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dimanche 21 avril 2019

AQUAMAN #47, de Kelly Sue DeConnick et Robson Rocha


De façon prévisible, le dernier chapitre du premier arc narratif d'Aquaman par Kelly Sue DeConnick et Robson Rocha ne réussit pas à sauver l'ensemble de cette histoire. Confus, l'épisode ne fonctionne à aucun moment, quand bien même il est superbement illustré.


Aquaman défie donc Namma qui s'est transformée en dragon et plonge dans la mer pour la stériliser par le sel. Aquaman lance alors un appel télépathique auquel répondent les anciens dieux de l'île qui, à cette occasion, reprennent leur apparence initiale.


La puissance et la colère de Namma rendent les efforts d'Aquaman dérisoires. Et les enfants de la déesse misent alors sur une stratégie différente que le combat. Varuna, la première, décide de sacrifier pour tenter d'apaiser sa mère.


Mais cela ne fonctionne pas et les autres suivent. Caille rejoint Aquaman sous l'eau et assiste, impuissante, à ce spectacle. Elle suggère alors à Aquaman de répéter son appel à l'intention de Tang, qui peut être consumé mais pas contenu par Namma.


Et, effectivement, cette option paie. Namma implose littéralement à cause de l'énergie libérée par Tang. L'effort a cependant épuisé Aquaman qui est ramené à la surface par le père des océans.
  

Fêté en héros par les gardiens de l'île, Aquaman est marqué d'un tatouage qui l'inclut comme membre de leur communauté. Toujours amnésique cependant, il reçoit du père des océans un dernier présent : le trident du roi des sept mers.

Je fais toujours en sorte, quand j'entame la lecture d'une série, de ne pas trop en attendre, de telle sorte si elle me plait je suis ravi et si elle me déçoit je ne suis pas accablé.

Néanmoins, quand un auteur s'empare d'un titre, on souhaite toujours qu'il lui injecte ce qui a manqué à nous y intéresser auparavant. Je fondais de grands espoirs sur Kelly Sue DeConnick dans cette perspective, parce qu'elle me semblait à même d'écrire Aquaman avec singularité.

Si les deux premiers épisodes m'ont convaincu, le troisième a été une douche froide, et les deux suivants n'ont pas redressé la barre. En vérité, à aucun moment, la scénariste n'a paru en mesure de livrer un récit à la hauteur.

Le postulat - Aquaman amnésique et perdu sur une île isolée sujette à une malédiction - ouvrait des possibilités intéressantes, une reconstruction du personnage puisqu'il était une page blanche. Mais DeConnick a enseveli tout cela sous une mythologie épaisse qui a véritablement englué toute caractérisation au profit d'une histoire de vengeance avec d'anciens dieux primordiaux. Une toile de fond trop envahissante pour développer un "all-new" Aquaman, comme le promettait la couverture.

Qu'y a-t-il de pire que d'être indifférent du destin d'un héros alors que tout est ouvert pour lui ? C'est une impasse, d'autant plus que les seconds rôles sont grossièrement croqués ou engloutis dans un charabia pseudo-légendaire qui aurait gagné à être très élagué ou beaucoup plus exposé. DeConnick n'a jamais trouvé le juste tempo pour rythmer son récit, tour à tour décompressé puis pressé, contemplatif et spectaculaire, avec cette conclusion expédiée (mais qui laisse penser que Namma n'est pas morte).

L'échec est d'autant plus frustrant que la série a bénéficié d'un artiste formidable avec Robson Rocha. Le brésilien, encré par l'ancien partenaire de Bryan Hitch, Daniel Henriques et colorisé par Sunny Gho (qui officie sur Daredevil actuellement), produit des planches superbes, d'une puissance épatante.

Mais ce talent est mal servi par un script brouillon, qui tantôt se repose visiblement sur lui, tantôt échoue à exploiter sa narration graphique. Rocha est à l'aise partout mais il compose avec des scènes, des rebondissements, des éléments trop déséquilibrés. Résultat : on a l'impression qu'il partage la responsabilité de ce ratage alors qu'il ne fait que le mettre en image. Il va céder sa place à Viktor Bogdanovic pour les deux prochains épisodes et revenir en Juillet, mais ce sera sans moi.

