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jeudi 14 novembre 2019

EVENT LEVIATHAN #6, de Brian Michael Bendis et Alex Maleev


Ainsi s'achève Event Leviathan. C'est une énorme déception, que je sentais un peu venir depuis deux épisodes, mais qui se confirme, hélas ! Rarement une saga aura donné une telle impression de vacuité, de "tout ça pour ça". Brian Michael Bendis a complètement raté son coup, échouant à surprendre, à construire un récit bien dosé, original. Alex Maleev ne peut rien sauver dans ce naufrage. Le pire, c'est que ce n'est pas vraiment fini...


Superman retrouve Lois Lane. Elle lui demande des explications sur les Manhunters. Trois heures auparavant, Talia Al Ghul et Silencer ont stoppé Batman et sa bande pour qu'ils lui remettent Kate Spencer alias Manhunter.


Le scan révèle des interférences dues à son costume et son équipement. Coincée, elle tente de fuir mais est vite neutralisée. Batman comprend qu'elle a été un agent double de Leviathan depuis le début et que son bâton permet sans doute à l'adversaire de continuer à les écouter.


En communiquant par signes, Batman et ses partenaires évaluent la situation avant d'être rejoint par le groupe de détectives de Zatanna et Lois. La magicienne les téléporte ailleurs. Pendant ce temps, Superman voit Leviathan se démasquer et se présenter : il s'agit de Mark Shaw, un ex de la Suicide Squad, le premier Manhunter.


Comme les Manhunters galactiques originaux, il a voulu avec ses alliés imposer un nouvel ordre mondial et espère rallier Superman à sa cause en soutenant que les super-héros échouent à maintenir la paix. C'est alors que les détectives surgissent et engagent le combat.


Leviathan fuit. Lois Lane décide de court-circuiter son plan de révéler au monde les secrets des puissants en divulguant l'identité de Shaw. Mais le problème est loin d'être résolu : d'ailleurs Shaw et ses alliés réfléchissent déjà à la suite, plus offensive, à donner à leur action.

Depuis le début de sa parution, la saga de Brian Michael Bendis a motivé les lecteurs pour découvrir l'identité de Leviathan - se motivations étant révélées très tôt dans l'intrigue, et avec la manière (puisqu'il s'agissait de pointer, avec à propos, l'incapacité des super-héros à maintenir l'ordre et la paix dans le monde).

Le scénariste s'est amusé des théories des fans pour désigner le coupable, sans doute parce qu'il était à la fois ravi que son projet suscite un tel intérêt et aussi parce qu'il était sûr de surprendre tout le monde le moment venu.

Ce sixième et ultime épisode d'Event Leviathan lève donc le voile et s'avère une terrible déception. D'autant plus terrible qu'elle navre et indiffère, car celui qui se cachait le masque indéchiffrable de Leviathan, finalement... A vrai dire, on s'en fout complètement. Il s'agit d'un certain Mark Shaw, son nom ne parlera à pas grand-monde et donc plongera la majorité dans la perplexité, sur l'air de "six épisodes pour apprendre que l'adversaire qui a séché Batman, Lois Lane et les plus fins limiers du DCU est un inconnu, ou un personnage oublié".

Qui est Mark Shaw ? Le héros d'une série des années 80, un avocat insatisfait du système pour lequel il travaille et qui est introduit dans une secte par son oncle, où il assume le rôle de Manhunter, inspiré des Manhunters galactiques, prédécesseurs des Gardiens d'Oa (les patrons du Green Lantern Corps), obsédés par la traque des criminels. Il faut préciser que cette secte est composée d'androïdes, dénués de sentiments donc. Mais leur radicalisme finit par pousser Shaw à se retourner contre eux. Il intègre ensuite la Suicide Squad. 

La logique du personnage est donc respectée et Bendis ne commet pas d'impair à sortant Shaw de son placard. Non, le hic dans cette affaire, c'est qu'on attendait tous un personnage plus connu et surprenant derrière le masque de Leviathan - certains présumèrent même qu'il pourrait s'agir de Superman (ce qui aurait été une bombe). Je suis donc déçu car, en procédant ainsi, Bendis joue contre son sujet en vérité : qui peut bien se soucier du retour d'un ancien héros, certes ambigu, a fortiori maintenant que Lois Lane a divulgué son nom dans les médias ? Il aura baladé Batman et quelques autres détectives, et planifie la suite de ses opérations (à suivre dans Action Comics en 2020). Et après ? Et alors ?

