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mardi 6 mars 2018

STARMAN, VOLUME 6 : TO REACH THE STARS, de James Robinson, Jerry Ordway, Tony Harris, Mitch Byrd, Stefano Gaudiano, Peter Krause, Gena Ha, Steve Yeowell et Gary Erskine


La préface de ce sixième tome de la série est écrite par Tony Harris, le dessinateur et co-créateur de Starman, qui indique que s'y trouvent les derniers épisodes qu'il a mis en images (même s'il continuera ensuite à produire des couvertures pour le titre). C'est aussi un tournant pour le scénariste James Robinson qui prépare pour Jack Knight un nouvel acte dans ses aventures qui se prolongera dans les deux recueils suivants.


- Annual #2 (dessiné par Mitch Byrd et, pour les flash-backs, Stefano Gaudiano, Gene Ha et Steve Yeowell.) - Sa relation en couple avec Sadie Falk oblige Jack Knight à réfléchir au risque que fait courir sur elle son activité de héros. Il en discute avec elle en relatant trois histoires où divers protecteurs d'Opal City ont dû sacrifier leur amour pour leur devoir :

- Brian Savage alias Scalphunter fut le shérif de la ville dans les années 1900 et vécut une romance avec la riche Margaret DeVere au détriment d'Annie. Mais mal en l'aise dans la haute société, et menacé par un bandit qu'il finira par exécuter, il préféra se retirer et retourner auprès de sa première maîtresse ;

- Ted Knight, son propre père, vécut une passion éphémère avec sa partenaire au sein de la Justice Society of America, Dinah Lance alias Black Canary. Mais ils se séparèrent lorsqu'un détective maître-chanteur menaça de tout révéler et pour épargner leur conjoint respectif ;

- David Knight, le frère aîné de Jack, rompit avec sa fiancée Anne la veille de sa mort pour ne pas négliger l'héritage de Starman.

Aujourd'hui, Sadie avoue à Jack que son frère était Will Patton, le prédécesseur de David en tant que Starman, et lui demande de partir à sa recherche dans l'espace.


- Crossover Starman (#39-40. Dessinés par Tony Harris) / The Power of Shazam (#35-36. Ecrits par Jerry Ordway, dessinés par Peter Krause.) - 1942. Starman et Bulletman sont envoyés par le président Roosevelt pour une mission secrète en Alaska, supervisée par Jack Weston alias Minute-Man. 

Pendant ce temps, à New York, des nazis équipés de jets dorsaux coulent le bateau "le Normandie" et l'attaque est filmée par un caméraman. Sur son film on peut voir que c'est Bulletman qui mène cette agression !


De nos jours, ce document refait surface dans les médias et Jim Barr (Bulletman) est sommé de s'expliquer. Il s'évade de la prison, dans laquelle l'a enfermé le commandant Steel, avec l'aide de sa fille Deanna et part se réfugier à Opal City chez Ted Knight. Shazam est chargé d'aller l'y chercher et, pour le distraire, Jack doit lui faire face. 

Cependant, Jim Barr et Ted Knight retournent à Fawcett City où Mary Marvel prouve l'innocence de l'ex-Bulletman. Une conférence de presse en plein air est organisée au cours de laquelle Shazam et Starman appréhendent un groupuscule nazi qui avait piéger Barr et voulait le tuer.


- Villain's redemption (#41. Dessiné par Gary Erskine.) - Jack parle à son père de son projet de voyage dans l'espace pour retrouver le frère de Sadie dans l'espoir qu'il lui trouve un vaisseau. Cependant, Matt O'Dare et the Shade éliminent tous ceux qui pourraient entacher la carrière du policier autrefois corrompu. Matt parle avec Carl Earl, the Shade tue le caïd Milo Draper. Hope, la soeur de Matt, lui pardonne ses méthodes puis the Shade est disposé à lui parler de Brian Savage/Scalphunter dont il croit que l'aîné des O'Dare est la réincarnation.
  

- Knight's past (#43. Dessiné par Tony Harris.) - Jack ouvre enfin sa nouvelle boutique et la fait visiter à Ted - celui-ci a contacté Jay Garrick qui a appelé Flash pour trouver une fusée à Jack. Ce dernier rencontre alors la Justice League of America mais l'équipe ne peut lui prêter un vaisseau sans savoir s'il sera récupérable. The Shade intervient alors et présente à Jack l'appareil ayant appartenu à Brian Savage. Durant son absence, la boutique est confiée à Sadie.


