Affichage des articles dont le libellé est Margaret Qualley. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Margaret Qualley. Afficher tous les articles

lundi 19 février 2024

THE NICE GUYS : rebirth of the cool

 

Los Angeles; 1977. Le détective privé Holland March est engagé par Mme Glenn pour retrouver la fille de celle-ci, une actrice porno connue sous le nom de Misty Mountains. Le hic, c'est qu'elle est morte mais sa mère jure l'avoir revue ensuite. L'enquête de March le mène à Jackson Healy, qui le brutalise pour qu'il cesse de fouiner après qu'il ait importuné Amelia Kuttner. Mais la situation se renverse lorsque, à son tour, Healy est menacé par deux voyous qui veulent savoir où se cache Amelia.



Healy propose à March de s'allier pour tirer cette affaire au clair. Ils contactent Chet, un ami projectionniste de Amelia, et leur révèle qu'elle tournait un film, mêlant scènes poronographiques et journalisme d'investigation avec son copain Dean, dont la maison a brûlé et qui a trouvé la mort dans cet incendie. Healy et March s'incrustent ensuite dans une fête privée chez le producteur du film, Sid Shattuck que Holland trouve assassiné avant de repérer Amelia qui s'enfuit.


Prévenue, la mère d'Amelia, Judith Kuttner, membre du Département de la Justice, accable sa fille qu'elle dit influencée par des théories complotistes à propos des dossiers qu'elle traite. Healy a trouvé chez Shattuck une adresse d'hôtel où il se rend avec Holland mais une fusillade y éclate. Tandis qu'ils battent en retraite, ils tombent sur Amelia et l'emmènent chez Holland. Amelia explique alors ce qu'elle reproche à sa mère et voulait dénoncer dans le film de Dean et qui concerne une vaste affaire de corruption avec des constructeurs automobiles. Un tueur à gages est désormais aux trousses de la jeune femme et de ceux qui l'aident...


En Mai prochain sortira The Fall Guy de David Leitch. Pour les gens de ma génération, les aventures du cascadeur détective Colt Seavers sont plus connues sous le titre de L'Homme qui tombe à pic quand Lee Majors l'incarnait. Et c'est peu dire que j'attends ce film avec impatience, d'autant que Ryan Gosling tiendra le premier rôle.
 

Depuis le triomphe de Barbie dans lequel l'acteur, jusqu'alors associé à des personnages taciturnes, beaucoup de spectateurs semblent découvrir que Gosling peut jouer autre chose. Pourtant en 2016, dans The Nice Guys, il démontrait qu'il était impeccable dans le registre comique en incarnant Holland March, ce privé minable, aux côté de Russell Crowe, dans ce film signé Shane Black, le maître du buddy movie moderne (on lui doit les scripts de L'Arme Fatale mais aussi la mise en scène de Kiss Kiss Bang Bang).
 

La genèse de The Nice Guys a été mouvementée : Black avait écrit un premier jet sans convaincre un producteur d'investir de l'argent dans son développement. Il entreprend alors de le remanier pour en titrer le "pilote" d'une série télé, sans plus de succès. Avec son co-auteur, Anthony Bagarozi, il revoit une nouvelle fois sa copie et cette fois Joel Silver est motivé pour monter le film même s'il doute qu'une histoire dans les années 70 puisse intéresser un grand studio. C'est en fait l'accord de Ryan Gosling qui permettra à The Nice Guys de voir le jour.


Comme Kiss Kiss Bang Bang, l'intrigue est particulièrement filandreuse : il est d'abord question de retrouver une actrice prono, puis la bobine d'un film mêlant porno et investigation pour dénoncer un scandale de corruption. S'agit-il d'une embrouille paranoïaque de la part de la fille d'une membre du Département de la Justice ? Ou justement d'un vrai coup d'éclat tordu pour confondre des officiels et des industriels s'échangeant des pots-de-vin contre des services ? Le récit laisse longtemps planer le doute jusqu'à ce qu'on comprenne dans le dernier tiers qui sont les bons et les méchants.

Peut-être connaissez-vous cette anecdote au sujet du Grand Sommeil de Howard Hawks (1946) dont le scénario était si compliqué que même Raymond Chandler, son auteur, affirmait qu'il ne savait pas de quoi il parlait ? The Nice Guys en est le digne héritier moderne, c'est-à-dire que le film prend le parti de se moquer ouvertement de ce méli-mélo dans une lecture ironique du genre noir. Une forme de désenchantement accompagne le dénouement quand les héros admettent que tout ça est bien trop gros pour espérer avoir résolu quoi que ce soit. Le bénéfice est donc ailleurs : le détective privé et l'homme de main décident de faire contre mauvaise fortune bon coeur et ayant constaté leur complémentarité continuent leur partenariat.

Puisque l'histoire est touffue, on s'attache donc aux protagonistes, merveilleusement croqués par Black, maître-es losers magnifiques. Avant de se pencher sur March et Healy, il faut savourer la galerie de seconds rôles impeccables, qui font que c'est aussi ce qui permet à ce genre de film de fonctionner. Il y a la fille de March qui a le don (héréditaire) de de fourrer dans les pires situations, la fille et sa mère qui s'affrontent pour l'une faire éclater un scandale et l'autre l'étouffer, la secrétaire qui s'avère une liquidatrice particulièrement sexy mais manipulatrice, et le tueur dingue.

