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jeudi 28 décembre 2023

SABRINA THE TEENAGE WITCH HOLIDAY SPECIAL #1, de Kelly Thompson et Veronica Fish, Danielle Paige et Veronica Johnson


Deux ans et demi après la parution de la mini-série Sabrina The Teenage Witch : Something Wicked, Kelly Thompson et Veronica Fish (sans son mari Andy cette fois) reviennent pour ce numéro spécial Noël. Il est agrémenté d'un second récit par Danielle Paige et Veronica Johnson, pour un résultat très frustrant.


- THE LONGEST NIGHT - Désormais élève à l'école des sorcières, Sabrina Spellman invoque un sort qui ouvre un portail inter-dimensionnel. Sa mission : délivrer Ali, une de ses camarades, enlevée par un démon. Mais le temps est compté et l'ennemi très dangereux...


Kelly Thompson est une scénariste occupée et on devine que si elle aura bien aimé continuer à écrire les aventures de Sabrina The Teenage Witch, elle n'en a pas eu le temps. Toutefois quand l'editor du titre chez Archie Comics lui a proposé de s'y remettre, elle a trouvé un compromis... De saison.


Vous l'aurez deviné : il s'agit d'un épisode spécial Noël. La fin laisse espérer une suite, peut-être en 2024, et je croise les doigts pour que ce soit le cas car il s'est écoulé quand même deux ans et demi depuis la précédente mini-série, Something Wicked.
 

En même temps, on ne va pas se le cacher, ce retour est frustrant car l'épisode ne compte qu'une quinzaine de pages. Kelly Thompson délivre une histoire très nerveuse, en temps réel, où Sabrina Spellman infiltre le repaire d'un démon dans une autre dimension pour y délivrer une camarade de l'école des sorciers.

On n'a donc pas le temps de s'ennuyer mais guère plus de savourer car ça passe très vite. Toutefois, ne boudons pas notre plaisir car c'en est un de retrouver le petite sorcière telle qu'on l'aime et comme seule la scénariste semble savoir l'animer. Sa malice, son courage, son charme sont intacts.

Au dessin, Veronica Fish est également de retour, ouf ! L'artiste a su donner au personnage une identité graphique à la fois dynamique et pleine de séduction. Sa narration est simple mais très fluide, une dessinatrice de ce talent mériterait d'être plus et mieux exploitée.

On notera que Veronica Fish n'est pas colorisée par son mari Andy, comme c'était le cas précédemment, mais par Matt Herms, qui collabore souvent avec Rafa Sandoval. Toutefois la palette reste fidèle à ce qu'on avait vu auparavant, avec des tonalités très vives qui participent pleinement au look de la série et de cet épisode - même si, en vérité, rien ne vient souligner qu'il se déroule durant les fêtes de fin d'année.

Allez, maintenant, un arc entier pour l'an prochain !

 
- A VERY SPELLMAN SOLSTICE - Sabrina demande à ses tantes Zelda et Hilda de lui raconter leur premier solstice d'hiver à Greendale. Elles s'exécutent et reviennent sur la mésaventure qui a suivi leur projet de ressusciter leurs parents, Spinner et Morgana Spellman, quand leur grand-mère, exilée en enfer, s'en est mêlée...

Ce complément de programme de 7 pages est l'oeuvre de Danielle Paige au scénario mais déçoit après l'épisode par Thompson. L'intrigue n'est pas très développée alors qu'il y avait de quoi faire. Les dessins sont dus à Veronica Johnson dont le style frise l'amateurisme, ce qui jure avec les pages de Fish.

Je comprends que sortir uniquement un comic-book de 15 pages aurait été insuffisant mais là, ce n'est ni fait ni à faire. 

lundi 26 juillet 2021

DES NOUVELLES NOUVELLES TOUTES FRAÎCHES

C'est Lundi, le jour des News comics. Et Il y a à boire et à manger cette semaine. Les éditeurs ne prennent pas de vacances, il faut faire tourner la machine et prévoir les sorties de l'Automne. Donc, allons-y gaiement sans tarder !

*

DAVE COCKRUM :


Disparu en Novembre 2006, Dave Cockrum a été le héros de mon enfance et de mon adolescence quand j'ai commencé à découvrir les comics de super-héros, au premier rang desquels ceux qu'on appelait en France, dans la revue Special Strange, Les Etranges X-Men, dont il fut l'un des créateurs. Je parle ici de la seconde génération, lancée par Len Wein en 1975, mais dont le dessinateur conçu tous les designs et une partie de la caractérisation.
Si le dessin de Cockrum a plus ou moins bien vieilli - je le préfère quand il s'encrait lui-même - , en revanche ses designs restent une référence absolue, pour les fans comme pour les autres artistes. Cockrum, ce sont les épaules pointues, les bottes retournées, les couleurs vives, les coupes près du corps, et souvent l'absence de masque. Songez qu'il voulait se débarrasser de Wolverine car il préférait Diablo (son personnage fêtiche, dont il n'a jamais admis qu'on en fasse un curaillon par la suite puisque lui l'avait imaginé comme un pirate) : la face de l'histoire des comics Marvel en eût été changé à jamais...


Cockrum et les X-Men resteront à jamais associés, même si je vous engage aussi à lire Les Justiciers du Futur (Futurians) ou Starjammers, par exemple. Mais pourquoi je vous parle de Cockrum cette semaine ? Hé bien, d'abord parce que ça ne fait jamais de mal de se rappeler ce grand homme. Mais surtout parce qu'a eu lieu la remise des Eisner Awards et qu'à cette occasion Dave Cockrum a été honoré en entrant dans le Eisner Hall of Fame, l'équivalent du Rock'n'Roll Hall of Fame pour les comics, une manière de reconnaître son impact artistique dans l'industrie.
Il état temps, mais réjouissons-nous de l'initiative. Et que Cockrum inspire les dessinateurs et scénaristes par-delà les temps comme il a enchanté tant de fans.

*
DC COMICS :


La semaine dernière, je me suis moqué de DC et de la Bat-mania, avec cette pléthore de titres consacrés à la chauve-souris. Mais, cette année, on fête aussi les 80 ans de plusieurs autres héros emblématiques de l'éditeur : récemment c'était Green Arrow. Cet Automne, ce sera au tour de Wonder Woman, pour laquelle DC a mis les bouchées doubles.
De manière la plus classique d'abord avec un un numéro anniversaire de 100 pages où des auteurs fameux présenteront des petites histoires inédites sur l'amazone. En consultant les crédits annoncés, j'ai pu quand même noter l'absence de Jodi Picoult et Allan Heinberg qui ont signé deux runs remarqués. Mais Yanick Paquette, qui a collaboré aux trois volumes de Wonder Woman : Earth One (sur des scénarios de Grant Morrison) signe une jolie couverture pour l'occasion. Moi, j'avoue être un bon client pour ce genre de n°, donc j'en rédigerai certainement la critique.


Plus attendue, on sait enfin qu'en Novembre sortira Wonder Woman : Historia, une mini-série de prestige en trois épisodes, sur laquelle travaillent depuis plusieurs années la scénariste Kelly Sue DeConnick et le dessinateur Phil Jimenez.
L'ouvrage est copieux, avec une pagination plus développée qu'à l'accoutumée. Mais surtout, en plus de la magnifique couverture ci-dessus, DC a commencé à diffuser quelques pages (non lettrées) et il est impossible de ne pas être époustouflé par la production de Jimenez, pour qui c'est l'oeuvre d'une vie, une dédicace à son héroïne favorite.
Tout ça sent le chef d'oeuvre, le classique immédiat.


