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jeudi 18 avril 2019

WEST COAST AVENGERS #10, de Kelly Thompson et Moy R. (FINALE)


Le rideau tombe sur une des séries les plus sympas, tous éditeurs confondus : ce dixième numéro de West Coast Avengers est le dernier. J'avais préparé un résumé, mais j'ai décidé de le zapper et de réfléchir à voix haute sur ce que dit cet échec et cette annulation.





Sachez néanmoins que nos héros ont raison des vampires en cheville avec Mme Masque (mais qui, elle, court toujours), que Kate a une explication avec sa mère (devenue une vampire) mais pas avec son père (lui aussi, toujours dans la nature), que Jeff le requin sur pattes de Gwenpool bave de satisfaction, que Fuse et Noh-Varr se trouvent mutuellement "hot"... Et que, ironiquement, les WCA ont enfin un quartier général flambant neuf, payé par la production de l'émission de télé-réalité qui les a filmés.


Kelly Thompson s'est bien amusée en bouclant, en totale roue libre, cet ultime chapitre. Mais on sent, dans le post-scriptum qu'adresse la jeune scénariste aux lecteurs, que le moral en a quand même pris un coup.

Rien ne lui aura été épargné : même le dessinateur de cet épisode a encore changé (et ce Moy R. n'est pas fameux) ! Thompson est fair-play en remerciant l'équipe éditoriale qui, pourtant, l'aura consciencieusement dépouillé en dix mois, lui retirant son artiste initial (Stefano Caselli), n'assurant aucune promotion à la série, promettant un nouvel intitulé ("Avengers West Coast" pour être plus visible dans les stands) puis arrêtant les frais.

La scénariste est-elle un talent incompris par son employeur et le public ? En tout cas, il est évident qu'elle a bien du mal à s'imposer malgré la fraîcheur de son style et sa connaissance de l'univers Marvel. Son run sur Hawkeye a également fini en eau de boudin, et elle a voulu développer West Coast Avengers comme sa suite déguisée (en animant à nouveau les deux archers, le passé des parents de Kate Bishop, et en intégrant des seconds rôles comme Fuse et sa soeur Ramona) - peut-être pas l'idée la plus judicieuse qui soit, mais le témoignage de l'affection que porte l'auteur à ces héros.

On peut s'interroger sur l'avenir de son autre série, Mr & Mrs X, dont le dessinateur (Oscar Bazaldua) est assigné à une nouvelle production dès Juillet et dont les vedettes (Rogue et Gambit) vont peut-être être absorbés par la refonte de la franchise "X" de Jonathan Hickman. Quant à Captain Marvel, si le futur de la série est assuré (avec le succès du film), il faudra attendre de connaître les plans de Thompson sur le deuxième arc pour savoir vraiment ce qu'elle va en faire (car l'histoire en cours est bine trop atypique et inégale pour juger).

Dans le message qu'elle a rédigé pour la postface de ce numéro, Thompson remercie les fans pour leur "ouverture d'esprit", car il en fallait pour accepter et soutenir cette équipe d'outsiders improbable. Cela interroge le goût du grand public, celui qui fait et défait les titres en les achetant ou pas. Les WCA avaient-ils sérieusement une chance dans ce contexte ? Le marché est saturé chaque mois et porter le mot "Avengers" dans son titre est à double tranchant car il oblige au succès. Or, cette série n'était pas conçue comme un hit imparable : au contraire, c'était un divertissement farfelu, qu'il aurait fallu produire comme quelque chose de quasi-indé, avec un artiste stable, et des ambitions moins commerciales qu'esthétiques. Mais Marvel veut-il encore investir dans un mensuel aussi spécial (comme le fut Hawkeye époque Fraction-Aja, bardé de prix sans être un best-seller) ?

A lire ce qu'écrit Thompson chez Marvel, on a de plus en plus l'impression d'un talent pris en étau entre les impératifs d'une major company, plus préoccupé d'inonder les bacs de séries que de concevoir une collection de mensuels moins prolifique mais plus intelligente (cela vaut aussi pour DC, même si ça me paraît mieux pensé), et ses désirs de raconter des histoires avec pep's. En vérité, la vraie Kelly Thompson se révèle davantage dans Sabrina the teenage witch, où son écriture espiègle s'épanouit, qu'avec les super-héros qu'on lui confie sans véritablement y croire (hormis Captain Marvel).

Il y a dans la conclusion de West Coast Avengers une nouveauté de la part de la scénariste : pour la première fois, elle semble vraiment découragée et, en toute logique, elle a terminé en faisant n'importe quoi (donner un pouvoir à Ramone, révéler la nature vampirique de la mère de Kate, etc). C'est à la fois drôle grotesque, et triste car le coeur n'y est visiblement plus. On peut le comprendre, car les échecs à répétitions et l'incertitude pour le futur minent. On peut aussi s'interroger sur le conformisme ambiant qui conditionne des lecteurs râlant souvent sur l'état des comics, la nature des histoires, mais refusant de donner leur chance à des titres moins stéréotypés.

L'échec et l'annulation de WCA, qui portait brillamment l'état d'esprit "Fresh Start" voulu par Marvel, prouve surtout que l'arrivée de C.B. Cebulski à la rédaction en chef des comics de l'éditeur n'a rien changé : toujours autant d'events en vue, toujours autant de mensuels dans les bacs, et, plus grave sans doute, le départ de talents, la condamnation de séries comme celles-ci, l'impression que le MCU est devenu plus agrèable et palpitant que les comics qui l'inspirent. Bref, bien des enseignements à tirer de la disparition d'une série sympa.  

lundi 25 mars 2019

WEST COAST AVENGERS #9, de Kelly Thompson et Gang Hyuk Lim


Pour ce pénultième épisode de West Coast Avengers, Kelly Thompson fait un peu n'importe quoi mais surtout se fait plaisir. Et, ma foi, c'est communicatif : cette série me manquera pour sa bonne humeur, qui lui a sans doute valu son échec commercial (car l'humour ne paie guère ces temps-ci dans les comics). La scénariste est bien aidée par Gang Hyuk Lim, dont on déplorera qu'il n'ait pas eu le poste plus tôt.