Les interprètes s'en donnent à coeur joie, conscients de tenir là des rôles en or : la jeune Angourie Rice est parfaite, Yaya DaCosta est divine, Kim Basinger épatante, Margaret Qualley comme d'habitude est fabuleuse, et Matt Bomer est complètement déchaîné.

Mais c'est bien le duo Ryan Gosling - Russell Crowe qui remporte tous les suffrages. Déjà dans Kiss Kiss Bang Bang, Shane Black avait créé un couple détonant en associant Robert Downey Jr. (avant Iron Man) et Val Kilmer. Gosling et Crowe forment un tandem encore plus efficace, moins exubérant, mais dont la sobriété souligne le je-m'en-foutisme de leurs rôles. Et en même temps on suit leurs investigations improbables avec une pointe d'admiration, à ces deux David contre Goliath : ils n'ont aucune chance, mais ils symbolisent le buddy movie dans sa forme la plus aboutie, deux hommes mal assortis mais en vérité complémentaires et éminemment sympathiques. On sait qu'ils ne vont pas gagner mais on ne cesse jamais de l'espérer.

Alors, oui, The Nice Guys représente une sorte d'excellence du cool. On aurait bien aimé les revoir, dans une suite, ou dans une mini-série façon True Detective en franchement plus déconnant.

mardi 28 août 2018

THE VANISHING OF SIDNEY HALL, de Shawn Christensen


Sorti directement en VOD en France sous le titre littéral traduit de La Disparition de Sidney Hall, ce premier film de Shawn Christensen disposait pourtant d'un joli casting et d'une histoire intéressante, mais n'a pas convaincu un distributeur pour l'exploiter en salles. Séance de rattrapage donc pour ce mélodrame sur les affres de la littérature.

 Sidney Hall et Brett Newport (Logan Lerman et Blake Jenner)

A dix-huit ans, Sidney Hall est un brillant lycéen mais qui agace à dessein sa professeur d'anglais vieux jeu avec des rédactions provocantes. Un autre de ses enseignants, Duane Jones, lui conseille d'écrire un roman. Sidney est ensuite abordé par Brett Newport, un camarade de classe, footballeur, qui lui demande de l'aider à retrouver une boîte enterrée dans les bois dans leur enfance. Avant de l'aider, Sidney reçoit une lettre d'une admiratrice, Melody, dont il ne tarde pas à découvrir qu'il s'agit de sa voisine, connue à l'école primaire et perdue de vue ensuite. Amoureux d'elle, il permet à Brett de récupérer sa boîte mais le père de ce dernier s'en prend violemment à son fils à son retour. Sidney doit veiller sur le récipient mais il ne résiste pas à l'ouvrir : il contient une VHS sur laquelle est enregistrée la relation sexuelle entre le juge Newport et sa propre fille mineure, la soeur de Brett.

Sidney Hall et Melody Jameson (Logan Lerman et Elle Fanning)

Troublé, Sidney se change les idées avec Melody qu'il accompagne à la fête foraine. Cependant, Velouria Hall, sa mère, trouve la VHS et la détruit. Sidney en informe Brett qui se suicide peu après. Le garçon s'inspire de ce drame pour écrire son roman, "Suburban Tragedy", et le soumet à Duane Jones, qui, impressionné, contacte des éditeurs. L'un d'eux souhaite le publier et Sidney accepte que Jones devienne son agent. Puis il en profite pour quitter le domicile de ses parents avec Melody.

Sidney Hall

A vingt-quatre ans, Sidney Hall est devenu un écrivain à succès après la parution de ses deux premiers livres. Mais la mort de Brett continue de le hanter et il est sujet à des hallucinations chroniques où il voit son ami disparu. Alcoolique, il voit Melody l'abandonner et la trompe avec la fille de son éditeur, Alexandra. En lice pour le Prix Pulitzer, Sidney se sent indigne de le recevoir face à Francis Bishop, l'autre favori pour cette distinction. Un lecteur à qui il a dédicacé son premier roman se suicide.

Melody et Sidney

L'affaire est montée en épingle par des politiciens qui veulent interdire son livre. Melody demande le divorce. Lorsque Alexandra lui demande de refaire sa vie avec elle, il rompt puis, dans une crise de graphomanie, il rédige plusieurs centaines de pages. Son assistante découvre ce manuscrit qu'il veut détruire mais l'en empêche. Sidney se ressaisit et revoit Melody qui lui avoue attendre un enfant. Pour fêter cela, en lui jurant qu'il va changer, il l'emmène dîner au restaurant. Mais Alexandra surgit et révèle son infidélité. En rentrant chez eux, Sidney et Melody sont coincés dans l'ascenseur en panne. Elle succombe à une crise d'asthme.

Francis Bishop (Kyle Chandler)

A trente ans, Sidney Hall a disparu de la vie publique depuis cinq ans. Il est remarqué dans plusieurs librairies où il brûle les exemplaires de ses deux romans. Puis il erre sur les routes ou se déplace dans des wagons de fret avec son chien. Un homme avec une badge de police le piste et rencontre ses proches (comme Duane Jones, redevenu enseignant), les libraires ayant signalé ses autodafés, un faussaire lui ayant fourni des papiers (au nom du lecteur qui s'était suicidé). Sidney est arrêté en état d'ivresse.