Et puis, DC a consenti à lancer une série consacrée à Nubia, la nouvelle reine des amazones de Temyscira (puisque Hippolyte remplace actuellement sa fille Diana au sein de la Justice League). Ce sont Stephanie Phillips et Vita Ayala qui écriront, et Alitha Martinez qui dessinera. Que des femmes donc. Bon, faut voir.


DC et ses Crisis, voilà un topic en soi. Et il semble bien que l'éditeur en prépare une nouvelle comme le suggère le n°2 de la mini-série Infinite Frontier, écrite par Joshua Williamson. Dans cette histoire, on assiste à la formation d'une équipe de super-héros chargé de veiller au maintien de l'ordre dans l'Omnivers. L'Omnivers est composé de plusieurs Multivers, donc il y a du boulot. Vous avez dit compliqué ? Nous sommes chez DC, je vous rappelle, et la devise implicite, c'est "pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué" (sous-entendu : il faut bien gérer le foutoir laissé par Scott Snyder après Metal, Justice League et Death Metal).


Mais pourquoi parler de nouvelle Crisis ? Parce que dans le dernier épisode en date de Infinite Frontier, à la toute fin, on a droit à deux planches qui ressemblent fort à un gros teaser pour un event de ce calibre en 2022. Tout d'abord, on voit le Directeur Bones (ancien chef de la DEO) devant plusieurs écrans dont les images évoquent des histoires à venir. Et évidemment autant de conflits potentiels.


Puis ensuite on a droit aux mains squelettiques de Bones qui tiennent une tablette sur laquelle sont inscrites plusieurs interrogations en relation avec des héros du DCU. Tout cela augure forcément de développements dans les mois à venir, qui devraient culminer dans une saga d'envergure, avec des Black Lantenrs, Swamp Thing, les Planète Unies, la Titans Academy, Aquaman...
Bon, comme tous les events, je suis très circonspect et perplexe, car ce qui doit souvent aboutir à plus de simplicité ne donne que plus de chaos. DC osera-t-il un énième reboot après les New 52, Rebirth, Infinite Frontier ? Ou plus "modestement" s'agit-il de redistribuer les cartes parmi les héros, leurs séries ? Ce qui paraît certain, c'est que plus que Snyder (qui a pris du champ), Tynion IV, Johns, Bendis, c'est bien Joshua Williamson qui a les clés actuellement pour bâtir le DCverse de demain, un projet ambitieux et casse-gueule, qui a souvent été très mal géré éditorialement par le passé à cause d'un manque de communication entre les editors.


Enfin,cette semaine, du côté de DC, quelqu'un (je n'ai pas retenu le nom de l'auteur de l'article) a relevé quelque chose d'assez fou. Pour cela, il faut remonter dans le temps, jusqu'en Juillet 2007, il y a donc 14 ans de cela précisèment. J'insiste sur ce point car c'est vertigineux pour la suite. A cette époque, c'est Grant Morrison qui écrit la série Batman : le scénariste britannique y fait feu de tout bois, établissant le concept d'über-Batman, introduisant officiellement Damian Wayne comme le fils de Bruce, fruit de sa liaison avec Talia Al Ghul, dont il fait son nouveau Robin.
Dans l'épisode 666 (tout un programme), Morrison, avec le dessinateur Andy Kubert, se projette dans le futur... En 2021 ! Damian a succédé à Bruce dans le rôle de Batman, il arbore un crâne rasé et applique une justice expéditive, dans un Gotham plus sombre que jamais. Mais ça va plus loin...


En effet, dans ce même épisode, une scène montre Damian dans la Batcave face à ses écrans de contrôle sur lesquels sont diffusées toutes les news du monde. Et là, Morrison devient un vrai devin car ce qu'il écrit correspond étonnamment à aujourd'hui, dans la vraie vie, le vrai monde : il est question du réchauffement climatique qui cause des dégâts catastrophiques, mais surtout d'une pandémie mondiale obligeant à des quarantaines. 
Morrison s'est souvent confronté à Alan Moore (dont il sera question plus loin dans cette entrée), se posant à la fois comme un fan, un concurrent, un détracteur. Mais au fond Morrison a toujours semblé envieux de la portée visionnaire des eouvres de Moore, de la manière dont ce dernier anticipait l'évolution de la société. Dans Batman #666, il avait réussi à deviner ce qui se passe actuellement avec une acuité assez bluffante à son tour.

*

MARVEL COMICS :


Les annonces des sorties de Novembre chez Marvel sont tombées à la fin de la semaine dernière, sans apporter beaucoup de grain à moudre. Il faudra attendre pour savoir, par exemple, qui succédera à Ta-Nehesi Coates pour écrire Captain America (certainement une fois la mini The United States of Captain America terminée). 
En attendant, revenons sur ce qui sortira en Août. Al Ewing est sur le point d'achever son run sur Immortal Hulk (au #50) mais il prépare déjà la suite. Déjà bien occupé avec SWORD, Guardians of the Galaxy, la reprise de Venom (avec Ram V et Bryan Hitch), le voilà qui relance Defenders dans une mini-série en cinq numéros avec le dessinateur Javier Rodriguez.
Il semble qu'Ewing continue une intrigue entamée avec Incoming, lui-même prélude à l'event Empyre, et Immortal Hulk puisqu'aux côtés du Silver Surfer et de Dr. Strange (deux Defenders historiques), on retrouve Betty Ross (dans son nouvel avatar de Red She-Hulk) et le Masked Raider ainsi que Cloud. Du cosmique en vue donc et un nouveau team-book pour l'auteur.
La présence au dessin de Rodriguez donne envie, même si j'ai peur d'être un peu largué avec l'histoire. A voir.


Luke Cage, depuis le départ de Brian Michael Bendis chez DC, est beaucoup plus discret chez Marvel : sa dernière apparition mémorable était justement dans les Defenders version Bendis, identiques à ceux de la série Netflix. C'est bien dommage de négliger de personnage, surtout à l'heure de Black Lives Matter.
Chez Marvel, on a fini par arriver à la même conclusion et une mini-série en trois épisodes intitulée Luke Cage : City of Fire va remédier à cet oubli. Ecrite par Ho Che Anderson, cette histoire s'inspirera des bavures policières commises contre les afro-américains avec Cage dans le rôle de l'enquêteur. Chaque chapitre sera dessiné par un artiste différent : Ray-Anthony Height, Farid Karami et Sean Damien Hill.
Si c'est bien fait, c'est-à-dire si la charge politique de cette histoire n'est pas édulcorée, ce pourrait être très audacieux et salutaire, surtout venant d'un gros éditeur comme Marvel. Car hélas ! même après la condamnation de Derec Chauvin, le flic qui a étouffé George Floyd, le problème du racisme dans la police américaine n'est pas classé.


