Affichage des articles dont le libellé est Dark Knights of Steel. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Dark Knights of Steel. Afficher tous les articles

mercredi 23 août 2023

DARK KNIGHTS OF STEEL #12, de Tom Taylor et Yasmine Putri


21 (!) mois après le début de sa parution, Dark Knights of Steel est (enfin) terminé. Une fin sans surprise, sans éclat, qui ne comblera pas grand-monde à coup sûr. Tom Taylor donne au lecteur lambda ce que ce dernier veut, rien de plus, et se permet même de teaser une suite... Yasmine Putri produit de jolies planches mais on sent que de son côté aussi le coeur n'y est plus.
 

Protex et les martiens blancs ont scellé un pacte avec Amanda Waller qui leur fournit un moyen de percer les défenses autour du château des El. Mais Constantine, Lois et Harley Quinn ont prévu une parade dont le prince Bruce, Kal et Diana sont les fers de lance...


Il y a peu je rédigeai une critique groupée des derniers épisodes en date de Avengers et Guardians of the Galaxy pour pointer les faiblesses  de leurs scénaristes respectifs, incapables, selon moi, de produire de bons team-books, alliant une caractérisation de qualité et des intrigues originales et efficaces. 


Je n'épargnai pas Jed MacKay et le duo Jackson Lanzing - Collin Kelly mais Tom Taylor me semble aussi surcôté que ces trois-là. Je sens que je ne vais pas me faire beaucoup d'amis en disant cela parce que Taylor est populaire avec son run sur Nightwing, que je considère également surestimé. Mais tant pis, je le dis quand même : ce n'est pas bon.


Il me semblait pourtant que Taylor s'en sortait mieux dans le cadre d'histoires hors continuité. J'avais trouvé son premier arc de DCeased plutôt malin, mais avoir ajouté deux volumes à ce récit montrait bien un opportunisme regrettable.

Si Dark Knights of Steel avait été édité plus intelligemment (notamment en accordant un break substantiel à Yasmine Putri pour qu'elle puisse dessiner tranquillement des épisodes d'avances, ou en publiant cette mini-série bimestriellement par exemple), la lecture aurait sans doute été plus agréable; Mais en l'état, les retards fréquents ont eu raison de ma patience et de mon indulgence car, à chaque fois, que je découvrais un nouveau chapitre, je ne lisais rien qui justifiait que cela ait pris tant de temps pour l'écrire et le dessiner.

Entendons-nous bien : ce n'est pas mauvais. Yasmine Putri, cover-artist, s'avère une dessinatrice complète et douée, et j'aimerai la revoir sur un projet sans doute plus modeste, en tout cas moins énergivore - car, franchement, donner une histoire pareille à quelqu'un qui n'est pas habitué à livrer vingt pages par mois est une absurdité.

Tom Taylor n'est pas non plus un scénariste à jeter. En transposant le DCU dans une épopée médiévale teintée de fantastique, il a adapté parfois avec goût et imagination des personnages et des situations familières. Même si au bout du compte il a gadgetisé tout cela, soulignant plus les différences cosmétiques que thématiques.

Malgré tout, on achève la lecture de Dark Knights of Steel avec un sentiment de déception trop grand pour l'ignorer. Taylor a eu les yeux plus gros que le ventre, en voulant absolument caser des héros dont il n'a rien fait (comme Green Arrow, mutilé et rendu inutile, Black Canary, réduite à de la figuration, Poison Ivy, trop en retrait...). Il a sombré dans des clichés d'auteur de fanfic en créant très artificiellement un couple Supergirl-Wonder Woman (jamais développé), a fait de Batman un bâtard mi-humain, mi-kryptonien (sans que cela n'enrichisse le personnage).

Cette distribution pléthorique de personnages associée aux retards de parution a contribué à troubler le lecteur qui pouvait facilement ne plus se rappeler qui était qui. Et comme le noeud de l'intrigue reposait sur la présence de martiens métamorphes, usurpant l'identité de seconds rôles, tout devint vite confus. En route, des pans entiers de l'histoire sont passés à la trappe (notamment les plans de Etrigan/Ra's Al Ghul contre les Titans) quand d'autres se révélaient tardivement mais de manière trop attendue (la duplicité de Waller).

Le problème de Taylor est bien similaire à celui de MacKay et Lanzing - Kelly : il ne sait pas correctement caractériser ses protagonistes, bons ou méchants, et le lecteur a toutes les peines du monde à s'y attacher. Les intrigues et subplots sont maladroits, ne s'imbriquent pas avec fluidité, et n'aboutissent qu'à des conclusions faiblardes compte tenu des enjeux élevés avancés au début. En vérité, il veut à la fois créer un monde (ici donc un DCU médiéval avec une touche de fantasy) et des figures réinventées de façon mémorables. Il échoue sur les deux plans.

D'abord parce que cet univers parallèle qu'il invente n'est pas suffisamment bien défini : il ne suffit pas de placer des visages familiers et relookés dans des châteaux forts pour que cela suffise à convaincre de l'originalité du procédé. C'est juste exotique. Ensuite, il ne suffit pas davantage de redéfinir des relations entre des héros connus (comme faire de Wonder Woman et Supergirl un couple, de Superman et Batman des demi-frères) pour qu'on trouve ça très audacieux ou même original. C'est juste cosmétique, aussi choquant qu'un changement de costume ou de couleur de peau ou de sexe : les editors et auteurs devraient savoir que les lecteurs sont devenus plus difficiles à berner que ça.

Enfin, il y a, chez Taylor, un problème majeur : celui du vilain. Dans Nightwing, il a passé un nombre invraisemblable d'épisodes à photocopier l'antagonisme Daredevil-Kingpin en les remplaçant par Nightwing-Blockbuster, et quand il a rajouté à l'équation Heartless, il a totalement échoué à faire de ce dernier un méchant avec une présence consistante. Ici, c'est pareil : Protex et sa bande de martiens tombent trop facilement dans un piège qui plus est imaginé par Harley Quinn (!), la grande bataille qui promettait d'être incertaine est réglée en deux temps-trois mouvements. C'est piteux. Mais surtout le dit Protex n'a aucune personnalité et ses plans aucune originalité ni envergure : on sent, on sait qu'il va échouer.

Reste donc les planches de Yasmine Putri. Quand elle a été aux commandes, elle a rarement déçu. Elle manque certes d'expérience comme narratrice, mais pas de talent. Il aurait été surtout plus avisé qu'elle s'exerce sur une histoire moins ambitieuse et plus rigoureuse avant de s'engager dans une mini-série aussi longue et laborieusement écrite. Cela lui aurait évité de dessiner tant de cases dénuées de décors, pour gagner du temps, même si elle a eu la chance d'avoir un talentueux coloriste comme Arif Prianto pour l'aider.

