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jeudi 30 juin 2022

X-MEN : RED #4, de Al Ewing, Michael Santa Maria, Andres Genolet et Juann Cabal


A peine quinze jours après son précédent numéro, X-Men : Red est déjà de retour. Mai c'est un épisode spécial dans sa forme et dans le fond que propose Al Ewing et trois dessinateurs invités. Une sorte de collection de saynètes avec un thème commun : la mort. Pas très gai, me direz-vous, mais ce n'est pas un problème car à travers trois personnages dans trois lieux différents, il s'agit plutôt d'un examen sur cette notion transcendée par Jonathan Hickman.


Le Grand Cercle d'Arakko. Magneto pour légitimer sa présence autour de la table du gouvernement arakki consent à un sacrifice important, comme Tornade avant lui...


Krakoa. Sunspot est ressucité. Il retrouve Santo Vaccaro lui-même revenu d'entre les morts mais changé à jamais et qui ne se sent plus à sa place sur l'île...


Le Proscenium. Oracle, convoque Nova, Orbis Stellaris, Black Panther, Hulkling, Nova et Tornade pour leur apprendre l'assassinat de l'impératrice Shi'ar Xandra et les suites à donner à cette situation...

Après trois premiers épisodes denses et intenses, Al Ewing marque une sorte de pause dans le cours de la série X-Men : Red. C'est opportun après ce qui s'est passé dans le précédent numéro, récemment paru. Il propose pour ce quatrième chapitre une sorte de revue, avec trois parties centrées chacune sur un personnage et un endroit, et un thème commun : la mort.

Le premeir segment se déroule dans le Grand Cercle d'Arakko, l'équivalent du Conseil de Krakoa. Magneto a gagné le droit d'y sièger après avoir tué Tarn l'Indifférent en combat singulier. Il s'asseoit sur le Siège de la Perte mais doit prouver qu'il est légitime à ce poste.

Contrairement aux mutants krakoans, les arakki refusent la résurrection. Ils acceptent de mourir, en souhaitant que cela intervienne au combat. Il s'agit donc pour tout nouvel entrant dans le Grand Cercle d'être dans les mêmes dispositions. Magneto est mis au défi par Isca l'Imbattable, qui a été grugée par Sunspot lors du duel ayant opposé Magneto à Tarn l'Indifférent, de renoncer à son immortalité.

Al Ewing confronte de manière magistrale le maître du magnétisme à ce challenge en revenant à la source du personnage. Rescapé des camps de la mort nazis, plusieurs fois donné pour mort, puis ayant assisté au miracle rendu possible par les Cinq de Krakoa, il n'a pas, lui non plus, peur de la mort pour l'avoir si souvent côtoyée. Désormais, on apprend aussi que ceux qui, comme lui, ne vivent plus sur Krakoa, transportent une réplique miniature de Cerebro, conservant leur dernière mise à jour pour, lorsqu'ils sont ressucités, disposer de l'esprit le plus récent. Magneto détruit le sien, comme Tornade avant lui, et renonce donc à ce privilège. Il prouve ainsi aux arakki qu'il est digne de sièger dans leur gouvernement.

Ce passage est remarquablement écrit et atteste une nouvelle fois que Ewing comprend non seulement les personnages qu'il écrit mais surtout qu'il les écrit mieux que quinconque depuis belle lurette. On revient grâce à lui au Magneto original, et ce n'est donc pas un hasard si, depuis son arrivée sur Arakko, il revêt à nouveau son costume mauve et rouge, son look initial. Magneto a tourné le dos à Krakoa depuis Inferno de Hickman, n'entendant pas/plus collaborer avec des adversaires comme Emma Frost, des bouffons comme Mr. Sinistre ou composer avec des concurrents comme Destinée.

Comme Arakko, qui se définit comme un monde brisé, cassé, il réside sur l'ex-Mars colonisée par les mutants en ayant d'abord voulu se tenir à l'écart de la politique. Puis, pressé par Tornade et Sunspot, il a replongé, conscient du danger que représente Abigail Brand et le SWORD, mais aussi la nature belliqueuse des arakki. Il se pose en homme d'expérience, en sage, mais aussi en guerrier, revenu de tout. Finalement, son geste peut être interprété surtout comme son testament, son chant du cygne, son baroud d'honneur : en se condamnant lui-même à être à nouveau mortel, il se prive d'un avantage précieux. Mais c'est aussi un acte flamboyant, plein de panache car en renonçant à l'immortalité, il suggère qu'il ne retiendra plus ses coups et qu'il est prêt à mourit pour ses idées - exactement comme était le Magneto des débuts, la rage extrémiste en moins.

Hélas ! Ce segment est le moins bien dessiné du lot. Je ne connaissais par le travail de Michael Santa Maria, mais j'ai trouvé ses dessins maladroits, mal composés. Il faut qu'il soit cadré dans des gaufiers pour être acceptables. Sinon, l'expressivité des personnages, leur disposition dans l'espace laissent à désirer; Dommage, ça méritait mieux.

Le deuxième segment nous ramène sur Krakoa où on assiste à  la résurrection de Sunspot. Al Ewing ne s'attarde pas sur le processus, désormais familier au lecteur, même si on remarque que c'est Jean Grey et non le Pr. X qui restaure l'esprit du jeune héros. Mais cela sera justifié plus tard dans l'épisode.... En revanche, un élément trouble aussi bien Sunspot que le lecteur : c'est le présence lors de la cérémonie  de Rockslide.

Ce passage va permettre de renouer avec la première victime de X of Swords via un dialogue magnifique avec Roberto da Costa. Santo Vaccaro a été ressucité mais ayant été tué dans l'Outremonde, il n'est plus le même mais une créature composite, recréé à partir des Rockslide du Multivers. Les efnants sur l'île le surnomment d'ailleurs Wrongslide pour signifier cruellement qu'il n'est plus le même, qu'il n'est pas Rockslide. Il s'en est fait une raison même s'il en souffre.

Face à cela, Roberto constate que la mort, en n'étant plus un obstacle pour les mutants, n'est pas non plus totalement résolu puisque, lorsqu'on décéde dans l'Outremonde, on ne peut être ramené à l'état qui était le sien avant. Devant cette équation insoluble, quelle alternative existe-t-il ? Peut-être fuir. Ou en tout cas aller voir ailleurs. C'est quelque chose que Sunspot connait bien, lui qui va où les bonnes affaires se présentent et où ses amis se trouvent (comme sur Arakko ou auprès de son meilleur ami Cannonball, sur Chandilor, capitale de l'Empire Shi'ar). Il invite donc Wrongslide sur Arakko.

Une leçon de caractérisation, voilà ce qu'accomplit Al Ewing ici. En se penchant sur les cas de Roberto da Costa et Santo Vaccaro, il s'attache à deux personnages comme peu d'auteurs l'ont fait avant lui. Souvent présenté comme un fanfaron, séducteur et affairiste, Sunspot gagne en gravité durant cette conversation avec Santo Vaccaro. Il faut dire que le cas de ce dernier incite à l'instropection et à la mesure puisque sa situation est particulièrement poignante. Certains fans reprochent encore à Hickman de l'avoir sacrifié cruellement durant X of Swords - même si'il ne faut pas exagérer : Rockslide n'a jamais été un persnnage aussi iconique que, par exemple, Thunderbird.

Encore une fois, le scénariste réfélchit à la mort, à la mortalité, à la résurrection, à l'immortalité. Ce pourrait être pesant, c'est délicat, subtil et universel. C'est sans doute là la différence entre un scénariste doué mais pas extraordinaire et un scénariste exceptionnel : ce dernier s'empare d'un sujet et de personnages et les élève jusqu'à un point inédit jusque-là. Ewing réalise une vraie performance en aboutissant à une conclusion positive alors que la conversation entre les deux mutants est bouleversante.

C'est Andres Genolet (Runaways) qui s'acquitte de la partie graphique, et c'est très convaincant. Tout est simple et sobre dans ces planches, et c'est ce qu'il fallait pour un tel passage. Malgré les propos emprunts de gravité, il y a quelque chose de solaire, apaisé, dans l'ambiance. Pas de mélodrame : juste deux amis qui se parlent, se confient. Même si, à la fin, on ignore si Wrongslide accepte l'offre de Sunspot, on peut imaginer qu'on va le retrouver sur Arakko et que Ewing a des plans pour lui, complétant un casting déjà bien fourni, mais avec une perspective supplémentaire (celle d'un revenant mais déréglé, cassé). Prometteur.