La tension est totalement absente de cet épisode et la conclusion de la saga donne le sentiment que ses six épisodes n'ont servi que de gros teaser pour installer sur la durée un vilain que, peut-être, sans doute, seul Bendis exploitera. On peut nettement préférer le scénariste qui produit Batman Universe et s'amuse à bringuebaler Batman aux trousses d'un Oeuf de Fabergé plutôt que celui qui conduit laborieusement ce thriller qui échoue à nous faire frissonner.

Alex Maleev pour qui Bendis a écrit cette histoire, avec la promesse que Batman en serait la vedette, a perdu son temps et, sans bâcler, termine sans éclat. Quel gâchis.

Le pire, c'est que je m'étais lancé dans Event Leviathan en oubliant presque qu'il s'agissait d'un event. Mais j'aurais dû être plus vigilant : cela fait bien longtemps que ce genre de récit ne me captive plus, et cette tentative n'a rien arrangé.


jeudi 17 octobre 2019

EVENT LEVIATHAN #5, de Brian Michael Bendis et Alex Maleev


Pour son pénultième chapitre, Event Leviathan fait pâle figure. En effet, on finit cet épisode avec une double impression : comme si du temps avait été gâché mais en même temps que la conclusion pouvait tout rattraper. Brian Michael Bendis a le chic pour se mettre la pression tout seul et le lecteur reste dans l'expectative. Heureusement Alex Maleev conserve au projet une sacrée allure.


Lois Lane est avec la seconde équipe de détectives qu'elle a mise sur l'affaire Leviathan. Zatanna et ses partenaires ont éliminé beaucoup de suspects envisagés par le groupe de Batman et accusent Sam Lane d'être l'ennemi.


Lois refuse d'y croire, étant donné que son père a failli périr durant une attaque de Leviathan. Batman, qui écoute la conversation (grâce à la voiture que lui a empruntée Lois) est d'accord sur ce point. 


Lois appelle Superman mais celui-ci est, avec Plastic Man, devant Leviathan dans une poche dimensionnelle. Ce dernier tente de convaincre le héros d'adhérer à son projet tout en sachant que cela ne va pas de soi.


Zatanna ouvre un portail magique grâce auquel elle, Lois et les détectives accèdent à la chambre de Sam Lane. Il est attaqué par des sbires de Leviathan qui, blessés, le téléportent avec sa fille. Il s'éteint dans les bras de Lois. Batman décide avec sa bande de rejoindre Zatanna.


En route, Robin interroge Manhunter sur l'origine de son arme et ceux qui ont pu y avoir accès - comme ça peut être le cas de Leviathan. Celui-ci se démasque devant Superman au même moment où Talia Al Ghul stoppe le véhicule de Batman à qui il demande de lui livrer Manhunter.

Je n'aime guère critiquer un comic-book en le comparant à un autre, qui plus est publié chez un autre éditeur et au sujet différent. Mais il est indiscutable que ma lecture a été impactée par celle des récentes productions de Jonathan Hickman - lequel se trouve avoir percé dans le milieu grâce à Brian Michael Bendis.

Or c'est en quelque sorte comme si, à l'aune de leurs livraisons actuelles, "l'élève" avait dépassé "le maître" (même si les relations entre les deux auteurs n'est pas de cet ordre). Hickman m'a impressionné récemment par la rigueur de ses récits, la manière dont il a (re)construit une franchise en sachant développer une histoire très solide et ambitieuse à la fois.

Event Leviathan accuse, avec ce cinquième et avant-dernier chapitre, un défaut structurel que n'affichait pas l'histoire de Hickman. La révélation, le mois dernier, qu'une autre équipe de détectives avait été sollicitée par Lois Lane pour démasquer Leviathan était un coup de théâtre intéressant mais tardif. Trop tardif en fait car cela ne laissait guère de place pour développer les membres de ce groupe, détailler leurs investigations et justifier la "mauvaise nouvelle" qu'il promettait à Lois.

Surtout cela posait un double problème : d'abord fallait-il que Lois ait bien de foi en Batman (le détective par excellence du DCU) pour penser qu'elle avait besoin d'autres enquêteurs en parallèle, et ensuite fallait-il que ces autres enquêteurs soient peu scrupuleux pour accepter de travailler dans le dos de Batman. Et ça, c'est tout de même gênant quand on sait que Zatanna, Renee Montoya, Harvey Bullock, Ralph Dibny, John Constantine et même Deathstroke (sans doute l'élément le plus incongru) sont tous des proches de Batman. 

