Affichage des articles dont le libellé est Ed McGuinness. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Ed McGuinness. Afficher tous les articles

jeudi 16 novembre 2017

GUARDIANS OF THE GALAXY (VOLUME 3) #15-19, de Brian Michael Bendis et Valerio Schiti


Ce quatrième recueil regroupe les cinq derniers épisodes du Volume de la série qui forment le dernier arc narratif écrit par Brian Michael Bendis si on les additionne aux 27 épisodes du précédent Volume et aux quatre parus durant Secret Wars (sous le titre Guardians of Knowhere), on atteint un run cinquantaine d'épisodes, ce qui représente un total consistant sans être aussi épais que ses New Avengers ou Daredevil par exemple. 

Rappel des faits : l'intervention des Gardiens de la galaxie dans la guerre civile entre super-héros de la Terre a abouti à un fiasco - non seulement leur vaisseau a été détruit durant une bataille entre le camp d'Iron Man et de Captain Marvel (qu'ils soutenaient) , mais Gamora a appris que Thanos était détenu par cette dernière. Conséquence immédiate : Drax, Rocket et Groot se sont dispersés et le groupe a été dissous. Ben Grimm, Angela et Venom ont aussi pris leurs distances pour des raisons différentes. Désormais coincés sur Terre, chacun réagit différemment à la situation...

Un clin d'oeil aux FF - série que Bendis rêvait de produire...

Ben Grimm/la Chose était parti de la Terre sans prévenir ses proches (son ami Johnny Storm/la Torche humaine, seul autre rescapé des Fantastic Four après Secret Wars) ni s'expliquer auprès des autres Gardiens. Dans un fast-food, il est abordé par Maria Hill, la directrice sur SHIELD, qui l'informe que Victor Von Doom a décidé de devenir un héros sous le nom et l'armure d'Iron Man (Tony Stark ayant été blessé et placé dans le coma à la fin de la guerre civile). Mais ni elle ni Ben ne croient à cette reconversion et tous deux souhaitent l'arrêter et le faire juger. La Chose rencontre Mary-Jane Watson, l'assistante de Stark, qui l'oriente vers le Dr. Amara Perrera, une scientifique courtisée par son employeur et Von Doom (la suite de cette enquête pour le nouvel agent du SHIELD se poursuit dans les pages de la série Infamous Iron Man où Von Doom recherche sa mère, une sorcière présumée morte).

Valerio Schiti se dessine avec son scénariste dans la foule entourant Groot...

Groot s'est posé au coeur de Central Park en compagnie de Rocket, qui ne cesse de râler et s'éclipse pour aller chercher de la junk-food. C'est alors que le Tatou, un suer-vilain, commet un braquage et tente de semer la police en effrayant la population. Groot se lance à sa poursuite et réussit à le neutraliser, mais les flics le considèrent alors comme une menace jusqu'à ce qu'un garçonnet s'interpose et que la foule l'entoure. Les deux nouveaux amis profitent des merveilles de New York en retournant à Central Park.


Gamora, depuis qu'elle sait que Thanos est détenu dans le Triskelion, est obsédée à l'idée de l'approcher pour le tuer. Captain Marvel, avec laquelle elle s'est battue à ce sujet, la fait surveiller par Sasquatch, Aurora, Spectrum et Miss America Chavez qui parviennent, difficilement, à l'appréhender. Carol Danvers organise le départ de sa captive de la Terre avec Gladiator, représentant de la garde impériale Shi'Ar, mais Gamora réussit à s'enfuir avant. Pénétrant dans le Triskelion en se mêlant aux gardes, elle découvre la cellule de Thanos vide avant d'y être enfermée par Captain Marvel qui lui révèle que le titan s'est évadé en profitant du chaos entre les super-héros.


Angela cherche sa compagne, Sera, dans un appartement new yorkais, où réside désormais un nouveau locataire. Repartant, elle se sent suivie et affronte Maxilin l'accusateur, un mercenaire, qui traque Gamora. Leur duel se termine dans la rue où l'asgardienne tue son adversaire qui, avant de mourir, la prévient de l'arrivée de Thanos et ses alliés.


Alors que, à bord d'un héliporteur du SHIELD, Carol Danvers cherche un moyen de faire partir Peter Quill/Star-Lord et Rocket, une alerte retentit. Une immense flotte, composée de Badoon, Broods et Arthrosiens et menée par Thanos, survole New York et annonce son objectif de conquête de la Terre, une fois les Gardiens de la galaxie éliminés. Au prix d'un combat épique entre eux et le titan, les héros ont raison de leur ennemi tandis que ses alliés préfèrent rebrousser chemin. Thanos est pris en charge par le corps des Novas. Puis vient le temps des adieux...
  

Drax, Gamora, Star-Lord, Rocket et Groot repartent pour de nouvelles aventures dans l'espace après avoir quitté Ben Grimm, Angela, Venom et Kitty Pryde. Dans la zone négative, Annihilus et son complice Badoon renoncent à l'avenir à s'en prendre à la Terre.

Le succès des Guardians of the Galaxy, dans la série écrite par Brian Michael Bendis et au cinéma dans les films réalisés par James Gunn, a bien évidemment motivé Marvel à exploiter ces héros en leur dédiant des titres détachés. Skottie Young a ainsi animé (seul puis avec d'autres dessinateurs comme Jake Parker ou Felipe Andrade) Rocket & Groot (très réussi, très drôle), l'ex-catcheur CM Punk et Cullen Bunn se sont penchés sur Drax (crétinissime mais tonique), Sam Humphries a enchaîné Legendary Star-Lord et Star-Lord (avec des fortunes diverses), et une mini-série sur le passé de Gamora par Nicole Perlman a fini par voir le jour (superbe).

Tout cela pour expliquer que ce dernier arc narratif ne s'intéresse pas au sort de tous les membres de l'équipe une fois celle-ci dissoute après la destruction de leur vaisseau durant la saga Civil War II et à cause des cachotteries peu inspirées de Peter Quill (et Captain Marvel). En choisissant seulement quatre d'entre eux, le scénariste nous prive d'un arc qu'on aurait aimé plus fourni (par exemple que devient Flash Thompson entre les épisodes 14 et 19) ou plus détaillé sur certains points (le fait que Kitty Pryde devienne la nouvelle chef des X-Men - voir la série, épouvantable, X-Men Gold)

Malgré cela, cette dernière ligne droite offre de bons moments, parfois très originaux sur le fond comme sur la forme. Le meilleur du lot est le chapitre consacré à Groot, le plus positif, sympathique et atypique des Gardiens : l'épisode est entièrement composé en pleines pages avec un texte off à bases de rimes ! Et ça fonctionne de manière épatante, à la manière d'une fable naïve certes, pleine de bons sentiments, mais correspondant idéalement au personnage. Valerio Schiti s'éclate visiblement dans cette exercice de style, poussant même le jeu jusqu'à représenter Bendis et lui-même dans un plan où la foule protectrice entoure l'extra-terrestre (essayez de les repérer, ce n'est pas difficile).

Un autre segment très convaincant est celui qui suit Gamora, dont la situation intense est exploitée remarquablement. Bendis et Schiti en font une sorte de course-poursuite gorgée d'action et de douleur, réussissant à faire passer le désir de vengeance de la tueuse davantage comme une frustration née de blessures anciennes et incurables que comme une vendetta. Le sort qui l'attend est cruel et on enrage pour elle, contre Captain Marvel.

Plus moyens sont les épisodes consacrés à Ben Grimm et Angela : 

- dans le premier, Bendis titille la nostalgie des fans en évoquant les Fantastic Four au détour d'une scène poignante (le scénariste souhaitait visiblement préparer le retour de l'équipe, et on peut à présent supposer qu'une des raisons de son départ chez DC vient du fait qu'il n'y a pas été autorisé - depuis des années maintenant, Ike Perlmuter, un cadre de Marvel, peste contre le studio Fox qui ne veut pas revendre les droits d'exploitation cinéma des 4 Fantastiques à l'éditeur et ne veut donc plus qu'un mensuel leur soit consacré : cette thèse est appuyée par Jonathan Hickman, qui est l'avant-dernier scénariste de leur série), puis ensuite, brusquement, il redirige la Chose dans une mission du SHIELD, dont il devient un agent pour traquer Victor Von Doom. Pour connaître l'issue de ses investigations, il faut lire Infamous Iron Man, autre série écrite par Bendis... 