- Destiny (#45. Dessiné par Tony Harris.) - Jack confie à Jake "Bobo" Benetti le soin de veiller, avec les O'Dare et the Shade, sur Opal City. Ted équipe le vaisseau de Brian Savage d'une boîte-mère prêtée par Orion pour pister la signature énergétique de Will Patton. Mikaal Tomas (le Starman alien bleu) avoue à son amant qu'il accompagne Jack qui demande à Sadie de l'épouser à son retour. Puis c'est l'heure du départ pour Starman.

On le devine avec le résumé des huit épisodes de ce recueil, ce sixième tome marque une transition dans la série. Comme le dit Ted Knight dans le dernier chapitre, Starman rejoint les étoiles auxquels, finalement, il appartient, comme son nom l'indique.

James Robinson écrit tout cela avec un mélange de légèreté et de mélancolie comme on peut en ressentir à la veille d'un grand voyage qui vous éloigne des être aimés et qui vous entraîne dans une quête grisante mais improbable. Mais ce qui se joue ici, c'est surtout la fin d'une époque et le début d'une autre pour Jack Knight : devenu un héros digne de ce nom, assumant son rôle de protecteur d'Opal City, ayant prouvé sa valeur, s'étant attaché des alliés, il n'a plus rien à prouver sur ce plan-là. Il s'envole donc pour l'espace par amour après que Sadie lui ait avoué s'appeler en vérité Jayne Patton et que son frère était Will Patton, le Starman actif entre la retraite de Ted Knight et le bref service de David Knight. Présumé mort, elle a pourtant la conviction qu'il est encore là, quelque part, ailleurs mais loin.

Jack doit donc se débrouiller avec ça : il est d'abord stupéfait de découvrir que Sadie lui a menti et s'/l'interroge pour savoir si elle l'a séduit uniquement pour avoir son aide. Puis, une fois qu'il a la conviction que leur amour est sincère et partagé, il prépare son départ et son voyage. Il essuie plusieurs échecs avant de pouvoir partir - la Justice League refuse de lui prêter un vaisseau spatial, mais finalement the Shade va le dépanner.

Avant cela, on a droit à un crossover entre les séries Starman et The Power of Shazam. Honnêtement, on s'en serait passé, mais il semble que DC ait voulu à l'époque exploiter le succès du titre de James Robinson pour aider celui de Jerry Ordway, qui s'employait à restaurer le lustre de Shazam (dont l'éditeur ne savait trop quoi faire). L'intrigue est bien ficelée et a le mérite de ne pas s'étendre (quatre épisodes), mais la mayonnaise ne prend jamais vraiment, comme si le choc culturel était trop fort. En effet, quoi de plus incongru que d'opposer puis réunir Jack Knight, alors l'archétype du héros moderne (tout en honorant le passé des super-héros), et Shazam, le "big red cheese", créée à la même époque que Superman (dont il fut un sérieux rival commercial à l'origine, quand Fawcett en détenait les droits) et parangon du surhomme magique en collants et encapé ? Par ailleurs, si Tony Harris affiche la grande forme graphiquement, le duo Peter Krause-Dick Giordano supporte mal la comparaison avec un dessin peu dynamique, déjà vieillot.

L'Annual #2 de Starman qui ouvre le recueil est une merveille en revanche : Robinson a recours à un procédé qu'il affectionne en mettant en parallèle présent et passé, le second éclairant le premier, pour philosopher sur le sacrifice des héros amoureux. Ce dilemme moral touche de plein fouet Jack Knight et entretient ses doutes à la lumière des mésaventures traversées par Brian Savage/Scalphunter, Ted Knight et Black Canary, et David Knight. De façon subtile et touchante, le lecteur comprend avec ces trois exemples le tourment de l'actuel Starman. Les segments se déroulant dans le passé profitent de très bons artistes comme Stefano Gaudiano (qui sera plus tard, longtemps, l'encreur de Michael Lark sur Gotham Central puis Daredevil), Gene Ha (le co-créateur avec Alan Moore de Top Ten - le flash-back le plus réussi du lot - et Steve Yeowell - qui succédera éphémèrement à Harris comme dessinateur de la série).