Francis Bishop et Sidney Hall

Libéré sous caution, il rencontre le policier qui n'en est pas un puisqu'il s'agit en vérité de Francis Bishop, son concurrent six ans auparavant pour le Prix Pulitzer. Il désire écrire la biographie de Sidney Hall et, pourquoi pas, le convaincre de reprendre la plume. Mais il refuse de se livrer et encore plus de créer à nouveau. Bishop le dépose dans une maison isolée mais luxueuse - celle qu'il avait acquise pour Melody après qu'elle lui en ait montré la photo quand ils avaient dix-huit ans.

Melody

Sidney se prépare à accueillir sa femme avant de faire un malaise. Hospitalisé dans un état grave, à cause de son alcoolisme et d'une commotion cérébrale non soignée, datant de ses dix-huit ans lors d'une dispute avec sa mère au sujet de la VHS, il réclame Bishop. Sidney lui dévoile l'histoire de Brett Newport, les circonstances du décès de Melody, les raisons de sa disparition médiatique. Il s'éteint apaisé en se revoyant avec Melody, adolescents.

Si le résumé ci-dessus est linéaire, la construction du film, elle, ne l'est pas, et c'est ce qui donne son principal intérêt narratif à The Vanishing of Sidney Hall : comment, une fois réunis, les fragments d'une existence, ses moments les plus saillants, les plus intenses, les plus critiques, disent la vérité d'un individu.

Comme souvent avec les films uniquement disponibles en VOD, il ne manque pas grand-chose pour en faire une oeuvre aussi solide qu'un long métrage et plus ambitieux qu'un téléfilm de prestige. En l'occurrence, ici, ce qui nuit au projet, c'est un léger manque d'émotions. Un comble pour un mélodrame...

L'histoire fait penser (un peu) au roman magistral de Paul Auster, Leviathan, dans lequel le héros découvrait que son meilleur ami, écrivain comme lui, était retrouvé mort suite à l'explosion d'une bombe artisanale. progressivement, on apprenait comment ce dernier, suite à un accident, et quelques événements indépendants de sa volonté, avait dérivé vers une forme de terrorisme artistico-politique qui allait lui coûter absurdement la vie.

Ici, on retrouve un peu le même mécanisme implacable : un enchaînement sur plusieurs années de drames et d'accidents bouleversent un jeune écrivain surdoué au point de l'entraîner dans une longue errance auto-destructrice tandis qu'un de ses confrères le recherche pour tenter de comprendre.

Mais le script de Shawn Christensen et Jason Dolan, remarqué par la société de production "Scott Free" (de Ridley et Tony Scott, qui voulaient en confier la réalisation à Joe Russo), charge trop la mule sans pour autant réussir à convertir l'ensemble en une somme poignante. En fait, il semble que les auteurs soient tombés sur un cas de conscience : lorsqu'on traite de la disparition au sens où quelqu'un décide de fuir les autres, faut-il montrer qu'on le retrouve ? Ou bien laisser le héros à l'oubli auquel il aspire ?

Je serai tenté de dire, comme Paul Auster dans Leviathan, que ce qui reste invisible prend une forme légendaire. Le mystère d'une disparition devient alors plus dramatique et fascinant quand on ignore si le disparu a fini par mourir, disparaître définitivement. S'effacer de la surface de la Terre, ne jamais être retrouvé, c'est par définition incroyable et éprouvant, douloureux pour les proches, surtout à notre époque où la technologie permet de tracer les individus n'importe où. 

A cet égard, Francis Bishop (joué par le toujours excellent Kyle Chandler) peut, avant qu'on sache qui il est, d'abord être pris pour Sidney Hall âgé (et on peut alors imaginer que le scénario aurait raconté comment le jeune prodige, traumatisé par les suicides de Brett et de son lecteur, la mort de Melody, aurait perdu la mémoire et finit par se chercher lui-même avant de comprendre à la fin qu'il est devenu Francis Bishop). Mais Christensen a préféré une autre option, moins troublante, et qui aboutit à un final étrangement éteint, avec d'ultimes confidences sur un lit de mort. Confidences qui en apprennent plus à Bishop qu'au spectateur et qui donc tombent à plat.

C'est un peu ballot, d'autant que la mise en scène, avec son montage en flash-backs, sur deux époques et le présent, bénéficie d'un grand soin, avec une belle photo, et un casting de qualité. Logan Lerman ne manque pas d'intensité dans le rôle-titre, même quand il est grimé avec une perruque et une barbe dans sa période hobo. Dans des seconds rôles, Michelle Monaghan (la mère de Sidney) et Margaret Qualley (Alexandra) savent profiter de peu scènes pour exister fortement. Toutefois, la grande gagnante reste Elle Fanning qui prête sa beauté irréelle et radieuse à Melody, personnage central que la jeune actrice rend vraiment magnétique.

Inégal donc, mais pas dénué d'atouts. En tout cas, pas moins bon que bien des longs métrages qui finissent dans les salles sans qu'on sache trop ce qui a convaincu les exploitants et les distributeurs de les soumettre au grand public.  

mardi 31 juillet 2018

THE LEFTOVERS (Saison 2) (HBO)


La première saison de The Leftovers fonctionnait comme une entité suffisante, avec son début, son milieu et sa fin. Pourquoi continuer, lui écrire une suite ? Et comment ? A la première question, Damon Lindelof et Tom Perrotta avaient, semble-t-il, encore des choses à dire. A la seconde, ils le font en bouleversant tout, en entraînant leur saga dans une nouvelle direction - même s'il faut avoir vu les dix premiers épisodes pour le comprendre. Mais au final, ce deuxième acte est aussi passionnant que le premier.