- Dans le second, Angela recherche une certaine Sera et là, bon courage pour savoir qui est-ce, à moins d'avoir lu tout ce qui a été publié chez Marvel avec la néo-asgardienne. En revanche, la deuxième moitié de l'épisode met en scène un duel musclé entre la guerrière et un mercenaire qui recherche en vérité Gamora. Schiti fait des merveilles pour chorégraphier cette bagarre et assure le show jusqu'au cliffhanger final.

Bendis a toujours aimé conclure ses runs ou célébrer des épisodes spéciaux en offrant à ses lecteurs un numéro double dans lequel des artistes de première classe sont invités à s'exprimer pour quelques pages. Ce sont donc quarante planches spectaculaires qui composent ce 19ème chapitre où Thanos, Annihilus, les Broods, les Badoon et d'autres fripouilles aliens envahissent la Terre (en commençant, comme d'habitude, par New York) et, surtout, éliminer les Gardiens.

Le scénariste plaisante sur le fait qu'en ce moment dramatique tous les héros de la Terre semblent aux abonnés absents comme pour mieux laisser Star-Lord et sa bande en finir avec le titan. La blague est aussi inoffensive que savoureuse (surtout après avoir livré Civil War II et son casting pléthorique). En revanche, les guests artists font leur effet : Phil Noto (pages 9-10, très bien), Andrea Sorrentino (pages 11-12, le minimum syndical), Ed McGuinness (pages 17-18, bien bourrin), Art Adams (pages 24-25, épatant - et gratifiant pour le cover-artist de ce Volume), Kevin Maguire (pages 26-27, parfait), Mark Bagley (pages 28-29, tonique), Sara Pichelli (pages 30-31, superbe), Felipe Andrade (pages 32-33, bâclé).

Malgré cette "concurrence", Schiti produit encore de fabuleuses pages, au point que Bendis se passe de dialogues vers la fin pour une magnifique séquence de séparation, à la fois apaisée et émouvante. Mais comme il ne saurait être question de se quitter sur une note triste, les deux dernières pages offrent quelques vannes malicieuses (dont un clin d'oeil au film Avengers).

C'est la fin de l'aventure et, pour ma part, d'une lecture fort agréable. Entre temps, on en a appris un peu plus sur le futur de Brian Michael Bendis, dont le bail chez Marvel s'achèvera fin Décembre (les editors-in-chief, Tom Brevoort et Nick Lowe, ont convenu de le laisser finir ses arcs sur Invincible Iron Man et Defenders en douceur tout en lui donnant des garantis sur les personnages qu'il a créés - Miles Morales, Riri Williams - et ont été intégrés au MCU). Courant Janvier, des annonces provenant de DC Comics devraient être communiquées sur les premiers projets de leur nouvelle recrue, qui, comme autant d'indices, a publié sur son compte Twitter une pile de livres de son nouvel éditeur qu'il révise - avant d'en reprendre l'écriture de certains ?

dimanche 1 octobre 2017

MARVEL LEGACY #1, de Jason Aaron et Esad Ribic

(Variant cover de Valerio Schiti)

Nous y voilà ! Marvel vient de publier ce fameux Marvel Legacy #1, qui, promis par l'editor-in-chief  Tom Brevoort, allait "scinder Internet en deux"... Mais aussi réconcilier les fans de toujours et les nouveaux lecteurs, restaurer le rêve et l'espoir, et, en prime, ramener un "personnage chéri" du public.

L'initiative ne manquera pas de rappeler celle de DC Comics il y a un an à l'occasion du lancement de Rebirth - même format (un one-shot), mêmes ambitions (rebondir après les cinq années d'expérimentations du reboot des "New 52", retour de versions iconiques des personnages emblématiques de l'éditeur) - et la comparaison est inévitable (même si Marvel n'est pas passé par la case reboot et sort d'une longue saga, Secret Empire, au terme de laquelle "la maison des idées" a promis de ne plus en lancer de nouvelle avant au moins 18 mois... Tandis que DC vit au rythme de Metal de Scott Snyder et Greg Capullo). Alors que raconte et que vaut Marvel Legacy #1 ?  


Il y a un million d'années, Odin récupère sur Terre son marteau Mjolnir avec lequel il vient d'affronter un Céleste (un géant galactique surpuissant, membre d'un corps qui a créé les Eternels et les Déviants, et à côté desquels même Galactus ne fait pas le fier) lorsqu'il est rejoint par Phoenix qui a également pris part au combat (et en revendique la victoire). Ils rejoignent un groupe formé par les premiers Iron Fist, Black Panther, Starbrand, Ghost Rider (qui a perdu dans la bataille sa monture, un mammouth) et le sorcier Agamotto. Le Céleste n'est pas encore mort et l'équipe repart l'achever avant, comme le conseille Odin, de l'enterrer sur la Lune.


De nos jours. Robbie Reyes se réveille après avoir rêvé de ce combat en découvrant, sidéré, qu'il est non pas à Los Angeles (où il s'était endormi) mais à Cape Town en Afrique du Sud. Peu après, il est pris à parti par Kevin Connor, l'hôte actuel du Starbrand, qui veut l'empêcher d'atteindre un site voisin. Se transformant en Ghost Rider, Reyes riposte et finit, au terme d'un duel ravageur, par tuer son adversaire.


Au même moment, dans la Zone 51 du Nevada, aux Etats-Unis, Loki téléporte des géants des glaces aux abords d'une base prochainement désaffectée du S.H.I.E.L.D. (qui va être dissout) pour y récupérer une caisse contenant un objet très puissant, avec lequel ils domineront les neuf mondes. 


Mais la mission des voleurs est contrariée par l'intervention de Captain America (Sam Wilson), Thor (Jane Foster) et Iron Heart (Riri Williams). Dans la confusion de la bagarre, un des géants réussit malgré tout à dérober la fameuse caisse mais il ne va pas bien loin avec car un camion le percute. 


Depuis l'espace, Gamora (des Gardiens de la Galaxie) remarque qu'une des Gemmes d'Infinité est activée et interprète cela comme le signe d'un conflit important et imminent. Loki, lui, a compris qu'il n'aurait pas la pierre et se déplace dans la grotte Wonderwerk du Grand Karoo (entre Cape Town et Johannesburg, en Afrique du Sud - à proximité duquel se sont battus Ghost Rider et Starbrand). Des archéologues ont découvert ici des peintures rupestres représentant l'équipe menée par Odin un million d'années auparavant et le Céleste enterré ici, dont Loki précipite le réveil.


Cependant, Le géant des glaces percuté par le camion découvre l'identité du chauffeur : il s'agit de Wolverine, qui tue le voleur aussitôt et s'empare du contenu de la caisse, la Gemme d'Infinité bleue dite de l'esprit (contenant notamment les âmes de feux Rick Jones et Captain Mar-Vell).