Si Taylor, comme tout l'indique, écrit une suite, je n'en serai de tout façon pas. J'en ai définitivement soupé de ce mauvais écrivaillon dont la hype me dépasse. Peut-être est-ce surtout là l'enseignement de Dark Knights of Steel : arrêter de porter aux nues des auteurs qui sont si inégaux, arrêter d'en faire des pseudo-architectes quand ils n'en ont pas les capacités. D'ailleurs, arrêtez ces histoires de scénaristes-architectes et veillez à ce qu'ils écrivent d'abord de bonnes histoires avant de leur demander de réinventer la roue.

mercredi 7 juin 2023

DARK KNIGHTS OF STEEL #11, de Tom Taylor et Yasmine Putri


Dark Knights of Steel s'achèvera dans deux mois, quasiment deux ans depuis le début de sa parution (c'était en Novembre 2021). D'où un légitime sentiment de lassitude, de ne pas en voir le bout. Editorialement, j'ai déjà eu l'occasion de le dire, ce n'est pas fameux. Mais Tom Taylor aura, tant bien que mal, su préserver un intérêt à son projet, bien aidé par la dessinatrice Yasmine Putri. Et ce pénultième épisode est une belle veillée d'armes.



Les martiens blancs ont mis la main sur la kryptonite, grâce à laquelle ils ont un avantage sur le royaume des El. Avec les Pierce et les Amazones, ceux-ci se préparent à la guerre, grâce à J'onn J'onzz mais aussi aux prisonniers des donjons qui sont libérés. Ce qui déplaît à la général Waller...


La désastreuse gestion éditoriale de cette mini-série obligera, je l'espère, les editors du DC Black Label à réfléchir à leur manière de sortir de futurs projets sous cette bannière. Car, avec deux sous d'intelligence, et davantage de bon sens, Dark Knight of Steel aurait été bouclé depuis un moment et ses lecteurs moins frustrés.


Je ne vais pas revenir là-dessus, j'en ai déjà parlé dans de précédentes critiques, mais tout de même, quel gâchis que de ne pas avoir mieux anticiper le temps nécessaire à Yasmine Putri pour dessiner ses épisodes. Démarrée en Novembre 2021, la série ne se conclura qu'en Août 2023, ayant épuisé pas mal de fans entre temps.


C'est d'autant plus dommage que Tom Taylor a sans doute écrit son magnum opus avec Dark Knights of Steel. Si, avec une série comme Nightwing, le scénariste m'a déçu et découragé, en revanche, quand il imagine des récits "elseworlds", il se montre bien plus inspiré, libéré de toute contrainte.

La révélation que Alfred, le valet du prince Bruce, était en réalité le martien J'onn J'onzz dans cette réalité a permis de justifier beaucoup d'événements antérieurs. A commencer par le fait que les vrais méchants de l'histoire étaient des martiens blancs métamorphes venus conquérir la Terre après la destruction de leur planète. Dans un contexte médiéval, teinté de fantastique, c'est une fantaisie supplémentaire qui n'a aucun mal à trouver sa place, même si elle survient tardivement.

Il est désormais acquis que Dark Knights of Steel s'achèvera dans une bataille qui promet d'être spectaculaire et mortelle pour nombre de protagonistes, entre les kryptoniens de la maison El, les amazones, la famille Pierce, sans doute les Titans, et quelques sorciers. Aussi, ce onzième chapitre est une veillée d'armes.

Taylor prend donc le temps de montrer comment les adversaires d'hier se préparent au conflit en utilisant ce que redoutent le plus leurs ennemis, le feu, ici creusant des tranchées, là incendiant des terrains. La reine Lara et ses deux enfants déterrent de quoi forger un projecteur de la zone fantôme où expédier les martiens blancs. Poison Ivy met à disposition sa forêt pour concevoir des armes. John Constantine comprend à quel point il a mal interprété la prophétie. Les mystérieuses créatures enfermés dans les donjons de la maison El sont libérés pour grossir les rangs de l'armée.

Cette dernière initiative a pour conséquence de déplaire à Amanda Waller, qui a souffert la perte de nombre de ses soldats à cause de ces vauriens. Et elle trahit donc les El en allant proposer une alliance aux martiens blancs. Je spoile mais ce n'est pas méchant dans la mesure où ce comportement correspond à celui de la Amanda Waller qu'on connaît dans la continuité classique, prête à composer avec la pire engeance contre des dangers surhumains. C'est le point le plus convenu, le plus téléphoné de cette partie de l'épisode.

Ce qui l'est moins, c'est la réconciliation entre Kal et Bruce quand on se souvient que le premier avait voulu tuer le second quand il lui avait révélé être son demi-frère. Mais ça, c'était avant, avant qu'on sache que Protex, le chef des martiens blancs, avait usurpé l'identité et l'apparence de Kal. Taylor s'est joué du lecteur, quitte parfois à miser sur des coups de théâtre un peu poussifs, un casting un chouia trop fourni (je compte sur le retour des Titans, d'Etrigan, mais sans en avoir l'assurance). Le scénariste apprécie visiblement d'abuser son audience, ce qui ne serait pas gênant si sa série sortait régulièrement, alors que là, avec cette périodicité chaotique, l'astuce est moins efficace.

Yasmine Putri a un peu de mal à dissimuler sa fatigue. Quand on dessine sur une si longue durée une histoire, difficile de garder la même énergie, la même exigence. Elle accomplit une prestation très honorable à laquelle on peut juste reprocher d'être trop légère sur les décors, avec beaucoup trop de plans sans arrière-fond (et que le coloriste Arif Prianto doit donc remplir).

Le charisme de ses designs et l'allure de ses personnages comblent un peu ces failles, mais il faut bien avouer que l'épisode ne permet pas non plus à Putri de fournir un découpage spectaculaire. Elle s'acquitte avec professionnalisme de scènes dialoguées, souvent en tête-à-tête, et certains moments sont tout de même touchants et beaux (je retiens l'échange entre le prince Bruce et J'onn J'onzz).

C'est vraiment, je le répète, que l'éditorial ait échoué à trouver une parution plus adaptée, qui nous aurait épargné des fill-in trop moyens et une pause de plusieurs mois à mi-parcours qui n'a pas permis à Yasmine Putri d'engranger assez d'épisodes d'avance. Souhaitons à présent que Tom Taylor nous donne un final à la hauteur, en attendant de relire tout ça d'une traite, apaisé.

mercredi 29 mars 2023

DARK KNIGHTS OF STEEL #10, de Tom Taylor et Yasmine Putri


Désormais publiée bimestriellement jusqu'à son dernier épisode (ce qui nous projette en Juillet prochain), Dark Knights of Steel se rappelle à notre souvenir comme une histoire qu'on oublierait presque dans le flot des sorties. Mal éditée donc, la saga de Tom Taylor et Yasmine Putri reste toutefois une bonne lecture.


L'écuyer de Maître Bruce, Alfred, a révélé sa véritable nature : il est un martien, celui désigné par la prophétie de John Constantine comme l'Homme Vert, susceptible de provoquer le chaos. Appelé à raconter son histoire, J'onn J'onzz se défend en accusant son compatriote, le martien blanc, Protex, comme celui dont il faut vraiment se méfier...


Il y a quelque chose de regrettable dans la manière dont Dark Knights of Steel a été édité. Dans l'organigramme des comics, il y a un poste-clé, celui de l'editor, qui est en quelque sorte chargé de veiller à la production des séries. Il sert de correcteur auprès du scénariste, de superviseur auprès de l'artiste, et veille à ce que les épisodes sortent à l'heure dans un calendrier validé par la maison d'édition.