Depuis le début de son run sur Captain Marvel, je ne dirai pas que Kelly Thompson a été particulièrement brillante. Elle a certes beaucoup à faire pour rendre à nouveau sympathique et attractive une héroïne à la réputation bien entamée depuis Civil War II, mais de toute façon, même sans ce handicap, les histoires de la scénariste sont à peine passables. La faute aussi à une valse de dessinateurs (pratiquement un différent à chaque arc).
Pourtant, Thompson ne renonce pas et veut frapper un grand coup cet Automne avec une intrigue baptisée The Last of the Marvels. La scénariste et le dessinateur Sergio Davila vont faire revenir pas mal d'avatars de Captain Marvel. Voire Mar-Vell lui-même ? Attention ! Sujet sensible car le Captain original est mort dans un récit culte de Jim Starlin et n'est jamais revenu (comme l'oncle Ben dans Spider-Man), même si d'autres auteurs ont été tentés d'orchestrer son come-back (Rick Remender dans Uncanny Avengers).
Début de cet arc périlleux à partir de Captain Marvel #32.


Loki Président ! Si vous avez vu la série sur Disney +, vous avez remarqué l'apparition du personnage dans l'épisode 5, tel qu'issu de la mini-série (en comics) Votez Loki ! de Christopher Hastings et Langdon Foss de 2016. Mais, cette semaine, on a appris que tout cela aurait pu tourner très différemment.
En effet, il y a cinq ans, Tom King est encore scénariste chez Marvel et sa mini-série The Vision reçoit un bel accueil critique et public. Il propose un pitch pour une autre mini, en douze n°, à Marvel : Loki President. Tout commence par l'accession au pouvoir de Loki aux Etats-Unis, il est félicité apr Thor (même si celui-ci lui glisse à l'oreille qu'il ne le mérite pas) puis montre sur une estrade pour prononcer un discours devant la foule de ses supporters. Une détonation retentit alors. Loki est tué ! Puis un carton annonce : "un an avant..."
Ce début renvoie de façoj troublante à celui, récent, de Rorschach du même Tom King chez DC. Le scénariste a raconté qu'il était inspiré par la campagne de Donald Trump à l'époque, alors que personne (pas même lui) n'osait croire qu'il allait remporter l'élection présidentielle américaine : qui pourrait être un candidat aussi improbable et générateur de chaos dans l'univers Marvel ? Loki !
King développe son synopsis et Tradd Moore est désigné comme artiste. Il croque quelques idées sur le personnage du dieu de la malice, des roughs de couvertures. Mais ça n'ira pas plus loin. Pourquoi ? Dan Didio contacte Tom King et lui offre sur un plateau Batman pour sa relance à l'occasion de Rebirth, c'est seulement la troisième fois que la série sera renumérotée. King ne peut refuser mais doit être exclusif DC. Il quitte Marvel en abandonnant Loki President.
Pourtant l'histoire ne tombe pas tout de suite dans les oubliettes car Chip Zdarsky, avec la bénédiction de King, est choisi pour reprendre le projet. Problème : le canadien ne sait pas quoi en faire. Hastings reformule le pitch et le transforme en Votez Loki, mais le résultat ne connaîtra pas le même retentissement.
Mais peut-être qu'on reverra quand même Loki Président puisque Loki sur Disney + a été renouvelé pour une deuxième saison...
 

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ARCHOE COMICS :



Je sais que je ne parle pratiquement jamais de Archie Comics, excepté à l'occasion des arcs de Sabrina the teenage witch écrits par Kelly Thompson et dessinés par Veronica Fish. C'est un éditeur qui ne m'attire pas des masses et puis, je ne peux pas tout lire. Mais cette semaine on a eu droit à deux annonces assez croustillantes.
Car avant Kelly Thompson et Veronica Fish, Sabrina Spellman était l'héroïne d'un comic-book bien différent, plus noir, écrit par Roberto Aguirre-Sacasa, le showrunner de la série produite par Netflix sur la jeune sorcière, et dessiné par Robert Hack. Huit épisodes étaient sortis...
... Il y a quatre ans ! Pas officiellement annulée, la série était en pause, selon l'éditeur. Et la pause est terminée puisque cet Automne sortira le neuvième épisode de Chilling Adventures of Sabrina, toujours par Aguirre-Sacasa et Hack. On peut penser que l'annulation de la série sur Netflix a motivé Archie Comics à relancer le titre (sans repartir de zéro) puisque le scénariste a clairement affirmé qu'il entendait développer des idées prévues pour la plateforme de streaming.


Mais Aguirre-Sacasa n'en reste pas là puisqu'il va lancer une nouvelle série sur Sabrina : The Occult World of Sabrina. Cette fois, il sera accompagné par le dessinatrice Audrey Mok et il s'intéressera aux autres personnages qui gravitent autour de la jeune sorcière, sans qu'elle soit absente des intrigues, qui sont annoncées comme proche de l'épouvante. 
Reste à savoir ce qu'il adviendra de la série de Kelly Thompson (si elle trouve du temps dans on agenda pour en écrire une suite) et Veronica Fish, au ton diamétralement différent mais que j'apprécie bien.

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ALAN MOORE :



Alan Moore mérite bien qu'on lui réserve une section à part entière de cette entrée, même s'il est aussi question de sa fille, Leah, également scénariste de comics. Comme Dave Cockrum, Moore est un des mes héros, quelqu'un d'intouchable : il a révolutionné la BD comme aucun autre, mais a décidé de ne plus en écrire, écoeuré par les traitements qu'il a subis de la part de plusieurs éditeurs, épuisé par ses combats pour la reconnaissance de ce média et de ses créateurs. Un terrible gâchis.
Et la cause d'un énorme et désastreux malentendu car pour beaucoup aujourd'hui Moore est cet écrivain britannique au look de sorcier qui peste contre l'industrie des comics comme un vieux grincheux aigri. Une image qui a fini par quasiment éclipser celle du scénariste génial, souvent copié, jamais égalé.
Pourtant, Moore vaut tellement mieux que ça. S'il a effectivement toujours refusé d'être associé aux spin-off de ses oeuvres (cf. Before Watchmen) ou à ses adaptations (V pour Vendetta, Watchmen, La Ligue des Gentlemen Extraordinaires, From Hell), et donc imposant à ces productions que son nom ne soit pas mentionné dans les crédits, il a également fait en sorte que les royalties soient intégralement reversées à ses artistes (David Lloyd, Dave Gibbons, Kevin O'Neill, Eddie Campbell).
Donc oui, Alan Moore ne veut plus rien avoir à faire avec les éditeurs de comics, mais il n'a pas entraîné dans sa retraite ses collaborateurs, il ne les a pas mêlés à ses combats (même si Kevin O'Neill et Eddie Campbell n'ont jamais franchi le Rubicon en travaillant pour des majors).

Mais c'est un gâchis artistique. Moore qui n'écrit plus de comics, c'est terrible, et le milieu devrait le regretter à haute voix. Après tout, il n'a que 67 ans. Il n'a pas non plus écrit que des chefs d'oeuvre (Rob Liefeld l'a même entraîné dans une ses pitreries lamentables à une époque), mais cela ne pèse pas lourd quand on a créé Watchmen, Tom Strong, V pour Vendetta, etc. Qui sait, si on l'avait laissé faire, ce que Moore aurait pu donner à ses fans ? Maintenant, il se consacre au roman.

Si je vous parle d'Alan Moore, c'est parce que son nom a resurgi d'une façon inattendue récemment. Un article de journal bien documenté, avec témoignages à l'appui, a relevé la manière dont les gros éditeurs de comics américains rétribuaient ses auteurs et ce qu'on a appris à l'occasion s'est avéré embarrassant - ou évident. Ed Brubaker a ainsi affirmé qu'il avait reçu plus d'argent pour tourner un caméo dans Captain America : Le Soldat de l'Hiver que pour tout son run sur la série Captain América et la création du Winter Soldier : vous allez me dire qu'il n'a pas inventé Bucky Barnes, et c'est vrai, mais il a inventé le Soldat de l'Hiver et n'a touché que des clopinettes pour ça. Ta-Nehesi Coates, qui a revendiqué le run de Brubaker comme son modèle pour le sien sur Captain America, a fait part de son incompréhension quant au traitement de son collègue par Marvel à ce sujet.

