Tini Howard et dessiné par Marcus To.



L'équipe d'Excalibur fait son entrée. Rictor n'a pas le coeur à la fête en l'absence d'Apocalypse et il repousse même Battlestar, son ancien amant, quand celui-ci se présente devant lui. Par ailleurs, Pete Wisdow informe Captain Britain que l'ambassadeur anglais parlemente avec le Pr. X et Emma Frost.


Reuben Brousseau annonce à ses hôtes que la Grande-Bretagne rompt ses relations avec Krakoa : les remèdes fournies par les mutants leur seront rendus, en contrepartie Excalibur doit partir du sol anglais et les portails avec l'île doivent être désactivés.


De retour au Royaume-Uni avec Brousseau, Wisdom est sacrifié par le Couvent d'Akkaba pour réveiller Morgane la Fée dans l'Outremonde. Rictor, en représailles, déplace le phare d'Excalibur des côtes britanniques avant de se réconcilier avec Battlestar.


La suite se déroule dans X-Men #21, écrit par Jonathan Hickman et dessiné successivement par Nick Dragotta, Russell Dauterman, Lucas Werneck et Sara Pichelli.


Réception. Charles Xavier et Magneto s'entretiennent à l'écart de la fête avec Namor à qui ils proposent de sièger au conseil de Krakoa. Mais le souverain atlante refuse, arguant qu'il règne déjà sur 75% de la planète et n'entend pas en rester là.


Election. Cyclope réclame l'attention de l'assistance avant que Jean Grey ne se connecte télépathiquement à tous les mutants présents pour qu'ils élisent leurs X-Men. Malicia, Sunfire, Wolverine (Laura Kinney), Synch et Polaris les rejoignent sur scène.


Exode. Cyclope commande un verre au bar quand il est abordé par le producteur Kevin Feige qui le questionne sur son histoire. Le mutant la résume en expliquant avoir suivi l'idéal du Pr. X et en croyant à ses promesses, en y prenant désormais, avec les X-Men, une part plus active.


Feux d'artifice. Emma Frost monte à son tour sur scène et demande à tous les invités de lui ouvrir leurs esprits pour assister à une dernière animation spectaculaire.

Les deux épisodes de cette deuxième semaine de parution de l'event Hellfire Gala sont de valeur très inégale. Mais l'un d'eux marque une étape importante pour le futur de la franchise, quand bien même Marvel a préféré gâcher la surprise depuis plusieurs semaines, privant Jonathan Hickman d'un moment qui aurait été bien plus intense.

Commençons par parler du vingt-et-unième épisode d'Excalibur. Tini Howard se trouve dans un position moins favorable que celle qu'elle occupait lors de X of Swords, dont elle avait co-conçu l'architecture l'an dernier. Cette fois, elle doit se mettre au service d'un plan élaboré par un autre, et il faut bien dire que la scénariste ne joue pas le jeu, comme si l'exercice contrariait ses propres projets.

Bien qu'au début de Dawn of X, j'avais essayé de lire Excalibur, j'avais très vite abandonné car d'une part j'étais dérangé par le titre donné à cette série qui n'avait vraiment rien à voir avec son incarnation initiale et la plus mémorable (je veux, bien entendu, parler de la série de Chris Claremont et Alan Davis, indépassable). Pourtant, le projet était alléchant puisqu'il s'agissait d'explorer les rapports des mutants avec la magie, de Krakoa avec l'Outremonde. Mais Tini Howard ne m'a pas convaincu.

Je ne suis pas le seul à être dérouté par Excalibur version Dawn of X car souvent les mêmes reproches reviennent pour la caractériser : un rythme trop lent, des intrigues capillotractées, des caractérisations de personnages paresseuses. Néanmoins, Hickman s'était appuyé sur ce qu'écrivait Howard pour constituer l'histoire de X of Swords et la développer avec elle, mais heureusement on pouvait tout comprendre de cette saga sans avoir suivi Excalibur.

Qu'observe-t-on ici ? L'élement le plus notable concerne le rupture des relations diplomatiques et commerciales entre la Grande-Bretagne et Krakoa, formulée par l'ambassadeur Reuben Brousseau. Ce dernier fait partie du Couvent d'Akkaba, qui réunit des conspirationnistes voulant remettre la main sur le royaume d'Avalon dans l'Outremonde, actuellement dirigé Jamie Braddock/Monarch (installé sur le trône par les manigances d'Apocalypse). La disparition de Betsy Braddock/Captain Britain à la fin de X of Swords a achevé de convaincre ces dissidents de rompre avec Krakoa, au prétexte que la protectrice du Royaume-Uni les avait abandonnés. Mais Betsy est revenue récemment d'entre les morts (elle avait été vaincue par Isca l'imbattable durant le tournoi entre arakki et krakoans).

Bien entendu, l'ambassadeur et ses complices dans l'ombre ont une idée derrière la tête : il s'agit de Morgane la Fée, qu'ils entendent placer sur le trône d'Avalon en supprimant Monarch. En atttendant, les anglais sont prêts à rendre aux mutants leur médecine à condition que l'équipe d'Excalibur quitte leur territoire et que le portail de Krakoa sur l'île britannique soit désactivé. 

Pete Wisdom, ancien membre d'Excalibur et intermédiaire entre son pays et Krakoa, va connaître un funeste sort à l'issue de cette machination ourdie par le couvent. De son côté, Rictor, qui n'avait déjà pas le coeur à la fête, déplorant qu'Apocalypse soit absent (alors qu'il a contribué de manière décisive à la constitution de Krakoa, mais aussi au retour en forme du mutant), riposte en décrochant le lopin de terre sur lequel se trouve le phare d'Excalibur des côtes anglaises.