Pire : comment imaginer que Batman, dont on sait la nature parano, n'ait pas envisagé que Lois ait pu le doubler ? Et quid de Superman, qui, lui non plus, n'a pas deviné la manoeuvre secrète de sa femme ? Non, ça ne fonctionne pas.

Mais bon, nous voilà à un épisode de la fin de cette mini-série et si Zatanna et ses acolytes ont éliminé des suspects, ça ne ne les a pas empêchés de se tromper de coupable (non, Sam Lane n'est pas Leviathan). Le comble pour des limiers pareils. On est au point mort, même si on se demande bien pourquoi Talia veut absolument que Batman lui livre Manhunter. Et que Superman a l'air vraiment étonné en découvrant qui porte le masque de Leviathan...

Sur ce point, cependant, Bendis gagne. Car forcément si Superman est comme deux ronds de flan, alors nous aussi, sûrement le mois prochain. C'est un vrai coup de poker pour le scénariste : s'il abat une carte vraiment sidérante dans le dernier épisode, la structure maladroite de sa saga sera excusée. En revanche, s'il se rate, ce sera un échec d'autant plus embarrassant que le récit a été mal fichu.

Il faut qu'Alex Maleev soit en forme pour illustrer tout ça. Le dessinateur a du métier et l'habitude de travailler avec Bendis, donc ça lui permet de soutenir un projet pareil sans faiblir, sans douter. Et c'est vrai, ses pages sont superbes. Pourtant il joue une partition minimaliste (un peu comme Mitch Gerads sur Mister Miracle) : l'essentiel de sa production ici se résume à des scènes dialoguées, des "talking heads", une ambiance feutrée. Tout demeure nébuleux, brumeux, et pourtant électrique, envoûtant.

En effectuant la colorisation  Maleev est seul maître à bord et imprime à ce récit une identité unique, qui détone par rapport à ce qu'on peut attendre d'un event. Pas de grand spectacle, de grandes explosions. L'image la plus saisissante ici est une double-page montrant Leviathan et son armée face à Superman, mais tout baigne dans le bleu, le brouillard, quelque chose d'onirique, d'irréel, de fantomatique. C'est tout à fait déroutant.

Pour tout cela, positif comme négatif, Event Leviathan s'achemine vers un final en forme de quitte ou double : Bendis a fait un choix assez expérimental, casse-gueule, à la fois frustrant et culotté. C'est très beau, visuellement, mais narrativement hasardeux. 

vendredi 13 septembre 2019

EVENT LEVIATHAN #4, de Brian Michael Bendis et Alex Maleev


Nous voici au deux tiers d'Event Leviathan et on peut dire qu'on est dans le "ventre mou" de l'histoire, comme si Brian Michael Bendis ralentissait nettement, quitte à faire du surplace. Pourtant la lecture demeure agréable, mais elle manque un peu de piment et il faut attendre le cliffhanger pour que l'intérêt revienne. En revanche, Alex Maleev est lui en pleine bourre, compensant le coup de mou de son scénariste.


Contre toute attente, Superman a été incapable d'empêcher que Leviathan enlève Amanda Waller. Il s'était pourtant préparé, en élaborant une parade contre les téléportations de l'ennemi, mais ça n'a pas suffi. A la Batcave, où le kryptonien se trouve avec les détectives, l'accablement guette.


Batman envoie ses troupes dans une pièce voisine le temps qu'il ait un entretien avec Superman et Lois. Il s'agit surtout de permettre à Superman d'entendre les conversations des détectives à leur insu. Et Manhunter est au centre des échanges.


Kate Spencer est en effet la seule de la bande à n'avoir pas été éliminée ni recrutée par Leviathan - au contraire, elle est accusée de ses méfaits par les autorités. Batman, Superman et Lois se mêlent à la discussion et en déduisent que Manhunter a servi à les distraire.


Lois fausse compagnie à la bande au volant d'une voiture de Bruce Wayne. Au même moment, Batgirl entre en contact avec Batman mais la communication est mauvaise et elle doit être brève pour ne pas être remarquée par Leviathan.


