Affichage des articles dont le libellé est Natalie Portman. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Natalie Portman. Afficher tous les articles

samedi 30 juillet 2022

THOR : LOVE AND THUNDER, de Taika Waititi (Critique avec spoilers !)


Avant-dernier chapitre de la Phase IV du MCU, Thor : Love and Thunder a profondément divisé le public et la critique. Mais le cinéma de Taika Waititi ne fait jamais l'unanimité. C'est également le quatrième opus consacré au dieu du tonnerre de Marvel (la première tatrlogie pour un héros). Le résultat est effectivement clivant, parfois too much, mais aussi malin, drôle et épique.


Désormais compagnon d'aventures des Gardiens de la Galaxie, Thor reçoit un appel de détresse de Lady Sif, sauvagement attaqué par Gorr le boucher des dieux. Celui-ci a juré de tuer toutes les divinités depuis qu'il a perdu sa fille alors que ses idoles n'ont pas répondu à ses appels à l''aide. Cependant sur Terre, Jane Foster suit une chimiothérapie alors qu'elle est atteinte d'un cancer en phase 4. Condamnée par la médecine, elle décide de s'en remettre à la magie en se rendant à la Nouvelle Asgard où sa présence permet au marteau Mjolnir (brisé par Hela) de se reformer et de la transformer en la Puissante Thor.


Odinson resurgit avec Sif à qui des soins sont prodigués. La nuit venue, Gorr s'en prend à la cité et Odinson découvre à la fois le boucher des dieux et Jane Foster brandissant Mjolnir. Gorr s'éclipse après avoir été malmené mais en kidnappant tous les enfants de la ville. Valkyrie promet aux parents que leur progéniture leur sera rendue puis s'en remet à Odinson pour échafauder un plan. Il entraîne Jane, Valkyrie et Korg à Omnipotence City, refuge des dieux, pour lever une armée.


Mais sur place, Zeus, qui préside cette assemblée, refuse de prêter main forte aux asgardiens, considérant que Gorr n'osera pas attaquer ici. Valkyrie dérobe l'éclair de Zeus et s'enfuit avec Odinson, Jane et Korg. Stormbreaker génère un Bifrost qui les conduit jusqu'au repaire de Gorr, localisé grâce à Axl, le fils de Heimdall qui a réussi à contacter Odinson.


Durant le voyage, Jane et Odinson renouent l'un avec l'autre puis elle lui avoue sa maladie. Avant que Odinson ait pu intégrer cette nouvelle, l'équipe pénètre dans le royaume des ombres, antre de Gorr, et leur vaisseau atterrit sur une planète désolée. Gorr tend un piège à Odinson pour récupérer Stormbreaker qui lui ouvrira la Porte d'Eternité qui, exauce le voeu de celui qui la franchit le premier. Odinson affronte Gorr qui blesse Valkyrie et oblige ses ennemis à rentrer à la Nouvelle Asgard. Mais Gorr a eu ce qu'il voulait.
 

Valkyrie survit mais Jane est dans un état critique : Odinson lui explique que chaque fois qu'elle se transforme grâce à Mjolnir, elle écourte son espérance de vie car la magie de l'arme annule les effets de la chimiothérapie. Il convainc Jane qu'il doit repartir affronter seul Gorr et délivrer les enfants avant qu'il n'ouvre la Porte d'Eternité.


Gorr est déjà à l'oeuvre pour forcer l'entrée de la Porte d'Eternité lorsque Thor revient dans le royaume des ombres. Ne pouvant battre seul à la fois les créatures des ténèbres que créé le boucher des dieux et ce dernier, Thir transmet une partie de ses pouvoirs aux enfants pour qu'ils affrontent les monstres. Armé de l'éclair de Zeus, le dieu du tonnerre ne réussit pourtant pas à dominer son adversaire, plus enragé que jamais au moment de voir son souhait exaucé de tuer tous les dieux.


Mais Jane Foster resurgit et brise la Nécrolame de Gorr. Celuic-ci franchit la Porte d'Eternité mais il est comme Jane à l'article de la mort. Thor le conjure de ne pas commettre l'irréparable et de ramener plutôt sa fille, Love, à la vie en lui promettant qu'il s'en occupera. Gorr acquiesce tandis que Jane s'éteint et de volatilise. De retour à la Nouvelle Asgard, son sacrifice est honorée, les parents retrouvent leurs enfants et Thor, comme promis, devient le tuteur de Love, qu'il entraîne dans ses nouvelles aventures cosmiques.

Deux scènes post-générique de fin viennent conclure le film :

- Zeus, furieux de s'être fait humilié par Thor et ses amis, envoie son fils Hercule éliminer le dieu du tonnerre.

- Jane Foster arrive au Valhalla, accueillie par Heimdall qui la remercie d'avoir veillé sur son fils Axl.

Quand, après la sortie de Black Panther 2 : Wakanda Forever, en Novembre prochain, il faudra tirer un bilan de la Phase IV du MCU, Thor : Love and Thunder résumera certainement bien les hauts et les bas de cette période. Avec sept longs métrages au compteur, les productions initiées par Kevin Feige auront globalement déroutés et déçus les fans, malgré de beaux scores au box office (même si aucun des titres n'a détrôné Avengers : Endgame).

On aura assisté en parallèle des sorties en salles à l'émergence des séries Marvel sur Disney +, où là aussi l'ensemble a été très inégal. Certaines ont contribué à enrichir le MCU (Loki, WandaVision, Ms Marvel, Falcon et le Soldat de l'Hiver), d'autres ont été des projets standalone à la pérennité plus qu'incertaine.(Moon Knight, What if...?, Hawkeye). Mais il est avéré désormais qu'il vaut mieux tout voir pour tout comprendre à cet univers étendu et partagé.

Si j'ai zappé Shang-Chi (mais il faudra bien que je me rattrape), et que j'ai été déçu par Black Widow et Les Eternels, en revanche j'ai apprécié Spider-Man : No Way Home et Doctor Strange in the Multiverse of Madness. Le premier trailer de Wakanda Forever est plutôt prometteur. Quid de Thor : Love and Thunder ?

Depuis ses premières bandes annonces et sa sortie, il ya une quinzaine de jours, les réactions ont été très mitigées. Déjà la durée du film a surpris (1h 59). Et le style de Taika Waititi, qui avait déjà divisé sur Thor : Ragnarok, a encore plus dérangé. Quand à l'intrigue, en puisant dans le run de Jason Aaron avec Gorr le boucher des dieux et Jane Foster en Puissante Thor, certains ont eu beaucoup de mal à en apprécier la synthèse radicale.

Si je dis plus haut que Love and Thunder risque fort d'être le maître étalon de la Phase 4, c'est parce que ce n'est pas un film évident, il a des faiblesses, des excès, et des points forts, mais de façon très contrastée. C'est un objet hybride, extrême, presque expérimental, comme si Kevin Feige avait voulu voir ce que donnerait un film du MCU où le réalisateur pouvait faire ce qu'il voulait (alors qu'on sait le producteur interventionniste, jusqu'au clash parfois).