Enfin le derneir segment se joue au Proscenium. Les représentants de l'alliance intergalactique sont convoqués en secret pour apprendre que Xandra, l'impératrice Shi'ar, a été assassinée. Cela ouvre une période de turbulence, dans un contexte déjà agité. Mais un point doit être débattu car Xandra est à moitié mutante par son père, Charles Xavier, et donc éligible à la résurrection. Mais doit-on la ressuciter ?

Les arguments défendus par Black Panther, Nova, Orbis Stellaris, Hulking et Tornade, sous l'égide de Oracle, fournissent la matière à un débat passionnant. En effet, en ressucitant Xandra, c'est la porte ouverte à une gouvernance éternelle par cette impératrice, ce qui pose des problèmes éthiques et politiques. Orbis Stellaris est évidemmetn le plus ambigü à ce sujet car le lecteur sait, contrairement aux autres invités de cette réunion, qu'il est un agent double, collaborant avec Abigail Brand et donc Orchis. Mais le raisonnement de Nova est aussi pertinent quand on sait que lui aussi est revenu d'entre les morts après la Guerre d'Annihilation. Toutefois, Tornade réserve une surprise à l'assemblée en révélant que ces discussions sont inutiles, le cas de Xandra étant déjà réglé par Krakoa - ce n'est pas un spoiler : comment imaginer que Charles Xavier allait tolérer la mort de sa fille ?

Dessiné par Juann Cabal, qui renoue ici avec son scénariste de Guardians of the Galaxy, ces pages sont d'un excellent niveau même si l'artiste ne nous gratifie pas de ses découpages si inventifs. Parfois, le décor désincarné du Proscenium donne plutôt le sentiment de plans un peu vides, avec juste des personnages qui échangent. Mais Cabal suit le script brillant de Ewing et traduit parfaitement cette ambiance tendue avant le twist final qui rend tout cela dérisoire et terrifiant à la fois. 

Toutefois, Ewing glisse Nova dans sa partition et on est assuré de le revoir bientôt sur Arakko, non comme adversaire mais comme une sorte d'observateur avisé, car il sait comme Tornade que la guerre est aux portes de l'univers (d'ailleurs le prochain épisode s'intitule War). Et donc, de la mort de Xandra à celles prévisibles du conflit qui s'annonce, on reste sur une ligne claire.

Cette collection de saynètes, qui se déploie dans une narration éclatée, est impressionnante, loin d'un épisode de transition, d'un épisode-gadget. Au contraire, Al Ewing, en compagnie de ses trois dessinateurs invités pour l'occasion, aura avancé ses pions et aguiché le lecteur avec des développements ambitieux. X-Men : Red s'impose vraiment comme LA série mutante, celle qui, s'il n'en fallait qu'une, s'impose naturellement par l'intelligence de son écriture et sa qualité éditoriale.

jeudi 25 mars 2021

GUARDIANS OF THE GALAXY #12, de Al Ewing et Juann Cabal


Ce douzième épisode de Guardians of the Galaxy marque nettement la fin d'un cycle, c'est la conclusion d'une "saison" (comme on le dit pour une série télé). Al Ewing a, mine de rien, reconfiguré le titre et l'équipe, de manière inégalement inspirée, mais avec beaucoup de bonne volonté. Juann Cabal fait ses adieux à la série qui en a fait une star, en produisant une nouvelle fois des planches ahurissantes.


Les Olympiens affrontent les Gardiens de la galaxie. Zeus s'en prend à Peter Quill qui les avait exilés dans une dimension parallèle en se sacrifiant. Mais qui les en a sortis en ressucitant. Cette fois, les dieux entendent bien avoir leur revanche en éliminant tous ceux qui se dresseront sur leur passage.
 

Leur vaisseau détruit par Zeus alors qu'ils atterrissaient pour se préparer à la bataille, Rocket et Hercule ont échappé à la mort grâce à Marvel Boy qui les a isolés dans une bulle temporelle. Rocket a sauvé un morceau de Groot que le Prince du Pouvoir réussit à faire croître.


Surplombant les affrontements, Athéna comprend que ses pairs sont en difficulté. Moondragon ne doit son salut qu'à l'intervention de Phyla-Vell qui l'aide à invoquer le Dragon de la Lune. La bataille bascule alors en faveur des Gardiens de la galaxie.


Noh-Varr, Moondragon et Star-Lord unissent leurs pouvoirs, après que les dieux aient été terrassés, pour renvoyer Zeus et Athéna dans une dimension déserte. Le Super-Skrull et son armada arrivent lors pour annoncer à Nova que le Conseil Galactique dissout l'équipe...

Dans l'existence éditoriale des Guardians of the Galaxy, on peut distinguer quatre époques. La première a vu la naissance du titre créé par Roy Thomas en 1969. La deuxième en 2008 quand Dan Abnett et Andy Lanning le relance lors de la saga Annihilation. La troisième en 2012 lorsque Brian Michael Bendis le reprend en main. Enfin la quatrième en 2014 avec l'adaptation au cinéma par James Gunn. Ces quatre temps montrent comment, depuis une douzaine d'annéesl es Gardiens de la Galaxie sont devenus une équipe qui compte chez Marvel.

Les fans adorent l'ère Abnett-Lanning, mais sans Bendis la popularité de ces héros n'aurait pas été suffisante pour avoir les honneurs du grand écran. Jusqu'en 2017, Bendis portera la série, son dernier grand run sur un titre Marvel, avec une formation proche de celle des films de James Gunn.

Hélas ! après Bendis, la succession n'a pas été très satisfaisante : Gerry Duggan a fait ce qu'il a pu et a surtout convaincu dans des épisodes auto-contenus ; Donny Cates a animé le titre pendant un an sans éclat. Al Ewing, auréolé de son succès sur Immortal Hulk, avait fort à faire pour redresser le cap mais il pouvait compter sur un dessinateur qui allait transcender ses scripts, Juann Cabal. Toutefois, l'artiste s'investissait tellement dans ses planches qu'il ne pouvait tenir un rythme mensuel et, quand il était absent, on constatait que ce n'était plus tout à fait la même chose.

Cependant, on ne peut pas retirer le mérite d'Ewing dans l'entreprise. Il a hérité d'une série dont il n'avait pas choisi le casting et de choix opérés par ses prédécesseurs (comme le fait que Groot pouvait désormais s'exprimer normalement). Il a composé, et plutôt bien, même si comme Cates, il a aussi échoué à faire vivre, à donner corps à certains personnages (Phyla-Vell en particulier). En revanche, il a durablement transformé des héros emblématiques (comme Star-Lord) et achève cette "saison" 1 sur un nouveeau statu quo, qui rétablit une crédibilité au titre même de gardiens de la galaxie.

Même si Ewing a parfois consacré des épisodes à des intrigues sans grand intérêt (la confrontation du groupe de Gamora et celui de Nova) ou dû faire de la place à un event (comme King in Black, de... Donny Cates), l'ensemble de son run a été écrit avec un fil rouge, celui des Olympiens, le panthéon des dieux grecs revenus dans notre univers pour y imposer leur ordre. Tout a démarré et se termine avec eux. On peut déplorer que Ewing n'ait pas développé un peu plus ces méchants, surtout en incorportant à l'équipe des Gardiens Hercule, le fils de Zeus, mais quand ils les a mis en scène, cela a donné des épisodes épiques, où la dimension sacrificielle,, jusqu'au-boutiste des deux camps électrisait la narration.

Ce douzième épisode est donc une grande bataille qui aurait mérité un épisode de plus pour montrer tous les personnages, donner plus de place et d'intensité au combat. Mais Ewing avait, semble-t-il, à coeur de conclure sur ce qui aurait dû être un numéro anniversaire (la parution de la série ayant été décalée au Printemps 2020 quand la crise sanitaire a commencé). Je pense que le scénariste a fait le choix de se cocnentrer sur ses héros favoris, ceux qu'il a vraiment mis le plus en avant dans son run, à savoir le trio Peter Quill/Star-Lord, Noh-Varr/Marvel Boy et Heather Douglas/Moondragon.