 Erika, John, Michael et Evie Murphy (Regina King, Kevin Carroll, 
Jovan Adepo et Jasmin Javoy Brown)

La Préhistoire : une femme des cavernes enceinte est la seule survivante d'un tremblement de terre. Elle accouche seule peu après. Cueillant des fruits sur un arbre, elle voit un serpent menacer son bébé et tue le reptile qui a le temps de la mordre. Elle succombe près d'un lac. Une autre femme récupère son enfant.
De nos jours : ce lac est celui de la ville de Jarden, Texas, dans le parc naturel de Miracle, un endroit épargné par les disparitions du 14 Octobre trois ans auparavant. La famille Murphy y habite : John le père est un pompier qui a fait de la prison pour tentative de meurtre contre son père pédophile, Erika sa femme est infirmière et sourde, leur fille Evie est sujette à des crises d'épilepsie et leur fils Michael assiste le pasteur local. Le soir venu, Evie va avec ses amies Violet et Taylor au lac tandis qu'arrivent leurs nouveaux voisins, Kevin, Nora, Jill et la petite Lily (la fille de Christine adoptée par le couple).

Nora Durst et Kevin Garvey (Carrie Coon et Justin Theroux)

Quelque temps auparavant, à Mapleton. Kevin reste hanté par le suicide de Patti dont il se sent responsable. Il déterre son corps dans les bois et se livre à la police mais, contre toute attente, après un bref interrogatoire, on le relâche. En cachette, Jill revoit son frère Tommy qui vit désormais avec leur mère, qui a quitté les Guilty Remnant (GR). Lors d'un dîner au restaurant en compagnie de sa fille et de Nora Durst, Kevin leur propose de déménager. Nora vend sa maison à un excellent prix à un groupe d'études scientifiques sur les disparus. Direction : Jarden où on n'entre que par cooptation et où ils s'installent donc grâce à Matt, le frère de Nora, qui remplace le pasteur. Ils font connaissance avec les Murphy à l'occasion de l'anniversaire de John. Le soir, un séisme a lieu et assèche complètement le lac voisin à côté duquel on trouve la voiture d'Evie et de ses deux amies. Mais les filles ont disparu...

Laurie et Tommy Garvey (Amy Brenneman et Chris Zylka)

Tommy et Laurie travaillent ensemble pour sauver des membres de l'influence des GR. Elle a repris son travail de thérapeute pour les rééduquer et rédige un livre sur cette secte. Le manuscrit intéresse un éditeur qui exige toutefois d'importantes modifications pour le publier, ce qui vexe violemment Laurie. Elle apprend ensuite qu'une de ses patientes s'est suicidée après avoir tenté de reprendre sa vie auprès de son mari. Tommy, lui, est piégé par Meg Abbott, à la tête d'une section des GR. Avec sa mère, il comprend qu'il faut offrir aux patients une compensation et il reprend le rôle que tenait "Wayne" pour soulager leur mal de vivre.

John Murphy et Kevin Garvey (Kevin Carroll et Justin Theroux)

La nuit du séisme, Nora se réveille et découvre que Kevin est absent. Lorsqu'il rentre, il lui explique avoir été victime d'une crise de somnambulisme qui l'a entraîné jusqu'au lac, mais quand ils apprennent la disparition de Evie et ses amies, elle lui déconseille d'évoquer sa présence là-bas pour ne pas être soupçonné. La nuit venue, John Murphy rentre en voiture avec Kevin mais il l'entraîne hors de Jarden pour s'en prendre à un voyant qui lui avait prédit un drame personnel et qu'il accuse d'avoir enlevé Evie. Blessé, John est conduit par Kevin à la clinique où Erika le soigne. Nora a appris que Mary, la femme de Matt, est sortie de son état végétatif lors de sa première nuit à Jarden avant de ressombrer. Kevin retrouve Nora chez eux et elle se menotte à lui pour éviter qu'il ne s'échappe à nouveau. 

Matt et Mary Jamison (Chris Eccleston et Janel Moloney)

Depuis leur arrivée à Jarden et la brève amélioration de son état de santé, Matt répète chaque jour ce qu'il fit cette date-là. Mais le miracle ne se reproduit pas. Frustré, il emmène Mary à Austin pour qu'elle passe une IRM et apprend qu'elle est enceinte. Sur la route du retour, en voulant dépanner un automobiliste, Matt est agressé et on lui vole le bracelet qui lui permet de rentrer à Jarden. Mary et lui y retournent à pied mais seule elle peut franchir l'entrée car John Murphy, sollicité par Kevin et Nora pour qu'ils passent, est dérangé par une question que lui pose Matt. Il s'installe parmi les campeurs qui attendent leur tour pour pénétrer dans la ville en espérant être à nouveau digne un jour d'y séjourner à nouveau.