Dans cette enquête, Jim Starlin a aussi raconté comment Marvel l'avait financièrement considéré alors qu'il est le créateur de Thanos, Drax, Gamora, des vedettes du MCU. Tandis que chez DC, plusieurs auteurs ont en revanche loué la manière dont l'éditeur, sous l'impulsion de Paul Levitz, faisait plus de cas de leurs contributions multimédias. Chez les indépendants aussi, les gros sous nourrissent des conflits : dernièrement, Lewis LaRosa a dénoncé le comportement de Rick Remender en l'accusant de l'avoir floué pour la série The Scumbag... Avant de se rétracter et que le scénariste clarifie les choses en expliquant que l'artiste devait initialement dessiner les 8 premiers épisodes, puis avait démissionné au terme du premier, victime de problèmes de santé, ce qui avait conduit la série à être illustrée par un dessinateur différent à chaque n°. Cela n'a pas empêché David Lafuente de refuser de collaborer avec Remender, par solidarité avec LaRosa, tandis que Wes Craig, dessinateur de Deadly Class (autre série écrite par Remender) a tenu au contraire à souligner l'honnêteté de son ami scénariste.

Et Moore là-dedans ? Hé bien, justement, Moore, à l'origine, a eu des démelès avec les majors pour ses rémunérations et ses droits d'auteur. Et donc, il a été cité en exemple des mauvais traitements par les éditeurs à l'occasion de cet article. Ce qui, incidemment, a fait remonter à la surface une intervention de Leah Moore en 2019 où elle dénonçait ce que l'industrie avait fait subir à son père, qui a fini par quitter, écoeuré et épuisé, les comics.

"he tried to make them into something that provoked thought and feelings, that addressed issues, that spoke to people the way superheroes had always spoken to him. That seems crazy to me. I have his collection of Marvel comics, dogeared from reading, from love. I heard so many times about his excitement at finding a stash of second hand Marvel comics in a junkshop, in a box, or buying them off the spinners in Great Yarmouth on holiday. He could not love superhero comics more if he tried. Jack Kirby was his idol, Ditko was his idol."

(Grosso modo, Leah Moore explique que ce qui la rend folle, c'est que son père adore les super-héros et les comics, plus que tout. Kirby et Ditko étaient ses idôles. Les super-héros l'ont toujours passionnés, inspirés, excités, depuis toujours.)

"the medium he adored was ruled by corrupt despots, that the people who made that magic were abused, that their contribution was not valued, that it was stolen from them. He already hated that before Watchmen. He already knew Kirby had been shafted. So when it happened to him, and then again, and then again, it wasn't just a business deal gone awry, or a bit of bad luck, it broke him. The thing he loved most, the thing he poured *all* his time and energy into for his whole entire life, he couldn't do it anymore."

("Ce média qu'il adore, ajoute-t-elle, est dirigé par des despotes corrompus, qui ont abusé des créateurs qui le rendent magique, dont les contributions sont dévaluées, dont les créations leur sont volées. Moore a toujours haï cela, même avant Watchmen. Il savait comment ça se passait car il savait comment avait été traité Kirby. Donc, quand ça lui est arrivé, à lui, encore et encore, il savait que ce n'était pas de la malchance, une mauvaise compréhension entre les créateurs et les affairistes, ça l'a brisé. La chose qu'il aimait le plus au monde, pour laquelle il a depensé tant de temps et d'énergie dans sa vie entière, il n'a plus voulu s'y consacrer.")

"Can you imagine if he hadn't been fucked over? If instead of being Grumpy Alan Moore Shouting From His Cave he had spent the past 40 years putting out book after book for DC and the rest? Creating vast worlds full of the superheroes he loves? Enjoying comics? Its a damn shame."

("Pouvez-vous imaginez à quel point il a été baisé ? Si au lieu de le considérer maintenant comme ce vieux grincheux d'Alan Moore qui passe son temps à pester après DC depuis 40 ans, il avait pu encore inventer des mondes entiers et merveilleux pleins de super-héros qu'il aime ? Faire son métier avec plaisir ? C'est vraiment honteux.")

Méditez ça. Et à bientôt pour de nouvelles critiques.

vendredi 26 février 2021

SABRINA THE TEENAGE WITCH : SOMETHING WICKED #5, de Kelly Thompson et Veronica Fish


La parution chaotique de ce deuxième volume de Sabrina The Teenage Witch s'achève trois mois après la sortie du précédent épisode. J'ignore ce qui a pris si longtemps à Archie Comics pour livrer ce numéro mais passons. Kelly Thompson avait la lourde tâche de conclure une intrigue un peu plus laborieuse que celle de son premier arc et elle s'en sort bravement. Veronica Fish met cela en images avec son énergie habituelle.


Capturée avec Ren et Radka Ransom par Della, Sabrina comprend que cette dernière était la tueuse qui sévissait à Greendale depuis plusieurs semaines car elle avait besoin de l'énergie vitale de ses victimes pour conserver sa jeunesse. Aujourd'hui, cependant, c'est à Sabrina d'en faire les frais.


Ren et Radka comprennent qu'il leur faut aider Sabrina, la seule à pouvoir les délivrer du sort que leur a lancés Della en représailles contre leur défunte mère, également sorcière. Ils se changent en Wendigo et offrent une diversion pour que Sabrina se libère de ses liens et défie Della.


Pour affronter Sabrina toutefois, Della n'a pas le choix : elle doit quitter sa cabane et s'enfoncer dans la forêt. Les deux adversaires commencent à se battre au centre d'un pentagramme. Effrayés par la tournure des événements, Ren et Radka tentent de s'interposer mais un champ de force les maintient à l'écart.


A coups de sortilèges de plus en plus puissants et agressifs, Sabrina, bien qu'en difficulté, joue son va-tout en invoquant les esprits des victimes de Della et ainsi elle l'emprisonne dans une carte magique. Il est temps pour les jeunes gens de rentrer chez eux, mais une surprise attend encore Sabrina chez ses tantes...

Parfois on reproche à l'équipe artistique d'une série de ne pas produire assez vite et de nous faire perdre le fil de l'histoire qu'elle raconte. Parfois aussi c'est la faute de l'éditeur qui sort un peu n'importe comment les épisodes. C'est bien ce qui semble s'être passé ici car Archie Comics, au début de la crise sanitaire, avait lancé ce deuxième volume des aventures de Sabrina the teenage witch quand tous les autres se mettaient en stand-by. Puis quand les choses s'arrangèrent, du moins techniquement, la série a vu ses parutions s'espacer. Et notre intérêt se diluer...

Il faut ajouter que l'intrigue de cette mini-série a été moins concluante que la première "saison". Kelly Thompson a démarré fort avec une affaire de meurtres à Greendale pour laquelle Sabrina s'est mise à soupçonner ses tantes Hilda et Zelda. En parallèle, la scénariste a voulu continuer à développer l'évolution de sa jeune héroïne, en plein tourment amoureux, et victime d'un chantage (car Radka Ransom avait découvert son secret et l'obligeait à la délivrer su sort qui les changeait, elle et son frère Ren, en wendigo).