Ce sont ces trois-là qui, en effet, font la différence dans l'affrontement contre les Olympiens et Juann Cabal leur consacre lui aussi ses plus beaux efforts avec une fois encore une invention dans le découpage, la représentation des pouvoirs, la valeur des plans, sidérants. L'artiste espagnol et son coloriste Federico Blee sont déchaînés et quittent la série sur une note magistrale. Même si les décors sont réduits au strict minimum (mais l'arêne de la bataille n'est qu'un caillou désertique, stratégiquement choisi pour qu'il ait un minimum de dégâts collatéraux), on apprécie comment Marvel Boy sauve Rocket et Hercule, comment Moondragon réussit à prendre le dessus sur son adversaire, puis comment Star-Lord règle son compte à Zeus. Il y a là un côté David contre Goliath tout à fait jubilatoire et in fine, c'est l'esprit d'équipe qui a raison des plus forts.

Mais boucler une "saison", c'est aussi préparer la suivante. Je préviens tout de suite que je ne poursuivrai pas la lecture de cette série, à cause du départ de Juann Cabal qui m'a fait rester quand je doutais de la progression de la série écrite par Ewing. Juan Frigeri va le remplacer et je ne trouve pas qu'on y gagne au change. Ajoutez à cela que je crains que Ewing ne s'engage dans une direction trop ambitieuse...

Je suis obligé de spoiler à partir de maintenant, donc, arrêtez-vous là si vous n'avez pas encore lu l'épisode ou que vous ne consultez pas les news ses sites spécialisés ou des forums sur les comics.

Donc, à la toute fin de ce numéro, une fois la victoire contre les Olympiens acquise, le Super-Skrull et toute une armada débarquent et annoncent à Nova que le Conseil Galactique a décidé la dissolution des Gardiens de la Galaxie. Ewing écrit ça proprement en soulignant que les membres de l'équipe sont tous des marginaux, des vétérans de guerre, souffrant tous de problèmes mentaux, avec parfois des casiers judiciaires bien remplis, ne répondant de leurs actes à aucune autorité. Ce n'est plus supportable.

A  moins qu'ils ne se réforment, en profondeur. Une ellipse a alors lieu et trois mois plus tard, Nova répond à une alerte et les Gardiens de la Galaxie repartent au combat. Une pleine page, la dernière de l'épisode, nous dévoile alors l'équipe au grand complet (ou presque) et on remarque alors qu'il ne s'agit pas d'une simple brigade mais bien d'un petit régiment. Pour qui a lu les annonces de Marvel et les solicitations pour Avril, le plan du scénariste est bien d'avoir à disposition non pas une mais deux, voire trois équipes, et donc une flopée de personnages, de tous horizons.

Cela m'a rappelé les Avengers de Hickman, une petite armée, capable d'agir sur un plan cosmique, avec des mutants, des Shi'ar, des dieux, des surhommes, etc. Mais je suis plus perplexe ici parce que Ewing a déjà eu du mal à animer les Gardiens en formation serrée durant douze épisodes, privilégiant ostensiblement un ou deux personnages au détriment des autres, alors imaginez une vingtaine. Si le scénariste fait des merveilles avec SWORD, c'est parce qu'il emploie chacun de ses membres selon leur spécialité, c'est un groupe d'experts, avec des doublures et des adjoints, mais le coeur du SWORD tient en six protagonistes. Plus on dirige des personnages, plus on risque d'en négliger, et un épisode ne fait que vingt pages. Ecrire, c'est forcément choisir, et là, Ewing prend le chemin inverse : je lui souhaite de réussir, mais c'est un pari excessivement casse-gueule qu'il fait.

Cela dit, ces douze numéros se lisent comme un ensemble cohérent et solide. Marvel (et Panini) serai(en)t inspiré(s) de sortir un jour un recueil de ces douze épisodes, qui permettrait d'apprécier cet acte I des Guardians of the Galaxy selon Ewing (et Cabal).

jeudi 18 février 2021

GUARDIANS OF THE GALAXY #11, de Al Ewing et Juann Cabal


Ce onzième épisode de Guardians of the Galaxy est l'avant-dernier avant un changement d'envergure de la série. En effet, Al Ewing, en Avril, avec le n°13, a décidé de change de dimension (mais j'y reviendrai). Il y a donc une ambiance de fin d'époque, de veillée d'armes et c'est précisèment de cela dont il est question ici. Juann Caball est de la partie (avant de, lui aussi, partir pour d'autres aventures).


Nova est en contact visio avec son psychothérapeute. Il se prépare à une nouvelle bataille d'envergure, contre les Olympiens, comparable à la vague d'Annihilation, qui fut l'acte de naissance des Gardiens de la Galaxie. Interrogé sur ses alliées, et Star-Lord en particulier, Nova est perplexe.


C'est ce moment que choisit Gamora pour débarquer. Elle est furieuse, venant juste d'apprendre que Peter Quill était revenu d'entre les morts, et elle lui flanque une raclée. Néanmoins elle a emmené avec elle des renforts.
 

Du côté de Moondragon et Phyla-Vell, ce n'est pas non plus l'allègresse. Phyla ne reconnaît plus sa femme depuis quelque temps déjà et Heather Douglas ne sait pas comment la rassurer. Les deux femmes sont divisées au pire moment.


Enfin, c'est au tour de Rocket, Marvel Boy, Hercule et Groot d'entrer en scène. C'est aussi quand les Olympiens ouvrent les hostilités en promettant à Star-Lord une mort douloureuse pour lui et ses alliées...

Revenons donc d'abord sur ce qui s'annonce pour le mois d'Avril pour la série. Al Ewing semble avoir construit ces douze premiers épisodes comme la saison 1 de son run. Le mois prochain aura donc lieu la bataille, épique par avance, entre Olympiens et Gardiens de la Galaxie, le climax de cette saison 1. Ensuite, le scénariste a vu les choses en grand : l'équipe va énormément grossir au point de former deux groupes (peut-être même trois), avec de nouvelles têtes et des anciennes. De quoi faire des Gardiens "les Avengers de l'espace", selon la formule d'Ewing lui-même (c'est marrant : quand Bendis avait parlé de faire des Gardiens des "cosmic Avengers", beaucoup avait poussé des cries d'orfraie, mais aujourd'hui, Ewing parle de "space Avengers" et ça passe crême...).

Logiquement, ce onzième numéro est une veillée d'armes et l'ambiance est au diapason. C'est l'heure des bilans, des règlements de compte, des retrouvailles. Bientôt ce sera la guerre contre des dieux en colère.

Ewing passe donc en revue, de manière assez mécanique, les états d'âme de ses héros. Nova lui/nous sert de guide tout en parlant, à distance, avec son psy : Richard Ryder, on l'a vu précédemment, souffre de syndrome post-traumatique, il a traversé beaucoup d'épreuves et s'interroge sur sa capacité à en vivre d'autres. En même temps, il est devenu le trait d'union entre des Gardiens désormais éclatés en plusieurs groupes et culpabilise suite au décès de Star-Lord, qui vient de réapparaître.

Peter Quill, pour faire court, est carrément à l'Ouest depuis son retour. Désormais investi de pouvoirs quasi-divins, il est hanté par son séjour dans une dimension parallèle et l'évolution qu'il y a connue. Gamora vient d'apprendre son retour et elle n'est pas contente : la dernière fois qu'elle a vu Quill, il lui avait promis de rester avec elle, loin des ennuis. Il a menti et, par-dessus le marché, l'a trompé durant son "absence".

Moondragon et Phyla-Vell sont elles aussi sur les charbons ardents. Phyla ne reconnaît plus sa femme depuis qu'elle a absorbé son double d'une terre parallèle et Heather Douglas rechigne à s'ouvrir à se sujet, s'immiscant par contre sans gêne dans l'esprit des autres. C'est la crise dans ce couple aussi.

A en juger par ce qu'on voit dans l'habitacle du vaisseau piloté par Groot, ça n'a pas l'air d'être la joie non plus entre Noh-Varr et Hercule, et Rocket et Groot se font aussi toujours la gueule. 

Bref, au moment d'affronter les Olympiens, les Gardiens sont plus désunis que jamais. L'esprit d'équipe peut-il l'emporter sur leurs tourments personnels ? C'est ce qu'on verra dans le prochain épisode, sans trop de suspense cependant car on sait tous que ce sont dans les moments difficiles qu'on compte ses amis et qu'on dépasse ses propres petits soucis. Et puis Al Ewing a franchement coupé la branche sur laquelle il était assis en annonçant déjà la composition de sa nouvelle équipe pour Avril. C'est ballot mais typique de Marvel qui a tellement peur que des sites spécialisés découvrent leurs plans qu'ils préférent tout dévoiler à l'avance.

