Affichage des articles dont le libellé est Ibraim Roberson. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Ibraim Roberson. Afficher tous les articles

jeudi 14 mars 2024

THE IMMORTAL THOR #8 (Al Ewing / Ibraim Roberson)


Où Thor a un entretien, musclé, avec sa mère Gaïa, en Norvège. Elle lui apprend comment la guerre entre les Titans a cessé avec la naissance de son premier fils et abouti à ce que les anciens dieux, comme Toranos se cachent jusqu'à ce qu'elles les libèrent récemment...


Commençons par la nouveauté de cet épisode : Martin Coccolo a eu besoin de souffler après avoir enchaîné sept épisodes d'affilée. On peut juger que ce n'est pas tant que ça mais aussi répondre que chaque artiste a son rythme et que, par les temps qui courent, sept épisodes de suite, ce n'est vraiment pas rien, surtout avec le niveau affiché par Coccolo.


Il est donc remplacé pour cette fois par Ibraim Roberson, et je dois dire que j'appréhendais un peu le résultat car je connais mal cet artiste. En vérifiant les archives de ce blog, la seule fois où j'ai pu apprécié son travail, c'était sur l'épisode 7 de Old Man Hwakeye où il suppléait Marco Checchetto. Et le résultat ne m'avait pas convaincu.


D'où ma surprise quand j'ai lu ces planches pour The Immortal Thor 8 où il est méconnaissable. Entre temps, son style a évolué, muri et n'a plus rien à voir avec ce que je connaissais. C'est d'une épatante qualité, avec une puissance ahurissante, qui correspond idéalement au contenu de ce numéro, qui convoque des scènes du passé très spectaculaires. Franchement, si Roberson doit rester le remplaçant de Coccolo chaque fois que ce dernier aura besoin de faire une pause, je signe tout de suite.


Depuis le début de ce nouvel arc narratif, après le premier qui mit en scène l'affrontement contre le terrifiant Toranos, Al Ewing a placé ses pions. Il existe d'anciens dieux qui menacent la Terre et Asgard (et l'ensemble des autres royaumes). Tornaos n'était en quelque sorte qu'un avant-goût. Mais où étaient passés ces anciens dieux ? Et pourquoi se manifestent-ils à nouveau maintenant ?

Les réponses à ces questions, le scénariste nous les fournit dans cet épisode dont on pouvait craindre qu'il soit basiquement et lourdement explicatif mais qui s'avère très épique en plus de clarifier les choses. On a aussi la confirmation que Ewing voit loin et surtout voit grand avec une intrigue sur le long terme, quelque chose qui prétend (et a toutes les chances de) rivaliser avec les histoires les plus grandioses de Kirby.

Visuellement, comme je l'ai dit plus haut, c'est tout à fait saisissant, à l'image de l'apparence effrayante de Gaïa, la mère de Thor. Quand elle explique à Thor ce qui est en train de se jouer et va continuer à de développer, on plonge dans une lointaine époque où les Titans s'affrontaient sans répit au mépris de la Terre, dont Gaïa est la gardienne, mais pour plaire au Démiurge, le créateur de toutes choses.

Thor n'est ni le seul, encore moins le premier fils de Gaïa, qui mit au monde Atum, dont la puissance mit fin au conflit des Titans (cela donne une idée de sa force), mais dont le double, Démogorgon, attend son heure dans l'ombre. L'émergence de ces deux créatures a motivé les anciens dieux à se cacher à Utgard comme le fit Utgard-Loki (rencontré dans le précédent épisode), dont la clé de la porte est la propriété de Gaïa. 

A partir de là, il n'est pas difficile de deviner qui a libéré Toranos récemment. Reste à comprendre pourquoi et je ne vais spoiler mais vous déduirez que ce qui se profile n'est pas très encourageant pour la Terre, ses habitants et Thor, qui en est le protecteur...

Ce qui est captivant, c'est que plus la série avance, plus elle se révèle et plus le lecteur prend conscience de son ampleur folle. C'est un procédé que maîtrise Al Ewing, comme il l'a prouvé dans Immortal Hulk, S.W.O.R.D., Les Gardiens de la Galaxie, X-Men Red (pas forcément de longues séries, mais des séries denses, qui ont profondément rebattu les cartes de certains personnages), où, à pas comptés, un ou plusieurs méchants complotent discrètement avant de lancer son assaut et mettre franchement en difficulté le(s) héros. Ainsi, si ce héros sort victorieux, son mérite et son prestige n'en seront que plus grands.

Pour réussir cet exercice narratif, il faut avoir des munitions et prendre le temps de les tirer, ce qui implique une progression dramatique parfois syncopée, où on accélère et décélère brusquement. Mais quand ça fonctionne, quand le lecteur est accroché, alors le spectacle est total, la jubilation éclatante. Et de ce point de vue, je trouve que The Immortal Thor est admirablement construit par un auteur qui sait où il va après des années où des auteurs semblaient surtout bâtir leurs runs par accumulation, par coups d'éclat, mais sans une direction aussi claire.