Ponctuant le récit, une série de planches montre la situation de différents personnages :  

 (dessins de Chris Samnee)

- Steve Rogers dîne dans un resto routier anonymement alors qu'un journaliste à la télé se demande où il est passé depuis les événements de Secret Empire (où son double nazi avait pris le pouvoir) ;

(dessins de Russel Dauterman)

- Thor Odinson se soûle à Asgard tandis qu'un des vizirs du royaume se suicide après avoir découvert le retour prochain de Mangog ;

(dessin d'Alex Maleev)

- Mary-Jane Watson, directrice intérimaire de Star Industries, découvre que le caisson où reposait, en animation suspendue, Tony Stark/Iron Man depuis le dénouement de Civil War II est vide ;

(dessins d'Ed McGuinness)

- Deadpool, enfermé dans des toilettes, invoque le pardon de Dieu pour avoir tué l'agent du SHIELD Phil Coulson durant Secret Empire alors que trois policiers veulent l'arrêter pour cela et ouvrent le feu pour cela ;

(dessins de Stuart Immonen)

- Iron Fist est avec le Dr. Strange pour tenter de savoir qui a tenté de pénétrer dans le Sanctum Sanctorum du sorcier suprême - il s'agit de Norman Osborn qui s'en éloigne en maugréant ;

(dessins de Pepe Larraz)

- au manoir des Avengers, le majordome Jarvis est troublé en observant la statue de la première équipe des héros dans le parc sans savoir pourquoi, alors qu'une héroïne supplémentaire, Valerie Victor alias Voyager, y a été rajoutée ;

(dessins de Jim Cheung)

- sur le toit du Baxter building, Johnny Storm, la Torche humaine, interroge son ami Ben Grimm, la Chose, sur la nécessité de perpétuer le souvenir de leur ancienne formation, les 4 Fantastiques ;

(dessins de Daniel Acuña)

- sur la planète Bast s'étend désormais l'empire galactique du Wakanda gouverné par Black Panther ;

(dessins de Greg Land)

- dans une station de l'Alpha Flight, un opérateur s'absente et rate l'émission d'un message provenant de la planète Sakaar demandant à Hulk de revenir urgemment ;

(dessins de Mike Deodato)

- au Canada, la jeune Jean Grey des All-New X-Men (aka X-Men Blue) découvre que le squelette d'adamantium fondu puis pétrifié dans lequel est mort Wolverine est cassé en deux et elle comprend que le mutant est revenu à la vie ; 

(dessins de David Marquez)

- et enfin, dans le Multivers, Valeria Richards, en compagnie de son frère Franklin, la narratrice du récit, se demande quelle zone elle va explorer - en vue de préparer le retour de ses parents sur Terre ?

Même si je suis moins clément, et client, avec ce qu'écrit Jason Aaron que beaucoup (mais sans pourtant le comparer à des auteurs que je lis plus volontiers - il ne s'agit pas d'une compétition de scénaristes, simplement d'être plus ou moins sensible à des histoires qu'ils proposent), je n'ai rien contre lui. Je constate cependant qu'il est devenu "l'architecte" en chef actuel de Marvel, son scénariste vedette, peut-être son scribe le plus influent (même s'il faut relativiser cette influence car les editors soufflent volontiers aux oreilles de leurs auteurs ce qu'ils veulent raconter).

Ceci étant dit, on mesure bien la différence entre ce que Marvel établissait en 2011, au moment de la publication de la saga Fear Itself (par Matt Fraction et Stuart Immonen), et aujourd'hui : il y a six ans, l'éditeur avait nommé plusieurs "architectes" - Aaron déjà, Jonathan Hickman, Fraction, Brian Bendis, Ed Brubaker) - pour conduire étroitement leurs séries-phares. Ce collectif trouverait à la fois son aboutissement et sa limite avec la conception de la saga Avengers vs. X-Men en 2013 où les scénaristes avaient développé une intrigue construite par Aaron et Bendis à la manière d'un pool comme celle des séries télé. Le résultat avait donné lieu à un récit bancal, avec de brusques ruptures de ton, une narration maladroite (sans parler de l'alternance pénible de trois dessinateurs).

Pendant ce temps, chez DC Comics, l'importance, dans l'organigramme et dans la continuité des titres, de Geoff Johns n'a cessé de croître (au point qu'il devienne une sorte de super-directeur artistique pour unifier les séries, ce qu'a concrétisé Rebirth). L'exemple a dû inspirer Marvel qui a confié les clés à Aaron : c'est ce que prouve nettement Marvel Legacy #1.

Ce one-shot de plus de 50 pages avait pour mission, selon l'annonce, de tirer le bilan des dernières années et de donner un nouveau souffle au Marvel-verse. Parallèlement, l'éditeur publie d'ailleurs une séries de récits unitaires, Generations, qui met en scène des rencontres entre les incarnations successives de héros emblématiques (Iron Man-Iron Heart, Captain Marvel-Captain Mar-Vell, les deux Wolverine, les deux Hawkeye, les deux Thor, les deux Jean Grey). "Legacy" signifiant "héritage" + Generations : le message est clair, il faut rendre justice au passé tout en gardant la fraîcheur des nouveautés injectées ces derniers temps.

Mais le souci, c'est que Marvel Legacy #1 ne parle pas vraiment d'héritage, quand bien même sa narratrice cite pas moins de 11 fois ce mot. Ou alors il s'agit surtout d'hériter d'ennuis, de cadavres dans les placards. Un Céleste qui se réveille et auquel Loki s'intéresse par ici, Steve Rogers obligé de restaurer sa réputation ruinée par un double nazi de Captain America par là... Rien n'est résolu ici, et la menace réactivée laisse perplexe (les Célestes sont quand même les entités les plus puissantes de tout l'univers Marvel, et celui qui est présent dans ces pages est décrit comme le plus dérangé).

Aaron a rédigé deux histoires en fait : la première, dessiné (superbement) par Esad Ribic, est incroyablement brouillonne, part dans plusieurs directions comme (déjà) une sorte de teaser artificiel où sont inventés des Avengers pré-historiques franchement grotesques. OK pour des créatures extraordinaires comme Odin, les premiers Starbrand, Ghost Rider et Phénix, voire Agamotto, dont les origines sont bien antérieures à un million d'années... Mais comment justifier des proto-Black Panther et Iron Fist à une époque où les hommes étaient encore des primates ? Et quitte à invoquer un Céleste pour réunir ces héros (bien que leur groupe brille surtout par la mauvaise ambiance entre ses membres), on peut légitimement s'étonner qu'aucun Eternel, des homo-sapiens génétiquement améliorés par les Célestes) ne soit dans les parages... Ou même qu'à la place d'Odin, ce ne soit pas son père, Bor, qui se montre... 

Ensuite, on a droit à un combat à mort entre les Ghost Rider et Starbrand actuels, le second voulant à tout prix empêcher le premier d'approcher de la tombe du Céleste... Alors que Robbie Reyes semble ne même pas être au courant de cela - et ne s'attarde d'ailleurs pas dans le coin, une fois qu'il a tué son adversaire ! A part éliminer Kevin Connor, à quoi sert ce passage ?

Le dernier segment est plus cohérent mais pas original pour un sou : on a droit à Loki qui, pour la énième fois, veut mettre la main sur une source de pouvoir sur Terre, mais sans se salir les mains. Evidemment, la mission échoue et, ni une ni deux, le dieu asgardien du mensonge s'en va en Afrique du Sud parachever le réveil du Céleste, dérangé par deux archéologues. Les émissaires de Loki, eux, sont embarqués par le SHIELD grâce à trois Avengers, et ce qu'ils étaient venus dérober est in fine récupéré par le fameux "personnage chéri du public" promis par Brevoort : Wolverine !

Le canadien est donc désormais non seulement de retour parmi les vivants (mais comment ? Mystère !) et en possession d'une Gemme d'Infinité (rien que ça !). En tout cas, ça risque d'être embouteillé question mutants griffus puisque actuellement on a Old Man Logan chez les X-Men Gold, Ultimate Wolverine chez les X-Men Blue, et Laura Kinney-All-New Wolverine dans sa propre série ! 

Lorsqu'on a terminé la lecture de la trame principale de Marvel Legacy, on est perplexe car il n'y a ni bilan ni assurance d'un avenir plus light. La seule nouveauté, ce sont ces fameux Avengers des temps anciens, qui apparaissent durant cinq pages, donc sans personnalité (Odin grogne, Phénix le nargue, Ghost Rider pleure son mammouth, Starbrand essuie des reproches, Agamotto avait tout prévu...), mais dont on nous promet le retour, et dont les actions impacteront le présent (à commencer par le fait qu'ils n'ont pas enterré le Céleste sur la Lune comme le recommandait Odin - bien prévenant pour les humains qu'il a pourtant toujours méprisé...).

Ce n'est donc pas brillant.

