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mardi 9 mars 2021

WANDAVISION (Disney +)

 


Voilà un certain temps que je n'avais pas dédié une entrée de ce blog à une production télé ou ciné. La diffusion de WandaVision sur Disney +, qui vient de s'achever, m'en donne à nouveau l'occasion car il s'agit de renouer avec le MCU (Marvel Cinematic Universe), en berne depuis Avengers : Endgame à cause de la crise sanitaire. Cette première série, en neuf épisodes, complète l'offre cinéma en s'intéressant à des personnages jusqu'à présents secondaires mais aussi en préparant le terrain pour de futurs longs métrages (en l'occurrence Dr. Strange 2, prévu en 2022). Et le moins qu'on puisse dire, c'est que, narrativement comme formellement, c'est une nouvelle proposition.


Années 1950. Wanda Maximoff et Vision, récemment mariés, s'installent dans la petite ville de Westview, New Jersey. Bien que Vision soit un androïde, personne ne semble s'en formaliser, tandis que Wanda dissimule ses pouvoirs magiques. Wanda devient amie avec sa voisine, Agnes. Vision impressionne ses collègues au bureau par sa rapidité d'exécution. Les mariés reçoivent le patron et la femme dde celui-ci de Vision et sont assaillis de questions sur leur passé. Toute cette sitcom est regardé par quelqu'un sur une télé....


Années 1960. Agnes informe Wanda et Vision que Dottie, une autre voisine, prépare le spectacle annuel de magie pour les enfants de Westview et le couple accepte à contrecoeur d'y participer. Wanda fait la connaissance de Geraldine en coulisses. Mais la situation se complique quand Vision avale un chewing-gum qui se colle à ses circuits intégrés et altère son comportement comme s'il était ivre. Wanda utilise sa magie pour rattraper les maladresses de son époux. De retour chez eux, Wanda découvre qu'elle est enceinte. Mais un bruit les attire dehors : ils voient un apiculteur sortir d'une bouche d'égoût. Cette vision perturbe Wanda qui l'efface. La couleur surgit et annonce un nouveau bond dans le temps...


Années 1970. Le Dr. Nielson examine Wanda et lui annonce qu'elle est enceinte de quatre mois. Vision décore une chambre pour le futur bébé mais Wanda voit sa grossesse s'accélèrer et bientôt elle perd les eaux. Geraldine arrive à point nommé pour l'aider à accoucher de jumeaux que Vision et Wanda prénomment Billy et Tommy. Alors que les nourrissons sont dans leurs berceaux, Geraldine interroge Wanda sur Ultron et la mort de son frère Pietro. Wanda est contrariée et congédie Geraldine - qui est propulsée hors de Westview où des agents du S.W.O.R.D. la récupèrent...


Juste après la restauration de la réalité par Iron Man (cf. Avengers : Endgame), Monica Rambeau revient à elle dans dans un hôpital où elle apprend la mort de sa mère, Maria, trois ans plus tôt. De retour au siège du SWORD, le directeur Hayward, qui a remplacé Maria Rambeau, envoie Monica à Westview. Sur place, elle rencontre l'agent Jimmy Woo qui lui explique qu'un dôme impénétrable isole la ville du reste du monde. Monica touche la paroi du dôme et y est aspirée. La voilà dans le décor de la sitcom des années 70, à espionner Wanda et Vision... Jusqu'à ce qu'elle se trahisse auprès de Wanda et qu'elle soit expulsée de la ville. Elle révèle au SWORD que Wanda a créé ce dôme...


Années 1980. Wanda et Vision ont du mal à élever leurs jumeaux mais peuvent compter sur l'aide de Agnes. Celle-ci n'est étrangement pas étonné par la croissance rapide des enfants, à chaque fois qu'ils sont soumis à des émotions fortes. Le couple accepte d'adopter un chien, Sparky, trouvé par Tommy et Billy. Au travail Vision intercepte un e-mail du SWORD qui lui apprend la situation de la ville, sous l'emprise mentale de Wanda. Le SWORD réussit à envoyer un drone pour surveiller Wanda mais elle le neutralise et, franchissant le dôme le rend aux agents en leur conseillant de ne plus l'importuner. Agnes retrouve Sparky mort et demande à Wanda de le ressuciter mais elle explique aux enfants ne pas pouvoir le faire. De retour à la maison, Vision interroge Wanda mais il est interrompu par l'arrivée de Pietro, son beau-frère, revenu d'entre les morts comme le contaste Darcy Lewis, convoquée avec d'autres scientifiques par le SWORD...


Années 1990. C'est Halloween et la famille se déguise pour l'occasion. Pourtant Vision prétexte une patrouille du voisinage pendant les festivités pour laisser Wanda avec les enfants et son frère. Vision s'aventure jusqu'à la périphérie de Westview où les habitants sont pétrifiés. Il s'avance ensuite jusqu'au dôme. Pendant ce temps, laissant les jumeaux s'amuser (et découvrir l'apparition de leurs pouvoirs), Pietro tente de raisonner Wanda au sujet de l'emprise qu'elle exerce sur la ville et ses résidents. Au même moment, Vision force le passage entre Westview et l'extérieur mais se désintègre. Alertée, Wanda sauve Vision en étendant le dôme, aspirant à l'intérieur Darcy Lewis...


Années 2000. Epuisée après ses efforts pour étendre le dôme, Wanda s'accorde un jour de repos. Elle confie les jumeaux à Agnes et peut ensuite s'apercevoir que sa magie est déréglée. Vision revient à lui et rencontre Darcy qui lui explique dans quelles circonstances il a trouvé la mort (contre Thanos, in Avengers : Infinity War) avant que Wanda ne récupère son corps au QG du SWORD. Avec l'aide de Jimmy Woo, Monica Rambeau décide de rentrer dans le dôme. Elle y parvient difficilement mais se trouve, une fois dedans, pourvue de pouvoirs. Elle retrouve Wanda qu'elle tente de raisonner mais Agnes s'interpose et entraîne Wanda chez elle. Ne voyant pas ses enfants, Wanda s'inquiète et s'aventure au sous-sol où Agnes lui révèle sa véritable identité, Agatha Harkness, et sa vraie nature : c'est une sorcière comme elle...
 

1863, Salem. Capturée par un collège de sorcières, dont sa mère, Agatha s'apprête à être sacrifiée pour avoir invoqué la magie du chaos. Mais elle tue ses juges. Aujourd'hui, Agatha veut savoir de quelle source Wanda tire ses pouvoirs et pour le découvrir, l'oblige à revivre les épisodes les plus douloureux de son passé : depuis la mort de ses parents lors d'un bombardement en Sokovie jusqu'à son embrigadement par l'HYDRA, son contact avec la Pierre de l'Esprit sur le sceptre de Loki, les morts de Pietro puis de Vision, le sort lancé sur Westview, la reformation de Vision (dont le corps a été récupéré par le SWORD), et l'altération de la réalité inspirée par les souvenirs des sitcoms vues dans son enfance. Agatha révèle à Wanda qu'elle est destinée à devenir la Sorcière Rouge, annonciatrice de la fin du monde d'après le grimoire du Darkhold, à moins qu'elle ne l'empêche d'accéder à ce niveau. Dehors, le Directeur Hayward active le corps original de Vision avec le résidu magique de Wanda sur le drone qu'elle a détruit pour que l'androïde tue la sorcière...


Agatha affronte Wanda pour siphonner sa magie mais la Vision originale intervient. Mais au lieu de réconforter Wanda, cette Vision blanche tente ensuite de tuer Wanda. La Vision recréée par Wanda éloigne la Vision blanche tandis que Wanda reprend le combat contre Agatha. Wanda s'épuise et relâche son emprise sur les habitants de Westview. Elle leur permet de quitter la ville en ouvrant le dôme, laissant du même coup les agents du SWORD y entrer. La Vision blanche se laisse raisonner par son double et décide de quittr Westview. Wanda piège Agatha en absorbant sa magie, parachevant sa mue en devenant la Sorcière Rouge. Hayward tente d'abattre les jumeaux mais Monica les protège et Jimmy Woo et Darcy Lewis procédent à l'arrestation du directeur. Wanda annule son sort sur la ville et fait ses adieux à ses enfants et à Vision puis quitte Westview.