Cela faisait peut-être beaucoup pour seulement cinq épisodes et on a constaté rapidement que Thompson ne traitait guère des meurtres pour privilégier l'introduction d'un nouveau second rôle en la personne de Della, une sorcière qui instruisait Sabrina à de nouvelles pratiques. Il aura donc fallu attendre ce cinquième numéro pour établir le lien entre les meurtres et Della et comprendre le mobile qui animait cette dernière pour les commettre (un prétexte assez convenu d'ailleurs).

Il semble, en outre, que Thompson ait voulu coller à la série de Netflix (Chilling adventures of Sabrina/Les Nouvelles Aventures de Sabrina) en insufflant un peu plus de noirceur dans son scénario. Un calcul maladroit car justement c'est la fraîcheur et l'humour du premier volume qui faisaient tout le charme de la série BD. Et puis graphiquement les éléments horrifiques ne conviennent guère au style graphique des Fish.

Car, quand Kelly Thompson se prenait les pieds dans son tapis (volant), Veronica et Andy Fish tenaient bon le cap : les dessins conservaient leur aspect coloré et facétieux, parfois à la limite du cartoon. Veronica Fish est une artiste qui a une signature bien à elle, on reconnaît ses pages entre mille et sa collaboration avec son mari coloriste, Andy, est formidable. L'esthétique de la série fait énormément pour son attractivité, pas sûr qu'avec d'autres qu'eux on aurait tenu jusqu'à la fin. 

Dans ce dernier chapître, on mesure complètement leur apport car c'est l'heure du duel attendu entre l'héroïne et celle qui l'a trompée depuis le début. Le décor intérieur de la cabane de Della représente un effort louable pour reproduire celui de l'antre d'une vraie sorcière avec chadron fumant, chaînes suspendues, lumières inquiétantes. Ensuite l'affrontement entre Sabrina et Della dans la forêt tient toutes ses promesses : Veronica Fish privilégie les cases d'une dimension généreuse et laisse à la palette Andy de l'espace pour un véritable feu d'artifices pour rendre les sortilèges échangées vraiment flamboyants. Le final est à la fois glaçant sans être trop effrayant, ce qui conserve à la série son côté "pour tout public".

Les situations imaginées par Kelly Thompson demeurent pleines de dynamisme et le trait expressif de Veronica Fish traduit à merveille les émotions qui traversent les personnages, sans jamais aller trop loin dans la comédie, ce qui nuirait à la violence des coups portés/reçus par les deux sorcières. On sent parfaitement la difficulté pour Sabrina de contenir les assauts de Della mais aussi sa détermination mêlée à une meilleure maîtrise de sa magie pour la contrer et finalement la vaincre.

La question restait de savoir si Archie Comics allait s'engager dans un troisième arc, surtout après l'annulation de la série sur Netflix. La réponse est oui comme le suggère le personnage qui attend Sabrina chez ses tantes (dont on ignore où elles sont passées). Kelly Thompson et les époux Fish vont donc pouvoir poursuivre leur run, mais on espère que sa publication sera moins désordonnée et que son histoire sera mieux structurée. 

dimanche 29 novembre 2020

SABRINA THE TEENAGE WITCH : SOMETHING WICKED #4, de Kelly Thompson et Veronica Fish


Après deux mois d'attente, enfin, le pénultième épisode de Sabrina the teenage witch : Something wicked est disponible. Ce calendrier contrarie tout de même beaucoup le plaisir qu'on peut prendre à sa lecture dans la mesure où chaque nouveau chapitre reprend exactement là où s'est achevé le précédent. Et puis, il faut le reconnaître, cette deuxième "saison" de la série ne convainc pas autant...


Agressée par une force mystérieuse, Sabrina a trouvé dans les bois Ren Ransom qui lui demande de l'aide car il s'est à nouveau transformé en wendigo. la jeune sorcière s'arrange pour congédier poliment son amie Jessa, rassurer ses tantes avant de remonter dans sa chambre.


Ren y est rejoint par sa soeur Radka, elle aussi sous le coup d'une nouvelle transformation. Sabrina leur redonne apparence humaine en invoquant un contre-sort. Puis Ren évoque la vision qu'il a eu d'une maison dans les bois, avec à l'intérieur sa mère et une autre femme.


Sabrina est résolue à aller dans cette maison, la clé de tous leurs problèmes selon elle. mais Harvey débarque à l'improviste. Sabrina tente de le tranquilliser mais il est las de ses cachotteries et tourne les talons.


Guidée par Ren et Radka, Sabrina atteint cette fameuse maison. Mais le trio est attaqué par son habitante dont l'identité est très familier de la jeune sorcière...

Dans sa première mini-série consacrée à Sabrina Spellman, Kelly Thompson avait imposé son écriture fantaisiste et efficace en privilégiant l'étude de caractère, même si la magie était bien présente. Cependant, il s'agissait surtout de redonner au personnage de la jeune sorcière le capital sympathie acquis grâce la série Netflix.

Le succès critique et public de cette première "saison" a donné lieu à cette suite, sous-titrée Something wicked. Très vite, Thompson a posé ses pions de manière entraînante avec un tueur qui sévissait à Greendale et le chantage exercé par Radka Ransom sur Sabrina dont elle connaissait le secret. Mais il faut bien avouer que depuis ces belles promesses se sont évaporées.

En vérité Thompson a échoué à exploiter ces deux pistes narratives. Du tueur, on n'a plus entendu parler et jamais Sabrina n'a été affairée à enquêter à ce sujet. Quant à sa relation avec Radka, elle fait "pschitt", tournant à un crépage de chignon pathétique, d'autant que Sabrina était courtisée par Ren, le frère de Radka, et Harvey, un autre prétendant.

Jamais la scénariste n'a paru maîtriser son histoire, soudain surpeuplée en seconds rôles, comme en témoignent les traitements infligés à Jessa (la meilleure amie de Sabrina, totalement reléguée) ou ses deux tantes (un temps soupçonnées d'être à l'origine des transformations de Radka et Ren sans que cela soit clarifié). Ne parlons même pas du chat Salem dont les interventions ont été réduites à la part congrue.

Cela fait maintenant un moment que je ne suis plus guère convaincu par Thompson pour ses travaux chez Marvel (même son actuelle série Black Widow n'a pas évité le piège d'une menace surgie du passé de l'héroïne, éternelle rengaine). Mais je trouvais qu'avec la première "saison" de Sabrina the teenage witch, elle renouait avec la fraîcheur de ses meilleures productions mainstream (Hawkeye, le premier arc de West Coast Avengers). Il y a chez Thompson un manque de constance, de consistance vraiment décourageant, comme s'il elle ne convertissait jamais les espoirs placés en elle.

Ces défaut sons exacerbés par le rythme de parution de cette série. Archie laisse filer les mois sans explications et contribue ainsi à couler le titre. Alors que tous les éditeurs ont retrouvé, malgré la crise sanitaire, un calendrier régulier de sorties, Archie semble sortir Sabrina... quand il y pense. Du coup, à chaque fois qu'un épisode est disponible, il faut se refamiliariser avec les personnage, l'intrigue, et on se rend alors compte que ça n'imprime pas, que le récit ne tient pas le coup, qu'on éprouve du mal à se passionner.