Il ne fait en effet, pour moi, aucun doute que Waititi est le seul responsable du résultat. Les acteurs ont révélé en voyant le montage final que beaucoup de scènes tournées n'y figuraient plus et le cinéaste lui-même a reconnu qu'il avait beaucoup coupé et même qu'il était farouchement contre les director's cut (qui ne l'ont jamais convaincu). Donc, ce que nous avons vu est ce qu'il voulait montrer. C'est comme Doctor Strange 2 où Sam Raimi avait aussi beaucoup élagué, malgré des reshoots importants.

Par ailleurs, l'esthétique de Waititi est, on le sait depuis Ragnarok, très, très colorée. Il enfonce le clou ici avec une bande son très rock FM 80's (avec une part belle à Guns'n'Roses), mais aussi une photo n'hésitant pas à flirter avec le kitsch mais aussi des audaces formelles à la fois toutes simples (les scènes en noir et blanc dans le royaume des ombres) et très prononcées donc. Waititi s'amuse beaucoup, parfois, avouons-le, plus que nous certainement (il ne se contente d'ailleurs pas de mettre en scène puisqu'il interprète aussi Korg), et assume tout, sans complexe, y compris un certain mauvais goût, quelques moments de gêne, du sentimentalisme.

Après les deux premiers films Thor, qui dressait un portrait sérieux du dieu du tonnerre, sans convaincre, Waititi a eu carte blanche pour réinterpréter le héros en l'entraînant vers la comédie, à la limite de la parodie, du moins de la farce. Le succès de Ragnarok a convaincu Marvel Studios que c'était une formule gagnante et payante. Logiquement, le réalisateur a pu souligner ses effets encore plus avec Love and Thunder et ne s'en est pas privé, commençant par faire de Thor un super-aventurier costumé aux côtés des Gardiens de la Galaxie (avec qui il quittait la Terre à la fin de Avengers : Endgame) tiraillé par des interrogations existentielles. D'un côté, il resre ce guerrier viking immortel, maîtrisant la foudre, et qui aime se battre ; de l'autre il aspire à trouver un sens à sa vie, quitte à troquer le combat pour la méditation.

La menace de Gorr le rappelle à l'ordre et Waititi réussit, selon moi, à établir ce vilain de manière remarquable, à la fois dangereux, violent, et aussi émouvant, motivé par une vengeance légitime. dans un cadre un peu moins déconnant, le scénario (co-écrit par Waititi et Jennifer Kaylin Robinson) aurait même pu creuser un peu plus franchement la question de la foi, de la confiance dans les dieux, dépeints comme des êtres égocentriques, jouisseurs, et indifférents au sort des mortels. Mais c'est à peine effleuré. Dommage. 

L'autre aspect de l'histoire, c'est le retour au premier plan de Jane Foster. Son traitement dans les deux premiers films avaient découragé son actrice à renoncer au MCU (pour une carrière ponctuée de coups d'éclats mais peu récompensée par des succès commerciaux). Jason Aaron, qui a, lui, écrit un chapitre important redéfinissant le personnage dans les comics a inspiré ce retour reproduit fidélement dans le film. Mais là encore, Waititi ne parvient pas à convertir avec suffisamment d'intensité le matériau d'origine, notamment en semblant refuser de filmer la maladie de trop près. C'est là encore dommage.

Pourtant, une fois ces éléments posés, le film se tient plutôt bien et l'intrigue se déploie agréablement. Il subsiste des trous d'air, une narration parallèle pas totalement aboutie (quand on suit Thor et sa bande d'un côté et Gorr et les enfants de l'autre côté - ces derniers étant trop absents et passifs alors qu'on aurait pu montrer le boucher des dieux continuer à massacrer quelques divinités en attendant que les asgardiens tombent dans son piège). C'est aussi sans doute à ce stade que Waititi a fait les coupes les plus remarquables car j'ai eu le sentiment que la séquence à Omnipotence City avait dû faire l'objet, à l'origine, d'une représentation plus consistante du panthéon, avec sans doute des caméos mémorables (on sait par exemple que Jeff Goldblum revenait revenait dans le rôle du Grand Maître et que Peter Dinklage apparaissait à un moment ou un autre).

Reste Zeus et sans doute un moment, disons, délicat. Car si Waititi ne se prive pas de montrer le père des dieux grecs (ici en grand patron de tous les dieux, au-delà du panthéon grec) en  hédoniste colérique, vantard et bedonnant (ce qui n'est pas si éloigné de la "vérité"), il ose aussi en faire une sorte de bouffon pleutre sans qu'on comprenne pourquoi (au-delà de la simple envie de faire rire facilement). Russell Crowe fait preuve d'une belle auto-dérision mais on aimerait, quand le prochain Thor sera en boîte (car un cinquième épisode est prévu, sans qu'une date ne soit fixée, mais pas avant 2024-2025), qu'il soit plus sérieusement traité (comme on en a un aperçu dans une des deux scènes post-générique de fin).

Le dernier acte du film offre des affrontements que j'ai trouvés très convaincants. Gorr y est présenté comme un adversaire coriace et tragique, les deux Thor affichent une complentarité efficace. Les effets spéciaux sont très bien (alors que les responsables ont exprimé leur exaspération concernant leurs conditions de travail). Le dénouement est émouvant, un peu fleur bleue aussi, mais j'ai apprécié.

Il se dégage de tout ça quelque chose d'à la fois euphorisant, qui fait du bien après deux années éprouvantes (à cause de la Covid, de la guerre en Ukraine, qui ne sont ni l'un ni l'autre résolues), et je remercie volontiers Waititi d'avoir pondu Love and Thunder avec la volonté manifeste d'offrir une parade à tout ça. Cela ne signifie pas que j'excuse tout, mais je ne peux pas non plus jouer la comédie et prétendre que j'ai détesté pour répéter ce que beaucoup disent au sujet du film. J'ai passé un bon moment, en reconnaissant que ce n'est pas un sommet du MCU, mais néanmoins plus aimable, de mon point de vue, plus convaincant que Black Widow ou Les Eternels (que je n'ai là, pour le coup, pas du tout aimé).

Cela vient aussi du casting. J'aime beaucoup Chris Hemsworth, dont la complicité avec Waititi fait plaisir à voir, et qui incarne parfaitement Odinson, avec beaucoup d'humour mais aussi une présence indéniable (et très, très musclée). Natalie Portman est formidable en Puissante Thor (et la deuxième scène post-générique de fin laisse supposer qu'elle pourrait revenir, comme Jane Foster dans les comics), c'est agréable de voir cette actrice épatante être plus légère, séduisante et badass. Comme Tessa Thompson, même si, elle, a moins l'occasion de briller que dans Ragnarok. Quant à Christian Bale, si son jeu très actor's studio m'horripile souvent, il incarne avec brio Gorr, hanté, rongé de l'intérieur : un sacré bon méchant dans le MCU (qui ne soigne pas toujours aussi bien les adversaires des super-héros).

