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dimanche 4 juin 2023

FANTASTIC FOUR OMNIBUS PAR MARK WAID & MIKE WIERINGO


Comme je l'avais dit dans ma critique de Fantastic Four #7 (#700), j'ai acquis l'Omnibus Fantastic Four par Mark Waid et Mike Wieringo récemment publié par Panini Comics. L'occasion d'avoir l'intégralité de leur un en seul volume (de plus de 800 pages) pour un prix décent (je l'ai acheté d'occasion pour 65 E sur Amazon). Comme il serait fastidieux de résumer tous les épisodes et d'en faire la critique détaillée, je vais passer en revue les étapes importantes des différents arcs narratifs et tenter d'expliquer pourquoi ça reste une réussite exemplaire.

L'album démarre au #60. Mark Waid explique dans la préface de l'Omnibus qu'il a hésité à accepter le job car... Il n'était pas vraiment fan de Fantastic Four ! Mais quand l'editor Tom Brevoort lui a expliqué qu'il comptait lui associer Mike Wieringo au dessin, le scénariste s'est laissé convaincre car l'artiste était son ami. Il s'est donc plongé dans la relecture de la série et a dressé une note d'intention en commençant par définir les caractéristiques de la 1st Family de Marvel (hélas ! et c'est le seul faux pas de l'Omnibus de Panini, ce document ne figure pas au sommaire alors qu'il est dans le 1er tpb en vo).


Cet épisode 60 et le suivant sont des modèles du genre pour (ré)introduire les personnages au lecteur. Waid a compris que les 4F souffraient d'un déficit de notoriété comparés aux Avengers et aux X-Men et il transpose ce constat dans son récit. Reed Richards engage donc un publiciste pour améliorer l'image de l'équipe tandis que Sue, pour responsabiliser son frère Johnny, en fait le directeur financier. Mike Wieringo, avec le coloriste Paul Mounts, impose d'entrée de jeu un graphisme léger, lumineux, tout en rondeur, avec des personnages souriants. On est dans un feel-good comic-book, on s'y sent bien.
 

Passé ce démarrage, pourtant, les fans vont être déçus par le premier arc, Equation. Waid imagine un adversaire inédit qui n'est pas inintéressant dans la mesure où il confronte Reed Richards à la possibilité qu'une de ses inventions déraille. Mais effectivement, quelque chose manque dans cette histoire qui évoque les dérives autrefois vues chez Hank Pym avec Ultron sans atteindre la même intensité. Toutefois, tout n'est pas à jeter : Wieringo illustre ça de manière très dynamique, encore une fois Mounts fait des merveilles aux couleurs, et surtout malgré le défaut de charisme de la menace, on devine déjà que Waid ne va pas ménager ses héros qui souffre vraiment dans leur chair lors des combats.


L'insectoïde du Leviavers est aussi un arc mineur. Mais Waid développe sur deux épisodes un élément qu'il a introduit dès le #60. Mark Buckingham remplace Wieringo mais sa prestation est gâché par un encrage médiocre de Danny Miki et Allen Martinez qui ne lui convient pas. On pourrait penser à ce stade, après six mois de parution, que, finalement, ça ne part pas très bien, que les auteurs ont des difficultés à prendre leurs marques. Mais c'est un peu plus subtil que ça comme on va le voir dès l'épisode et l'arc suivant...


En effet, le 67ème épisode est le prologue à un arc en quatre parties qui va faire date en qui reste encore aujourd'hui un classique, de ces histoires qui restent dans les mémoires. L'Appel des ténèbres (Unthinkable en vo) montre le Docteur Fatalis comme on l'a rarement vu, réellement méchant et dangereux, échafaudant un plan diabolique et n'hésitant pas pour l'exécuter à se servir de sa propre filleule, Valeria Richards. 


Waid ne réinvente pas la roue : l'intrigue repose sur l'éternel duel entre les egos surdimensionnés de Reed Richards et Victor von Fatalis. Ce dernier, scientifique de génie comme Mr. Fantastic, a aussi étudié les arts occultes comme sa mère gitane avant lui et n'a eu de cesse de vouloir prouver au monde sa supériorité sur celui qui a causé l'accident qui l'a défiguré. 

Les fans ne goûteront guère au relooking extrême de Fatalis conçu par Wieringo qui fait pourtant tout à fait sens dans le cadre de cette histoire très noire. Le pauvre Franklin en sortira durablement traumatisé, Ben Grimm esquinté physiquement, et, idée cruellement géniale, Reed Richards défiguré à son tour. N'hésitons pas à le dire : cet arc est un chef d'oeuvre. 


Et il l'est parce que Waid à partir de là va opérer un virage à 180° dans sa vision de la série. Fini le feel-good, bienvenue en enfer. Le scénariste va explorer, longuement, les conséquences de cette aventure sur le groupe, alors qu'il est plutôt d'usage dans les comics super-héroïques de passer rapidement à autre chose, les super-héros étant dotés habituellement d'une faculté de résilience inouïe. Il faut noter en outre deux points : d'abord la série reprend sa numérotation historique (le dernier épisode de L'Appel des ténèbres est le n°500), et les deux épisodes suivants formant l'arc Retour de l'enfer sont mis en images par Casey Jones, qui s'acquitte d'une prestation très honorable à la suite de chapitres magistralement réalisés par Wieringo.


Lorsque je dis que Waid va exploiter sur la durée les répercussions de L'Appel des ténèbres, il faut me prendre au mot. Le scénariste se lance alors dans son histoire la plus controversée : en compagnie de Howard Porter au dessin, il imagine que Mr. Fantastic va vouloir restaurer la démocratie en Latvérie puisque Fatalis a été envoyé en enfer. 

Le problème, d'ordre moral, éthique, c'est que les méthodes de Reed Richards ne valent guère mieux que celles de son rival : face à un peuple qui n'a jamais rien connu d'autre que le joug tyrannique du souverain, lui et ses compagnons sont d'abord rejetés. On découvre un Reed Richards volontiers manipulateur et radical pour arriver à ses fins, ce qui créé de vives tensions avec Sue et surtout Ben mais aussi Johnny. 

La question centrale est de savoir si on peut faire le bien contre la volonté des opprimés, mais Waid interroge aussi le sens politique de cette démarche car les pays voisins convoitent la Latvérie et la crise prenant de l'ampleur, les Nations-Unies s'en mêlent. Nick Fury va alors tenter de raisonner les 4F et le dénouement se soldera par la mort de Ben Grimm.

C'est passionnant à lire, mais aussi pénible car les Fantastic Four sont montrés sous un jour des plus troubles. Et il faut supporter le graphisme de Porter, dont je n'ai jamais été fan.


Heureusement Wieringo revient (enfin !) après quand même huit mois d'absence. La Chose est donc morte et les Fantastiques sont au plus mal. L'opinion internationale s'est retournée contre eux, les inventions de Reed ont été réquisitionnées par le gouvernement américain, les finances sont au plus bas. Le groupe lui-même a explosé car ni Johnny ni Sue n'ont pardonné à Reed la mort de Ben. Pourtant Reed entreprend de ressusciter son ami et quand sa femme et son beau-frère l'apprennent, pas question de le laisser faire - ou en tout cas pas tout seul, sans surveillance cette fois. 