Superman localise la source et s'envole en direction de Seattle mais arrive trop tard. Cependant, Lois gagne une ruelle sombre où elle est attendue par une autre équipe de détectives. Celle-ci a mené ses propres investigations et obtenu des résultats qui ne vont pas plaire à la reporter...

C'est un peu un problème récurrent à tous ces events, quels que soient leur nombre d'épisodes, leur genre d'histoire, leur progression dramatique : à la moitié ou au deux tiers de leur déroulement, ils accusent un coup de moins bien, et le lecteur aborde une sorte de "ventre mou" du récit. Il ne se passe plus grand-chose, et on peut redouter que la dernière ligne droite n'ait pas l'énergie nécessaire pour faire rebondir l'intrigue.

Event Leviathan n'échappe pas à la règle, et c'est un défaut présent dans pratiquement toutes les sagas qu'a pu écrire Brian Michael Bendis. Les personnages sont dans une impasse, à se demander quoi faire maintenant, tandis que leur ennemi a acquis un avantage certain. Auront-ils les ressources pour, malgré tout, surmonter cela ? 

Le scénariste y répond d'une manière surprenante avec une révélation finale qui modifie totalement la perspective de l'histoire et surtout le profil d'un des protagonistes - tout en confirmant l'ambition avec laquelle l'auteur souhaitait la traiter désormais. Mais reprenons du début pour bien mesurer l'ensemble.

Un bref flash-back nous informe que Superman a une nouvelle fois échoué à déjouer les manoeuvres de Leviathan lorsque celui-ci a voulu enlever Amanda Waller. Ce point est significatif car, une fois de plus, il souligne la science tactique de l'ennemi, capable de défier Superman et de gagner la manche qui l'oppose à lui. Ce n'est pas rien et ceux qui restaient dubitatifs quant à l'efficacité de Leviathan en seront pour leurs frais.

Reste qu'ensuite l'épisode échoue, lui, à entretenir cette tension mêlée de découragement. C'est ce côté "et maintenant, que fait-on ?" de la part des héros. Or on a du mal à croire qu'un tel accablement, une telle impuissance se manifestent chez des limiers aussi aguerris que Batman, la Question ou Lois Lane (Batman, en particulier, n'est vraiment pas du genre à en rester là). La conversation concernant le statut de Manhunter est intéressante, mais ne fait pas avancer le schmilblick - même si Bendis confirme que, victime de Manhunter, elle a distrait les détectives.

Non, le vrai clou de l'épisode se trouve dans les deux dernières pages. On passe vite sur le "caméo" de Silencer (recrue de Talia Al Ghul pour surveiller Batman, et dont la présence tombe complètement à plat - trop tardive de toute façon pour suggérer une nouvelle piste au lecteur). Qui va Lois va-t-elle retrouver après avoir planté dans la Batcave toute l'équipe de détectives ? Une autre équipe de détectives, qui a mené, avec sa complicité, des recherches en parallèle !

C'est inattendu, tout comme la composition de ce groupe où l'on trouve Zatanna, John Constantine, Ralph Dibny, Harvey Bullock, Renee Montoya et... Deathstroke ! Qu'ont-ils trouvé qu'ils jugent déplaisant ? Mystère, mais le double jeu de Lois, l'enquête de ces personnages-là, la présence de Deathstroke parmi eux, le duo Zatanna-Constantine, tout cela ouvre plein de portes (sur le surnaturel, les super-vilains du DCU...), inexplorés jusque-là (beaucoup de lecteurs étaient persuadés que Leviathan était peut-être un héros dévoyé, et l'épisode laisse même penser que Batgirl est Leviathan). On verra ce que Bendis va faire de ça, mais notre curiosité est piquée.

Inégal, l'épisode se savoure en revanche par ses dessins car Alex Maleev ne flanche pas. Dès la première page (où Superman passe l'équipe de détectives aux rayons x, puisque Leviathan et ses sbires portent des armures qui résistent à cet examen) jusqu'au découpage du dialogue entre Manhunter et les autres membres de l'équipe et la pleine page finale, c'est un sans faute.

On apprécie d'autant plus la complicité entre Bendis et Maleev qu'on sent bien qu'au moment où le scénariste peine un peu, son artiste continue à assurer et maintient notre intérêt par une mise en scène très subtile. 

Comme depuis le début, les couleurs baignent dans une ambiance bleutée, quasi onirique. C'est une longue nuit qui correspond bien à l'état d'âme des héros mais aussi au genre "série noire" du récit. Dans tout cela, seule le rouge de la cape de Superman tranche, mais l'homme d'acier est atteint par la morosité générale.

