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mardi 12 septembre 2017

LEN WEIN (1948-2017)

Len Wein par Bill Sienkiewicz

Je tenais à revenir sur le décès de Len Wein, mort Dimanche 10 Septembre et annoncé hier par les médias. Il avait 69 ans et, s'il n'y a jamais de "bon" âge pour mourir de sa "belle"mort, de récents problèmes de santé durant cette année ont eu raison de lui.

Len Wein n'est peut-être pas un nom qui parlera immédiatement à beaucoup et pourtant, à sa manière, il a bouleversé le paysage des comics en créant deux personnages iconiques. 

Chez Marvel, il imagina en effet, avec Herb Trimpe et John Romita Sr., Wolverine, apparu pour la première fois dans une aventure de Hulk, donc avant d'être intégré aux All-New, All-Different X-Men en 1975 - soit la deuxième génération de X-Men, comptant dans leurs rangs Storm, Nightcrawler, Colossus, Banshee, Thunderbird, aux côtés des "anciens" Cyclops et Jean Grey/Marvel Girl/Phoenix. Songez à ce que serait Marvel sans Wolverine et vous mesurerez l'importance de Len Wein. Même s'il a confié les rênes de la série Uncanny X-Men à Chris Claremont et Dave Cockrum (qui bâtirent l'équipe à ses côtés), c'est lui qui a permis aux mutants de renaître.

Chez DC, il inventa Swamp Thing avec le dessinateur Bernie Wrightson (également disparu cet été). Au début des années 70, le Comics Code lâchait progressivement la bride sur les éditeurs et leurs créateurs, et dans les pages de House of Secrets, une anthologie dédiée à des récits d'épouvante et de fantastique, Len Wein créa ce personnage atypique, qu'il remodela ensuite dans sa série régulière, jusqu'à ce qu'un certain Alan Moore le peaufina lors d'un run mythique.

Ses relations avec le génie anglais ne furent pas paisibles durant la publication de Watchmen dont Wein fut le premier editor (le directeur artistique en quelque sorte) en 1986. Il supervisa la série comme New Teen Titans, écrit par son ami Marv Wolfman et dessiné par George Pérez. 

Tout ça forme quand même un sacré tableau de chasse. Dans le milieu, cela aurait suffi à en faire une légende mais tous ceux qui, depuis sa disparition, ont témoigné leur émotion soulignent aussi, surtout, la bienveillance et la simplicité de Len Wein. Autant de qualités qui suffisent à estimer la grande perte de ce bâtisseur des comics modernes.

Parmi les hommages publiés sur le Net, l'un m'a particulièrement touché et j'ai voulu le traduire : il s'agit de celui écrit par le scénariste Gerry Conway.


"Mon ami Len Wein est parti.


Je connaissais Len depuis que mes quatorze ans. Plus d'un demi-siècle. Il était plus qu'une partie de ma vie - comme un membre de ma famille. Je le considérais comme un frère, et je l'aimais comme un frère - avec les mêmes émotions complexes que celle d'une fraternité. Nous fûmes amis, rivaux, collaborateurs, voisins, acolytes au sein d'une génération qui voulait remplacer la vieille garde, nous étions des fans, de jeunes loups. A certaines périodes nous étions très intimes, à d'autres nous étions presque ennemis. Chacun blessait l'autre, chacun aidait l'autre. Nous avons eu des hauts et des bas, et nous sommes restés tour à tour ensemble et séparés. Mais il a toujours été là, quelqu'un sur lequel je pouvais compter, que j'essayais de motiver, un homme que j'aimais, admirais, enviais, et respectais.

Maintenant il est parti. Et il y a un vide dans ma vie. Je savais que ça arriverait - quiconque a passé du temps avec Len ces dernières années le savait - mais ça reste un choc. Le monde ressemble à une plaie béante. J'ai lutté contre les larmes durant cette dernière heure. Je comprends maintenant ce que veut dire "être privé de quelque chose". Je suis privé de lui.

Mes pensées vont à [sa femme] Christine. Aucun autre homme que Len n'aurait pu avoir une partenaire aussi aimante et forte que Christine. Je suis émerveillé par sa force, sa volonté, son amour. Elle a été une combattante redoutable à ses côtés. Len était chanceux de l'avoir avec lui depuis tant d'années, et spécialement ces dernières années.

Mon ami est parti.