Le DC Black Label permet aux auteurs une plus grande souplesse dans les délais de production, et on peut mesurer le sérieux des editors des titres à la manière dont il organise la mise sur le marché des épisodes. De ce point de vue, The Human Target, de Tom King et Greg Smallwood, a été un exemple, puisque pour permettre à Smallwood de dessiner tranquillement les six derniers épisodes, un break de six mois dans la parution fut décidé et le lecteur était prévenu.


Mais il faut bien reconnaître que la plupart du temps, une telle anticipation n'est pas à l'oeuvre et régulièrement les mini-séries du DC Black Label commencent à sortir ponctuellement puis accumulent les retards. Du coup le lecteur se sent, légitimement, frustré, attendant chaque nouvel épisode sans trop savoir quand il sera disponible.

De ce point de vue, Dark Knights of Steel, c'est du grand n'importe quoi : songez que le n°1 est sortie en Novembre 2021, le 6 en Avril 2022, mais le 7 était dans le bacs en Novembre 2022, et depuis le rythme est devenu bimestriel. Quelqu'un chez DC a cru que Yasmine Putri (dont c'est la première grosse bande dessinée après s'être fait un nom comme cover artist) allait tenir un rythme mensuel sans problème alors qu'elle n'a jamais été capable de livrer plus de trois épisodes d'affilée. Du coup maintenant on a compris qu'il fallait lui laisser deux mois pour ne pas avoir recours à un fill-in artist...

Là où le bât blesse, c'est que le scénario de Tom Taylor comptait visiblement sur un rythme de parution régulier quand on voit le nombre de coups de théâtre qu'il contient, mais c'est devenu impossible à mesure que les épisodes prenaient du temps à être complétés. Aujourd'hui, on ne lit plus Dark Knights of Steel comme une série palpitante mais plutôt comme un tortillard qui se traîne, qui n'en finit plus de finir, avec des rebondissements qui surviennent comme si l'auteur les inventait pour alimenter une intrigue interminable.

Bien entendu, ce n'est pas le cas, Taylor avait sûrement prévu de raconter son histoire telle quelle, avec ces péripéties, mais force est d'avouer qu'une bonne partie du plaisir s'est évanouie avec les retards accumulés. C'est désolant.

Je ne veux pas donner le sentiment d'accabler Yasmine Putri car l'artiste a toujours produit des épisodes de haute volée, bien meilleurs que ceux de ses suppléants, et finalement si elle a besoin deux mois pour compléter chaque chapitre, c'est un moindre mal. Mais l'editor, dont c'est le métier, aurait dû le prendre en compte dès le début et organiser la parution à ce rythme d'un épisode tous les deux mois. Le lecteur s'y serait habitué et la série n'en aurait pas tant pâti.

Pour en revenir au contenu de cet antépénultième épisode, Taylor reprend donc sur la révélation de la véritable identité d'Alfred, qui dans son histoire, est donc J'onn J'onzz le martien. Une des particularités de ce "Elseworld" tient au fait que des personnages familiers ne sont pas/plus ce qu'ils sont dans la continuité. Ainsi le méchant Green Man est Lex Luthor devenu aussi dément que le Joker avec en sa possession un anneau de Green Lantern, ou Etrigan le démon est Ra's Al Ghul. Et donc Alfred Pennyworth, écuyer du seigneur Bruce Wayne, est donc le limier martien.

Une grosse partie de l'épisode revient sur ses origines et à son arrivée sur Terre, dans des circonstances légèrement différentes que celles qu'on connaît (plus dé téléportation par le Pr. Erdel, mais toujours le massacre des martiens verts par les martiens blancs). Taylor lie tout cela à la prophétie de John Constantine sur l'Homme Vert qui apportera le chaos entre les royaumes et c'est habile à défaut d'être fluide. Tout comme il agrège l'alliance entre la maison El, la maison Pierce et les amazones autour d'un ennemi commun. Sans oublier le renfort de Poison Ivy.

Tout est désormais en place pour les deux prochains et derniers épisodes qui promettent un conflit entre Protex et son commando de martiens blancs et cette coalition née sur les morts de Jor-El, Jefferson Pierce et Hippolyte. Yasmine Putri nous régalera, à n'en pas douter, avec des planches magnifiques et Tom Taylor a toutes les cartes en main pour un dénouement spectaculaire. Il ne reste plus qu'à prendre notre mal en patience...

jeudi 5 janvier 2023

DARK KNIGHTS OF STEEL #9, de Tom Taylor et Yasmine Putri


Le dernier tiers de Dark Knights of Steel débute donc avec la nouvelle année. Et la mini-série écrite par Tom Taylor a quand même beaucoup perdu de sa superbe. Yasmine Putri est toujours là, mais elle non plus n'affiche pas la grande forme. Ne serait-ce pas simplement la lassitude qui gagne ?


Comme j'ai désormais décidé d'allèger la partie résumé, pour éviter de trop spoiler, étant donné que tous ceux qui me lisent ne suivent pas la vo et attendent les recueils en vf, je vais tâcher de respecter cette bonne résolution.
 

Le titre de ce neuvième épisode de Dark Knights of Steel ne laisse aucune place au doute : War. C'est donc la guerre qui éclate au pied du château des El entre ces derniers, les amazones et la famille Pierce. Un programme qui réclame une écriture ferme et un dessin généreux dans l'effort.


Tom Taylor donne au lecteur ce qu'il attend : la bataille est épique, à la (dé)mesure des antagonistes. Ils sont venus, ils sont tous là, ça combat de tous les côtés, il y a même un dragon. C'est aussi confus, car au beau milieu de tout ça, Bruce et Kal règlent leurs comptes. Mais pas seulement...


Car, en vérité, après huit épisodes, on n'a vraiment sympathisé avec personne. Les El pas plus que les amazones pas plus que les Pierce ne sont aimables. Le prince Bruce est peut-être celui qui suscite le plus de bienveillance au regard de ce qui lui est arrivé - et c'est tout sauf innocent puisqu'il s'agit de Batman, la vache sacrée du DCU, l'intouchable.

Dans le cadre d'un Elseworld (même qui ne dit pas son nom) comme Dark Knights of Steel, il est indispensable de laisser au lecteur des points de repère pour qu'il puisse suivre au moins un personnage. Or, Tom Taylor, à force de brouiller les cartes, de produire des mash-up plus ou moins inspirés et de multiplier les rebondissements, nous a un peu perdus.

Un peu, ou en tout cas assez pour qu'au moment d'aborder cette guerre, il aurait été bon de ne pas en rajouter (en effet, il reste suffisamment de subplots à résoudre, notamment avec Etrigan, les Titans, le Green Man, ou même le couple de détenus formé par Dinah et Oliver). Mais Taylor n'est visiblement pas de cet avis.

Et si le scénariste explique ainsi le geste sauvage, barbare commis par la reine Lara, à la fin du précédent numéro, contre Hippolyte, la révélation finale sur l'identité véritable d'Alfred fait partie de ces moments terribles dits "jumping the shark", où un personnage surgit de nulle part, tout à fait gratuitement, compliquant un peu plus l'intrigue déjà bien touffue.