L'arc intitulé L'Au-delà est une merveille : visuellement déjà parce que retrouver Wieringo, au meilleur de sa forme après son long break, aboutit à des planches magnifiques, d'une inventivité débridée, d'une élégance imparable. Le trait de Wieringo, encré par le fidèle Karl Kesel (qui deviendra le scénariste suivant sur la série après la fin du run de Waid) et valorisé par les couleurs de Paul Mounts, rappelle quelle perte a été sa disparition prématurée en 2007. Il m'arrive souvent de me demander ce qu'il aurait encore pu produire, ce qu'il ferait aujourd'hui (même si on sait qu'il ambitionnait de s'exercer sur des héros plus adultes comme le Punisher ou, toujours avec Waid, de revenir chez DC pour une série Aquaman).

Waid ressuscite la Chose de la façon la plus poétique qui soit en orchestrant la rencontre des 4F avec Dieu qui a les traits de... Jack Kirby. Qui en profite pour effacer les cicatrices de Reed Richards et de donner à l'équipe un dessin avant de les renvoyer dans notre dimension. Magique tout simplement.


Mike Wieringo a faim et il enchaîne donc naturellement avec l'arc suivant en deux parties où Waid invite Spider-Man. La Torche Humaine, qui s'est toujours chamaillé avec le Tisseur, va lui demander conseil, entre deux affrontements avec Hydro-man, pour savoir comment gérer l'impopularité des Fantastic Four. C'est savoureux et Spidey prouvera une nouvelle fois à quel point pourquoi il est en somme le meilleur de tous, n'hésitant pas à offrir à Johnny Storm une occasion de briller en public à son détriment. On sort ainsi d'un long cycle où l'équipe a souffert dans sa chair et moralement face à Fatalis et aux choix discutables de Mr. Fantastic. C'est le retour du feel-good.


Et pour bien le souligner, ces deux épisodes, Côte d'impopularité, sont agrémentés d'une back-up story en deux parties située dans le passé et dessinée par rien moins que Paul Smith. C'est donc évidemment sublime, et le couple Reed-Sue est mis en avant dans une aventure où l'on fait la connaissance d'une ex-conquête de Mr. Fantastic.


Wieringo va reprendre du recul sur l'arc suivant, Famille je vous hais !, et c'est Paco Medina qui le remplace cette fois. On entre là dans des épisodes que je n'avais jamais lus et la première surprise vient du dessin justement car à cette époque, Medina avait un style très différent de celui qui est le sien aujourd'hui. L''influence de Humberto Ramos est manifeste, avec cette exagération des proportions, une expressivité poussée, et des courbes omniprésentes. L'intrigue en elle-même, par contre, est un bon cran en-dessous de ce que Waid a produit jusque-là, avec cette formation des Terrifics où le Sorcier, le Piégeur engage Hydro-man et Salamandra pour piéger les Fantastiques publiquement. On passe ? On passe.


Nous arrivons tranquillement à la fin de ce beau pavé puisque c'est déjà l'épisode 517 (sur 524). Et cette conclusion est le bouquet du feu d'artifices. Mike Wieringo ne fera plus faux bond et il va dessiner des épisodes extraordinaires, spectaculaires, avec des designs somptueux. Mark Waid, lui, nous embarque dans un saga en deux actes grandioses où Zius, un savant qui a secouru plusieurs habitants de planètes menacées par Galactus, veut que la Femme Invisible se sacrifie pour lui permettre de poursuivre sa mission.

Waid, on le devine, a l'intention de donner un coup de pied dans la fourmilière avec cette histoire king-size mais n'ira pas jusqu'au bout de son idée. Pourquoi ? Sans doute que le staff éditorial a jugé le projet trop radical et réfléchissait déjà à l'après. Ou alors le scénariste a simplement voulu tester le lectorat et s'est ravisé in extremis, préférant ranger tous ses jouets avant de passer la main. 

Mais quand même, quand il échange les pouvoirs de Sue et Johnny, on devine qu'il a voulu tenter quelque chose. Comme de donner à Sue un pouvoir plus spectaculaire et à faire de Johnny autre chose que l'éternel post-ado insouciant de la famille Sorm et des FF. Plus loin, Ben Grimm retrouvera son apparence humaine et Reed envisage sérieusement de sacrifier son pouvoir élastique pour devenir la nouvelle Chose, culpabilisant toujours de n'avoir jamais trouvé un moyen de guérir son ami. Si Waid était allé jusqu'au bout, la face de la série en aurait été profondément changé (même si Marvel aurait sans doute cherché à restaurer le statu quo ensuite).


Pas de run sur Fantastic Four sans Galactus. ET c'est donc logiquement que Waid convie le dévoreur de mondes pour achever son run. Ce qui ne l'empêche pas de surprendre en faisant de Johnny le nouvel héraut du géant. Puis de faire revenir Galen, l'individu qui est devenu Galactus à la suite du Big Bang. Le scénariste démontre que, quelle que soit sa forme, Galen/Galactus est et reste un être totalement déconnecté de notre conception de l'humanité, venu d'un temps si ancien que notre monde, nos vies, nos idées lui restent étrangers.

C'est une curieuse intrigue, sans beaucoup d'action, et qui peut frustrer, surtout pour fermer le ban d'un run aussi exceptionnel. Mais on peut l'interpréter différemment en considérant que Waid, depuis le début, a manifesté une intention constante de ne pas caresser le fan dans le sens du poil, de ne pas écrire la série de manière convenue. Et surtout d'être dans une réflexion character's driven, en concevant des arcs narratifs dont l'objectif était d'interroger les quatre membres de l'équipe, leur caractère, leur place dans le groupe, la notion même de famille. En préférant mettre en scène Galen plutôt que Galactus, Waid reste dans cette logique, à contre-courant, focus sur le personnage plutôt que sur une énième histoire grandiloquente avec le dévoreur de mondes.

Dans ce registre décalé, le dessin de Mike Wieringo est exemplaire, montrant avec justesse un individu déphasé mais qui donne à voir quelques aspects peu reluisants de l'Amérique, de New York, de la société, en même temps que la volonté obstinée des héros de mettre en avant ce qu'il y a de positif, de beau, de valable dans tout ça.


Le dernier épisode, daté de Mai 2005, est mouvementé, ludique et poignant à la fois, surtout en ce qui concerne Ben Grimm. Si on devait alors faire un bilan, on peut dire que des quatre, c'est peut-être Sue que Waid a le moins mis en avant, le moins exploré. Mais en même temps, elle apparaît, certes en retrait, mais aussi comme le pilier du groupe, la figure la plus intègre, la plus solide, et sans doute la plus puissante, la plus souple aussi. Reed compose avec une culpabilité constante qui menace de le faire dériver. Johnny est un gamin farceur mais brillant à l'occasion. Et Ben est ce grand frère, cet oncle, généreux, ronchon, mais attachant, droit, fidèle. Comme il est dit dans le premier épisode du run, les Fantastic Four ne sont pas des super-héros, même s'ils font leur part, ce sont des explorateurs, des "imaginautes", et plus que tout une famille (le fait qu'ils portent tous le même costume prouve d'ailleurs qu'ils forment une entité et non pas un ensemble disparate).

