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jeudi 20 septembre 2018

DEATH OR GLORY #5, de Rick Remender et Bengal


Je m'étais posé deux conditions avant de lire ce cinquième épisode, qui clôt le premier arc narratif de Death or Glory : la première était que Rick Remender et Bengal se ressaisissent ; la seconde était que le dénouement de ce premier acte soit assez accrocheur pour poursuivre. La mission est globalement remplie...


Glory, Pablo et sa nièce Isabelle s'arrêtent à une station-service. L'occasion de faire le point après leurs aventures mouvementées : le bon point est qu'ils disposent d'un rein provenant d'un donneur universel donc capable de convenir à une greffe pour Red (le père de Glory) ; le mauvais est que la jeune femme est désormais recherchée par la police et sans connaissance d'un médecin pouvant pratiquer une telle opération.


Ils rentrent ensemble à Yuma. Glory prépare un repas pour Isabelle pendant que Pablo va aux toilettes. C'est alors que surgit Toby (l'ex de Glory), pistolet au poing. Il est pourtant disposé à lui pardonner le remue-ménage qu'elle a provoqué si elle accepte de revenir vivre avec lui.


Pablo revient des W.C. et Toby va l'abattre lorsque Glory empoigne une poêle et lui en assène un violent coup à l'arrière du crâne. Pablo lui flanque un coup de pied au visage puis se jette sur lui. Les deux hommes se disputent le pistolet que reprend Toby. Il est désarmé par un tir de Winston, à qui Glory, avant son départ, avait confié la garde Red.


Toby détale mais dehors le shérif et les mexicains du cartel attendent et ouvrent le feu. Glory, Pablo, Isabelle, Winston et Red fuient de leur côté. Les mexicains les prennent en chasse en leur tirant dessus. Glory réussit à atteindre la route lorsqu'un camion surgit par un côté.


Heureusement, il s'agit des renforts : Winston a averti Cindy et ses amis de venir leur prêter main forte. Les camions emboutissent la voiture des mexicains puis forment une escorte pour Glory. Direction : Mexico où Cindy connaît un médecin capable d'opérer Red.

C'était moins une ! A l'image de l'héroïne et ses alliés qui se sortent (au moins pour un temps) d'un sale guêpier, Rick Remender a trouvé les ressources pour redresser le cap d'une histoire qui piquait dangereusement du nez en se vautrant dans le glauque - alors qu'elle avait si bien démarré en mixant drame familial et braquage foireux sur fond de poursuite en bagnole.

Le scénariste avait entre temps entraîné Glory et compagnie dans une sous-intrigue de trafic d'organes humains et d'immigrés clandestins en multipliant les intermédiaires (Toby, Korean Joe, le shérif Dillard, les mexicains masqués). Assez complaisamment, l'intrigue sombrait dans un registre provoquant des sentiments de dégoût mais perdait sa ligne directrice - les efforts désespérés parce que maladroits d'une fille désirant sauver son père sur le dos de son ex.

Il fallait conclure ce premier arc en bouclant cet écart et opérer une synthèse, pour mieux aller ailleurs. Bien entendu, et c'est la limite de l'épisode, rien n'est vraiment soldé dans ce chapitre : les mexicains masqués réclament vengeance (et la petite Isabelle semble avoir reconnu leur chef), comme l'action se déplace à Mexico (pour l'opération de Red) ils vont coller aux basques de Glory.

Toby ne va certainement pas en rester là non plus, mais le shérif Dillard va sûrement quitter la partie (qui ne se jouera plus dans sa juridiction). Quid de Korean Joe, ou plutôt de son organisation (puisque lui est mort) ? Je parie que les diaboliques soeurs jumelles Dutch vont remontrer leurs cornettes. Il reste donc du monde. Mais disons que Remender en déportant l'action et ses enjeux avec (il ne s'agit plus de trouver de l'argent ou un remède, mais un médecin) donne un peu d'air frais à son projet.

A l'évidence, l'auteur a senti que son histoire piétinait puisque ce "final" file à toute allure et les dessins de Bengal ont retrouvé leur tonicité. L'artiste n'est jamais meilleur que dans le mouvement, voire l'agitation, la vitesse. Son style, qui emprunte à l'énergie des mangas en forçant un peu les expressions et en adaptant le découpage selon le tempo des scènes, reprend des couleurs.

Passé un prologue dialogué et calme, la suite enchaîne sans temps mort les pics de tension, et on sent bien cela entre Glory et Toby, puis, surtout, lors de la folle cavale avec les mexicains et l'arrivée digne de la cavalerie dans un western des camions de Cindy. Là, Bengal régale le lecteur avec des angles de vue percutants, une succession de plans fulgurants, un montage frénétique (certaines cases ressemblent à des photogrammes sans mise au point). C'est grisant.

Death or Glory n'est pas à l'abri d'une rechute. Remender est un auteur que je préfère quand même dans le registre des super-héros, mais s'il est plus rigoureux, avec le dessinateur donc il dispose, sa série peut devenir un divertissement trépidant et jubilatoire, à condition d'abandonner des éléments écoeurants.  

vendredi 10 août 2018

DEATH OR GLORY #4, de Rick Remender et Bengal


Pour ce pénultième numéro avant la fin du premier arc de Death or Glory, Rick Remender et Bengal devaient impérativement redresser la barre au risque que leur histoire pique définitivement du nez. Il y a du mieux, mais le redressement n'est pas total, comme s'il était déjà trop tard, que la magie s'était envolée...


Glory et Pablo sont encore dans les arrières-salles de la boucherie de Korean Joe et ils ont découvert, chacun de leur côté, qu'il revendait des organes humains à sa clientèle, prélevés sur des immigrés clandestins qu'il fait passer en Amérique avec la complicité de Toby (l'ex-mari de Glory) et d'un cartel mexicain.


Glory réussit à s'enfuir avec Isabelle, la nièce de Pablo, en essuyant les tirs d'une des jumelles Dutch, les adjointes de Korean Joe, et du tueur au nitrogène. Elles montent dans la voiture de la jeune femme et reviennent devant le commerce.


Pablo en sort par l'entrée en tenant une boîte réfrigérée, coursé par Korean Joe qui lui tire dessus sans l'atteindre. Pablo ordonne à Glory de redémarrer tandis qu'il s'accroche sous la voiture.


Glory fonce pied au plancher lorsque la voiture du shérif Dillard la percute. Elle réussit néanmoins à la dépasser mais la course-poursuite ne fait que commencer. En liaison radio avec Toby, Dillard nomme Glory comme celle qu'il course et Toby comprend qu'elle est mêlée à ça pour tenter de sauver son père, Red.


Trois hommes du cartel mexicain ont déroulé une planche à clous pour stopper Glory à l'entrée d'un tunnel. Elle braque pour l'éviter mais Dillard derrière elle fonce dessus. Ayant semé le policier et ses complices, Glory peut enfin s'arrêter et permettre à Pablo de monter : il lui révèle alors le contenu de la boîte réfrigérée et il s'agit d'un rein volé chez Korean Joe appartenant à un donneur universel, parfait pour Red !

Il est très compliqué de retrouver le plaisir pris au début d'une série quand, au milieu de son premier arc, l'histoire a emprunté une direction décevante ou s'est développée de manière incongrue. C'est ce qui s'est précisément passé avec Death or Glory dans le précédent numéro où l'intrigue sombrait dans le sordide avec ce trafic d'organes issus d'immigrés clandestins et vendus dans une boucherie.

Rick Remender n'a certes jamais été un auteur très délicat et quand il s'agit de violence, la suggestion n'est pas son fort. Toutefois, là, on touche carrément au glauque alors que le début de la série promettait un récit plutôt axé sur un vol d'argent sale et de poursuites en bagnoles avec une héroïne au caractère bien trempé.

Ce quatrième épisode, l'avant-dernier du premier arc narratif, renoue avec les éléments initiaux de Death or Glory, soit beaucoup d'action sur un rythme soutenu. Mais quelque chose s'est grippé, cassé même entre temps. Je l'avoue, j'ai de plus en plus de mal à rentrer dans cette histoire, à adhérer à son propos, à m'attacher à ses personnages.

Le dessin de Bengal, qui participait à la jubilation des débuts, me semble au diapason de l'égarement du titre : l'expressivité a cédé la place aux grimaces, le découpage inspiré est plus lâche, la tension peine à se maintenir. Trop de digressions (comme ce flash-back éclair et inutile sur la rencontre entre les jumelles Dutch et Korean Joe), trop de rebondissements somme toute convenus (le tueur au nitrogène ne sert vraiment plus à rien), un manque de lisibilité même parfois (la confusion règne dans la fuite de la boucherie) et en fin de compte pas grand-chose à raconter (à part une course-poursuite occupant les 2/3, voire les 3/4 de l'épisode, que nous dit-on ?).