Cette critique, je le sais, ne fera pas changer d'avis ceux qui n'ont pas aimé le film. Mais de manière plus générale, je ne crois pas qu'un film, quel qu'il soit, mérite d'être englouti sous des qualificatifs consternés. Certainenement pas Thor : Love and Thunder qui assume ses parti-pris et ne peut que surprendre ceux qui pensaient que Taika Waititi changerait son fusil d'paule.

mardi 19 mars 2019

JACKIE, de Pablo Larrain


Jackie en a tout l'air mais ce n'est pas un biopic. Le réalisateur chilien Pablo Larrain ne s'intéresse qu'à un moment, celui des jours ayant suivi l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy, et comment sa veuve, Jacqueline, a forgé le mythe en composant avec sa douleur. Un kaléidoscope étrange mais saisissant et impressionniste sur la postérité et le deuil.

Jackie Kennedy et le journaliste (Natalie Portman et Billy Crudup)

Le 29 Novembre 1963, une semaine après l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy. Un journaliste est reçu par Jackie Kennedy pour une interview dans la maison où elle habite, à Hyannis Port. Elle accepte pour la première fois d'évoquer l'héritage politique de son mari.

 Jackie à la Maison-Blanche

Mais, à travers ce récit, elle parle aussi, surtout d'elle-même. Ainsi revient-elle sur le tournage pour la télévision de la visite de la Maison-Blanche dont elle fut la guide, afin de montrer aux américains où vivait leur président. Puis, recadrée par le journaliste, elle raconte la tragédie de Dallas et ses répercussions. 

 John Fitzgerald Kennedy et Jackie (Casper Phillipson et Natalie Portman)

Tout se passait bien lors de cette tournée. Ils étaient acclamés partout où ils allaient. Rien ne pouvait annoncer le drame. Après l'assassinat, le corps de JFK fut ramené à Washington. A bord d'Air Force One, Lyndon Johnson prête serment. Dans son ensemble rose tâché de sang, Jackie est soutenue par Robert Kennedy et se demande comment annoncer la nouvelle à ses deux enfants, Caroline et John Jr..

 Le prêtre et Jackie (John Hurt et Natalie Portman)

Les jours suivants, Jackie prépare les funérailles. Elle souhaite des obsèques grandioses, dignes de celles de Lincoln. La sécurité est sur les dents. Elle, elle ne tient qu'en mélangeant alcool et médicaments, assistée par Nancy Tuckerman. Jackie se confie à un prêtre auprès duquel elle cherche moins des conseils spirituels que de la compassion. Pendant ce temps, Robert Kennedy et Lyndon Johnson assistent en direct à la télé au meurtre de Lee Harvey Oswald, l'assassin présumé, par Jack Ruby.

 Robert Kennedy et Jackie (Peter Sarsgaard et Natalie Portman)

Robert cache d'abord la nouvelle à Jackie qui, lorsqu'elle l'apprend, le reproche à son beau-frère. Le troisième aniversaire de John Jr. a lieu ensuite. Robert est inquiet qu'on ne se rappelle de Jackie que comme l'épouse d'un président assassiné et l'encourage à parler à la presse. Les chefs d'Etat invités aux funérailles craignent un attentat mais elle est prête à suivre le corbillard seule s'il le faut.

 Jackie revenant de Dallas

Jackie explique au prêtre qu'elle a songé à se suicider ou qu'elle espérait être aussi tuée car elle se sentait incapable d'assumer son veuvage et coupable de ne pas avoir reçu les balles destinées à JFK. Ce sont ses enfants et la postérité de son époux qui l'ont empêché de mettre fin à ses jours.

La veuve

L'interview s'achève. Jackie relit les notes du journalite et en censure certains passages. Puis elle procède à l'inhumation de JFK dans le même carré où reposent leurs deux premiers enfants (un mort-né, l'autre en bas-âge).

Le film a failli être tout autre : en effet, le projet a été initié par Darren Aronovsky (qui restera producteur) et le rôle principal devait échoir à son épouse d'alors, Rachel Weisz. C'est en rencontrant Pablo Larrain au festival de Berlin après avoir découvert son long métrage Neruda que l'américain confie le sujet au chilien.

Larrain l'avoue, il n'y avait rien de prémédité à enchaîner un film sur Pablo Neruda et un autre sur Jacqueline Kennedy. Le cinéaste ne se pose pas en historien, retracer de manière exhaustive une vie ne l'intéresse pas. Le seul lien entre les deux oeuvres/personnages, c'est qu'il n'avait aucune idée de qui étaient vraiment ces gens. Et pas davantage après avoir bouclé le tournage.

On est donc dans une démarche inverse à celle d'un Oliver Stone et ses portraits politiques, souvent à charge (sur Richard Nixon, George W. Bush), même si Larrain ne s'encombre pas de rendre sympathique Jackie K. Elle apparaît certes comme une femme brisée, à plus d'un titre (elle avait déjà perdu deux enfants avant la mort de JFK), mais surtout obsédée par la trace historique que laisserait son époux, et donc elle aussi.

Dans une scène mémorable, avant d'atterrir à Dallas, où se nouera la tragédie, Jackie se maquille dans une cabine privée d'Air Force One, l'avion présidentiel. Elle n'a guère besoin de s'apprêter davantage, elle est parfaite d'élégance et de sobriété, dans son ensemble rose. Mais le reflet que lui renvoie la glace semble trompeur : le regard est sinon vide, du moins songeur, presque perdu, ailleurs. Larrain ne suggère pas un funeste pressentiment, mais bien que cette première dame va vraiment le devenir aux yeux du monde après le drame.

Tout procède ainsi du trompe-l'oeil : c'est littéralement une réflexion sur l'image que Jackie propose. La narration, éclatée, donne à voir l'héroïne en fragments, multiplié, tantôt la femme du président organisant de fastueuses réceptions, tantôt l'épouse délaissée, tantôt encore la veuve désorientée et/ou déterminée. C'est une femme ballotée par les événements extraordinaires qui se précipitent puis une autre femme qui dans on chagrin puise une force incroyable, une dignité admirable, un sens de l'Histoire étonnant.

Larrain fait de la mort de Kennedy et du deuil de Jackie l'instant zéro de son récit : tout ce qui s'est passé avant est vaporeux, nimbé d'une mélancolie poignante, une sorte d'âge d'or insouciant et pourtant très cadré ; tout ce qui se passe ensuite est la fabrication d'un mythe. Jackie devient l'architecte du destin de JFK, incarne la veuve fière et nue, chassée de son palais, rendue à une vie qu'elle n'avait pas anticipée mais pourtant conceptualisée - on est seule quand on gravite dans la sphère du pouvoir suprême, on le reste quand on en sort, surtout aussi subitement, brutalement.

Des moments cruels défilent, à la limite de l'onirisme : Lyndon Johnson prête serment dans l'avion qui ramène le cercueil de JFK à Washington en présence de Jackie dans son ensemble rose tâché de sang et de Robert Kennedy, elle verra ensuite ses meubles déménagés, son décorateur occupé à choisir avec la femme de Johnson la couleur de nouvelles tapisseries, sa secrétaire la raccompagner sur le perron de la Maison-Blanche car elle est conservée dans l'effectif de la nouvelle première dame... Le spectacle de cette dépossession est fascinant.