Deux scènes dans le générique final complètent et terminent la série : dans la première, à Westview, Monica Rambeau rencontre un agent du FBI qui s'avère être un Skrull envoyé là par Nick Fury qui souhaite recruter la jeune femme ; dans la seconde, on retrouve Wanda dans une cabane au pied d'une montagne où elle étudie le Darhold en entendant ses jumeaux l'appeler au secours.

L'histoire de Wanda Maximoff et de Vision a connu un tournant tragique à la fin de Avengers : Infinity War (2018) quand Thanos a arraché du front de l'androïde la Pierre de l'Esprit pour compléter son gant d'infinité. D'un claquement des doigts, il a ensuite effacé la moitié de la population de l'univers afin d'y rétablir un équilibre et d'en sauvegarder les ressources. Juste avant ce dénouement, Vision avait demandé à Wanda , afin de contrecarrer le plan du titan fou, de détruire la Pierre mais elle n'avait pu le faire assez rapidement. Par la suite, dans Avengers : Endgame (2019), Wanda, revenue à la vie (grâce au claquement de doigts de Hulk qui avait, avec les Avengers survivants, reconstitué le gant de l'infini en voyageant dans le passé), défia Thanos et manqua de peu de le supprimet, prouvant qu'elle était certainement la plus puissante de toutes les héroïnes (plus encore que Captain Marvel).

Cependant, la restauration de la réalité ne permit pas la renaissance de Vision et Wanda Maximoff, sanas personne pour la soutenir dans son deuil, fut oublié au moment de boucler la saga des Avengers. C'est donc la première mission de WandaVision que re raconter ce qu'elle est devenue. Et, pour sa première série adaptée des comics Marvel (Runaways, Inhumans, Agents of SHIELD n'étant pas considérés comme appartenant à la continuité du MCU par le producteur Kevin Feige - toutes ces séries n'ayant pas été produites par Disney/Marvel)), Disney +, la plateforme de streaming, n'a pas hésité à bousculer les fans et à expérimenter.

Kevin Feige, pour en revenir à lui, avait prévenu que les contenus Marvel sur Disney + seraient différents mais aussi complémentaires des films, autrement dit les séries n'évolueraient pas dans le même registre mais raconteraient des histoires développant des thématiques et des personnages entamés dans les films. Il faudra patienter encore un peu pour savoir si, vraiment, il est nécessaire de suivre les séries pour comprendre les films de la Phase 4 du MCU ou si on peut s'en passer.

Dans le cas de WandaVision, il s'agit clairement de préparer le personnage de Wanda Maximoff à sa participation dans Doctor Strange and the Multiverse of Madness, de Sam Raimi, dont le tournage a commencé ces jours-ci et dont la sortie est programmée pour 2022 (en espérant quand même que nous pourrons retourner au cinéma normalement d'ici-là). Et, après les neuf épisodes de cette saison, son évolution psychologique mais aussi la réalité de ses pouvoirs sont suffisamment redéfinies pour la resituer. J'aurai donc plutôt tendance à penser que les séries sont utiles pour les futurs films, sans quoi le spectateur risquerait d'être surpris par Wanda, son caractère et même son look dans Dr. Strange 2.

Il convient d'ajouter que, visiblement, il n'y aura pas de saison 2 à WandaVision, ce qui contribue à son aspect atypique.

La série peut se diviser en trois actes, avec un premier acte couvrant les épisodes 1 à 3, un deuxième les épisodes 4 à 7, et un dernier les épisodes 8 et 9 :

- le premier acte déroute immédiatement. En effet, le premier épisode et quasiment tout le deuxième sont filmés en noir et blanc, et en public. Le cadre évoque les années 50 puis 60 et se réfère aux sitcoms en vogue à ces époques. On y retrouve Wanda et Vision fraîchement mariés, s'installant dans une bourgade tranquille du New Jersey. Wanda est femme au foyer, Vision travaille dans un bureau, personne ne se formalise qu'il soit un androïde, en revanche Wanda cache ses pouvoirs magiques. Mais quand le patron de Vision dîne chez son employé et questionne indiscrétement le couple sur leur passé, un malaise s'installe, qui stoppe les rires, et plus encore quand ledit patron s'étouffe en avalant de travers un aliment, avant d'être sauvé in extremis par Vision. Le dernier plan du premier épisode montre une personne, de dos, regardant l'épisode sur un poste de télé, établissant une mise en abîme troublante et indiquant que ce que nous avons vu ne correspond pas à la réalité. 
Impression confirmée avec l'épisode suivant, où on passe dans les années 60, avec un spectacle de magie préparé pour les enfants de Westview (enfants qu'on n'a vu nulle part), la rencontre avec diverses voisines de Wanda (la très attentionnée Agnes, l'autoritaire Dottie, la bienveillante mais curieuse Geraldine), un déréglement comique des fonctions motrices eet intellectuelles de Vision... Mais surtout la révélation de la grossesse (aussi soudaine que déjà bien avancée) de Wanda et l'apparition de la couleur à l'écran !

- Le deuxième acte commence par un retour en arrière concernant le personnage de Geraldine, qui a été renvoyée de Westview par Wanda. En vérité, il s'agit de Monica Rambeau, la fille de Maria Rambeau, vue dans Captain Marvel. Désormais adulte, elle fait partie d'une agence gouvernementale, le S.W.O.R.D., que dirigeait sa mère avant de mourir et d'être remplacée par l'obséquiieux Hayward. Celui-ci a envoyé Monica à Westview, coupée du reste du monde par un champ de force. Aspirée à l'intérieur du dôme qui recouvre la ville, elle a dû se fondre dans le décor pour approcher et espionner Wanda et Vision. Une fois rejetée par Wanda, elle explique à Hayward que la magicienne est responsable de l'isolement de la ville.
Ce chapitre explicatif passé, on revient dans la logique des sitcoms et on explore le genre dans les années 80-90-2000 avec son lot de rebondissements : la naissance des juemeaux de Wanda et Vision, leur croissance express, les découvertes de Vision sur la situation de la ville, le retour d'entre les morts de Pietro (le frère de Wanda, mais incarné par un autre acteur), l'altération des pouvoirs de Wanda pour sauver Vision qui a voulu sortir de Westview.
Hors de la ville, les plans de Hayward déplaisent à Jimmy Woo, Monica Rambeau et Darcy Lewis (la physicienne apparue dans Thor et Thor : Le Monde des Ténèbres), qui décident d'agir de leur côté...

- Le dernier acte voit la fin du format sitcom appliqué à la série en même temps qu'un rallongement de la durée des épisodes (passant de 25' à 45'). C'est l'heure des comptes et le rythme des péripéties accélère sensiblement pour épouser le genre super-héroïque plus classique. On y apprend la vérité sur Agnes et Pietro, le sort qui menace Vision et les jumeaux, le destin apocalyptique de Wanda. On y suit les manoeuvres d'Hayward et celles de Woo et Rambeau pour des objectifs opposés. Tout se dénoue dans une confrontation à la fois spectaculaire et poignante.

Maintenant, une question : quel est l'ennemi préféré des fans de comics ? L'attente. Ou plutôt ce que les fans espèrent d'une production. Il faut distinguer deux sortes de fans désormais : d'un côté, il y a le fan de comics, qui compare sans cesse les BD aux adaptations qui en sont tirées et apprécie plus ou moins les modifications qu'un média (le cinéma, la télé) fait par rapport à un autre (la BD donc). Et il y a le fan de super-héros, qui appartient à un public plus flou, qui parfois ne lit que peu ou pas du tout les comics, qui ne se préoccupe donc guère des modifications apportées, mais qui est gourmand des théories dispensées par des sites spécialisés ou par des analystes plus ou moins rationnels sur les réseaux sociaux (pour ma part, je vous conseille les vidéos de Captain Popcorn sur YouTube, par un passionné de pop culture mais qui s'appuie toujours sur des arguments solides et qui produit des commentaires très structurés).