En soi, tout cela n'est pas mauvais. Mais j'ai eu le sentiment que Tini Howard avait plus à coeur de faire progresser l'intrigue de sa série que de participer au déroulement du gala du Club des Damnés. Tout ce qu'elle raconte n'est vraiment intéressant que pour ceux qui lisent sa série, mais on zapperait cet épisode que cela n'affecterait pas l'event. Ensuite, tout va très vite, mais trop vite : il est peu crédible que les mutants n'aient pas anticipé le mouvement de recul des britanniques et même ce qui attendait Wisdom (d'ailleurs comment se fait-il que son appel au secours ne soit reçu par personne ensuite ?). Enfin, la mauvaise humeur de Rictor m'a paru exagéré et ses réactions trop appuyées tout comme ses vire-volte (il repousse séchement Battlestar puis se réconcilie au clair de lune avec lui) : sur ce personnage précis, j'ai toujours eu du mal avec le fait qu'on ait changé son orientation sexuelle pour en faire un mutant gay, alors qu'à l'origine (quand il est apparu dans X-Factor puis X-Terminators) il était amoureux de Tabitha Smith/Boom-Boom. Je n'ai rien contre les mutants homosexuels mais j'ai l'impression qu'ils le sont devenus de manière forcée (comme Vega, qui était écrit par John Byrne dans Alpha Flight comme un vrai tombeur et qui a fini par épouser un homme des années après).

Howard s'éloigne aussi franchement de l'event quand elle glisse une scène entre Diablo et Meggan où il la félicite pour sa grossesse, alors que Captain Avalon (Brian Braddock) n'est pas encore au courant. Qu'est-ce que ça vient faire là ? Il sera quand même intéressant de voir comment la scénariste va gérer son titre dans les prochains mois puisqu'elle va en perdre un nouveau membre (après Apocalypse, reparti avec sa femme Genesis, c'est au tour de Malicia de faire ses valises).

Heureusement, on enchaîne avec X-Men #21. C'est donc le dernier épisode de la série avant son relaunch le mois prochain, mais surtout le dernier qu'écrit Jonathan Hickman. Et il part en beauté, avec un numéro dense et fluide comme il en a le secret, parfaite rampe de lancement pour Gerry Duggan qui va lui succéder mais aussi pour de futures pistes narratives.

L'épisode est plus long et se découpe en quatre parties, à différentes heures de la journée du gala, chacune étant illustrée par un artiste différent. C'est Nick Dragotta qui démarre avec une scène intimiste où Charles Xavier et Magneto retrouvent Namor. La dernière fois que les mutants que le Pr. X avait parlé avec le souverain atlante remonte à Powers of X #5 et ça ne s'était pas passé comme il l'aurait souhaité. IL tente une nouvelle fois d'amadouer l'impétieux roi des océans et lui offrant un siège au Conseil de Krakoa... Et essuie un nouveau refus. Namor argumente à sa manière, arrogante mais logique : que lui importe une place dans ce gouvernement et sur une île quand il a autorité sur 75% de la surface de la Terre. Et n'entend pas en rester là. Hickman sait écrire Namor, tête à claques incorrigible, mais dont la puissance ne fiat aucun doute et dont les ambitions et les motivations sont assumées. Le scénariste se permet même de clore cette scène sur une image qui renvoie directement aux Illuminati dans son run sur Avengers puisque Namor rejoint Captain America, Iron Man et Black Panther.

Nick Dragotta est un choix malin pour ce segment car son style graphique est parfait pour représenter Namor dans toute sa majesté et sa suffisance. On pourra déplorer que ce personnage fabuleux n'ait pas profité d'un redesign de son costume car celui dont on l'a affublé depuis des années est certainement le plus moche qui soit. Les couleurs chaudes de Frank Martin ajoute à l'intensité de la scène.

Le morceau suivant est sans doute le clou du spectacle. Marvel, je persiste à le dire, a fait une erreur en révélant à l'avance la composition de cette nouvelle équipe des X-Men, juste pour s'assurer que les fans pré-commandent le n°1 de Juillet (comme si ces mêmes fans allaient soudain bouder le titre). Néanmoins, malgré ce handicap, Hickman réussit un petit prodige en mettant en scène l'élection, dont le procédé s'avère aussi ingénieux que raccord. 

Russell Dauterman nous gratifie, comme toujours (mais trop rarement à mon goût) de planches magnifiques, en particulier quand il saisit les expressions des mutants choisis par leurs pairs, parvenant à rendre chaque moment unique (la surprise de Laura Kinney, la joie de Synch, l'indifférence de Sunfire, l'émotion de Polaris, le ravissement de Gambit pour Malicia). On notera aussi, donc, que cette formation est majoritairement féminine (avec quatre X-women sur sept membres) et puissante (de quoi réserver du spectacle pour la future série, dont les premières pages de preview commencent à être révélées).

Puis on a droit un troisième segment particulièrement savoureux. Cyclope aide un humain à avoir un verre au bar (l'Homme Multiple joue les serveur) quand il est abordé par... Kevin Feige ! Le big boss de Marvel, qui chapeaute désormais aussi bien le département cinéma que comics de l'éditeur. Lucas Werneck réussit parfaitement à le dessiner, avec son indéboulonnable casquette. Et Hickman s'amuse visiblement à montrer Cyclope quasiment "pitcher" son histoire au célèbre producteur (alors que l'avenir des mutants dans le MCU reste un mystère).