Il ne faut jamais trop attendre d'une série, mais il est pénible d'accepter qu'elle se plante après avoir bien démarré. C'est la leçon de cet arc.   

samedi 30 mars 2019

AQUAMAN #46, de Kelly Sue DeConnick et Robson Rocha


Après la déconvenue de l'épisode précédent, c'était un vrai quitte ou double pour Aquaman ce mois-ci. Heureusement, Kelly Sue DeConnick a su se reprendre et propose un chapitre épique. Elle est toujours bien aidée par les dessins fantastiques de Robson Rocha avant le final de ce premier arc narratif.


Sur l'île, les anciens dieux - Tang, Atabey, Loc, Mac, Repu et Ku - se réunissent. Le remords les ronge car ils pensent avoir envoyé Caille et Andy à une mort certaine sur l'île voisine où demeure Namma.


Effectivement, la déesse bannie ne réserve pas un accueil bienvenu à ses visiteurs, transformant sa fille, pour laquelle elle n'a aucun amour, en une créature monstrueuse destinée à assouvir sa vengeance.


Andy/Aquaman intrigue la déesse car il ne souvient pas qui il est mais n'est pas un terrien. Elle se moque de ses suppliques et ne gagne que la colère du héros. Caille s'éloigne et l'emprise de sa mère s'atténue, la jeune femme achève sa mue.


Andy/Aquaman réduit Namma en poussière de sel mais sait que le combat n'est pas terminé. La déesse se recompose sous la forme d'un dragon et plonge dans l'océan pour le stériliser. Andy/Aquaman chevauche la bête pour l'en empêcher.

Sous l'eau, les pouvoirs d'Aquaman se réveillent et il lance un appel télépathique à tout le peuple des sept mers. Mera, à Atlantis, l'entend, tout comme les anciens dieux de l'île qui y répondent en allant l'aider.

Bon, je ne dirai pas que cet épisode est extraordinaire et que la prestation de Kelly Sue DeConnick rassure totalement, mais il y a une nette amélioration depuis le mois dernier.

Comme elle l'a expliqué en interview, la scénariste s'est trouvée avec Aquaman un héros et une série dont les motifs sont en fait l'inverse de Captain Marvel : celle-ci était une femme déterminée et dont la devise ("Higher. Faster. Further.") pointait les cimes. Aquaman est au contraire un homme qui ne sait plus qui il est et évolue dans les profondeurs marines.

Fallait-il cependant alourdir sa première histoire avec toute une mythologie sur des divinités fondatrices alors que la base (une vengeance ourdie par une déesse bannie par ses pairs) suffisait amplement ? L'épisode précédent m'avait totalement perdu et fait craindre le pire pour la suite.

Peut-être était-ce un mal nécessaire pour donner de l'envergure au récit, mais sans doute DeConnick aurait-elle été plus inspirée en racontant le passé de l'île et de ses dieux au fur et à mesure et non pas en y  consacrant un épisode entier, ce qui a cassé le rythme de l'ensemble et nui à l'efficacité générale.

On le voit bien ce mois-ci avec une narration plus directe où, enfin, Aquaman affronte la méchante de l'intrigue. L'action domine et la lecture est bien plus agréable. On pardonne alors les tours que l'auteur sort de son chapeau pour rendre cela plus spectaculaire, comme la transformation de Caille ou celle de Namma. La conclusion de l'épisode promet beaucoup puisque les anciens dieux vont participer au règlement de comptes qui bouclera ce premier arc et que Mera sait qu'Aquaman est toujours en vie.

Si la série est attractive, c'est aussi par que Robson Rocha la dessine avec puissance. Sevré depuis le début, l'artiste s'en donne à coeur joie pour illustrer la bataille d'Aquaman et Namma. Son découpage, nerveux, insuffle une sorte de rage au face-à-face. Namma, en particulier, dévoile son visage authentiquement maléfique, indigne, tandis que Andy/Aquaman, toujours paumé, compense son désarroi par un engagement total.