L'autre problème, récurrent depuis le début de son run, c'est que Ewing peine vraiment à donner chair à ces personnages. Autant il y parvient, magistralement, dans S.W.O.R.D., autant là on a le sentiment persistant qu'il veut à la fois changer la donne mais en s'y prenant maladroitement, sur un rythme bancal, au gré d'intrigues inégales. Le fil rouge - les Olympiens - est ténu, les coups de théâtre servis à la louche (la "mort" et le retour de Star-Lord). Certains couples sont affreusement mal développés (Moondragon-Phyla-Vell), d'autres semblent n'être que des gags (Hercule-Noh-Varr), d'autres ont été malmenés sans raison (Groot-Rocket, même si c'était déjà le cas avec Donny Cates). Des éléments sont passés à la trappe (Drax, Gamora). Je ne suis pas certain qu'en ajoutant encore des musiciens dans cet orchestre soit une solution : Ewing ferait mieux de se concentrer sur un noyau dur de personnages qu'il adore (comme dans SWORD) et de cantonner le reste à des seconds rôles. 

Juann Cabal dessine tout ça sans grande inspiration. L'artiste semble lui-même embarrassé par cette suite de saynètes sans émotion (alors que le programme en promettait). Il découpe l'essentiel de l'épisode avec des cases occupant toute la largeur de la page mais où saute surtout aux yeux une absence généralisée de décors. Où tout cela se passe ? On n'en sait trop rien, mais surtout le dessinateur paraît n'avoir pas disposé d'un script suffisamment fourni en indications sur la location de l'action et donc il se concentre sur les personnages dans cet endroit informel.

Cabal a peut-être aussi la tête ailleurs car il ne dessinera plus le titre en Avril. J'ignore sur quelle série on le retrouvera (peut-être X-Men, en alternance avec Asrar, mais ce serait presque trop beau pour être vrai). Ce qui est sûr, c'est qu'après ces récentes prestations, étincelantes, Cabal est très en dessous cette fois. Espérons qu'il va se ressaisir le mois prochain et nous dessiner une bataille d'anthologie.

Pour mar part, je vais arrêter Guardians of the Galaxy avec ce prochain douzième épisode. Je n'ai jamais vibré pour ce run et sa prochaine étape ne m'emballe pas. Mais je croise les doigts pour que Ewing et Cabal me servent un "final" en beauté.

samedi 9 janvier 2021

GUARDIANS OF THE GALAXY #10, de Al Ewing et Juann Cabal


Guardians of the Galaxy est impacté par la saga King in Black (écrite par Donny Cates, dessinée par Ryan Stegman). C'est logique puisque la menace est cosmique et Al Ewing joue le jeu à fond (S.W.O.R.D. sera aussi touché). Mais le scénariste est malin et ne veut pas que cette histoire vampirise la sienne. Il peut aussi compter sur Juann Cabal pour transcender l'exercice.


Avertis au Proscenium (où se tenait une réunion pour discuter de la nouvelle alliance kree/skrull), les Gardiens de la galaxie jugent rapidement de l'ampleur des dégats provoqués par Knull, le dieu des symbiotes. Ils partent pour sa prochaine cible : la planète Spartax.
 

Mais sur place, c'est déjà un massacre qui a été commis, les pertes humaines sont énormes. Nova et Phyla-Vell mènent la riposte tandis que Rocket retrouve Star-Lord, récemment revenu d'entre les morts mais complètement déphasé et aux pouvoirs augmentés.
 

Bien que désorienté, Peter Quill est déterminé à sauver la planète de son père et sonne la charge. Un énorme dragon ténébreux, extension de Knull, fond sur Spartax. Nova, Phyla-Vell, Moondragon et Star-Lord vont à sa rencontre. Le monstre les avale et la peur paralyse les héros. 


Star-Lord fait appel à la puissance du Maître du Soleil avec lequel il a renoué durant son absence et réussit à vaincre le dragon. Rocket reçoit un s.o.s. de la Terre mais Peter Quill doit règler un autre problème avant d'y répondre : affronter les dieux de l'Olympe là où l'équipe des Gardiens est née...

C'est toujours délicat pour une série fraîchement relancée de devoir composer avec une saga développée ailleurs, par un autre auteur. Marvel publie actuellement King of Black, un event écrit par Donny Cates, découlant directement de ce qu'il a imaginé dans la série Venom. Bien entendu, fidèle à ses habitudes, l'éditeur multiplie les tie-in, sans se soucier du déséquilibre que cela peut causer pour des séries qui n'ont rien à voir avec le symbiote.

A partir de là, il y a les titres "protégés" car sous la protection d'un auteur assez puissant pour contourner l'event (comme Jason Aaron avec Avengers, Nick Spencer avec The Amazing Spider-Man, ou Jonathan Hickman avec la franchise "X") - des numéros hors-série seront réalisés sans que cela impacte leurs intrigues en cours. Puis il y a les autres, obligés de suivre la marche.

Al Ewing, qui a été aux manettes de Empyre (le précédent event Marvel), et qui dirige désormais Guardians of the Galaxy (qu'écrivait avant lui Donny Cates), est à la fois contraint de suivre cette marche mais semble composer de bonne grâce avec. C'est assez naturel dans la mesure où il commande à deux séries "cosmiques", qui peuvent difficilement zapper King in Black.

Toutefois, Ewing n'entend pas subir trop longtemps les événements et comme il vient d'orchestrer le retour de Star-Lord, il en profite pour démontrer le changement qu'a connu le personnage comme on l'a vu dans l'épisode précédent. 

Comme il l'a expliqué en interview, Ewing, en se penchant sur les origines de Star-Lord, a compris qu'elles étaient désormais en contradiction avec l'incarnation récente de Peter Quill et sa caractérisation. Comme il l'a fait pour Hulk, il veut réconcilier ces extrêmes et animer un personnage qui serait une synthèse. Ce qui induit évidemment une modification profonde de la personnalité de l'intéressé.

On a donc droit à un Star-Lord complètement à côté de ses pompes, ce qui est normal puisqu'il revient d'entre les morts mais surtout parce qu'il a passé, de l'autre côté, un temps considérable (plus d'un siècle), ce qui explique qu'il ne sait plus où et quand il est, qu'il est déboussolé en retrouvant Rocket Nova. Ewing fait preuve d'un humour salutaire dans ces scènes, sans ridiculiser non plus son héros.

Et puis embarqué dans un conflit spectaculaire, on voit Star-Lord dans sa nouvelle condition. En renouant avec le Maître du Soleil qui lui a donné ses pouvoirs, Peter Quill n'a plus grand-chose de commun avec le leader des Gardiens popularisé par Brian Michael Bendis puis les films de James Gunn. Il est devenu un individu pourvu d'une volonté et d'une puissance de feu quasi-divines, qui explose littéralement un dragon de ténèbres, extension de Knull, ce qui n'est pas rien.

Cette évolution considérable est soulignée par les dessins hallucinants de Juann Cabal. D'abord, en le représentant barbu (très barbu) et les cheveux longs, Star-Lord a un aspect christique évident. Ensuite l'artiste, quand il accompagne les scripts de Ewing, fait de la série un objet renversant, qui n'a pas d'équivalent actuel chez Marvel.

Je l'ai déjà écrit mais je vais le répéter : sans Cabal, Guardians of the Galaxy est une série sympathique, agréable, efficace, mais pas plus. Avec Cabal, c'est un comic-book qui donne au lecteur le sentiment d'avoir en main une production extraordinaire. A mon sens, l'apport de Cabal est comparable à celui d'un JH Williams III : la série est entre les mains d'un dessinateur qui livre des découpages sophistiqués, des compositions baroques, qui dépasse les codes graphiques du genre. Chaque plan devient un morceau de bravoure et l'investissement de Cabal se mesure dans la minutie qu'il apporte à chaque détail, chaque expression, aux choix des angles de vue, à la disposition des éléments dans chque cases, aux enchaînements de chaque vignette, à la composition globale de chaque page. Chaque page devient une sorte de spectacle en soi tout en respectant l'ensemble de l'épisode.