Il est difficile de contenter aussi bien le fan n°1 que le fan n°2, pour ne pas dire impossible. Les deux camps ont en commun de ne pas apprécier qu'on ne leur révèle pas l'essentiel assez vite, mais ils n'aiment pas davantage quand tout est trop vite dit. Les deux fans veulent être surpris tout en exigeant que rien ne change trop. Et même quand on touche du doigt ces idéaux, généralement, les deux camps se retrouvent pour dire que tout est gâché par le dénouement (ceux-là même ont reproché à Avengers : Endgame de ne pas être à la hauteur de Infinity War, mais n'auraient sûrement pas aimé que l'histoire s'arrête avec Infinity War et sa fin radicale).

Appliquées à WandaVision, ces exigences aboutissent surtout à se gâcher le plaisir et à ne pas reconnaître les efforts produits par Marvel/Disney + pour tenter autre chose. Par exemple, on peut trouver que le premeir acte est un peu long, qu'il ne s'agit que d'un exercice de style pour s'amuser avec les sitcoms des années 50-70. Pourtant, pris dans la globalité de la série, ce premeir acte permet une réflexion maline sur la condition féminine en montrant Wanda, personnage surpuissant mais contrainte de cacher ses pouvoirs et ayant engendré une situation insensée à la seule fin de créer un bonheur qu'on lui a ôté (avec la mort de Vision). Réduite au rôle de femme au foyer, redoutant en permanence que son monde artificiel soit détruit, Wanda fuit la réalité pour profiter d'une vie anéantie. En la montrant ainsi, à des époques où la femme était subordonnée à l'homme et infériorisée dans la société, on peut apprécier l'ironie de la situation car Wanda est une sorte de déesse acceptant de sacrifier l'héritage de la libération de la femme pour simplement être simplement la femme de Vision et la mère de leurs enfants.

Il m'a semblé, en lisant les avis ici et là, que le deuxième acte, par contre, était mieux toléré. Les scénaristes y expliquent davantage les coulisses de l'intrigue, à travers le personnage de Monica Rambeau, qui incarne aussi un lien avec Captain Marvel, dont le récit se déroulait dans les années 90. Alors qu'on l'avait rencontrée enfant, nous la retrouvons adulte et par ce biais, nous découvrons tout ce qu'elle apporte avec elle : le SWORD, qui devient l'organisme remplaçant le SHIELD en quelque sorte, le véritable sort de Vision (bel et bien mort, son corps est démantelé dans les locaux du SWORD pour éviter que sa technologie ne tombe entre de mauvaises mains).

Par ailleurs, dans ce deuxième acte, les auteurs assurent une part de fan-service en introduisant Tommy et Billy, les jumeaux de Wanda et Vision, qui, dans les comics, deviendront deux membres des Young Avengers (Wiccan et Speed), ce qui pose là encore une généalogie dans le MCU (non pas issue du passé, comme Monica, mais projetée vers le futur). L'histoire prend un tour encore plus surprenant avec le retour de Pietro, mort dans Avengers : L'ère d'Ultron... Mais au lieu de rappeler Aaron Taylor-Johnson, son interprète original, c'est Evan Peters, l'acteur qui jouait Quicksilver dans les films X-Men de la Fox (avant que Disney n'en récupère les droits), qui apparaît à l'écran. Ce twist, redoutable, a justement suscité énormément de théories chez les fans, à coups de transferts du Multivers, de la présence d'un deus ex machina qui tirerait les ficelles de toute la série, etc.

Enfin, la deuxième acte se conclut sur la révélation concernant Agnes, cette voisine omniprésente, sur laquelle là aussi les esprits se sont échauffés - et qui confirmèrent, pour une fois, les théories des fans. Il s'agit de la personnification d'Agatha Harkness, une sorcière emblématique des comics, bien que peu connue (en dehors des lecteurs les plus assidus), et ici incarnée par une comédienne bien moins âgée que personnage de fiction (un des reproches que, moi, je ferai à la série, mais j'y reviendrai).

Le troisième acte était le plus difficile à concevoir car, inévitablement, il n'allait pas contenter tout le monde. Déjà, les parodies de sitcoms cessent, la durée des épisodes qui correspondaient au genre se rallongent pour coller à celle d'une série ordinaire (3/4 d'heures), et bien entendu, comme il ne reste plus que deux chapitres pour boucler la saison, les péripéties s''enchaînent, les révélations aussi, jusqu'au dénouement.

Et c'est sans doute là qu'on touche vraiment au problème de la notion d'attente des fans. Car à force d'imaginer des théories ou d'en lire/écouter, forcément, si les scénaristes ne donnent pas ou peu ce qu'on aurait aimé, la déception est inévitable. Pour ma part, bien que j'ai aussi lu/écouté bon nombre de théories, je les ai prudemment gardées à distance car je voulais à la fois donner leur chance aux auteurs mais surtout ne pas m'y conformer. Il ne faut pas (jamais !) suivre une série en espérant que l'auteur va vous donner ce que vous attendez. Au contraire, je crois que le plaisir est plus grand quand l'auteur ose vraiment aller à gauche alors que vous attendiez qu'il aille à droite.

J'admets cependant que sur la toute fin, dans le dernier épisode, il y a parfois un côté précipité. Une rumeur a couru, lors de la diffusion durant la première moitié de la saison, que, peut-être un dixième épisode, non annoncé, était possible. Je ne prétends pas que ç'aurait été mieux. Par contre je crois que les scénaristes ont peut-être un peu péché par excès de subplots potentiels : entre Monica, Hayward, Agnes, Vision, Wanda, les jumeaux, ça faisait sans doute trop de personnages à développer pour une intrigue centrée sur Wanda et Vision initialement.

Toutefois, ce trop-plein n'empêche pas de comprendre l'issue des arcs de certains personnages. Ainsi, notamment, il n'y a pas de quoi s'étonner à propos de Wanda quand elle quitte Westview tout de suite après la bataille (et les disparitions de Vision et des jumeaux, consécutives à la fin du sort sur la ville). D'abord, parce que je ne vois pas sous quel chef d'accusation elle serait arrêtée (elle n'a tué personne, même si la population de la ville a partagé ses cauchemars et subi son emprise). En outre, le seul individu en mesure de l'arrêter, Hayward, n'est lui-même alors plus en mesure de le faire, car il a abusé de son pouvoir et relevé de ses fonctions pour être jugé.

Quid de la Vision blanche ? On la voit quitter, elle aussi, précipitamment, Westview à l'issue de son combat contre Vision. Mais tout cela est parfaitement compréhensible : en effet, l'androïde a compris qu'on l'avait trompé, il est bouleversé par la connaissance récupérée de son hsitorique, et donc, logiquement, il ne va pas rester là mais partir réfléchir à sa "renaissance". Surtout, son départ se justifie d'un point de vue narratif car si la Vision blanche était restée dans les parages jusqu'à la fin, l'émotion de la séparation de Wanda avec "sa" Vision aurait été parasitée, impossible.

Non, pour moi, s'il faut être plus réservé, c'est bien au sujet des personnages secondaires, trop nombreux, et dont la situation ne peut que frustrer. Jimmy Woo n'a en définitive pas servi à grand-chose (sinon pousser quelques journalistes et geeks à réclamer un spin-off avec lui et Darcy Lewis - comme si Marvel/Disney n'avait que ça à faire...). Darcy Lewis, déjà pénible dans Thor 1 & 2, confirme qu'elle est un personnage inutile. Enfin, Hayward, sur lequel il a été fait de nombreuses spéculations (comme celle supposant qu'il serait le deus ex machina de l'histoire, peut-être Mephisto - mais il a été aussi dit qu'Evan Peters, qui revenait ici jouer Pietro, était le diable caché), manque singulièrement de charisme pour un méchant digne de ce nom. Ajoutez que les trois acteurs n'arrangent rien : ni Randall Park, ni Kat Dennings, ni Josh Stamberg n'ont le talent ou la présence suffisante pour leurs rôles.