Piégés par des vampires alors qu'ils pensaient tomber sur des skrulls, Fuse et Noh-Varr sont jetés dans un puits tandis que Clint et Kate sont pendus par les pieds en attendant leur sacrifice. Personne ne peut plus compter sur America Chavez, mordue et groggy.


Sans nouvelles de leurs amis, Gwenpool et Quentin Quire vont les rejoindre. Ramona, la soeur de Fuse, veut les accompagner et pour convaincre Gwen, lui révèle son secret : elle est la fille d'une dora milaje, la garde royale du Wakanda, et a des pouvoirs liés au vibranium. 


La mère de Kate guide Quentin, Gwen et Ramona dans un souterrain qui mène au temple des vampires. Lorsqu'ils apprennent la vérité sur leurs adversaires, un frisson parcourt les jeunes héros.


Fuse et Noh-Varr s'échappent de leur puits et croisent Gwen, Ramona et Quention avec la mère de Kate. Ils rejoignent le temple à l'intérieur duquel Kate et Clint ont réussi à se délivrer.


La bataille tourne à l'avantage de l'équipe. La mère de Kate détache America de ses liens et profite qu'elle soit encore sonnée pour la mordre à son tour afin de siphonner sa puissance !

Il y a dans l'écriture de Kelly Thompson une folie douce, une fantaisie qui dénotent avec le sérieux habituel des productions super-héroïques. Cela ne signifie pas que la scénariste ne prend pas ce folklore au sérieux, mais bien qu'elle s'en amuse et inscrit ses intrigues dans un cadre plus léger.

Malheureusement, ce parti-pris n'a pas séduit le public, quand bien même West Coast Avengers a conquis ses quelques fans (je le constate moi-même en voyant chaque mois le nombre de vues sur les critiques de ce titre). Trop iconoclaste sans doute, trop liée aussi à la série Hawkeye (dont elle prolongeait certains aspects), le titre n'aura pas tenu un an et s'achèvera donc le mois prochain, sans que Marvel ait tenté quoi que ce soit pour le sauver (pas de relaunch en vue, et le projet de retitrer cela en "Avengers West Coast" pour plus de lisibilité dans les stands a été abandonné).

Condamnée, la série doit être bouclée et il est intéressant de voir comment chaque auteur s'y prend. Pour Thompson, dont c'est le deuxième échec consécutif (son Hawkeye avait été abrégé dans des circonstances similaires), on imagine la tâche ingrate (même s'il lui reste Mr &Mrs X et Captain Marvel, plus la relance de Sabrina the teenage witch chez Archie Comics la semaine prochaine).

Mais la scénariste fait preuve d'une fraîcheur revigorante. Certes, attribuer des pouvoirs à Ramona relève un peu du grand n'importe quoi (d'autant que comme son frère, on ignore quelle en est la nature exacte - sans doute mutante), et il est très peu probable que les Watts frère et soeur réapparaissent dans une autre série.

D'un autre côté, Thompson livre une sorte de mini best-of avec, à nouveau, des personnages pendus par les pieds (motif récurrent chez elle, toujours pour rigoler), la mère de Kate toujours aussi imprévisible (la voilà vampire !), et les couples dysfonctionnels (ici Quentin et Gwen et leur bébé requin de cette dernière, du pur délire). Tout ça part dans tous les sens, impossible de deviner comment ça va finir, mais justement cette loufoquerie singularisait le projet.

La série a souffert indéniablement de ne pas avoir un artiste attitré et constant. Je ne reviendrai pas sur le départ de Caselli et la prestation assez plate de Di Nicuole, mais quel dommage finalement que Gang Hyuk Lim n'ait pas obtenu le poste plus tôt.

Ce dessinateur, en très peu de temps, aura su s'imposer, en correspondant parfaitement au ton des scripts. Son trait expressif, simple et dynamique, convient à merveille, et nul doute que sur la durée, il aurait mûri encore davantage. 

On ne peut as gagner à tous les coups, mais le bilan de Kelly Thompson est tout de même sévère :  alors que l'éditeur s'est pressé de la signer en exclusivité, elle n'a pas toujours été vraiment soutenue et les fans n'adhèrent qu'à ses comics les plus classiques. 

De manière plus générale, il n'y a pas chez Marvel (mais pas davantage en vérité chez DC) de femmes scénaristes mises en avant, bénéficiant de la même confiance que les auteurs masculins (par exemple, vous ne trouverez aucune femme aux comandes d'un event). C'est déplorable, sans faire de politique, parce que, dans le cas de Thompson, son talent est indéniable. 

samedi 2 mars 2019

WEST COAST AVENGERS #8, de Kelly Thompson et Gang Hyuk Lim


J'avais décidé de ne pas lire ce numéro et même d'arrêter la série car, c'est officiel, West Coast Avengers est annulé et la série cessera sa parution en Mai. Dans ces conditions, comment espérer que Kelly Thompson conclue de manière satisfaisante en trois épisodes ? Mais la scénariste force le respect en faisant (presque) comme si de rien n'était, malgré un nouvel artiste et une couverture hideuse...


Noh-Varr/Marvel Boy explique aux West Coast Avengers qu'il a infiltré une secte, le Temple du Soleil Changeant, dont il suspecte qu'elle est en lien avec Mme Masque et que ses membres sont des skrulls. 


Clint Barton accepte de l'aider à démanteler ce réseau et Kate Bishop forme deux groupes : le premier, avec elle, America Chavez, Fuse et Noh-Varr, va se faire passer pour des aspirants disciples pendant que Clint fera diversion ; le second, avec Gwenpool et Quentin Quire infiltrera les rangs des troupes de Masque.