C'est déplorable car la série est toujours remarquablement dessinée. Veronica et son mari coloriste Andy Fish, eux, ne baissent pas les bras et tiennent le projet à bout de bras, avec un dessin tonique, expressif, tout à fait enchanteur. Le plaisir qu'on garde à la lecture, on le leur doit. Mais c'est un compliment ingrat car il traduit un vrai gâchis : les époux Fish méritent mieux. Voilà qui donne en fait envie de découvrir leur autre série, Blackwood (écrite par Evan Dorkin).

Il faudra encore être patient pour lire la fin de cette aventure, prévue en 2021. Mais je l'attends sans trop d'illusions sur sa capacité à redresser le niveau.

samedi 26 septembre 2020

SABRINA THE TEENAGE WITCH : SOMETHING WICKED #3, de Kelly Thompson et Veronica Fish

 

Alors que Sabrina the teenage witch : Something wicked avait maintenu sa publication en pleine crise sanitaire, il a fallu attendre depuis Mai dernier pour que ce numéro 3 soit publié. Heureusement, l'intrigue et ses ressorts m'étaient restés bien en tête et j'ai donc pu renouer avec ce que racontaient Kelly Thompson et Veronica Fish sans effort. 


Accablée par les conséquences de son utilisation de la magie comme le lui a montrée Della, Sabrina rentre chez ses tantes Hilda et Zelda pour les trouver en train d'invoquer des sorts dans leur cave, à la recherche du meurtrier qui sévit à Greendale.


Sabrina rentre à l'école le lendemain et prévoit une soirée entre filles avec son amie Jessa, qu'elle a négligée récemment. Ensuite, elle a une explication avec son prétendant Harvey à qui elle annonce préférer rompre car sa vie est trop compliquée actuellement pour une relation amoureuse.


Le moral au plus bas, après les cours, Sabrina décide d'aller chercher un peu de réconfort auprès de Della, mais celle-ci est affairée dans son arrière-boutique à une étrange cérémonie. Sabrina s'éclipse en se demandant à qui elle peut confiance ces temps-ci.


Une fois de retour chez ses tantes, Sabrina est attendue par Jessa et, mettant ses soucis de côté, l'accompagne dans le salon pour y regarder un film. Elles choisissent un long métrage d'horreur, de quoi se réunir devant des émotions communes.


Mais, au cours de la projection, Sabrina reçoit un appel de Harvey et sort pour lui répondre. Elle s'enfonce dans les bois où elle est agressée par une force mystique. Avant de recevoir une aide inattendue...

En Avril et Mai dernier, alors que j'étais, comme tout le monde, confiné, la lecture des deux premiers chapitres de Sabrina the teenage witch : Something wicked était une vraie petite bulle, un comic-book feel-good, bien agréable. L'actualité veut que je renoue avec cette série au moment où la crise sanitaire repart de plus belle; Etrange concordance. Pour un peu, on s'interrogerait pour savoir si un sorcier n'a pas lancé un vilain sort sur la rentrée...

Il n'empêche, même Sabrina Spellman n'a pas la pêche. Elle vient de découvrir que la magie avait un prix (comprenez : des conséquences sur son environnement), elle doute toujours de ses tantes (qu'un sortilège pointe comme les responsables des malheurs de Radka et Ren Ransom), elle a négligé ses amis, et joué avec les sentiments de deux garçons épris d'elle. C'est pas la joie pour la jeune magicienne.

Cette gravité nouvelle imprègne le script de Kelly Thompson et lui donne une nuance inédite. On n'est plus dans le divertissement léger, presque superficiel du premier volume. On ne sombre pas non plus dans le grim'n'gritty, je vous rassure. Mais il est indéniable que cette nouvelle salve d'épisodes entraîne l'héroïne et le lecteur dans un registre différent.

Ceci renforce le sentiment que Thompson s'exprime beaucoup mieux dans une production telle que Sabrina the teenage witch que dans ses commandes pour Marvel (même si son premier épisode de Black Widow est encourageant). Elle anime ici un personnage avec lequel, c'est évident, son éditeur lui laisse plus de liberté. Il ne s'agit pas de respecter un cahier des charges, un univers partagé aussi strictement codifié qu'avec les héros Marvel, ou, surtout, avec une héroïne qu'elle est chargée de promouvoir pour correspondre avec l'agenda d'un film (comme avec Captain Marvel).

Contrairement à Carol Danvers, Thompson n'a pas à se forcer pour nous rendre Sabrina sympathique, pour qu'on ait de la compassion pour elle. On admet naturellement que, vu son âge, notamment, elle soit dépassé par la situation et ne sache plus à qui s'en remettre. Subtilement le scénario nous indique qu'en effet il est permis de douter de la bienveillance de Della, que le mystère entourant Hilda et Zelda soit un problème, mais aussi que des soucis plus terre-à-terre comme son amitié avec Jessa ou ses amours avec Harvey et Ren sont incompatibles avec ses responsabilités de magicienne.

En revanche, demeure un point en suspens qui trouble la lecture. Il s'agit de ce subplot concernant le tueur rôdant à Greendale. Non seulement on ne voit plus ses méfaits depuis le premier épisode, mais surtout Thompson a le plus grand mal à nous y intéresser alors qu'une menace pareille devrait occuper plus de place dans son récit. Pourquoi, ainsi, Sabrina se cache-t-elle pour espionner ses tantes, qui enquêtent, au lieu de leur proposer de collaborer ensemble ? 

Ce bémol mis à part, la série est aussi un plaisir renouvelé grâce au dessin de Veronica Fish. L'artiste, toujours accompagnée par son mari Andy au couleur, confirme son talent pour représenter les affres fantastico-existentielles de Sabrina. Son trait très expressif sert à merveille dans cet épisode particulier où on voit l'adolescente réellement tourmentée et traversant plusieurs moments dérangeants (mention spéciale à l'espèce de messe noire dans la boutique de Della).

L'apport d'Andy Fish est très notable, en particulier dans la scène où Sabrina use d'un sort d'invisibilité pour espionner ses tantes. L'encrage s'estompe habilement pour cet effet spécial en même temps que le ton de la scène elle-même déjoue la manoeuvre de la magicienne puisque, si elle est invisible, elle est sentie par le chat Salem et n'évite pas toujours de faire du bruit inopportunément.

Le découpage de la dernière scène est aussi très dynamique quand Sabrina est victime d'une attaque magique qui l'attire dans les bois voisins de la maison de ses tantes. Une tension traverse les plans tandis que l'héroïne use de sa magie sans succès pour se délivrer. L'illusion du mouvement est fort bien suggérée par des transitions intelligentes dans les angles de vue, les valeurs de plans et le rythme général de la scène.

S'il ne faut jamais juger un livre à sa couverture, celle de cet épisode est superbe et confirme que l'intérieur vaut l'achat. En attendant la suite, que le cliffhanger rend prometteuse...


jeudi 14 mai 2020

SABRINA THE TEENAGE WITCH : SOMETHING WICKED #2, de Kelly Thompson et Veronica Fish

Pour redémarrer les critiques, priorité à une des rares nouveautés disponible en ce moment, une série rafraîchissante, ce qui ne peut que faire du bien...


En effet, Archie Comics a réussi à maintenir la parution de Sabrina the teenage witch : Something Wicked en ces temps troublés. Et on ne peut que les en remercier car la série écrite par Kelly Thompson et dessinée par Veronica Fish est un vrai feel-good comic, comme le confirme cet épisode.