Bien entendu, le clou de l'épisode est la métamorphose de Namma en dragon : Rocha réserve à ce moment, impressionnant, une double-page superbe presque aussitôt suivie d'une pleine page où Aquaman chevauche la bête. Le design de la créature est saisissant, riche en détails, que l'encrage de Daniel Henriques ne manque pas de mettre en valeur.

Nul doute que la cinquième et dernière partie de cette histoire sera épique. Et il faudra le savourer puisqu'il semble que Rocha laissera sa place pour l'arc suivant (avant de revenir pour le troisième ?) à Viktor Bogdanovic. Peu épargnée par les fans d'un Aquaman plus classique, la série et sa scénariste supporteront-elles la perte de leur artiste régulier ? 

jeudi 21 février 2019

AQUAMAN #45, de Kelly Sue DeConnick et Robson Rocha


Je n'avais pas remarqué (si tant est que ce fut mentionné dans les crédits) que ce premier arc d'Aquaman écrit par Kelly Sue DeConnick comptait cinq parties. Et donc cet épisode se situe au centre, un moment opportun pour que l'histoire bascule - ce qui n'est pas vraiment le cas. Et qui, du coup, repose surtout sur les dessins de Robson Rocha, la faute à une narration trop décompressé et un confuse...


Aquaman a retrouvé en partie la mémoire : il sait désormais qu'il est en lien avec les océans, mais ne se souvient toujours pas de son nom, de ses origines, encore moins de son statut de super-héros ou de mari et roi (quand bien même a-t-il vu en rêve Mera, sans l'identifier).


Mais cela lui a suffi pour accepter d'escorter Caille jusqu'à l'île où a été bannie sa mère, Namma, accusée d'avoir empoisonné la mer. Caille est nerveuse mais Aquaman est convaincu que la mission se passera bien.
  

Pourtant, les faits vont le contredire rapidement : la mer est démontée et alors que l'île est en vue, des pics de sel géants se dressent à la surface. Ils pourfendent la barque, envoyant Caille par-dessus bord.


Aquaman plonge et la sauve. De retour à la surface, Caille ne se sent pas bien, sa peau est livide et elle sent le mal la ronger. Aquaman la traîne en direction de l'île en évitant les pics de sel de plus en plus nombreux.


Les falaises de l'île se dressent, menaçants. Aquaman sent ses forces l'abandonner, comme s'il était lui aussi atteint par un mal mystérieux. Finalement, à bout de forces, les deux rescapés sont accueillis par Namma, jurant que le monde va payer pour ce qu'il lui a fait...

Je n'ai rien contre la décompression narrative, j'aurai mauvaise grâce à prétendre le contraire puisque je suis fans de plusieurs scénaristes qui l'utilisent. Mais je reconnais que c'est une manière de raconter délicate à exploiter.

En effet, dilater le cours du récit, prendre son temps pour installer les personnages, le décor, l'ambiance, au détriment de l'action, exigent de l'auteur une rigueur absolue car le risque, c'est de donner l'impression de gagner du temps, ou, pire, de ne pas avoir grand-chose à dire, avant d'expédier le dénouement. 

Mais j'ai apprécié les deux premiers épisodes écrits par Kelly Sue DeConnick pour cela : elle a profité de la situation de son héros, devenu amnésique, et perdu sur une île au bout du monde (et au milieu de nulle part), pour le redéfinir. Lentement, mais sûrement, Aquaman devait d'abord se retrouver avant de jouer les super-héros.

Cette méthode n'a pas rencontré les faveurs de certains lecteurs, habitués à plus de mouvement durant le run de Dan Abnett (ou durant les "New 52", de Geoff Johns et Jeff Parker).