Kathryn Hahn qui joue Agnes/Agatha est un autre souci de la série. Dans les deux premiers actes, elle est excellente, surjouant à l'envi mais à bon escient sa partition de voisine encombrante et flippante. Hélas ! dans le dernier acte, quand elle se démasque et doit endosser (littéralement) l'habit de la méchante, ça coince. Je parlais plus haut d'une comédienne plus âgée qui aurait mieux convenue pour le rôle. Bien entendu, les fans auraient alors deviné plus rapidement que Agnes était Agatha, puisque dans les comics Harkness est vieille. Mais bon, la majorité du public qui a suivi WandaVision ignore qui est Agatha Harkness, à quoi elle ressemble. Remplacez Hahn par, par exemple, Susan Sarandon et vous obtenez mieux (en prime vous gagnez un clin d'oeil aux Sorcières d'Eastwick).

Je n'ai rien de spécial à dire sur Teyonah Parris qui joue Monica. Elle est très bien, et on devrait la retrouver dans la série Secret Invasion en préparation et dans Captain Marvel 2 certainement.

De toute façon, ceux qu'on attendait vraiment sur la série, ce sont Elizabeth Olsen et Paul Bettany, qui reprenaient les rôles qu'ils tenaient au cinéma. Et ils dominent toute la distribution aisément. Bettany peut montrer quel comédien fabuleux il est dans les deux premiers actes où il est débarrassé le plus souvent de maquillage et costume super-héroïques. Il est absolument formidable d'ironie dans le rôle, souvent très drôle grâce à des scènes très bien écrites et mises en scène. Bettany aura aussi fait preuve d'humour hors champ puisqu'il a savoureusement "trollé" les fans en annonçant qu'il avait eu le privilège de donner la réplique à son acteur favori dans le dernier épisode : cet acteur n'était autre que lui-même puisqu'il joue alors Vision et sa copie !

Surtout WandaVision impose Elizabeth Olsen comme la véritable reine du MCU. Je n'ai aps attendu qu'elle joue Wanda Maximoff pour être convaincue de son talent d'actrice mais elle livre une interprétation magnifique tout au long de la saison. Elle est à l'aise dans tous les registres et lorsque, à la fin, elle devient littéralement la Sorcière Rouge, elle se glisse dans le costume (sublimement designée - voir ci-dessous) avec une élégance et une autorité bluffantes. J'ignore si Disney + réussira à placer une de ses séries Marvel à la prochaine cérémonie des Emmy awards, mais une nomination pour "Lizzie" Olsen et même un trophée ne serait pas usurpée.


Le show est bien réalisé, avec une mention pour la production design des épisodes sitcom et le souffle du dernier, dont les effets spéciaux n'ont rien de cheap.

Si l'ensemble n'est pas exempt de défauts, pour un coup d'essai, le résultat est plus que concluant à mes yeux. J'ai beaucoup apprécié les audaces de la série et l'évolution donnée à Wanda, l'interprétation de ses vedettes, l'écriture solide (et quelques dialogues mémorables - dont cette ligne sur le deuil qui est "a persistance de l'amour à refuser la perte de l'être aimé). Je recommande donc fortement. D'autant que j'ai l'impression que The Falcon and the Winter Soldier, programmé la semaine prochaine, sera certainement plus classique.

lundi 14 mai 2018

AVENGERS : INFINITY WAR, de Joe et Anthony Russo


J'ai attendu depuis Mercredi dernier pour rédiger cette critique : le temps de digérer le choc, d'assimiler cette expérience, bien que j'ai (enfin !) vu Avengers : Infinity War après deux semaines d'attente. Mais ce délai m'a permis de l'apprécier une fois l'événement un peu apaisé, bien que le film ait depuis conquis une large part de la critique et soit devenu un triomphe sans précédent au box office (je vous épargne la litanie des chiffres mirobolants). Point culminant de dix ans de production par les studios Marvel, le long métrage des Russo bros. mérite tout le bien qu'on dit de lui. Mais comment en parler sous un angle encore original et sans tomber dans la facilité des superlatifs ? Ce blockbuster pose finalement autant de problème au critique qu'à ses metteurs en scène.

Thanos (Josh Brolin)

L'espace. Après s'être emparé par la force de la Pierre du Pouvoir sur la planète Xandar (siège du Nova corps), Thanos croise la route de la nef des rescapés d'Asgard (détruite dans Thor : Ragnarok) et tue la moitié de ses passagers avec ses sbires de l'Ordre Noir - Corvus Glaive, Nain Noir, Proxima Minuit, Machoire d'Ebène et Supergéante. A bord le titan retrouve Loki qui lui remet le Tesseract contenant la Pierre de l'Espace. Hulk affronte Thanos qui a facilement raison de lui et que Heimdall, avec ses dernières forces, envoie sur Terre avant d'être exécuté comme Loki sous les yeux de Thor puis la nef asgardienne pulvérisée.

Dr. Strange, Tony Stark, Bruce Banner et Wong (Benedict Cumberbatch, Robert Downey Jr.,
Mark Ruffalo et Benedict Wong)

La Terre, New York. Hulk/Bruce Banner s'écrase dans le Sanctum Sanctorum du Dr. Strange qu'il avertit de l'arrivée de Thanos pour acquérir la Pierre du Temps du sorcier suprême et la Pierre de l'Esprit de Vision. Strange va chercher Tony Stark dans Central Park où il fait sa demande en mariage à Pepper Potts pour élaborer un plan. Mais Stark prévient tout le monde que les Avengers sont séparés (depuis Captain America : Civil War) et il ignore où se trouve Vision.

Spider-Man (Tom Holland)

Pendant ce temps, Peter Parker pressent une menace et voit dans le ciel de New York le vaisseau de Machoire d'Ebène. Il réussit, pendant que ses camarades de classe assistent à cette apparition, à leur faucher compagnie pour se changer en Spider-Man et prêter main forte à Iron Man et Dr. Strange aux prises avec Machoire d'Ebène et Nain Noir. Le sorcier est embarqué à bord du vaisseau auquel s'accroche Spider-Man et que prend en chasse Iron Man après avoir neutralisé Nain Noir. Spider-Man revêt grâce à Iron Man l'armure Iron Spider pour supporter le voyage dans l'espace. Banner tente alors de contacter Steve Rogers en renfort car il n'arrive plus à se transformer en Hulk.

Wanda Maximoff/Scarlet Witch et Vision (Elizabeth Olsen et Paul Bettany)

Ecosse. Wanda Maximoff/Scarlet Witch et Vision vivent secrètement leur idylle, bien qu'elle soutienne toujours le fugitif Steve Rogers et lui Iron Man. En se promenant au clair de lune dans une rue, ils sont attaqués par Proxima Minuit et Corvus Glaive et ne doivent leur salut qu'à l'intervention de Rogers, Black Widow et le Faucon. Glaive et blessé sérieusement et bat en retraite avec Proxima Minuit. Le Faucon, aux commandes d'un quinjet, embarque tout le monde, direction : le Q.G. des Avengers où les reçoit James Rhodes/War Machine en vidéoconférence avec le général Ross à propos des événements de New York. Banner est également là et résume la situation à Vision, prêt à se sacrifier en détruisant sa Pierre de l'Esprit. Mais Rogers connaît un endroit où, comme le suggère Banner, on pourrait la lui retirer sans le tuer.

 Thor, Peter Quill/Star-Lord et Gamora (Dave Bautista, Chris Hemsworth, 
Chris Pratt et Zoe Saldana)

L'Espace. Les Gardiens de la galaxie répondent à un appel de détresse en espérant en tirer une récompense et découvrent la nef des asgardiens. Thor percute leur vaisseau à moitié mort. Soigné par Mantis, il revient à lui et explique ce qui est arrivé aux siens, apprenant ainsi que Gamora est la fille adoptive de Thanos. Le dieu du tonnerre pense que leur ennemi va se rendre sur la station Knowhere pour arracher la Pierre de la Réalité au Collectionneur mais Thor veut d'abord se construire une nouvelle arme pour le tuer. Rocket et Groot décident de le conduire aux forges de Nivadellir pendant que Star-Lord, Gamora, Mantis et Drax partent pour la sation Knowhere.