Par ailleurs, comme je l'écris plus haut, la bataille au pied du château des El ne brille pas par sa clarté. Ce qui n'est pas un souci en soi (car les combats de troupes sont rarement chorégraphiés) se retourne contre le propos en ponctuant l'action de coups-contrecoups (à qui cognera la plus fort ? A qui fera l'entrée la plus remarquée ?) et de curieuses apartés (en montrant Constantine et Lois débattre de la tournure dramatique des choses comme s'ils étaient à l'abri - ce qui n'est pas le cas).

Voir ainsi Constantine se gratter la tête en se demandant ce qui se passe (car ce qui se passe n'était pas inscrit dans ses prophéties) devient limite grotesque car les prophéties sont aléatoires et les guerres sont là pour les contrarier. Si tout était écrit dans le marbre, prédéfini au mot près, tout ne serait qu'une formalité et donnerait donc un avantage décisif à un des camps. Mais avec des aliens, des amazones, des gens capables de contrôler la foudre, la végétation, et même un homme vert et complètement cintré muni d'un anneau de puissance, comment Constantine pouvait-il penser que tout se passerait sans anicroche ?

L'autre décrochage revient au dessin : Yasmine Putri a eu du temps pour préparer ces épisodes (et j'ose quand même espérer qu'elle ne sera pas remplacée pour ceux qui restent), mais c'est comme si l'artiste affichait soudain ses limites. Mettre en images un épisode pareil exige de celui qui en est chargé un effort conséquent puisq'il faut montrer un nombre conséquent de figurants, de décors, de mouvements de foules, plus les manifestations surhumaines des pouvoirs.

Autant, auparavant, Putri a fait des merveilles quand l'action était concentrée, autant là elle ne maîtrise pas son sujet et peine à trouver le souffle nécessaire pour rendre cette guerre aussi épique, sauvage et folle que prévue. Souvent on a le sentiment qu'elle a privilégié un découpage avec des plans aux dimensions généreuses pour présenter des points d'orgue dans la bataille plus que pour orchestrer les avancées et replis des troupes engagées.

En fait, quand il s'agit de scènes pareilles, il y a le modèle Kingdom Come (illustré par Alex Ross) avec pléthore de surhumains s'affrontant loin de tout mais capables de tout dévaster. Ce n'est pas le cas ici car on voit très bien que les surhumains en question sont peu nombreux et en première ligne, soutenus par des armées de simples humains. Ou alors il y a le modèle Ultimates (dessiné par Bryan Hitch) avec une bande de surhumains dans un environnement subissant les dégâts qu'ils provoquent et suggérant des pertes civiles et matérielles importantes et dramatiques. Dans les deux cas, il y a une tension, soulignée par le dessin, que le lecteur ressent car il est conscient que les forces qui se déchaînent sont cataclysmiques.

Or, ni le script de Taylor (avec ces apartés décalés) ni le dessin de Putri ne parviennent à créer cette tension indispensable. On regarde ça sans être vraiment pris, inquiet, sans vibrer. Ce sont quelques surhommes qui se foutent sur la tronche, mais qui n'ont en vérité pas besoin d'armées pour ça. Et surtout on s'en fiche un peu car Dark Knights of Steel n'a jamais vraiment pris la peine de nous les rendre sympathiques. Qu'un El ou une amazone ou un(e) Pierce meurt au milieu de tout ça n'arrive pas à nous émouvoir. C'est embêtant quand on veut quand même impliquer le lecteur, l'émouvoir.

La fin de l'épisode avec sa double surprise entraîne encore la mini-série dans des directions imprévues. Et il reste encore à savoir ce que Taylor fera de ce qu'il suggéré avec Ra's Al Ghul, les Titans, Bruce et Kal, Diana et Zara, Oliver et Dinah, etc. Tout ça avec seulement trois épisodes avant la conclusion. Si ça se trouve, ça passera crême. Mais qu'il me soit permis d'en douter.

jeudi 3 novembre 2022

DARK KNIGHTS OF STEEL #8, de Tom Taylor et Yasmine Putri


Après un hiatus de six mois, Dark Knights of Steel revient ce mois-ci. La saga alternative de Tom Taylor reprend là où elle en était : la guerre entre la maison El d'un côté, et les amazones et la maison Pierce de l'autre, est sur le point d'éclater. Yasmine Putri revient elle aussi dessiner l'histoire (et je l'espère sans plus de fill-in). Un retour explosif.


Alors que les armées des amazones et de la maison Pierce pénétrent dans la forêt voisine de la maison des El, Harley Quinn et le général Waller tentent de négocier la paix. En vain.


Hippolyte laisse partir les deux femmes, au grand dam de Constantine s'apprête à leur lancer un sort. Ivy couvre la fuite de Harley et Waller avant d'être neutralisée par l'Homme Vert.


Mise au courant de l'arrivée des amazones et de la maison Pierce, la reine Lara ordonne à Waller de préparer ses hommes. Mais sa fille Zala et son amie Diana s'interposent entre les deux camps.


Mise à mal par Jacob Pierce, Zala est secourue par sa mère qui accepte la main tendue par Hippolyte pour se rendre. Mais c'est une ruse...

On avait presque oublié Dark Knights of Steel depuis son dernier numéro paru en Juin dernier. Bizarrement, cette mini-série en douze épisodes avait suspendu sa publication au #7. Il faut désormais espérer qu'on pourra la lire sans nouvelle interruption et surtout avec la même artiste, sans fill-in (même si, il faut le reconnaître, les suppléantrs ont été convaincants).

Donc, où en étions-nous ? C'est simple : la maison Pierce, désormais dirigée apr Anissa, scelle une alliance avec les amazones d'Hippolyte pour affronter la maison El, suite à l'assassiinat du roi Jefferson par Zala Jor-El. Depusi toujours considéré comme trop puissante, cette famille venue d'ailleurs et dotée de pouvoirs immenses menace l'équilibre politique des différents royaumes. Par ailleurs, le défunt roi Jor-El a eu un fils illégitime, Bruce, que son fils naturel, Kal-El a laissé pour mort après une dispute sur la guerre à venir. Mais Kal-El a été fait prisonnier par les amazones.

Au moment où débute de huitième chapitre, les armées des amazones et des Pierce avancent vers le château des El. Peut importe les tentatives de Harley Quinn accompagnée de la général Waller pour négocier la paix, ni même l'intervention de Ivy pour couvrir leur fuite, la guerre va éclater. Surtout que pour la provoquer, les amazones et les Pierce sont motivés par l'Homme Vert, dont l'objectif est de les faire s'entretuer.

Tom Taylor est, comme toujours, très à l'aise dans cet univers parallèle, bien plus inspiré à mo,n goût que lorsqu'il anime des séries dans la continuité. Il profite de la libertté qu'on lui accorde et se montre inventif pour redéfinir les personnages dans ce contexte. Surtout le format de la mini-série permet au lecteur d'apprécier pleinement l'histoire en sachant qu'elle aura un début, un milieu, une fin, et que sa progression narrative va crescendo.