Clint, grâce à un gadget modifiant son image, est reçu par le chef du Temple en se faisant passer pour Wonder Man. Kate, Fuse, America et Noh-Varr sont guidés dans les sous-sols par Chad - qui les a reconnus et les livre en pâture pour un sacrifice humain. 


Quentin et Gwen sont également vite remarqués chez Mme Masque mais se débarrassent de la sécurité quand Quire reçoit un appel au secours de Kate. La mère de cette dernière se présente alors et accompagne les deux jeunes héros.


En infériorité numérique, Kate, Noh-Varr et Fuse sont en difficulté face aux prêtres du Temple. Mais le pire est à venir quand ils comprennent que ce ne sont pas des skrulls mais des vampires, qui ont neutralisé America...

Comme on pouvait le craindre, malgré des annonces concernant un changement de titre (West Coast Avengers devenant Avengers West Coast, pour plus de visibilité dans les stands des comics shops), la série va donc cesser d'être publiée dans deux mois, au #10. Marvel aura pris son temps pour torpiller une production qu'elle a vite cessée de soutenir en lui ôtant son dessinateur initial (Stefano Caselli).

Pour Kelly Thompson, à qui l'éditeur a pourtant fait signer un contrat d'exclusivité pour ne pas risquer que la concurrence le fasse, c'est un nouveau revers, après la fin abrupte de son run sur Hawkeye. Il lui reste désormais Mr & Mrs X (dont les ventes semblent contenter tout le monde) et Captain Marvel (apprécié par la critique et profitant de la pub autour du film, qui sort Mercredi prochain). Mais il est certain que désormais, la jeune femme n'a plus le droit à l'erreur.

Thompson a bien du courage de travailler dans ces conditions puisque le staff éditorial de WCA n'aura rien fait pour lui faciliter la tâche donc. Mais elle aime ses personnages et honore son public, des fans trop peu nombreux mais fidèles, en continuant sur sa lancée.

Et c'est ce qu'on retiendra sans doute de ces ultimes épisodes, cette manière de finir sans changer. De fait, l'épisode est très drôle à plusieurs reprises : on retrouve, intact, l'humour loufoque et tendre de Thompson dans une dernière histoire qui se paie la tête de celle en cours dans Avengers, en convoquant des vampires, et en privilégiant la caractérisation, la dynamique de groupe - ce bonus qui manque à tant de team-books actuels.

Bien entendu, il y a des facilités, comme le fait que Quire et Gwenpool trouvent sans problème le repaire de Mme Masque, ou que la mère de Kate resurgit opportunément une nouvelle fois. Mais ça ne pèse pas lourd à côté du détachement las avec l'équipe accepte, bon gré mal gré, d'aider Norh-Varr, de l'humiliant stratagème auquel doit se plier Clint Barton pour entrer dans le Temple, ou les chamailleries entre Quire (décidément un personnage en or) et Gwenpool (très drôle aussi).

Toute cette pétillance manquera aux fans de cette série, qui ne se prenait pas au sérieux tout en divertissant très efficacement. Pourquoi le public n'a pas adhéré plus franchement ? Marvel, je l'ai dit, a conscienseument dépouillé le titre, comme si personne n'y avait jamais cru. Mais les lecteurs sont aussi responsables (on ne peut les dédouaner quand un titre s'arrête). Trop léger, WCA, trop blagueur ? Thompson a proposé quelque chose de différent, de décalé, qui n'a pas séduit. Dommage. Après ça, il s'en trouvera pour râler en disant que les comics, c'est toujours pareil - mais quand ça ne l'est pas, ça ne se vend pas. 

Troisième artiste en trois arcs narratifs, Gang Hyuk Lim m'avait fait craindre le pire en découvrant la preview de l'épisode. Et puis, passées les premières pages, le trait devient attrayant. Son expressivité fait penser au manga, avec une pointe d'exagération limite, mais sinon c'est propre, dynamique.

Lim assure lui-même son encrage et sa colorisation (au revoir Tamra Bonvillain donc), mais le look de la série reste cohérent. Parfois, c'est un peu acidulé, certains plans manquent de cette densité qui faisait le sel des planches de Caselli avec des compositions soignées et un découpage au point. Mais, dans l'ensemble, pas de faute de goût : on ne saura pas ce que ça aurait donné avec plus de temps, sans doute Lim aurait fait un titulaire très acceptable.

On ne peut que s'incliner, à la fois devant le choix économique de Marvel mais aussi l'élégance des auteurs, qui ne bâclent pas et nous consolent de l'annulation de la série en nous amusant franchement. Espérons juste que cette fin ne condamne pas aux limbes ces personnages attachants (surtout Clint Barton, également présent dans la série hebdo Avengers : No Road Home, où Hulk a menacé à demi-mots de se venger de lui si les choses tournaient mal...).

vendredi 1 février 2019

WEST COAST AVENGERS #7, de Kelly Thompson et Daniele di Nicuolo


West Coast Avengers est-elle une série que Marvel est en train de lâcher ? On pourrait le croire avec cette couverture épouvantable, le peu de promotion dont bénéficie le titre, son retitrage prochain, et les ventes en chute libre. C'est dommage, mais Kelly Thompson est impuissante, affichant quelques limites évidentes...


Noh-Varr alias Marvel Boy apprend à Kate Bishop, son ancienne partenaire (et amante) au sein des Young Avengers, qu'il a inflitré le gang de Mme Masque. Pour le démanteler, il compte sur son aide.
  

Alors que Masque et ses acolytes s'amusent toujours à malmener le reste des West Coast Avengers, Kate a trouvé grâce à Noh-Varr le moyen de rendre leurs pouvoirs à ses acolytes.


L'avantage bascule du côté des héros mais leurs adversaires s'échappent grâce à MODOK qui les téléportent. Il ne reste plus qu'aux WCA à rentrer à leur base, accompagnés par Noh-Varr.


Le jeune guerrier Kree leur annonce alors que la fin du monde est proche s'ils ne l'aident pas pour une mission. Mais Kate obtient une nuit de repos avant de s'engager dans une nouvelle aventure.