Alors on considère les planches intercalées dans cette histoire censées, elle, montrer où en sont des héros actuels... Et là, le procédé est aussi artificiel (toujours cet effet teaser) et frustrant (surtout en ce qui concerne les Fantastic Four, dont beaucoup espéraient davantage le retour que celui de Wolverine). Le sort de Tony Stark (qui n'est plus dans son caisson) est le plus intrigant et on verra ce qu'en fera Bendis (en charge du personnage), tout comme l'empire galactique (?!) du Wakanda. Mais la scène à Asgard avec cet exaspérant Thor Odinson qui se bourre la gueule en déprimant, celle où Deadpool se fait tirer dessus dans des WC, la tentative ratée de Norman Osborn d'entrer dans le sanctuaire du Dr. Strange, etc. Tout ça ne dit rien, c'est juste du placement de personnages, des allusions à de futures intrigues dans des séries, qui plus pauvrement dessiné (Immonen livre une page mochissime, tout comme Deodato, Marquez assure le minimum...). Seule la planche de Samnee avec Steve Rogers est bien composée et belle à voir (la reprise de Captain America par Waid et Samnee est, à ce jour, le titre le plus prometteur qui démarrera en Novembre).

Reste le cas des FF : ce que ne dit pas Marvel Legacy (ni les editors de Marvel), c'est que Ike Permulter, un des pontes de Marvel, refuse de relancer une série avec ces personnages tant que la Fox ne cédera pas leurs droits d'exploitation cinéma. D'où cette situation absurde où la Torche humaine et la Chose sont sur Terre comme des âmes en peine, et Reed Richards, sa femme Sue, leurs enfants Valeria et Franklin en train de jouer hors champ aux explorateurs du Multivers depuis la fin de la saga Secret Wars en 2015... Voilà qui est particulièrement incongrue de ne pas ramener l'équipe au grand complet quand on invoque des notions de générations et d'héritage puisque les 4F furent les premiers super-héros de Marvel en 1963 !  

En vérité, et pour conclure, je ne sais pas à quoi sert ce one-shot : il ne correspond ni à son annonce et ne comble rien de ce qui manque essentiellement à Marvel aujourd'hui (un esprit, une cohérence, une passerelle entre tradition et innovation, un sens évident au retour ou à l'absence de personnages : bref, tout ce qui agrège une collection de séries, fonde un univers). On a plus affaire à une sorte de brochure promotionnelle pour ce qui va arriver qu'un comic-book synthétique et prometteur, rappelant à tous, nouveaux et anciens lecteurs, ce qui distingue Marvel et ses héros et leurs histoires.

jeudi 7 septembre 2017

ASTONISHING X-MEN #3, de Charles Soule et Ed McGuinness


Lecture positivement surprenante depuis son lancement, le troisième épisode de Astonishing X-Men, toujours écrit par Charles Soule et cette fois dessiné par Ed McGuinness, allait-il confirmer tout le bien que ce titre m'inspire ?

Coup de mou passager ? Ou début de dégringolade ? Inutile de faire durer le suspense : ce nouveau chapitre est une déception. Mais d'abord, un mot du contenu...

Toujours au sommet d'un building londonien, Psylocke veille au transfert dans le plan astral de Fantomex, Rogue, Gambit, Mystique et Old Man Logan, protégée par Bishop et Angel. Mais les autorités des forces spéciales britanniques s'impatientent, ignorant ce que fichent ces mutants dans le bâtiment. Angel décide d'aller à leur rencontre pour les rassurer...

Cependant, dans la dimension astrale donc, les X-Men se sont dispersés pour trouver celui qui les agressés psychiquement, Amahl Farouk alias le Roi d'Ombre. Loup solitaire par excellence, mais également étranger à notre Terre et notre époque (puisqu'il vient d'un futur apocalyptique et d'un monde parallèle détruit), Logan veut tuer cet adversaire qui, en vérité, joue télépathiquement avec l'âme de Charles Xavier - lequel tente de raisonner, en vain, le griffu. Ce qui permet à Farouk de le posséder et de le réveiller...

Charles Soule, depuis le début, joue en équilibre sur un fil narratif ténu : son argument - une agression psi par le Roi d'Ombre contre une bande de X-Men dans le cadre d'un match avec le Pr. X - tient à si peu de choses que tout l'intérêt se reporte sur le casting. A part Psylocke et, dans une moindre mesure, Fantomex, l'équipe qu'il a rassemblé se distingue par son inexpérience face à ce type d'attaque, ce qui aboutit à une forme de suspense sommaire mais jusqu'à présent efficace.

Le procédé fonctionnait en tout cas tant qu'on suivait un groupe perdu dans le plan astral tandis que les membres restants veillaient sur leur enveloppe corporelle dans notre dimension. Or, ce troisième épisode délaisse cette construction pour se concentrer sur Old Man Logan. Commercialement, ça peut se comprendre puisque le personnage est populaire (encore que je me demande s'il ne l'est pas par un effet de "suivisme", à la fois pour ceux qui ont lu Old Man Logan, la mini-série de Millar/McNiven puis de Bendis-Lemire/Sorrentino, et ceux qui sont nostalgiques de Logan/Wolverine).

Par contre, la dramaturgie propre à un team-book en prend un sale coup puisque, soudain, Mystique, Fantomex, Rogue et Gambit sont absents pendant vingt pages (on les voit bien sur une page, mais dans des cases isolées et sans impact sur l'action, autant dire que ça ne compte pas). Cela pose la question de savoir si les prochains épisodes vont eux aussi se focaliser sur un X-Man égaré dans le plan astral - on peut en douter en découvrant le cliffhanger de cet épisode, qui a le mérite d'être assez accrocheur pour avoir envie de lire la suite.

Soule n'a rien d'original à raconter sur Old Man Logan (pour ma part, je trouve cette version du personnage peu intéressante : en l'intégrant à la continuité, il a été banalisé, et même si Wolverine était parfois lourdement omniprésent - à la fois loner, X-Man et Avenger - , il était et reste la version canonique du griffu), et à cause de cela, il souligne justement la gratuité de sa présence dans cette série et dans le Marvel-verse actuel. Au fond, son entêtement à faire la peau au Roi d'Ombre, à défier Xavier, met en danger tout le monde : pour un type qui a juré d'être plus prudent pour ne pas répéter ses terribles erreurs (dans le futur dont il vient, il a décimé tous les mutants), il n'est en vérité pas bien malin.

Comme si la faiblesse du script ne suffisait pas, il faut aussi souligner la prestation très faible, paresseuse même, de Ed McGuinness : certes, dessiner le plan astral - par définition un no man's land dépourvu de décors précis - aboutit à des planches entières sans autre chose qu'un ou deux personnages sur fond noir ou blanc, mais si ces personnages étaient mis en scène dans des compositions soignées, pourvus d'une expressivité puissante, animés dans un découpage original, ce serait moins ennuyeux que ces vingt pages aussi vides, qu'on engloutit en quelques minutes, avec la désagréable impression de s'être fait rouler. Je n'ai rien contre la narration compressée, et McGuinness a du talent à revendre, mais ici, ni lui ni Soule ne mérite notre indulgence.

Premier faux pas donc. Souhaitons que le scénariste se ressaisisse, d'autant plus qu'il bénéficiera du renfort de Carlos Pacheco pour les illustrations, au prochain épisode.

mardi 30 décembre 2014

Critique 548 : AMAZING X-MEN, VOLUME 1 - THE QUEST FOR NIGHTCRAWLER, de Jason Aaron, Ed McGuinness et Cameron Stewart


AMAZING X-MEN, VOLUME 1 : THE QUEST FOR NIGHTCRAWLER rassemble les 6 premiers épisodes de la série, écrits par Jason Aaron et dessinés par Ed McGuinness (#1-5) et Cameron Stewart (#6), publiés en 2014 par Marvel Comics.
*
(Extrait de AMAZING X-MEN #1.
Textes de Jason Aaron, dessins de Ed McGuinness.)

- THE QUEST FOR NIGHTCRAWLER (#1-5. Ecrit par Jason Aaron et dessiné par Ed McGuinness). Mort en se sacrifiant pour sauver la jeune mutante Hope, Kurt Wagner alias Nightcrawler (aka Diablo en vf)  se languit désormais au ciel, regrettant sa vie de héros. Lorsque des démons déguisés en pirates attaquent l'endroit où il se trouve, il riposte et trouve rapidement face à lui son père Azazel, qui a entrepris de conquérir l'Enfer, le Purgatoire et le Paradis.
Pendant ce temps, sur Terre, à l'école Jean Grey, une nouvelle enseignante arrive : il s'agit d'Angelica Jones alias Firestar. C'est l'effervescence habituelle dans l'établissement, en particulier pour le Dr Hank Mcoy alias le Fauve qui est déterminé à se débarrasser des Bamfs, ces petites créatures bleues ressemblant à feu Kurt Wagner. En les traquant, il découvre qu'ils ont construit un portail inter-dimensionnel. 
(Extrait de AMAZING X-MEN #4.)