C'est extrêmement décevant. Mais la progression d'une série est redoutable quand son argument n'est pas suffisant : plus on avance, plus ce qui ne fonctionne pas (comme la situation de Pablo durant tout l'épisode), plus ce qui manque comme chair au récit se révèlent. Death or Glory est une BD qu'on aimerait aimer davantage mais qui ne passe, littéralement, jamais la vitesse supérieure, échoue à gagner en densité, en suspense. Et ce n'est pas ce coup de théâtre final (avec le contenu de la boîte réfrigéré) qui change quoi que ce soit.

Je n'aime pas charger la mule en accablant une production car je respecte les efforts que cela exige de la part de ceux qui la réalisent, mais je lirai encore le prochain épisode, la conclusion de ce premier acte, et, sauf spectaculaire rétablissement, ce sera tout pour moi. 

jeudi 5 juillet 2018

DEATH OR GLORY #3, de Rick Remender et Bengal


On dit qu'il ne faut jamais juger un livre à sa couverture, et cela se vérifie avec ce troisième épisode de Death or Glory pour lequel Bengal s'est inspiré de l'affiche de Bullitt (Peter Yates, 1968). Malheureusement, en effet, Rick Remender ne nous entraîne pas dans un récit aussi captivant que celui du capitaine incarné par Steve McQueen. Au point qu'on commence à se demander sérieusement si la série n'est pas en train de faire "Pschitt !"...


Glory résume son passé à Pablo, l'immigré clandestin qu'elle aide à retrouver sa famille en échange de son aide pour dévaliser un trafiquant d'esclaves : sa mère, sur le point de quitter Red, accaparé par son travail, convainquit ce dernier de changer de vie. Mais leur bonheur fut de courte durée car elle fut tuée par un voleur qu'elle surprit.
  

Red éleva seul sa fille puis décrocha une place de mécano dans une écurie automobile où Glory devint pilote. Elle y rencontra aussi Toby qu'elle épousa contre l'avis de son père, avant de déchanter en découvrant ses activités de dealer. De retour auprès de Red, la jeune femme apprit en même temps que lui qu'il avait un cancer du foie pour lequel seule une greffe, coûteuse, pourrait le sauver.


Aujourd'hui, Pablo et Glory vident le coffre-fort de Joe le boucher, qui se sert des immigrés clandestins pour en faire de la viande à consommer, tandis que l'inspection des services d'hygiène débarque. Nos deux héros découvrent Isabelle, la nièce de Pablo, dans une cellule et le jeune homme la confie à Glory pendant qu'il part à la recherche de sa soeur et son beau-frère.


Il trouve à la place dans une chambre froide les restes humains destinés à être vendus tandis que Glory tombe à nouveau sur le tueur à la bouteille de nitrogène qui faillit la tuer après avoir dérobé l'argent de Toby. Elle se réfugie in extremis dans une pièce plongée dans le noir avec Isabelle, la nièce de Pablo.


Avançant à tâtons vers une possible sortie, Glory aboutit dans la salle d'équarrissage de la boucherie de Joe...

Death or Glory n'aura-t-elle été la série que d'un épisode, son "pilote" de 40 pages aussi alerte que prometteur ? Je suis de plus en plus enclin à le croire tant Rick Remender peine depuis à combler les attentes qu'il a suscitées en s'enfonçant dans une intrigue souvent écoeurante et surjouée, dont le rythme est cruellement absent et les personnages de moins en moins intéressants.

Que se passe-t-il ? On avait embarqué pour une aventure trépidante où l'héroïne planifiait un braquage audacieux contre son ex-mari malhonnête avant que tout ne foire et qu'elle soit impliquée dans un trafic d'immigrés clandestins promis à un funeste sort puisqu'un boucher vendait leur chair à ses clients ! Rien qu'en résumant cela, on est quand même sidéré par l'abracadabrantesque tournure du scénario qui a démarré à toute allure comme un thriller pour verser dans l'épouvante.

En soi, pourquoi pas ? On a vu des virages déjà aussi étonnants, et Remender n'est pas franchement un poète délicat qui raconte des fables pour les enfants. L'auteur, même quand il oeuvrait chez Marvel, donc pour des productions mainstream, ne lésinait pas sur le gore et les rebondissements les plus cavaliers (souvenons-nous, en particulier, de son ahurissant Franken-Castle avec le Punisher littéralement reconstruit en hommage au monstre de Mary Shelley).

La différence, c'est que, jusqu'à présent, dans ce que j'ai lu et aimé de Remender, il y avait un allant, un élan, un souffle, qui m'entraînait suffisamment efficacement pour accepter ses tendances à en faire parfois trop. Death or Glory piétine, s'essouffle, et on n'en est qu'au troisième épisode : ce n'est pas bon signe...

Je vais encore donner un peu de temps au titre, qui peut rebondir, mais j'ai tout de même l'impression d'avoir été trompé sur la marchandise : parti pour une cavalcade tonique, me voilà dans une histoire horrifique aux protagonistes sommaires. Je suis déçu, impossible de le cacher.

Et Bengal, qui m'avait fait si forte impression, ne s'en sort pas mieux : son dessin, si énergique et expressif, verse de plus en plus dans une narration type manga avec des personnages grimaçants plus souvent qu'à leur tour, amplifiant les émotions au lieu de les doser, et, victime collatérale des errances du scénario, échoue à donner une plus-value au récit.

Il y a bien, de ci, de là, quelques idées astucieuses, dans le découpage, la valeur des plans, les angles de vue, mais, à l'image du flash-back narré en voix-off au début de l'épisode (et qui en occupe un bon quart, peut-être même un tiers, ce qui est trop), tout cela est noyé dans des facilités (du texte en marge d'illustrations, ou des scènes parallèles qui manquent de tension).

Image Comics a l'habitude de publier un premier recueil d'une série au bout des cinq premiers chapitres, donc j'irai jusque-là pour m'assurer d'un progrès notable de Death or Glory. Faute de quoi, j'arrêterai les frais avec cette série qui avait pourtant si bien débuté.   

mercredi 13 juin 2018

DEATH OR GLORY #2, de Rick Remender et Bengal


Le premier épisode de Death or Glory avait été une des très bonnes surprises du mois dernier en provenance d'Image Comics. Avec un début aussi constant (40 pages d'un coup) et enlevé, se présentait un sacré défi pour Rick Remender et Bengal : faire aussi bien tout en développant leur intrigue. Pari à moitié relevé...

Glory Owens a découvert que le camion qu'elle avait volé pour fuir était rempli d'immigrés clandestins et non de drogue comme elle le soupçonnait. Elle paie à ces malheureux un ticket de bus chacun pour Phoenix mais se retrouve toujours sans le sou pour les soins de son père et souffre de quelques blessures. Seul reste avec elle un des passagers, Pablo, brésilien à la recherche de sa soeur, de sa nièce et de son beau-frère.

Il la soigne puis elle vole la voiture d'un homme à une station-service pour filer avec son nouvel acolyte. Pendant ce temps, Toby, l'ex-mari de Glory, tente de calmer Korean Joe à propos de la livraison de clandestins qu'il lui avait promis contre de la drogue tout en ignorant que le deal a été gâché par Glory.

Korean Joe menace Toby de représailles par son cartel si l'affaire n'est pas rapidement réglée et ce dernier en informe aussitôt après les deux flics qu'il soudoie. Les deux policiers savent, eux, que Glory est le problème mais également que Toby ne voudra jamais la sacrifier car il espère la reconquérir. Aussi décident-ils de la retrouver et de la liquider pour s'éviter d'être tués par le cartel.


Pour retrouver ses proches, Pablo convainc Glory de l'aider car elle pourrait alors voler soit ceux qui les vendent, soit ceux qui les achètent. Pour remonter leur piste, il a subtilisé sur le camion qui les transportait le GPS.


Mais de nouveaux acteurs mécontents de la tournure des événements sont sur le pied de guerre en la personne des vendeurs d'immigrés dont le chef a récupéré un téléphone - celui de Glory - qui va lui permettre de mettre la main sur qui a fait capoter l'opération. Ignorant tout cela, Glory et Pablo découvrent à qui était destiné les clandestins : une boucherie, "Chop Joe", appartenant à Korean Joe, qui sert à ses clients de la chair humaine à leur insu !