Je ne vais pas jeter le bébé avec l'eau du bain parce que j'ai été déçu cette fois, mais il est évident que DeConnick va devoir se reprendre le mois prochain, certainement en accélérant et surtout en étant plus clair. Ce que mon résumé de l'épisode ne dit pas, c'est que la traversée d'Aquaman et Caille est ponctuée largement par la relation mythologique que fait le héros au sujet du Père des Mers et de la Mère du Sel : la scénariste a cherché, par ce biais, à donner une dimension épique, ancestrale, immémoriale, à son intrigue.

Mais la conclusion est brouillonne, en tout cas elle m'a échappé puisque je n'ai plus su distinguer qui était qui à la fin. Entre les amours contrariées par l'évolution de la Terre, la naissance des enfants du Père de la Mer et de la Mère du Sel (le Ciel, le Feu, la Terre, le Vent), l'assassinat du père par sa progéniture et la création par le mère de sept monstres figés en statues de sel par les enfants qui créérent le soleil puis engendrèrent les hommes, on a du mal à comprendre le sens de tout cet arrière-plan - et sa plus-value pour l'histoire en cours.

Certes, Robson Rocha illustre aussi bien la traversée d'Aquaman et Caille que ce drame divin, au moyen de pleines pages somptueuses pour ce dernier, mais justement, la puissance graphique déployée n'aboutit qu'à souligner le vide du propos ou son côté pompeux et nébuleux.

Car, une vingtaine de pages pour décrire le voyage en barque d'Aquaman et Caille ponctué de résumés sur le Père de la Mer et la Mère du Sel, leurs enfants, les monstres, l'origine du monde, sur le papier ça fait un programme, mais en vérité, pour paraphraser le héros, ça fait surtout du vent.

Tout le talent de Rocha ne peut empêcher le lecteur de ressentir une impression de vide, ce sentiment, comme je le soulignais plus haut, que DeConnick gagne du temps ou n'a pas grand-chose à dire. Ou pire : qu'elle a quelque chose à dire mais qu'on n'arrive pas à le saisir. On en est réduit à des déductions hasardeuses. L'ambiance envoûtante des deux épisodes précédentes est absente au profit d'un spectacle épique mais confus. A ce stade du scénario, on était en droit d'attendre une révélation, un twist, une bascule. Mais on n'est pas plus avancé.

Comme j'aime tirer des leçons au bout d'un arc (sauf catastrophe totale) et que celui-ci sera terminé dans deux mois, je donne sa chance à la série jusque-là. Ensuite, il sera temps d'aviser (sachant que Rocha sera remplacé, je l'espère provisoirement, au mois de Mai). Mais ce serait malheureux qu'après un début si prometteur, Aquaman (s')échoue. 

vendredi 25 janvier 2019

AQUAMAN #44, de Kelly Sue DeConnick et Robson Rocha


"All-New" Aquaman dit la couverture (je n'ai pas souvenir de cette mention le mois dernier), mais ça souligne bien la démarche entreprise par Kelly Sue DeConnick, et appuyée par DC, d'écrire le héros comme une page blanche. Toujours en compagnie de Robson Rocha, la scénariste avance lentement mais dans une ambiance intense.


Atlantis. Mera tente d'invoquer Arthur Curry grâce au pouvoir qu'elle a sur l'eau et sa mémoire, mais elle ne ressent rien. Lady Elena est tout aussi soucieuse qu'elle car le royaume s'impatiente de l'absence de son roi et des prétendants convoîtent le trône.


Ignoran tout de cela puisque devenu amnésique, Aquaman s'adresse sur l'île où il a échoué à Wee, une vieille femme dont on prétend qu'elle serait sorcière. Elle répond par énigmes à ses questions et lui donne rendez-vous le soir sur la plage pour plus de clarté.


Aquaman tente ensuite de convaincre Caille d'aller avec lui à la rencontre de sa mère, Namma, exilée sur une île voisine. Mais elle s'y refuse. Il mentionne alors le rendez-vous donné par Wee.


Le soir venu, dix habitants de l'île procèdent à un étrange rituel sur la plage en invoquant de dieux marins. Aquaman les rejoint avec Caille et dépose une offrande dans un feu de bois en espérant des réponses sur son identité et sa présence ici.