Sabrina a découvert que ce sont ses tantes, Hilda et Zelda, qui ont lancé le sort transformant à la pleine lune Radka et Ren Ransom en monstres. Elle n'ose leur dire qu'elle les a démasquées ni que faire pour corriger la situation mais promet à Radka de l'aider... A condition que Ren soit mis dans la confidence.


Radka, mise au pied du mur, Sabrina doit encore composer avec sa vie sentimentale compliquée. Elle voudrait se confier à Harvey Winkle, un de ses prétendants, mais se retient en estimant qu'il ne la comprendrait pas bien qu'il ait deviné que quelque chose la tracassait.


Le peu de réconfort que peut trouver la jeune fille, c'est auprès de Della. En passant devant sa boutique, elle est invitée à une séance pour être initiée aux subtilités du savoir-faire, ce jeu de sorcières qu'elle souhaite apprendre. Elle se montre douée mais manque encore de pratique.


Le soir est tombé quand elle quitte Della et Ren Ransom lui propose de la reconduire chez ses tantes. En route, Sabrina s'interroge sur l'opportunité de tout révéler à son autre prétendant qui lui aussi, à sa manière, a une vie secrète. Il accepte de lui laisser du temps pour choisir lequel de lui ou de Harvey aura les faveurs de Sabrina.


De retour dans sa chambre, en compagnie de son chat Salem, Sabrina invoque un nouveau sortilège pour tenter d'améliorer la condition de Ren et Radka. Sur ces entrefaîtes, Della arrive et entraîne la jeune fille dans la forêt voisine... Afin de lui montrer que la magie a un prix...

Le dernier comic-book dont j'avais parlé était justement le premier épisode de Sabrina the teenage witch : Something Wicked. Je me demandais alors, vu la situation, à quand j'aurai le plaisir de lire la suite. Archie Comics a maintenu ses sorties et le deuxième chapitre de la série est disponible depuis une semaine.

C'est heureux car le récit concocté par Kelly Thompson est parfait pour se changer les idées dans une période aussi bizarre que celle que nous traversons. Bien que cette nouvelle "saison" du titre soit moins franchement légère que la première, publiée l'an dernier, c'est encore une BD rafraîchissante, divertissante, avec un charme persistant.

La volonté de la scénariste était de faire évoluer son héroïne vers quelque chose de plus mature sans sombrer dans la gravité. Il y a donc la menace d'un tueur qui rôde à Greendale, mais ce subplot est pour l'instant peu exploité. Ce qui demeure en avant, c'est le trouble de la jeune sorcière dans une situation particulièrement délicate.

Sabrina doit en effet résoudre le problème magique qui concerne Radka et Ren Ransom qui, à chaque pleine lune, se transforme en wendigos ; mais aussi savoir pourquoi ses tantes, Hilda et Zelda, ont jeté un sort sur Radka et Ren ; mais encore améliorer sa pratique de la magie auprès de Della ; et enfin désigner qui de Ren Ransom ou de Harvey Winkle sera l'élu de son coeur.

Bien entendu, à part Radka qui se souvient des événements de la première série et sait donc que Sabrina (et ses tantes) sont des sorcières, nul ne sait que la condition de la jeune fille. Et cela impacte durement ses relations avec les garçons qui ont deviné que quelque chose la tracasse mais à qui elle ne peut rien dire de sa vraie condition. Pour ne rien arranger, Sabrina a acquis la conviction que ses tantes sont responsables du malheur de Ren et Radka mais le leur cache.

Sur ce dernier point, le scénario de Thompson est peut-être trop allusif car on voit mal pourquoi Sabrina n'a pas une explication avec Hilda et Zelda (ce qui permettrait de comprendre pourquoi, si c'est effectivement le cas, elles ont ensorcelé les Ransom). Au lieu de ça, elle les évite. Et, de manière assez incohérente, ses tantes non plus ne cherchent pas à savoir pourquoi Sabrina se comporte subitement ainsi à leur égard.

Ceci suggère qu'il s'agit d'une évidente fausse piste. Il y a fort à parier que les tantes n'ont pas accablé les Ransom. En revanche, le rôle de Della semble plus complexe dans la mesure où elle apparaît bien opportunément dans la vie de Sabrina quand elle n'a plus personne sur qui compter. Je parierai volontiers que la boutiquière manipule notre jeune sorcière et conspire contre Hilda et Zelda. Reste à savoir si Della est aussi responsable du sort contre les Ransom - et pourquoi. Cela suffit en tout cas à alimenter un suspense, certes léger et diffus, mais accrocheur.

L'épisode se termine sur un classique des récits sur la magie puisque Sabrina découvre que lancer des sorts a des répercussions spectaculaires sur son environnement. Mais on peut là encore soupçonner une manoeuvre de Della (qui ne m'inspire décidément aucune confiance) pour appuyer son emprise sur sa disciple...

Thompson excelle dans la relation des épreuves romantiques liées à son héroïne : on partage facilement le désarroi de Sabrina qui ne peut parler de ses soucis ni à Harvey ni à Ren et on apprécie sa franchise quand elle avoue à ce dernier nourrir des sentiments pour lui et son rival. L'attitude des deux garçons est raisonnable : comme il ne souhaite pas perdre la jeune fille, il accepte ses cachotteries manifestes mais aussi la sincérité de ses aveux.

Mais Sabrina n'est pas qu'une petite chose fragile : elle sait remettre à sa place Radka quand elle la presse de résoudre son problème tout en rechignant à en parler aussi à Ren. La jeune fille est aussi pleine de ressort quand, revigorée après une séance d'entraînement de savoir-faire chez Della, elle cherche un nouveau contre-sort dans sa chambre.

Le plaisir qu'on retire de cette lecture est renforcé par la qualité des dessins de Veronica Fish. Il me semble qu'entre la première mini-série et celle-ci, l'artiste se lâche un peu plus, n'hésitant pas à combiner dans la même page un dessin figuratif réaliste et de manière plus ponctuelle quelque chose de volontiers plus cartoony, moins classique. Cela se précise aussi avec les couleurs de Andy Fish, qui, lui non plus, ne se retient pas quand il faut souligner une expression par un effet graphique plus tranché.

Les Fish maintiennent en tout cas une cohérence visuelle à l'ensemble. On sent qu'ils ont désormais bien en main les personnages, le cadre de l'action, les ambiances. Tout est plus vif, aiguisé dans cette nouvelle "saison".

Le découpage esst simple mais s'affranchit d'un certain académisme parfois, comme lorsqu'on assiste à la partie de savoir-faire entre Della et Sabrina, dans un feu d'artifices de couleurs et sans cases bordurées mais avec une belle fluidité dans l'enchaînement des figures, dans la représentation des pouvoirs magiques.

Une autre belle scène est celle où Ren raccompagne en moto Sabrina chez ses tantes. Le texte est formé par la voix-off de Sabrina tandis que le trajet est figuré par une succession de cases occupant toute la largeur de la bande et qui voit la moto et ses occupants évoluer de la gauche vers la droite depuis le haut de la page jusqu'au bas. C'est simple mais efficace, concis et malin.