Mais Jackie se montre aussi redoutable : elle prévient d'emblée le journaliste venue recueillir ses confidences qu'elle exige de relire ses notes et d'en censurer des passages, elle met en scène des funérailles grandioses avec autorité malgré la paranoïa ambiante - on la félicitera plus tard pour ce "spectacle". Et quand elle avoue au prêtre avoir renoncé à se suicider ou à attendre qu'on la tue à son tour pour ses enfants mais aussi/surtout pour finaliser ces obsèques, on devine bien qu'elle a aussi composé tout cela pour que l'Amérique ne l'oublie pas et regrette à travers elle JFK. Elle devient ainsi l'incarnation d'un souvenir, d'un traumatisme majeur - toujours pas surmonté aujourd'hui. Ce que le public ne verra pas mais que le film montre, ce sont aussi les déambulations nocturnes dans les couloirs de la Maison-Blanche, entre alcool, médicaments et prières, dans une ambiance crépusculaire très "kubrickienne".

Le casting est fabuleux : de Greta Gerwig à John Carroll Lynch (parfaitement infect en Lyndon Johnson) en passant par Casper Phillipson en JFK ou Peter Sarsgaard en Bobby K, rien à redire. Mais plus encore qu'eux, on retiendra le dernier rôle joué par John Hurt (le prêtre), la partition composite de Billy Crudup (dans un mix des journalistes Arthur Schlesinger, Theodore White et William Manchester) et bien sûr Natalie Portman.

L'actrice est impressionnante (bien plus que dans Black Swan, qui lui valut l'Oscar). Déboussolée puis résolue, têtue, limite calculatrice, elle en impose. Sa Jackie n'est pas flatteuse pour l'originale et c'est tout le mérite de Portman que de ne pas adoucir sa composition. Le brio avec lequel elle devient victime, veuve et architecte du mythe est le fruit d'une direction de Larrain très rigoureuse et d'un travail d'interprétation très mesuré, austère même.

Dans ce contrôle affichée de l'image (cinéma et biographique), le cinéaste nous indique en fait que l'essentiel est là : l'Histoire s'écrit, littéralement, et il faut un(e) scénariste pour la rédiger. La vérité et la fiction ne font alors plus qu'un, dans le grand roman d'une nation.     

dimanche 25 mars 2018

ANNIHILATION, d'Alex Garland


Changement de programme : j'avais prévu de consacrer cette entrée à autre chose, mais je ne peux attendre pour vous parler d'Annihilation, réalisé par Alex Garland, que j'ai vu hier et qui est une claque magistrale pour tout amateur de cinéma fantastique (et de bon cinéma en général). C'est aussi que ce n'est pas si courant que l'auteur du roman (traduit en France sous le titre Le Rempart Sud), Jeff VanderMeer, dont est tiré ce long métrage affirme que ce dernier est supérieur à son propre manuscrit ! 

 Lena et Kane (Natalie Portman et Oscar Isaac)

Placée en quarantaine dans une base militaire secrète, Lena, ex-soldat de l'armée de terre et biologiste, est interrogée sur son expédition dans le "miroitement" - dont elle est la seule, avec son mari, à être revenue.

Ventress, Lena, Cass Shepard, Josie Radeck et Anya Thorensen
(Jennifer Jason Leigh, Natalie Portman, Tuva Novotny, Tessa Thompson et Gina Rodriguez)

Depuis un an, Lena est sans nouvelles de son mari, Kane, lui-même membre de l'armée, parti en mission confidentiel. Il resurgit subitement un jour sans pouvoir expliquer où il était et comment il est revenu. Mais il est en mauvaise santé et, victime d'une hémorragie interne, doit être conduit à l'hôpital. L'ambulance est stoppée par un commando militaire, Kane en est sorti et Lena est sédatée. Lorsqu'elle se réveille, elle est dans une chambre de la base X et le Dr. Ventress, psychologue, lui explique que son mari est dans le coma, unique survivant de son régiment après avoir pénétré dans le "miroitement", une zone protégée par un champ électromagnétique depuis trois ans et en pleine expansion. 

Lena et le crocodile-requin

Avec Cass Shepard (anthropologue), Josie Radeck (physicienne) et Anya Thorensen (médecin), Lena décide à son tour de s'aventurer dans ce périmètre sous la direction de Ventress (la seule à savoir que Kane et Lena sont époux). Leur objectif : un phare atteint par un rayon depuis l'espace depuis lequel tout a commencé. Dans le "miroitement", tout est détraqué : la technologie déraille, impossible de communiquer avec l'extérieur ni de se guider, la notion du temps se perd. Les cinq femmes atteignent des marais et une cabane à l'intérieur de laquelle Josie est attaquée par un crocodile. Mais Lena la sauve puis examine la bête dont elle découvre qu'elle a muté avec un requin.

Une faune étrange

Plus loin, dans une base désaffectée, le groupe découvre un enregistrement vidéo où Kane éventre un de ses hommes à l'intérieur de l'estomac duquel s'est développée une forme de vie reptilienne. La nuit venue, Lena vient relever Ventress au sommet d'une tour de garde lorsque Cass Shepard est attaquée par un ours et traînée dans la forêt voisine. Le lendemain matin, Lena part à sa recherche et surprend des animaux transformés par l'environnement lui-même altéré puis découvre le cadavre mutilé de son amie.

Une flore étonnante

Les quatre femmes poursuivent leur périple jusqu'à un village recouvert d'une épaisse végétation dont la manifestation la plus curieuse est une série de plantes à forme humaine. Josie comprend alors le fonctionnement du "miroitement" qui réfracte tout ce qui l'entoure pour le modifier. La nuit venue, en proie à une crise de paranoïa, Anya Thorensen ligote et bâillonne ses camarades après avoir découvert la photo de Kane dans le médaillon du pendentif de Lena qu'elle accuse d'avoir tué Cass Shepard avec la complicité de Ventress. Mais l'ours resurgit et s'en prend à la jeune femme avant de revenir s'occuper des trois autres. Alors qu'il va attaquer Lena, Josie, ayant réussi à se délivrer, le tue.

Lena

Ventress, au matin, décide malgré tout de continuer, seule s'il le faut, pour atteindre le phare. Josie, contaminée, révèle qu'elle est en train de muter à l'état végétal à Lena et disparaît dans la forêt. Lena part à la poursuite de Ventress et gagne le phare. Elle longe la mer et observe les arbres changés en cristal sur la côte. Puis elle entre dans le bâtiment où un corps carbonisé se trouve entre un trou dans un mur et une caméra sur pied. Elle visionne la vidéo où Kane a filmé son suicide avant que son double n'apparaisse sur l'image.