Mais trois hommes du groupe l'empoignent pour tenter de le noyer. Il se rebelle avant de réaliser qu'il peut respirer sous l'eau, tout comme il peut agir sur ses mouvements...

La narration empruntée par Kelly Sue DeConnick a divisé les lecteurs de son premier épisode sur la série et ce n'est pas ce numéro qui va modifier l'opinion. La scénariste prend toujours son temps et privilégie l'atmosphère à l'action (pas de bagarre, encore moins d'éléments folkloriques comme le costume, la manifestation de super-pouvoirs - hormis à la toute dernière page et durant la cérémonie des dix sur la plage).

Cela m'a rappelé la démarche de J.M. Straczysnki sur Thor, où il avait consacré ses deux premiers chapitres au retour du dieu du tonnerre et la restauration d'Asgard dans le paysage du Colorado (après, ça s'agitait davantage, lors d'un duel tonitruant contre Iron Man, la résurrection d'autres asgardiens, etc.).

Le risque avec ce genre de relation, c'est de perdre le fan de comics qui achète pour l'action, le grand spectacle, les costumes bariolés. Mais le même lecteur aurait tort de s'impatienter trop vite car DeConnick profite de l'amnésie et de la situation isolée géographiquement d'Aquaman pour, visiblement, redéfinir profondément le héros.

En définitive, Arthur Curry est défini par son statut de roi d'Atlantis, d'époux de Mera, de membre de la Justice League, de souverain des Sept Mers. Mais tout cela écarte le fait qu'il est un métisse, fruit des amours d'un homme et d'une atlante. En ne sachant plus qui il est, son aventure devient de se retrouver et peut-être, une fois ceci fait, de se réinventer.

C'est suggéré de manière habile par la scène d'ouverture où Mera doit se préparer à des prétendants au trône, alors qu'elle-même n'est pas non plus une pure atlante (ce qui semble l'éloigner de la régence). Pendant ce temps, Arthur comprend que sur l'île où il est, un groupe d'habitants invoque des divinités marines, semble en savoir long sur lui, attende qu'il agisse sur un point précis (Namma, la mère de Caille, qui aurait maudit leur île). En fin de compte, ce site devient symbolique : comme la série actuelle, c'est le lieu où Aquaman va être recréé.

Tout cela est donc une expérience et il faut s'y abandonner. Les dessins, magnifiques, de Robson Rocha sont un atout indéniable pour "supporter" les détours du scénario, son rythme languissant, son ambiance atypique (on n'est pas si loin d'Isola).

Rocha représente Aquaman non pas comme un super-héros, mais comme une sorte de hobo, de naufragé, de Robinson, avec des réactions, des émotions, bien terre-à-terre. On n'est plus du tout dans la logique de Geoff Johns avec le "héros de personne", raillé, qui parle aux poissons, brandit un trident. Le roi est nu, le héros est perdu, paumé. En lui conférant un surcroit d'humanité, Aquaman devient attachant, troublant. Parfois, c'est en dépouillant un super-héros qu'on le rend à nouveau intéressant parce qu'inattendu.

J'adhère à cette proposition tout en étant convaincu que cela finira par bouger. Kelly Sue DeConnick et Robson Rocha osent quelque chose, soutenons-les.

La variant cover de Rafael Albuquerque.

jeudi 20 décembre 2018

AQUAMAN #43, de Kelly Sue DeConnick et Robson Rocha


All-New Aquaman : plus que l'arrivée d'une nouvelle équipe artistique, après le run de Dan Abnett, par cet intitulé, c'est comme si DC indiquait au lecteur que la série était relancée. Pourtant, la numérotation est conservée et Kelly Sue DeConnick et Robson Rocha prennent le relais au lendemain d'un crossover avec Justice League, Drowned Earth. Un nouveau départ très accrocheur et prometteur.


Aquaman a été repêché, après une bataille aux côtés de la Justice League, par une jeune femme, Caille, sur une île isolée de tout. Amnésique, il est hébergé par un couple de vieillards qui l'appelle Andy.