Dissipons tout de suite tout malentendu : la lecture de ce deuxième épisode reste très agréable et la complicité entre l'écriture nerveuse de Rick Remender et le dessin expressif de Bengal est jubilatoire, mais ça ne suffit pas à égaler le plaisir pris sur le précédent numéro. Expliquons ça.

Death or Glory nous a tout de suite beaucoup donné : une pagination double, beaucoup d'action, des péripéties en pagaille, des personnages mémorables. Bref, un démarrage canon. On pouvait presque prédire qu'on allait être déçu après ça, et c'est ce qui se passe ici : l'héroïne est moins présente, les rebondissements sont encore spectaculaires mais moins nombreux, le rythme moins effréné. Et le scénario s'égare dans quelques facilités ou excentricités curieuses.

Remender est parti sur une base simple mais qui avait le grand mérite d'être immédiatement séduisant, avec une narration très directe, mouvementée. Il lui fallait ensuite se poser un peu pour éclaircir certains points et cela impose au récit un tempo moins alerte, une relation plus morcelée. On passe de Glory à Toby à Korean Joe en passant par de curieux mexicains masqués comme des catcheurs (dont on devine plus le rôle qu'on en est certain : j'ai écrit dans mon résumé qui je pensais qu'ils étaient mais peut-être me suis-je trompé. A vérifier le mois prochain).

Le scénariste réussit très bien certaines scènes et nous perd avec d'autres. Dans le premier cas de figure, l'alliance entre le clandestin brésilien Pablo et Glory est fructueuse car cela permet à l'héroïne d'interagir avec quelqu'un (et pour le lecteur de ne pas avoir un dialogue intérieur avec la voix-off de la jeune femme). Qui plus est, Pablo est un personnage pour qui on éprouve une sympathie immédiate car il est attachant, sa quête est juste et sa débrouillardise savoureuse. Dans le second cas, on a donc des personnages surgis de nulle part, tardivement, dont on ne sait trop qui ils sont (les fameux mexicains masqués) et, auparavant, une scène vraiment improbable, qui va diviser les lecteurs, entre les deux flics corrompus à la botte de Toby, au terme de laquelle vous ne verrez plus jamais de la même manière un piment rouge - un moment d'une gratuité absolue, qui veut bêtement choquer mais qui navre surtout.

Au centre de l'épisode, on découvre ce que fait Korean Joe des immigrés et Remender met en scène une scène terrible, renvoyant à ce qu'il faisait déjà dans des comics mainstream et pour lesquels j'ai toujours été partagé. Néanmoins le découpage de Bengal est assez malin pour nous épargner l'horreur réelle de ce qui se passe et quand on apprend l'issue finale de tout ça dans les deux dernières pages, cela relève d'un humour macabre digne de L'Auberge rouge (Claude Autant-Lara, 1951) que de l'anticipation épouvantable de Soleil vert (Richard Flesicher, 1973).

Bengal sauve vraiment les meubles et évite bien des reproches à Remender pour l'occasion car le dessinateur réussit à animer le récit avec des images très expressifs. L'influence manga de son style se fait plus prononcé parfois sans hérisser ceux qui (comme moi) n'en sont pas friands. Le découpage est très habile, alternant entre des cases occupant la largeur entière de la bande ou des "gaufriers" de six vignettes. Tout est fait pour que les dialogues, plus fournis, soient le plus vifs possibles et que les émotions des personnages soient intenses, quitte à frôler la grimace.

Et l'artiste use d'une palette de couleurs douces qui atténuent la violence figurée ou suggérée du numéro : c'est l'avantage d'avoir un seul individu qui assure le dessin, l'encrage et la colorisation, il maîtrise tout le graphisme et peut donc souligner ici, alléger là, ce qui, dans un script, est sans doute trop prononcé.

Après un n°1 pétaradant, ce n°2 est donc indubitablement moins abouti, mais il serait injuste d'en rester là. Au contraire, c'est maintenant que tout se joue pour Remender et Bengal : s'ils savent rebondir et produire un bon mix de ces deux chapitres, Death or Glory retombera naturellement sur ses pattes et nous emballera à nouveau. Une affaire de dosage en somme.    

mardi 8 mai 2018

DEATH OR GLORY #1, de Rick Remender et Bengal


Il y a des previews de comics qui vous tapent immédiatement dans l'oeil. Mais, comme une bande-annonce ne garantit pas la réussite d'un film tout entier, il faut savoir être prudent, surtout quand la promesse comporte des ingrédients alléchants - ici, une héroïne, des poursuites autos : d'une certaine manière, on est proche de ce que vendait le surestimé Baby Driver d'Edgar Wright. Alors Rick Remender et Bengal (pour la première fois au volant d'une série US avec un scénariste aussi côté) allaient-ils nous emballer avec leur road trip ? Réponse avec ce numéro 1 de Death or Glory, riche de 40 pages !


Glory Owen veille sur son père, atteint d'un cancer pour lequel elle n'a pas davantage que lui les moyens financiers pour payer les soins médicaux. Aussi décide-t-elle de s'engager dans une opération risquée, dont elle sait que Red Owen la désapprouverait, mais parce qu'elle a la conviction que c'est à son tour de veiller sur lui.


Le plan de Glory passe par une customisation de sa voiture et l'enregistrement sur un dictaphone de ce qu'elle a l'intention de faire, et pourquoi, si cela venait à mal tourner. Elle remet ce dictaphone à son amie Sandy, barmaid au "Rowdy Rooster" où elle trouve aussi Winston à qui elle demande de veiller sur Red en son absence.


Avant de partir, Glory apprend par Sandy que son ex-mari, Toby, cherche à la contacter depuis plusieurs jours - aucun problème, répond-elle : elle a l'intention de lui adresser un message très clair. En vérité, la jeune femme sait que son ancien conjoint est mêlé à un deal de drogue important avec Kobra Joe et, pour obtenir la came, il charge deux policiers ripoux, Virgil et Darren, de livrer une mallette d'argent à son interlocuteur.


Alors qu'ils quittent la propriété de Toby, Virgil se dispute avec Darren qui souhaiterait doubler Toby en gardant l'argent pour eux. Mais leur échange est interrompu quand une voiture leur fait un tête-à-queue puis cherche à provoquer leur sortie de route. Leur agresseur n'est autre que Glory, casquée pour assurer son anonymat.
  

Quand elle a réussi à stopper les deux flics, sous la menace d'un pistolet, elle arrache la mallette des mains de Darren et retourne à sa voiture. Mais Virgil en profite alors pour lui tirer dans le dos. Heureusement, elle porte une protection sous sa combinaison et n'est pas blessée. Mais elle est cependant obligée de fuir à pied en direction d'un hangar proche.


Glory y est surprise par un troisième homme qui s'apprête à la tuer avec un pistolet relié à une bonbonne de nitrogène liquide, responsable quelques jours auparavant de plusieurs meurtres dans un dinner. Elle se débat suffisamment pour retourner l'arme contre lui mais la mallette et les billets à l'intérieur sont alors glacés.
  

Virgil s'approche et tire à nouveau dans la direction de Glory qui, ayant perdu son casque, est identifiée par le policier. Elle parvient à le semer en prenant le volant d'un camion garé pas loin et s'éloigne à vive allure.  

Mais lorsque des coups sourds retentissent depuis l'arrière du véhicule, elle sursaute et s'arrête. Son pistolet en main, elle va ouvrir le chargement du camion et découvre, horrifiée, des migrants à bord, demandant son aide...

La première qualité qui saute aux yeux est le rythme, effréné, de ces quarante pages. La situation est rapidement posée, après un prologue intriguant (un mystérieux tueur commet un massacre dans un snack après avoir passé une extravagante commande juste avant la fermeture), puis les scènes s'enchaînent pour culminer dans une longue et jubilatoire course-poursuite assortie d'un braquage foireux, et un dénouement sidérant.

La volonté de Rick Remender est claire : ne pas nous laisser souffler, juste nous livrer les informations nécessaires à la compréhension de ce qui se passe. Mais, si le divertissement est solidement assuré, Death or Glory n'est pas qu'une production futile destinée à nous donner ce qu'elle nous promet. Encore une fois, on est saisi par le thème qui parcourt cette série et qui semble actuellement travailler plusieurs auteurs, chacun à leur façon, sans concertation : il s'agit de la famille et plus précisément de la paternité ou de la filiation, en tout cas du rapport particulier qui unit un parent à son enfant et vice-versa (voir Doctor Star... de Lemire, Captain America de Waid, et bientôt je vous parlerai aussi de la nouvelle version d'Avengers par Aaron).