Mike Wieringo leur a apporté une forme de nouvelle jeunesse avec son style qu'on a souvent qualifié de "cartoony" : il admettait son admiration pour Walt Disney, les animateurs célèbres de l'âge d'or du studio (comme Wolfgang Reithermann), et l'influence de l'école franco-belge (on peut déceler des traces de Uderzo chez lui). Il y a un côté naïf, immédiatement accessible, joli dans son trait, qui peut attirer de jeunes lecteurs, mais aussi un soin pour créer des images détaillées, dans un découpage tonique, qui comblera des fans plus exigeants mais tolérant autre chose qu'un réalisme académique. En tout cas, parfaitement en phase avec la tonalité adoptée par Mark Waid, entre légèreté et gravité, amusement et tension, intimisme et spectacle.

'Ringo (comme il signait) retrouvera une dernière fois ces personnages pour une mini-série, écrite cete fois par Jeff Parker, L'Âge d'argent, avec Spider-Man en guest-star. Ce sera son dernier travail. Mark Waid, lui, renoncera définitivement à son projet Aquaman dont il rêvait avec son partenaire, et il attendra longtemps avant de trouver un partenaire avec lequel sa relation de travail sera si accomplie (Chris Samnee sur Daredevil, puis Black Widow, puis Captain America).

Mais ces 34 épisodes de cet Omnibus sont indispensables pour le fan de Fantastic Four, de Marvel, et surtout de comics. N'hésitez pas, si vous voulez vous offrir un de ces pavés : celui-ci vous comblera.

samedi 15 avril 2023

FANTASTIC FOUR #6, de Ryan North et Ivan Fiorelli


Voilà six mois que cette relance de Fantastic Four a démarré. C'est un peu l'heure pour un premier bilan et Ryan North semble l'avoir intégré en proposant un épisode qui fait suite directement à celui sorti le mois dernier. Il est à nouveau accompagné au dessin par Ivan Fiorelli, qui remplace encore cette fois Iban Coello.



Après leur passage dans la dimension noire, les 4F ont ramené accidentellement une bactérie particulièrement virulente et dont la propagation éclair menace toute vie sur Terre. Reed réfléchit à un moyen d'éviter cette catastrophe et élabore un plan audacieux qui consiste à rendre le soleil invisible pendant trois jours !


Comme je l'écris en préambule, six mois déjà que Ryan North a relancé Fantastic Four, dans une direction très différente des derniers volumes de la série, sous l'égide de Jonathan Hickman puis Dan Slott. Le scénariste a voulu en finir avec les sagas galactiques, la science-fiction, pour revenir aux fondamentaux, les 4 Fantastiques eux-mêmes.


Pour cela, il a eu recours à un procédé que semble affectionner d'autres auteurs chez Marvel en ce moment : placer les héros dans une situation tellement critique qu'ils ont perdu la confiance de la population civile et de la communauté super-héroïque. On a appris ainsi que Reed Richards pour mettre fin à une invasion en provenance de la Zone Négative avait envoyé le Baxter building et tout le quartier alentour dans l'espace pendant un an, avec notamment leurs enfants dans le bâtiment.


Ben Grimm n'a pas pardonné cette initiative à Reed et le groupe s'est dissous, chacun partant de son côté, banni de New York par les habitants en colère (dont certains ont vu leur progéniture et leurs proches également propulsés en orbite autour de la Terre).

Puis l'équipe s'est reformée mais sans revenir à New York pour l'instant. Alors qu'ils étaient en route pour rendre visite à la tante Pétunia de Ben Grimm, ils ont été brièvement attaqués par Nicholas Scratch et ses enfants qui a déréglé leurs pouvoirs et leur santé. Pour se soigner, il a fallu aux FF aller dans la dimension noire. Mais à leur retour, ils ont ramené sans s'en rendre compte une bactérie particulièrement virulente et se propageant à grande vitesse, menaçant toute la planète.

A partir de là, Ryan North applique une recette qui commence à devenir un brin routinière puisqu'elle est à l'oeuvre dans chacun des épisodes qu'il signe : le groupe constate la menace, Reed l'analyse et échafaude un plan pour résoudre le problème, et tout le monde s'emploie à le régler. En parallèle, c'est l'occasion d'explorer la caractérisation de chaque membre du quatuor (qui est en fait devenu un quintet, puisque Alicia Masters-Grimm est aux côtés de Ben, devenu son mari).

Cette fois, c'est au tour de Sue et Johnny Storm d'être sous le feu des projecteurs. La première rend le soleil invisible pour provoquer l'extinction de la bactérie et le second lui tient compagnie pendant trois jours dans l'espace. Tous deux ont beaucoup à se dire depuis la séparation du groupe, mais c'est un peu là aussi que le bât blesse... Car ce qu'ils échangent n'apporte pas grand-chose de neuf.

North semble englué dans la formule qu'il a mise au point : le mécanisme de ses intrigues de poche (qui sont solutionnées au bout de chaque épisode) est trop systématique et la réunion des 4F n'a rien changé à ce fait. C'est divertissant et la lecture est agréable, mais c'est toujours la même chose. Ni la crise profonde qu'ils ont traversé ni leurs retrouvailles ne semblent avoir bouleversé les quatre héros dont le mode de fonctionnement reste le même. Reed reste le cerveau, Ben la gentille brute, Johnny le fanfaron, Sue le ciment de l'équipe. Alicia pourrait ne pas être là qu'on le remarquerait à peine puisqu'elle ne sert véritablement pas à grand-chose.

D'un côté, ce côté done-in-one des épisodes est sympathique (comme pour la série Scarlet Witch). De l'autre, on a le sentiment qu'on pourrait lire les six épisodes déjà parus dans n'importe quel ordre que ça ne dérangerait rien. Ce qu'a fait Reed a été trop vite évacué et pardonné, et les mois passés les uns des autres n'a en rien altéré la dynamique de la formation, chacun a retrouvé son rôle, ses habitudes - même si les taquineries entre Ben et Johnny ont disparu. Et surtout la construction des épisodes avec ces parties bien distinctes les unes des autres ne varie absolument jamais, comme si North ne voulait absolument pas dévier de son processus narratif et tout régler en 20 pages.

La série bénéficiait avec Iban Coello d'un artiste avec un dessin énergique, mais actuellement il ne réalise pas les épisodes car il prépare le n°7 qui sera également le 700ème épisode du titre, à paraître le mois prochain et qui comptera une cinquantaine de planches. Il est donc remplacé par Ivan Fiorelli qui ne démérite pas mais a un style moins percutant.

Fiorelli a un trait lisse qui n'est pas déplaisant mais tout de même très fade. La manière dont il représente la Chose est complètement raté, or c'est le personnage le plus emblématique du groupe puisque Jack Kirby en fait une des créatures les plus étranges de tout l'univers Marvel. Le look de Johnny Storm avec son énorme moustache n'a plus aucun sens dans la mesure où il avait pris cette apparence pour rester à New York incognito.

Restent Reed et Sue que Fiorelli dessine tout à fait convenablement. Il est également à l'aise pour le Fantasti-car et ses planches ont des décors assez fournis pour qu'on le remarque. Mais bon, c'est sans éclat, avec un découpage sans folie. Je ne veux pas l'accabler, il fait le job, mais c'est un dessin sans personnalité.