Les épisodes 41, 43 et 45 sont autant d'étapes avant le grand saut. Le tandem Matt O'Dare et the Shade est le plus dispensable, cette idée de faire du policier la réincarnation de Scalphunter convaincant difficilement. Tony Harris livre ses deux dernières contributions ensuite avec une inspiration visuelle inégale : il est clair qu'il fatigue, ses décors sont moins fouillés (hormis pour l'intérieur de la boutique de Jack et le design du vaisseau de Brian Savage), son découpage moins inventif, mais quand il s'en donne la peine (comme lors du décollage de la fusée), il sait encore nous en mettre plein la vue. Quant à Robinson, il reste fidèle à sa pudeur exemplaire pour la scène des adieux (ou plutôt des au revoir).

Inégal dans le fond comme sur la forme, To Reach the Stars n'est cependant pas sacrifiable pour apprécier la suite des aventures de Starman, qui vont prendre un tour beaucoup plus cosmique tout en restant profondément humain. La suite dans A Starry Knight...  

dimanche 25 janvier 2015

Critique 562 : FABLES, VOLUME 20 - CAMELOT, de Bill Willingham, Mark Buckingham, Barry Kitson, Gary Erskine, Russ Braun et Steve Leialoha


FABLES, VOLUME 20 : CAMELOT rassemble les épisodes 130 à 140 de la série créée et écrite par Bill Willingham, publiés en 2013-2014 par DC Comics dans la collection Vertigo. 
Les dessins sont signés par Barry Kitson (# 130 avec des finitions de Gary Erskine), Mark Buckingham (# 131-137, avec des finitions de Russ Braun pour les # 135 à 137), Russ Braun (# 138) et Steve Leialoha (# 139-140).
*
 

- Junebug (# 130. Dessiné par Barry Kitson, avec des finitions par Gary Erskine). L'installation des Fables se poursuit à New York dans l'ancien château de Mr Dark. June et Rodney, deux anciens soldats de l'Adversaire (Geppetto) repentis, emménagent avec leur petite fille, Junebug. Celle-ci est naturellement excitée par sa nouvelle vie et ses parents, pour qu'elle se calme, l'autorise à aller visiter le château. Elle va y faire des rencontres inattendues et parfois inquiétantes.

C'est une coutume de la part de Bill Willingham : pour aérer ses intrigues et permettre aussi à son dessinateur habituel, Mark Buckingham, de souffler, il consacre régulièrement quelques épisodes centrés sur des personnages secondaires ou de simples figurants.
On retrouve donc ici June et Rodney et leur petite fille alors qu'ils arrivent au château de Mr Dark devenu la nouvelle résidence des Fables. L'histoire, anecdotique, concerne Junebug, qui explore cet endroit grouillant de monde et de créatures cachées. Elle tombe ainsi sur le repaire de souris géantes qui vont quelque peu la malmener. Mais quand elle voudra raconter ça à ses parents, ils ne la croiront pas (ou trop tard).
Tout ça est très futile et dispensable, sans surprise notable, mais vite lu. 

Barry Kitson dessine cet épisode avec ce trait lisse et peu expressif au possible qui le caractérise, tout en étant quand même aidé par Gary Erskine sur 8 pages (sans que cela apporte une amélioration au résultat). Lorsqu'on sait que le prochain projet de Willingham, après la fin de Fables, sera une série en creator-owned illustrée par Kitson, on n'est pas pressé de la lire.

- Camelot (# 131-137. Dessiné par Mark Buckingham, avec des finitions de Russ Braun pour les # 135 à 137). Rose Red sait qu'elle a été choisie par l'esprit de l'Espoir pour devenir son émissaire, mais la jeune femme ignore comment concrétiser cette responsabilité. Elle en a la révélation en rendant visite à sa soeur, Snow White, qui vient successivement de perdre son mari, Bigby Wolf, et retrouver une de leurs filles, Therese (prématurément vieillie après son séjour dans le pays des jouets, où son frère Dare a, lui, perdu la vie). 
Rose Red choisit d'incarner la possibilité d'avoir une seconde chance dans l'existence et, pour la garantir à tous tout en en assurant la sécurité des Fables, décide de réunir une nouvelle équipe de chevaliers de la table ronde, semblable à celle du roi Arthur de Camelot. Pour sélectionner ceux qui serviront à ce projet, elle convoque tous les candidats intéressés dans les royaumes.
Mais elle commence à accorder une opportunité au prince Brandish, l'ex-époux de Snow White et assassin de Bigby Wolf. Cette initiative va provoquer une scission avec Snow White, qui ordonne à ses enfants de ne plus avoir de contact avec leur tante ou ses amis.
Cependant, dans l'au-delà, Bigby Wolf retrouve Boy Blue et son fils Dare une dernière fois : le premier l'invite à se tenir prêt à ressusciter, le second va lui expliquer ce qui leur est arrivé, à sa soeur Therese et lui au pays des jouets.
En écoutant la dame du lac, Rose Red comprend que si elle a emprunté le rôle du roi Arthur, alors il lui faut découvrir qui jouera l'équivalent de Morgane mais aussi de Guenièvre : dans les deux cas, la réponse prendra une forme des plus inattendues...