Erika Murphy et Nora Durst (Regina King et Carrie Coon)

Visitée par deux membres du services des personnes disparues, Nora apprend qu'elle a peut-être causé la disparition de ses proches selon une nouvelle théorie. Mais quand elle apprend sur quelles bases repose cette idée, elle comprend qu'il s'agit d'une hérésie pseudo-scientifique. Elle se rend avec Kevin à une levée de fonds pour la poursuite des recherches des trois filles disparues lors de laquelle Erika s'emporte contre les espoirs irrationnels de l'assistance. Nora va parler à Erika chez elle et elles confrontent leurs sentiments sur le drame qu'elles partagent. Cet échange bouleverse Nora juste avant que Kevin lui fasse un aveu ahurissant...

Jill et Kevin Garvey (Margaret Qualley et Justin Theroux)

Après que Kevin lui ait expliquée être sujet à des hallucinations dans lesquelles il voit Patti, Nora le quitte en emmenant Lily et Mary. Jill ne comprend pas ce qui s'est passé mais en veut à son père. Ce dernier est abordé par Michael qui lui assure que son grand-père peut le libérer de ses démons, mais le traitement requis effraie Kevin. Appelé à l'entrée de Jarden par la police, il y trouve Laurie à la recherche de Tommy. Ils vont au motel où elle est descendue et il lui avoue ses problèmes en lui demandant de l'aide. Laurie suit Kevin chez lui, ce qui contrarie Jill, avant qu'il ne parte rejoindre Virgil, le grand-père de Michael, prêt à ce qu'il le guérisse.

Kevin et Patti (Justin Theroux et Ann Dowd)

Virgil cause une overdose à Kevin avant de se suicider. Kevin se réveille dans un au-delà qui a pour cadre un hôtel luxueux dans lequel il passe pour un assassin international devant supprimer Patti dans le rôle d'une politicienne en campagne. Il l'abat mais comprend qu'il s'agissait d'un sosie puis l'identifie en voyant une fillette dont le père lui conseille de la noyer dans un puits. Il s'y résout et, le crime commis, le puits s'effondre sur lui. Kevin revient d'entre les morts après avoir été enterré par Michael !

Meg Abbott et Tommy Garvey (Liv Tyler et Chris Zylka)

Le 13 Octobre, trois auparavant. Meg Abbott vient de perdre sa mère et se rend avec son fiancé à Jarden pour consulter le voyant qui sera agressé par John Murphy. Ce qu'il lui révèle sur les derniers mots que voulaient lui dire sa mère la déçoit. En marchant en ville, elle fait la connaissance de Evie... Plus tard, après la mort de Patti et les émeutes de Mapleton contre les GR, Meg dirige une section de la secte et détourne Tommy de Laurie. Ensemble, ils descendent à Jarden où elle prépare une opération secrète et décisive. Dans le ranch où elle et ses fidèles sont installés, Tommy découvre les trois filles disparues mais consentantes sans comprendre tout ce que cela implique.

(Au premier rang des GR :) Violet, Evie et Taylor
(Katy Harris, Jasmin Javoy Brown et Violett Beane)

Kevin rentre chez lui et trouve John avec deux policiers qui ont relevé ses empreintes sur la voiture des filles disparues. Interrogé par John dans un chenil, Kevin lui explique que Evie et ses amies ont mis en scène leur disparition. Refusant de le croire, John lui tire dessus et le laisse pour mort. De retour dans l'hôtel de l'au-delà, Kevin doit passer une nouvelle épreuve pour ressusciter. Entretemps, Meg et les trois filles forcent l'entrée de Jarden, suivies par des dizaines de GR dissimulés parmi les campeurs à l'extérieur de la ville. Kevin découvre le chaos qui s'est emparé de l'endroit et retrouve Joe à la clinique. Ils rentrent chez eux. Kevin est attendu fébrilement par Jill, Laurie, Tommy, Matt, Mary (qui est sortie de son état végétatif) et Nora. 

Nora et Kevin

Sertie d'un nouveau (et plus beau) générique accompagné d'une rengaine country entraînante, cette saison 2 s'ouvre par une incroyable séquence préhistorique dont le sens ne tarde pas à se révéler : le destin tragique de cette femme caverne et de son bébé résume la relation des parents et de leurs enfants au coeur de l'histoire développée dans les dix épisodes suivants.

En se délocalisant, The Leftovers se réinvente tout en continuant à creuser ses thèmes initiaux. Le "Jour du Grand Départ" hante aussi Miracle, ce parc naturel où a été bâtie la ville de Jarden, épargné par les disparitions du 14 Octobre trois auparavant. En apparence seulement, l'endroit est tranquille, préservé, mais derrière cette façade, on fait vite connaissance avec les Murphy, dont chacun des quatre membres souffrent de maux particuliers - un père rongé par une sourde colère (qui ne croit pas aux miracles), une mère sourde, une fille épileptique, un fils tiraillé entre la religion et les tours de son grand-père. Il y a quelque chose de pourri au royaume de Miracle, pour paraphraser Shakespeare...

Ce malaise est vite perçu par les Garvey, famille recomposée quand ils arrivent à Jarden. Eux-mêmes ont fui Mapleton, dans l'espoir de laisser derrière eux leurs fantômes et leurs démons, mais c'est une course en avant, une fausse solution dont ils prennent conscience progressivement. Kevin est sujet à des crises de somnambulisme, puis en proie à des hallucinations : épisode psychotique (comme le diagnostiquera Laurie) ? Ou possession mystique ? Nora, pour s'installer ici, a vendu sa maison de Mapleton à des scientifiques qui voulaient l'analyser comme théâtre de disparitions, et plus tard elle entend qu'on l'accuse d'être peut-être responsable de la perte de sa famille sur la base d'une théorie absurde.