Les héros font le point devant la caméra de l'équipe de l'émission de télé-réalité qui les finance et mesurent la chance qu'ils ont eue. Une veine que compte bien saper Mme Masque et ses complices, dont l'un d'eux révèle son visage : Derek Bishop, le père de Kate !

La mayonnaise ne prend pas avec cette série et les fans. Il y a une part d'injustice là-dedans car West Coast Avengers est une production sans prétention mais sérieusement réalisée, très sympa à lire, et bien dans le ton voulu par C.B. Cebuski, le rédacteur-en-chef de Marvel, pour l'actuel statu quo "Fresh Start".

Mais les chiffres sont là, têtus et implacables, et les ventes sont basses, trop basses pour espérer un redressement et éviter une annulation proche. La série passera-t-elle seulement le Printemps ? En tout cas, elle ne pourra pas compter sur le retour de son premier artiste, Stefano Caselli (même si ce dernier n'est annoncé sur aucun nouveau projet) - sur ce coup, le staff éditorial a visiblement menti à Kelly Thompson, qui avait reçu la garantie de récupérer son partenaire pour le troisième arc (qui débute le mois prochain).

A moins que la faillite de WCA ne trouve ses racines bien en amont, dans le run d'Hawkeye par Thompson, également annulée faute d'un score suffisant... Et dont l'actuelle série se voulait la prolongation. N'était-il pas maladroit (pour le moins) de fonder un titre sur les cendres d'un précédent qui n'avait pas fonctionné ? En tout cas, les références à Hawkeye dans WCA ont dû échappé à beaucoup de lecteurs qui n'avait pas suivi les aventures solo de Kate Bishop - et ces allusions sont importantes, avec la complicité des parents de l'archer dans les manoeuvres de Madame Masque.

Par ailleurs, Thompson s'est lancée dans une entreprise risquée en voulant conjuguer action et humour, un cocktail qui réclame une rigueur infaillible et qui n'est plus souvent exploitée depuis Justice League International, Excalibur ou, plus récemment, Wolverine & les X-Men. La scénariste à de l'esprit, le sens de la répartie, un casting qui interagit bien, mais ses deux premiers arcs sont légers en termes d'intrigue, recyclant beaucoup (trop ?) des éléments issus de son Hawkeye. Il y a du potentiel, mais Thompson est finalement plus à l'aise dans la vie de son groupe d'outsiders que pour nous passionner avec leurs ennemis (plus grotesques qu'autre chose). Il manque une tension, une menace réelle pour contrebalancer.

Et puis, donc, Caselli n'est pas facile à remplacer. Daniele Di Nicuolo a des atouts, mais il est encore bien trop "tendre" pour espérer supplanter son collègue italien. Souvent, ses décors sont réduits à leur plus simple expression (c'est aussi le défaut d'Oscar Bazaldua, le dessinateur de Mr & Mrs X, autre série de Thompson) et si cela lui permet certainement de tenir les délais, ses planches ont l'air bien vides.

Di Nicuolo s'encre lui-même : je ne suis pas partisan des encreurs, bien des artistes s'en passent et s'expriment mieux sans eux. Mais quand on débute, c'est un collaborateur qui peut s'avérer précieux pour donner du caractère au trait, de la substance aux ambiances - toutes choses qui manquent terriblement ici, l'italien ayant même la fâcheuse tendance à verser dans des tics manga.

Il y a de bonnes choses - des compositions dynamiques, de la lisibilité, de l'expressivité. Mais rien qui bonifie, "plussifie" la narration. Alors que Caselli en imposait naturellement par sa maîtrise du média, sa compréhension du script et ses ressources pour le "doper" visuellement.

Ce qu'on retient de l'épisode est par conséquent quasi anecdotique et éloquent : l'addition de Noh-Varr/Marvel Boy à l'équipe, le triangle romantique avec lui, Fuse et Kate, l'identité du dernier complice de Masque, l'annonce presque blagueuse d'une menace type "fin du monde". Révélateurs d'un défaut de consistance, malgré la sympathie qu'inspire West Coast Avengers.  

vendredi 21 décembre 2018

WEST COAST AVENGERS #6, de Kelly Thompson et Daniele di Nicuolo


Avec sa couverture qui "swipe" un fameux épisode d'Alpha Flight de John Byrne, ce nouveau numéro de West Coast Avengers continue à s'amuser avec les classiques Marvel. Kelly Thompson et Daniele di Nicuolo poursuivent leur arc narratif à un rythme soutenu et, donc, une surprise au menu.


Quentin Quire, Gwenpool, Fuse, sa soeur Ramone, America Chavez et Clint Barton sont enfermés dans des cages suspendues au-dessus d'un bassin rempli de requins énormes.


Mme Masque et ses complices - MODOK, Satana Hellstrom et the Eel - savourent leur prise tout en déplorant de n'avoir pu attraper Kate Bishop. Celle-ci suit sa mère, Eleanor, dans un tunnel sous le parc d'attraction où ont été piégés les héros.


Même si elle a fait promettre à sa mère de ne pas disparaître une fois cette affaire réglée, Kate lui a collé discrétement un traceur. Sentant qu'on les suit, l'archer décoche une flèche lumineuse puis une autre pour neutraliser Lady Bullseye, équipée d'oreillettes.


Cependant, Masque et ses acolytes s'amusent sadiquement à jeter leurs proies dans le bassin. Quentin Quire, exaspéré par la situation et la panne de ses pouvoirs, se concentre pour vider cette piscine... Sans arriver à se débarrasser des requins.


Eleanor a trouvé une sortie mais Kate refuse, comme sa mère le lui demande, de laisser ses partenaires derrière elle. Elle retourne les sauver lorsqu'on l'assomme. Quand elle revient à elle, une vieille connaissance lui tend la main...

Comme on avait pu le découvrir à la fin du #4, l'officialisation de la formation des West Coast Avengers à la télé avait accablé aussi bien Kate Bishop (que Captain America avait visiblement tancée au téléphone auparavant) que plusieurs super-vilains locaux.