Tout d'abord, en commençant la lecture de cet arc narratif, on est saisi par une certaine émotion en se rappelant qu'il s'agit de l'avant-dernier de la série : pour tout fan de la première heure, la perspective de voir s'achever cette saga bientôt constitue le terme d'une aventure peu commune.

Mais ne sombrons pas dans un sentimentalisme excessif et analysons un peu le contenu de ce récit. Bill Willingham y opère deux mouvements principaux (et un certain nombre d'autres secondaires, mais qui vont certainement accéder à toute leur dimension dans la suite et fin de Fables) : d'abord, il relie des intrigues en germe depuis quelque temps, et ensuite il prépare le final de sa série en prenant soin de ne pas en dévoiler trop (même si on devine que tout ne se terminera pas bien pour les héros).

Cela s'articule autour de la rupture entre les deux soeurs que sont Snow White et Rose Red, quand celle-ci donne une seconde chance à Brandish. C'est une attitude étonnante quand on sait que le prince vient de tuer Bigby, le mari de Snow White, par conséquent le beau-frère de Rose Red, mais logique si on suit le raisonnement de cette dernière qui veut désormais accorder à tous l'opportunité de se racheter. Il est certain que ce choix ne laissera personne indifférent, et moi-même, j'ai fait un effort pour l'accepter, mais Willingham a depuis un moment maintenant délibérément pris le parti d'éprouver aussi bien ses lecteurs que ses héros en les entraînant dans des situations complexes.

Le talent du scénariste pour nuancer les motivations et réactions de ses protagonistes est par contre indiscutable : cela aboutit à des ruptures naturelles, compréhensibles, mais aussi, dans un registre plus léger, à des rebondissements malicieux (voir la réaction des intéressés quand on découvre qui est le nouveau roi Arthur et la nouvelle Guenièvre).

C'est aussi l'occasion de revoir des figures sympathiques, mais qui s'étaient faîtes discrètes, comme Flycatcher, ou lors d'un interlude en apesanteur (mais nécessaire, et annonçant là aussi le futur) en compagnie de Bigby Wolf et Boy Blue.

Au jeu désormais récurrent de la réinterprétation des mythes et légendes, Willingham a cette fois jeté son dévolu sur les chevaliers de la table ronde, l'ascension (et la chute programmée ?) de Camelot. Il s'en sort brillamment, avec la sélection des élus de Rose Red, la position de la dame du lac (qui, avec un brin d'ironie, finit par ne plus boire que de l'eau lorsqu'elle découvre qui sera la nouvelle Morgane). En procédant à des permutations audacieuses, il parvient à dérouter le lecteur mais aussi à conduire les protagonistes à se demander comment ils vont assumer leurs nouvelles attributions.

Il n'oublie pas non plus d'entretenir la menace de Leigh Duglas (l'ex-Nurse Spratt, qui a marchandé son relooking extrême avec feu Mr Dark). Tout ces éléments devraient mener à une conclusion explosive, au potentiel dramatique exceptionnel... Même si j'espère que Willingham ne réservera pas un sort funeste à trop de personnages.

Visuellement, Mark Buckingham livre une nouvelle fois une prestation de haut niveau, convoquant parfois Jack Kirby, mais soignant surtout les décors (superbe visite guidée dans les allées du château sur deux doubles pages), les costumes (en particulier les armures, comme celle dont se voit affublée Rose Red à mesure qu'elle progresse dans son entreprise), les apparences (la dame du lac, Lancelot, Morgane, Maddy).