Ce qui distingue sans doute Remender de ses collègues par rapport à ce thème est que, chez lui, c'est une véritable obsession, la clé de voûte de la majorité de ses oeuvres aussi bien indépendantes que pour les majors. Dans Uncanny X-Force puis Uncanny Avengers, puis Black Science, Low, et avant tout cela dans Fear Agent, il est toujours question d'enfants et de parents, de leurs relations difficiles, des fautes dont ils héritent, des événements avec lesquels ils doivent composer, avec une nette dominante pour la notion de sacrifice (pour le bien de sa descendance, même si cela n'est pas toujours compris par l'intéressée).

Glory Owen est la dernière version en date de ces histoires de passation. Comme dans Low, c'est une héroïne qui fait des choix discutables et qu'elle paie rapidement cher, mais auxquels elle va devoir faire rapidement face. Le programme de la série est donc prometteur quand on compte tout ce que la jeune femme laisse derrière elle à la fin de ce premier épisode - un mari dangereux, des flics corrompus, un tueur cinglé, un père agonisant... En fait Glory gagne notre sympathie moins pour ce qu'elle décide de faire (elle fait de mauvais choix) que pour les raisons pour lesquels elle fait ce qu'elle fait (tenter de sauver son père en lui fournissant des soins) et parce qu'elle est seule.

Bengal a tenté tant bien que mal de creuser son trou aux Etats-Unis ces dernières années en acceptant du work for hire pour les "Big Two" (Marvel et surtout DC - par exemple en fill-in artist sur Batgirl version "New 52"). Mais curieusement, il n'a pas réussi à percer alors qu'il tenait les délais et que son talent charmait le public et les editors. Une injustice.

Par ailleurs, son envie de travailler avec Remender remontait à plusieurs années et était réciproque, mais tardait à se concrétiser à cause des nombreux titres animés par le scénariste (qui, chez Image Comics depuis son départ de Marvel, produit comme jamais). La faute aussi peut-être à la désillusion de l'auteur connue avec Paul Renaud (leur série Devolution a tourné court et a été finalement réalisée par un autre dessinateur, sans connaître le retentissement espéré)...

Mais tout vient à point à qui sait attendre et Death or Glory devait être ce qui scellerait leur partenariat tant la série apparaît taillée sur mesure pour Bengal. Il coche toutes les cases requises pour accomplir ce que le titre réclamait : savoir représenter des voitures, une héroïne (dont les mensurations sont réalistes), composer des décors (majoritairement extérieurs et naturels), rendre les personnages expressifs, le découpage nerveux mais lisible. L'artiste s'occupe, pour maîtriser tout le processus visuel, du dessin, de l'encrage et de la mise en couleurs : ce qu'on voit est donc à 100% de sa main et le résultat est dynamique, vivant, très abouti. Le plaisir pris par Bengal est communicatif et ajoute une légèreté bienvenue à l'intrigue (on sait que Remender est plutôt un scénariste attiré par les ambiances sombres et violentes, on le redécouvre plus trépidant et ludique).

Comme je le disais en ouverture, il faut se méfier des pages mises à disposition des lecteurs pour les inciter à se jeter sur un comic-book, mais quand on atteint un tel taux de satisfaction à l'arrivée (l'épisode bénéficie déjà d'un deuxième tirage, une semaine après sa sortie), alors il garantit un développement très alléchant, solide, durable (Bengal aurait déjà achevé seize épisodes !). Pas de doute, on reparlera de Glory Owen.

dimanche 22 octobre 2017

UNCANNY AVENGERS (VOLUME II) : COUNTER-EVOLUTIONARY, de Rick Remender et Daniel Acuña


Jetons un coup d'oeil dans le rétroviseur et examinons le très bref Volume II de la série Uncanny Avengers avec son unique arc narratif, en cinq épisodes : Counter-Evolutionary. Rick Remender y faisait ses adieux au titre qu'il avait lancé, juste avant que la saga globale Secret Wars de Jonathan Hickman ne chamboule tout.

Pour contextualiser ce récit, un rappel s'impose : durant la saga globale Avengers & X-men : Axis, écrite par Remender (et dont la sinistre réputation m'a dissuadé de la lire), Scarlet Witch, manipulée télépathiquement par Crâne Rouge, jette un sort d'inversion. Tous (ou presque) les héros deviennent des vilains et (presque) vice-versa. A la fin, la situation est partiellement rétablie mais surtout, entretemps, Wanda Maximoff et frère jumeau Pietro, alias Quicksilver, ont appris que Magneto n'était pas leur père biologique.
Cette histoire, Remender l'avait initialement prévue pour la série Uncanny Avengers mais le staff éditorial s'en mêla et contraint le scénariste à lui donner plus d'envergure. Dessinée par Jim Cheung, Adam Kubert et Terry Dodson (ce qui donne un aperçu du grand n'importe quoi de l'entreprise, les styles de ces trois-là n'ayant rien en commun et certains terminant parfois l'épisode de son collègue), la saga est, avec Age of Ultron (de Brian Michael Bendis, Bryan Hitch, Carlos Pacheco et Brandon Peterson), une des pires produites par Marvel ces dernières années.

Mais revenons à cette deuxième génération des Uncanny Avengers.


Pour connaître la vérité sur leurs origines familiales, les jumeaux Maximoff se rendent sur la Contre-Terre, située derrière notre soleil, et sur laquelle règne le Maître de l'Evolution, un généticien fou et extrêmement puissant (il a eu accès à la technologie des Célestes et aux Gemmes de l'Infini). L'arrivée des deux mutants ne passent pas inaperçue et, avant qu'ils aient obtenu des informations pertinentes, ils sont capturés par un mystérieux individu. Sur Terre, Rogue a assemblé une nouvelle équipe de X-Men et d'Avengers - Vision, Dr Voodoo, Captain America (Sam Wilson), Sabretooth (toujours "inversé" psychologiquement depuis Axis) - et a remonté la piste de Scarlet Witch et Quicksilver jusqu'aux monts Wundagore. Attaqué par une sentinelle, le Dr Voodoo téléporte ses acolytes mais son sort les disperse sur la Contre-Terre.



Vision rencontre Eve, une synthésoïde comme lui, avec laquelle il s'accouple. Rogue est détenue par un scientifique à la solde du Maître de l'Evolution, mais qui réalise des expériences secrètes. Captain America est prisonnier de créatures végétales qui le transforment en hybride. Sabretooth surgit dans la capitale de ce monde et le Maître de l'Evolution le neutralise, fasciné par ses pouvoirs régénérateurs mutants. Dr Voodoo découvre un temple abandonné où les âmes des victimes du Maître de l'Evolution réclament vengeance. 


Scarlet Witch et Quicksilver sont, eux, parmi une bande de résistants humains et hybrides, dirigée par le fils du Maître de l'Evolution qui envoie pour les abattre sa fille, génétiquement améliorée, Luminous. Sabretooth, qui l'accompagne, asservi, se rebelle et aide les dissidents, permettant aux jumeaux Maximoff de gagner la capitale. Ils y libèrent Rogue et retrouvent Captain America.


Pendant ce temps, Vision doit choisir entre suivre Eve et éduquer leur progéniture, loin de la haine des hommes qui, comme sa compagne en est certaine, court à leur propre perte et refuseront leur famille comme ils rejettent les mutants, ou partir aider ses amis contre le Maître de l'Evolution. La bataille bat son plein au coeur de la capitale de la Contre-Terre et les Uncanny Avengers sont en difficulté contre de puissants adversaires comme Luminous et son père.


C'est alors que le Dr Voodoo surgit et libère les âmes des victimes du Maître de l'Evolution contre lui, le forçant à fuir par un portail dimensionnel après avoir prédit à ses ennemis une future guerre et révélé à Scarlet Witch et Quicksilver qu'ils lui doivent leurs pouvoirs grâce à ses expériences lorsqu'il les enleva à leurs parents bohémiens. De retour sur Terre, les héros pansent leurs plaies, Vision réconfortant particulièrement Wanda Maximoff avec laquelle il partage désormais la douleur d'avoir été séparé des siens...

Ce qui frappe dans cette histoire, c'est sa densité, mais avec la conviction que Rick Remender a dû se montrer concis à cause de l'imminence de la saga Secret Wars, au cours de laquelle Marvel suspendit toutes ses séries pour en faire des tie-in à l'intrigue de Jonathan Hickman.