Lena dans le "ventre" du phare

En attendant du bruit en provenance du trou dans le mur, Lena s'y glisse et, au fond, y trouve Ventress, s'exprimant de manière délirante en expliquant que le processus engagé est irréversible. Puis elle se désintègre avant qu'une structure nébuleuse en suspension ne se forme face à Lena. Une goutte de son sang est absorbée par ce nuage qui se transforme en un double de la jeune femme. Lena l'affronte, sans succès, jusqu'à ce qu'elle ait l'idée de lui mettre dans les mains une grenade au phosphore comme celle utilisée par Kane. La créature prend feu, les flammes dévorent le phare de l'intérieur. Dehors, Lena observe toute la zone métamorphosée par le "miroitement" revenir à la normale.

Fin du débrief pour Lena

Lena conclut son récit devant ses interlocuteurs de la base. On la conduit jusqu'à la chambre de Kane, sorti du coma. Elle sait qu'il ne s'agit pas de son mari et il lui demande si elle Lena, mais elle ne répond pas. Ils s'enlacent, leurs yeux brillant étrangement...

Le deuxième film (après Ex-Machina) d'Alex Garland devait initialement sortir en salles en France le 15 Mars dernier, mais cette date était communiquée sous réserve. En cause, un différend entre Paramount, le studio qui a produit Annihilation, et son scénariste-réalisateur, soutenu par son co-producteur Scott Rudin, qui refusait de remonter la fin de l'histoire, jugée "trop complexe". Netflix entre en scène et récupère le projet pour le diffuser en exclusivité. Plus d'exploitation en salles mais un chef d'oeuvre sauvé.

Car, oui, c'est un chef d'oeuvre, de ceux qui nourrissent des conversations passionnées, qui possèdent bien des interprétations possibles, grâce à une écriture ciselée dans l'adaptation d'un roman (faisant partie d'une trilogie) et d'une mise en scène inspirée, avec un casting investi. Annihilation n'est pas de ces films dont on sort facilement, qu'on oublie aisément : il vous hante, vous interroge, vous fait vivre une expérience aussi bien narrative que sensorielle.

L'intrigue synthétise pourtant des éléments familiers : une mission militaire secrète qui a mal tourné, l'apparition fantastique d'une zone mystérieuse et menaçante, une exploration potentiellement sans retour, des péripéties dans une environnement déréglé, une ambiance tendue, la décimation d'un groupe et un dénouement inattendu. Mais ce qui compte ici, ce sont moins ces éléments que la manière dont ils sont traités et dont le cinéaste les traduit (ou pas) pour perturber, désorienter, envoûter le (télé)spectateur.

Au début, on craint pourtant un peu que le sujet ne soit plombé par une couche mélodramatique avec son héroïne aux prises avec un deuil impossible : Lena n'a plus de nouvelles de son mari depuis un an, quand il est parti subitement en mission. Elle pense qu'il avait peut-être deviné sa liaison avec un collègue, enseignant comme elle, et estime qu'en l'ayant trompé, elle a perdu Kane. Puis son époux réapparaît, mais son comportement est aussi bizarre que son retour. Soudain tout s'accélère : ils sont enlevés et elle est informée d'une menace incroyable, que l'armée a de plus en plus de mal à garder confidentielle. Pour savoir comment Kane a réussi à sortir du "miroitement" et peut-être le sauver du mal qui le ronge depuis, elle s'engage dans une mission exploratrice sans garantie de résultat ni de retour.

Le film prend alors toute son envergure, encore que le terme est impropre car le cadre est finalement intimiste. Garland se garde de jouer la carte du grand spectacle, préférant suggérer, doser les rebondissements, rester évasif sur ce qui s'est passé.  Annihilation se distingue aussi par le simple fait que ses héros sont des femmes, toutes fortement caractérisées, échappant à des rôles d'aventuriers féminisés pour l'occasion. Elles se révèlent progressivement, leurs secrets se dévoilent occasionnellement, parfois accidentellement, ou a posteriori (on apprend ainsi, lors du débrief de Lena, que Ventress était atteinte d'un cancer, ce qui explique son obsession à poursuivre la mission en se moquant d'en revenir). Ces femmes sont aussi des têtes bien faites : une anthropologue, une physicienne, une médecin, une psychologue, une biologiste, mais ce collectif de savantes n'étalent pas leurs connaissances et évitent d'alourdir le propos - leurs savoirs soulignent plutôt l'étrangeté de l'environnement dans lequel elles évoluent et nous renseignent juste assez pour nous accrocher.

Visuellement, Garland a conçu un cadre à la fois merveilleux et dégénéré : le "miroitement" a un aspect visqueux depuis l'extérieur mais avec les couleurs d'un arc-en-ciel - ce mélange à la fois dégoûtant et enchanteur donne le la à tout le reste du production design. La flore réserve des surprises extraordinaires, culminant avec la découverte du village envahi par la végétation et les plantes à forme humaine, une aberration superbe. La faune est plus inquiétante avec un alligator impressionnant et surtout un ours à la tête décharnée vraiment effrayant (la séquence où il resurgit pour tuer Anya et manque de faire de même avec Lena est saisissante, d'une intensité mémorable).

Pour que ce récit vive au-delà de ses extravagances, il fallait des interprètes de haut vol et Garland a réuni une bande d'actrices épatantes, dominée par la prestation fébrile de Natalie Portman qui compense la cérébralité distante de son personnage (aussi bien public que fictif). Dans ce registre physique inhabituel chez elle, elle est d'une crédibilité étonnante, et n'a pas besoin de grimacer pour exprimer la gamme émotionnelle qui agit Lena. Plus convenue, Jennifer Jason Leigh campe une psy borderline qui est éclipsée par la sobriété de sa partenaire. Tuva Novotny et Gina Rodriguez sont plus en retrait mais bénéficient de quelques scènes intenses. Quant à Tessa Thompson, elle est remarquable dans le personnage le plus lucide et fragile du lot. Enfin, Oscar Isaac (déjà présent dans Ex-Machina) est troublant à souhait.

Cette réflexion sur les thèmes du double, de la mutation, avec quelques accents subtilement écologiques, est passionnante et, si on peut comprendre la perplexité d'un grand studio sur la façon de distribuer un tel film, on sait gré à Netflix de nous permettre d'expérimenter cette oeuvre hypnotique.

lundi 16 octobre 2017

THOR, de Kenneth Branagh


N'ayant pas écrit la critique de ce premier film sur Thor (sorti en 2011) et profitant de sa rediffusion hier soir (sur France 4), j'en ai profité pour réviser avant la sortie du troisième opus consacré au dieu du tonnerre, Thor : Ragnarok, en salles en France le 25 Octobre. Souvent mal-aimé, voire méprisé, que vaut vraiment le long métrage de Kenneth Branagh ? Ou, autrement dit, ai-je toujours raison de le défendre depuis que je l'ai vu il y a 6 ans ?
Rembobinons !

 Thor, Odin et Loki (Chris Hemsworth, Anthony Hopkins et Tom Hiddleston)

Odin est le père de toutes choses et roi d'Asgard, un des neuf royaumes de la galaxie. Alors qu'ils sont encore enfants, il fait visiter sa salle des trophées à ses deux fils, Thor et Loki, en leur annonçant que, dans le futur, l'un d'eux lui succédera sur le trône. Pour cela, il devra en être digne et donc se comporter avec autorité mais surtout sagesse. Parvenus à l'âge adulte, les deux frères sont devenus des hommes aux tempéraments opposés : Thor est fougueux et arrogant, Loki discret et prudent. C'est pourtant au premier qu'Odin décide de confier sa place. 