Cette richesse esthétique est rendue digeste par la simplicité du découpage, avec un nombre limité de cases par page, mais aux ambiances soignées grâce aussi à la colorisation de Lee Loughridge (qui se charge parfois de représenter les fonds en couleurs directes, comme dans le chapitre au paradis - à ceci près que 9 pages voient Bigby Wolf et Boy Blue évoluer dans un espace blanc : une option à la fois poétique pour imager l'au-delà mais aussi un peu paresseuse).

- Root & Branch (# 138. Dessiné par Russ Braun). Ceux qui pensait que Geppetto ne songeait plus à se venger de Flycatcher en seront pour leurs frais en découvrant comment il trompe sa vigilance.

Bill Willingham a encore des plans pour l'ancien Adversaire en chef des Fables comme en témoigne cet épisode diabolique. C'est un amuse-bouche mais qui promet une revanche terrible.

Russ Braun, qui a prêté main-forte à Buckingham sur la fin de l'arc de Camelot, prend cette fois les commandes et livre de belles planches, au trait sûr et aux détails précis.

- The Boys in the Band (# 139-140. Dessinés par Steve Leialoha.). Danny Boy retrouve son ami Seamus McGuire à la Ferme après une longue séparation, et le convainc de regagner leur royaume. Joe Shepherd, Peter Piper, et Briar Rose les accompagne dans un voyage mouvementé.

Pour cette histoire en deux volets, d'un intérêt tout relatif, Bill Willingham recourt à une narration qui fait la part belle à la voix-off du narrateur. On y apprend ce qui a provoqué la chute originelle des royaumes des Fables et le périple du groupe de personnages est assez animé pour ne pas ennuyer. Mais  cela demeure dispensable et convenu.

Par ailleurs, c'est à l'encreur habituel de Buckingham, Steve Leialoha, qu'est revenue la mission de mettre ce récit en images et il faut avouer que le résultat est très laid, avec des personnages bâclés et des décors à peine traités.

Malgré quelques épisodes mineurs, ce tome est globalement passionnant et graphiquement plaisant. Plus que dix chapitres, dans un recueil à paraître en Mai prochain, avant la fin : Bill Willingham saura-t-il terminer en beauté ?

mercredi 25 juillet 2012

Critique 339 : STARMAN, VOLUME 3 - A WICKED INCLINATION... de James Robinson et Tony Harris, Chris Sprouse, Steve Yeowell, Guy Davis, JH Williams III, Gary Erskine


Starman 3 : A Wicked Inclination... rassemble les épisodes 17 et 19 à 27 de la série écrite par James Robinson, publiés en 1996-1997 par DC Comics. Les dessins sont signés par Tony Harris (#17, 19-26), Chris Sprouse ( pages 10, 12, 15, 15, 18, 20 du #24), Guy Davis (pages 10 à 20 du #22), Gary Erskine (pages 8-9, 12, 17-19 du #26) et JH Williams III (pages 8-9, 11, 15-16, 19 du #26), Steve Yeowell (#27).
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- #17 : Encounters. Dessiné par Tony Harris. Tandis que Jack Knight se remet de son affrontement avec the Mist et fait de nouveaux projets (comme acheter un nouveau local pour sa boutique), les O'Dare préparent avec the Shade un raid contre un repaire de Damon Merritt, qui veut récupérer son poster magique (ouvrant sur des dimensions parallèles). Mais l'opération tourne mal...

- #19 : Talking with David, '96. Dessiné par Tony Harris. Jack Knight retrouve son frère aîné David, mort prématurèment alors qu'il avait succédé à son père Ted comme Starman. Cette deuxième entrevue est plus apaisée entre les deux frères, qui font le point sur l'année écoulée dans un décor de film de pirates. Ce sera aussi l'occasion pour Jack de renouer, brièvement, avec un autre être cher de sa famille...

- #20-23 : Sand and Stars. Dessiné par Tony Harris et Guy Davis (pour le #22). Préoccupé par ce que lui a dit the Mist (comme quoi ils seraient tous deux les deux faces d'une même médaille), Jack Knight entreprend d'aller récupérer une médaille ayant appartenu au père de son ennemie. Cette relique serait en possession de Wesley Dodds, le mythique premier Sandman de la Société de Justice d'Amérique, aujourd'hui octogénaire. Mais à New York, les deux hommes vont devoir faire équipe pour éviter un attentat préparé par un malfrat ayant ursupé l'identité du patron d'une compagnie d'aviation...