Vous l'aurez compris, je suis resté sur ma faim, d'autant plus que les faiblesses du relaunch tout entier semblent contenues dans cet épisode, trop générique. Le fameux 700ème numéro du mois prochain sera un vrai quitte ou double pour le coup, car il devra à la fois marquer le coup de cet anniversaire et relancer la machine. A moins que ce ne soit un chant d'adieu prématuré (à l'image de la fin du premier arc de Captain America : Sentinel of Liberty, une autre relance juste correcte) ?

vendredi 10 mars 2023

FANTASTIC FOUR #5, de Ryan North et Ivan Fiorelli



Elle est vraiment bonne, cette relance de Fantastic Four ! Et elle est encore meilleure maintenant que nos quatre héros sont réunis, comme si elle avait vraiment décollé. Ryan North a écrit un nouvel épisode auto-contenu (même si la fin est plus ouverte...), et Ivan Fiorelli remplace Iban Coello très efficacement. Que demander de plus ?



Les FF sont attaqués par un vieil ennemi et ses rejetons alors qu'ils sont coincés dans un embouteillage. Mais leur adversaire s'éclipse rapidement. Un peu plus tard, malades, les quatre fantastiques comprennent que l'agression subie est la cause de leurs troubles et qu'ils vont devoir aller en territoire hostile pour se sauver...


Bien sûr, on pourra reprocher à Ryan North de s'en tenir à une formule et donc de ne pas donner le sentiment de se forcer. On verra si cette manière de conduire la série lasse à l'avenir, mais, pour l'instant, je trouve cela très bon, très abouti.


Cette formule, c'est de développer chaque épisode en trois actes, comme c'était d'ailleurs souvent l'usage dans les comics du silver age : une attaque surprend le héros, il réfléchit à la solution, et il la teste. Ce cinquième épisode illustre ce procédé parfaitement.



North commence par sortir du placard un vilain oublié (Nicholas Scratch, le fils de Agatha Harkness, et les Sept de Salem, ses rejetons, apparus dans Fantastic Four #187 de Août 1977). Il mène un assaut éclair contre nos héros et file sans tarder.

Le lecteur croit qu'il a raté son coup et ressent même un peu de frustration après ce trop bref combat. Mais la méthode de North repose sur ce faux-semblant : tout ça n'est que le début des ennuis pour les FF.

Vient alors le temps de la réflexion : North aime visiblement bien montrer Reed Richards cogiter à voix haute et expliquer avec des mots plus simples à ses camarades ce qui s'est produit et comment y remédier. C'est aussi une façon d'impliquer le lecteur et de faire comme s'il était assis à côté de Mr. Fantastic, écoutant attentivement de quoi il ressort. Malin.

Enfin arrive la séquence spectaculaire où les héros vérifient si l'hypothèse de Reed est exacte et s'ils vont s'en tirer tout en devant affronter un cadre hostile et étrange. La dimension noire permet au dessinateur Ivan Fiorelli de briller.

Mais ne croyez pas que le remplaçant de Iban Coello s'est tourné les pouces avant. Son style est moins énergique, son trait moins dynamique, mais le résultat est aussi soigné et convaincant. Bonne pioche.

Fiorelli s'approprie facilement des personnages et compose des plans très maîtrisés, avec des lignes fermées, un encrage fin. La lecture est fluide, claire, agréable.

Et quand vient le moment de mettre en scène l'incursion des FF dans la dimension noire, Fiorelli rend justice au morceau de bravoure préparé par North, qui, une fois de plus, excelle à valoriser les pouvoirs de ses héros, en particulier ceux de Mr. Fantastic, poussé dans ses retranchements. Mais pas gratuitement.

Je le répète : c'est épatant. La construction des épisodes, leur rythme, sont jubilatoires. Je n'avais pas pris autant de plaisir à lire ce titre depuis longtemps et pour un fan des FF période Byrne ou Waid/Wieringo, cette reprise est un vrai cadeau. Ne vous en privée pas !

jeudi 16 février 2023

FANTASTIC FOUR #4, de Ryan North et iban Coello


On y est : voici l'épisode où les Quatre Fantastiques sont enfin réunis. Et ça tombe bien puisqu'il s'agit du quatrième numéro de ce nouveau volume. Ryan North en profite pour révéler ce qui s'est passé à New York pour que les quatre héros en soient partis, chacun de leur côté. Iban Coello signe de son côté des planches toujours aussi énergiques. La formule gagnante de ce relaunch ?


Que s'est-il exactement passé il y a cinq mois à New York pour que le Baxter building et tout le pâté de maisons alentour laissent un cratère fumant ? Alicia Masters-Grimm s'en souvient alors qu'elle et Ben Grimm sont captifs d'un parasite extra-terrestre dont Reed, Sue et Johnny vont chercher à les libérer...


Après avoir consacré un épisode à chaque membre dispersé du quatuor, Ryan North ne fait plus durer le suspense et la couverture indique qu'on va assister à la réunion des Fantastic Four. Le scénariste a jeté ses héros sur les routes (sauf Johnny Storm qui a pu rester à New York sous une fausse identité désormais eventée). Mais pourquoi au juste ?


L'épisode va aller et venir dans le temps pour expliquer cela. On assiste donc à une (énième invasion des monstres de la Zone Négative) que les FF tentent de contenir. Mais ils sont dépassés par l'ampleur de l'attaque au pied du Baxter building.


Bien entendu, "il faut faire comme si" avec cette entame car on peut se demander où sont passés les autres super-héros de la ville (et d'ailleurs) au moment d'une telle crise, qui ne peut évidemment passer inaperçu. A condition donc d'admettre qu'il ne reste que les Fantasric Four, on embarque dans une séquence d'action trés spectaculaire aux conséquences dramatiques.

Mais Ryan North ne s'en contente pas. A la fin du précédent numéro, il montrait Reed et Sue devant une sorte de dôme ayant l'aspect de la peau de Ben Grimm. De quoi phosphorer sur cette situation. Johnny arrive à la rescousse et tout est alors en place pour orchestrer la grande réconciliation de l'équipe.

North ne lésine pas sur les explications (pseudo) scientifiques expliquant le phénomène qui a piégé Ben Grimm et Alicia Masters-Grimm. On interpréte cela comme une volonté de poser Reed Richards comme un savant toujours aussi intelligent mais qui prend le temps quand même de prélever des échantillons pour des examens futurs, ne perdant donc jamais son calme alors que Sue tempère l'envie de son frère Johnny de tout régler en brûlant le parasite.

Au passage, on appréciera vraiment que North mette en scène les pouvoirs de ses personnages car ces dernières années Reed, par exemple, n'était plus animé que comme un savant qui n'utilisait plus beaucoup, voire plus du tout, ses capacités élastiques, comme si les scénaristes ne savaient pas quoi en faire. Là, au contraire, North les exploite dans l'action mais aussi en complément de la curiosité scientifique de Reed et il faut espérer que cela inspirera le MCU quand le film, tant attendu, sur les FF sera enfin en production.

Mais évidemment ce qui va accaparer notre attention, c'est la vérité sur ce qui s'est passé à New York cinq mois auparavant et qui a provoqué la fuite des FF et la dissolution du groupe. Encore une fois, Reed est au centre de l'intrigue puisque, pour chasser les monstres de la Zone Négative, il opte pour une solution très radicale qui les condamne, lui, Sue mais aussi Ben et Alicia, à ne plus revoir leurs enfants pendant un an, alors qu'ils sont restés dans le Baxter building.