Mme Masque, avec laquelle Kate a eu maille à partir plusieurs fois ces dernières années (dans les séries Hawkeye de Matt Fraction puis de Kelly Thompson), a attiré l'équipe dans un traquenard, les divisant pour mieux les neutraliser. Mais échouant à capturer Kate.

La scénariste nous confirme que la méchante fille du comte Nefaria a réuni tous les vilains mécontents autour d'elle pour réaliser son plan. Et c'est du sérieux avec à ses côtés MODOK, Satana Hellstrom ou Lady Bullseye. Plus un membre surprise...

L'épisode alterne les scènes avec le groupe de héros dans les griffes de leurs adversaires et Thompson en profite pour réutiliser les requins géants de son premier épisode. On est là dans la partie la plus comique, la plus délirante - en terrain connu.

Puis il y a les scènes avec Kate et sa mère qui cherchent à quitter le parc d'attractions. Les grandes explications sont pour plus tard entre elles deux, mais on ne sent pas une grande confiance de la part de Kate envers Eleanor, qui, elle-même, semble garder bien des secrets (elle est visiblement liée à Mme Masque et prête à sacrifier les WCA prisonniers). Thompson s'essaie à une ambiance plus grave avec brio et rappelle à quel point cette série est organiquement liée à son run sur Hawkeye. Le thème de la filiation et de la famille (celle du sang et celle qu'on se choisit) est au coeur de l'intrigue (idem pour Masque qui a autour d'elle une sorte de famille-bis).

Daniele di Nicuolo confirme les forces et faiblesses entrevues dans le précédent épisode : son trait est dynamique et expressif et son découpage fluide. Il dispose visiblement d'un script aux indications clairs pour le guider car la narration est aussi vigoureuse que d'habitude.

L'italien est en revanche un peu léger quand il s'agit de représenter les décors et surtout pour donner  de la texture à ses images. Son encrage fin est trop uniforme pour maximiser les effets de certains moments forts (comme lorsque Quentin vide le bassin ou que Kate aveugle Lady Bullseye). Le punch naturel qu'avait su insuffler Caselli avec des compositions variées et soignées manque clairement ici.

[Au rayon mauvaises nouvelles, il faut d'ailleurs annoncer que Caselli ne semble pas prêt de revenir sur la série. En Février, c'est un nouvel artiste qui est prévu. Vraiment dommage, même si, évidemment, on peut être agréablement surpris par le futur remplaçant. Mais West Coast Avengers, dont les ventes ne sont pas ébouriffantes, aurait bien eu besoin de conserver sa vedette au dessin.]

J'ai choisi de ne pas déflorer la surprise de la couverture mais le personnage en silhouette dont on découvre l'identité à la toute dernière page fera certainement plaisir à bien des fans, comme moi (pensez aux Young Avengers de Gillen-McKelvie...). Et comptons sur Thompson pour exploiter sa présence et son rôle exact. 

vendredi 7 décembre 2018

WEST COAST AVENGERS #5, de Kelly Thompson et Daniele di Nicuolo


Le deuxième arc narratif de la série démarre avec ce cinquième épisode : les West Coast Avengers sont devenus une équipe officielle opérant en Californie, même si cette initiative déplaît aux Avengers... Et à un paquet de super-vilains locaux ! Pour raconter cela, Kelly Thompson est accompagnée par Daniele di Nicuolo.


Les WCA affrontent Gridlock, capable de commander aux machines, sur une autoroute. Ils le neutralisent facilement, sauvant la vie de plusieurs conducteurs et passagers. Puis de retour à leur QG, America Chavez prend congé car elle a un rendez-vous amoureux.


Toujours soucieuse après la mauvaise réaction de Captain America, Kate accepte quand même de répondre à la requête du maire de Los Angeles d'inspecter un parc d'attractions où auraient lieu des activités suspectes.


Sur place, l'équipe comprend vite qu'il s'agit d'un piège quand apparaît un hologramme géant du visage de Madame Masque. America Chavez est appelée en renfort et elle débarque avec Ramone Watts, la soeur de Fuse et amie de Kate.


Kate compte sur America pour les téléporter tous hors du parc mais le groupe est dispersé. Quentin Quire et Gwenpool, puis Clint et America sont neutralisés. Kate et Fuse protègent Ramone lorsqu'une explosion retentit.


Sonnée, Kate voit alors sa mère lui tendre la main. A moins qu'il ne s'agisse d'une ruse...

Actuellement, je suis déçu par les team-books, aussi bien ceux produits par Marvel que ceux de chez DC. J'ai le sentiment que les scénaristes se compliquent inutilement la tâche en animant une kyrielle de personnages, dans des intrigues chargées, tout ça aboutissant à des lectures laborieuses. Surtout, il manque un esprit, une âme à ces équipes (Justice League, Avengers, Justice League Dark...), qui reflètent ceux de leurs auteurs.

La seule série qui évite ces écueils reste West Coast Avengers, bien que le groupe soit formé par des membres improbables, et délocalisé. Cela tient à la manière de faire de Kelly Thompson qui aborde l'exercice avec fraicheur et prouve qu'elle aime sincèrement ses personnages. Elle les a choisis, les connaît, a une idée précise de la façon dont elle veut les faire inter-agir et les embarquer dans ses histoires.

Là où des scénaristes pourtant exprimentés comme Scott Snyder, James Tynion IV ou Jason Aaron, doivent composer avec des castings de héros vedettes dans des récits toujours plus spectaculaires, Thompson tranche par le sentimentalisme et l'humour avec lequel elle imagine le format. Il s'agit bien de cela : elle veut s'amuser et nous distraire, c'est évident - et ça fait toute la différence.