Gamora et Thanos

Station Knowhere. Les quatre Gardiens de la galaxie arrivent trop tard : Thanos a dévasté l'endroit et le Collectionneur ne lui a pas fourni la Pierre de la Réalité. Détectant la présence de ses adversaires, il les neutralise facilement et capture Gamora avec laquelle il se téléporte dans son vaisseau où, détenant Nebula qui a déjà essayé de le tuer et la torturant, il obtient de savoir où se trouve la Pierre de l'Âme. Direction : la planète Vormir.

Peter Parker/Spider-Man, Tony Stark/Iron Man, Drax, Peter Quill/Star-Lord et Mantis
(Tom Holland, Robert Downey Jr., Dave Bautista, Chris Pratt et Pom Klementieff)

Spider-Man et Iron Man sauvent Dr. Strange des tortures de Machoire d'Ebène qui veut lui soutirer la Pierre du Temps (qu'il porte en pendentif à son cou). Le sorcier suprême et Stark s'entendent difficilement sur la stratégie à suivre : le premier veut rentrer sur Terre, dont il est le protecteur ; le second veut aller sur Titan pour y attendre et attaquer par surprise Thanos. Ce dernier plan est choisi et, une fois là-bas, les trois héros y trouvent et s'allient avec les Gardiens de la galaxie après que chacun ait pris les autres pour des agents de Thanos. 

Thor, Rocket et Groot (Chris Hemsworth, Bradley Cooper et Vin Diesel) 

Vormir. Thanos et Gamora partent à la rencontre du gardien de la Pierre de l'Âme, Crâne Rouge (exilé sur cette planète depuis son combat contre Captain America à la fin de la seconde guerre mondiale). Seule dans le vaisseau de son père, Nebula se libère et envoie un message aux Gardiens de la galaxie pour les prévenir qu'elle se rend sur Titan. Pour obtenir la gemme, Thanos n'hésite pas à sacrifier, comme c'est exigé, l'être qui lui est le plus cher, Gamora. 

Thor

Nevadellir. Thor, Rocket et Groot arrivent aux forges où tous les ouvriers ont été décimés après avoir façonné le Gant d'Eternité pour Thanos, à l'exception d'Eitri. Réactivant le coeur de l'étoile qui alimente les forges, Thor permet à Etrei de mouler le marteau et la hache de Stormbreaker, qui pourra aussi réactiver le Bifrost (le pont arc-en-ciel par lequel on passe d'un royaume à un autre) auquel Groot fournit le manche avec une partie de son bras extensible en bois. 

T'challa/Black Panther, Steve Rogers, Natasha Romanov/Black Widow et Bucky Barnes
(Chadwick Boseman, Chris Evans, Scarlett Johansson et Sebastian Shaw)

Steve Rogers atterrit avec le Faucon, Black Widow, Bruce Banner, War Machine, Scarlet Witch et Vision au Wakanda où T'Challa/Black Panther et Bucky Barnes les reçoivent. Shuri, la soeur cadette du monarque, examine l'androïde et entame la procédure complexe pour lui retirer la Pierre de l'Esprit. Dehors, Proxima Minuit et Nain Noir assiègent la capitale protégée par ses écrans. Les héros se préparent à les accueillir en ouvrant une partie du bouclier afin que l'ennemi n'en perce pas une section opposée et ne les encercle. 

L'assaut final au Wakanda

La bataille qui suit est disputée. Banner s'est équipé de l'armure Hulkbuster de Stark, Black Panther et Steve Rogers mènent l'attaque, soutenus par Bucky et Black Widow tandis que War Machine et le Faucon ouvrent un feu nourri par les airs. Mais l'opposition les dépasse en nombre et réussit à atteindre le palais et le laboratoire de Shuri pour capturer Vision alors que Scarlet Witch est partie prêter main forte aux Avengers dehors. 

Thanos

Titan. Thanos revient sur sa planète natale et désolée où il a localisé l'énergie émise par la Pierre du Temps du Dr. Strange qui l'attend, seul. Thanos lui explique la raison de son action en lui racontant comment son monde a péri après avoir épuisé ses ressources à cause de sa surpopulation : aujourd'hui, avec les six Pierres d'Eternité, il aura l'opportunité de corriger ce problème dans tout l'univers en sacrifiant la moitié des êtres vivants. Iron Man, Spider-Man, Star-Lord,  Drax et Mantis l'écoutent, bien cachés et prêts à attaquer, lorsque Nebula débarque et déclenche les hostilités. Iron Man et Iron Man tentent d'ôter le Gant à Thanos que Mantis essaie de maîtriser mentalement et Dr. Strange d'immobiliser physiquement. Mais quand Star-Lord comprend grâce à Nebula que si Gamora est absente, c'est que son "père" l'a sacrifié, Peter Quill peermet à Thanos de se libérer et de se déchaîner. Pour qu'il épargne ses amis, Strange préfère alors lui donner la Pierre du Temps.

Groot, Thor et Rocket

La Terre. La situation est très compromise lorsque Thor, Rocket et Groot apparaissent et rééquilibrent les forces en présence. Proxima Minuit et Corvus Glaive sont tués et leur armée entamée sérieusement. Wanda a retrouvé Vision et ils se sont débarrassés de Nain Noir. Mais l'androïde, pris d'une violente et soudaine migraine, sent l'arrivée de Thanos. Rogers, Bucky, le Faucon, Banner, Black Panther, Black Widow tentent de l'empêcher d'atteindre Vision qui obtient de Scarlet Witch qu'elle détruise sa Pierre de l'Esprit. Mais ceci fait, Thanos, grâce à la Pierre du Temps, reconstitue l'androïde et lui arrache la gemme du front. Thor surgit alors et terrasse son adversaire en lui enfonçant la hache de Stormbeaker dans la poitrine. Thanos claque des doigts en indiquant au dieu du tonnerre qu'il aurait du le décapiter. La moitié des êtres vivants sur Terre et dans le cosmos se désintègre : sur Titan, seuls Iron Man et Nebula sont épargnés ; au Wakanda, Black Panther, le Faucon, Bucky, Groot tombent en poussière.
Thanos, lui, s'est volatilisé et reparaît dans la Pierre de l'Âme où il retrouve Gamora enfant puis s'assoit devant un paysage apaisant, symbolisant la réussite de son plan.

Une scène supplémentaire intervient à la toute fin du générique :

- New York. Nick Fury et Maria Hill assistent à la désintégration de plusieurs civils dans une rue avant de de se dissoudre à leur tour. Juste avant de disparaître complètement, Fury envoie un message sur émetteur. Sur le sol, après quelques instants, l'écran de l'appareil confirme la réception du S.O.S. avec l'image du logo de Captain Marvel.

"Thanos will return" : ce sont les derniers mots qui s'inscrivent sur l'écran et, mine de rien, ils disent tout de Avengers : Infinity War et du programme de Avengers 4 qui sortira en salles en Mai 2019. Pourquoi ? Parce que le méchant complexe du film en est le vrai premier rôle, celui par lequel tout arrive et tout finira dans un an. Il ne s'agit donc plus d'annoncer le retour, prévisible, des Avengers, comme cela était le cas dans les deux premiers films qui leur furent consacrés, mais celle de leur adversaire. D'autant plus, et c'est la surprise la plus spectaculaire, à plus d'un titre, du long métrage, que les héros perdent à la fin !

Depuis quand un blockbuster d'un budget voisin des 500 millions de dollars s'achève-t-il sur un échec ? Oh, bien entendu, c'est un revers provisoire et le match retour promet déjà une revanche épique, mais certainement disputée : n'empêche, quelle audace de conclure comme ça cette partie-ci ! 