Thor et Odin

Mais le jour de l'intronisation, des géants des glaces du royaume de Jöthuneim s'infiltrent dans la salle des trophées pour s'emparer d'un cube d'énergie, réveillant ainsi sans le savoir le gardien de l'endroit, le terrible Destructeur qui les tue. Thor veut châtier Laufey, roi de Jöthuneim et, pour cela, désobéit à Odin. Accompagné par Loki (qui durant le combat découvre avec surprise que le froid mortel des géants ne le l'atteint pas), de Lady Sif et des trois guerriers (Hogun, Fandral, Volstagg), le dieu du tonnerre provoque ses ennemis avant qu'Odin n'intervienne. Furieux, le père de tout bannit son fils en l'expédiant sur Midgard, la Terre, et en enchantant son marteau, Mjolnir. 

Le Pr. Selvig, Jane Foster, Darcy et Thor (Stella Skarsgard, Natalie Portman, 
Kat Dennings et Chris Hemsworth)

Thor atterrit dans le désert du Nevada où il est trouvé par un groupe de scientifiques, le professeur d'astrophysique Henry Selvig, son élève Jane Foster et son assistante Darcy. Conduit à l'hôpital, Thor s'en échappe et trouve refuge auprès de Jane, intriguée par ce qu'il raconte sur sa provenance. En déjeunant dans un dinner d'une bourgade voisine, Thor entend parler de la chute d'un objet dans une zone proche, rapidement quadrillée par l'armée.  

Thor déchu

Jane accepte, contre l'avis de Selvig, de conduire Thor sur place pour qu'il récupère son marteau, Mjolnir. Déjouant la sécurité du site, affrontant ses gardes, il échoue cependant à brandir son arme. Arrêté puis interrogé par l'agent Coulson du SHIELD, Thor reçoit ensuite la visite de Loki qui prétend qu'Odin, terrassé par le chagrin qu'il lui a causé et son grand âge, est mort et que leur mère a confirmé son bannissement.

Jane Foster et Thor

Selvig intercède en faveur de Thor auprès de Coulson en le faisant passer pour un de ses amis scientifiques, sujet à une dépression. Libéré, Thor fait son examen de conscience et comprend que son orgueil lui a coûté ses pouvoirs et son père. Condamné à rester sur terre, devenu simple mortel, il ignore que Loki manigance avec Laufey pour envahir Asgard et se débarrasser d'Odin, qui a seulement sombré dans le coma. Avec l'aide de Heimdall, Sif et les trois guerriers descendent sur Midgard avertir Thor mais Loki découvre leur trahison et envoie le Destructeur les tuer tous.

Loki

En apprenant la félonie de Loki et pour protéger ses amis terriens et asgardiens, Thor se dresse contre le Destructeur. Son sacrifice lève l'enchantement d'Odin sur Mjolnir qui revient au dieu du tonnerre, ayant appris l'humilité. Après avoir neutralisé le Destructeur, il retourne à Asgard grâce à Heimdall, juste à temps pour déjouer l'invasion de Laufey et son armée mais aussi pour affronter Loki. Mais le prix de sa victoire sera élevé pour le dieu qui avait promis à Jane Foster de la rejoindre, une fois sa mission accomplie...

Hé bien ! J'aime toujours ce premier épisode de Thor. Certes ce n'est pas un film parfait, mais il est solide et offre une introduction bien pensée pour ce personnage, le tout en peu de temps (alors que la durée des films en général, et ceux de Marvel aussi, gonfle de plus en plus, ici l'affaire est pliée en moins de 110 minutes !).

Commençons par cibler ce qui ne fonctionne pas, ou pas suffisamment (par rapport aux réussites inaugurales comme Iron Man, Captain America : the first avenger puis Avengers). La déception porte principalement sur la réalisation de Kenneth Branagh : à l'époque, je m'en souviens bien, Kevin Feige, le grand manitou des studios Marvel, s'était réjoui d'avoir attiré le célèbre vulgarisateur de Shakespeare pour donner vie sur grand écran au dieu du tonnerre... En oubliant toutefois que le cinéaste avait depuis longtemps perdu de sa superbe : elle était loin l'époque où Branagh épatait la galerie avec ses adaptations de Henry V (1989) ou de Hamlet (1996) avec des mises en scène pleines de panache et d'énergie. Il faut bien admettre qu'il s'acquitte de cette commande sans retrouver le souffle de ses grandes oeuvres passées.

La direction artistique de Thor ne l'aide pas beaucoup : malgré un budget confortable, le compte n'y est pas toujours. Le plus flagrant de ces manques réside dans la représentation d'Asgard, qui ressemble à un royaume trop doré, là où on pouvait davantage attendre un monde plus médiéval et grandiose, à mi-chemin (comme l'avait imaginé Jack Kirby) entre le Moyen-Âge et le futur. Les costumes sont aussi moyens, notamment quand il s'agit d'éléments précis comme les casques ou armures qui font plus penser à des pièces plastifiées que métalliques (exception faîte du design très réussi de Thor lui-même).

Et, enfin, il y a le choix des interprètes : les comédiens sont très bons et même excellents pour certains - Chris Hemsworth semble tout droit sorti des pages d'Olivier Coipel (le français avait relancé avec succès le comic-book avec le scénariste J. Michael Straczynski, qui fait une apparition, comme Stan Lee, dans le film), Tom Hiddleston est parfait en frère jaloux et tragique, Anthony Hopkins a toute la majesté requise pour camper Odin, Natalie Portman est toujours aussi classe. 
Mais quelle drôle d'idée quand même de caster Idris Elba ou Tadanobu Asano, un black et un asiatique, pour incarner des dieux d'origine nordique !
Et, pire encore, pourquoi avoir glissé un second rôle aussi stupide et inutile que celui de Darcy, donné à une actrice aussi vulgaire que Kat Dennings...

Malgré ces ratés, le film avance quand même et procure du plaisir. Son scénario en trois actes bien nets permet d'apprécier le parcours du héros, insupportable va-t-en-guerre arrogant ensuite exilé impuissant qui recouvre son rang et ses pouvoirs en gagnant en humanité et en humilité. La partie centrale, où Thor, résigné, évolue dans ce bled perdu américain autorise des scènes subtilement comiques en soulignant le décalage entre ce dieu déchu au physique avantageux et les moeurs locales, ses relations avec le trio de scientifiques. Il aurait fallu insister là-dessus au moyen de dialogues plus appuyés sur la foi en des forces supérieures, des êtres divins, et l'incrédulité des humains confrontés aux phénomènes déclenchés par la seule présence de Thor. Le final file à toute allure et laisse deviner quelle envergure aurait pu avoir le film avec un réalisateur plus inspiré, lorsque Thor revient sur Asgard, affronte Loki (un duel fondé moins sur la haine que la jalousie, le mal d'amour), détruit le Bifrost (le pont arc-en-ciel qui mène au guet de Heimdall, permettant d'accéder aux huit autres royaumes) et, ce faisant, condamne (au moins provisoirement) son retour sur Terre (et vers Jane Foster).