Caille, elle, préfère le prénommer Arausio - un autre titre en "A" comme la boucle de sa ceinture. D'après elle, il n'est pas apparu ici par hasard, c'est un présent quasi-divin, pour sauver ce bout de terre sauvage.


En effet, l'île est, selon les indigènes, soumis à une vieille malédiction. Les poissons pêchés sont pourris dans les filets, les conditions météo sont épouvantables, et les habitants ont tous élu domicile ici, livrés à eux-mêmes après bien des périples.


Pour quelle faute paieraient-ils ce prix ? Jadis, pour s'attirer les faveurs de la mer, ils ont conclu un pacte avec elle. Sauf l'une d'entre eux : Namma, la mère de Caille. Pour la sanctionner, elle a été bannie de la communauté sur un îlot voisin.


Ayant remarqué la force naturelle d'Aquaman, les habitants lui demandent alors de ramener Caille à Namma afin que celle-ci lève la malédiction. En sauvant la jeune femme d'une vague meurtrière, il révèle, à lui comme aux autres, ses pouvoirs aquatiques...

En 2011, avec le statu quo des "New 52", Geoff Johns en personne s'était fixé l'objectif de prescrire le même traitement à Aquaman qu'à Green Lantern auparavant. Autant dire que le personnage était promis, si le plan fonctionnait, à un regain de popularité énorme. 

Dessiné par Ivan Reis puis Paul Pelletier, relayé à l'écriture par Jeff Parker, la série consacré à Arthur Curry fut l'une des réussites de DC à l'époque. Naturellement, avec l'ère ouverte par "Rebirth", le personnage devait rester une des vedettes de DC, d'autant qu'il demeurait membre de la Justice League écrite par Bryan Hitch (qui finira par le remplacer par son épouse Mera) puis récemment dans celle de Scott Snyder. Pour couronner le tout, un film consacré au roi des mers va bientôt sortir.

C'est certainement ce dernier élément qui a dû motiver un changement d'équipe sur le titre. Je n'ai pas lu un seul épisode de Dan Abnett, donc je m'abstiendrai de tout jugement, même si les retours étaient favorables. Il a quinze jours à peine, s'achevait le crossover Drowned Earth au terme duquel Aquaman était séparé de la Justice League, présumé mort au combat.

A charge pour Kelly Sue DeConnick de composer avec cette situation. La femme de Matt Fraction s'était éloigné des majors depuis son départ de Marvel, qu'elle a notamment marqué par un excellent run sur Captain Marvel (surtout le dernier volume dessiné par David Lopez). Elle avait ensuite produit Bitch Planet chez Image.

Féministe affichée, d'un tempérament franc (elle n'avait pas caché sur les réseaux sociaux que Marvel traînait des pieds pour faire de la pub à Captain Marvel - ironique quand on sait que le film sur l'héroïne repose sur ses épisodes), mais aussi doté d'un humour salvateur (qui a inspiré Kelly Thompson, à qui elle a mis le pied à l'étrier), la voir animer Aquaman est inattendu.

Mais le début de ce premier arc (en cinq parties) est très réussi. La figure du héros devenu amnésique est un classique que DeConnick exploite sobrement mais efficacement. Dans la peau d'un étranger (à lui-même pour commencer), perdu sur une île hostile, Arthur Curry est à la fois considéré comme un inconnu (personne n'a connaissance de ses exploits super-héroïques, de ses pouvoirs) et comme un messie.

Autre motif vu et revu, celui de l'île maudite : là encore, la scénariste l'utilise avec subtilité et infuse une ambiance envoûtante, laissant au lecteur le loisir de mesurer si c'est une superstition ou une vérité (les prochains numéros devraient éclaircir cela). En tout cas, on entre dans cette aventure facilement et le propos intrigue, retient l'attention.

La série quand elle était pilotée par Abnett a vu (et sans doute souffert d') un défilé d'artistes au niveau variable (Brad Walker, Philippe Briones, Stjepan Sejic...). Cette fois, c'est le brésilien Robson Rocha qui s'y colle, après avoir fait ses preuves sur Green Lanterns (entre autres).