En même temps, pour reprendre une expression désormais consacrée, le tout début de l'histoire laisse deviner la couleur : quand Thanos aborde la nef des asgardiens dont le monde a péri dans le cycle du Ragnarok, Hulk attaque par surprise le titan... Qui lui flanque une correction express et l'envoie au tapis, K.O. ! On comprend immédiatement que Thanos, qui ne faisait ici que des apparitions en fin de génériques, de plus en plus frustrantes, n'est ni là pour rigoler ni à prendre la légère : il vient de rétamer Hulk ! Qui peut arrêter l'individu capable de cela ?

C'est donc sur la figure, souvent prévisible et néanmoins sidérante, que le film se déroule, comme si une fatalité sourde, imparable, s'abattait sur la résistance des héros. Ils ne vont pas gagner, semblent nous glisser à l'oreille les scénaristes Christopher Markus et Stephen McFeely, tout juste gagneront-ils du temps, placeront-ils quelques coups, réussiront-ils à terrasser les sbires de Thanos - l'Ordre Noir avec ses cinq membres - mais ils ne viendront pas à bout de la vraie menace, trop fort, trop déterminé, trop minutieux, trop bien doté - il réunit patiemment les Pierres d'Infinité, se renforce, voit son plan progresser inéluctablement, trop pour être contré.

Josh Brolin incarne vraiment Thanos, quand bien même il s'agit d'une performance en motion capture, où l'acteur bardé de capteurs a été ensuite recréé numériquement pour apparaître à l'écran comme le colossal titan à la peau violette. Mais les fans du comédien (dont je fais partie), habitué à sa gueule carrée, buriné, "Charles-Bronsonienne", le reconnaissent sans mal derrière les expressions mesurées de Thanos, sa démarche pesante, ses gestes lourds, sa puissance tranquille. Le jeu est d'une nuance épatante malgré l'artifice, à la mesure du personnage dont la psychologie est la plus soignée de tous les vilains du MCU : il ne s'agit pas d'un vilain classique qui agit par vengeance, ou soif de conquête, ou par goût du sang. Thanos est mû par un objectif, une mission, une vision (à plus d'un titre...).

En effet, comme il l'explique au Dr. Strange (Benedict Cumberbatch, génial évidemment dans une situation qui lui donne beaucoup de latitude) lors d'une scène superbement placée et orchestrée, déjouant le monologue du méchant tout fier de son stratagème avant de se prendre une branlée, Thanos a vu son monde, Titan, dépérir à cause de la surpopulation et de l'incapacité à faire subsister les siens. Depuis, rassembler les six Pierres d'Infinité n'est pas tant une volonté d'acquérir une puissance incomparable pour régner sur l'univers que pour remédier à une situation équivalente de manière radicale : cela lui permettrait de sacrifier la moitié des êtres vivants et donc de leur donner la possibilité de survivre avec ce que leurs planètes produisent.

On peut s'interroger sur une autre option : pourquoi Thanos, au lieu de désintégrer autant de monde, ne se sert-il pas de la puissance du Gant de l'Infini pour augmenter les ressources des êtres vivants ? Et on répondra que, de son point de vue, il s'agit d'un risque car les individus n'en ont jamais assez, ils finissent toujours par tarir leurs sources. En en éliminant la moitié d'entre eux, la solution est plus drastique et surtout elle a valeur d'avertissement : s'ils ne raisonnent pas ainsi, alors il ne restera plus qu'à tous les tuer.

Avengers : Infinity War n'est donc pas seulement culotté en termes de fin, il l'est aussi en termes de moyens, de formulation puisqu'il interroge les héros et les spectateurs sur la morale des gentils et du méchant. Le choix de Thanos est hautement discutable mais l'affronter uniquement comme un vilain, c'est passer à côté du problème, ne pas considérer son point de vue, son expérience, ce qui a formé sa résolution. Plusieurs super-héros font cette erreur et précipitent les hostilités en annonçant Thanos comme un destructeur sans considérer l'origine de sa logique.

Bruce Banner (excellent Mark Ruffalo dans une partition où il ne peut littéralement plus devenir Hulk, comme si son alter ego avait peur de réapparaître suite à la correction initiale qu'il a reçue) est le premier à communiquer ainsi sur l'ennemi en le réduisant à un tueur de masse. Thor (Chris Hemsworth, formidable sur une partition à la fois sensible et traduisant enfin toute la puissance de son personnage) veut lui aussi d'abord se venger (et venger Loki, Heimdall, son peuple) qu'arrêter Thanos - et il le fait si mal qu'il croit terrasser le titan en lui plantant sa hache dans la poitrine au lieu de le décapiter, ce qui aurait empêcher son terrible geste final. Star-Lord cède à la colère et au chagrin quand il comprend que Gamora a été sacrifiée par son "père" et, ce faisant, provoque l'échec des héros sur Titan en permettant à Thanos de se ressaisir. Même Vision (Paul Bettany, toujours bluffant dans son incarnation de l'androïde) se plante en ayant coupé les ponts avec Stark et Rogers, qui auraient pu, chacun de leur côté, ôter sa Pierre de l'Esprit bien avant l'invasion du Wakanda.

C'est donc autant un récit de failles tactiques que d'erreurs d'interprétation qui permet l'inévitable triomphe de Thanos. Film-somme de dix ans de production des studios Marvel et suite-conséquence tragique du schisme acté dans Captain America : Civil War (dont il est la sequel la plus directe avec la scène d'ouverture qui renvoie au dénouement de Thor : Ragnarok), Avengers : Infinity War impressionne par sa fluidité, quasi-organique, pour rassembler les pièces d'un puzzle patiemment monté, agréger des personnages, justifier leurs alliances, mais aussi situer leurs actions en différents points de la Terre (New York, l'Ecosse, le Wakanda) et de l'Espace (les planètes Vormir - où se joue un sacrifice poignant et stupéfiant pour Thanos et Gamora - , Nivadellir - avec une liaison très inspirée entre le façonnage du Gant de l'Infini et Stormbreaker - , Titan - site d'une bataille vraiment scotchante d'intensité).

On a beaucoup parlé du casting pléthorique en redoutant qu'il soit rassemblé avec de grosses ficelles qu'il faut saluer l'admirable travail des scénaristes pour justifier parfaitement comment et pourquoi les uns se retrouvent avec les autres, là et pas ailleurs, à ce moment et pas avant ou après, et tout cela en allant et venant d'un endroit à l'autre sans que jamais on ait l'impression de zapper au milieu d'une scène. Tout tombe exemplairement pile-poil, laissant deviner la suite tout en n'assurant pas qu'elle résoudra tout (ainsi le retour providentiel de Thor, Rocket et Groot en pleine guerre au Wakanda ne garantit que provisoirement un avantage aux héros sur place, mais le moment en lui-même est jubilatoire).

Et pour jubiler, il faut, quoi qu'en pensent les grincheux, un peu d'humour. L'intrigue n'incite pas à la rigolade, comme je le disais plus haut, mais là encore les frères Russo ont su aérer leur film de quelques bons mots, attitudes plus légères, histoire de rendre le spectacle respirable : les échanges entre Thor et les Gardiens de la galaxie (mention spéciale à Dave Bautista dont la bêtise cosmique de Drax est bien mieux exploitée ici que dans tout Les Gardiens de la galaxie, vol. 2, est irrésistible dans la scène dite de "l'homme invisible"), la remarque croisée entre Steve Rogers et Thor sur leur looks similaires désormais agissent en contrepoint à des moments vraiment émouvants, parfois bouleversants, quand, à la fin des personnages partent littéralement en poussière (Robert Downey Jr., impeccable, tenant dans ses bras Tom Holland alias Spider-Man qui se sent s'en aller, la mort de Vision, la disparition de Groot : on a rarement eu la gorge serrée comme ça dans un film de ce genre).