Comme Taylor adore ponctuer son récit de scènes chocs qui remettent tout en question, il ne s'en prive pas, mais le fait avec la volonté de surprendre. Le cliffhanger de cet épisode est donc sidérant, d'une violence graphique étonnante. Mais le Black Label permet aussi cela, en tuant des héros importants tout comme il autorise à donner à un individu comme Constantine une rage vengeresse très puissante.

On peut juste regretter que Taylor gâche parfois le potentiel de seconds rôles qu'il a préalablement présentés comme très puissants et qui se font rétamer un peu trop rapidement, un peu trop facilement. Voir Ivy, la fée verte, mordre la poussière aussi vite est frustrant, même si rien ne dit qu'elle est définitivement hors-jeu.

Et puis il reste tout ce que l'épisode ne montre pas, c'est-à-dire la ttroisième colonne de l'intrigue avec Bruce et ses alliés (les Titans), qui vont forcément revenir dans la partie. Tout est en tout cas en place pour un second acte palpitant et spectaculaire.

Enfin, il y a le plaisir de retrouver Yasmine Putri et ses superbes dessins. Certes, à chaque fois qu'elle a été remplacée, la série n'en a pas trop souffert grâce à de bons subsituts. Mais l'artiste en chef de Dark Knights of Steel est un cran au-dessus. Elle a désormais abandonné les couvertures à l'inépuisable Dan Mora pour se concentrer sur le planches intérieures.

On ne peut que souhiater qu'elle réalisera les cinq épisodes qui aboutiront au dénouement de cette histoire après le break qu'à connu le titre car ce qui se passe ce mois-ci et ce qui nous attend promet beaucoup. Putri aura été une révélation dans ce rôle car jusqu'à présent elle était connue pour ses couvertures (magnifiques) et se révèle être une narratrice épatante.

Elle le confirme encore une fois, qu'il s'agisse de mettre en scène un dialogue malicieux entre Oliver Queen et Dinah Lance dans les cachots de la maison El, des palabres de Harley Quinn avec Hippolyte ou bien d'orchestrer des scènes d'acion explosives. De ce point de vue, l'entrée en scène de Ivy est magistrale et donne lieu à des compositions ambitieuses.

Putri sait dessiner tout ce que le script lui demande et sa maîtrise est parfaite. Dans ce cadre, cela donne une plus-value visuelle indéniable. Rien ne lui fait peur, que ce soit la figuration importante (avec les armées des amazones et de Pierce qui se préparent à partir) ou le malaise de Zala à cause d'un sort lancé par Jacob Pierce jusqu'à l'intervention musclée de Lara. Ajoutez-y les couleurs d'Arif Prianto, aux nuances impeccables, et c'est un vrai régal.

Ce mash-up de fantasy et de super-héros est improbable mais la combinaison de l'écriture inspirée de Tom Taylor et de la beauté des dessins de Yasmine Putri en font une lecture divertissante et accomplie.

mercredi 8 juin 2022

DARK KNIGHTS OF STEEL #7, de Tom Taylor et Nathan Gooden


Une nouvelle fois, Dark Knights of Steel fait un pas de côté pour un épisode centré sur un personnage, et moins sur l'intrigue globale. Tom Taylor réserve les gros morceaux à son artiste Yasmine Putri et pour qu'elle puisse souffler, il préfère proposer un chapitre décalé avec un autre dessinateur, cette fois Nathan Gooden. Le résultat est plaisant, même si graphiquement très inégal.


Le prince Wayne, laissé pour mort par Kal-El après qu'il lui ai révélè être son demi-frère, a été recueilli par les Kent, un couple de paisibles fermiers, anciens sujets des El.


Souffrant d'un empoisonnement par la kryptonite, Wayne est sauvé par Raven, une jeune sorcière abritée par les Kent avec d'autres Titans persécutés. Il la remercie ett cherche au moyen de se racheter.


Mais dehors Ra's Al Ghul et sa fille Talia viennent réclamer la reddition des Titans, dénoncés par Constantine en échange de la résurrection de Jacob Pierce.


Le prince Wayne et les Titans mettent déroute Ra's Al Ghul. Richard, l'écuyer du prince, vient l'avertir que les amazones s'apprêtent à attaquer la maison El avec les filles du défunt roi Pierce...

Comme je l'ai déjà dit, Dark Knights of Steel est une production du Black Label de DC, où des auteurs vedettes de léditeur peuvent raconter les histoires qu'ils veulent, sans se soucier de la continuité et des parutions en cours. Même si ce n'est pas la même chose, c'est ce qui se rapproche le plus de ce que fut le label Vertigo.

DC exploite ce label pour attirer des lecteurs qui n'ont pas/plus le goût pour les séries régulières super-héroïques et cherchent des récits complets sous forme de mini-séries prestigieuses. C'est un peu une marque de prestige où l'éditeur met en avant ses scénaristes et quelquefois des dessinateurs. L'autre modèle évident de cette antenne serait Image Comics, avec ses creator-owned, sauf qu'ici on joue avec les icones maison. Et on laissee le temps aux auteurs de bien faire le boulot (mais j'y reviendrai...).

Dans les projets que je suis, Dark Knights of Steel occupe une place à part puisqu'il renvoie aux "Elseworlds" de naguère, où les héros DC étaient revisités dans des contextes et des genres précis. Tom Taylor, qui s'est fait une sorte de spécialité de de type d'entreprise, imagine ici une version médiévale des super-héros les plus emblématiques, avec une bonne dose de fantasy.

Depuis sept mois, on découvre donc à quoi pourrait ressembler le DCU avec des châteaux forts, des chevaliers, de la magie, et quelque extraterrestres - puisque Superman a survécu avec ses parents qui sont devenus les maîtres d'un royaume et les ennemis désignés d'autres fiefs, parmi lesquels ceux des amazones et de Black Lightning. D'autres figures familières campent des seconds rôles astucieux comme John Constantine, Ra's Al Ghul, Poison Ivy, Harley Quinn, Amanda Waller...

Pour l'accompagner dans cette histoire, Tom Taylor bénéficie du talent de Yasmine Putri, jusqu'alors plus connue pour ses sublimes couvertures que pour ses planches intérieures et qui sera quoi qu'il advienne la grande révélation de la mini-série. Mais Putri, comme beaucoup d'artistes actuels, n'arrive pas à produire vingt pages mensuelles à un rythme régulier et l'éditeur doit recourir à des fill-in artists pour la soulager. Bengal a ainsi dessiné le quatrième numéro, dans son style un peu inconsistant mais agréable tout de même.

Cette fois, c'est au tour de Nathan Gooden de servir de joker. Et c'est lui qui concentre toute l'attention puisque le contenu de l'épisode est, par ailleurs, consacré au prince Wayne. Pour rappel, celui-ci a découvert dès le début de la série qu'il était le bâtard de Jor-El, qui n'avait pas informé son fils biologique avant d'être tué. Lorsque Wayne a voulu le révèler à Kal, celui-ci a gravement blessé le prince et l'a laissé pour mort, sans que personne ne l'ait surpris.