Là, par contre, les explications techniques founris par North tiennent debout (du moins dans le contexte d'une telle situation). Le lecteur est soumis à la question de savoir si la décision tactique de Reed est justifiée, tolérable même. Et on n'est pas si loin de la caractérisation posée par Mark Waid en son temps d'un Mr. Fantastic très arrogant et dont les initiatives sont payées par ses proches. Toutefois, comme Waid, North refuse d'accabler le personnage et d'en faire un individu impardonnable, montrant aussi qu'il sacrifie énormément sur ce coup. Comme le dit Ben, d'abord furieux, il n'y a pas de vilain, de sale type ici, mais un leader qui a réagi dans l'urgence et en ripostant de la manière la plus efficace, mais aussi la plus douloureuse.

Même si ce n'est pas explicitement dit, cela ressemble à la fin d'un premier arc narratif puisque le groupe est rassemblé. Mais les conséquences des événements de New York vont continuer à infuser la série (vous comprendrez quand vous lirez cette épisode, en espérant que Panini Comics trouve une place pour la série dans une de leurs revues ou la traduise rapidement en album). Par ailleurs, si les FF sont à nouveau ensemble, cela ne signifie pas qu'ils vont revenir de sitôt à New York dont ils sont partis, honnis par la foule et les autorités (quand bien même depuis Luke Cage a remplacé Wilson Fisk/le Caïd à la mairie).

La série continue en tout cas de bénéficier de dessins excellents par Iban Coello. Ce jeune artiste, mis en avant par Marvel, ne déçoit pas et il produit des planches vraiment spectaculaires sur les deux parties de l'épisode. Evidemment, la partie avec l'invasion des monstres est la plus exigeante mais Coello s'en charge avec une aisance remarquable, s'acquittant même d'une double planche renversante (voir ci-dessus).

Il passe même brillamment le test quand il lui faut se concentrer sur des moments soulignant l'expressivité des personnages. Coello est un dessinateur au style réaliste mais qui s'autorise, à bon escient, une petite dose d'exagération pour traduire les émotions. Il compense cela par un découpage qui sait se faire plus sobre au moment voulu, comme quand il aligne plusieurs cases occupant toute la largeur de la bande et fixant Alicia et Ben face à Reed, de dos : on saisit alors toute la gamme de sentiments qui agite le couple face à son interlocuteur qu'on croit impassible, insensible avant de découvrir quelques pages plus loin, en contre-champ,, dévasté par ce qu'il a fait.

Pour moi, Fantastic Four est la meilleure surprise venant de Marvel de ces quatre derniers mois. Je n'en attendais rien, n'ayant plus lu FF depuis un bail, mais Ryan North et Iban Coello proposent quelque chose de très efficace et personnel à la fois. Ils ont parfaitement compris la singularité de cette équipe et livrent des épisodes captivants et originaux. De quoi attendre en toute confiance le 700ème numéro qui sera publié en Mai prochain et qui promet beaucoup.

vendredi 6 janvier 2023

FANTASTIC FOUR #3, de Ryan North et Iban Coello


Toujours aux quatre vents, les Fantastic Four vivent leurs aventures chacun de leur côté. Après Ben Grimm (et sa femme Alicia) puis Reed et Sue Richards, c'est donc à Johnny Storm, la Torche Humaine, que s'intéresse ce mois-ci Ryan North. Le scénariste se montre toujours aussi inventif et inspiré, tout comme Iban Coello au dessin. Cette reprise a décidément tout bon.


Une nouvelle fois, le résumé sera concis afin d'éviter les spoilers, même si en l'occurrence la série telle que Ryan North l'écrit déconstruit les règles du jeu. Les FF sont séparés, seul Johnny Storm est resté à New York où il a trouvé du travail incognito pour un patron qui piétine les droits de ses employés.


Ryan North délaisse à cette occasion le format paranormal des deux précédents numéros pour inscrire son récit dans un registre plus terre-à-terre, avec un léger accent mis sur le social. Mais aussi en adressant un clin d'oeil à un des premiers épisodes du run de John Byrne.


Preuve que North a bien révisé ses classiques : il n'a pas choisi un numéro connu, au détour d'une scène il nous renvoie au #233 dans une aventure en solo de la Torche qui tentait d'innocenter un vieil ami condamné à la peine de mort - sans y parvenir.

C'est donc ainsi que Iban Coello se trouve à redessiner, en changeant quelques angles de vue, un moment autrefois créé par Byrne lorsque Johnny Storm tente d'intimider Merrill, ce patron tyrannique qui menace de virer le premier employé remettant en cause son autorité. Or, Merrill n'est autre que Morris Vance, un personnage traqué par la Torche dans Fantastic Four #233, à qui il arracha des infos en menaçant de le brûler.

Si le temps dans les comics est aléatoire, et qu'une scène publiée en Août 1981 peut très bien s'être déroulée il y a quelques mois maximum dans l'univers Marvel, les connaisseurs des FF et du run de Byrne apprécieront la culture de Ryan North, qui ne débarque donc pas sur ce titre mythique en dilettante.

Le scénariste doit caractériser Johnny Storm en tenant compte de ce qui a été fait, établi avant lui, tout en situant le benjamin des Fantastiques par rapport à ce qu'ils traversent actuellement (le groupe est séparé). Alors que Ben Grimm et Alicia d'un côté, Reed et Sue de l'autre, ont quitté New York, Johnny est resté à New York où pourtant ni lui si son alias ne sont plus en odeur de sainteté. D'où la ruse de changer d'apparence et de nom, et pour subsister, de trouver un boulot.

A partir de là, North élabore une intrigue de poche dont il a le secret pour un épisode auto-contenu. Loin d'être répétitif, le procédé est toujours efficace, et la personnalité insouciante de Johnny réserve quelques moments drôles et surprenants. Comme, justement, quand il reconnaît Morris Vance/Merrill et constate que celui-ci n'a pas/plus peur de lui.

Le scénariste glisse un commentaire social subtil et en même temps positif quand Johnny trouve une idée pour piéger Merrill plus adroitement qu'en l'affrontant directement. Auparavant, North, par le biais de la voix-off (dont il se sert avec toujours beaucoup d'habilité), montre la Torche testant des théories de Reed pour maîtriser une tornade où empêcher une chaudière d'exploser.

Iban Coello habille ça avec beaucoup d'energie, n'hésitant pas à forcer l'expressivité des personnages pour souligner leur maladresse, leur embarras ou leur férocité. La complicité de Coello avec le script de North est un régal et s'éloigne avec bonheur d'un réalisme figé qui n'a jamais bien convenu aux Fantastic Four.

La manière dont l'artiste représente la Torche emprunte à Alex Ross (qui signe une superbe couverture) et le fait ressembler à une vraie créature de feu plus qu'à une forme humaine hérissée de flammes. Les couleurs de Jesus Arbutov complètent merveilleusement cet effet et on resssent presque la chaleur et l'intensité du personnage en action. Coello, par ailleurs, ne rechigne pas à dessiner des décors précis, ce qui est appréciable compte tenu du fait que l'action est souvent circonscrite à quelques endroits.

J'aime énormément ce que North et Coello font de Fantastic Four. Et je suis impatient de lire la suite qui verra l'équipe réunie, avec le cliffhanger très curieux à la fin de cet épisode - et qui promet de nous révéler ce qui s'est vraiment produit pour obliger le quatuor à se séparer et déserter New York.

jeudi 8 décembre 2022

FANTASTIC FOUR #2, de Ryan North et Iban Coello


Ce nouveau volume de Fantastic Four n'en est qu'à son deuxième numéro mais il me plait beaucoup ! J'aime la proposition que fait Ryan North au scénario, avec des épisodes auto-contenus (même s'il y a un fil rouge entre eux), et ce que réalise Iban Coello au dessin, d'un trait vif, expressif. 