Damon Lindelof et Tom Perrotta entretiennent le doute sur ce dernier point car, à peine les Garvey domiciliés à Jarden, des séismes ont lieu. Il y en a eu avant eux, mais le dernier coïncide avec la disparition de trois adolescentes : un nouveau "Grand Départ" aurait-il lieu ? On apprendra, lors d'un extraordinaire coup de théâtre dans l'avant-dernier épisode, que la vérité est littéralement ailleurs, et l'événement prend un tour sidérant que personne n'a vu venir - une prouesse scénaristique.

Les auteurs ont eu à coeur de surprendre, quitte à le perdre (comme en attestera l'audience en chute libre), le public en osant renouveler la narration d'ensemble. Dans la première saison, la série alternait épisodes "story's driven" et "Character's driven" (soit, en bon français, des épisodes où primaient tour à tour l'intrigue ou un personnage en particulier). Cette fois, chaque chapitre se focalise sur un protagoniste, osant des retours en arrière parfois conséquent, ou des déplacements dans des espaces inattendus (on visite même l'au-delà dans deux volets à l'humour noir déroutant à souhait). Cette construction est parfois frustrante car elle diffère des explications, mais aussi stimulante en donnant plusieurs points de vue à une même séquence (comme la première nuit à Jarden des Garvey et le séisme qui assèche le lac et correspond à la disparition des trois filles).

Revenons au générique : on s'étonne longtemps du crédit accordé à des acteurs comme Amy Brenneman, Chris Zylka et Liv Tyler alors qu'ils ne sont les vedettes que d'un épisode ou figurent dans quelques autres. Mais la qualité de leurs prestations et l'importance de leur rôle dans la machination au centre de l'affaire de la disparition ou dans la recomposition de la famille Garvey se justifient finalement, procédant de la structure du récit (où tout se met en place lentement mais sûrement).

Le reste du casting est dominé par, d'un côté, le couple Justin Theroux (plus fébrile que jamais)-Carrie Coon (superbe de détermination, lumineuse dans le tumulte) et, de l'autre, Kevin Carroll (bouillonnant)-Regina King (altière). On retrouve Ann Dowd dans une partition fantomatique irrésistible et Christopher Eccleston (littéralement illuminé). Plus en retrait, Chris Zylka et Margaret Qualley souffrent davantage de l'expansion de la distribution.

Malgré le désordre dans lequel se trouve Jarden (résumé éloquent d'un Paradis envahi par des aspirants au miracle ou au chaos) et des rebondissements excentriques (preuve de la liberté totale des narrateurs, détachés de la contrainte de plaire au public), c'est encore sur une note d'espoir que se ferme cette saison 2. The Leftovers aura droit à une saison supplémentaire pour conclure définitivement, mais en seulement huit épisodes - ce qui ne saurait être un handicap pour une série qui puise sa force dans sa capacité à exploser les limites. Pour "ceux qui restent", en effet, le déluge est moins important que l'arche, ce qu'il reste à raconter est moins difficile que le temps imparti pour le faire.   

jeudi 26 juillet 2018

THE LEFTOVERS (Saison 1) (HBO)


Diffusée de 2014 à 2017, The Leftovers a d'abord été un phénomène de la télé américaine avant de finir sa carrière, au bout de trois saisons et vingt-huit épisodes, dans l'indifférence quasi-générale. C'est pourtant une production envoûtante, adaptée du best-seller de Tom Perrotta par Damon Lindelof (un des scénaristes-créateurs de Lost), mais qui exige de son public une disponibilité totale. En effet, ce mélodrame aux accents religieux et fantastiques est aussi une série parfois austère mais passionnante pour qui s'y abandonne.  

 La Maire Lucy Warbuton et le chef de la police de Mapleton Kevin Garvey Jr. 
(Amanda Warren et Justin Theroux)

Kevin Garvey Jr. est le chef de la police de Mapleton, dans l'Etat de New York, où il tente de maintenir l'ordre depuis trois ans, lorsque, inexplicablement et subitement, 2% de la population mondiale s'est volatilisé. Sa femme, Laurie, psychologue, a rejoint une secte, les Guilty Remnant (GR), qui a fait voeu de silence, s'habillant de blanc et harcèle la population pour l'empêcher d'oublier les disparus. Son fils adoptif, Tommy, travaille pour "Wayne", un pseudo-messie, recherché par le F.B.I.. Sa fille, Jill, vit encore avec lui mais supporte mal la dislocation de sa famille. Kevin est en conflit ouvert avec la Maire, Lucy Warbuton, qui a organisé une parade en l'honneur des disparus alors qu'il craint que les GR ne la perturbe. C'est ce qui se produit après un discours de Nora Durst, qui a perdu son mari et ses deux enfants, lorsque les habitants s'en prennent violemment aux membres de la secte.

Christine, "Wayne" et Tommy Garvey (Annie Q, Paterson Joseph et Chris Zylka)

L'A.T.F. (la brigade de répression contre les alcools, le tabac, les armes, les explosifs et les sectes) fait une descente dans le ranch où se cachent "Wayne" et ses adeptes. Il réussit à leur échapper et confie à Tommy la protection de Christine qui porte son enfant, désigné comme le sauveur de l'humanité. Meg Abbott, une jeune femme sur le point de se marier, cède aux pressions des GR et intègre leurs rangs, sous la garde de Laurie. Après une nuit d'ivresse où il a tué des chiens sauvages, pullulant dans la région, avec Dean, un chasseur, Kevin doit rendre des comptes à Lucy puis rend visite à son père, Kevin Sr., à l'asile. Jill et sa meilleure amie, Aimee, suivent Nora Durst après avoir découvert qu'elle a un revolver dans son sac à main.