Enfin, on a droit à un dernier segment purement "Hickmanien", dessiné par Sara Pichelli. L'artiste italienne, autrefois valeur montante de Marvel dont la carrière a sombré de projets hasardeux (la mini Spider-Man : Bloodline par JJ Abrams) en jobs de misère (cover-artist pour America Chavez : Made in the USA), est méconnaissable sur les pages qu'elle signe, incapable de se hisser à la hauteur de l'occasion en or qu'on lui offre de se refaire la cerise. C'est vraiment triste.

Mais ça n'arrête pas Hickman qui met en scène Emma Frost pour le feu d'artifice final du gala. Et bien sûr, ce n'est du tout ce à quoi on peut s'attendre : la dernière page nous laisse dans un songe nébuleux, propice aux spéculations, avec la promesse qu'il s'agit d'un moment que personne n'aurait voulu rater. Sacré Hickman ! C'est le roi du teasing. Vivement Inferno pour (peut-être) en savoir plus...

Rendez-vous la semaine prochaine pour Planet-Size X-Men #1 (à qui je dédierai une critique à part entière), X-Corp #2 et New Mutants #19... 

jeudi 17 septembre 2020

GIANT-SIZE X-MEN : STORM#1, de Jonathan Hickman et Russell Dauterman

 

Giant-Size X-Men : Storm est le dernier numéro de cette collection (bien que je pense qu'on en verra une autre, identique, dans l'avenir). Pour ce cinquième volet, et alors que les #2 et 3 étaient dispensables (et très moyens), on revient à l'intrigue initiée dans le #1 et poursuivie dans le #4. Jonathan Hickman conclut en beauté ce quintette, accompagné à nouveau par Russell Dauterman, magistral.


Jean Grey apprend à Tornade que les savants de Krakoa ont échoué à trouver un remède au techno-virus que lui ont inoculé les Enfants de la Voûte. Alors que Emma Frost s'apprête à proposer d'autres options, Monet St-Croix l'interrompt pour indiquer une issue.


Grâce à Fantomex, qui monnaie l'entrée, et à Ned, l'ex-agent de l'AIM, Tornade, accompagnée de Cypher et Monet, pénètre dans le Monde. Aussitôt le système de défense de l'endroit se déclenche et le groupe réagit en contre-attaquant.
 

Tornade comprend que face à ce chaos il lui faut imposer un nouvel ordre et elle créé une tempête. Mais l'effort lui fait perdre connaissance. Quand elle revient à elle, Fantomex présente au groupe son "frère", Ultimaton, gardien du Monde, et un dispositif capable de sauver Tornade.


Elle s'introduit dans une pyramide lumineuse dont Ned active le procédé de séparation du techno-virus. Cette manoeuvre aboutit positivement pour Tornade mais il faut ensuite contenir l'infection. Ce dont se charge Ned.


Fantomex décide de rester dans le Monde avec Ned. Cypher, avant d'en sortir, communique avec l'intelligence artificielle de l'endroit et ils conviennent tous deux de garder un oeil sur chacun...

Cette collection de Giant-Size X-Men a été une expérience intéressante même si elle a connu des fortunes diverses. 

Avec le recul, on reste perplexe sur les n° 2 et 3, trop détachés du reste (même si le n°3 semble préparer le terrain pour une partie future des Marauders - en effet, Emma Frost a fait allusion, dans les derniers épisodes de la série, à une réception qu'elle compte donner, sans qu'on sache en quel honneur, mais il me semble évident que cela aura lieu sur l'île que Magneto lui a permise d'acquérir via Namor).

En revanche, je ne sais toujours pas ce que Hickman compte faire de l'histoire avec Nightcrawler dans l'ancienne école de Xavier.

Revenons à nos mutants (oui, je sais, le jeu de mots est facile). Et en l'occurrence au cas de Tornade qui a été victime d'un empoisonnement par les Enfants de la Voûte (je dis "la Voûte" bien que Panini ait traduit cela par le passé par "la Crypte", mais en vo il s'agit de Children of the Vault). Au terme du premier chapitre, Emma Frost et Jean Grey, après avoir sondé l'esprit d'Ororo Munroe, avaient déterminé qu'elle n'avait plus que trente jours à vivre, faute de soins appropriés.

L'heure a tourné et les savants de Krakoa ont échoué à trouver un remède. Monet St Croix propose alors une cure alternative qui, comme on l'a vu à la fin de Giant-Size : Fantomex, conduit au mercenaire cloné par l'AIM.

Jonathan Hickman nous entraîne alors, à un rythme soutenu, dans un trip halluciné avec un groupe de mutants dont il n'est pas difficile de deviner qu'ils font partie de ses favoris. On le savait pour Cyher (le scénariste l'avait confessé en interview), mais le retour sur le terrain de Monet St Croix (après la mission suicide de House of X) prouve qu'elle est aussi une des chouchoutes. Evidemment Tornade, établie comme une sorte de grande prêtresse de la Nation X, et Fantomex sont de la partie. Ajoutez-y l'irrésistible Ned, ancien agent de l'AIM, et servez chaud.