- #24-26 : Hell and Back. Dessiné par Tony Harris, Chris Sprouse (#24), Gary Erskine et JH Williams III (pour le #26). Jack Knight est sollicité par la famille O'Dare, dont Clarence est devenu le contact de la mairie pour tout ce qui concerne les affaires surhumaines, pour les aider à récupérer Matt et the Shade, aspirés dans une dimension parallèle par le poster magique. Damon Merritt cherche par ailleurs toujours à récupérer son bien et nos héros vont essayer de profiter de la situation pour pièger le malfrat...

- #27 : Christmas Knight. Dessiné par Steve Yeowell. La nuit de Noël réunit les Knight, les O'Dare, Charity la diseuse de bonne aventure et Mikaal Tomas (le Starman alien à la peau bleue). Tout ce beau monde attend Jack qui rencontre un homme déguisé en père Noël et victime de voleurs...
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Pour ce troisième tome, James Robinson propose deux arcs encadrés par deux épisodes.
Le recueil s'ouvre par un one-shot (Encounters) qui est en vérité le prologue de la 2ème histoire (Hell and Back), dans lequel the Shade (dont un extrait du journal sert d'introduction au livre et permet de résumer les évènements antérieurs) et la famille de policiers irlandais, les O'Dare, s'unissent pour tenter de capturer l'occultiste malfaisant Damon Merritt. Mais leur opération dégénère, et cela servira d'argument au récit susmentionné.
Robinson a établi les liens entre ses protagonistes et s'en sert désormais pleinement comme d'un sorte de gang paranormal, uni pour préserver Opal City d'ennemis divers. Jack Knight occupe, dans cet épisode, un rôle plus en retrait mais entre ses projets professionnels et les prédictions cryptiques que lui communique Charity, le scénariste indique qu'il a des plans d'envergure pour le futur de la série.

On a ensuite droit à un intermède  (Talking with David, '96), mais c'était attendu : dès le premier tome, David Knight, qui a été abattu "en service", dans le costume de Starman, avait prévenu son frère cadet, Jack, qu'il se rencontrerait toutes les années pour faire le point. Leur premier entretien avait été houleux, dans un cimetière. Cette fois, c'est dans un cadre digne des films de pirates et de zombies que les deux frangins dressent un nouveau bilan.
Robinson emploie cette parenthèse avec habileté pour évoquer le statut de super-héros, protecteur d'une ville, mais aussi les rapports fraternels, la transmission d'un rôle, la relation des vivants avec la mort (la leur et celle de leurs proches). Pourtant il ne se contente pas d'aligner 20 pages de dialogue, si inspiré soit-il, il pimente cela avec une scène d'action spectaculaire, qui, elle, renvoie, à la cinéphilie de Jack Knight.
La chute offre un moment d'émotion qui tombe, hélas !, un peu à plat, les comics super-héroïques, même un peu décalés, s'accommodant mal de ce registre.

Le premier arc de ce recueil démarre ensuite vraiment : Sand and Stars compte quatre parties et s'appuie sur un élément survenu dans l'album Night and Day, lorsqu'à la fin de son affrontement contre Nash, la fille de the Mist, Jack a dû l'entendre énoncer une affirmation dérangeante - si elle existe et fait le mal, c'est pour justifier sa condition de héros, leurs destins et leurs actes sont donc liés.
Jack est littéralement hanté par cette hypothèse (il rêve de Nash, et incidemment a une vision de Sandman) et veut la démentir. Pour cela, il lui faut accomplir un acte symbolique, bienfaisant, envers le père désormais déchu de sa némésis. Il entreprend de récupérer une médaille qui lui fournit le prétexte pour se rendre à New York et rencontrer son idole, Wesley Doods.
Celui qui a été le Sandman de la Société de Justice d'Amérique, compagnon d'armes du premier Starman, est maintenant un octogénaire retiré avec sa femme, l'écrivain Dian Belmont (autre figure vénérée par Jack). Peu après, la vie de Dodds est menacée par un mystérieux tueur masqué et avec Jack, il mène l'enquête, ce qui va les conduire à déjouer un attentat fomenté par un usurpateur.  
En entraînant le vieux Sandman dans sa mission, Jack va s'offrir quelques frissons (avec en point d'orgue une bataille dans les airs contre un dirigeable) mais surtout réveiller l'esprit de l'aventure du frère d'armes de son père. Wesley Dodds résumera cela très bien, après s'être remémoré une ancienne mission partagée avec Ted Knight/Starman : "qu'importe si cela me coûte la vie, au moins je mourrai content". C'est l'intensité de l'existence qui permet d'estimer sa qualité, pas le nombre d'années vécues.
Même si le récit est un peu confus et d'un rythme inégal, Robinson est encore une fois très malin pour brasser quelques thèmes qui lui sont chers via le prisme des super-héros : le temps qui passe, le respect des aînés, le plaisir procuré par le danger, les générations de justiciers, la persistance du mal à vaincre (qu'il s'agisse de la vieillesse, de la peur, ou des terroristes).