Après avoir été reconduit hors d'une petite ville où ils s'étaient arrêtés pour se restaurer mais où ils avaient été attaqués par des Fatalibots, Reed et Sue Richards décident d'enquêter.


Invisibles grâce à Sue, ils remarquent que tous les habitants sont des Fatalibots sauf une vieille dame que Reed accoste en ayant changé de visage et en évoquant le nom de Victor Von Doom.


Mary, cette vieille dame a en effet hébergé Victor Von Doom dans sa jeunesse. Mais Sue découvre que Mary a elle-même été remplacée par un Fatalibot afin de le préserver pour la remercier.


Neutralisant la population grâce à une décharge électromagnétique, Reed et Sue reprogramme les Fatalibots pour les rendre inoffensifs et laisser de cla compagnie à l'esprit de Mary...

Comme le mois dernier avec l'aventure vécue par Ben et Alicia Grimm, il y a une référence évidente à La Quatrième Dimension dans ce deuxième épisode de Fantastic Four. On pourrait penser que Ryan North se répéte. Si ce n'était pas voulu et si, nénamoins, l'histoire n'était pas différente.

Mais surtout ce qu'il faut sans doute retenir, c'est qu'on suit les Fantastic Four séparément. On a découvert à la fin du premier épisode qu'un énorme cratère fumant subsistait là où se dressait le Baxter building. Sans plus d'explication, Ryan North nous suggérait que quelque chose de grave s'était passé, obligeant le quatuor à se séparer et New York à les rejeter. Que Ben et Alicia voyagent sans leurs enfants adoptifs (les petits Kree et Skrull qu'ils ont accueuillis durant l'event Empyre) indiquaient en outre qu'ils en avait vraisemblablement perdus la garde.

J'ai aussi lu un article sur Bleeding Cool très instructif et qui lierait la série Amazing Spider-Man à ces événements : dans un épisode récent de Zeb Wells et John Romita Jr., Peter Parker, dans un flash-back, se dispute avec Johnny Storm qui l'accuse d'avoir volé quelque chose au Baxter building, causant de graves ennuis au groupe. Et finalement aussi à Spider-Man, à qui tout le monde a également tourné le dos dans sa série actuelle.

Donc, logiquement, le mois prochain, nous aurons droit à un épisode dévoilant la situation de la Torche Humaine. Mais pour l'instant, où en sont Reed et Sue, Mr. Fantastic et le Femme Invisible ?

L'épisode s'ouvre avec eux dans un restaurant où une serveuse les reconnaît. Aussitôt les clients et la serveuse dévoilent leur véritable apparence : ce sont tous des Fatalibots (ou Doombots si vous préférez en vo). Une bagarre s'ensuit. Vite stoppée par l'apparition du shériff  qui rend à chacun son apprence humaine. Reed et Sue sont conduits hors de la ville avec interdiction d'y rentrer. Evidemment, ils ne vont pas en rester là et mener l'enquête.

C'est là qu'on entre dans La Quatrième Dimension en découvrant le secret de cette petite ville, lié comme le révèle la couverture à Victor Von Doom/Dr. Fatalis. Pourtant l'ennemi juré des Fantastic Four n'est pas présent dans cette histoire qui renvoie à son passé et à une promesse faîte à une des habitantes du coin.

Ryan North réussit, brillamment, à nous intriguer sans faire de moulinets. Comme pour le précédent numéro, c'est plutôt l'ambiance qui nous captive, un endroit tranquille, des choses curieuses qui s'y produisent, une énigme qui est résolue progressivement, une solution pacifique et bienveillante. Et dans le rôle des détectives, Reed et Sue Richards, à la façon de L'Introuvable de Dashiell Hammett, sur le ton de la comédie, du fantastique, du polar, tout ça mixé savamment.

La densité du scénario est accompagnée par un dessin vif, alerte, très expressif. Iban Coello était très convaincant le mois dernier, il est encore meilleur cette fois. Cela met en confiance pour la suite car on sent que l'artiste anime ces personnages de mieux en mieux, qu'il a de la ressource et surtout qu'il est sur la même longueur d'ondes que son scénariste.

North exploite à fond les pouvoirs des deux Fantastiques et Iban Coello illustre magistralement cela. Les couleurs de Jesus Arbutov vont merveille quand il s'agit de représenter l'invisibilité de Sue alors que le lecteur la voit. Mais Coello est aussi inspiré que son scénariste et son coloriste quand il s'agit d'exploiter l'élasticité de Reed avec des astuces vraiment étonnantes (comme quand il fait glisser ses yeux jusqu'au bout de ses doigts - ou qu'il déforme son visage (une idée trop rarement utilisée alors que John Byrne par exemple en avait fait un stratagème quand Sue et Reed quittèrent New York pour s'installer en banlieue incognito).

Les scènes d'action sont plutôt rares mais franchement dynamiques, comme celle à l'intérieur du resto au tout début où lorsque Sue grille tous les Fatalibots à la fin. Sue aussi est impeccablement caractérisée en femme amoureuse et héroïne très active. Coello la dessine avec beaucoup de tempérament et North l'écrit comme une épouse aimante mais indépendante et lucide. Il a pour cela recours à une voix off qui renvoie en fait à une lettre qu'écrit Sue à Jennifer Walters (She-Hulk) pour lui expliquer ce qu'ils traversent.

Honnêtement, ça faisait un moment que je n'avais pas autant aimé lire Fantastic Four (sachant que j'ai très vite décroché avec Slott, et que Hickman m'avait largué). En fait, on n'est pas si loin de la période bénie de Waid/Wieringo, sans toutefois que North/Coello les imite. Ces deux-là ont une voix bien à eux, un projet personnel, une proposition singulière et emballante. C'est un gros coup de coeur en cette fin d'année.

vendredi 11 novembre 2022

FANTASTIC FOUR #1, de Ryan North et Iban Coello


Fichtre ! Elle pique less yeux, cette couverture d'Alex Ross ! Aussi, ne jugez pas cette relance à sa cover, vous passeriez à côté de quelque chose de vraiment bon. Après Dan Slott, c'est au tour de Ryan North de prendre en charge Fantastic Four, avec la promesse de revenir aux fondamentaux, et accompagné du prometteur Iban Coello au dessin.


Ben Grimm et sa femme Alicia s'arrêtent à Cedar, patelin de Pennsylvaie où l'accueil est bizarre. Le concierge ne se souvient plus d'eux le lendemain et la Chose effraie un gamin qui alerte son père.


Le village a par ailleurs un aspect vieillot. Alicia consulte wikipedia sur son téléphone et apprend que l'endroit serait une ville fantôme depuis le 12 Juillet 1947 !
 

Ben et Alicia mènent l'enquête et découvrent que Cedar est pris dans un boucle temporelle, revivant chaque jour le 12 Juillet 1947 sans s'en rendre compte. Quelle est la cause de cette anomalie ?


Profitant de ce jour sans fin, Ben et Alicia finissent par identifier Sanford, l'amoureux éconduit de la serveuse Minnie comme responsable. Ils le convainquent de refaire sa vie pour leur bonheur respectif.


Le lendemain, tout est rentré dans l'ordre. Ben et Alicia quittent Cedar pour regagner New York. Mais Ben sait ce retour sera difficile car Reed Richards a commis quelque chose de terrible là-bas...