Le décor du Monde plait visiblement à Hickman qui est friand des zones où tout est possible. Et en collaborant à nouveau avec Russell Dauterman (qui avait dessiné le #1), il sait qu'il peut s'y amuser sans restrictions. Pourtant, derrière l'action trépidante, demeure l'incertitude concernant Tornade. Il était peu probable que le scénariste la sacrifie, mais il sait entretenir un vrai suspense sur sa guérison.

Comme il sait le faire, Hickman n'explique pas comment exactement la déesse s'en sort, c'est un mélange de technologie et de magie qui résout tout. En tout cas, le personnage de Tornade, si mal écrit ces dernières années, recouvre toute sa superbe, toute sa majesté. Je sais que la caractérisation radicale imprimée par l'auteur aux X-Men déroute, et même hérisse, certains fans qui ne reconnaissent plus leurs héros. 

Pour ma part, même si j'ai des réserves sur certains acteurs et leur traitement (Nightcrawler en premier), je considère que Hickman rend un fier service aux mutants en les dotant d'une personnalité plus tranchée mais surtout plus conforme à leur nouvel environnement. Certes, ils ne sont plus si sympas, si attachants. Mais au moins ils sont sortis de cette spirale victimaire dans laquelle ils étaient prisonniers depuis trop longtemps. Et puis, je l'ai déjà dit et je le répète, qui a décrété qu'il ne fallait écrire que des comics avec des gens gentils, prêts à tendre l'autre joue, résignés à leur sort ? 

En vérité Hickman renvoie les X-Men à leur étrangeté originelle. Des outsiders dans un monde qui les craint. La différence, c'est qu'avant lui les mutants suivaient une ligne assez majoritairement passive, soumis aux événements. Désormais ils sont proactifs et offensifs. C'en est fini de la période où les X-Men subissaient, quitte maintenant à passer pour une tribu sectaire.

Tornade, de ce point de vue, est peut-être une des représentantes les plus emblématiques de cette révolution. Dans un passé encore récent, les mêmes lecteurs qui sont aujourd'hui décoiffés par Hickman se lamentaient de la voir écrite comme une femme hautaine, une sorte de troisième voie entre Cyclope, qui sombrait dans la noirceur, et Wolverine, qui se revendiquait de l'héritage de Xavier. Hickman n'a pas cherché à atténuer ce côté hautain, il l'a même souligné en mettant en scène Tornade comme une sorte de révérend qui exhorte les foules mutantes à célébrer les miracles des Cinq et les résurrections des X-Men tombés au champ d'honneur. On pourrait presque s'attendre à la voir chanter un "Hallelujah" avec un choeur gospel devant des fidèles en transe.

Elle en a l'allure comme la dessine Russell Dauterman, ostensiblement sous le charme. Avec lui, Ororo est une vraie déesse, avec une chevelure argentée immense, une silhouette impériale, un port de tête altier. C'est une force de la nature en marche, qui affronte sa maladie avec fierté. Elle a l'autorité naturelle d'un leader, comme l'atteste sa présence au sein du Conseil de Krakoa, aux côtés de chefs-nés comme Xavier, Magneto, Apocalypse.

Dauterman dessine les plus belles X-women depuis des lustres (depuis Paul Smith donc). Voyez sa Monet St Croix : il lui donne un côté oriental incroyablement séduisant, et même quand elle se transforme en guerrière, elle conserve une puissance sexy indéniable. A côté de ces deux femmes, les hommes ne sont pourtant pas négligés. Fantomex garde sa part de mystère, et Cypher est ce jeune homme secret, malicieux, intimidé mais plein de ressources. On notera d'ailleurs que pour la première fois Hickman et Dauterman affichent franchment le duo Cypher-Warlock en action, et introduisent ainsi dans le récit une part de fantaisie, d'humour, comme avec le personnage de Ned (ce savant de l'AIM dissident, à la solde de Fantomex, et qui exulte dans le Monde, un labo géant pour lui).

Peut-on parler de décor ? Il est en tout cas certain que le Monde offre à un artiste inspiré l'occasion de se défouler avec une imagerie baroque et Dauterman se montre très à l'aise dans l'exercice. Il réussit magistralement à restituer la folie chaotique, cauchemardesque de ce no man's land, qui semble imaginé par Salvador Dali. Même si Fantomex et Ned décident d'y rester à la fin, je parie qu'on y retournera.

Un dernier mot au sujet de la colorisation : Matt Wilson est un des meilleurs dans son domaine, et la variété des artistes avec qui il collabore démontre à quel point son talent est protéiforme. Comme avec Chris Samnee, sa complicité avec Dauterman est fondée sur de longues années. Les deux sont sur la même longueur d'ondes et les compositions de l'un motive particulièrement l'autre au moment de les mettre en lumière. C'est donc là aussi un élément décisif pour apprécier le spectacle, splendide et bizarre.

Tornade, si on en croit l'editor Jordan White, est appelée à connaître de nouvelles évolutions, en 2021 elle est même au programme d'une histoire dont elle sera le centre. Ce Giant-Size X-Men rappelle à la fois sa profondeur, sa beauté et son potentiel.

dimanche 1 mars 2020

GIANT-SIZE X-MEN #1 : JEAN GREY & EMMA FROST, de Jonathan Hickman et Russell Dauterman


Giant-Size X-Men : Jean Grey & Emma Frost est le premier de cinq épisodes spéciaux qui vont tous paraître en 2020, centrés chacun sur un (ou deux comme ici) personnages emblématiques des X-Men. C'est bien entendu une référence à Giant-Size X-Men de 1975, par Len Wein et Dave Cockrum, qui introduisit la deuxième génération de mutants. Mais Jonathan Hickman en fait aussi un hommage à un célèbre épisode écrit par Grant Morrison et dessiné par Frank Quitely. Pour cela il peut compter sur un artiste exceptionnel avec Russell Dauterman. Le résultat est simplement extraordinaire.