On est donc dans un numéro de transition, qui assume cette position. Ce n'est pas forcément le moment le plus captivant, mais la surprise finale fournit une relance spectaculaire. Suffisante pour redresser la barre du récit ? Quelque chose me dit qu'en tout cas, Event Leviathan ne va pas se résoudre de manière classique.

samedi 17 août 2019

EVENT LEVIATHAN #3, de Brian Michael Bendis et Alex Maleev


Nous sommes déjà à mi-course de Event Leviathan et bien malin qui pourra deviner qui se cache sous la capuche rouge (comme le demande la couverture en accroche). Brian Michael Bendis a eu beau promettre que le mystère n'était pas insoluble, on est quand même bien en difficulté. Et les héros aussi. Contrairement à Alex Maleev, qui donne à tout cela une ambiance entre chien et loup envoûtante.


La Forteresse de Solitude, Triangle des Bermudes. Le groupe de détectives assemblé par Lois Lane fait le point sur sa rencontre avec Red Hood. Elle s'est mal passée, mais ils peuvent en tirer des enseignements.


Quelques heures auparavant : Red Hood tente d'échapper à la curée. Il se débarrasse de Plastic Man en premier, en lui tirant dessus à bout portant. Puis entraîne dans sa chute Damian et Batman, qui passent à travers une verrière.


La bataille dégénère franchement, personne ne se fait de cadeau. A ce jeu, Red Hood a un avantage car il ne retient jamais ses coups. Il réussit à s'éloigner de Batman avant d'être pris à parti par Manhunter.


Mais elle ne profite guère de son assaut surprise. Lois Lane s'interpose en interrogeant Red Hood à chaud. S'il n'est pas Leviathan, il admet approuver ses manoeuvres, car comme lui il voit que les super-héros échouent à maintenir l'ordre et la paix.


A la Forteresse, Lois Lane cite Amanda Waller comme une suspecte pour Red Hood. Où est-elle d'ailleurs ? Abordée apr Leviathan, elle voit leur échange interrompu par Superman.

La dernière page, avec le retour dans la partie de Superman (absent de la saga, mais présent via la série Action Comics), relance complètement l'intrigue et promet beaucoup pour la suite. Mais avant cela, ce numéro d'Event Leviathan est un petit bijou d'action.

Ceux qui reprochent volontiers à Alex Maleev de ne pas être à son avantage dans ce genre d'exercice devront réviser leur jugement car le dessinateur a à faire avec ce que Brian Michael Bendis lui a réservé.

La narration joue sur un faux suspense : on devine d'entrée que les détectives recrutés par Lois Lane ont échoué à coincer Red Hood, mais en montrant comment a eu lieu ce fiasco, il faut convaincre le lecteur que Jason Todd a pu se débarrasser de six justiciers aguerris.

Bendis tire habilement parti du fait que 1/ Red Hood n'a plus rien à perdre, il est le suspect idéal et ne va as retenir ses coups pour s'en sortir ; et 2/ parce qu'il est le plus violent des anciens sidekicks de Batman, il va transformer la bataille en un match désordonné, avec des ruses et des mauvais coups.

On devine en effet que Batman veut tout de même attraper Red Hood sans jouer à sa manière. Et Maleev parvient à merveille à saisir ce contraste : les adversaires se gênent, leur assaut est brouillon, leurs interventions mal coordonnées. C'est ce qui cause leur perte.

En fait, l'artiste lui-même joue sur le manque de dynamisme de son dessin pour restituer le cafouillage de cette arrestation manquée. On y finit en passant à travers une verrière, dans une benne à ordures, rien de gracieux. Et c'est ce qu'il fallait pour cette lutte-là.

Le climax de cette séquence a lieu dans un face-à-face très tendu entre Red Hood et Lois Lane qui l'interroge après qu'il se soit défait de Manhunter. Il pointe d'abord son flingue sur la reporter puis baisse son arme et s'éloigne tout en répondant à ses questions. Plus important encore : les réponses qu'il donne collent avec le personnage et légitiment de façon troublante l'action de Leviathan. On en revient au fait que ce dernier fait ce que les super-héros n'osent pas.