Déjà frustré d'avoir été dépossédé d'Avengers & X-Men : Axis, initialement intitulé Inversion si l'histoire avait été conservée pour la seule série Uncanny Avengers, le scénariste a enchaîné avec ce deuxième Volume du titre sans certainement se douter qu'il ne durerait que cinq petits épisodes. C'est assez flagrant quand on note toutes les pistes narratives qu'il ouvre dans cet arc - et qui n'ont pas été développés depuis par Gerry Duggan, le nouvel auteur de la série - : il est notamment question à la fin d'une menace formulée par le Maître de l'Evolution d'une future et terrible guerre de l'évolution, juste avant qu'il ne s'éclipse avec sa fille, Luminous.

Par ailleurs, avec Axis, la réécriture des origines familiales de Scarlet Witch et Quicksilver suscita de vives réactions chez les fans de ces personnages : en ne faisant plus de Magneto leur père biologique mais le produit d'expériences menées par le Maître de l'Evolution sur deux nouveaux-nés enlevés à des gitans, Remender avait certainement des plans pour creuser cette affaire au moins aussi profondément que les fautes du passé de Thor et Wolverine dans le Volume I de la série (qui aboutirent à la vengeance des jumeaux Apocalypse, la création de la Planète X, le piège de Kang).

Bref, on a le sentiment que Remender en avait gardé beaucoup en réserve et que Secret Wars a fait voler ses plans en éclats. A la même époque, il acheva un premier run sur Captain America et venait de lancer sa suite en donnant le bouclier à Sam Wilson, mais, là, Marvel conserva l'idée et Nick Spencer l'exploita très (trop) politiquement jusque récemment (le mois prochain, Mark Waid et Chris Samnee auront la lourde tâche de redonner du lustre au Captain avec Steve Rogers de nouveau en possession de son bouclier).

Enfin, Remender écrivit, parallèlement à ce Volume II, un récit complet, Rage of Ultron, centré sur la relation entre Hank Pym et son fameux androïde dément, à laquelle se mêlaient deux générations d'Avengers (l'équipe des années 70 et celle des Uncanny Avengers). Tout ce réseau d'histoires, brassant des personnages iconiques, devait certainement converger...

Donc, la lecture de Counter-Evolutionary ressemble souvent à une grande bande-annonce pour cet ensemble d'intrigues abandonnées par Remender (qui a quitté Marvel pour ne plus se consacrer qu'à ses oeuvres en creator-owned, notamment chez Image Comics - Low, Deadly class, Black science, Seven to eternity...). C'est passionnant mais terriblement frustrant, parfois un peu maladroit (l'équipe est vite et trop longtemps séparée) mais prometteur (le Dr Voodoo y opère un retour en force, la situation de Vision inspirera la mini-série de Tom King, l'inversion de Sabretooth est positivement étonnante contre toute attente...). En outre, le méchant de l'histoire est vraiment original, avec des motivations atypiques.

Et puis il y a Daniel Acuña au dessin et l'espagnol donne la pleine mesure de son grand talent, après avoir prouvé avec le Volume I de la série, qu'il méritait la confiance de Marvel. Son traitement éclatant des couleurs, l'expressivité des personnages (à qui il donne une gestuelle propre, une attitude distincte, résumant superbement leur caractérisation), le dynamisme de son découpage, sont autant d'atouts pour la relance du titre. C'est là aussi bien dommage que sa collaboration, complice, avec Remender, ait été interrompue alors qu'elle semblait bien partie pour un nouvel acte d'envergure (à l'heure qu'il est, Acuña, aussi incroyable que ça peut l'être, n'a plus de série régulière !).

Beaucoup de regrets donc, à la mesure du plaisir pris à cette lecture (même si Gerry Duggan ne démérite pas depuis sa reprise de la série).

jeudi 5 mars 2015

Critique 582 : UNCANNY AVENGERS, VOLUME 4 - AVENGE THE EARTH, de Rick Remender et Daniel Acuña


UNCANNY AVENGERS, VOLUME 4 : AVENGE THE EARTH rassemble les épisodes 18 à 22 de la série, écrits par Rick Remender et dessinés par Daniel Acuña, publiés en 2014 par Marvel Comics.
Ce volume conclut la saga entamée depuis le début de la série, en particulier depuis le 6ème épisode (et l'arc The Apocalypse Twins).
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(Extrait de UNCANNY AVENGERS #18.
Textes de Rick Remender, dessins de Daniel Acuña.)

Suite au sort de ravissement lancé par la Sorcière Rouge, tous les mutants peuplent désormais une planète qui leur est réservés. Eimin, la fille élevé par Kang le conquérant, continue d'exercer son influence auprès du conseil X, composé notamment de Magnéto, Cyclope, son fils Cable, Tornade, Psylocke, Jean Grey et Quiksilver.
Mais ces dignitaires craignent pour leur royaume : Havok  est toujours activement recherché car il veut détruire le barrage de tachyons qui permettrait à Kang et des renforts d'accéder à la planète X et changer le cours des choses. Alex Summers n'est pas seul puisqu'il est désormais en couple avec la Guêpe, avec laquelle il a eu une fille, Katie, élevée par le Fauve.
Lorsque Kang débarque, il est accompagné de Thor mais aussi d'un gang d'alliés peu recommandables - Ahab, Stryfe, Dr Fatalis 2099, Deathlock 2055, Venom d'Earth X, la Magistrate Bettsy Braddock et Iron Man 2020 (Arno Stark). Havok rechigne à leur faire confiance mais reconnaît cependant qu'il n'a guère le choix.
L'Histoire pourra-t-elle être corrigée ? Et si oui, à quel prix ?

Au terme de ce nouvel acte, la série menée par Rick Remender arrive donc au total de 22 épisodes, dont 17 consacrés à cette saga opposant les Uncanny Avengers aux jumeaux d'Apocalypse, avec comme arbitre Kang. Ce décompte permet d'apprécier à la fois la principale qualité du projet - son ambition - et son principal défaut - sa complexité.

Effectivement, la série n'est pas simple à suivre avec son casting extrêmement fourni, ses sauts dans le temps et l'espace, les motivations troubles de plusieurs de ses protagonistes, sa violence souvent racoleuse, et ses références parfois ardues à de précédentes productions du scénariste (les jumeaux d'Apocalypse sont des reliquats de son run sur Uncanny X-Force) : quoiqu'on pense du résultat, ce n'est pas évident à lire et à comprendre et on a souvent le sentiment que l'auteur insiste pour nous dire qu'il en sait plus que nous - pire : que c'est à nous de se mettre à son niveau. 
C'est une conception de l'écriture à laquelle j'ai toujours du mal à adhérer, car j'estime qu'un scénariste doit toujours écrire de manière à ce que n'importe quel lecteur, aguerri ou néophyte, ne soit perdu. Il ne s'agit pas de faire le procès de Remender, bien d'autres procèdent aujourd'hui de la même façon mais cela ne signifie pas que ce soit un progrès (sauf à vouloir s'adresser prioritairement à des fans qui connaissent la continuité sur le bout des doigts). 

Néanmoins, comme je l'ai dit plus haut, l'ambition et le savoir-faire de Rick Remender sont indéniables, il sait s'y prendre pour injecter du souffle dans une intrigue, ménager des coups de théâtre, composer des séquences spectaculaires. Sa dextérité à manier les différentes réalités de son récit, à jongler avec l'espace-temps, est consommée. Il est certain que son histoire possède une réelle densité, et même si on peut juger que 17 épisodes pour raconter cela est excessif, non dénué de quelques longueurs, il faut reconnaître qu'on ne s'ennuie jamais.

En vérité, la logique d'Uncanny Avengers selon Remender n'est rien d'autre que celle d'une saga événementielle comme en propose une ou deux fois par an Marvel, mais traitée sur une longueur exceptionnelle. Tous les ingrédients y sont : casting abondant, menaces d'envergure, rebondissements incessants... Et aussi une sorte d'épuisement qui peut gagner le lecteur confronté à tant de héros, de vilains (parfois allant de l'un à l'autre camp), de situations "hénaurmes" (il ne faut pas avoir craindre une grandiloquence certaine), une propension affichée à vouloir tout réécrire (quand bien même ça ne doit pas durer).