L'arc suivant, en trois parties, Hell and Back, offre à la fois une conclusion à Sand and Stars (avec une visite surréaliste entre Jack et the Mist, devenu sénile) et le retour à l'intrigue entamé dans le premier épisode du recueil (Encounters). Les O'Dare demandent à Jack de les aider à la fois à piéger Damon Merritt qui veut récupérer son poster magique et à récupérer the Shade et Matt O'Dare, passés de "l'autre côté" de l'image.
Tout d'abord, avant la bataille décisive, chacun des O'Dare se promet, en silence, de changer un peu ses priorités existentielles s'il survit - et cela aura des conséquences rapides dans l'épisode #27.
Puis, durant le combat contre Merritt et ses sbires, Jack traverse à son tour le portail dimensionnel du poster et atterrit... En enfer (littéralement). Retrouvant the Shade et Matt O'Dare, il est mis à l'épreuve par le démon avec lequel a pactisé Merritt. L'héroïsme de Jack, la corruption de Matt, la position de the Shade sont franchement bousculés et leurs liens renforcés.
Robinson signe là son meilleur récit du recueil : il y manie les rebondissements, joue avec le rythme, creuse la caractérisation de ses personnages, et rebat les cartes, tout en aboutissant à une chute malicieuse. De la belle ouvrage.

Enfin, Christmas Knight (jeu de mots !) est un joli conte Noël, anecdotique mais qui confirme que la notion de temporalité est très présente dans la série, comme si chaque aventure se déroulait en temps réel, au rythme des saisons et des années (l'autre indicateur de cette notion tient bien entendu dans les entretiens entre Jack et David). 
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Jack Knight, par Tony Harris. 

Mais en vérité, malgré l'inégalité du matériel de ce recueil, la diversité qualitative des histoires, ce qui en fait le sel, ce sont ses dessins.
Tony Harris réalise encore la majorité des épisodes et ne ménage pas ses efforts, avec des jeux de lumière expressionnistes remarquables, des cadrages audacieux, un soin particulier accordé aux ambiances et aux décors (notamment les extérieurs où sa passion pour l'urbanisme fait merveille - Starman est une bande dessinée où les vills sont des personnages à part entière).

La série accueille des guest-stars de premier ordre : d'abord, Guy Davis, qui à la même époque avait relancé avec les scénaristes Matt Wagner et Steve Seagle le personnage de Sandman dans le titre Sandman Mystery Theatre (se déroulant durant l'âge d'or), co-anime la troisième partie de l'arc Sand and Stars en signant une dizaine de planches. Son style très différent de celui de Harris, tout en hâchures, au trait fin et aux couleurs pâles, offre un contraste visuel très intelligent pour le flash-back avec Wesley Dodds.
Sandman, par Guy Davis.

Puis Chris Sprouse (Tom Strong) revient pour quelques splash et doubles pages magnifiques dans le prologue au second arc, Hell and Back, où est dévoilé, via le journal de the Shade, le passé de Damon Merritt.

Gary Erskine (Global Frequency) et JH Williams III (Promethea) co-illustrent l'épisode 26 avec Harris. A Erskine, dont le trait précis et épuré (proche d'un Blanc-Dumont en France), les séquences avec Matt O'Dare et Scalphunter ; et à Williams III (encré par Mick Gray), dans une tonalité plus sombre mais raffinée, les passages avec the Shade, lorsqu'ils sont en Enfer avec Jack.

The Shade, par Tony Harris

Le découpage de cet épisode souligne de manière remarquable la finesse avec laquelle doit être écrit le script de Robinson.

Enfin, Steve Yeowell dessine l'épisode de Noël : son dessin, dépouillé, lumineux, élégant, est un vrai plaisir.
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Encore une fois, même si les épisodes sont peut-être moins efficaces que précédemment, ce troisième tome confirme que Starman était une grande série, avec une musique unique, et servie par des artistes de premier choix.