On est captivé par cette histoire, même si on peut être frustré par son mystère et craindre que la réponse à la question de l'identité de Leviathan déçoive. C'est le gros risque de ce projet, mais Bendis semble avoir un sérieux as dans sa manche. Du coup, on relance. La partie n'est pas finie.

jeudi 11 juillet 2019

EVENT LEVIATHAN #2, de Brian Michael Bendis et Alex Maleev


Le "Mystery Thriller" écrit par Brian Michael Bendis se poursuit ce mois-ci : comme l'indique la couverture d'Event Leviathan, le groupe de détectives souhaité par Lois Lane est formé, avec au moins un élément surprise. L'intrigue demeure nébuleuse mais l'ambiance est très prenante, notamment grâce au dessin d'Alex Maleev. Cette saga est captivante.


Batman trouve Red Hood sur le toit d'un immeuble voisin de celui où ont séparés Green Arrow et Batgirl - toujours portée disparue. Comme d'habitude, il ne reste qu'une ruine du bâtiment. Et pas de corps.


Ce point a été déjà relevé par la Question, qui, comme l'explique Batman à son ancien disiciple, veille sur Sam Lane, depuis la destruction du siège de l'ARGUS. Amanda Waller reste introuvable alors qu'elle a été la dernière à rencontrer le père de Lois.


Un visiteur en armure s'introduit dans la chambre de Sam Lane après avoir neutralisé les deux policiers en faction devant. La Question l'attaque avant que Lane n'abatte l'intrus.


Transporté à la morgue de l'hôpital, le cadavre commence à être examiné par Plastic Man lorsque Leviathan se manifeste. Il déclare avoir connu le héros dans diverses équipes puis disparaît avec le corps.


Sur le toit de l'immeuble, Red Hood demande à Batman si lui et son équipe de détectives ont un suspect. Ils désignent Jason Todd qui prend alors la fuite, poursuivis par plusieurs des détectives.

Dans le numéro spécial DC's Year of the Villain et le segment consacré à Event Leviathan (avant sa parution), Damian Wayne suggérait à son père, Batman, que l'homme s'étant emparé de l'organisation de Talia Al Ghul et ayant attaqué déjà plusieurs bâtiments pouvait être Jason Todd alias Red Hood.

Ce dernier est un peu le mouton noir de la Bat-famille depuis qu'il a abandonné l'habit de Robin et applique une justice plus expéditive, jusqu'à être devenu un hors-la-loi. Batman tolère ses agissements avec peine (mais plus d'indulgence finalement que pour Batwoman).

Les lecteurs ont fait le même rapprochement que Damian : les méthodes explosives de Leviathan, son apparence (même masque et cagoule rouges) font indiscutablement penser à Jason Todd/Red Hood. Quant au mobile, il est multiple : la mort récente de Roy Harper/Arsenal (voir Heroes in Crisis), ambition de se développer, etc.

Brian Michael Bendis tourne autour de cette hypothèse en déconstruisant sa narration : la majorité de l'épisode est une suite de flash-backs - la veillée de la Question dans la chambre de Sam Lane, l'attaque d'un visiteur, l'examen de Plastic Man, sa discussion troublante avec Leviathan - pendant que Batman et Red Hood font le point sur la situation sur le toit d'un immeuble.

Lorsque le groupe formé par Batman (Green Arrow, Manhunter, la Question, Plastic Man) auquel se sont joints Lois Lane (qui en a eu l'idée) et Damian (qui a donc accusé Jason) apparaît, l'issue est clair : ils vont arrêter Red Hood, et il va tenter de s'échapper.

La construction du numéro s'avère habile car même si on devine la conclusion, la tension monte et est ponctuée par des scènes alertes (une bagarre au corps-à-corps brêve mais âpre entre la Question et l'émissaire de Leviathan) et dialoguées magistralement (l'échange plein de sous-entendus entre Leviathan et Plastic Man). Le scénariste fausse encore les pistes en glissant que Leviathan pourrait être Lois Lane (Batman admet alors que ce serait très "embarrassant"... Mais Bendis a plusieurs fois affirmé que Lois était "la femme la plus dangereuse du DCU").

L'ambiance compte donc beaucoup dans la réussite du dispositif et Alex Maleev le sait et la sert formidablement. L'artiste n'est pas réputé pour son dessin énergique (comme Michael Gaydos, autre fidèle de Bendis, c'est un roi des "talking heads" et de l'illustration à partir de photos). Mais il n'empêche, quand il s'agit de mettre en images un "mystery thriller", Maleev est un as.