Ce dessinateur évolue dans un style réaliste et l'ancien encreur de Bryan Hitch, Daniel Henriques, l'épaule. Son style se distingue par une excellente maîtrise anatomique mais aussi des décors soignés, inscrits dans des compositions brillantes. C'est un artiste complet, au trait séduisant, à l'aise pour montrer la puissance d'éléments déchaînés, la carrure athlétique d'Aquaman (barbu, cheveux longs, ce qui souligne sa ressemblance avec Thor, à qui on le compare souvent) comme la grâce des danses de Caille ou la folie qui gagne les indigènes de l'île.

Visuellement, Rocha complète idéalement DeConnick : à lui, des images belles et intenses ; à elle, les ambiances prenantes et un potentiel dramatique très prometteur. Aquaman semble promis à de beaux jours, quelle que soit la durée de son amnésie, son séjour loin du monde : en le situant comme une page blanche, coupé de tout, mais pas de ses racines, le personnage comme la série se positionnent même comme prêt à devenir un équivalent à l'excellent Hawkman actuel de Vendetti et Hitch.

jeudi 6 novembre 2014

Critique 522 : CAPTAIN MARVEL, VOLUME 1 - HIGHER, FURTHER, FASTER, MORE, de Kelly Sue DeConnick et David Lopez


CAPTAIN MARVEL : HIGHER, FURTHER, FASTER, MORE rassemble les épisodes 1 à 6 de la série, écrits par Kelly Sue DeConnick et dessinés par David Lopez, publiés en 2014 par Marvel Comics.
*

Carol Danvers est pilote dans l'armée de l'air américaine dans le civil et, sous le pseudonyme de Captain Marvel, membre des Avengers. Après un récent conflit cosmique, la jeune femme éprouve le besoin de faire le point et décide de partir en mission dans l'espace, où elle servira d'agent de liaison entre les Avengers et d'autres formations galactiques pour le maintien de la paix.
Juste avant son départ, elle et Iron Patriot (alias James "Rhodey" Rhodes, son petit ami du moment) récupèrent une capsule dans laquelle repose une extra-terrestre. Elle provient d'une planète qui a détruite mais on ignore où s'est depuis réfugié son peuple.
Captain Marvel recontre les Gardiens de la Galaxie qui l'orientent vers le monde de Torfa. Une fois sur place, après quelques péripéties, l'héroïne et sa passagère, réveillée durant le voyage, font le point et la situation est délicate : Torfa se meurt à cause d'une étrange maladie qui décime ses habitants et se trouve au coeur d'un conflit d'intérêts entre l'alliance galactique, dirigée par J'Son de Spartax, et des mercenaires, les Haffensyes. Mais pourquoi une planète à l'agonie intéresse-t-elle ces gens ?

Créée en 1968 par Roy Thomas et Gene Colan, Carol Danvers est un des personnages féminins majeurs attachés aux aventures des Avengers, au même titre historique que la Guêpe ou la Sorcière Rouge. A ce jour, pas moins de huit volumes de la série Ms Marvel ont vu le jour, même si l'héroïne n'a pas toujours été la jolie blonde animée par Kelly Sue DeConnick dans cet album.

La scénariste (qui est aussi l'épouse de Matt "Hawkguy" Fraction) aime visiblement Carol Danvers puisqu'elle s'occupait de sa précédente série avant qu'elle soit relancée dans le cadre de l'opération "All-New Marvel Now !". Mais cette fois, l'éditeur a aussi, semble-t-il, décidé de vraiment miser gros sur le titre en lui donnant un dessinateur régulier et de très bon niveau, en associant le personnage à deux autres séries populaires (Avengers, par Jonathan Hickman, et Guardians of the Galaxy, par Brian Michael Bendis), et en annonçant il y a quelques jours à peine qu'un film lui serait prochainement consacré (sans encore annoncer le réalisateur ni l'actrice principale).