Wolverine, Storm (Tornade en vf), Iceman (Iceberg en vf), Vega et Firestar sont aspirés dans ce passage et dispersés dans les divers quartiers de l'au-delà. Confrontés à Azazel et ses acolytes, Captain Jack et Captain Kid, avec leurs hordes de damnés, les X-Men résistent tant bien que mal jusqu'à ce qu'ils retrouvent Nightcrawler, qui a imaginé un plan aux conséquences terribles pour lui pour vaincre son père...  
(Extrait de AMAZING X-MEN #6.
Texte de Jason Aaron, Dessin de Cameron Stewart.)

- MANY HAPPY RETURNS (#6. Ecrit par Jason Aaron et dessiné par Cameron Stewart). Les X-Men et amis de Kurt Wagner fêtent son retour parmi les vivants dans un bar. Mais deux événements viennent troubler la soirée : l'arrivée de l'équipe dirigée par Cyclope et surtout la présence de Mystique, la mère de Nightcrawler qui souhaite savoir où se trouve Azazel pour le tuer.

Le personnage de Nightcrawler/Diablo avait été tué sans grands égards dans le crossover Second Coming en 2010, après avoir été longtemps maltraité par des scénaristes sans respect pour la création du dessinateur Dave Cockrum (qui le considérait comme son double de papier). La question qui se posait alors était moins de savoir si on reverrait Kurt Wagner un jour que quand et comment. Il a donc fallu attendre quatre ans et qu'un auteur réellement attaché à l'elfe bleu pour que les fans le retrouvent.

Jason Aaron, qui achevait son séjour sur la série Wolverine and the X-Men, voulait prolonger son expérience avec les mutants avec un titre qui continuerait dans la veine fun et cool mais en se concentrant sur un groupe de héros plus restreint. Le dessinateur  Ed McGuinness et le scénariste ont, à l'annonce du lancement début 2014 d'Amazing X-Men, multiplié les déclarations d'amour envers Nightcrawler, laissant espérer aux lecteurs un run au long cours. Hélas ! Cette équipe créative ne sera resté ensemble que le temps de 5 épisodes, et Jason Aaron a quitté le projet au n° 6 car son emploi du temps surchargé ne lui permettait pas de poursuivre (il aurait quand même pu prévoir son affaire avant...).
Depuis, d'autres auteurs (Kathryn Immonen puis Chris Yost et Craig Kyle) ont pris la relève et la série a été reconduite, même si les lecteurs lui réservent un accueil plus réservé.

Et c'est le premier enseignement à tirer de la lecture de ce recueil, contenant l'entièreté du passage de Jason Aaron sur le titre : il se suffit à lui-même et forme une mini-série quasi-parfaite. Après avoir ramené Nightcrawler, le plus judicieux aurait sans doute été d'intégrer le personnage à une série régulière déjà existante, au lieu de prolonger Amazing X-Men et même de lui donner son propre mensuel (dont l'annulation est déjà annoncée).

Ceci étant dit, que penser justement de cet ensemble de six épisodes ? J'avais découvert la série dans le mensuel "X-Men" publié par Panini Comics avant d'en arrêter l'achat, et j'ai eu le plaisir qu'on m'offre cet album pour Noël (merci Bruno !), l'occasion rêvée pour découvrir la suite et fin de ce premier arc et la conclusion du bref run de Aaron.

Comme je l'écris plus haut, ce recueil permet d'apprécier son contenu comme une mini-série, et donc on peut en rester là. Le récit est un vrai régal : Jason Aaron nous rend le personnage avec brio et effectivement son affection pour Diablo transpire dans chacune des scènes qu'il lui a écrit, renouant avec la description qu'en fit Dave Cockrum (un mutant dont l'aspect évoque celui d'un démon à la peau bleue et qui est à la fois un acrobate exceptionnel, un bretteur spectaculaire, et doté du pouvoir de téléportation). C'est bien simple, on n'avait pas été aussi gâté avec Kurt Wagner depuis... Sa présence dans la formidable série Excalibur de Chris Claremont et Alan Davis (y compris quand ce dernier en devint le scénariste et dessinateur) : Aaron n'oublie d'ailleurs pas d'adresser un clin d'oeil à cette période bénie dans son dernier épisode en convoquant pour le pot de retour Captain Britain, Meggan, et Kitty Pryde, en plus de Rachel Grey (déjà là dans les chapitres précédents), soit toute l'équipe originale (voilà des héros qui manquent chez Marvel actuellement, et qu'on aimerait bien voir repris par Davis et Claremont justement).

L'astuce qu'a trouvé le scénariste pour permettre à Diablo de revenir sur Terre (en sacrifiant à nouveau une partie de lui-même) est inspirée et simple, même si justement elle l'est presque trop et qu'on peut donc douter que d'autres auteurs l'exploitent.

En revanche, il est clair que l'envie de ressusciter Nightcrawler l'a emporté chez Aaron sur le soin avec lequel il a construit son arc narratif. Les coutures sont un peu trop voyantes pour ne pas qu'on repère les défauts de la confection, comme lorsqu'il sépare son groupe de X-Men dès leur arrivée dans l'au-delà afin de décompresser un récit qui, plus rigoureusement traité, aurait tenu en moitié moins de place. Le scénariste nous frustre aussi singulièrement en écartant son personnage principal durant un épisode entier (le 2ème), se contentant de le faire commenter l'action et de présenter ses amis. Le casting est aussi parfois trop fourni, ce qui atténue l'emploi prometteur de certains protagonistes (comme Vega en mode Peter Pan).

Mais on est enclin à une grande indulgence quand les maladresses sont compensées par un bon sens du rythme (on ne s'ennuie jamais) et de la répartie (les dialogues sont savoureux et touchants, qu'il s'agisse des frayeurs d'Iceman que la chaleur de l'Enfer fait fondre, des échanges entre le Fauve et Azazel sur la foi durant un combat plein de punch, ou des retrouvailles entre Storm et Nightcrawler ou avec Wolverine). 

Dans le dernier épisode, on a encore droit à de bons moments, alternant habilement action et émotion, pour une réunion entre amis et famille de Kurt Wagner plutôt animée (quoique évidemment ce qui arrive à Azazel soit couru d'avance et certainement écrit par Aaron pour préparer le terrain à ses successeurs).

Visuellement, je dois dire que j'ai pendant longtemps été peu réceptif au talent de Ed McGuinness (d'autant plus qu'il collaborait avec un auteur comme Jeph Loeb dont la production me touchait également peu). Mon regard a changé quand il a signé quelques épisodes du relaunch de Nova (à l'occasion de l'opération "Marvel Now !"), lui découvrant une finesse dans la représentation des personnages ressemblant à une remise en question salvatrice.

Comme Jason Aaron, l'artiste a exprimé son affection pour Nightcrawler et cela est évident quand on voit comment il l'anime, en s'inspirant de manière troublante de Dave Cockrum : la première séquence de l'arc a de quoi combler tous les fans du personnage, et par la suite le niveau ne baisse jamais.

Mais c'est valable pour toute la distribution que McGuinness met en images avec un soin équivalent, réservant à chacun (ou presque) une pleine page spectaculaire. Même si  sur les épisodes 4 et 5, l'artiste semble avoir été plus pressé comme en témoigne un traitement des décors plus expéditif, il a aussi composé des environnements suffisamment impressionnants pour que le récit soit fortement situé.

Ce récit qui rend hommage aux films de pirates nécessitait un effort pour les costumes et bateaux typiques de ce genre, et sur ces points encore, McGuinness n'a pas ménagé sa peine.