Deux jeunes mutants découvrent le corps inanimé de Tornade. Cyclope et Wolverine appellent Emma Frost et Jean Grey à l'aide. Elles s'isolent dans une pièce où leur amie a été transportée, toujours sans connaissance.


Elle sondent l'esprit d'Ororo Munroe et les voilà dans un champ. A l'horizon un arbre géant au-dessus duquel flotte le diadème de Tornade. L'arbre est gardé par un lion et une lionne qui reconnaissent Jean comme une amie mais pas Emma.


La lionne se transforme en serpent et tente de tuer Emma mais Jean se porte à son secours. Le serpent devient un éléphant ailé qui transporte les deux femmes au pied de l'arbre. Elles y pénètrent et commencent à gravir un escalier en colimaçon qui s'émiettent sous leurs pas.


Jean et Emma tombent dans le vide et les ténèbres mais, en unissant leurs forces psychiques, elles en viennent à bout. Elles arrivent au sommet de l'arbre où elles découvrent un cocon qui suinte et se craquelle. Tornade s'en extrait, très faible.


Jean l'étreint et caresse son visage mais sa peau reste collée à ses doigts, révélant un squelette robotique et un compte à rebours. Emma et Jean retrouvent Cyclope et Wolverine et livrent leur diagnostic : les Enfants de la Voûte ont inoculé un techno-virus à Tornade, dans trente jours elle sera morte.

On sort de ces trente-six pages totalement époustouflé par le spectacle mais aussi le propos. C'est une véritable expérience narrative et graphique à laquelle nous convient Jonathan Hickman et Russell Dauterman. A ce titre, Giant-Size X-Men : Jean Grey & Emma Frost est le comic-book de la semaine, le plus beau que vous lirez, le plus intriguant aussi.

Mais c'est d'abord un double tribute : d'abord donc au premier Giant-Size X-Men produit en 1975 par Len Wein et Dave Cockrum, qui introduisit la deuxième génération de X-Men, cette équipe formée par Charles Xavier pour sauver Jean Grey, Angel, le Fauve, Iceberg, Polaris et Havok, sous la direction de Cyclope. On faisait alors connaissance avec des personnages devenus depuis les véritables emblèmes de la "mutanité" : Wolverine,, Tornade, Diablo, le Hurleur, Colossus, l'Epervier. Grâce à Chris Claremont, ces héros allaient non seulement devenir des vedettes, encore plus fameuses que la première génération de mutants, mais surtout des phénomènes culturels. Encore aujourd'hui, c'est à ces X-Men là que Hickman se réfère pour "Dawn of X".

Ensuite, par sa nature même, cet épisode salue New X-Men (vol. 1) #121, Silence : Psychic rescue in progress, paru en Février 2002, écrit par Grant Morrison et dessiné par Frank Quitely. Pendant ce mois-là, Marvel eut l'idée, géniale, d'imposer à ses auteurs de produire un épisode muet, un défi narratif et visuel, mais s'inscrivant dans la continuité des séries. Celui de Morrison et Quitely impressionna durablement tous ceux qui l'ont lu par sa virtuosité et sa lisibilité, son ambiance fascinante, son histoire vertigineuse (où on découvrait que Charles Xavier avait tué in utero sa jumelle, Cassandra Nova).

Cette fois, c'est l'esprit de Tornade qui est visité par Jean Grey et Emma Frost : Ororo Munroe est trouvée sans connaissance sur Krakoa par deux jeunes mutants. Nul ne sait ce qui lui est arrivé et ne parvient à la réveiller. C'est littéralement Into the Storm (le titre de l'épisode) que se trouve la réponse.

Mais Jonathan Hickman n'est pas du genre à nous livrer les réponses facilement. C'est un voyage qu'il faut entreprendre, à la suite de Jean Grey et Emma Frost, pour accéder à la solution de cette énigme. Pourtant, si tout est cryptique, riche en symboles, rien n'est nébuleux. Il suffit de se laisser porter et alors... Dépaysement garanti.

Juste avant cette introspection, on a droit à un moment facétieux, qui conforte la théorie polyamoureuse concernant Cyclope, Wolverine, Jean Grey et, peut-être, Emma Frost. En effet, quand elle arrive pour sonder l'esprit de Tornade, Jean embrasse tendrement, sans équivoque possible, Wolverine, entérinant le fait qu'il y a bel et bien un ménage à trois avec Cyclope, lequel s'autorise certainement une relation avec Emma (comme il l'a implicitement avoué à Diablo dans X-Men #7). Bien entendu, il n'est pas question de représenter directement un triangle amoureux, voire un quatuor, dans leur intimité sexuelle (on peut même facilement imaginer que Cyclope et Wolverine sont également amants), mais Hickman ne fait clairement pas mystère du fait que tout ce beau monde couche ensemble et ne sont donc pas que des co-équipiers au sein des X-Men.

Le fait, alors, de pénétrer dans l'esprit de Tornade prend une dimension plus trouble. Il ne s'agit pas seulement de sonder les pensées d'une amie pour découvrir quel mal l'a touché, mais bien d'explorer son intimité, et cela suggère quelque chose d'encore plus osé (tous les mutants sont susceptibles de coucher ensemble).