Trouvé agonisant par les Kent, un paisible couple de fermiers, Wayne n'avait plus été vu depuis le #5. On assiste donc à sa remise sur pied par une jeune sorcière, Raven, qui est abritée par les Kent avec ses amis, les Titans. Wayne comprend qu'il s'agit d'adolescents persécutés comme les créatures qui croupissent dans les geôles des El, qu'il a lui-même participé à traquer. Ce qu'il ignore en revanche, c'est que pendant ce temps, dans le royaume du défunt roi Pierce, Constantine a ressucité le fils du monarque, Jacob, avec l'aide de Ra's Al Ghul qui, en échange, a obtenu l'adresse des Titans (pour les tuer ou les capturer, ce n'est pas clair).

Ce pas de côté dans l'intrigue générale de la série pour nous renseigner sur le sort du prince Wayne est bienvenu, mais convenu : en effet on se doutait bien que Tom Taylor n'allait pas délaisser indéfiniment ce personnage et le scénariste avait par ailleurs reconnu garder en réserve les Titans pour sa saga. C'est désormais chose faite et il fait même allusion à la fin de l'épisode à un autre héros connu qui va assurément jouer un rôle majeur dans la dernière partie de l'histoire (mais je tairai son nom pour cette fois).

Revenons au dessin. Je ne connaissais pas le nom de Nathan Gooden avant cela, et j'ai appris qu'il était lui aussi cover-artist (notamment pour l'éditeur indépendant Vault, chez qui est publié The Blue Flame au sujet de laquelle je rédige des critiques depuis le début de cette semaine). Sa prestation est pour le moins inégale. Très inégale.

Son style ressemble beaucoup à celui de Yasmine Putri, ce qui est plutôt une bonne pioche, et l'ensemble de l'épisode est plutôt bien fichu. Le travail (excellent) du coloriste Arif Prianto compte aussi énormément pour conserver la cohérence visuelle de la série. Gooden nous gratifie même d'une planche magnifique, quand Beast Boy se transforme en dragon (ce qui a inspiré la couverture, jubilatoire, de Dan Mora).

Mais par ailleurs, on remarque que sur d'autres planches Gooden semble se précipiter, son trait est moins ferme, les finitions sont bâclées, et le rendu est vraiment laid. De plus, dès qu'il s'agit de composer des images avec un groupe de personnages en mouvement et de donner du souffle, c'est carrément maladroit comme en témoigne la scène d'affrontement entre Ra's Al Ghul (et son avatar) et les Titans. Il ne faut pas se louper dans ces moments-là et malheureusement on voit que Gooden découpe mal la scène dans son entiéreté, c'est raté, c'est dommage.

Ce qui l'est encore plus, c'est que, comme pour The Nice House on the Lake, la série va connaître une interruption et on ignore à quand elle reviendra (pas avant Septembre semble-t-il, puisque le titre ne figure pas dans les sollicitations de DC en Juillet et qu'en Août sera publié le premier recueil compilant les six premiers épisodes). Comme je l'ai déjà dit, ça ne me fait pas grand-chose d'attendre (il y aura toujours autre chose à lire en attendant), par contre j'apprécierai que DC communique sur le retour de ces séries en stand-by (comme il l'a fait pour The Human Target, dont le 7ème épisode est, lui, bien prévu pour Septembre). Patience donc...

jeudi 28 avril 2022

DARK KNIGHTS OF STEEL #6, de Tom Taylor et Yasmine Putri


Avec ce sixième épisode, Dark Knights of Steel arrive à mi-parcours de l'histoire alternative racontée par Tom Taylor. Le scénariste est toujours très inspiré (plus que sur Nightwing) et réserve encore bien des surprises au lecteur. Au dessin, Yasmine Putri produit encore une prestation de haut niveau avec le colriste Arif Prianto. C'est un sans-faute.


Dénoncé par John Constantine, Timothy Drake est expulsé du royaume de Pierce. De retour à la Maison des El, il rapporte que Zala Jor-El est accusée du meurtre du roi et de son fils.


Elle dément bien etntendu. Mais le pire est à venir, prévient Diana, qui affirme que sa mère, Hippolyte, a scellé une alliance avec King pour attaquer les El.


Cependant, désespéré, Constantine invoque le démon Etrigan puis s'adresse à son hôte dans l'espoir qu'il ressucite le roi King. Impossible, mais le fils peut être sauvé, en échange d'un lourd tribut.


Kal-El se rend sur Temyscera pour négocier la paix avec Hippolyte. Poignardé et enfermé, il se confie à Lois qui soupçonne que quelqu'un manoeuvre pour provoquer la guerre...

C'est un plaisir chaque mois renouvelé de se plonger dans le monde de Dark Knights of Steel, cette relecture chevaleresque et fantastique du DCU. Il faut dire que Tom Taylor a construit une histoire captivante et très divertissante.

On est positivement surpris par l'inspiration de l'auteur, qui se montre ici plus régulier que sur Nightwing. Ce n'est pas étonnant dans la mesure où il ne dépend de personne, n'a à composer avec rien d'autre. Mais surtout, on sent Taylor plus à son aise avec ce récit choral que lorsqu'il anime un héros solo (quoique bien entouré) et avec la possibilité de surprendre le lecteur à tout moment.

Dans ce sixième numéro sur les douze que comprendra la mini-série, logiquement on assiste à un basculement, c'est en quelque sorte la fin du premier acte et il faut donc pour Taylor embarquer le lecteur vers la suite et fin en lui promettant que ce sera aussi spectaculaire et inventif. La guerre entre le royaume de Pierce, les amazones et la maison El est donc sur le point d'éclater.

Habilement, Taylor brouille les pistes et nous fait douter de ce à quoi on a assisté depuis six mois. Et si Zala Jor-El n'avait pas tué Jefferson King et son fils ? C'est ce que pense Lois Lane et comme elle incarne la voix de la raison, la plus modérée en tout cas de cette saga, son interrogation nous trouble. Mais n'est-ce pas déjà trop tard ?

Par ailleurs, Taylor aime les twists and turns, ces retournements de situation et ces choses inattendues. Il en use avec parcimonie mais toujours de façon très efficace, comme quand il nous révèle qui est, dans ce contexte, l'hôte du démon Etrigan (mais je ne vous spoilerai pas). C'est en tout cas étonnant et très malin. Il en profite dans cette séquence pour évoquer les Titans, et donc nous devrions bientôt faire connaissance avec les versions médiévales de Nightwing et quelques autres, ce qui est alléchant.

Taylor joue aussi avec ce qui est hors-champ puisqu'on ne voit pas dans cet épisode ce qu'il advenu du Batman, et qu'on ne revoit pas Poison Ivy, encore moins où est l'Homme Vert. En les dissimulant ainsi, le scénariste ménage ses effets et suggère bien sûr que leurs retours, certainement progressifs, vont avoir un impact déterminant sur la suite de l'intrigue. Bien joué.

Yasmine Putri  s'est révélée comme une artiste exceptionnelle depuis le début de cette aventure et ce nouveau chapitre ne décevra pas ceux qui ont découvert le travail de cette cover artist depuis six mois. Ce qu'elle produit est simplement superbe.