En revanche, la prestation de Cameron Stewart sur le 6ème épisode laisse perplexe : ce dessinateur très talentueux livre une copie bien en deçà de ce dont il est capable - ou en tout cas de ce qu'on pouvait espérer. Il était pourtant taillé pour ce fill-in (de luxe), avec un personnage fait pour lui, mais le résultat paraît, non pas bâclé (ce serait sévère), mais précipité, comme s'il avait soit manqué de temps, soit voulu expérimenter un dessin plus lâché. Curieusement, on pense à du David Lafuente des mauvais jours (là où McGuinness atteint parfois, auparavant, la finesse d'un Mike Wieringo). Dommage.

Chacun décidera de suivre Amazing X-Men après ces six premiers épisodes, mais ce tpb constitue un album tout à fait suffisant, non pas parce qu'il ne donne pas envie de continuer mais bien parce que tout y est bien dit. En vérité, il faut surtout souhaiter que Diablo soit désormais toujours aussi bien traité, en profitant d'une série suffisamment exposée pour que lui-même reste visible. Ce serait là un vrai gâchis d'avoir ramener ce personnage si attachant pour ne pas l'exploiter correctement.          

mardi 24 janvier 2012

Critique 305 : CAPTAIN AMERICA 11 - PRISONER OF WAR, de Ed Brubaker, Mitch Breitweiser, Mike Deodato, Butch Guice, Chris Samnee et Ed McGuiness

Captain America 11 : Prisoner Of War rassemble les épisodes 615.1 et 616 à 619 de la série, écrits par Ed Brubaker et dessinés par Mitch Breitweiser (# 615.1), Mike Deodato (# 616-1/2, 617-2/3), Butch Guice (# 617-1/3, 618-2/3, 619-2/3), Ed Mc Guiness (# 616-2/2) et Chris Samnee (# 617-3/3, 618-1/3 et 3/3, 619-1/3 et 3/3), publiés par Marvel Comics en 2011.
*
- # 615.1. Dessiné par Mitch Breitweiser. Dave Rickford reçoit un traitement, le costume et un bouclier pour incarner un nouveau Captain America, après que Bucky Barnes ait été renvoyé en Russie pour y purger sa peine de prison (il a été condamné pour meurtres et trahison par contumace). L'apparition de cet individu éveille aussitôt l'attention de Steve Rogers qui le tire d'un mauvais pas quand il est enlevé par des agents de l'A.I.M. . Sharon Carter découvre que Nick Fury est derrière cette mascarade avec pour objectif de précipiter le retour de Rogers comme Captain America.

- # 616 (1/2) : Gulag (1). Dessiné par Mike Deodato. Bucky Barnes purge sa peine de prison dans un goulag de Sibérie. L'endroit est peuplé de criminels avec lesquels l'ex-Soldat de l'Hiver a eu maille à partir dans le passé. Le directeur de l'établissement autorise même des combats entre prisonniers dans la cour et Bucky doit lutter pour y survivre.
- # 616 (2/2) : Must The Be a Captain America ? Dessiné par Ed Mc Guiness. Pendant ce temps, aux Etats-Unis, Steve Rogers s'interroge sur l'opportunité de revêtir les habits de Captain America, se souvenant qu'il l'est devenu accidentellement, mais songeant aussi que tout le monde le presse de reprendre ce rôle.

- # 617 (1/3) : Gulag (2). Dessiné par Butch Guice. Bucky est dans l'arêne et affronte Grande Ourse. Il n'a guère le temps de savourer sa victoire car déjà il découvre que son prochain adversaire sera un des anciens Titanium Men et que le gang des Pauki-Volki veut le recruter.
- # 617 (2/3) : Black Widow. Dessiné par Mike Deodato. La Veuve Noire et Sharon Carter enquêtent incognito en Russie sur les anciennes missions du Soldat de l'Hiver afin de savoir s'il a, comme l'affirment les autorités, agit de son propre chef dans certaines opérations.
- # 617 (3/3) : Super-Soldier. Dessiné par Chris Samnee. Steve Rogers a appris qu'Henry Gyrich du Département est le responsable de l'extradition de Bucky en Russie. Lorsque le fonctionnaire est la cible d'un attentat, il devient évident qu'un accord officieux a été passé avec les russes.

- # 618 (1/3) : Agent 13. Dessiné par Chris Samnee. Sharon Carter laisse la Veuve Noire aller libérer Bucky après qu'elles aient découvert qu'un certain colonel Rostov cherche à faire disparaître les documents le liant au Soldat de l'Hiver.
- # 618 (2/3) : Gulag (3). Dessiné par Butch Guice. Bucky vainc Bullski, l'ex-Titanium Man, sans se douter que le directeur est complice de l'ancien colonel Rostov pour essayer de le briser moralement. Lorsqu'un autre détenu (l'ex-Dynamo Pourpre) veut l'entraîner dans une évasion après avoir déclenché une émeute, Bucky refuse. Il a raison car c'est un piège, mais il s'y fait prendre quand même. A son réveil, il est aux mains de Rostov.
- # 618 (3/3) : Super-Soldier. Dessiné par Chris Samnee. Steve Rogers interroge Gyrich quand Nick Fury l'appelle sur une scène de crime. Les deux victimes sont le contact de Gyrich à l'ambassade de Russie et un ancien espion sous couverture aux Etats-Unis depuis 1978. Autant de nouveaux éléments accréditant la thèse d'une machination patiemment élaborée contre Bucky et l'Amérique.

- # 619 (1/3) : Black Widow. Dessiné par Chris Samnee. La Veuve Noire se rend en Sibérie avec le projet de libérer Bucky du goulag. Mais, surprise, à son arrivée sur place, l'endroit est en flammes !
- # 619 (2/3) : Gulag (4). Dessiné par Butch Guice. Bucky, torturé par Rostov, comprend que l'ancien colonel a placé aux Etats-Unis des agents dormants que le Soldat de l'Hiver a formé et qui attendent d'être activés. Puis, profitant d'un nouveau combat, contre la la Licorne, Bucky en profite pour s'évader. Il retrouve la Veuve Noire avec laquelle il peut quitter la Russie.
- # 619 (3/3) : Super-Soldier. Dessiné par Chris Samnee. Après avoir neutralisé les agents dormants soviétiques avec Nick Fury et appris que Bucky s'était évadé, Steve Rogers s'explique avec le président qui lui fait comprendre que Barnes ne pourra de toute façon plus redevenir Captain America...
*
Ces épisodes concluent, de manière officieuse, la série Captain America avant sa redistribution : deux titres vont lui succéder, avec d'un côté un relaunch (par Ed Brubaker et Steve McNiven) et de l'autre une suite (conservant la numérotation actuelle) intitulée Captain America and Bucky (par Ed Brubaker, Marc Andreyko et Chris Samnee).
Le programme de cet album est riche, comme en témoignent les résumés ci-dessus.
D'abord, Brubaker se penche sur la situation de Steve Rogers : à présent que Bucky ne peut plus incarner Captain America (à cause de son emprisonnement en Russie et de ses antécédents comme Soldat de l'Hiver rendus publics lors de son procés), tout le monde le pousse à reprendre le rôle. Nick Fury complote en coulisses, le gouvernement américain le presse de ressuciter le symbole. Le scénariste se montre très à l'aise dans cette partie psychologique.    
Ensuite, nous assistons à l'incarcération de Bucky dans un goulag où il est cerné par d'anciennes victimes du Soldat de l'Hiver. Le directeur de l'endroit, complice de l'ex-"programmateur" du prisonnier, autorise des combats de gladiateurs, moins pour tuer Barnes que pour lui saper le moral. Le héros doit affronter des adversaires de plus en plus dangereux et composer avec des détenus qui lui offrent leur protection. L'action domine dans cette partie, menée sur un rythme tendu.
Enfin, nous suivons les investigations de Sharon Carter et la Veuve Noire en Russie, qui mettent progressivement à jour (avec Steve Rogers en Amérique) la machination contre Bucky et une entreprise terroriste aux Etats-Unis. Cette dernière section est passionnante, dans le registre des récits d'espionnage où excelle Brubaker.
Si les derniers arcs de la série, depuis que Bucky était devenu Captain America, étaient inégaux, alternant le bon et le moyen (parfois à l'intérieur d'une même histoire), cette plongée dans une Russie conspirationniste comme aux heures les plus sombres de la guerre froide, avec son héros constamment en danger et ses amis investigant sur les coulisses de l'affaire, est une grande réussite qui compte parmi les meilleurs moments du titre depuis le début de l'ére Brubaker.
Assez curieusement, l'auteur, qui a été si emprunté avec Secret Avengers, au casting trop fourni et aux intrigues peu inspirées, réussit, sans être aussi formel, à écrire un vrai team-book dans ces chapitres de Captain America, en convoquant Steve Rogers, Sharon Carter, la Veuve Noire, Nick Fury (et avant cela le Faucon). Que n'a-t-il pas employé cette équipe pour Secret Avengers ?
En tout cas, après avoir lu cela, et en enchaînant sur Fear Itself # 3, le sort de Bucky prend une toute autre envergure, et on comprend bien la façon dont Brubaker a laissé Matt Fraction utiliser ce personnage.
*
La partie graphique, malgré le défilé et la rotation des artistes pour une seule histoire, est fabuleuse. Il faut dire que le casting est de grande classe.
Mitch Breitweiser signe le prologue avec ce trait nerveux et élégant parfait pour ce titre. Ce dessinateur mériterait de travailler sur un arc entier.
Mike Deodato assure des planches pleine de puissance, où son art expressionniste est idéalement exploité.
Chris Samnee illustre des back-ups jubilatoires, aussi à l'aise quand il anime Steve Rogers que Sharon Carter et (surtout) la Veuve Noire.
Butch Guice, encré par Stefano Gaudiano, est lui aussi dans une très grande forme : sa représentation du goulag et des combats est d'une entensité extraordinaire.
Seule la présence d'Ed McGuiness fait un peu tâche, même s'il rend une coipe honnête.
*
A n'en pas douter, un des meilleurs recueils d'épisodes de la série pour son époque Brubaker. 