Il subsiste un sentiment de frustration, renforcé par le fait que Thor semble plus avoir été pensé comme le tremplin menant à Avengers (avec la revanche de Loki, l'existence d'un super-héros qui est aussi un dieu - alors que tous les autres membres de l'équipe à venir sont des humains "améliorés", tels Iron Man et son armure ou Captain America, ou dotés d'un don particulier, comme Hawkeye qui apparaît ici pour la première fois) que comme un opus autonome. C'est aussi pour cela qu'il est mésestimé. 

On verra maintenant si Thor : Ragnarok est à la hauteur de la rumeur très flatteuse qui le précéde, réalisé par un cinéaste à l'esthétique plus audacieuse, avant que, l'an prochain, les Avengers reviennent pour la production la plus ambitieuse (et la plus coûteuse) des studios Marvel. 

mercredi 6 mai 2015

Critique 609 : THOR 2, LE MONDE DES TENEBRES, de Alan Taylor

Avant une critique sur AVENGERS 2 : L'ÂGE D'ULTRON, j'ai revu le précédent "épisode" consacré à Thor pour réviser un peu.



THOR, LE MONDE DES TENEBRES est le deuxième fil adapté du comic-book Thor, publié par Marvel. 
Le film est réalisé par Alan Taylor, d'après un scénario écrit par Don Payne, Robert Rodat, Christopher Markus et Stephen McFeely. 
Le casting comprend Chris Hemsworth (Thor), Natalie Portman (Jane Foster), Tom Hiddleston (Loki), Anthony Hopkins (Odin), Christopher Eccleston (Malekith), Idris Elba (Heimdall), Ray Livingstone (Volstagg), Zachary Levi (Fandral), Tanadobu Asano (Hogun), Rene Russo (Frigga), Stellan Skarsgard (Erik Selving) et Kat Dennings (Darcy).
Le film est sorti en salles le 30 Octobre 2013 en France.
*

Après les évènements survenus dans Avengers (la tentative d'invasion de la Terre par Loki et les extra-terrestres Chitauri), Thor pacifie les royaumes voisins d'Asgard (son monde d'origine) et Midgard (notre planète). 
Sur Terre, justement, depuis deux ans, la scientifique Jane Foster, éprise du dieu du tonnerre, l'attend tout en poursuivant ses recherches sur les liens existant entre les dimensions : elle découvre ainsi, accidentellement, la cache d'une très ancienne et puissante force, l'Ether, et déclenche sans le vouloir le réveil de l'elfe noir qui la déchaîna jadis, Malekith. 
Celui-ci entreprend alors de se venger des Asgardiens, responsables de son exil, et menace aussi les terriens...

Le premier film consacré à Thor, réalisé en 2011 par Kenneth Branagh, avait laissé sur leur faim nombre de fans de comics : en le revoyant récemment, j'ai pu confirmer cette impression tout en constatant deux points : 

- le premier est que le film n'était pas mal construit, il introduisait le héros, son univers, correctement, avec quelques révisions admissibles (surtout destinées à le relier aux autres productions cinéma Marvel et des éléments récurrents comme le SHIELD ou en redéfinissant certains personnages pour les moderniser - et contenter leurs interprétes -, comme Jane Foster promue astrophysicienne). 

- Le second est que le traitement manquait étrangement de ce pour quoi le studio avait fait appel à Kenneth Branagh : du souffle, une dimension épique, "Shakespearienne", avec en prime quelques bizarreries dans le casting (non pas dûes au talent des acteurs mais à leur apparence, comme Idris Elba, athlétique africain, ou Tanadobu Asana, fluet asiatique, pour incarner des dieux nordiques).

On attendait donc que cette suite corrige ces erreurs/faiblesses, tout en s'inscrivant dans ce qui est bien maintenant établie comme une continuité cinématographique, au carrefour de laquelle on trouve Avengers (où sont réunis les héros). Il ne s'agit aussi plus seulement de suites aux aventures solo des personnages, mais aussi aux Avengers, avec ce que cela induit d'ambition en termes de spectacle, de qualité narrative.

Pour résumer, on pourrait dire que Thor : Le monde des ténèbres (The dark world en v.o.) est un mélange assez curieux entre les univers du Seigneur des Anneaux (décor moyen-âgeux, références divines) et Star Wars (insertion d'éléments technologiques futuristes, ambiance sombre). C'est aussi une manière évidente pour Marvel Studios de coller au succès d'une série télé comme Games of throne, dont Alan Taylor est un des réalisateurs. Bref, il y a un opportunisme flagrant dans tout ça, mais en même temps les comics de super-héros sont eux-même des produits qui recyclent, transforment, récupèrent allègrement ce qui s'est fait avant eux ou en même temps qu'eux.


Un des axes majeurs du film repose sur les relations compliquées entre des binômes (une façon habile de découper la narration en faisant mine de s'occuper équitablement de beaucoup de personnages) : Thor et Loki (les Abel et Caïn de Marvel), Thor et Jane Foster (le couple improbable d'un dieu et d'une mortel, du fantastique et de la science), Loki et Frigga (le fils maudit et la mère compassionnelle), Thor et Odin (le fils élu et le père autoritaire), parmi d'autres. 

Un vaste réseau de loyautés, de menaces anciennes, de rivalités, de rédemptions, est à l'oeuvre : c'est beaucoup, avec beaucoup d'intervenants - c'est sans doute trop, comme si Marvel Studios voulait désormais répéter la formule gagnante d'Avengers en se concentrant moins sur un héros que sur une famille (réelle ou artificielle), un ensemble de personnages (dont certains sont inévitablement moins bien développés que d'autres). 

Cependant, la menace est bien mieux définie : avec les elfes noirs à la tête desquels se trouve le sinistre Malekith, joué par Chris Eccleston, qui fait ce qu'il peut avec un personnage au lourd maquillage blême mais qui paraît surtout engoncé dans son costume... Dommage car avec son physique, l'acteur aurait pu gagner quelques scènes), on a un méchant clairement et rapidement identifié. 
En revanche, ses motivations et ses actions manquent de relief, d'originalité (il veut se venger en plongeant l'univers dans le ténèbres, classique vu et revu), parle avec une grosse voix, au début dans un sabir sous-titré puis subitement compréhensible par tous dès qu'il a pénétré Asgard (!). A côté du fourbe et malin Loki, ce Malekith manque cruellement de charme, d'aspérités : il fait à peine peur, on sait dès le départ qu'il va échouer (mais ça, c'est le problème propre aux films de super-héros, où la défaite du champion est inconcevable. Toutefois un adversaire peut faire raisonnablement douter le public : là, à part quelques grenades, fusils et gros vaisseaux, rien de tel). Quant à son arme secrète, l'Ether, c'est une sorte de gadget passe-partout, passablement fumeux, que les scénaristes nous expliquent à deux reprises sans réussir à le rendre plus effrayant que le réalisateur et les responsables des effets spéciaux (une espèce de gelée ou de nuage, selon les cas, rouge). 
Mais, in fine, dans les désormais traditionnelles scènes post-génériques, on comprend quand même que cette essence a une place particulière et pourrait resservir prochainement, de manière plus efficace.