Comme il assume toute la partie graphique (dessin, encrage, colorisation), Maleev est maître du résultat, il dose ses effets, assume ses parti-pris. Une page entière répétant le même plan sur le masque de la Question, feignant d'être endormie, avec un travelling avant, lui suffit pour faire basculer une scène tandis que, hors champ, deux policiers sont neutralisés.

De la même manière, comme la majorité de l'épisode repose sur les dialogues entre Batman et Red Hood et de Leviathan et Plastic Man, Maleev ne cherche pas à faire le malin : il enchaîne les champs/contre-champs, très classiques, en resserrant sur les visages à mesure que l'échange se densifie. Ainsi le temps semble se dilater et le lecteur ignore si cela va aboutir à une nouvelle baston ou une issue plus frustrante.

Si on est fan (comme je le suis) de cette complicité parfaite entre l'auteur et l'artiste, de leurs styles, la lecture de l'épisode est un régal et Event Leviathan est captivant. De toute évidence, Red Hood n'est pas Leviathan (trop évident), et Superman étant toujours absent, l'affaire n'est pas pliée. Il y a encore de quoi phosphorer : c'est ce qu'on demande à une histoire comme celle-ci. 

jeudi 13 juin 2019

EVENT LEVIATHAN #1, de Brian Michael Bendis et Alex Maleev


C'est parti : Event Leviathan débute ce mois-ci et pour six mois, ce "mystery thriller" va devoir résoudre l'intrigue amorcée dans les pages d'Action Comics sur la série d'attentats qui a visé les organisations du DCU. Brian Michael Bendis est aux manettes de cette saga dessinée par (et pour) son fidèle acolyte Alex Maleev. Un début piano mais alléchant.


Batman inspecte, seul, de nuit, les ruines de l'Odyssée, ce qui reste du nouveau Q.G. de l'ARGUS, récemment détruit. Il y surprend Lois Lane dont le père, Sam, était un des cadres de l'organisation avant d'être hospitalisé. 


Superman en mission, ils partagent leurs soupçons sur les suspects. Mais leur conversation est interrompue quand Batman aperçoit Steve Trevor, sonné mais vivant. Il était là quand le site a été touché et raconte ce qui s'est passé...


Alors qu'il prévenait le Dr. Strand, responsable du bâtiment, des attaques d'autres agences, le destructeur est apparu et a enfermé Trevor dans un champ de force. Strand a disparu avant que l'immeuble ne s'effondre.
  

Trevor comme Lois et Batman comprennent que Leviathan ne laisse en vie des témoins que pour en faire des suspects et les monter les uns contre les autres. Trevor s'en prend à Lois mais Green Arrow intervient.


Lois invite les super-héros à enquêter avec elle, en compagnie d'autrs détectives spéciaux. Dans l'ombre, la Question les observe. Ailleurs, le Dr. Strand se réveille en présence de Leviathan qui la convainc de participer à son projet pour un monde meilleur.

Le premier mérite de cet épisode inaugural est de situer l'intrigue pour tout le monde, y compris ceux qui ne lisent pas Action Comics où elle s'est développée depuis onze mois. Donc pas d'inquiétude à avoir : vous comprendrez tout, et rapidement.

Car, c'est le deuxième mérite de l'entreprise, Brian Michael Bendis ne perd pas de temps pour contextualiser la menace. Plusieurs officines gouvernementales et terroristes sont tombées lors d'attentats perpétrées par Leviathan : Kobra, la Task Force X (qui abrite la Suicide Squad dirigée par Amanda Waller), ARGUS (où travaille le père de Lois Lane), la DEO (dont le patron, Bones, a été empoisonné), Spyral (qui surveille les méta-humains).

L'histoire débute dans les ruines d'une nouvelle agence, l'Odyssée, qui devait remplacer l'ARGUS, sous la direction du Dr. Strand. Le capitaine Steve Trevor (compagnon de Wonder Woman et homme de main d'Amanda Waller) a assisté à son attaque et à l'enlèvement de Strand. Lorsque Batman et Lois Lane le trouvent dans les ruines, indemne mais parano, ils comprennent que les survivants des attentats sont épargnés pour être considérés comme des suspects et croire que les autres rescapés sont derrière Leviathan. Green Arrow neutralise Trevor quand il accuse violemment Lois d'être le terroriste. Dans l'ombre, la Question observe toute la séquence. Ailleurs, Strand rallie la cause de Leviathan qui veut bâtir un monde plus sûr et meilleur, selon les thèses de son invitée.