dimanche 23 octobre 2011

Critique 275 : RED HULK - SCORCHED EARTH, de Jeff Parker, Gabriel Hardman et Ed McGuiness


Hulk : Scorched Earth rassemble les épisodes 25 à 30 de la série écrite par Jeff Parker et dessinée par Gabriel Hardman (#25-29) et Ed McGuiness (#30), publiés par Marvel Comics en 2010-2011.
*
Le général Thaddeus "Thunderbolt" Ross a depuis toujours haï Bruce Banner alias Hulk qu'il considère comme une menace et dont il désapprouve l'amour qu'il porte à sa fille Betty. C'est ainsi qu'il a fini par accepter la proposition du Leader et de MODOK, deux ennemis du géant de jade, de le transformer en Hulk à son tour. Devenu un colosse rouge, il s'emploie ensuite à déjouer les plans des deux savants fous avant d'être terrassé par Hulk et incarcéré.
C'est alors que Steve Rogers, devenu le nouveau super-flic de l'Amérique, l'aborde et lui offre un moyen de se racheter en acceptant de remplir des missions à haut risque où il doit neutraliser des pièges laissés partout dans le monde par l'Intelligentsia (le groupe criminel dont le Leader et MODOK se partageaient la direction). A chaque sortie, il devra aussi accepter un partenaire : le problème est que ceux-ci ont tous eu maille à partir avec Ross et sont des "big guns" (comme Iron Man, Thor, Namor, A-Bomb et Hulk lui-même).
Mais tous ces périls ne seraient-ils pas des leurres pour permettre à un adversaire de préparer sa revanche ?
*
En 2008, le scénariste Jeph Loeb et le dessinateur Ed McGuiness relancent la série Hulk. Dès le début, une nouvelle version du personnage apparaît, le Red Hulk (ou Rhulk pour les intimes), qui mène la vie dure au colosse de jade et à d'autres héros. Pendant plus de deux ans, Loeb entretient le mystère sur l'identité du Hulk rouge, alimentant les rumeurs en brouillant les pistes (les fans pensent à Leonard Samson, Rick Jones...). Finalement, la réponse tombe sous le sens : il s'agit du plus farouche opposant de Hulk, son beau-père, le général Ross, qui a été le complice de super-vilains (avant de se raviser, mais le mal est fait).
J'ai très vite lâché la lecture de la série de Loeb et McGuiness, deux auteurs que je n'apprécie pas, et dont l'approche, mixant la parodie et l'action, ne m'a fait ni rire ni vibrer, sans compter que j'ai jamais été spécialement intéressé par Hulk en général.
C'est donc d'abord grâce à sa nouvelle équipe créative que ces épisodes m'ont intéressé : si Jeff Parker m'a récemment lassé avec ses Thunderbolts, je lui dois une de mes lectures favorites avec Agents of Atlas et il faut lui reconnaître une énergie et une imagination revigorantes ; quant à Gabriel Hardman, son style proche d'un Michael Lark en faisait un choix étonnant mais stimulant pour un titre comme celui-ci.

Le résultat ne déçoit pas et cette reprise s'appuie sur un double principe simple mais redoutablement efficace : d'une part, le héros doit se racheter et accepte pour ça des missions impossibles que seul un être aussi puissant que lui peut accomplir ; et d'autre part, on renoue avec les fameuses Marvel team-up comme j'en lisais autrefois dans "Spécial Strange" (avec Spider-Man ou la Chose) ou dans The Brave and the Bold (chez DC).
Parker peut laisser libre cours à ses délires (combats contre des cyborgs dégénèrés, des météores, des foreuses sous-marines, des dinosaures et des volcans piégés) mais, contrairement à Thunderbolts, en se concentrant sur un personnage principal (et son partenaire occasionnel), son inventivité ne s'égare pas dans un n'importe quoi facile et grossier.
Il ne néglige pas non plus la psychologie de son héros qui paie chèrement ses fautes, admettant difficilement s'être trompé mais se comportant en soldat quand Steve Rogers lui rappelle ce qu'ils ont en commun. Parker intègre intelligemment des éléments annexes pour justifier la réorientation du personnage et corser ses aventures : que ce soit avec Iron Man, Thor, Namor, à chaque fois Rhulk a un associé qui a du répondant, et le scénariste communique son plaisir d'utiliser ce "supporting cast".
Le dernier épisode de cet album tranche cependant curieusement avec les cinq premiers, renouant avec la veine grotesque de Loeb, tout en étant quand même plus inspiré. Mais cet interlude décalé rompt un peu le charme - et, un malheur n'arrivant jamais seul, il faut composer avec le retour d'Ed McGuiness au dessin (il fait le boulot, il n'est pas mauvais dans sa partie, mais bon, je continue d'avoir du mal avec son côté bourrin).
 *
Gabriel Hardman illustre donc à nouveau les scripts de Parker, avec lequel il avait déjà collaboré sur Agents of Atlas (volume 3, et l'éphémère relaunch intitulé Atlas). L'artiste est d'abord un storyboarder, venant du cinéma (il a découpé Inception de Christopher Nolan, par exemple) et cela se voit car il donne à ses planches un dynamisme et une fluidité remarquable.
Qu'il mette en images des scènes calmes, reposant sur le dialogue, dans une ambiance soignée, ou des séquences d'action pure, où Rhulk et compagnie affronte des hybrides, des gros cailloux dans l'espace, des engins de mort dans les abysses ou des dinosaures sur une île perdue, c'est un pur régal.
Voilà un storyteller à suivre (et son arrivée en 2012 sur Secret Avengers, avec Rick Remender au scénario, promet déjà beaucoup).
*
Pour une fois, passez au rouge : cette infraction vous assurera un excellent moment de lecture !

samedi 13 juin 2009

Critique 59 : FALLEN SON - LA MORT DE CAPTAIN AMERICA, de Jeph Loeb et Leinil Yu, Ed McGuiness, John Romita Jr, David Finch et John Cassaday