Là où Remender est un peu plus pataud, c'est lorsqu'il se pique de susciter de l'émotion à son épopée, comme s'il voulait prouver qu'il est aussi fort pour enchaîner les morceaux de bravoure que pour écrire des moments plus émouvants. Le scénariste a souvent expliqué en interview qu'il voulait montrer que les violences commises par ses héros les impactent profondément.
Ici, il utilise une ficelle bien épaisse en présentant l'enfant qu'ont eu Havok et la Guêpe, prétexte pour hâter le choix du chef des Uncanny Avengers à sacrifier toute une planète (celle de ses semblables mutants) pour venger la terre ("avenge the earth") et rétablir l'équilibre temporel. Cette astuce mélodramatique est si grossière et expédiée qu'elle échoue à susciter toue émotion.
Chassez le naturel, il revient au galop aussi quand Wolverine revient dans la partie et inflige une redoutable série de coups de griffes à son fils ressuscité (Daken, devenu un des nouveaux cavaliers des jumeaux d'Apocalypse), mais qui refuse quand même de le tuer à nouveau parce qu'il a compris que ça ne servait à rien (quelle mansuétude...) ; ou bien quand le même Logan convainc Sunfire de ne pas complètement brûler le Hurleur (alors qu'il est déjà bien embrasé...).

De toute manière, Remender ne fait pas preuve d'une grande finesse pour traiter ses personnages dont les prises de conscience (Thor qui reconnaît s'être conduit comme un arrogant irresponsable, Malicia qui tombe dans les bras de la Sorcière Rouge en s'excusant d'avoir été si agressive avec elle... De grands moments de ridicule) ou les manoeuvres (l'inévitable trahison de Kang) arrivent avec leurs gros sabots pile quand il faut relancer l'intrigue. Tous les héros apparaissent comme de gros nigauds et les méchants comme des vilains traditionnels dont on s'étonne que les héros ne se méfient pas davantage.   

Là où il est plus à son avantage, c'est quand il ose et réussit à casser le fil de son récit, ponctué de bastons homériques et de coups tordus, pour créer le temps de quelques épisodes un monde alternatif plein de promesses, comme cette planète X, ou en évoquant les Guerres Secrètes de Jim Shooter (avec Kang dans un rôle voisin de Fatalis et Exitar le Bourreau Céleste à la place du Beyonder).

Cet arc narratif retrouve pour sa mise en images Daniel Acuña. L'espagnol abat un boulot considérable et impressionnant dès les premières pages, en représentant ce monde mutant aux architectures sensationnelles, et avec de nombreux redesigns très inventifs et cohérents.

Acuña emploie l'infographie avec intelligence et efficacité pour donner vie à cette réalité parallèle, sans sacrifier à un découpage dynamique et des personnages expressifs. Sa colorisation, aux teintes souvent vives, rend le récit attractif et compense les passages où on sent que l'artiste a été pressé par le temps (on le lui pardonne d'autant plus que le script de Remender a exigé de lui des efforts que peu de dessinateurs soutiendrait mensuellement sans bâcler).

S'il est un mérite indéniable à cette série, ça aura été de permettre à Acuña d'accéder à la reconnaissance qu'il méritait et il a su en profiter pour relever des défis visuels importants : au terme de cette aventure, on lui doit une large part du plaisir de la lecture.

Avec cette saga, Rick Remender et Daniel Acuña ne font pas un sans-faute : leurs parti-pris aboutissent à une bande dessinée parfois trop riche, un plat trop garni, avec des assaisonnements  un peu épais. C'est du comics pour gourmands, faits par des auteurs qui veulent des lecteurs repus, à la limite de l'indigestion.
Mais il est certain que la dimension épique est au rendez-vous, et que les héros sont confrontés à des situations tellement ahurissantes qu'on doute avec un plaisir certain qu'ils réussissent à les surmonter. Dommage que ce feuilleton soit totalement dénué d'humour et ne soit pas assumé par son éditeur comme ce qu'il est vraiment, un event démesuré qui n'oblige pas toutes les séries à marquer le pas.

jeudi 13 novembre 2014

Critique 526 : UNCANNY AVENGERS, VOLUME 3 - RAGNAROK NOW, de Rick Remender, Salvador Larroca, Daniel Acuña et Steve McNiven


UNCANNY AVENGERS : RAGNAROK NOW rassemble les épisodes 12 à 17 de la série, écrits par Rick Remender et dessinés par Salvador Larroca (#12), Daniel Acuña (#13) et Steve McNiven (#14-17), publiés en 2013-2014 par Marvel Comics.
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(Extrait de Uncanny Avengers #15.
Textes de Rick Remender, dessins de Steve McNiven.)

Scarlet Witch (Wanda Maximoff) et Wonder Man (Simon Williams) ont décidé de suivre les jumeaux d'Apocalypse, Uriel et Eimin, dans leur projet : séparer définitivement la race mutante des humains en transportant magiquement la première sur une planète qui lui serait propre. Mais la Sorcière Rouge compte en vérité trahir ses  commanditaires pour rallier une armée de mutants afin de les terrasser.
Ce qu'elle ignore, c'est qu'Eimin, grâce à ses dons de voyance, connaît son plan et, avec Uriel, a pris les précautions nécessaires pour ne pas être doublés. Ce que ne sait pas non plus Wanda, c'est que Rogue et Sunfire ont trouvé Wolverine agonisant (après avoir été torturé par son fils, Daken, ramené d'entre les morts par les jumeaux) et qu'ils sont déterminés à éliminer Scarlet Witch, qu'ils jugent responsables de tous les problèmes.
De leur côté, la Guêpe (Janet Van Dyne) va tenter de neutraliser le barrage à tachyons mis en place par les jumeaux pour empêcher que Kang ne pénètre, avec des renforts issus de différentes lignes temporelles, dans leur base. Havok tente d'assurer les arrières de son équipière, dont il s'est sentimentalement rapproché ces derniers temps. Quant à Captain America et Thor, ils essaient de soumettre les jumeaux alors que le Céleste Exitar le bourreau est sur le point de détruire la terre, dont les habitants ont été jugés indignes de vivre.  

Pour continuer à bien situer l'enjeu principal de la série, il faut se rappeler que depuis les premiers épisodes le scénariste Rick Remender martèle une même idée : intégrer les mutants au reste de la communauté super-héroïque et humaine. Une fois qu'on garde ce thème bien en tête, c'est comme une ancre pour suivre un récit qui ne nous ménage pas avec d'autres artifices narratifs (voyage dans le temps, double jeu, destruction planétaire, vengeance).

Au début de ce troisième recueil, Remender enfonce le clou en revenant sur la jeunesse traumatisante d'Uriel et Eimin, détenus dans un camp de concentration par Crâne Rouge investi des pouvoirs de feu Charles Xavier et qui a infligé aux mutants le même traitement que les nazis aux juifs durant la seconde guerre mondiale. Le scénariste y fait preuve de sa "délicatesse" coutumière pour bien nous expliquer à quel point, finalement, les jumeaux ont des raisons d'en vouloir aux humains et Kang. Il en profite aussi, encore une fois, pour saluer la saga mythique des Uncanny X-Men, Days of future past (par Chris Claremont et John Byrne), ce qui nécessite pour le lecteur d'être bien à jour sur ses connaissances en matière de classiques des comics Marvel (tout ça date quand même de plus de trente ans), avec en prime des apparitions-éclair de personnages comme Broo, Deathlock, Dr Doom (version 2099), Talisman, etc. 

Tout chez Remender exige de la concentration, comme s'il voulait à la fois opérer une synthèse dans plusieurs éléments du Marvelverse et tester les connaissances de ses lecteurs (sur ce dernier point, je reste dérangé parce que je n'aime guère les scénaristes qui étalent leur science ainsi en me faisant bien sentir qui est le plus fort). Quand on manie des personnages comme Eimin, qui peut voir dans le futur, et Kang, spécialiste des voyages dans le temps (sous plusieurs identités et aspects, comme Immortus), il faut quand même s'accrocher, et peut-être des spécialistes plus savants que moi auront repéré quelques paradoxes temporels dans ce bouillon.

Malgré tout, et c'est ce qui est intéressant quand on lit (et critique ensuite) le travail d'un scénariste qui vous pose des problèmes (sur votre capacité à comprendre son récit mais aussi à apprécier son entreprise dans son ensemble), je dois admettre que la grande force de Remender réside dans sa capacité à développer une intrigue très dense, aux rebondissements abondants, avec beaucoup de spectacle, avec adresse et efficacité. 
La multiplicité des acteurs, le rythme soutenu des péripéties, demande une narration avec des décors toujous bien identifiables, même le temps d'une scène. Là, c'est très réussi, y  compris quand Kang recrute des alliés dans différents futurs (et ce, même si on peut chipoter sur le choix du casting, qui tient visiblement plus du bon plaisir d'un auteur-fan - Stryfe en 3806, Venom d'Earth X en 2033, Dr Doom en 2099, Arno Stark en 2020, la magistrate Betsy Braddock en 2043, Ahab en 2014, Abomination-Deathlock en 2055 - que d'un metteur en scène choisissant réellement des renforts à la mesure de la menace à affronter).