Après un premier arc bref et tonique (une autre distinction avec les séries précitées, qui ont débuté par des arcs longs et fumeux), elle ne laisse pas le temps au soufflé de retomber et embraye aussitôt en rebondissant sur le fait que les WCA ont assumé être les protecteurs de la Côte Ouest des Etats-Unis. Cette initiative vaut à Kate Bishop les remontrances de Captain America, pas prévenu à l'avance, et bientôt un traquenard ourdi par Mme Masque, sa vieille ennemie.

La cascade de pièges dans laquelle tombent les uns après les autres les héros conduit l'archer à être la seule encore debout à la fin de l'épisode, face à une alliée inattendue (même si les lecteurs du run de Hawkeye par Thompson verront qu'elle a préparé ce retour depuis un moment). Et voilà, en une vingtaine de pages, c'est emballé !

L'inconnu dans cette affaire concernait le dessinateur : Marvel a décidé, incompréhensiblement, de priver le titre de Stefano Caselli (pour faire à peine un épisode de Fantastic Four), de quoi fragiliser une série qui n'en a pas besoin. Qu'allait donner son remplaçant ?

Je ne connaissais pas Daniele di Nicuolo avant ça, mais il a eu le temps de travailler puisque, sur sa page Facebook, il a fréquemment posté des croquis de ses planches (ce qui prouve aussi que Thompson lui a fourni un script bien en amont). Son style n'a rien à voir avec celui de Caselli, sinon pour l'énergie qu'il dégage dans les scènes d'action.

Son trait est plus fin et aussi plus anguleux. Il gagnerait à être plus épais, mais ce n'est pas grave (histoire de donner un peu de texture). Ses personnages sont expressifs, les compositions des plans sont bonnes (voir la scène d'ouverture), le découpage est sage. On devine un manque d'expérience, mais l'ensemble est prometteur, il y a du potentiel : la série ne souffre pas trop (même si le retour de Caselli sera un atout indéniable - il signe la couverture, malicieuse à souhait).

Toujours aussi feel-good, West Coast Avengers prend de l'envergure : ses héros sont soumis à une menace plus coriace, mais Kelly Thompson tient bon la barre.

samedi 24 novembre 2018

WEST COAST AVENGERS #4, de Kelly Thompson et Stefano Caselli


C'est (déjà) la fin du premier arc de West Coast Avengers... Mais Kelly Thompson est déchaînée et Stefano Caselli en grande forme. La série reste un délire bien maîtrisée, qui acte la (re) naissance de l'équipe et du titre. 


Kate Bishop a été transformée en femme-faucon géante par BRODOK et America Chavez consent à échanger sa place avec Quentin Quire pour remédier à cette situation, tandis qu'à Venice Beach, les autres monstres sèment la panique.


Clint Barton, aux côté de Quentin, trouve dans le labo de BRODOK, une machine capable d'inverser le processus de mutation et s'en sert contre le savant fou qui retrouve son aspect de MODOK. Libérée de son emprise, "Kate-Hawk" l'expédie en orbite et communique télépathiquement à Quentin qu'elle souhaite rester ainsi encore un moment.


Le trio rejoint le reste de l'équipe et alors que Fuse et America Chavez protègent les civils, Gwenpool reçoit du renfort pour contenir les monstres. Clint profite qu'ils soient occuper pour leur rendre apparence humaine grâce à la machine d'inversion de MODOK.


Tout revient alors rapidement dans l'ordre - et, au passage, America Chavez et Ramona Watts, la soeur de Fuse et amie de Kate, tombent amoureuses, et Quentin Quire et Gwenpool retombent dans les bras l'un de l'autre. Tigra décline cependant l'offre de Clint d'intègrer l'équipe car elle veut traquer MODOK quand il reviendra.
  

Après un appel de Captain America à Kate, celle-ci est reçue avec ses acolytes au "Late Show" de jimmy Kimmel pour officialiser la composition des West Coast Avengers. De quoi attirer l'attention de plusieurs vilains dans la région...

Le ton iconoclaste avec lequel Kelly Thompson a traité la renaissance des WCA ne plaira pas à tout le monde, mais il est indéniable qu'elle a eu carte blanche de la part de Marvel pour aller aussi loin, imposer un casting aussi improbable et raconter une intrigue aussi délirante. Et surtout elle l'a fait tambour battant, avec une verve rafraîchissante.

Bien entendu, cette intrigue de savant fou en quête d'amour qui transforme des filles en géantes monstrueuses (jusqu'à faire de Kate Bishop un faucon de 200 mètres !) et qui, par dépit, veut saccager Los Angeles, la ville où le culte de la beauté n'a d'égale que sa superficialité, a un air de grand n'importe quoi qui fera lever les yeux aux fans d'action à grand spectacle sérieux.

Mais c'est franchement très drôle et bien mené. Si on peu distinguer les récits conduits par leur propos de ceux qui le sont par leurs personnages, alors Kelly Thompson est évidemment une adepte du "character's driven". Son groupe d'Avengers est dysfonctionnel, déséquilibré, improbable au possible. Clint Barton y joue le rôle du vétéran sans être le leader. La diversité des profiles garantit des interactions très électriques avec une lesbienne caractérielle (America Chavez), une folle qui sait qu'elle est dans une BD (Gwenpool), un arrogant et surpuissant télépathe-télékinésiste (Quentin Quire), un "bleu" presque plus préoccupé par sa fiancé et impressionné par sa soeur que par ses missions (Fuse), et Kate Bishop dont la hantise de mal faire est toute entière résumée quand elle reçoit un appel de Captain America (certaine qu'il va lui passer un savon pour sa gestion de la crise).

Dès lors, qu'importe que BRODOK/MODOK soit ridicule, avec des motivations grotesques et des moyens absurdes, il faut lire West Coast Avengers en voulant s'amuser, se distraire, rire de bon coeur. A l'usure, la question se posera sans doute, si la série survit à ses chiffres de vente moyens, de savoir si Kelly Thompson doit persévérer dans la blague ou trouver des adversaires plus coriaces et une narration moins espiègle (mais un indice est donné en dernière page avec le retour annoncé d'une veille connaissance...). Le modèle évident étant la Justice League International de l'époque DeMatteis-Giffen, qui savaient alterner humour potache et récits sombres....