Si je pense à JH Williams III, c'est justement parce que Cabal paraît chercher la façon la plus étonnante de traduire en images le script. Avec Alan Moore dans Promethea, puis Greg Rucka dans Batwoman, Williams III éblouissait avec des formes complexes et géniales, des motifs récurrents qui forçaient le regard du lecteur à aller dans la direction que lui voulait et pas forcément selon une grille ordinaire (case, bande, planche). Cabal fait un effort semblable et n'hésite pas à multiplier des effets purement graphiques pour exiger du lecteur une attention supplémentaire, pour produire une sensation plus forte. Voyez encore une fois comment la figure du triangle est présente : c'est devenu l'emblème de Star-Lord et c'est un clin d'oeil évident à Moore et Williams III qui l'utilisaient beaucoup dans Promethea (plus qu'un triangle, il s'agit d'une pyramide, qui est un symbole maçonnique, ne devant rien au hasard pour un scénariste féru d'occultisme comme Moore).

Les couleurs flamboyantes de Federico Blee finissent d'épater et de donner à l'affaire cet aspect hallucinnant (halluciné). Quand Guardians of the Galaxy est ainsi, c'est un régal. 

La fin de l'épisode indique, quant à elle, que Ewing n'en a pas fini avec sa refondation des Gardiens, puisqu'il va à la fois s'occuper de la menace des dieux de l'Olympe en ramenant les héros originels du titre dans sa version moderne là où ils se sont connus et réunis. Voilà qui promet 

samedi 12 décembre 2020

GUARDIANS OF THE GALAXY #9, de Al Ewing et Juann Cabal


Al Ewing est très présent cette semaine : un signe évident de la position actuelle du scénariste, sur lequel Marvel mise beaucoup. Avec trois séries en cours (Immortal Hulk, S.W.O.R.D. et donc Guardians of the Galaxy), il est devenu une valeur sûre. Ce mois-ci, il retrouve Juann Cabal et son script est transcendé par la virtuosité de cet artiste. Pour un épisode qui marque le retour d'un personnage emblématique du titre...


Peter Quill s'était sacrifié pour sauver ses amis des dieux olympiens. Mais le voilà qui réapparaît dans une dimension parallèle, sur la planète Morinus. Il a été recueilli par un couple de justiciers, Aridia et Mors, qui lutte contre les Douze Maisons et pour ceux qui réclament leur aide.
 

Peter partage leurs aventures trépidantes, sans réussir à oublier sa vie passée et surtout le souvenir de son amour pour Gamora. Il en profite également pour reconfigurer son pistolet élémental. Après plusieurs décennies, il devient l'amant de Mors et Aridia.


Mais Peter découvre qu'en utilisant son arme, il redonne aux dieux de l'Olympe l'énergie qu'il leur faut pour recouvrir leur puissance et regagner notre dimension. Mors meurt au combat. Peter fait le choix de quitter Aridia et, pour retrouver les siens, plonge dans la piscine sacrée.


Il s'agit d'un conduit qui le ramène dans notre dimension où il retrouve aussitôt Rocket Raccoon et Nova, aux prises avec la nouvelle menace qui dévaste l'univers...

Ce qu'on retiendra de cet épisode, c'est une évidence avec laquelle Guardians of the Galaxy va devoir composer dans l'avenir : rarement la réussite d'une série a autant dépendu de son artiste, Juann Cabal, dont le style virtuose assure un spectacle unique à chaque fois.

Comme scénariste de cette série, Al Ewing a imprimé à ses histoires un rythme soutenu, des intrigues inventives. Il a aussi chamboulé le casting, désirant s'affranchir de la formation qui a connu la gloire dans les comics et au cinéma (c'est-à-dire en écartant Gamora, Groot, Drax et Star-Lord). Ses arcs narratifs sont souvent brefs et mixe space opera, soap, polar, comédie, drame.

On ne s'ennuie donc pas, mais l'ensemble est inégal. Quand Ewing est inspiré, cela se lit tout seul, avec un grand plaisir. Quand la sauce peine à prendre, c'est beaucoup plus laborieux ou anecdotique. Par ailleurs, comme Donny Cates avant lui, Ewing a échoué jusqu'à présent à donner de la consistance à tous ses personnages (en particulier Phyla-Vell), à justifier l'intégration de nouvelles têtes (Hercule), ou à cacher sa préférence pour certains (Noh-Varr, Nova, Rocket). Le bilan est donc mitigé.

En éliminant dès le deuxième épisode Peter Quill, Ewing a voulu clairement marquer son territoire et faire un coup. Certes, sa disparition avait été héroïque et donnait à son geste un aspect sacrificiel d'une rare noblesse. Mais finalement cela n'aura duré que sept épisodes pour que Ewing le fasse revenir dans la partie : ce n'est pas rien, mais ce n'est pas non plus très long.

Du coup, on peut légitimement s'interroger sur le sens à donner à cette manoeuvre et ses conséquences. D'autant plus que, le mois prochain, Guardians of the Galaxy va être directement impliqué dans la saga King of Black et le projet de conquête/fin du monde mené par Knull, le roi des symbiotes. Contrairement aux X-Men où l'editor Jordan White et le scénariste Jonathan Hickman ont préféré s'en détacher en ne consacrant que des épisodes hors-séries, Ewing avec ses deux titres cosmiques (SWORD et donc les GotG) lui a accepté de croiser ses intrigues avec celle de Donny Cates.

On peut donc dire que Star-Lord revient à pic pour aider ses camarades dans la nouvelle grande épopée Marvel, mais du coup son retour devient trop providentielle pour conserver tout son impact. J'aurai franchement préféré que Ewing s'attarde sur l'impact du retour de Peter Quill que de le ramener pile au moment où Knull croise la route des Gardiens. Ensuite, une fois le(s) épisode(s) liés à King in Black passé(s), qu'adviendra-t-il de Star-Lord ? Reprendra-t-il la tête de son équipe ? Ou restera-t-il auprès de Gamora ? Ou Gamora le suivra-t-elle au sein des Gardiens ? Et comment réagiront d'ailleurs les Gardiens au retour de leur ancien chef ?

Vous l'aurez compris, je suis un peu perplexe. Le contenu de l'épisode est bon, même très bon. Il y a une dimension psychédélique étonnante, on assiste à des rebondissements surprenants (Peter Quill devient bisexuel), Ewing remixe avec son adresse coutumière anciens et nouveaux éléments du passé de Star-Lord pour produire des origines "officielles". L'apparition du Maître du Soleil rappellera à point à de vieux fans que Star-Lord n'a pas toujours été un héros cosmiques cool comme celui popularisé dans les films mais une sorte de héraut investi par une entité mystérieuse qui lui accorda des pouvoirs pour venger sa mère de manière très musclée. Son équipée avec Mors et Aridia est dépaysante, le récit prend une tournure initiatique, comme un reboot où le héros renaît fort de sa récente mort et des expériences antérieures.

Mais surtout tout cela a de l'allure grâce aux planches incroyables que livre Juann Cabal. La série n'est vraiment pas la même quand c'est lui qui la dessine. On peut comprendre qu'il ne tienne pas les délais mensuels quand on observe ses planches, avec un découpage époustouflant où le motif du triangle, de la pyramide est ominprésent, où le flux de lecture est dirigé avec expertise de haut en bas, de gauche à droite. Il n'y a pas que Star-Lord qui est dans des montagnes russes ici : le lecteur est soumis à une expérience visuelle peu commune. Une nouvelle fois, la comparaison entre Cabal et le grand J.H. Williams III me paraît évidente : deux artistes qui font de chaque page un terrain de jeu et y soumettent le lecteur.

Mais, comme Bachalo, Williams III, et quelques autres dessinateurs extrêmes, Cabal est impossible à suivre. Impossible à remplacer. sans lui, Guardians of the Galaxy n'a vraiment pas la même saveur, la même grandeur, la même luxuriance. Marcio Takara reparti chez DC, qui va le remplacer quand il aura besoin de souffler ? Ewing se lâche avec Cabal car il sait qu'il tient un partenaire exceptionnel. Sans lui, ses scripts révèlent leurs faiblesses et la série devient plus ordinaire.