Pour moi, il ne fait donc guère de doute que The Immortal Thor ne va cesser de nous surprendre et en bien.

lundi 23 juillet 2018

OLD MAN HAWKEYE #7, d'Ethan Sacks, Ibraim Roberson et Marco Checchetto


Ce septième épisode marque un tournant dans cette maxi-série puisqu'il nous plonge aux origines de la chute des super-héros : il s'agit donc d'une étape importante... Hélas ! complètement ratée. Et finalement bien dispensable. Un faux pas de la part d'Ethan Sacks, qui ne peut pas s'appuyer sur Marco Checchetto (qui ne signe qu'une page), suppléé par Ibraim Roberson.


Il y a quarante-cinq ans... Un groupe d'Avengers - War Machine, Scarlet Witch, Quicksilver, Thor, le Faucon, Black Knight, Tigra, Black Widow et Hawkeye - et les Thunderbolts - Songbird, Moonstone, Atlas, Mach-1, Citizen V - vont à la rencontre d'une équipe de super-vilains signalés en ville. Mais Magneto fait exploser leur quinjet.


Le maître du magnétisme commence par tuer War Machine avant que n'entrent en scène ses complices - l'Homme-Sable, Crossbones, le Super-Bouffon, Morgan le Fay, L'Homme Absorbant. Ce dernier étrangle Thor tandis que Scarlet Witch est empalée par son père et Quicksilver piétiné par Atlas.


Les Thunderbolts trahissent les Avengers : Songbird et Moonstone abattent le Faucon. Morgan le Fay décapite Tigra. Atlas pourfend Black Knight avec sa propre épée.


Black Widow tente de convaincre Hawkeye de battre en retraite mais l'instant d'hésitation qui le freine a raison de sa partenaire, à son tour assassiné par Citizen V, qui se démasque pour révéler qu'il est en réalité le Baron Zemo.


Pour que cette défaite cuisante soit communiquée aux autres héros tentés de répliquer, Hawkeye est laissé en vie. Quarante-cinq ans plus tard, il n'a rien oublié et Kate Bishop à qui il vient de raconter ces événements décide de l'accompagner dans sa vengeance. Mais tous deux ignorent que le Baron Zemo les suit à la trace...

Quand Mark Millar écrivit Old Man Logan, qui a établi l'univers dans lequel se déroule Old Man Hawkeye, il avait préféré ne pas montrer la chute des super-héros, se contentant de la suggérer par le déclin de Wolverine (abusé par Mysterio, il avait massacré tous les X-Men) et quelques images-chocs (le marteau de Thor abandonné). Cette économie dans l'évocation suffisait à rendre compte de la terrible attaque groupée des super-vilains.

Ethan Sacks, en racontant l'histoire de Clint Barton quelques années avant celle de Old Man Logan, a sans doute cru bien faire en figurant ce fameux apocalypse des héros, comme pour mieux justifier la vengeance de Hawkeye. Mais, en vérité, mal lui en a pris.

Pour rédiger pareil épisode, il fallait un souffle épique et tragique qu'il est incapable de produire, se contentant de rédiger un combat somme toute rapide et invraisemblable à bien des niveaux, mais qui surtout n'ajoute rien à son histoire. Encore une fois, mieux vaut ne pas en montrer trop mais le faire de manière percutante plutôt que tout et mal le montrer.

Il s'agissait surtout d'expliquer la trahison des Thunderbolts après lesquels le vieux Clint Barton court pour les tuer en mémoire de la défunte Black Widow et de ses amis Avengers. Mais même cela, Sacks le bâcle : on n'apprendra pas ici les motivations véritables d'Atlas, Moonstone, Mach-1, Songbird (cette dernière étant néanmoins la seule à agir à contrecoeur). Le reste est à l'avenant.

Par exemple, comment croire une seconde que Magneto, survivant des camps de concentration, ait pu s'entendre avec Crâne Rouge (grand stratège de la fin des super-héros), un criminel nazi, et qu'il empale sa fille, Scarlet Witch, sans regret, ou laisse Atlas piétiner Quicksilver, son fils, sans tiquer ? L'autre faiblesse concerne la mort de Thor, étranglé par l'Homme Absorbant (renforcé par la magie volée à Scarlet Witch et le magnétisme de Magneto) : difficile de croire que le fils d'Odin ait succombé si vite, sans même invoquer la foudre ? Quant aux autres Avengers participant à cette mission, ils semblent avoir été choisis pour être facilement sacrifiés, comme des personnages de second plan (le Faucon, Tigra, War Machine). Même la fin de Black Widow, censée être bouleversante, est expédiée.

Tout manque cruellement d'intensité, d'émotion. Et comme Marco Checchetto ne dessine pas cet épisode (se contentant de la dernière page - est-ce pour lui permettre de souffler après six épisodes de haute volée ? Ou pour que ce flash-back se différencie par un autre style graphique ?), on ne peut se raccrocher au dessin pour espérer du mieux.

Ibraim Roberson a un dessin qui ressemble à celui de Guiseppe Camuncoli, mais sans l'art de la composition de l'italien. C'est aussi sa faute si l'épisode manque d'envergure, les moments-clés étant souvent mal cadrés, avec des angles de vue, des valeurs de plans assez misérables, et peu d'expressivité.

Que ce numéro soit raté est à la fois dommage et peu grave : on peut le zapper sans craindre d'être perdu ensuite. Mais il faut tout de même souhaiter que les prochains épisodes, jusqu'à la fin de la maxi-série, renoueront avec l'excellence des six premiers et que Checchetto ne manque plus à l'appel : Old Man Hawkeye est une trop bonne production pour qu'elle échoue à mi-chemin.