Cette collection d'épisodes spéciaux constituent l'épilogue du crossover Civil War.
Au terme de la saga écrite par Mark Millar et dessinée par Steve McNiven, au cours de laquelle les super-héros de l'univers Marvel se déchiraient après le vote d'une loi les obligeant à se faire recenser auprès des autorités, les partisans - menés par Iron Man - de cet enregistrement remportaient la bataille au détriment des résistants - dirigés par Captain America.
Depuis, les héros travaillent pour le gouvernement, mais d'autres, refusant toujours ls nouvelles règles du jeu, continuent de lutter contre le crime - et s'opposent occasionnellement à leurs amis d'hier - dans la clandestinité. Puis, dans sa série régulière, Captain America allait ensuite être victime d'un assassinat ourdi pa son ennemi Crâne Rouge, avec la complicité du Dr Faustus, qui avait mentalement conditionné la maîtresse du héros, Sharon Carter, pour le tuer lors de son transfert devant un tribunal.
*
L'idée de Victime de Guerre : La Mort de Captain America (en vf) revient à J. Michael Straczynski : il s'agissait d'étudier les réactions de personnages-phares de Marvel après le décés du héros en explorant les cinq stades du deuil - refus, colère, marchandage, dépression, acceptation. C'est à Jeph Loeb que fut confié la rédaction de ces récits, chacun étant illustré par un dessinateur différent.
*
Captain America alias Steve Rogers, le super-soldat créé durant la seconde guerre mondiale pour lutter contre les nazis, porté disparu après une mission, puis miraculeusement retrouvé vivant dans les glaces polaires, devenu membre des Vengeurs et le champion des valeurs américaines, est mort. Tout le pays est en émoi. A travers cinq justiciers qui l'ont côtoyé de près, se battant avec (ou contre durant la "Guerre Civile") lui, nous découvrons comment son décés affecte la communauté des super-héros.
- Wolverine (membre des X-Men et des Nouveaux Vengeurs) va s'introduire dans un héliporteur du SHIELD où est détenu Crossbones, le meurtrier du héros national. Il refusait d'admettre que Cap' reposait dans un cercueil à bord du vaisseau autrement qu'en le vérifiant lui-même.
- Spider-Man n'admet pas, lui, que les amis de Cap' puissent tranquillement jouer au poker après ce qu'il lui est arrivé. La colère le submerge mais oblige tout le monde à avouer son impuissance, alors que les Puissants Vengeurs sont en mission.
- Hawkeye, revenu d'entre les morts après House Of M, revient à New York après avoir cherché en vain la Sorcière rouge, qui l'a ressucité. Il est appréhendé par Iron Man qui marchande avec lui pour qu'il revêtisse le costume de Cap' - ce qu'il accepte dans un premier temps avant de reprendre le maquis, refusant d'être instrumentalisé par Tony Stark et le SHIELD.
- Spider-Man retrouve Wolverine après avoir affronté le Rhinocéros. Cette bagarre lui a servi de défouloir mais il reconnaît ensuite être rongé par une profonde dépression car la mort de Cap' le renvoie à celle de son premier amour, Gwen Stacy, qu'il n'avait pas pu empêcher non plus.
- Iron Man dirige les funérailles nationales de Cap', mais au moment de prononcer son éloge funêbre, est incapable de prononcer un mot, saisi par l'émotion. Pour rendre dignement hommage à son partenaire et accepter sa mort, il lègue sa dépouille à Namor et aux profondeurs de la mer arctique, là même où il fut retrouvé après la seconde guerre.
*
Jeph Loeb s'est acquitté de cette tâche bien particulière avec les honneurs : les copies qu'il a rendues sont toutes de bonne facture, et même parfois excellentes.
Les trois chapitres les plus convaincants sont ceux consacrés aux refus avec Wolverine, au marchandage avec Hawkeye et à l'acceptation avec Iron Man : ils réussissent à la fois à rendre hommage à Captain America, à ce qu'il incarnait, en restant logique par rapport aux motivations des acteurs, en traduisant les sentiments évoqués, en suscitant une vraie émotion.
Le meilleur numéro et le plus beau est, à mon sens, celui de l'Acceptation : à la fois solennel, sobre, avec un dénouement astucieux, poignant et poétique, il synthétise parfaitement le projet. Il se suffit à lui-même et représente un adieu à la mesure du personnage. En même temps, il dégage une sorte d'apaisement sans négliger la prise de conscience d'Iron Man, qui salue à la fois son adversaire de Civil War mais surtout honore la mémoire de celui qui fut son acolyte chez les Vengeurs, l'emblême de la nation américaine, celui qu'il ne sera jamais.
Le moins bon est sans conteste celui consacré à la colère : la narration ne fonctionne pas, le traitement est bancal avec son alternance de scènes d'action spectaculaires et inutiles, déplacées et en dehors du propos, et des passages lourdement dialogués, mis en scène sans finesse.
Pour le reste, le bilan est inégal sans être ni honteux ni inoubliable.
L'épisode avec Hawkeye (Marchandage) est malin.
Celui avec Spider-Man (Dépression) est d'un symbolisme poussif.
Et celui avec Wolverine (Refus) est assez creux finalement malgré un face à face tendu entre le mutant griffu et Crossbones, on ne comprend surtout pas trop pourquoi Daredevil y a été convoqué si ce n'est pour jouer les détecteurs de mensonges...
Ce qui rend l'objet troublant, c'est le fait que Jeph Loeb ayant perdu son fils, on a, semble-t-il, jugé qu'il était le mieux placé pour parler du deuil et de ses conséquences psychologiques. L'analyse est facile mais n'a rien d'évidente et surtout rien de légitime : ce n'est pas la perte d'un être cher qui donne le talent pour traiter de la douleur qui en résulte. A moins d'avoir atteint un grand recul sur cet évènement, il reste toujours difficile d'écrire, et de bien écrire qui plus, c'est-à-dire en sachant à la fois faire partager ses émotions, en sachant les décrire et les interpréter avec pudeur, sur ce sujet.
Le fait d'avoir compilé en un seul ouvrage ces épisodes souligne qui plus est davantage leurs défauts et le peu d'évidence de cette initiative que leurs qualités et la cohérence de l'entreprise. Le choix des protagonistes y est d'ailleurs pour beaucoup, selon qu'on apprécie ou pas chacun d'entre eux.
Et, contrairement à ce qui est indiqué, chaque volet n'est pas consacré à un personnage en particulier : dans celui du Marchandage, paru en complèment de la série Captain America, c'est à Hawkeye que Loeb s'intéresse, et Wolverine, après avoir tenu le haut de l'affiche dans le Refus, est encore présent dans la Colère avec les (Nouveaux et Puissants) Vengeurs puis dans la Dépression de Spider-Man.
En soi, qu'un héros traverse plusieurs récits n'est pas dérangeant (Iron Man squatte quatre sur cinq d'entre eux) mais leur disposition rend ce procédé un peu pesant et finalement restreint le nombre d'acteurs concernés par le sujet - ainsi n'aurait-il pas été plus normal de s'intéresser au sort du Faucon, fidèle parmi les fidèles du Captain, plutôt que de favoriser ainsi Spidey ou Wolvie ?
*
En revanche, graphiquement, l'éditeur a mis à disposition du scénariste la crème de ses illustrateurs : le casting a de quoi faire rêver, que des vedettes !
Leinil Yu livre un Wolverine bouillonnant à souhait, torturé et prêt à tout, comme on l'aime.
John Romita Jr (encré par Klaus Janson) n'a pas besoin de forcer son talent pour nous emballer avec Hawkeye.
Et John Cassaday nous gratifie d'un splendide final, et je pèse mes mots : ponctué de "splash-pages" renversantes et d'une double page fabuleuse, le chapitre Acceptation lui doit énormèment.
En revanche, le choix de David Finch pour illustrer la Dépression est surprenant : son trait déjà touffu est encore surchargé par l'encrage plombant de Danny Miki.
Et Ed McGuinness rate complètement son affaire en traitant de la Colère, avec un découpage totalement raté par-dessus le marché.
*
Finalement, ce receuil est honnête mais moyen, il laisse une impression mitigé et la conviction que cela aurait pu être bien meilleur, plus puissant, avec un auteur (ou même plusieurs) plus inspiré(s). Visuellement accrocheur, c'est parfois davantage un beau livre d'images, de fulgurances, qu'un grand et digne hommage à la hauteur du personnage.