La maturité dont elle fait preuve dans la narration graphique indique qu'on a affaire soit à une dessinatrice qui s'est sacrément préparée, soit à une surdouée qui cachait bien son jeu derrière des couvertures déjà très abouties mais dont on ne soupçonnait pas le potentiel pour des pages intérieures.

Il y a dans ses compositions une expérience assez hallucinate, elle trouve toujours le bon angle de vue, la bonne disposition pour ses personnages, la bonne valeur de plan. L'histoire est illustrée avec un dosage parfait des effets. L'expressivité des personnages est un autre de ses atouts. Sans oublier le brio avec lequel elle gère les décors (ah, cette dernière page, avec le vaisseau qui emporte les amazones !). La manifestation et la représentation des éléments fantastiques sont également remarquables, soutenues par la colorisation impeccable d'Arif Prianto.

J'adore cette mini-série, qui a un vrai souffle épique, trouve toujours le moyen de nous cueillir plusieurs fois à chaque numéro, et conserve ntact un potentiel formidable pour la suite. Si vous le suivez pas mensuellement pour mieux la savourer en recueils, en vo ou en vf, notez bien quand ce sera disponible car c'est une grande réussite dont on voit mal comment elle pourrait décevoir dans ses six prochains épisodes.

vendredi 4 mars 2022

DARK KNIGHTS OF STEEL #5, de Tom Taylor et Yasmine Putri


Après l"épisode en forme de secret origins du mois dernier, Dark Knights of Steel reprend le cours de son récit. Et, fidèle à lui-même, Tom Taylor n'y va pas de main morte. Le rythme est effréné et ce chapitre réserve encore son lot de surprises choquantes. Yasmine Putri est de retour et signe des planches magnifiques.


Zala est de retour à la Maison des El où elle se recueille devant le cercueil de son père. Kal-El promet que son crime ne restera pas impuni. De son côté, Harley Quinn retrouve Poison Ivy dans la forêt de Hobb où elle lui résume la situation et obtient son renfort contre le roi Jefferson et ses alliés.


Diana, l'amazone, survole la forêt où elle est arrêtée par Ivy. Kal et Zala arrivent sur ces entrefaîtes. Zala s'isole avec Diana à qui elle jure n'être pour rien dans la mort du fils du roi Jefferson. L'amazone se range donc du côté des El, malgré l'alliance de Hippolyte avec Jefferson.


Bruce montre l'échantillon de kryptonite, protégé dans un étui en métal, à Kal et lui explique l'effet qu'a eu ce minerai étranger sur lui. Kal apprend par Bruce est donc son demi-frère par son défunt père. Sa réaction est brutale...


Non loin de là, un couple de femiers entend le bruit d'une chute. L'homme s'approche d'un cratère et y trouve Bruce, sévèrement blessé mais encore vivant et qui supplie pour ne pas être transporté au château des El...

Pour commencer, je voudrais revenir sur la critique du précédent épisode à propos de laquel un lecteur m'a interpelé, jugeant que j'avais spoilé un élément important par une image d'illustration. Je tiens à préciser deux choses à ce sujet : d'abord, pour qui lit mes articles, je prends le parti, discutable j'en conviens, de rédiger des résumés assez complets pour chaque épisode, ce qui me conduit donc, inévitablement à "divulgâcher" l'histoire. Mais, ensuite, quand je choisis des images pour illustrer mes résumés, je veille à ne pas trop en montrer, de telle sorte que tout ne soit pas révélé. Ainsi, pour le n°4, je pouvais donner l'impression de révéler l'identité du Green Man/l'Homme Vert, et pourtant, je peux vous promettre que celle-ci vous réserve une surprise encore intacte.

Cependant, il me faut bien admettre, et vous le comprendre, que plus l'histoire progresse, plus il est difficile de rédiger un résumé de chaque nouvel épisode en gardant des secrets intacts. Si je veux pouvoir résumer l'épisode, je ne peux pas éviter, à un moment donné, de "divulgâcher" des parties de l'intrigue. J'ai ainsi parfois hésité à continuer à livrer des résumés pour attaquer directement mes articles par la critique de l'épisode. Mais c'est reculer pour mieux sauter car ce que je n'écrirai plus dans le résumé, je finirai tôt ou tard par l'écrire dans la critique, à moins de tourner autour du pot et de vous donner à lire des analyses trop cryptiques.

Dans ce cinquième épisode, j'ai donc été confronté, de manière encore plus prononcée, à ces problèmes de spoilers et de contenus de résumé et de critique. Vous gardez la liberté de ne pas/plus lire mes articles pour attendre le moment où vous lirez l'intégralité de l'histoire sans spoilers, et je ne vous en voudrai pas. Mais c'est le fossé insoluble entre le critique et le lecteur : mon boulot, c'est de parler de ce que j'ai lu, et votre objectif, c'est de lire sans être spoilé. Personnellement, je ne crois guère à l'efficacité d'une critique sans spoilers. Et j'estime donc être lu en connaissance de cause, si vous vous voulez être préservés, autant évitez mes articles comme les news comics qui annoncent avec plusieurs mois d'avance parfois la trajectoire des séries.

Dans un premier temps, disons le premier tiers de cet épisode, Tom Taylor ne pose pas de problème au critique. Nous attendions depuis un petit moment l'apparition de Poison Ivy et à quoi elle ressemblerait dans le contexte de cette histoire, son rôle aussi. Il l'introduit en majesté, soulignant sa puissance mais aussi sa séduction, et surtout le scénariste ne se cache pas derrière son petit doigt en confirmant l'attirance homosexuelle d'Ivy pour Harley Quinn (qui semble réciproque, mais qui est modulé subtilement car Harley ne veut pas vivre dans la forêt où réside Ivy).

La Sorcière Verte, ainsi que Ivy est aussi désignée, s'incarne comme une force considérable mais indépendante. Elle ne consent à aider la Maison El que par amour pour Harley. On a une démonstration de sa force impressionnante quand elle intercepte Diana (Wonder Woman) qui survole sur son cheval aîlé sa forêt. Yasmine Putri fait des merveilles graphiques dans ce mouvement, non seulement en dessinant Ivy et Diana en femmes redoutables, en créatures qui ne cèdent rien l'une à l'autre. Spectatrice ahurie puis médiatrice du duel, Harley est aussi traitée avec un sens de la nuance appréciable car Taylor ne la réduit pas au personnage qu'on a pris l'habitude de voir dans les comics et les films, parfois franchement lassant.

Le deuxième tiers de l'épisode est passionnant dans ce qu'il montre de la duplicité des El. Zala jure avec una plomb sidérant à Diana qu'elle n'a pas tué le fils du roi Jefferson (le lecteur sait que c'est faux) et convainc son amante, qui, en retour, décide de combattre aux côtés des El contre l'alliance de Jefferson et des amazones. Mais le plus glaçant est à venir - et là, donc, spoilers !