Bien entendu, on peut pester contre le fait que certains acteurs soient plus présents pour le nombre que pour l'enrichissement du récit (Anthony Mackie, Don Cheadle, Sebastian Stan, mais aussi Scarlett Johansson, Chadwick Boseman, voire Chris Evans qui ont peu de place et de poids en dehors des scènes d'action). Mais quelque chose me dit qu'au match retour, ils pourraient bien en profiter pour briller davantage (de même que le retour prévisible d'un géant vert...).

C'est que Avengers : Infinity War n'est pas qu'un film-anniversaire cataclysmique, c'est aussi la préparation programmée d'une nouvelle ère (d'une nouvelle "phase", comme les appelle le producteur Kevin Feige) du MCU : des acteurs voient leur contrat arriver à leur terme et si certains souhaitent poursuivre l'aventure (Hemsworth, Johansson - pour qui se prépare un film Black Widow - , voire Evans), d'autres vont certainement tirer définitivement leur révérence (on voit mal RDJ Jr. à 53 ans passés se contenter de jouer les seconds rôles de luxe par exemple). 

L'arrivée de Captain Marvel (que jouera Brie Larson, première super-héroïne Marvel en vedette d'un long métrage et ultime recours contre Thanos dans Avengers 4), les suites prévues à Ant-Man (avec Paul Rudd, qui apparaîtra dans Avengers 4 comme l'autre grand absent, Jeremy "Hawkeye" Renner), Spider-Man (Tom Holland, désireux de s'inscrire dans la durée) et les annonces concernant de nouvelles franchises (Les Eternels, Moon Knight, Nova, Ms. Marvel, Fantastic Four...) ouvrent la porte à un agenda fourni (Feige a des projets au moins jusqu'en 2025 !).     

A cet égard aussi, la défaite somptueuse contée dans Avengers : Infinity War sonne comme une victoire, ou un mouvement, une manoeuvre inspirés : elle nous comble en termes de spectacle, de divertissement, de surprises, tout en garantissant des lendemains sinon sommairement victorieux en tout cas sacrément alléchants. N'est-ce pas cela qu'on appellerait, à l'image de la marche triomphale de Thanos, avoir de la vista  (avec ou sans Pierre du Temps) ?

samedi 10 février 2018

MANHUNT - UNABOMBER (Discovery Channel, Netflix)


Produite et d'abord diffusée d'abord sur Discovery Channel, la série en huit épisodes Manhunt - Unabomber, malgré d'excellentes critiques (et une publicité alimentée par une polémique avec d'anciens membres du F.B.I.), a pâti de la comparaison quelques mois plus tard avec le chef d'oeuvre produit par David Fincher, Mindhunter, parce que les deux shows exploraient des territoires similaires. Pourtant, la création d'Andrew Sodroski ne manque pas d'atouts, misant sur un classicisme proche du docu-fiction et réussissant à captiver avec une histoire vraie dont on connait l'issue .

 James "Fitz" Fitzgerald (Sam Worthington)

1993 : James "Fitz" Fitzgerald est diplômé comme profileur et recruté par le FBI pour intégrer l'unité "Unabomb", organisée pour arrêter un terroriste en activité depuis une quinzaine d'années, qui envoie des colis piégés à des universités et des aéroports (Unabomb = UNiversity + A=Airport). Pour le directeur Don Ackerman et son adjoint Stan Cole, le suspect est sûrement un mécanicien frustré sexuellement si on se base une analyse psychologique et des preuves matérielles. 1997 : retiré dans une maison en forêt, "Fitz" est de nouveau sollicité par le FBI pour convaincre Ted Kaczynski alias "Unabomber" de plaider coupable à son procès.

"Fitz" et Tabby (Sam Worthington et Keisha Castle-Hughes)

"Unabomber" menace de faire exploser un avion de ligne et "Fitz doit déterminer si la menace est sérieuse. Mais ses méthodes déplaisent à sa hiérarchie : elles s'appuient sur l'étude linguistique des messages adressées par le terroriste et contredisent le profil déjà établi. Pour le jeune agent, "Unabomber" est au contraire un individu très cultivé, plus âgé, et isolé socialement, nullement en proie à des pulsions sexuelles. 1997 : pour la première fois depuis qu'il a permis son arrestation deux ans auparavant, "Fitz" est confronté à Ted Kaczynski en prison et qui a expressément exigé de ne parler qu'à lui avant son procès. L'agent comprend que le terroriste veut démonter la façon dont il a été confondu.

Natalie Rogers et "Fitz" (Lynn Collins et Sam Worthington)

1995 : Pour étayer ses recherches, "Fitz" requiert l'aide d'une enseignante indépendante en linguistique, Natalie Rogers. Ensemble, ils progressent rapidement pour définir la personnalité de "Unabomber" à partir d'un manifeste qu'il a fait parvenir au FBI pour qu'il soit publié dans un grand quotidien de la Côte Ouest. Ce texte intitulé "La société industrielle et son avenir" dénonce les dérives technologiques qui ont fait de l'individu une créature dépendante des outils modernes, sans lesquels elle connaîtrait la paix et serait structurellement plus solide. 1997 : Ted clame qu'il peut faire invalider toutes les preuves qui l'accablent à partir de la méthodologie employée par "Fitz" et compte se servir de son procès pour humilier l'agent et en faire une tribune publique pour développer ses idées.

Don Ackerman (Chris Noth)

les investigations étant infructueuses avec les procédés classiques de l'institution (notamment l'établissement d'un profil par regroupement de données informatiques), "Fitz" pousse Ackerman à convaincre l'Attorney General (la Ministre de la Justice) Janet Reno de faire publier le manifeste d'"Unabomber" qui a promis, en échange, de cesser ses attentats. Le FBI tend un piège d'envergure en se concentrant sur l'unique kiosque à San Francisco à vendre le "Post" dans lequel le texte sera  imprimé, persuadé que le terroriste viendra y acheter un exemplaire. Mais l'opération se solde par un échec : "Fitz" est remercié et renvoyé à l'ATF, son ancien service.

Davic et Ted Kaczynski (Mark Duplass et Paul Bettany)

Les recherches linguistiques menées par "Fitz" et Natalie Rogers à partir du manifeste continuent malgré tout et permettent au profileur de dresser un portrait imparable du terroriste. En disposant grâce à Tabby, sa partenaire au FBI, de copies de la liste des suspects, "Fitz" désigne Ted Kaczynski comme étant "Unabomber". Sa théorie se vérifie quand la belle-soeur de ce dernier reconnaît le style de Ted dans le manifeste publié par le "Post" et convainc David Kaczynski de dénoncer son frère après que l'agent lui en ait dressé un portrait psychologique saisissant.  

Ted Kaczynski (Paul Bettany)

Depuis la cabane dans les bois qu'il construisit avec son frère et où il vit en ermite, Ted écrit à David pour lui détailler comment, depuis son adolescence, une succession d'expériences traumatisantes l'ont détruit moralement et motivé à commettre des attentats : élève surdoué, il a sauté plusieurs classes, est entré à l'université précocement et y a été remarqué par Henry Murray, psychologue établissant avec les services secrets une technique de lavage de cerveau sur des étudiants ciblés pour leurs capacités intellectuelles mais aussi sur leurs failles émotionnelles. Devenu un de ses cobayes pour démontrer sa supériorité face à ces procédés, Ted a quand même été brisé et est devenu animé par un puissant désir de revanche sur le système. Désormais, pourtant, il a le sentiment d'être arrivé, avec la publication de son manifeste, à la fin d'un cycle, convaincu que son texte et ses idées vont profondément altérer la société.

Ted Kaczynski et Stan Cole (à sa gauche) (Paul Bettany et Jeremy Bobb)

"Fitz" revient à FBI et expose rapidement mais de façon imparable le profil qu'il a dressé et qui désigne Ted comme étant "Unabomber", s'appuyant non seulement sur une analyse poussée du manifeste, de la liste des suspects mais aussi sur la correspondance des frères Kaczynski sur plus de trente ans. Le terroriste est localisé et le FBI prépare son arrestation. Mais "Fitz" doit encore convaincre un juge de signer un mandat de perquisition en le convainquant de la culpabilité de Ted. Ackerman et Cole doivent, eux, empêcher les médias, intrigués par les mouvements d'agents dans la région, de faire capoter l'opération.   