Commençons par... La fin de cet épisode avec la postface qu'adresse le scénariste Ryan North au lecteur :
 

Fan de longue date de Fantastic Four, North est auteur canadien multi-primé pour ses séries Adventure Time et The Unbeatable Squirrel Girl. Il travaille en vérité depuis un an à succéder à Dan Slott dont le run est loin d'avoir convaincu les fans. Et North a décidé de revenir aux fondamentaux, avec une sorte de note d'intention comme celle qu'avait rédigée Mark Waid au début de son run avec Mike Wieringo.

Pour cela, il a établi quatre règles : les Quatre Fantastiques sont fun, sont des aventuriers, peuvent tout faire et doivent être accessibles. North envisage la série avec le respect qui est dû à la création de Stan Lee eet Jack Kirby mais aussi avec le souci que de nouveaux lecteurs doivent pouvoir la découvrir sans avoir besoin de se taper 60 ans de comics. Les personnages doivent renouer avec une légèreté propre à leur vocation d'aventuriers car les 4F ne sont pas des super-héros mais des explorateurs. Et leurs pouvoirs leur permettent de tout faire.

Ensuite, il y a la forme : North a annoncé la couleur en expliquant que chque épisode serait auto-contenu mais qu'un fil rouge les relierait. On découvre de fil rouge dans les deux dernières pages de ce n°1 avec une catastrophe spectaculaire qu'aurait provoquée Reed Richards et qui aurait gravement entâché la réputation et la popularité des FF. Cela rappelle ce que Zeb Wells a fait avec sa relance récente de The Amazing Spider-Man où le tisseur était lâché par tous (super-héros, famille, amis) sans qu'on sache pourquoi si ce n'est qu'il avait lui aussi semé un chaos terrible.

Il y a tout pour me plaire dans le projet de North. Je n'ai lu que les premeirs épisodes de Slott et décroché aussi vite. Mais ce que j'ai toujours préféré avec Fantastic Four, ce sont les runs où ça allait vite, fort, avec l'esprit de famille mis en avant, la dimension aventurière, un mix d'action et de fun. Ce que firent John Byrne et Mark Waid et Mike Wieringo. J'ignore si cette fois sera la bonne, si ce sera aussi bon que Byrne et Waid-Wieringo, mais  au moins sur le papier c'est engageant.

Ce qui pourra dérouter dans ce premeir épisode, c'est qu'on ne lit pas un épisode des FF à proprement parler, les deux protagonistes sotn Ben Grimm/la Chose et sa femme Alicia Masters-Grimm (reliquat de la période Slott où ils se sont mariés), partis en congés (sans les gamins skrull et kree adoptés après l'event Empyre. Ouf !). Ils échouent dans un bled perdu de Pennsylvanie dont ils découvent qu'il est pris dans une boucle temporelle. Pourquoi ?

L'idée renvoie évidemment au film Un Jour sans Fin (Harold Ramis, 1993), chef d'oeuvre de la comédie fantastique. Mais North s'approprie cette astuce narrative avec inventivité et comme l'épisode est plus long qu'à l'ordinaire (une trentaine de pages), il peut développer l'argument et ses possibilités de telle manière que le lecteur considère la situation dans son toute son ampleur, depuis l'accueil hostile des habitants jusqu'au mystère entourant cette anomalie physique.

North ne fait pas que soigner son récit, il le fait vivre et, en premier lieu, avec le couple Ben-Alicia, qu'on a rarement vu aussi vivant, attachant. Alicia, en particulier, n'est pas dépeinte comme une infirme fragile couvée par Ben, mais comme une jeune femme séduisante, entreprenante, intelligente, qui a un rôle actif dans l'histoire et sa résolution. Ben, lui, est caractérisé comme on l'aime, l'archétype du brave type bourru, mais qui ne se réduit pas à sa force et qui est lui aussi capable de réfléchir et d'agir en conséquence.

Le problème est résolu avec finesse, de manière romantique, très touchante, et fait écho à la propre relation entre Ben et Alicia. On se moque du fait que Sanford ait développé un pouvoir provoquant la boucle temporelle, l'épisode fonctionne comme une sorte de fable, de métaphore sur le deuil d'un amour et la capacité de résilience, l'acceptation de trouver un autre amour pour dépasser un chagrin sentimental. C'est brillant - jusqu'au bout quand Ben considère tout cela par rapport à ce sui s'est passé avec le reste des Fantastiques (dernière page vraiment renversante, je vous le garantis !).

Au dessin, Iban Coello est un artiste encore méconnu mais qui ne devrait pas le rester longtemps. Mis en avant par Marvel qui en a fait un de ses "stormbreakers" (au même titre que Carmen Carnero, Elena Casagrande, Nic Klein, etc.), il s'est fait remarquer il y a quelques mois avec le récit hors continuité Dark Ages (écrit par Tom Taylor). Mais il change vraiment de dimension avec Fantastic Four car c'est une titre qui a vu passer de grands dessinateurs et c'est la série fondatrice de tout l'univers Marvel Comics.

J'ai coûtume de penser que pour savoir si un dessinateur est fiable pour Fantastic Four, il faut le juger sur sa manière de représenter la Chose. C'est le personnage le plus dur à saisir, avec son aspect si étonnant. Et Coello coche toutes les cases : il le fait grand, imposant (ce qui ne correspond aux critères de Kirby et Byrne mais que, moi, je préfère), bien rocailleux. J'ai déjà dit qu'Alicia gagnait énormément en féminité et n'était plus cette frêle créature aveugle parfois agaçante, et c'est donc un autre bon point.

Coello ne rechigne pas non plus sur les décors. Cedar est un patelin coincé en 1947 et l'artiste sait être subtil pour donner un air vieillot aux bâtiments sans en rajouter. Surtout, il découpe l'épisode de façon très dense et dynamique à la fois, n'hésitant pas à composer ses planches avec des "gaufriers" de douze cases pour montrer les effets de la boucle temporelle et les efforts déployés par les deux héros pour réveiller la population locale à ce sujet.

Ces effets de mise en scène sont à la fois comiques et déconcertants, on se croirait dans un épisode de La Quatrième Dimension, ce qui est une référence évidente pour North. Cela colle à son prinicpe de faire fun et aventurier tout en restant accessible, et in fine de prouver qu'effectivement un membre des FF peut renverser le cours d'une situation mal engagée. 

Ajoutez à cela que c'est l'excellent Jesus Arbutov qui colorise le tout et vous avez vraiment quelque chose de très sympa à lire, avec des ambiances nuancées, respectant le dessin tout en le valorisant.

J'ai envie de dire que c'est un sans faute. En tout cas, c'est très encourageant pour la suite. Et si en plus on tient compte du fait que, avec la numérotation Legacy, ce Fantastic Four #1 correspond au #694, ça signifie qu'en Mai 2023, Marvel va certainement préparer avec North et Coello (et sans doute quelques invités) un 700è numéo historique. Raison de plus pour investir dans ce nouveau volume de la First Family de Marvel !

samedi 12 septembre 2020

EMPYRE : FANTASTIC FOUR - FALLOUT #1, de Dan Slott et Sean Izaakse


Pour ce second épilogue à Empyre, Dan Slott prend les manettes et place les Fantastic Four au centre de l'histoire. La first family de Marvel a réussi son retour dans un event, bien plus que les Avengers. Pourtant Slott tape parfois à côté et tease à son tour un probable futur event (qui, cependant, ressemble à une arlésienne chez lui). Il est accompagné pour cela de Sean Izaakse au dessin.