Le dernière partie de ce troisième arc est aussi bigrement prenante et impressionnante, Remender ne lésinant pas sur l'issue de la bataille, alignant une suite de bagarres ahurissante, à la fois hyper-violentes (avec, évidemment, son lot d'images chocs comme des éventration, brûlure, défiguration... Bon appétit !) et glaçantes. Comment rebondir après ça ? On a envie de le savoir et donc de lire la suite : c'est très bien joué. 

Visuellement, après un précédent tome qui gagnait en cohérence, ce recueil offre des prestations qui nuisent à nouveau à son unité esthétique. Daniel Acuña ne pouvant pas (parce qu'il assure dessin, encrage et coleurs) enchaîner plus de cinq épisodes d'affilée, Marvel a fait appel à Salvador Larroca pour assurer l'intérim durant le 12ème chapitre : je n'ai jamais caché que je ne n'aimais pas le style de ce dessinateur et donc j'ai été déçu de le voir s'occuper, même brièvement, de cette série. Sa prestation est au piètre niveau de ce que j'ai déjà (trop) vu avec lui, avec en prime une colorisation (par Frank Martin) très laide.

Heureusement, la suite est d'un autre calibre, d'abord avec le bref retour d'Acuña, qui, grâce à son sens de la couleur et un découpage superbement dosé, nous offre un 13ème épisode de toute beauté, à l'ambiance soignée (on peut être rassuré en sachant qu'il réalisera l'intégralité du 4ème arc).

Puis, c'est au tour de Steve McNiven de prendre en charge les planches. Marvel a fait appel à lui pour deux raisons évidentes : c'est à la fois un artiste possédant une grosse côte auprès du lectorat (depuis le triomphe de la saga Civil War, puis la mini-série Old man Logan, toutes deux écrites par Mark Millar) et son style détaillé promet des pages très fournies au moment où l'intrigue elle-même atteint une intensité dramatique et exige une grande puissance visuelle dans les combats.
McNiven, connu pour être lui aussi fâché avec les deadlines, doit être soutenu par, parfois, trois encreurs, mais Jay Leisten, John Dell et (surtout) Dexter Vines (qui avait déjà assisté le dessinateur sur Civil War et Old man Logan) réussissent à conserver à ses images une bonne cohérence, aidés aussi par la contribution aux couleurs de l'excellente Laura Martin (qui sait valoriser les dessins sans les noyer sous des effets). 
Mc Niven s'y entend plus pour impressionner son monde avec des splash-pages où un griffu (mais pas Wolverine) en embrôche un autre, ou aligner plusieurs cases occupant toute la largeur de la planche (et même parfois de deux) figeant des héros dans des poses iconiques (Thor armé de son marteau et du bouclier de Captain America).

Le récit cède donc un peu le pas aux questions existentielles sur les difficultés de l'intégration pour s'engager dans un flot d'action musclée. Le divertissement est garanti et la suite imprévisible mais prometteuse. La saga de Rick Remender, soutenue par des dessinateurs plutôt à leur avantage (même si on aurait préféré qu'un ou deux artistes seulement se relaient), est ambitieux, parfois escarpé, mais l'aventure est au rendez-vous. 

mardi 11 novembre 2014

Critique 525 : UNCANNY AVENGERS, VOLUME 2 - THE APOCALYPSE TWINS, de Rick Remender et Daniel Acuña


UNCANNY AVENGERS : THE APOCALYPSE TWINS rassemble les épisodes 6 à 11 de la série, écrits par Rick Remender et dessinés par Daniel Acuña, publiés en 2013 par Marvel Comics.
Entre les épisodes 6 et 7 s'intercale le n° 8AU, un tie-in de la saga Age of Ultron de Brian Michael Bendis, co-écrit par Rick Remender et Gerry Duggan et dessiné par Adam Kubert, également publié en 2013, mais dont le contenu reste compréhensible sans avoir lu l'histoire auquel il se rattache.
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(Extrait d'Uncanny Avengers # 8.
Textes de Rick Remender, dessins de Daniel Acuña.)

- (# 6, dessins de Daniel Acuña.) - En 1013, lors d'un séjour parmi les terriens, le jeune Thor est pris à parti par Apocalypse en Scandinavie puis à Londres. Le mutant a noué une (fragile) alliance avec Kang le conquérant, qui le manipule en secret pour récupérer Jarnbjorn, la hache enchantée du dieu du tonnerre capable de fendre l'armure des Célestes, les plus puissantes créatures de l'univers.
 
- (# 8AU, dessins de Adam Kubert) - En 4145, Kang explique aux jumeaux d'Apocalypse, Eimin et Uriel, qu'il a enlevés à leur mère peu après leur naissance, l'art de la guerre selon lui. Il les conduit pour cela dans une réalité alternative mais à notre époque pour tenter d'y tuer Captain America.

- (# 7 à 11, dessins de Daniel Acuña) - Génocide, le premier fils d'Apocalypse, investit avec ses trois cavaliers (dont Ishisumi, la mère des jumeaux) la station spatiale Starcore pour y recevoir la graine de la mort d'un des Célestes. Mais Eimin et Uriel s'interposent et tuent le géant. 
Pendant ce temps, sur Terre, Havok reçoit un sermon de Nick Fury Jr après que Rogue ait été filmée en train de tuer (accidentellement) le Moissonneur. Alex Summers obtient un compromis : il met sur la touche Anne-Marie, mais elle ne l'accepte pas et, après une nouvelle dispute entre elle et Scarlet Witch, des tensions se font jour dans l'équipe quant à la tolérance acceptée vis-à-vis de ses membres les plus violents. 
Ces débats sont abrégés quand la station orbitale Peak de l'organisation SWORD (chargée de surveiller les menaces cosmiques) est détruite par le vaisseau des jumeaux d'Apocalypse. Captain America, Abigail Brand et l'équipage réussissent à évacuer l'endroit juste à temps mais Sunfire  reste dans l'espace pour affronter les agresseurs. Thor, sur Terre, se démène pour épargner Rio de la pluie de débris en feu, après avoir reconnu sa hache dans les mains d'Uriel.
Echoué au Soudan, Captain America y trouve une capsule grâce à laquelle Immortus (une incarnation de Kang) le contacte et le met en garde contre la menace à venir. En route pour Akkaba (ancien repaire d'Apocalypse et ses adeptes), Wolverine comprend aussi, sans l'avouer tout de suite à ses acolytes, qu'il va devoir faire face aux conséquences de ses actions lorsqu'il dirigeait l'équipe X-Force avec laquelle il tua Apocalypse.
Lorsque la vérité éclate sur les erreurs passées de Thor et Wolverine, les Uncanny Avengers imposent : cette division va sceller leur défaite contre les jumeaux d'Apocalypse qui ont ressuscité quatre proches des héros pour en faire leurs nouveaux cavaliers et le rapt de Scarlet Witch pour qu'elle use de sa magie dans un but bien précis...
 
Après un premier arc décevant, Rick Remender redresse spectaculairement la barre avec ces nouveaux épisodes, même s'il est obligé de faire un crochet par le crossover Age of Ultron en cours de route. Est-ce à dire que la série devient impeccable ? Pas complètement. 
Autant le dire tout de suite, ce n'est pas une lecture facile et il faut s'accrocher pour suivre un récit très dense, qui a recours à des éléments narratifs toujours délicats à manier (et donc à faire digérer), comme les voyages dans le temps, la vengeance de méchants (qui le sont devenus après de mauvais traitements) dont l'origine remonte à une autre série antérieure (même si elle est du même auteur), un casting très riche et bien secoué par les remous de l'histoire.

Tout commence par un curieux chapitre entièrement centré sur Thor, Kang (dans sa version Rama-Tut, à l'époque où il sévissait dans l'Egypte des pharaons donc), et Apocalypse. Ce segment semble déconnecté de la série mais pose en vérité les bases de ce qui va suivre... mais pas tout de suite toutefois !

En effet, après cela, donc, Rick Remender, avec le concours de Gerry Duggan, doit écrire un épisode en relation avec la saga Age of Ultron (écrite, elle, par Brian Bendis). Ils se sortent bien de cet exercice en s'attardant sur Kang et l'éducation qu'il prodigue aux jumeaux d'Apocalypse, qu'il a ravis à leur mère juste après leur naissance. Néanmoins, on se serait aisément passé ce détour.