Car, de leur côté, Kal et Bruce échangent, moins sur la découverte de la kryptonite trouvée sur les terres de Lord Magnus, qu'à propos de leurs liens du sang. Taylor avait déjà fait fort en créant une faternité entre ces Superman et Batman médiévaux, mais lorsque Kal empâle Bruce, puis révèle son vrai visage en affirmant que les El vont conquérir la Terre en écrasant quiconque se dressera devant eux, et surtout qu'il ne tolérera pas la présence du bâtard conçu par son défunt père, là, le choc est brutal.

Là aussi, Yasmine Putri prouve sa compétence en découpant la scène avec une énergie dingue, qui traduit parfaitement la violence de la réaction de Kal mais aussi celle du sort réservé à Bruce. Décidément, Putri s'affirme comme la grande révélation de cette mini-série car elle impose sa narration très dynamique et soignée sur un script déjà bien secoué. Je n'aurai pas imaginé qu'elle avait ça en elle, car même si elle était une cover-artist de haut niveau, il y a une différence entre le fait de produire des images pour une couverture et convaincre qu'on a les ressources pour convertir ce talent dans la narration graphique, avec ce que cela impose (maîtrise du découpagre, de la composition, des expressions, du rythme de lecture, etc.).

La toute dernière page réserve une ultime surprise, malicieuse, au lecteur. Mais surtout l'épisode qu'on vient de lire relance une nouvelle fois l'intrigue dans des directions multiples et excitantes. Dark Knight of Steel est un projet vraiment accrocheur, qui promet encore beaucoup. Et vu la forme affichée par Taylor et Putri, on avance confiant.

vendredi 4 février 2022

DARK KNIGHTS OF STEEL #4, de Tom Taylor et Bengal


Dark Knights of Steel arrive au terme du premier tiers de son histoire et Tom Taylor a choisi ce moment stratégique pour proposer une sorte d'origin story. Une pause en somme dans un récit échevelé. Mais ne croyez pas que le scénariste profite de cela pour faire du remplissage avant de passer à la suite... Yasmine Putri se contente de signer la couverture du numéro, laissant à Bengal le soin de dessiner les planches.


Dans le cratère formé par le crash du météore dans les terres du seigneur Magnus, Alfred raconte à Bruce comment tout a commencé. Témoin de l'arrivée de El, l'écuyer a observé le couple s'installer d'abord à l'écart. Mais un volcan voisin du château Wayne menaçait d'entrer en éruption...


Jor El communiqua au conseiller des Wayne, Lex Luthor, un message pour expliquer comment protéger leur château. Luthor ignora cela et quand le volcan se manifesta, Jor El surgit à la cour pour l'alerter. Avec sa femme Lara, il contint l'éruption, sauvant des vies, et devenant un héros.


Par la suite, adulé par la reine Martha, Jor apprit que Thomas ne pouvait lui donner d'enfant. Une nuit suffit. Et neuf mois plus tard naquit Bruce. Thomas pardonna à sa femme comme Lara à Jor. Et Kal-El devint le meilleur ami de l'héritier du trône.


Mais ce bonheur fut brisé par l'attaque vengeresse de l'Homme Vert qui tua Thomas et Martha Wayne, laquelle confia Bruce à Lara et Jor El, qui devinrent les nouveaux maîtres du royaume... Aujourd'hui, Bruce et Alfred repartent traquer l'Homme Vert.

Les mini-séries en douze parties (mais peu importe le nombre d'épisodes en vérité) se doivent d'être bien structurées pour apporter au lecteur du plaisir. Si le récit n'est pas bien bâti et rythmé, non seulement on le remarque assez vite mais surtout c'est irrécupérable.

Certains auteurs découpent donc leur narration en blocs, qui sont limitésà chaque quart ou tiers ou moitié de la mini-série. Ce sont autant d'étapes pour développer l'intrigue et pour que le lecteur les apprécie. Il s'agit moins de marquer des temps d'arrêt que de faire respirer l'ensemble. Ce n'est pas un sprint qu'on gagne en allant plus vite que la musique mais une course de fond où il faut savoir ménager ses effets et le fan.

Tom Taylor sait tout cela et parce qu'il est parfaitement dans son élément dans le cadre d'une histoire telle que Dark Knights of Steel, on sent qu'il a bien préparé son coup. On sent que ce quatrième épisode arrive pile au moment où il avait prévu de le dévoiler, après trois premiers chapitres survoltés. Il peut se permettre, en confiance, de lâcher un peu de leste, sans renoncer à quelques suprises.

Nous apprenons donc les origines de Bruce Wayne dans ce cadre médiéval et fantastique. Nous savions déjà qu'il était un bâtard, demi-frère de Kal-El, fils de Jor El. Mais comment cela s'était-il passé ? En vérité, ce secret explique plus largement là où on en est au temps présent de l'histoire puisque, par la voix d'Alfred, l'écuyer de Bruce, on découvre comment les El sont arrivés sur Terre, vivant d'abord à l'écart de tout et élevant leur fils avec amour.

Taylor invente une menace naturelle un peu grossière, en tout cas pas très subtile, pour justifier que les El sauvent les Wayne et leur peuple. Cette action d'éclat va produire deux réactions : l'une positive avec le rapprochement des deux familles, l'autre négative avec ce qui aboutira à la naissance de l'Homme Vert (je ne vous spoilerai pas son identité véritable, mais c'est une idée très efficace, un mash-up audacieux et terrifiant).

Avec cette manoeuvre, Taylor fait donc d'une pierre deux coups. On reconnaît une habilité épatante, mais surtout un sens du tempo éprouvé : c'est la force de ce scénariste qui n'est pas génial mais un conteur aguerri et qui profite à fond de la liberté que lui offre ce type de "Elseworlds". Surtout, il est évident que déplacer les codes du récit super-héroïque et ses personnages emblématiques dans un cadre incongru n'est pas le seul intérêt, un peu exotique en somme, du projet. En pouvant mixer des éléments impossibles dans la continuité, Taylor joue avec excellence sur le renouvellement des menaces et donc réinjecte de l'imprévu dans un genre où on croit toujours avoir tout lu, tout vu.

Yasmine Putri profite de cet interlude pour souffler, elle ne réalise que la couverture. Bengal la remplace pour les pages intérieures et c'est un choix agréable, bien que ce soit un artiste inégal, parfois un peu léger. D'abord parce que la nature même de l'épisode rend tolérable qu'un autre le dessine, mais aussi par que Bengal a un style qui ne jure pas avec celui de Putri. Enfin, il rend une copie très aboutie, qui prouve son investissement dans une mission ingrate par définition (suppléer une artiste de qualité supérieure dans une série où on ne fait que passer).

N'empêche, DC serait bien avisé de refaire appel à Bengal si, comme c'est prévisible, Putri a encore besoin de refaire une pause et a fortiori dans un numéro adapté (qui révélerait d'autres secrets du passé). C'est un fill-in de qualité.

Surtout Arif Prianto continue d'assurer les couleurs et conserve une cohérence esthétique à la série, ce qui est appréciable, parce que la palette employée est belle mais participe vraiment à l'attractivité visuelle de Dark Knights of Steel.

C'est du tout bon, et ça fait du bien. On pouvait craindre que ce quatrième épisode ne tienne pas les belles promesses affichées depuis le début, mais le savoir-faire de Taylor et le professionnalisme de Bengal rassurent pleinement.