Pour tout cela, Sabrina the teenage witch est une réussite, un projet rondement mené. Si Kelly Thompson peut donner l'impression de négliger certains aspects, on ne saurait s'en formaliser outre mesure tant elle paraît parfaitement savoir où elle va. Et le talent de Veronica Fish fait le reste pour animer une histoire finalement assez dense sous sa légereté apparente.
La regular cover de Veronica et Andy Fish
et les variant covers de Sweeney Boo et Rian Gonzales.

vendredi 3 avril 2020

SABRINA THE TEENAGE WITCH : SOMETHING WICKED #1, de Kelly Thompson et Veronica Fish


En ces heures sombres, c'est un vrai bonheur que Archie Comics ait maintenu la sortie de la deuxième mini-série Sabrina The Teenage Witch, sous titrée Something Wicked. Kelly Thompson et Veronica Fish (et son mari Andy aux couleurs) sont toujours aux commandes et l'histoire reprend là où la précédente se concluait. Et le moins qu'on puisse dire est que la situation reste mouvementée à Greendale...


En sauvant ses tantes, Sabrina a vu son secret découvert par sa camarade de classe, Radka Ransom. Celle-ci est victime d'un sortilège, comme son frère Ren, et compte sur la jeune sorcière pour l'en débarrasser. Elle s'y emploie la nuit, sans grand succès.


Evidemment, cet emploi du temps a des conséquences sur sa scolarité. Epuiséee, elle dort en classe et ses notes plongent. Pour ne rien arranger, elle doit composer avec ses deux prétendants, Ren Ransom et Harvey Kinkle, à qui elle a promis de consacrer du temps pour choisir avec qui elle sortirait.


Autre souci pour Sabrina : sa meilleure amie, Jessa, qu'elle a négligée ces derniers temps à cause de ses aventures secrètes. Elle lui jure de rectifier cela en projetant une soirée entre filles. Mais bien sûr, Sabrina sait que, avant cela, elle doit règler le problème de Radka.


Elle se rend alors chez Della, la sorcière amie de ses tantes, qui l'initie aux subtilités de la magie. Elle lui offre un jeu de tarot, le "savoir-faire". Lorsque Sabrina en parle à Hilda et Zelda, cette dernière l'encourage à y jouer tandis que son autre tante, mauvaise perdante, modère son enthousiasme.


Sabrina se retire dans sa chambre avec son chat Salem et consulte un livre de sorts, à la recherche d'une solution pour Radka. Elle pense l'avoir trouvée mais en suivant l'énergie magique à l'origine du maléfice, elle découvre qu'il a été lancé par ses tantes...

J'avais beaucoup aimé le premier volume des aventures de Sabrina écrit par Kelly Thompson et publié l'an dernier. La scénariste, révélée chez Marvel, s'y montrait bien plus à son avantage qu'avec les super-héros, sans doute parce qu'elle bénéficiait de plus de liberté après plusieurs échecs commerciaux.

Cette réussite appelait une suite que Archie Comics n'a pas tardé à annoncer, avec la même équipe artistique. Pour Thompson, c'était un vrai challenge de conserver la fraîcheur du projet tout en le développant, en le menant dans de nouvelles directions. Surtout que, en parallèle, la série de Netflix avec la jeune sorcière (Les Nouvelles Aventures de Sabrina) cartonnait de saison en saison.

Le plaisir qu'on prend à lire ce premier épisode (sur cinq) de Something Wicked (sous titre de cette nouvelle mini-série) est d'autant plus grand que le contexte actuel donne envie de se changer les idées avec une histoire légère (sans être superficielle). On se rappelera sans doute plus tard qu'au temps du Covid-19, Sabrina Spellman nous aida à ne pas sombrer dans la morosité du confinement obligatoire.

D'entrée, Thompson cueille le lecteur avec une scène sinistre où une jeune femme meurt dans des circonstances horribles. Pourtant la scénariste ne revient pas sur cet événement dans les pages suivantes, sans doute pour ménager son effet et s'en servir comme d'un hameçon. Il faut dire qu'elle a fort à faire pour résumer la situation compliquée que traverse son héroïne.

En effet, le secret de Sabrina est éventée : sa camarade de classe, la chipie Radka Ransom, sait qu'elle est une sorcière et l'oblige à l'aider sinon elle révélera tout. Radka, victime d'une malédiction comme on l'a vu dans la première mini-série, compte sur Sabrina pour la guérir. Mais comment débarrasser quelqu'un d'un mauvais sort dont elle ignore tout ?

C'est le fil rouge de l'épisode qui voit Sabrina jongler entre cette mission et sa vie normale : elle est courtisée par deux garçons très différents, elle doit suivre ses cours et remonter ses notes, lutter contre le sommeil (ses séances de désenvoûtement avec Radka occupent leurs nuits), et se rabibocher avec sa meilleure amie, Jessa, qu'elle a négligée.

Seul réconfort dans tout ça : Della, la sorcière qu'elle a aidée pour sauver ses tantes dans la précédente mini-série. Celle-ci semble animée des meilleurs intentions, pourtant Thompson l'écrit avec suffisamment de subtilité pour suggérer au lecteur qu'il faut peut-être sans méfier. Et le twist final apporte une surprise vraiment accrocheuse qui relie les tantes Hilda et Zelda à la condition de Radka. C'est finement amené, très bien rythmé, construit avec habileté : Kelly Thompson est vraiment plus à l'aise ici que dans ses productions Marvel récentes (on verra si elle est aussi inspirée avec sa reprise de Black Widow, qu'on aurait dû découvrir ce Mercredi 1er Avril et dont la sortie a été repoussée à une date inconnue).

Visuellement, la première mini-série avait été un ravissement de chaque instant. Je ne connaissais pas le travail des époux Fish et j'étais tombé sous le charme du trait expressif de Veronica et des couleurs lumineuses d'Andy. Avec le tournant un plus sombre voulu par Thompson, la magie allait-elle encore fonctionner ?

Pas de suspense, la réponse est positive. Ce qui séduit dans ce graphisme, c'est qu'il correspond à la fois à une tradition esthétique de l'éditeur et à une vraie modernité. Le style de Veronica Fish est semi-réaliste, parce qu'elle n'hésite pas à souligner quelques effets pour intensifer la scène, les émotions, tout en restant sobre sur les designs, les lignes, et précises dans les décors, les ambiances.

Bien dessiner les adolescents est une gageure car le risque de la caricature est permanent, surtout dans le registre comique. A la croisée des genres (comédie romantique et fantastique), Sabrina the teenage witch ressemble à une sorte de test constant pour l'artiste qui en assume le dessin. Mais Veronica Fish dose parfaitement son trait et évite tous les écueils avec une sorte de grâce.

Tout cela est soutenu par une colorisation superbe. Andy Fish accomplit un travail remarquable, très nuancé, tout en privilégiant la simplicité. Il rend ainsi la série agréable au regard tout en l'entraînant vers une atmosphère un plus chargée parfois (la scène d'ouverture en témoigne). Surtout la complicité naturelle qu'il entretient avec sa femme l'autorise à accompagner le dessin en jouant avec (atténuant, voire estompant l'encrage, sans dénaturer l'ensemble).

Evidemment, les choses étant ce qu'elles sont, nul ne sait quand le deuxième épisode sortira. Archie Comics maintiendra-t-il une périodicité régulière ? Ou l'éditeur va-t-il, comme les autres acteurs du milieu, s'adapter à la crise en différant ses publications ? Il faudra donc être attentif au calendrier, en souhaitant que le virus soit rapidement vaincu. On appréciera volontiers un petit sort favorable de la charmante petite sorcière pour corriger tout cela...

Variant cover de Sweeney Boo
Variant cover de Cameron Stewart
Variant cover de Marguerite Sauvage