Le Révérend Matt Jamison (Christopher Eccleston)

Le Révérend Matt Jamison, frère de Nora, doit trouver d'urgence une grosse somme d'argent pour conserver son église dont le bail s'achève et qui est sur le point d'être repris par les GR. Il gagne une fortune au casino mais un accident en voiture le force à être hospitalisé. Lorsqu'il est remis, trois jours ont passé et son banquier lui annonce que la vente a été conclue.

Gladys, Patti et Meg Abbott (Marceline Hugot, Ann Dowd et Liv Tyler)

Noël approche et on a volé l'enfant Jésus dans la crèche de Mapleton. Si beaucoup suspecte les GR, Kevin pense que Jill a commis ce larcin. Deux de ses camarades à elle finissent par déposer le poupon sur le perron des Garvey de peur d'être arrêtés. Tommy emmène Christine consulter un médecin pour surveiller la progression de sa grossesse. La nuit de Noël, les GR s'introduisent sans bruit dans les maisons et y dérobent toutes les photos de famille des habitants où figurent les disparus.

Laurie Garvey et Patti (Amy Brenneman et Ann Dowd)

Gladys, une des GR, est lapidée à mort dans un bois. Kevin obtient des membres de la secte qu'ils restent dans leurs résidences, tandis que Patti, leur chef, emmène Laurie, qui a découvert le corps, hors de Mapleton pour éprouver sa loyauté alors que l'ATF menace la secte d'interdiction. Kevin refuse pourtant une offre du FBI de se débarrasser du groupuscule, craignant pour Laurie, tandis que Matt veut leur apporter son soutien dans leur deuil mais se fait repousser par Meg.

Matt et sa soeur Nora Durst (Christopher Eccleston et Carrie Coon)

Nora apprend par Matt que son mari la trompait et décide de divorcer. Elle croise au tribunal Kevin qui vient lui aussi officialiser sa rupture avec Laurie. Puis Nora part pour New York assister et intervenir à une conférence sur les disparus en sa qualité de représentante du fonds d'indemnisation pour les familles. Mais sur place, quelqu'un a usurpé son identité et s'emploie à lui nuire. Confondue, la coupable est renvoyée avant que Nora ne soit abordée par un homme qui la présente à "Wayne". Il la soulage, contre de l'argent, de son mal-être comme s'il connaissait son drame.

Nora et Kevin (Carrie Coon et Justin Theroux)

Kevin iet Nora entament une liaison alors que les GR la harcèlent. Cependant, le père de Kevin s'échappe de l'asile. Tommy découvre que "Wayne" a engrossé une autre fille et comprend qu'il est un escroc. Le père de Kevin se rend grâce à Matt et remet à son fils un vieil exemplaire du "National Geographic" en insistant pour qu'il le lise et prenne ses responsabilités. Christine accouche, seule, et donne naissance à une fille qu'elle présente à Tommy avant qu'il ait le temps de lui révéler ce qu'il a appris sur "Wayne".

Aimee et Jill Garvey (Emily Meade et Margaret Qualley)

Patti organise une manifestation pour le Memorial Day (le 27 Juin, jour de célébration des Anciens Combattants). Kevin invite Nora à dîner chez lui mais la soirée est tendue à cause des provocations de Jill, contrariée à l'idée que son père refasse sa vie. Le lendemain matin, sans qu'il se souvienne comment il a fait ça, Kevin est avec Dean dans la cabane où il chassait avec son père dans son enfance après avoir kidnappé Patti. Il tente d'appeler Nora tandis que Dean essaie d'étouffer Patti. Kevin la sauve et, bravant ses menaces de le dénoncer ou sa requête de la tuer pour qu'il ne l'oublie jamais comme les GR se rappellent des disparus, la libère. Elle se tranche alors la gorge. Jill se brouille avec Aimee et rejoint sa mère chez les GR.

Kevin Sr. et son fils Kevin Jr. (Scott Glenn et Justin Theroux)

Trois ans auparavant, le 14 Octobre, le jour du "Grand Départ". Elu "homme de l'année", le père de Kevin se prépare à la fête organisée par son fils. Patti consulte Laurie à son cabinet en lui annonçant la fin imminente du monde. Tommy affronte son père biologique installé à Mapleton. Jill prépare un concours de sciences. Nora postule pour une place dans l'équipe de campagne de Lucy Warbuton. Kevin achève un cerf qui sème la pagaille en ville après qu'une conductrice l'ait percuté en voiture. Cette dernière et Kevin couchent ensemble dans une chambre de motel lorsqu'elle se volatilise. Nora, au même moment, perd son mari et ses deux enfants. Laurie, chez sa gynécologue, voit le bébé qu'elle porte disparaître. La voiture de Matt entre en collision avec une autre et sa femme est gravement blessée.