Kelly Sue DeConnick, qui travaille aussi pour Image Comics (la série Pretty Deadly, un western fantastique dessiné par Emma Rios), réussit avec ce premier arc, qui forme un récit complet, à la fois, à bien présenter le personnage (aussi bien pour les nouveaux lecteurs que pour ceux qui la trouvent ailleurs) et à construire une intrigue intéressante et rythmée.

Carol Danvers, telle qu'elle est au début de cette histoire, est marquée par la saga Infinity (écrite par Jonathan Hickman) mais son malaise reste compréhensible même pour ceux qui ne l'ont pas lue : c'est une héroïne qui cherche un second souffle, elle n'est plus épanouie comme membre d'une équipe pléthorique comme les Avengers mais ne sait pas non plus comment elle pourrait se situer comme justicière solitaire sur Terre. Elle aspire à aller dans l'espace (après tout, elle doit ses pouvoirs à un accident auquel fut mêlé le premier Captain Marvel, un Kree) et Iron Man lui offre de devenir une sorte d'ambassadrice. Pour cela, elle doit mettre entre parenthèses sa romance avec James Rhodes/Iron Patriot, qui l'accepte pour ne pas être celui qui la retiendra contre son gré.
Une fois dans le cosmos, le récit alterne brillamment les séquences d'action, souvent spectaculaires et avec du swing (une bataille contre des pirates, la récupération du vaisseau Harrison, l'affrontement avec la garde de l'alliance galactique), et des scènes déroulant une intrigue dense mais racontée avec fluidité (la convoitise du vibranium sur Torfa par J'Son de Spartax, quitte à sacrifier des apatrides).

On pouvait craindre que l'inclusion des Gardiens de la Galaxie soit une greffe un peu forcée, pour surfer sur le succès de leur comic-book et du film qui en a été tiré, mais DeConnick arrive là encore à insérer leur présence avec beaucoup d'habileté, en profitant même pour s'amuser (et nous avec) avec l'impayable Rocket Raccoon contre le chat de Carol Danvers. 
Le choix du méchant est une exploitation tout aussi positive de ce qu'en a tiré Bendis dans Guardians of the Galaxy : J'Son est devenu une sorte de Dr Fatalis de l'espace, comploteur et redoutable, qui va certainement devenir un adversaire récurrent dans pas mal de titres de la gamme "cosmique" de Marvel.
Des personnages secondaires comme Tic, Gil, Bé, et Jackie, confèrent à l'ensemble un côté cartoon, proche du Scooby-gang, très sympathique.

Les dessins de David Lopez contribuent aussi, pour une large part, au succès (critique et public) de cette nouvelle formule de la série : l'espagnol, jusqu'à présent, était bien mal utilisé par Marvel, trimballé de titres en titres, pour des poignées d'épisodes signés par des scénaristes inégalement inspirés (comme le duo Abnett et Lanning durant leur passage sur New Mutants). 
Ce gâchis est réparé désormais car Lopez apparait à son meilleur niveau dans cette production taillée pour son style expressif, dynamique, au trait rond et épuré, dont il effectue aussi l'encrage. Si, parfois, on peut trouver ses cases un peu pauvres en arrière-fond, quand il choisit de soigner ses décors ou les véhicules, comme ses designs (il n'a pas dessiné le costume de Captain Marvel - repensé par Jamie McKelvie, avec une élégance certaine, si ce n'est cet horrible casque que l'héroïne doit porter dans l'espace - mais il a créé ceux de tous les autres seconds rôles), il ne fait pas les choses à moitié. 
Il n'abuse pas non plus des "splash" et doubles pages, dosant ses effets pour quelques images aux perspectives profondes, superbement composées.

La colorisation a été confiée à l'excellent Lee Loughridge, qui privilégie une palette de couleurs chaudes et lumineuses (des jaunes, des oranges, des rouges, contribuant aussi au look agréable de la série - dans la même veine que ce que fait Javier Rodriguez sur le Daredevil de Mark Waid).

Tout ça donne envie de suivre les nouvelles aventures de Carol Danvers. Les lecteurs de vf peuvent déjà retrouver ces épisodes dans le n° 12 de la revue trimestrielle Avengers Extra chez Panini Comics, sortie en Octobre.