"Fitz" et Kaczynski 

1997 : au début de son procès, Ted découvre que ses avocats, contre son avis, vont plaider la folie pour réduire sa peine, lui éviter la peine de mort. "Fitz", dont le couple n'a pas résisté à son implication totale dans l'enquête deux ans auparavant et qui a également dû sacrifier sa partenaire Tabby (en la devant la dénoncer pour lui avoir réclamé la liste des suspects alors qu'il avait été renvoyé du FBI) et Natalie (dont il avait repoussé les avances), est seul pour persuader une dernière fois Ted de plaider coupable : il le convainc de la duplicité de ses défenseurs et de sa réelle admiration pour son intransigeance intellectuelle. Kaczynski change de tactique et est logiquement condamné à perpétuité. "Fitz" retrouve Natalie qui est venue partager sa victoire.

Comme je prévenais en ouverture, comparer frontalement Mindhunter et Manhunt - Unabomber dessert stylistiquement le second tout en soulignant la vanité de ce duel. La production de David Fincher était une exploration de la psyché des tueurs en série quand le FBI en était encore à se demander si le profilage était un moyen efficace de les définir ainsi et de les arrêter. Toute la première saison s'appuyait sur des échanges en deux agents qui mettaient au point une technique et découvraient qu'il n'existait pas qu'un genre de criminel.

Le show créé par Andrew Sodroski pour Discovery Channel (qui a fini par être rediffusé sur Netflix au moment où était proposé Mindhunter) joue davantage la carte du thriller, mais sans sacrifier totalement à ses codes. En vérité, il peut se considérer comme le complément de Mindhunter puisque les faits relatés ici sont tous vrais (ou en tous cas à 90%, puisque des événements et des personnages ont été condensés) et que le terme de l'aventure est connu ("Unabomber" a été arrêté et condamné). Le vrai lien entre les deux programmes est leurs héros : James Fitzgerald est, comme Holden Ford et Bill Tench, un précurseur. Ce statut lui vaut la méfiance, la défiance même, de ses collègues et sa hiérarchie pour qui ses méthodes sont au mieux farfelues, au pire une perte de temps et d'argent.

Mais, plus fortement encore que dans Mindhunter, ce que Manhunt - Unabomber souligne, c'est la notion de sacrifice et le motif du transfert. Quand Fitzgerald est recruté par le FBI pour intégrer l'unité "Unabomb", il a déjà la trentaine et végète dans une brigade appréhendant des grafffeurs, parce qu'il a eu le malheur de refuser de faire sauter des contraventions à un ami de son supérieur. Ce qui lui a permis d'être remarqué, ce sont ses excellentes notes au concours. Mais on lui fait ensuite vite comprendre que, si doué soit-il, il n'est qu'un rouage dans une machine complexe où seuls valent les preuves matérielles et où l'analyse par des moyens informatiques est devenue la nouvelle tendance.

"Fitz", lui, invente, sans même s'en rendre compte, une nouvelle méthode de profilage en ne se basant pas sur les clichés psychanalytiques appliqués à la criminologie (la frustration sexuelle, le manque d'éducation, la soif de revanche sociale motivant les terroristes) : il s'appuie sur le langage, la façon d'articuler la pensée, de formuler les idées, il cherche littéralement le diable dans les détails. Une investigation laborieuse, exaspérante, qui repose sur des suppositions, des recoupements, des accumulations, des indices ténus. Tout ce qui horripile une administration pressée par le temps, exigeant des résultats, soumise à la pression politique et médiatique.

Le récit s'étale sur la la période 1993-1997, du recrutement de "Fitz" au procès de Ted Kaczynski, avec entre les deux l'année 1995, déterminante à tous points de vue, puisque c'est alors qu'est publié le manifeste d'"Unabomber", le document essentiel pour le comprendre, l'identifier, le localiser, et le confondre. De 93 à 95, Fitzgerald perd et gagne tout : son implication totale dans l'enquête, son isolement au sein du service, les humiliations subies par son supérieur Cole (Jeremy Bobb absolument infect), le manque de considération de son chef Ackerman (Chris Noth aussi fébrile que dédaigneux), ont raison de sa famille (sa femme finit par le quitter, il ne voit plus ses enfants), de ses partenaires (Tabby sera virée pour l'avoir aidé quand il aura été un temps écarté de l'affaire et il la dénoncera pour pouvoir être réintégré, Natalie Rogers qui croira à une attirance mutuelle découvrira qu'il s'est d'abord servi d'elle comme d'une ouvrière). Mais sa pugnacité surhumaine (et contestée aujourd'hui par ses collègues de l'époque) lui permettent de percer à jour "Unabomber", d'en dresser le portrait parfait, puis de corroborer sa thèse grâce à la correspondance transmise par David Kaczynski : autant d'éléments qui auront raison des doutes de sa hiérarchie et permettront l'arrestation de Ted Kaczynski.

Il y a donc une part de chance malgré tout dans le travail de fourmi de "Fitz" (sans la dénonciation de David Kaczynski, tout se serait effondré). Mais aussi une aliénation, presque une contamination du détective par le criminel : Ted Kaczynski était effectivement un esprit supérieur à celui de Fitzgerald - plus âgé, plus diplômé, plus extrême. Dans sa radicalité, "Unabomber" n'a commis qu'une erreur : en voulant être reconnu pour ses idées, dont il était convaincu qu'elles changeraient positivement la société, mais en recourant à la violence pour d'abord se venger d'institutions et d'instruments qui l'avaient martyrisé et qui résumaient son aversion pour la modernité corruptrice, il a voulu comme il l'écrivait "avoir l'argent du beurre et le beurre" (la série explique d'ailleurs qu'il s'agit là de l'expression exacte, contrairement à ce que tout le monde croit), être en dehors du monde pour ne pas être infecté par lui tout en aspirant à être célébré par cette société qu'il abhorrait. 

La série montre, de façon vertigineuse, comment le Mal incarné en croisant celui qui le terrassera l'influence étonnamment : "Fitz", littéralement vidé par ces années dévouées à capturer Kaczynski, qui a vu ses collègues être félicités à sa place (s'appropriant même le mérite d'avoir créé la linguistique judiciaire qu'il avait mis en forme), part vivre dans les bois, comme "Unabomber", jusqu'à ce que le FBI lui demande de revenir pour persuader Ted de plaider coupable. C'est un subtil mélange d'orgueil (parvenir à convaincre le terroriste) et de peur (la probabilité réelle qu'il s'en sorte si ses avocats plaident la folie) qui motive l'agent spécial à accepter cette mission, dont le processus ne diffère guère de sa précédente tâche : encore un fois, il faut éplucher des dossiers, des notes de bas de pages, trouver la faille, disputer une partie d'échecs, avoir un coup d'avance. S'il ne s'agit plus d'anticiper un attentat, il faut empêcher un criminel d'éviter la prison.

Dans ce jeu où vérité, conviction et justice s'entremêlent, le duo-duel, souvent à distance (car, contrairement à Mindhunter, les face-à-face entre Fitzgerald et Kaczynski sont rares - d'ailleurs, en réalité, l'agent n'a jamais rencontré le terroriste), entre Sam Worthington (d'une sobriété formidable, quasi-autiste, fuyant la performance - ce qui explique sans doute pourquoi, malgré un premier rôle dans le triomphal Avatar de James Cameron, l'acteur australien ne réussit pas à devenir une vedette hollywoodienne) et Paul Bettany (confondant, même s'il faut vraiment attendre les trois derniers épisodes pour que le comédien dispose d'assez de scènes pour démontrer la qualité impressionnante de son interprétation) atteint des sommets d'intensité. Serrer un coupable aussi retors fournit une matière fabuleuse et excitante au possible.

Sans diminuer Mindhunter, plongez dans ce Manhunt - Unabomber (en prévision de futures saisons relatant d'autres "chasses à l'homme" célèbres ?) : passionnant, vibrant, c'est une vraie réussite.