Hickman sème les symboles sur l'esprit de Tornade : les gardiens de l'arbre (qui est en quelque sorte le récipient de son secret) sont un lion et une lionne, fauves emblématiques de l'Afrique sauvage dont est originaire Ororo Munroe. Le serpent qui attaque Emma figure le reptile du jardin d'Eden en même temps qu'un animal aussi sinueux que la mutante à la peau de diamant. L'escalier en colimaçon par sa forme en spirale forme un chemin tortueux et possiblement sans fin, mais au lieu d'être représenté en train de s'enfoncer il est montré comme une voie ascendante et périlleuse. Le cocon renvoie lui à celui duquel sortent les mutants ressuscités lors du protocole des Cinq, mais aussi à l'oeuf dont s'extrait un être vivant. A moins que cet être ne soit plus qu'un avatar, un ersatz, dont l'aspect trompeur cache le mal qui le ronge ( hypothèse confirmée par le fait que les Enfants de la Voûte, traqués dans X-Men #5, sont la source de l'état de Tornade).

Cet épisode renvoie donc bien à ce qui se passe dans la série X-Men de Hickman, et d'ailleurs le dernier des Giant-Size conclura cette intrigue en étant dédié à Tornade. Tout est lié et rappelle qu'avec Hickman (comme ce fut le cas avec ses Fantastic Four et ses Avengers) tout compose une fresque d'envergure (on a d'ailleurs appris qu'à partir de Juillet prochain le premier crossover de l'ère "Dawn of X" débuterait, sous le titre X of Swords).

En se privant presque entièrement de dialogues (quelques répliques au tout début et une dernière bulle à l'ultime page), Hickman devait pouvoir s'appuyer sur un artiste capable de soutenir un épisode par la seule force de ses dessins. Avoir convaincu Russell Dauterman, fan des X-Men depuis toujours, s'avère un coup gagnant.

Dauterman a fait son chemin sans bruit au sein de Marvel, d'abord avec la mini-série Cyclops (en parallèle de All-New X-Men) puis en étant associé à Jason Aaron sur Thor/Mighty Thor (lorsque Jane Foster hérita du rôle - la meilleure partie du long run d'Aaron). Puis il a enchaîné avec l'event War of the Realms, sorte de conclusion au run d'Aaron sur le dieu du tonnerre.

Depuis quelques mois, il s'est fait discret, récupérant certainement des efforts déployés tout en attendant une proposition stimulante. Dauterman a clairement changé de statut, devenant une sorte de dessinateur qu'on emploie pour les grandes occasions, pour le préserver et aussi donner à ses prestations un aspect événementiel. Le succès de la relance des X-Men était l'opportunité idéale pour qu'il ressorte du bois.

Et il ne déçoit pas. Chacune de ses planches est époustouflante. Dauterman, c'est un peu l'élégance de Paul Smith avec l'exubérance d'un J.H. Williams III. Ses cadres explosent et les pleines pages ici abondent, spectaculaires, magnifiquement mises en couleurs par le formidable Matt Wilson. Le découpage figure idéalement les capacités télépathiques de Jean Grey et Emma Frost en leur donnant une dimension poétique. On en prend plein les yeux.

Mais ce goût assumé de la belle image, de l'image forte, ne se fait jamais au détriment de la narration. Car Dauterman est un dessinateur intelligent qui sait dose ses effets et servir le récit. Il se fait plaisir, il fait plaisir au lecteur, mais a une histoire à raconter et il la raconte avec une inventivité bluffante. 

Ses héroïnes sont d'une beauté incomparable (la référence à Smith s'accomplit ici), mais aussi très expressives. Emma Frost a ce côté insolent, désinvolte, supérieur, irrésistible. Jean Grey est plus sage, plus mesurée, plus disciplinée - Dauterman l'affuble d'un costume redesigné de manière raffinée (sans qu'on sache encore s'il s'agit d'un nouveau look durable ou d'une tenue de circonstance). Les décors sont d'une minutie superbe, avec une variété d'angles de vue proprement exceptionnelle.

La chute de l'épisode est glaçante à souhait et nous ramène sur terre avec dureté. A l'image de tout l'épisode, c'est une sensation forte de plus. Attachez vos ceintures. D'autant que les prochains Giant-Size devraient continuer de tutoyer les cimes (Nightcrawler dessiné par Alan Davis, Magneto par Ramon K. Pérez, Fantomex par Rod Reis et donc Storm à nouveau par Dauterman). Quand je vous dis que c'est une belle époque pour renouer avec les mutants...   

mercredi 25 octobre 2017

THE UNWORTHY THOR, de Jason Aaron, Olivier Coipel, Kim Jacinto, Frazer Irving, Esad Ribic, Russell Dauterman, Pascal Alixe


La nostalgie est une faiblesse dont on se délivre avec difficulté. Ainsi ai-je acquis ce recueil comprenant les cinq épisodes de la mini-série The Unworthy Thor en souvenir des plaisirs de lectures associant le dieu du tonnerre au dessinateur Olivier Coipel qui, il y a pile dix ans, le rétablit dans toute sa superbe (avec la contribution essentielle du scénariste J. Michael Straczynski). 