Ce n'est qu'au 8ème chapitre qu'on retrouve l'équipe et qu'on renoue avec l'intrigue principale ! Mais ce n'est pas un long fleuve tranquille qui attend le lecteur puisque, on l'aura compris, avec un vilain comme Kang (alias Immortus, alias Rama-Tut), et ses voyages temporels, ça ne va pas être de tout repos (quiconque a au moins lu la mini-série Avengers Forever, de Kurt Busiek, sait de quoi je parle : le personnage est passionnant, les possibilités scénaristiques qu'il offre incroyables, mais il faut mieux être très attentif pour apprécier toutes ses manipulations).

Il est difficile de reprocher à un auteur, surtout quand il écrit dans le cadre d'un univers partagé, avec des personnages qui ne lui appartiennent pas (même s'il peut en choisir certains plutôt que d'autres, et que sa notoriété lui autorise quelque liberté de la part de son éditeur), de faire preuve d'ambition. Après tout est question de dosage, et je suis partisan des scénaristes qui gardent toujours en tête qu'ils s'adressent à tous les types de lecteurs, des connaisseurs comme des néophytes, ce qui exige de rester accessible.
Déjà dans son premier arc, j'avais retenu contre Remender le paradoxe qu'il instaurait entre l'objectif de Marvel de produire une série pour attirer ou ramener des lecteurs et son goût pour des références pouvant échapper à quelqu'un qui n'a pas une culture aussi aiguisée que la sienne concernant la continuité. On retrouve ici le même défaut tout en pouvant apprécier sa maîtrise dans la conduite du récit, porté par une caractérisation puissante et des rebondissements spectaculaires très divertissants.

A la fin des épisodes de The red shadow, Remender annonçait le retour d'Onslaught, une menace qui commence à dater (je n'ai pas lu cette histoire mais, en cherchant un peu, j'ai pu apprendre qu'il s'agissait d'une incarnation pervertie de Charles Xavier qui avait complètement bouleversé le Marvelverse). Le résultat de ce retour programmé (même si l'auteur ne précisait pas pour quand), c'était une autre référence, encore plus ancienne, aux épisodes d'Uncanny X-Men de Chris Claremont et John Byrne (le fameux récit Days of future past), décrivant un futur vraiment terrible pour les mutants.
Remender a de la suite dans les idées, c'est certain, puisque Uncanny Avengers s'appuie sur l'intégration des mutants aux Avengers et au reste de l'humanité. C'est très bien, louable même, mais il faut quand même être bien renseigné pour saisir de quoi il parle, au risque, sinon, d'être face à des images certes accrocheuses mais cryptiques.
 
Donc, pour résumer, on nous prévenait que Crâne Rouge, avec les pouvoirs de Charles Xavier, serait un nouvel Onslaught, déterminé à appliquer aux mutants le traitement que les nazis infligèrent aux juifs, avec des caps d'extermination, et des héros rejetés et éliminés pour n'avoir pas su prévenir et empêcher cette catastrophe.
Mais, plutôt que de développer cette trame, Remender choisit de nous entraîner dans une autre direction, en empruntant des sentiers tortueux. Dans l'épisode 5, on voyait Kang enlever les enfants d'un des cavaliers d'Apocalypse : il les a élevés, à la dure, avant qu'ils ne lui échappent, résolus à se venger de lui, autant pour le châtier que pour protéger la race mutante. C'est plutôt capillotracté mais original car la série se trouve de nouveaux méchants aux mobiles plus troubles, aussi déterminés à en faire baver à Kang qu'à séparer leurs semblables du reste de l'humanité considérée comme aussi malfaisante que Kang.

La situation de Thor, en particulier, mais aussi de Wolverine et enfin de Scarlet Witch est profondément redessinée et Remender leur donne ainsi un relief passionnant : il ne se contente pas de rejouer sur des défauts traditionnellement attachés à ces personnages (le dieu du tonnerre et sa jeunesse arrogante, le griffu aux méthodes expéditives, la récurrente tentation de la sorcière à modifier la réalité en espérant l'arranger), il les met face aux conséquences de leurs actes et cela nourrit efficacement les tensions puis les dissensions au sein de toute l'équipe. Même si on peut se douter qu'à la fin tout ce beau monde saura quand même se réunir pour vaincre les vilains, il demeure que les cartes sont bien rebattues, qu'un véritable suspense émerge, avec cette délicieuse incertitude sur l'état des troupes au terme de la bataille.

Toutefois, Remender, s'il n'économise pas les coups de théâtre, reste un adepte de la narration décompressée et, s'il donne son comptant de grosses baston aux lecteurs, lui impose aussi de longs dialogues très explicatifs, dont l'insistance pour bien situer les positions de chacun (comme les éternelles disputes entre Scarlet Witch et Rogue, déjà lassantes) sont lourdingues.
Sa manie, aussi, de relier cette histoire à celle qu'il avait initié dans son run sur Uncanny X-Force est gênante pour qui n'a justement pas lu cette précédente série.
Enfin, et ce qui m'agace le plus avec Remender, c'est, comme Geoff Johns chez DC, ce recours à l'ultra-violence systématique pour bien nous montrer que non seulement on n'est pas là pour rigoler, mais qu'en plus tout va péter (des Célestes, le monde, l'équipe des héros), ça va saigner méchamment (et vas-y que je découpe à la hache, que je m'arrache le visage, que je te lacère avec mes griffes empoisonnées de mort-vivant...). Bonjour la subtilité !

Rendons quand même à Remender un hommage : avec un tel récit, de tels enjeux, un tel casting, il met en scène de son côté quasiment son propre event, et c'est impressionnant, cohérent, prenant. Cela peut rappeler, la verve provocatrice et sarcastique en moins, ce que Mark Millar réussit jadis avec Ultimates. Et quand on examine la composition de l'équipe, on ne peut qu'être saisi par le nombre de personnages borderline (Havok : un ex-terroriste, Wolverine : un tueur infanticide, Rogue : une ex-fugitive, Wanda : une folle, Thor : un dieu irresponsable, Captain America : un leader intransigeant, Wonder Man : le frère perturbé d'un assassin, Sunfire : une bombe humaine...) : là aussi, à défaut de finesse, on a des héros bien équivoques, prompts à susciter l'intérêt de lecteurs blasés par des groupes de bons samaritains.
Avec cette équipe, Remender peut s'en donner à coeur joie sur la notion de responsabilité qui le passionne car les Uncanny Avengers, réunis dans l'urgence, n'ont rien pour s'entendre et explosent rapidement, ce qui leur vaut une cuisante dérouillée (dont ils tireront les leçons qui s'imposent ?). Leurs adversaires l'ont compris et n'auraient presque pas besoin de nouveaux cavaliers d'Apocalypse pour les diviser et les terrasser.

Visuellement, la série, qui a souffert du retour difficile de John Cassaday et d'un fill-in faiblard d'Olivier Coipel, gagne énormément avec l'engagement de l'espagnol Daniel Acuña, jusqu'ici abonné à de courts runs sur des séries diverses (même s'il y a souvent été excellent - cf : Black Widow, Eternals, ou chez DC, Uncle Sam and the Freedom Fighters).
Il réalise ses dessins à l'infographie, s'acquittant ainsi de l'encrage mais aussi de la colorisation : une technique qu'il n'a cessé de perfectionner et avec laquelle il obtient ici ses meilleurs résultats. Acuña parvient à conserver le dynamisme de l'esquisse avec le soin de finitions qui donnent à ses pages un rendu saisissant, très flamboyant.
Cette méthode prend toute sa valeur dans les scènes d'action où la manifestation des pouvoirs, les explosions diverses, possèdent une intensité remarquable. Dans les moments plus intimistes, la qualité expressive des personnages, qui bénéficie tous d'un traitement les rendant immédiatement identifiables et remarquables, aboutit aussi à de francs succès. Ses femmes sont séduisantes et élégantes, jamais vulgaires, ses hommes virils tout en ayant une vulnérabilité touchante.

En comparaison, les planches d'Adam Kubert paraissent infiniment plus quelconque, et pour qui (comme moi) n'apprécie déjà pas son style, dépourvues de saveur, de relief. Si son découpage possède une énergie certaine, son trait est trop frustre, comme en témoignent l'indigence de ses décors (quand il pense à les représenter).
Ce deuxième recueil présente le début de ce qui s'annonce une (très) longue saga, à la fois complexe et efficace, à l'imagerie "bigger than life". Il faut savoir faire un effort pour s'y plonger mais l'ensemble produit un résultat souvent puissant, avec un graphisme à la hauteur.