Stefano Caselli va s'absenter pour quelques mois de la série - c'est dommage et même aberrant, car il ne va pas se reposer (il dessinera un épisode de Fantastic Four). L'italien a beaucoup donné en quatre épisodes et livre une nouvelle prestation de haut vol, qui confirme sa capacité à animer une série de groupe, avec beaucoup d'énergie, des compositions efficaces, et l'envie partagée de déconner sans partir aux quatre vents.

Il a par ailleurs trouvé en Triona Farrell la coloriste qu'il lui fallait, qui sait mettre en valeur son trait si expressif, alors que par le passé il n'a pas toujours été si bien servi. Sans préjuger (en mal) de ce que vaudra son remplaçant -  Daniele Di Nicuolo (Power Rangers: Shattered Grid) - , déplacer provisoirement Caselli, c'est quand même un choix éditorial qui laisse perplexe (alors que pour Mr & Mrs X, l'autre série actuelle de Thompson, Oscar Bazaldua reste en poste).

Rendez-vous dans quinze jours pour l'Acte II.

vendredi 2 novembre 2018

WEST COAST AVENGERS #3, de Kelly Thompson et Stefano Caselli


Avec West Coast Avengers, Kelly Thompson laisse décidément libre cours à sa verve la plus fantaisiste. C'est une chose de s'amuser à écrire, mais elle réussit aussi à amuser le lecteur. Et ainsi elle réussit à donner une identité distincte, un esprit à sa série (ce qui manquent tant aux Avengers de Jason Aaron). Où trouve-t-elle ses idées si dingues ? Elle seule le sait. Mais Stefano Caselli la suit bravement et on se régale.


Réveil mouvementé pour les West Coast Avengers : leur repaire de fortune est attaqué par BRODOK et ses monstres géants car il a découvert que Kate Bishop et Clint Barton avaient fouillé son laboratoire. Tigra et d'autres de ses cobayes dévastent donc allègrement Los Angeles.


Kate empêchée, Clint prend la direction de la riposte : à Quentin Quire de neutraliser Tigra, à Fuse et America Chavez de s'occuper des autres victimes des expériences de BRODOK, à Gwenpool de maîtriser ce dernier.


Libérée, Kate remarque alors un tatouage sur une des créatures et se rappelle l'avoir vu dans les dossiers de BRODOK. Elle demande à America Chavez de la téléporter dans les locaux de l'AIM mais BRODOK remarque sa fuite et se débarrasse de Gwenpool.


BRODOK surprend donc Kate dans son repaire et la neutralise. Quire perd alors le contact télépathique avec elle et en avise Clint qui part aider son élève avec America Chavez. Ne reste plus face aux géants que Quire, Fuse et Gwenpool.


Mais Tigra revient à elle et a recouvert la raison. Grâce à ce renfort, la bataille tourne à l'avantage des héros. Au même moment, Clint et America découvrent ce que BRODOK a fait subir à Kate...

Sur son blog Tumblr (1979semifinalist), Kelly Thompson est une scénariste qui communique beaucoup avec ses fans, sans se limiter à ses productions. Cette accessibilité en fait une interlocutrice sympathique et on retrouve cette bonne impression dans ce qu'elle raconte : c'est du feel-good comics qui ne se prend pas au sérieux, mais qui est fait avec sérieux. Parce que l'auteur aime vraiment son média et ses personnages.

Et cela lui permet d'insuffler un véritable esprit à ses West Coast Avengers, ce supplément d'âme qui fait la différence et qui rend une série si séduisante. Ce n'est pas donné à tout le monde, des scénaristes plus expérimentés n'y parviennent pas/plus, parfois bridés par un cahier des charges trop rigide ou par manque d'inspiration. 

Kelly Thompson avec son groupe d'Outsiders improbable a intrigué en en faisant la nouvelle incarnation des WCA, mais elle est plus fidèle au concept d'origine (une équipe de Vengeurs-bis, avec des membres qui n'ont pas leur fauteuil à côté des vedettes). Elle y a introduit des mutants, un vétéran, des nouveaux, des anciens Young Avengers, des anciens, et les a plongés dans une intrigue délirante.

L'inspiration des séries B, voire Z, avec attaque de monstres géants, savants barjos, relations tourmentées entre les héros, rebondissements dingos, est assumée et provoque de francs éclats de rire. Avant la sortie de ce numéro, j'ai commenté la preview sur un forum où un autre intervenant pointait "l'esbroufe" du titre. Or il n'y a pas de prétention dans l'écriture de Thompson et si on pointe un peu d'insolence, elle est légère et cible surtout le côté institutionnel des Avengers sur lequel elle fait souffler un vent frais.

Evidemment, une telle direction exige un dessinateur sur la même longueur d'ondes et capable de soutenir ce qui est narré. Stefano Caselli est à l'évidence l'homme de la situation et depuis trois épisodes il a fourni des planches généreuses dans l'effort.

Pour cet épisode riche en action et en démesure, il découpe les scènes avec une majorité de vignettes plus grandes, ce qui aère les mouvements et donne de l'envergure aux ripostes des héros contre leurs assaillants. Le regard se balade d'un plan à l'autre avec une épatante fluidité tout en mesurant la dévastation causée par la bataille (dont les conséquences sont mentionnées avec malice - un signe que les WCA devront répondre des dégâts ?).

Les couleurs de Triona Farrell ajoutent à l'aspect cartoon du propos en insistant sur le fait que tout se passe au petit matin, dans un cadre ensoleillé, donc lumineux. Même s'il y a du grabuge, des dommages collatéraux, pas question de se prendre au sérieux là encore : Los Angeles est piétiné par des géants, oui, mais c'est pour de faux, pour déconner.