On ne peut pas lire cet épisode en faisant abstraction des interrogations qu'il suscite. C'est le talon d'Achille du run de Ewing et Cabal : ils produisent des épisodes éblouissants à eux deux, mais leurs efforts sont fragiles et un team-book est très exigeant. De ce point de vue, le retour de Star-Lord colle bien avec celui de Cabal : le héros et son dessinateur sauveront-ils longtemps les meubles ? Ou sont-ils condamnés à des exploits météoriques ? La BD est un art organique, cet épisode en est la preuve.

vendredi 7 août 2020

GUARDIANS OF THE GALAXY #5, de Al Ewing et Juann Cabal


Une nouvelle fois, ce numéro de Guardians of the Galaxy impressionne. La série a vraiment atteint un niveau exceptionnel en un temps record, Al Ewing a totalement fait oublier le run raté de son prédécesseur (Donny Cates) et dispose d'un dessinateur éblouissant avec Juann Cabal (la révélation de l'année).


Moondragon est attaquée par le Dragon de la Lune, son double issue de notre réalité, qui veut la vaincre pour révéler qu'elle est une impostrice depuis des mois. Mais leur affrontement a un prix : Moondragon ne peut maintenir son lien télépathique avec Phyla-Vell et le reste des Gardiens.


Phyla s'en rend compte et s'en inquiète, craignant une manoeuvre de leurs ennemis. Pourtant dans le convertisseur de matière, Hercule ne tremble lorsque Gamora le tient en joue. Il lui explique calmement que Peter Quill s'est sacrifié pour eux tous et n'a pas été lâché par l'équipe contre les Olympiens.


Le Prince of Power profite de cet échange pour frapper Hercule mais ce dernier réplique vite et se débarrasse de son adversaire sans problème tandis que Drax revient à lui. Moondragon, elle, prend aussi le dessus sur le Dragon de la Lune.


Groot empêche BlackJack O'Hare de tuer Rocket Raccoon, qui comptait depuis le début sur la loyauté de son meilleur ami. Marvel Boy appréhende Castor Gnawbarque qui a observé, désemparé, la débâcle de ses mercenaires.


Moondragon parachève sa victoire sur le Dragon de la Lune en absorbant sa puissance et renoue le contact avec Phyla-Vell et les Gardiens. Mais cet effort l'a visiblement profondément changée...

En quatre épisodes (le troisième étant un peu à part), Al Ewing a su magistralement remettre d'aplomb un titre qui avait perdu le Nord, tout en n'hésitant pas à en redessiner les lignes. Exit Peter Quill, écartés Gamora et Groot. Moondragon et Phyla-Vell inexistantes durant le run de Donny Cates ont enfin de la susbstance, Hercule a intégré l'équipe, Marvel Boy en est devenu l'attraction. En attendant le tour de Nova le mois prochain.

Pourtant, quand on y regarde de plus près, Ewing applique une méthode simple à ce ravalement de façade puisqu'il a consacré un épisode à chaque fois pour poser un personnage au premier plan, lui attribuer un rôle précis dans l'équipe, et ainsi reconfigurer les missions des Gardiens (qui sont désormais moins des pirates de l'espace qu'une sorte de groupe façon Mission : Impossible où les compétences de chacun sont éprouvées de manière à démontrer qu'ils sont les meilleurs pour le job).

En les opposant à la fois à leurs anciens alliés et à des mercenaires payés pour les éliminer, les héros n'ont pas eu la tâche facile pour empêcher qu'un convertisseur de matière semblable à celui qu'utilise Galactus pour consommer une planète ne tombe entre de mauvaises mains. Mais cela change des sempiternelles batailels contre les Baadon ou Thanos.

Après le show Marvel Boy du précédent épisode, l'accent est mis sur Moondragon. Les premières pages permettent de resituer Heather Douglas et d'expliquer que la Moondragon qu'emploie Ewing n'est pas l'originale mais un double issue d'une dimension parallèle, plus puissante. Le scénariste expose très clairement qu'elle a des troubles de la mémoire, remarqués par certains mais assez discrets pour ne pas avoir éveillé les soupçons de ses co-équipiers actuels. Lorsque le Dragon de la Lune, c'est-à-dire la forme issue de notre réalité, l'attaque, c'est évidemment pour la démasquer et reprendre sa place. Au moment même où elle est la plus fragile puisqu'elle assure la liaison entre les Gardiens sur le terrain.

Et c'est là qu'intervient Juann Cabal. Quand je dis qu'il sera la révélation de l'année, parmi les dessinateurs, cet épisode en est la traduction la plus saisissante puisque l'artiste espagnole enchaîne les planches plus extraordinaires les unes que les autres. Les scènes entre les deux Moondragon sont bien entendu les plus fabuleuses avec un découpage bluffant, à coup de motifs spiraliques, d'enchevêtrements de cases circulaires, d'effets graphiques insensés (des parties de l'image en "négatif", en miroir, etc). Franchement, c'est époustouflant, du  niveau de ce que peut faire un J.H. Williams III, ce qui n'est rien. Mais ce n'est pas gratuitement virtuose, tape-à-l'oeil.

Car Cabal sert ainsi au mieux le sens de ces scènes, l'expression des pouvoirs mentaux des deux adversaires. Quand on sait que le dessinateur assume aussi son encrage, on est encore plus épaté par sa force de travail. Et la colorisation de Federico Blee respecte ce dessin, le valorise avec subtilité.

Mais Cabal n'en reste pas là. Quand il doit mettre en scène un passage plus calme, il a recours à des astuces aussi remarquables, comme ce "gaufrier" de douze cases (voir plus haut) qui permet d'apprécier l'expressivité de son trait dans un passage muet où tout passe par les visages des protagonistes. Là, on pense à Kevin Maguire pour la plasticité des figures, mais sans tomber dans le travers de ce dernier qui en fait trop pour provoquer le rire même quand ce n'est pas justifié.

La palette de Cabal est si complète qu'on a du mal à croire qu'elle se révèle seulement maintenant, après tout c'est sa première grosse série (même si Guardians of the Galaxy reste une série à part comparée à des blockbusters comme Avengers ou Spider-Man). En tout cas, en le voyant capable de cela si tôt, sa marge de progression augure du génie potentiel de ce jeune artiste.

Ewing est un auteur intelligent, il sait qu'il collabore avec un partenaire en grande forme et peut se concentrer sur la construction de son histoire. L'habileté ave laquelle il passe d'un personnage à un autre, d'une ambiance à une autre, le tout sur un rythme implacable, et toujours avec une lisibilité impeccable, est un régal à lire. Comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, il réussit à animer un team-book sans se prendre les pieds dans le tapis, en combinant caractérisation et action, drame et légéreté, du grand art. Lui aussi a tout de la vedette incontournable en devenir et Marvel a intérêt à le chouchouter.

Enfin, un dernier mot sur une tradition que Ewing remet discrètement au goût du jour : les comics qui fonctionnent par arcs narratifs ont souvent un titre pour une grappe d'épisodes. Ewing, lui, donne un titre à chaque épisode, en relation directe avec le personnage le plus important du chapitre. C'est un petit quelque chose d'aussi agréable que la liste des personnages présents à chaque épisode des X-Men de Hickman. Une façon de s'y retrouver facilement et rapidement.

Pour tout cela, Guardians of the Galaxy mérite sa place parmi les meilleurs séries du moment. Une réussite assez inattendue et donc d'autant plus savoureuse.

dimanche 19 juillet 2020

GUARDIANS OF THE GALAXY #4, de Al Ewing et Juann Cabal


Après quatre mois sans nouvel episode, ce retour des Gardiens de la Galaxie fait vraiment plaisir, d'autant plus pour moi qui ait mis à contribution ce temps pour découvrir un peu plus son scénariste, Al Ewing. Ce dernier démarre son deuxième arc narratif, toujours pied au plancher, en donnant un nouveau rôle et de nouveaux adversaires aux héros. C'est par ailleurs somptueusement dessiné par la révélation Juann Cabal.


L'éclatement des Gardiens de la galaxie fait les affaires de Castor Gnawbarque III qui veut la peau de Rocket Raccoon, son ennemi juré. Il a chargé BlackJack O'Hare de former un groupe de mercenaires pour cela et cette formation compte dans ses rangs Groot, Drax et Gamora mais aussi Prince of Power.


Mais quel intérêt menace Rocket ? Gnawbarque dispose d'un convertisseur de matière identique à celui qu'utilise Galactus et avec lequel il veut exploiter les ressources d'une planète et de ses habitants. Raccoon et ses acolytes comptent l'en empêcher.