Dix ans après, troublant parallèle, il ne reste plus grand-chose du superbe dessinateur qu'était Coipel et Thor a pareillement chuté à force de passer entre les mains d'auteurs peu inspirés jusqu'à échouer entre celles de Jason Aaron, qui a consacré son déclin. Cette mini-série est un clou supplémentaire planté dans le cercueil - avant, cependant (le film Thor : Ragnarok oblige), que le fils d'Odin ne soit pas, la force des choses remis sur le devant de la scène...


Odinson a tout perdu depuis des mois (depuis la saga Original Sin, en 2014, précisément) : il n'est plus le dieu du tonnerre, son bras gauche amputé a été remplacé par une prothèse forgée dans le métal magique Uru, il ne peut plus brandir son marteau Mjolnir (désormais en possession de Jane Foster) ni même user du nom de Thor. Dépressif et alcoolique, retiré des Avengers (pour leur épargner la honte de sa présence en leur sein), il accepte des missions ponctuelles. La dernière le conduit sur la Lune où ont été remarquées des chutes d'objets célestes et où il déniche des Trolls à qui il inflige une raclée. C'est alors que surgit le successeur du défunt Gardien Uatu, l'Invisible (jadis Nick Fury), qui lui déclare qu'un autre marteau, provenant d'un autre univers, attend d'être pris. Odinson se rend là où il doit logiquement se trouver, à Agardia, mais l'ancien royaume des dieux a disparu comme le lui confirme Beta Ray Bill, prêt pour rétablir la situation à offrir son marteau Stormbreaker à son ami.
  

Odinson refuse ce présent, préférant que Beta Ray Bill l'aide à retrouver Asgardia, qui a été en vérité ravie par le puissant Collectionneur. Mais celui-ci attend les deux guerriers et capture Odinson pour qu'il lui dise comment brandir le marteau du défunt Ultimate Thor. Comme seul un être digne peut le soulever, l'ancien dieu du tonnerre est tabassé et emprisonné. Cependant sur Terre, au Triskelion, un visiteur accède discrètement jusqu'à la cellule où est retenu Thanos pour lui proposer une alliance : le titan accepte contre un tribut, le marteau récupéré par le Collectionneur.



Beta Ray Bill libère Odinson des geôles du Collectionneur avec son bouc Crissedent et le chien de l'enfer, Thori. Au même moment, le visiteur de Thanos s'introduit dans le vaisseau du Collectionneur avec les deux exécutrices du titan, Black Swan et Proxima Midnight. La bataille est alors imminente entre les trois parties sur place.


Tandis que le combat fait rage entre Odinson, associé à Beta Ray Bill, son bouc Crissedent et Thori ; le visiteur de Thanos, Black Swan et Proxima Midnight ; et le Collectionneur, trois moments du passé éclairent la relation complexe entre Mjolnir et ses détenteurs : encore jeune homme, Odinson était obsédé par le moment où il serait digne de le soulever ; adulte il confie sa peur de le perdre à Jane Foster ; récemment il sombrait dans l'alcoolisme et l'amertume alors que Jane Foster atteinte d'un cancer incurable héritait du marteau.


Odinson est désormais sur le point de saisir l'Ultimate Mjolnir... Mais il s'y refuse finalement, comprenant que ce n'est pas son arme. Il chasse Black Swan, Proxima Midnight et le visiteur de Thanos, puis reprend Asgardia au Collectionneur. A présent, il jure à Beta Ray Bill de devenir le gardien de l'ancien royaume des dieux et de veiller à ce que le marteau de l'univers Ultimate revienne à un être digne. Pourtant, en son absence, un prétendant se présente et brandit l'arme en se proclamant le Thor de la guerre...

Il y a de vraies bonnes choses dans ces cinq épisodes, un souffle évident, une réflexion aussi sur le mérite d'un dieu guerrier à gagner une arme magique, des graines plantées en vue d'une floraison prochaine qui va restaurer Odinson comme seul Thor. Surtout, et avant tout, il y a la volonté de faire le point sur le fils d'Odin, errant comme une âme en peine depuis des mois, privé de son titre, de son marteau, de ses pouvoirs, tout cela à la suite d'une confidence murmurée par Nick Fury transformé en Invisible, successeur du Gardien Uatu au terme de la saga Original Sin.

On apprend enfin ce qui a été glissé à l'oreille de Thor pour expliquer sa déchéance brutale : dans les deux premiers arcs de la série Thor God of Thunder, le dieu du tonnerre affrontait une sorte de tueur en série de dieux, Gorr, prétendant que ses victimes étaient des êtres capricieux, pourris par la vénération des hommes (et toutes les créatures de l'univers croyant en des forces supérieures). Ce jugement, selon l'Invisible, était juste et Thor, par conséquent, ne pouvait plus soulever Mjolnir, devenu indigne d'un tel pouvoir et de la foi de ceux qui croyaient en lui.

L'explication vaut ce qu'elle vaut, elle suffira à certains, mais je ne parierai pas qu'elle en convaincra beaucoup. Mais le procédé est une astuce familière désormais à ceux qui lisent Jason Aaron. Je ne veux pas paraître injuste ni trop sévère avec lui, c'est un auteur doué, qui a gagné les faveurs du public (actuellement c'est certainement le scénariste le plus vendeur de Marvel). Mais il se répète en s'emparant fréquemment d'un personnage pour le dévaster, le ruiner. Si encore au bout de ce chemin de croix, le héros dont il s'occupe en ressortait changé mais grandi, pourquoi pas ? Mais en vérité, on peut facilement constater que ce n'est pas le cas.