L'essentiel de l'épisode repose donc sur les dialogues, mais Bendis ne cède pas au bavardage. Il met en perspective la situation et souligne la paranoïa ambiante puis justifie le groupement de super-détectives - Batman, Green Arrow, Lois Lane, d'autres vont s'y greffer (la Question, Manhunter - qui est en cavale - et Plastic Man). 

Coupé par un flash-back, qui apporte une touche spectaculaire mais aussi l'évidence que le destructeur épargne méthodiquement des individus et en téléporte d'autres à l'abri (confirmant la thèse avancée par Superman dans le dernier n° d'Action Comics), ce redoutable page-turner se dévore d'une traite, frustrant juste ce qu'il faut le lecteur et le renseignant par ailleurs. Leviathan s'est bel et bien emparé de l'organisation de Talia Al Ghul et son objectif est plus ambigü qu'à l'ordinaire : il ne s'agit pas d'un simple méchant terroriste mais d'un individu ambitionnant un nouvel ordre, plus juste, plus sûr, qui fera mieux que les super-héros.

En creux, nous dit Bendis, les justiciers masqués ont échoué. Et c'est une évidence que partageront les lecteurs lucides : chaque bataille menée, chaque ennemi affronté indiquent bien que les super-héros ne résolvent rien durablement. C'est le mythe de Sisyphe réinterprété, un labeur sans cesse répété, et pour un résultat nul. Leviathan a déjà prévenu : quand les héros connaîtront son projet, ils s'y rallieront spontanément. L'assurance de cette affirmation trouble.

Très efficace aussi est la manière dont Bendis sème le soupçon car qui se cache derrière le masque de Leviathan. Sa méthode (laisser des surivants pour en faire des suspects et installer la tension entre eux) est habile, surtout si, effectivement, un des rescapés est Leviathan. Bendis a, par exemple, plusieurs fois insisté sur le fait que Lois Lane était la femme la plus dangereuse du DCU : est-ce que Steve Trevor a raison de la soupçonner ? Damian Wayne a aussi confié à son père, Batman, qu'il pensait que Jason Todd/Red Hood (qui s'est engagé dans une voie plus radicale) était Leviathan.

Conformément à la promesse de DC, Green Arrow fait son grand retour peu de temps après l'arrêt de sa série et joue déjà un rôle important. Bendis a déjà ramené la Question (Vic Sage) dans la partie, tout comme Kate Spencer/Manhunter. Je suis curieux de voir comment il va introduire le fantasque Plastic Man à l'enquête.

Visuellement, Event Leviathan a été écrit pour Alex Maleev qui avait demandé à Bendis de lui donner une histoire avec Batman. Du coup, c'est aussi le premier event du dessinateur : un choix culotté car son style se situe aux antipodes de ce qu'on peut attendre avec ce genre de récit.

Mais choix aussi approprié si on revient au terme de "mystery thriller" qui définit cette saga. Avec Bendis, Maleev s'est fait connaître grâce à des histoires noires, "character's driven" (conduites par les personnages), depuis Sam & Twitch jusqu'à Scarlet en passant évidemment par leur run sur Daredevil. Il est donc dans son élément et l'épisode le confirme.

Le dessin, peu dynamique mais aux ambiances tendues, convient parfaitement à ce numéro, qui se déroule quasi entièrement dans des ruines plongées dans la pénombre. Batman est traité comme une silhouette sombre, une ombre quasi fantomatique, épurée au maximum. Maleev assumant aussi sa colorisation a tout le loisir pour distinguer les scènes : ainsi le flash-back avec la destruction de l'Odyssée crépite de couleurs vives et l'épilogue baigne dans des tons chauds, rassurants, par contraste avec le reste. Cela peut être vu comme une métaphore : les héros sont dans la nuit, ils ne savent encore rien, tandis qua Leviathan contrôle tout et se pose comme la lumière du monde à venir.

Tout comme l'autre event DC du moment (DCeased), Event Leviathan a une identité narrative et graphique forte, et ne s'encombre pas de tie-in multiples (même si Action Comics devrait être un bon complément de programme). Cela rend la lecture efficace et digeste tout en conservant un vrai suspense (une gageure quand on anime des personnages comme Batman). Prometteur donc.