Rocket sert, avec Phyla-Vell pour veiller sur lui, à focaliser l'attention des mercenaires, pendant que Marvel Boy approche et pénètre le convertisseur de matière. Une fois dans la place, il affronte et défait facilement Prince of Power et Drax, grâce aux indications de Nova, convalescent, et Moondragon.


Mais c'était sans compter sur Gamora qui coupe la communication entre Noh-Varr et Heather Douglas et semble neutraliser le Kree. Toutefois celui-ci a plus d'un tour dans son sac, cepandant que Moondragon est assaillie par un vieil ennemi...


Y a pas à dire, ce Al Ewing est très fort et profite très habilement d'être aux commandes d'un titre certes populaire mais moins exposé qu'une franchise (comme Avengers ou Spider-Man peuvent l'être) pour marquer les esprits. Il joue sur deux tableaux (en signant aussi l'event Empyre) et gagne.

Cela passe ici par une modification sensible du rôle des Gardiens de la galaxie, qui depuis Abnett-Lanning jusqu'à Bendis (on jettera un voile pudique sur le run raté de Donny Cates, qui, à l'inverse de Ewing, me semble définitivement sur-estimé comme auteur émergent), ont été caractérisé comme des pirates de l'espace.

Pour Ewing, il s'agit désormais de le écrire comme un gang de braqueurs que leur récent split (après la mort de Peter Quill face aux Olympiens) a déchiré. Gamora, Drax et Groot n'ont pas pardonné à Rocket Raccoon de n'avoir pu éviter la disparition de Star-Lord. Gamora a entraîné ses amis dans une brigade de mercenaires recrutée par Black Jack O'Hare, à la solde de Castor Gnawbarque III. Lui-même ennemi juré du raton-laveur.

La douleur égare Gamora visiblement car Gwanbarque n'est vraiment pas fréquentable : il veut saper les ressources d'une planète et racketter ses habitants au moyen d'un engin semblable à celui dont se sert Galactus pour consommer des mondes. Ewing n'a que vingt pages et donc pas assez de place pour développer les motivations de Drax et (surtout) Groot, prêts aussi à éliminer Rocket. On verra si cela est explicité plus tard. En revanche, l'ecclectisme des mercenaires, avec O'Hare et sa tête de lapin ou du Prince of Power (une sorte d'éphèbe imbécile mais puissant), est savoureux.

Non, là où Ewing donne le meilleur de lui-même, c'est dans l'animation des Gardiens. D'abord, il réussit, contre toute attente, à faire vivre l'équipe sans Quill (et sans qu'il ne manque au lecteur, encore plus fort). Pour cela il attribue à chacun un rôle précis et inspiré : Moondragon est l'officier de liaison, Nova (encore convalescent) l'éclaireur, Marvel Boy l'homme de terrain, Rocket l'appât, Phyla-Vell sa garde du corps. Et Hercule, le joker. Le récit se déploie sur un rythme effréné tout en étant constamment lisible et l'action est d'une efficacité redoutable (l'arsenal de Noh-Varr est exploité avec un génie certain et fournit des moments très originaux). Jusqu'au cliffhanger, très accrocheur...

Souvent, je suis un peu perdu/déçu par les team-books actuels. Je trouve que les scénaristes partent avec un ou deux personnages qui sont ouvertement leur(s) chouchou(s) et néglige les autres, puis élaborent des intrigues qui mettent trop longtemps à se dessiner. Un exemple : la Justice League Dark de James Tynion IV chez DC, très laborieuse même si son run s'est achevé en beauté. Ou alors il y a la méthode Jonathan Hickman avec X-Men, qui rappelle Mission : Impossible, avec un chef immuable (Cyclope) et des membres choisis en fonction de l'objectif. Ou bien, on se fiche de tout et on emploie des héros en suivant son seul délire, au risque de laisser des fans sur le côté (Avengers de Jason Aaron, Justice League de Scott Snyder).

Ewing, lui, sait ce qu'il fait et tire le meilleur parti de son casting, sans s'enliser dans des histoires impossibles. Il peut aussi s'appuyer sur un dessinateur vraiment exceptionnel qu'on n'attendait pas à ce niveau. Franchement, qui connaissait Juann Cabal avant ça et aurait misé sur lui pour conduire une série pareille ? Pas moi. Et j'aurai eu tort car c'est sans doute la révélation de l'année.

Sur un plan technique, Cabal maîtrise son sujet : son trait est expressif et fin, généreux dans le détail (voir la page dans laquelle Marvel Boy se faufile dans les conduits du convertisseur), les émotions des personnages sont finement traduites. Mieux encore : son découpage est souvent virtuose. Il pourrait y aller tranquille mais il se permet des fantaisies spectaculaires (l'apparition de Marvel Boy sous forme d'un crayonné, l'encerclement du vaisseau de Moondragon par le dragon de la lune, un flash pop-art quand Drax est atteint par le crachat de Noh-Varr). Je suis épaté par la proposition, la variété des effets, leur justesse. On en prend plein les yeux mais toujours intelligemment, on peut décortiquer chaque plan, c'est du solide. Et les couleurs de Federico Blee et du studio Guru mettent ça en valeur, en privilégiant ds tons clairs, légers, qui tranchent avec ce que la série a pu proposer avant.

Vous pouvez y aller confiants, ces Guardians of the Galaxy, c'est de la bombe.   

samedi 21 mars 2020

GUARDIANS OF THE GALAXY #3, de Al Ewing, Nina Vakueva, Chris Sprouse, Belén Ortega et Juann Cabal


Après un premier arc expédié en deux épisodes grisants, Al Ewing doit rebondir sur la mort de Peter Quill/Star-Lord (même si on sait que cette disparition ne saurait être que provisoire). Un défi qu'il relève néanmoins avec plus de roublardise qu'une réelle capacité à générer l'émotion. Ce troisième numéro de Guardians of the Galaxy pâtit en outre de son dispositif graphique, avec quatre dessinateurs très inégaux.


Moondragon, Hercule et Rocket Raccoon sont de retour sur le Halfworld après leur bataille contre les néo-dieux de l'Olympe, au cours de laquelle Star-Lord a trouvé la mort. Ils doivent désormais annoncer la nouvelle à Groot, Drax et surtout Gamora, sa compagne.


Celle-ci le prend évidemment très mal et frappe durement Rocket. Hercule les sépare. Mais la fille de Thanos refuse de revoir son ancien partenaire, rejetant la faute sur lui. Rocket, dévasté, s'éclipse avec Hercule.


Drax s'isole pour méditer et il est rejoint par sa fille, Moondragon, même si la présence de celle-ci est juste tolérée par Gamora. Ils échangent sur le sens de la vie, la mort qu'ils ont tous deux expérimentés, et la manière de composer avec leur existence altérée.


Gamora est dans la chambre qu'elle partageait avec Peter Quill/Star-Lord. Bien que n'étant pas croyante, elle s'interroge sur la fatalité qui semble les poursuivre. Mais quand Drax, Groot et Moondragon l'appellent pour une mission, elle répond présente.


Ailleurs, Black Jack O'Hara s'en remet à Mr. Gwanbarque pour lui trouver des ennemis à tuer, tout en refusant de croiser Rocket qui l'a battu par le passé. Coup du sort : il reçoit alors un appel et reçoit la mission de trouver et tuer Rocket.

On se rend compte, par ricochet, d'une série à l'autre à quel point Jonathan Hickman, depuis House of X-Powers of X a ringardisé des concepts, des astuces sur-exploités par ses collègues pour dynamiser leurs histoires. L'idée de tuer un personnage emblématique pour choquer le lectorat est au coeur de la révolution initiée par Hickman, qui a décidé de torpiller cette ruse en permettant aux mutants de ressusciter facilement.

Il s'avère que, ironiquement, Al Ewing a décidé d'éliminer Peter Quill/Star-Lord dans le précédent épisode de ses Guardians of the Galaxy. Comme l'a expliqué Hickman récemment en interview, ce n'est plus possible car le les lecteurs ne croient plus aux morts permanentes, ce n'est plus un ressort intelligent à utiliser pour pimenter des intrigues, cela joue contre les séries.

Par ailleurs, avec l'adaptation des comics au cinéma, on sait bien que le sort des personnages est intimement lié à leur destin sur grand écran. Avec un troisième film des Gardiens de la Galaxie en chantier, dont fera partie Quill/Star-Lord (et la participation des héros dans le quatrième Thor), il est évident que la manoeuvre de Ewing est devenue encore plus maladroite et artificielle : le personnage ne risque pas de disparaître.