Récemment, par exemple, Dr. Strange a subi un traitement de choc dans son run, brutalement attaqué, défait, démuni : ce qui aurait pu être une saga mémorable s'est mué en une espèce de farce aigre dont le sorcier suprême a fait les frais. Avec Thor, le calvaire dure depuis encore plus longtemps (et n'est apparemment pas prêt de s'achever puisque Aaron a été confirmé sur la série alors que son passage est déjà conséquent, tous volumes confondus) : il n'est désormais plus que l'ombre de lui-même, infirme, dépressif, alcoolique, obsédé jusqu'au grotesque par son marteau (alors que sa prothèse sculptée dans le même métal mystique que Mjolnir lui permet de produire de la foudre, et il se défend aussi avec la hâche Jarnbjorn). Où sont passées la fierté du personnage, sa majesté ?

J'ignore ce qui motive Aaron pour maltraiter ainsi un personnage (et d'autres avant lui), quand sa réputation a largement été bâtie sur sa capacité à produire des récits autrefois plus divertissants (souvenez-vous de Wolverine & the X-Men et sa fantaisie) ou exaltant la combativité de ses héros (les aventures de Wolverine en solo ou dans le titre Weapon X). Peut-être, sous la pression des editors et du succès prévisible du film Thor : Ragnarok, aurons-nous quand même bientôt droit à un retour plus frais du fils d'Odin...

L'intrigue de The Unworthy Thor ne méritait de toute façon pas cinq épisodes quand on compte le nombre grotesque de pages où le héros geint de manière pathétique sur sa gloire passée (tout en ne faisant aucun effort pour se ressaisir) ou ses hésitations à empoigner le marteau provenant de feu l'univers Ultimate (au prétexte que ce n'est pas le sien, puis s'assignant quand même la tâche de veiller à ce qu'il ne tombe pas entre de mauvaises mains... Mais absent quand un mystérieux prétendant le dérobe avec des intentions manifestement belliqueuses - quoique le pire restant l'identité de ce "War Thor", qui s'avère être une nouvelle invention foireuse de Aaron, ayant transformé un des seconds rôles asgardiens les plus attachants en un fou de guerre...). L'addition de Thanos puis de Héla à l'affaire est tellement sous exploitée qu'elle ne mérite aucune indulgence (le titan réclame le marteau en tribut à la déesse de la mort qui veut s'allier à lui puis, quand elle ne le lui ramène pas, déclare que de toute façon il s'en fichait car ce n'aurait été qu'un jouet pour lui !).

Enfin, cette mini-série établit un parallèle troublant, mais accablant, avec son dessinateur principal. Enfin... "Principal", il faut rester mesurer. Cinq épisodes de 20 pages, cela nous fait un recueil de 100 pages, et Olivier Coipel n'en dessine (si j'ai bien reconnu ses planches) que 64 au total (la totalité des deux premiers chapitres + trois pages du chapitre III + 13 pages du IV + 8 du V). Le français se passe désormais des services d'un encreur (alors qu'il avait avec Mark Morales un partenaire parfait), sachant qu'il était déjà limite avec les délais quand il était soutenu vous comprendrez qu'il ne peut plus les tenir tout seul maintenant. Le résultat n'est pas déshonorant au demeurant, le trait s'est un peu épaissi, la puissance est toujours là... Mais au détriment des décors (souvent masqués par des effets pratiques - fumée produite par les dégâts des combats), et d'un découpage inégal (quoiqu'il s'est repris depuis Mighty Thor et surtout Avengers vs. X-Men). 

Mais on ne peut s'empêcher de constater à quel point la chute de Odinson correspond à celle de Coipel : il y a dix ans, quand il dessinait pour la première fois le personnage, l'artiste était l'étoile montante de Marvel, auréolé du succès de la saga House of M, rêvant à une carrière à la Marc Silvestri (son idole). Hélas ! comme ce dernier, il n'a pas tenu ses promesses (Silvestri ayant de toute façon été un dessinateur bien plus productif et régulier lorsqu'il fut révélé à la fin des 80's). Coipel abat de moins en moins de pages, ces pages étant de moins en bonnes, et sa participation annoncée à des titres DC suggèrent qu'il n'est donc plus exclusif chez Marvel, sans doute las de ses retards. Résidant à Rio, l'artiste se la coulerait-il trop au Brésil au détriment de sa carrière (ne donnant même plus suite aux appels du pied répétés de Mark Millar, qui est prêt à lui écrire quelque chose depuis longtemps) ?

Pour suppléer Coipel, Marvel a donc rusé : adroitement d'abord en s'adressant à Kim Jacinto qui imite le style du français (sans faire illusion), puis en découpant le 4ème épisode avec des guests artists (Frazer Irving et Russell Dauterman deux pages chacun, Esad Ribic pour trois pages) et des flash-backs bien utiles pour rallonger une sauce déjà bien délayée par le scénario. Pascal Alixe intervient aussi sur le 5ème épisode, ajoutant à ce qui ne ressemble plus alors qu'à un grand WTF esthétique.

Réduit à trois épisodes (amplement suffisant pour un plot aussi famélique), avec juste les planches de Coipel (et un planning aménagé pour lui permettre de travailler suffisamment en avance), The Unworthy Thor n'aurait pas suffi à justifier le traitement pénible de Jason Aaron mais aurait meilleure allure. Ne reste plus qu'à espérer (sans conviction pour ma part) de meilleurs lendemains pour le dessinateur et ce héros qu'il sut si bien animer...