Nora

Aujourd'hui. Kevin reçoit l'aide de Matt pour enterrer le corps de Patti dans les bois. Les GR sont violemment pris à parti par la population après avoir installé chez elle des mannequins à l'effigie des disparus. Leur église est incendiée. Christine s'enfuit en laissant sa fille à Tommy. "Wayne" meurt dans les WC d'un dinner où Matt et Kevin se sont arrêtés pour manger, après avoir promis à ce dernier que tout irait mieux. De retour à Mapleton, Kevin sauve Jill des flammes. Nora s'apprête à quitter la ville et dépose une lettre pour Kevin sur son perron où elle trouve la fille de Christine. Tommy retrouve Laurie, errant seule près de la rivière locale. 

 Kevin

Tout le "problème" de The Leftovers durant sa première saison de dix épisodes est de savoir quoi en penser, déterminer de quoi ça parle. Il est a priori question de deuil après une catastrophe inexpliquée (inexplicable) et de la manière dont un groupe de personnages composent avec les conséquences de cet événement. Mais, telle un mille-feuilles, la série interpelle le téléspectateur à d'autres niveaux à mesure qu'elle se déroule.

En adaptant le roman de Tom Perrotta avec l'auteur, Damon Lindelof, le showrunner, s'est tout de même approprié le texte et ses motifs pour y injecter ses propres thèmes, dont certains qu'il avait déjà abordés dans Lost. Il le fait d'une façon à la fois plus frontale, directe, et allusive. Et c'est cette approche qui intrigue, déroute, captive (ou égare, pour ceux qui n'entreront pas dans l'histoire).

De religion, de foi, de croyance, il est abondamment question, mais, malgré son générique sur fond de peinture représentant une ascension vers l'au-delà sous le regard de proches éplorés, le show n'est pas bondieusard et évite toute explication toute faite à base d'interprétations de textes sacrés. Si la question des cultes est posée, elle l'est sous bien des aspects, depuis la figure du Révérend Matt Jamison, qui se sert de son église pour dénoncer les turpitudes de certains citoyens, jusqu'aux Guilty Remnant, cette secte étrange dont les membres grillent cigarette sur cigarette sans dire un mot, se déplaçant tels des fantômes habillés en blanc ou stationnant devant les maisons de Mapleton pour éprouver leur attractivité auprès de gens en détresse, en passant par le personnage de "Wayne", pseudo-messie abusant de jeunes asiatiques tout en étant capable de soulager autrui de sa souffrance.

Petit à petit, sur un rythme lent et avec une narration volontiers elliptique (comme lors des "absences" de Kevin), les énigmes de l'intrigue se résolvent de telle sorte que les auteurs laissent le téléspectateur opérer lui-même des déductions. Les masques tombent, les failles apparaissent, les connections entre les personnages s'établissent : tel un puzzle qui s'assemblerait par la seule force de l'évidence, le sens de la série se révèle.

Ainsi faut-il en revenir à son titre même : "the leftovers", soit "ceux qui restent". Car, dans ce récit sur les disparus, il s'agit surtout de sonder ceux qui ne se sont pas volatilisés le 14 Octobre il y a trois ans comme 2% de la population mondiale. Tous les protagonistes n'ont pas perdu quelqu'un le "Jour du Grand Départ", mais tous ont été touchés par cet événement surnaturel, qui les a ébranlés sur le sens de la vie. Kevin a vu sa famille se décomposer, Nora travaille depuis pour indemniser les familles des disparus, Matt tente de conserver ses ouailles, les GR veulent à tout prix que les gens n'oublient pas ceux qui sont partis.

Mais, comme nous l'apprend le neuvième épisode, en forme de grand flash-back sur le "Jour-J", tout n'était pas parfait à Mapleton avant le "Grand Départ" : les Garvey traversaient une crise conjugale, le mari de Nora la trompait avec l'institutrice de leurs enfants, Patti souffrait de dépression après avoir été chassé de chez elle, Tommy ne comprenait pas que son père biologique le rejette, Kevin souffrait de l'aura de son père qui, lui-même, entretenait une liaison encore secrète avec Lucy Warbuton... De là à interpréter les disparitions comme une sorte de punition divine, il n'y a qu'un pas, même pour ceux qui ne croient pas ou plus ou entre autre chose.

Le casting porte cette histoire complexe et singulière, très suggestive et violente en même temps, avec brio. Justin Theroux, découvert dans Mulholland Drive (David Lynch, 2001) et fiancé éphémère de Jennifer Aniston, est la grande révélation du show, par son jeu fébrile et habité. Ceux qui (comme moi) ont adoré la saison 3 de Fargo retrouveront avec plaisir la formidable Carrie Coon dans le rôle de Nora. Christopher Eccleston a troqué le costume du Dr. Who pour celui du Révérend Matt, fiévreux à souhait. Ann Dowd (vue depuis dans Good Behavior) est glaçante dans le rôle de Patti tandis qu'Amy Brenneman ne pipe pratiquement pas un mot de toute la saison tout en faisant passer tout le trouble de son personnage. Enfin, mention spéciale pour la jeune Margaret Qualley (The Nice Guys, Shane Back, 2016), parfaite en ado paumée (la fille d'Andie McDowell est l'autre révélation de la série).

Variation subtile et fascinante sur le trauma américain post-11-Septembre (sans les maladresses des 4400 avec ses emprunts à X-Files), The Leftovers conclut sa première saison sur une note lumineuse après bien des tumultes. Avant de se réinventer pour sa saison 2...