Pourtant Ewing a défendu ce coup de poker en décrivant son Peter Quill, davantage comme un vétéran des guerres galactiques que comme un leader facétieux. Pourquoi pas. Mais cela ne saurait rattraper une erreur tactique dans la construction de son histoire.

Alors il restait au scénariste à écrire un épisode qui génère une vraie émotion. Mais il en est incapable. Ce constat d'échec est flagrant dès la première scène où Rocket et Hercule annoncent la triste nouvelle à Gamora. Ewing fait parler la fille de Thanos, mais aussi le dieu de l'Olympe, Rocket et Drax comme Groot autrefois (avec une phrase unique "je suis...Gamora/Rocket/Hercule/Drax") - Groot lui s'exprimant par des phrases complètes. Ce procédé trahit Ewing car elle désoriente plus qu'elle ne rend le dialogue poignant. On se demande bien ce qu'il comptait susciter ainsi, mais ça ne fonctionne pas.

En vérité, tout tombe à plat dans cet épisode, dont chaque segment est dessiné par un artiste différent. C'est Nina Vakueva qui ouvre le bal et son style est maladroit, échouant totalement à traduire les sentiments des personnages.

Quand Chris Sprouse prend le relais pour les pages mettant en scène Drax et Moondragon, le niveau n'a aucun mal à se redresser. Mais qu'il est frustrant de profiter si peu de cet excellent artiste, si mal utilisé par Marvel. Les interrogations de Drax et Moondragon sont parasitées par des flashs sur le passé du destructeur quand il était encore humain et saxophoniste ou les considérations de Heather Douglas sur son double parfait. Mais c'est très beau à regarder néanmoins.

Belén Ortega livre des planches honnêtes sur Gamora, même si là aussi c'est assez verbeux et creux (la fille de Thanos est en proie à des questionnements sur la fatalité et la représentation des croyances). C'est frustrant parce qu'on sent que Ewing pourrait dire des choses intéressantes mais il ne parvient pas à les formuler de manière claire et surtout on ne ressent jamais le chagrin de ses personnages.

Juann Cabal (qui a certainement eu besoin de souffler après ses deux premiers épisodes impressionnants) se contente d'illustrer les deux dernières pages, annonçant les prochains adversaires des Gardiens. Trop peu pour émettre un jugement qualitatif.

En soi, l'idée de découper l'épisode n'était pas idiote, elle permettait de marquer un temps après deux numéros très mouvementés. Mais hélas ! le résultat est complètement raté. En attendant le retour de Star-Lord, il faut surtout souhaiter que Al Ewing et Juann Cabal renouent avec ce qu'ils font le mieux, un comic-book d'action. C'est le véritable ADN de Guardians of the Galaxy, quels que soient leurs auteurs.

mardi 25 février 2020

GUARDIANS OF THE GALAXY 2, de Al Ewing et Juann Cabal


Al Ewing est un homme pressé : ses Guardians of the Galaxy bouclent leur première aventure dès ce premier épisode, et le moins qu'on puisse dire est que ça ne finit pas bien. Pourtant, il ne s'agit pas de précipitation ni de facilité : au contraire, il y a une étonnante densité dans l'écriture. Et dans le dessin de Juann Cabal, dont chaque planche est d'une richesse visuelle épatante. Une relance en boulet de canon.


Marvel Boy libère Hercule de ses entraves. Pendant ce temps Moondragon est en contact télépathique avec Phyla-Vell qu'elle aide à affronter Zeus dans l'espace alors que Nova est blessé. Rocket Raccon avertit l'équipe qu'Héphaïstos leur a volé la bombe à trou noir avec laquelle ils comptaient détruire la nouvelle Olympe.


Star-Lord décide de la récupérer seul mais doit, avant cela, neutraliser Artémis. Il y parvient mais elle le blesse à la cuisse gauche avec une flèche. Phyla-Vell intimide Zeus qui se replie dans la cité volante de la nouvelle Olympe et elle évacue Nova vers un poste de secours Kree.


Hercule, Moondragon et Marvel Boy regagnent le "Bowie" où les attend Rocket. Star-Lord se présente devant Héphaïstos en possession de la bombe dont il cherche à comprendre le fonctionnement. Peter Quill le piège en s'approchant suffisamment pour le tuer avec la flèche d'Artémis.


La bombe ayant été endommagée par les manipulations d'Héphaïstos, Star-Lord doit l'amorcer manuellement. Pour cela il doit éloigner Rocket, Hercule, Marvel Boy et Moondragon et active le démarrage du "Bowie" grâce à son casque.


Rocket cherche à détourner ce pilotage à distance en comprenant que Star-Lord va se sacrifier dans l'affaire, mais sans succès. Zeus surprend Star-Lord mais trop tard. La bombe entraîne la nouvelle Olympe dans un trou noir.

C'est parce qu'on n'est plus habitué à ce genre de format ramassé qu'on est étonné par la rapidité avec laquelle Al Ewing boucle sa première mission des Gardiens de la galaxie. Deux épisodes lui ont suffi pour nous embarquer dans un raid suicide contre les dieux ressuscités de l'Olympe pour lequel Star-Lord n'a pas hésité à se sacrifier (quand bien même il assure avoir un plan pour ne pas y rester - et effectivement, on peut sérieusement douter que Ewing tue si vite un personnage aussi emblématique).

Il ne faut pas confondre vitesse et précipitation et donc se garder de penser que le scénariste soit allé trop vite en besogne. Au contraire, son script possède une densité réelle qui garantit au lecteur le sentiment d'en avoir eu pour son argent (sans oublier que le premier épisode était plus long que la normale). Ce qu'il y a de sûr, c'est que Al Ewing a réussi là où Donny Cates avait échoué.

En deux numéros, des personnages comme Moondragon et Phyla-Vell ont eu plus de dialogues et de consistance que pendant tout le run de Cates (qu'elles ont traversé telles des fantômes). L'amitié entre Peter Quill et Rocket Raccoon a atteint une dimension poignante. Et une recrue comme Marvel Bou a immédiatement gagné sa place. Enfin, le rôle de Nova a été déterminant. C'est ce qu'on appelle faire vivre une équipe.

Et je dois dire que, moi, qui ait souvent des problèmes à accrocher avec les team-books récents parce que les auteurs me perdent dans des castings pléthoriques ou des caractérisations trop floues, là, je suis comblé par le travail d'Ewing qui a investi les Gardiens de la galaxie avec une idée précise. Il en fait une formation d'aventuriers-justiciers n'hésitant pas à prendre des mesures radicales, y compris pour eux-mêmes, pour régler une solution délicate.

Et puis, comment ne pas être curieux du retour d'Hercule ? Va-t-il intégrer l'équipe ? Et justement l'équipe va devoir à présent expliquer les conséquences de sa mission aux autres Gardiens qui ont refusé d'y prendre part. Comment Gamora va-t-elle supporter la mort de Star-Lord par exemple ? On n'aura pas les réponses tout de suite puisque le numéro suivant sera articulé avec des artistes invités pour des mini-récits concernant des membres du groupe.

C'est qu'il faut laisser souffler Juann Cabal, la grande révélation de la série. Je ne connaissais pas ce dessinateur auparavant, mais il m'a fait forte impression. Son style, très élégant et généreux, produit des planches formidables. On sent un garçon qui ne s'économise pas et qui est parfaitement dans son élément.

Pourtant illustrer les aventures d'un groupe de personnages est sans doute un des exercices les plus exigeants dans la mesure où il faut tous les rendre immédiatement identifiables, mais aussi les animer de manière énergique. Cabal fait mieux que cela : il est inventif dans son découpage, usant de "gaufriers" très denses, mais aussi de pleines pages où l'influence de Steranko est manifeste (voir plus haut avec ce plan du visage de Moondragon dans lequel s'insèrent des plans de Phyla-Vell en action).

Sans cesse il y a chez Cabal une volonté de transcender le script, ce qui est très stimulant pour le lecteur. Les décors sont fouillés, la mise en scène précise, les effets dosés. Et la colorisation de Frederico Blee ne gâche rien car elle s'ingénie toujours à conserver la clarté du trait.

C'est assurément une des meilleurs relances de l'année qui débute. Après les prestations mitigées de Gerry Duggan et Donny Cates, Al Ewing donne un vigoureux et salutaire coup de fouet au titre, soutenu par un artiste très prometteur.