Le film est découpé en quatre parties assez distinctes pour qu'on remarque les coutures du scénario :

- dans un premier temps, très classique, on assiste à l'exposition (Thor pacifiant les royaumes, Jane Foster découvrant accidentellement la cache de l'Ether, le réveil de Malekith). Le rythme est soutenu mais les pions sont disposés clairement. On découvre mieux Asgard, la mélancolie sentimentale de Thor est finement traduite. 
En revanche, les scènes sur Terre tombent à plat et cassent le déroulement du récit, comme si elles étaient d'abord motivées par le besoin de donner une vraie place à Jane Foster (jouée par Natalie Portman, jolie comme un coeur mais dont le rôle de "demoiselle en détresse" est tout juste réhaussée par quelques gifles assénées aux dieux qui l'ont malmenée autrefois : le souci est que ses découvertes scientifiques se produisent d'une manière grossièrement providentielles, et pire encore, le scénario tente de susciter les rires avec Selvig (réduit à l'état d'excentrique, une conséquence d'Avengers) mais ces effets soi-disant humoristiques tombent misérablement à plat (et ce sera toujours le cas quand le film s'aventurera à répéter ces tentatives avec ce personnage ou d'autres). 
De même, on pressent que les trop nombreux seconds rôles vont alourdir la marche de l'histoire (Kat Dennings/Darcy et son assistant sont insupportables). Certains ont droit à leur "moment" (comme Rene Russo/Frigga, Zachary Levi/Fandral, Idris Elba/Heimdall) mais d'autres encombrent visiblement les auteurs, qui les dégagent comme ils peuvent du paysage (Jaimie Alexander/Sif, Ray Livingstone/Volstagg, ou Tanadobu Asano/Hogun).

- Dans un deuxième temps, une fois que le méchant a frappé, le film reprend des couleurs. Thor est obligé de demander l'aide de Loki, et cette idée donne un coup de fouet fabuleux à l'entreprise, d'abord grâce à la prestation de Tom Hiddleston, dont le charme, l'aisance, la jubilation, profitent à plein au personnage et l'histoire. Chris Hemsworth, comédien plus modeste dans ses effets et qui a l'intelligence de ne pas vouloir surjouer son rôle de héros-vedette, permet à son partenaire de briller et cela rejaillit sur l'intrigue toute entière. 
Un méchant sollicité pour vaincre le méchant à l'oeuvre, c'est une idée riche et maline, qui permet quelques coups de théâtre, mais aussi une certaine émotion quand Loki quitte la scène au terme d'une séquence spectaculaire.

- Dans un troisième temps, le film va en quelque sorte tomber dans un piège scénaristique qu'il se tendait à lui-même. Le récit tourne alors principalement autour du trio Thor-Jane Foster-Malekith, avec en ligne de mire l'affrontement attendu dans l'acte IV entre le héros et le vilain. 
Exit donc la (presque) totalité de la seconde ligne de personnages : ce n'est pas tellement gênant pour la grande majorité d'entre eux (qui, comme je l'ai dit plus haut, encombrait plus qu'autre chose), mais il en est un en particulier qu'on ne voit plus et qui aurait pourtant son mot à dire, je veux parler d'Odin. Le père de toutes choses est subitement bien discret alors que Malekith prépare son assaut final et que seul Thor va se dresser face à lui. Position injustifiée, inaction inexplicable, alors qu'Odin vient de subir des pertes importantes, y compris dans son entourage proche. Subséquemment, on s'interrogera aussi sur l'absence (totale celle-ci) du SHIELD dans le film alors qu'un elfe noir surpuissant fond sur Londres et que le nom de l'organisation a été maintes fois cité auparavant par des personnages secondaires : en lieu et place, on aura droit à deux dérisoires avions de chasse dans le ciel anglais (visiblement, les autorités britanniques ne s'inquiètent pas trop de voir débarquer un vaisseau géant et dévaster les rives de la Tamise).

- Enfin, dans un quatrième et dernier temps, on arrive au traditionnel duel entre le bon et le méchant. Si la bagarre proprement dite ne manque pas de puissance, avec deux adversaires qui se rendent coup pour coup, et dont le spectateur peut mesurer qu'ils ne sont pas un simple super-héros et un banal vilain mais bien des entités surhumaines, la mise en scène de leur combat est bizarrement court-circuitée par de nouvelles et incongrues scories pseudo-humoristiques (Jane Foster et Selvig utilisant un appareil qui téléporte les belligérants de royaume en royaume). Thor ayant envoyé à plusieurs reprises entretemps son marteau Mjolnir contre Malekith sans forcément avoir réussi à l'atteindre (car ils sont aspirés sur d'autres territoires), on s'y perd même entre les "fugues" des deux adversaires et les allées et venues du marteau (même s'il revient toujours dans la main de son propriétaire).

Comme souvent, on le voit en analysant le déroulement du scénario, le film pêche par un excès de petites choses insignifiantes, mais dont la somme occupe quand même trop de place : personnages inutiles dont personne ne sait quoi faire (mais qui sont utilisés parce qu'ils font partie du décor, ou maintenus et développés pour conserver un acteur), rebondissements accessoires (comme l'intrusion invasive de la science dans un récit où la magie suffit à tout justifier), mix d'éléments culturellement bizarres (l'armée de Malekith censée provenir d'un passé très lointain mais outillée avec un arsenal futuriste face à des Asgardiens au look de Vikings rutilants mais brandissant surtout des épées, des lances, des masses, des marteaux, plus rustiques même s'ils peuvent être enchantés)... De l'art de faire compliqué avec une matière pourtant simple à l'origine.

C'est quand il abandonne, même provisoirement, tout ce qui l'alourdit que Thor : le monde des ténèbres est au meilleur (l'évasion de Loki - avec ses apparitions de guests amusantes -, les face-à-face entre Thor et Malekith...), principalement en fait quand il se concentre sur l'action brute et les scènes d'émotion avec un casting réduit et ce qu'il faut de spectacle avant ou après. On voit bien alors qu'il n'est nul besoin de nous expliquer deux fois ce qu'est et d'où vient et ce que peut faire l'Ether, bref qu'il est inutile de souligner ce qui est évident et de différer ce pour quoi le film est conçu (une bonne baston mythologique enrobée d'un peu de romance et d'histoires de famille).

Où situer cet opus dans la collection désormais consistante des productions Marvel ? C'est un peu tôt pour le dire, même si l'énergie que le film dégage est agréable. Comme Iron Man 3, plus tôt cette année, c'est un bon cru en tout cas.
ET il faut bien rester jusqu'à la fin puisqu'il n'y a pas une mais deux scènes post-génériques : la première tease de façon sommaire (et sans doute cryptique pour les non-connaisseurs) le futur film Guardians of the Galaxy, la seconde est plus un clin d'oeil à la manière de ce qu'on a eu à la fin d'IM 3.