L'invisible observe l'agitation qui règne dans la zone bleue de la Lune. Les Cotati sont faits prisonniers de guerre par les Kree et les Skrulls et leur leader, Quoi, refuse de révéler qui lui a fourni les armes non répertoriées dont il s'est servi contre les héros de la Terre.


Toutefois, l'oncle de Quoi, Thor, refuse de le laisser, lui et les Cotati, dans les geôles Kree-Skrulls et avec l'aide de Franklin Richards, les exile sur une planète qu'il terraforme pour qu'ils y résident en paix, dans un environnement approprié à leur condition.


Afin d'expertiser l'arsenal Cotati, Reed Richards fait appel à la Profiteuse, la plus grande dealeuse d'armes de l'univers. Cependant, elle échoue à déterminer leur provenance. Ce qui ne l'empêche pas de réclamer paiement pour son examen : la restitution des deux enfants Kree et Skrull.


Les héros s'y refusent et Hulkling empêche une nouvelle bataille en brisant l'acte de propriété de la Profiteuse sur les enfants. Le nouvel empereur les confie à Ben et Alicia Grimm pour les élever pacifiquement et en sécurité.


La zone bleue est quittée par ses visiteurs. Seul demeure l'Invisible qui procéde à son tour à une tentative de datation des armes Cotati...

Peu ou prou, on trouve dans cet épilogue les mêmes mérites que dans celui consacré aux Avengers, écrit par Al Ewing. Comme son partenaire sur la saga Empyre, Dan Slott est bien plus à l'aise seul qu'accompagné pour dire ce qu'il a à dire. Il n'est pas question de mettre en doute la bonne entente entre les deux scénaristes, mais simplement de souligner que leurs styles et surtout leurs desseins sont sans doute trop affirmés pour se fondre en une entité unique.

D'une certaine manière, Slott bénéficie davantage de la saga que Ewing car Empyre a prouvé au moins une chose : les Fantastic Four sont bien de retour au premier plan et ont eu davantage de poids dans l'histoire. Ou du moins ils ont mieux existé.

En effet, avec le (léger) recul dont on dispose désormais, il est évident que la gestion du quatuor a été mieux écrite que celle des Avengers. En les dispersant sur les points chauds de la saga (Johnny Storm auprès de Captain Marvel et Hulkling, Ben Grimm et Sue Richards auprès de Mantis, Reed Richards auprès de Tony Stark), les FF ont été présents au bon endroit au bon moment avec les personnages essentiels.

Par ailleurs leurs compétences ont été mieux utilisés que celles des Avengers, dont l'amateurisme a été dangereux et la naïveté confondante. Maintenant que les X-Men font bande à part dans l'univers Marvel, ce retour des 4 Fantastiques est une aubaine. Et avec le renfort de RB Silva comme nouveau dessinateur régulier de leur série, nul doute que Slott va pouvoir en profiter.

Cependant, le scénariste tape parfois complètement à coté. Le fait que Mr Fantastic fasse appel à la Profiteuse pour expertiser les armes des Cotati est une bizarrerie absurde parce qu'on devine immédiatement ce qu'elle réclamera, qu'elle réussisse ou non à identifier la provenance de cet arsenal (ce qu'elle n'est pas fichue de faire par dessus le marché !). N'y a-t-il pas un autre personnage capable d'enquêter prestement sur ces armes au lieu de s'en remettre à une dealeuse ?

L'autre élément incongru, mais celui-ci indépendant de Slott, est ce que fait Thor dans cet épilogue. Le tie-in Empyre : Thor n'ayant finalement pas été publié, le rôle du dieu du tonnerre a été complètement gâché. Il a disparu au deuxième épisode de la saga et a resurgi au dernier, muni de nouveaux pouvoirs, sans que le lecteur ait su comment il les avait acquis et où il était passé entretemps. Slott a bien du mérite d'attribuer à Thor une fonction d'arbitre quand il sauve la mise de Quoi et des Cotati en les téléportant, avec l'aide de Franklin Richards, sur un monde lointain où ils pourront vivre tranquillement - et sans plus menacer la Terre.

Comme cet épisode est un vrai yo-yo narratif, on appréciera que Slott ait choisi de mettre en scène, même de loin, l'Invisible. Petit rappel : l'Invisible est le nouveau Gardien depuis l'assassinat d'Uatu et il s'agit en fait de Nick Fury. On doit cette "brillante" idée à Jason Aaron qui a ainsi sorti de la scène Fury (pour faire de la place à son rejeton qui a la tête de Samuel L. Jackson) à l'issue de son event, Original Sin (à côté duquel Empyre passe pour un chef d'oeuvre). Depuis, donc l'ex-super espion de Marvel erre sur la Lune, traînant de lourdes chaînes et toisant les terriens et leurs alliés ou ennemis d'un air sévère.

Mais Slott, donc, est plutôt inspiré en se servant de lui car à la toute fin de l'épilogue, il lui fait procéder à sa propre expertise de l'arsenal des Cotati. Et cela aboutit à une scène alléchante (je ne spoile pas). Comme Ewing donc, Slott tease un probable event futur, mais à ceci près que celui-ci est une arlésienne pour le scénariste. En effet, Reckoning War est une idée qu'a Slott depuis des années, il a voulu la développer durant son run sur Amazing Spider-Man, puis on a cru qu'il allait la caser dans ses épisodes de Silver Surfer. Peut-être que ce sera pour Fantastic Four. Ou une saga qu'il écrirait (car Slott est le seul scénariste vedette de Marvel à n'avoir jamais eu cette opportunité !).

En tout cas, Marvel laisse ses scénaristes actuels faire beaucoup d'annonces et on peut douter de leur réalisation à toutes. Aaron voudrait un match retour à Avengers vs X-Men, Donny Cates dans Thor #6 a affiché ses ambitions, Ewing aussi dans Empyre : Fallout - Avengers, et maintenant Slott. On se souviendra que Ed Brubaker, en son temps, avait voulu, sans succès, signer une saga sur le Phénix, puis avancé des pions dans Captain America : Reborn (avec une menace liée au fait que Steve Rogers reprenne son bouclier et une invasion de tripodes identiques à ceux de La Guerre des Mondes de H.G. Wells).  Déjà que Marvel enchaîne désormais pratiquement sans interruption les events, là, c'est déjà l'embouteillage.

Côté dessin, cet épilogue est réalisé par Sean Izaakse, qui contribue déjà à Fantastic Four. Voilà un dessinateur intéressant, solide, sans être renversant. Marvel paraît ne pas lui accorder une confiance folle et ne l'employer que pour jouer les pompiers de service, un peu comme un Paco Medina.

Il affiche pourtant de bonnes intentions et une technique séduisante. Il lui manque cependant ce qui distingue un bon dessinateur d'un artiste qui va marquer les esprits : quelque chose dans le trait trop sage, dans le découpage sans folie, les compositions sans génie. Mais j'ai plutôt envie de le féliciter car sa copie est très soignée, il produit des plans bien remplis, des personnages expressifs, maîtrise leur représentation.

Empyre, c'est donc fini. Slott, comme Ewing, n'ont pas spécialement brillé dans cette affaire, qui a souffert de la crise sanitaire et de l'amputation de tie-in. Mais leurs épilogues sont plus qu'honorables.