Le cliffhanger est aussi ahurissant qu'hilarant (comme le promettait Thompson sur son blog). Bon sang, que ça fait du bien de lire un comic-book aussi fun ! 

vendredi 21 septembre 2018

WEST COAST AVENGERS #2, de Kelly Thompson et Stefano Caselli


Après un premier épisode qui était un vrai festival, le risque était grand pour Kelly Thompson et Stefano Caselli de faire moins bien. Mais West Coast Avengers va s'imposer comme l'archétype du "feel-good comic", l'emblème du "Fresh Start" de Marvel car les deux auteurs n'ont décidément peur de rien.


Les West Coast Avengers, fraîchement rassemblés par Kate Bishop et Clint Barton, doivent tenter de stopper une Tigra devenue géante et incontrôlable sans la blesser. Leurs manoeuvres échouent jusqu'à ce qu'America Chavez prenne les choses en main et et la frappe assez fort pour la renverser dans la mer. B.R.O.D.O.K. (pour BioRoboticOrganismDesignedOverwhelminglyforKissing) raisonne Tigra et elle s'éloigne.
  

Mais qui est BRODOK ? Sur le conseil de Clint, Kate l'invite à prendre un verre à leur quartier général où il se met à raconter son histoire tranquillement. Il serait ainsi arrivé à Los Angeles il y a peu pour monter son entreprises, A.I.M. (pour Advance Image Mechanics), et trouver l'amour.
  

Personne ne croit un traître mot à ce qu'il a dit - sauf Gwenpool. Kate décide donc d'aller visiter l'AIM avec Clint, laissant aux autres la surveillance de BRODOK, à leur grand dam. 


La fouille des locaux de l'entreprise ne donne pas grand-chose mais les deux Hawkeye filent rapidement avec quelques dossiers lorsqu'une alarme retentit. Pendant ce temps au Q.G. de l'équipe, Quentin Quire et Gwenpool se disputent au sujet du film qu'ils ont regardé avec leurs partenaires et leur invité... Avant d'échanger un baiser fougueux.


BRODOK s'apprête à prendre congé mais Kate veut garder un oeil sur lui et lui offre de coucher sur place. Ne trouvant pas le sommeil, l'invité déjoue la surveillance de Quentin Quire, assoupi, et trouve les dossiers volés à son entreprise par Kate et Clint. Furieux, il appelle télépathiquement des renforts...

Certes, l'épisode est moins mouvementé que le premier et donc certains seront déçus. Mais il le fallait en quelques sorte, pour ménager les effets à venir (le cliffhanger promet) et poser les enjeux de l'intrigue. La menace représentée par Tigra est ainsi vite évacuée, trop vite pour ne pas éveiller nos soupçons, et révèle la construction même du récit de Kelly Thompson.

La jeune scénariste ne va dès lors cesser de tromper son monde (nous, ses lecteurs) en lui racontant des sornettes énormes, dont personne n'est dupe - sauf Gwenpool (ce qui cadre avec la loufoquerie du personnage et trouvera son aboutissement dans une scène déjà culte) - pour mieux préparer les catastrophes à venir.

Il est fait une large part au mystérieux et grotesque BRODOK, dont l'acronyme est lui-même une plaisanterie savoureuse (même si le "Kissing" résumé par la dernière lettre doit plutôt signifier "Killing", comme le relève Clint avec à-propos). Avec son physique de surfeur sur lequel on a posé une tête démesurée, il créé un léger malaise et un sourire amusé qui désamorce la menace. Pourtant, là encore, en conclusion, on comprend que cet ange blond mal proportionné est un sérieux danger.

Ce décalage entre ce qui est montré, dit, et ce qui est vrai, voilà tout le sel de la narration de Thompson. Le lecteur a un temps d'avance sur les héros car il se doute bien que quelque chose cloche mais les héros se rattrapent vite. Pas assez cependant, et guère aidés par la présence de l'équipe de tournage qui les suit et qui va compliquer sensiblement la situation...

Mais le dispositif offre des moments vraiment très drôles où la scénariste s'en donne à coeur joie, depuis la relation des origines de BRODOK jusqu'au baiser entre Quentin Quire et Gwenpool en passant par le non-vote pour désigner qui va aller visiter l'entreprise AIM et qui va surveiller leur invité. Le ton oscille constamment entre le n'importe quoi immédiatement marrant et quelque chose de plus spirituel, déjà à l'oeuvre dans les précédentes productions de Thompson (en particulier la "screwball comedy").

Pour illustrer cela, il faut un dessinateur qui non seulement est sur la même longueur d'ondes, c'est-à-dire qui partage cette forme d'humour, mais surtout qui ait les armes pour la mettre en valeur. Stefano Caselli réalise un superbe travail à ce niveau-là en soignant particulièrement l'expressivité des personnages, élément essentiel pour traduire les émotions face aux situations. Ainsi la désapprobation générale des membres de l'équipe vis-à-vis des décisions stratégiques de Kate devient un leitmotiv hilarant (elle ne veut pas blesser Tigra - les autres préféreraient en finir vite, elle est attendrie par BRODOK - Clint la rappelle à l'ordre, elle choisit d'aller inspecter l'entreprise - tout le monde veut y aller mais elle y va avec Clint). Quand elle demande à Clint à quel point elle est médiocre, lui-même croit d'abord qu'elle parle de la manière dont elle s'infiltre dans le bâtiment de l'AIM et pas de ses talents de meneuse.

Caselli profite aussi d'une coloriste, en la personne de Triona Farrell (qui contribue aussi à la série Crowded), suffisamment solide et experte pour respecter son trait et y appliquer des couleurs directes le temps d'une double-page pour un flash-back. Le résultat est remarquable et souligne le talent de Caselli pour la caricature.

Enfin, le découpage offre des plans très variés mais toujours justes, dans leur valeur, et agréables dans leur composition. Tout participe à ce que la série ait une remarquable allure.

Difficile (pour ne pas dire impossible) de résister à cette pépite qui résume parfaitement l'ambition affichée du dernier slogan de Marvel.


 
Les fiches des membres des W.C.A. par Kate Bishop.