J'ai le coeur brisé."






dimanche 24 mars 2013

Critique 385 : BEFORE WATCHMEN - DOLLAR BILL, de Len Wein et Steve Rude

Before Watchmen : Dollar Bill est un récit complet, inspiré par la mini-série Watchmen d'Alan Moore et Dave Gibbons, écrit par Len Wein et dessiné par Steve Rude, publié en Février 2013 par DC Comics.
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Bill Brady  est né en 1917 dans le Nebraska et devient une vedette de son collège en s'illustrant dans le sport. Il poursuit ses études en misant sur ses capacités physiques, plus que son goût pour les autres matières, à Darmouth, et cela lui vaut d'être la star de l'équipe de football américain, au point qu'en 1938 des recruteurs viennent assister à un de ses matchs. Malheureusement, ses espoirs sont brisés net quand il se blesse au cours de la partie.
Il part alors à New York où il tente de percer dans le monde du spectacle, sans succès. C'est alors qu'il répond à l'annonce de la National Bank et accepte un boulot peu ordinaire : incarner l'image de Dollar Bill, le justicier masqué censé protéger l'argent des clients de l'établissement. La mode est alors aux héros et, peu après, poussé par ses patrons, il se joint aux Minutemen, le premier groupe de vigilants, en compagnie de Captain Metropolis, le Spectre Soyeux, le Hibou, le Juge Masqué, l'Homme-Insecte, le Comédien et la Silhouette, monté de toutes pièces par l'impresario Larry Shexnayder.
L'équipe fait des débuts pathétiques, puis sa réputation enfle en même temps que la confiance de Bill Brady. Cela lui coûtera cher...
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Len Wein, qui fut l'editor de la mini-série originelle Watchmen d'Alan Moore et Dave Gibbons, n'a pas hésité à braver le souhait du scénariste de ne pas exploiter de "prequel" à son oeuvre en participant à l'ensemble des titres Before Watchmen lancé l'an dernier par DC Comics (et lisibles en vf depuis Janvier dans le bimestriel éponyme chez Urban Comics). Il s'est ainsi d'abord chargé de "compléter" la biographie d'Ozymandias, avec le dessinateur Jae Lee.
Après un démarrage accueilli avec perplexité et excitation, l'entreprise a suffisamment fonctionné commercialement pour que DC Comics la développe encore plus : en plus des 7 mini-séries (une pour chaque Watchmen plus celle des Minutemen), une 8ème  en forme de "back-up story" a été mise en chantier (avec pour sujet le Corsaire Sanglant, héros de la bande dessinée que lisait un personnage secondaire), puis vinrent Dollar Bill (un one-shot, sur un des Minutemen) et Moloch (dyptique sur l'adversaire des Minutemen et des Watchmen). Au train où vont les choses, on peut estimer que ça ne va pas s'arrêter de sitôt (avant un "After Watchmen/Watchmen 2" ?)...

Len Wein se penche donc sur le sort de Dollar Bill. Le personnage, rapidement évoqué par Moore, puis au casting des Minutemen de Darwyn Cooke, est un concentré du concept du scénariste anglais : pur concept illustrant la mascarade symbolisée par les premiers justiciers costumés, il connut un destin pathétique et tragique qui allait sonner le glas de cette première génération de héros, avec une mort ridicule mais prophétique.
Pourquoi s'intéresser plus à Dollar Bill qu'au Juge Masqué, par exemple, dont la disparition fournissait une matière encore plus fantasmatique ? Peut-être pour tâter le terrain avant d'autres "one-shots" sur chaque Minuteman. Mais aussi pour saisir le portrait d'une créature qui résume parfaitement l'amateurisme, l'innocence des prédécesseurs des Watchmen : un type ordinaire entraîné dans une histoire qui le dépasse, qui se prend au jeu, et qui chutera à cause de ça. 

Peu inspiré sur Ozymandias, où il emploie une narration ampoulée, au rythme irrégulier, sans prise intéressante, originale sur le personnage et son parcours (il est vrai trop bien dépeint par Moore dans le #11 de Watchmen), Len Wein retrouve des couleurs avec ce format court, plus dense, où en 26 pages, il dit l'essentiel, sans négliger la caractérisation (Bill Brady n'est pas seulement un garçon ambitieux, naïf et quelque peu étroit d'esprit - comme on le remarque quand il estime que la Silhouette, assassinée, a peut-être payé son mode de vie "déviant", c'est-à-dire son homosexualité) ni l'action (avec le tournage d'un film à la gloire de son alias ou son intervention lors d'un vrai casse avec le Juge Masqué et le Hibou).
Le récit ne manque pas de dynamisme, ça se lit tout seul et sans ennui, et Wein opère un choix de séquences efficace, pertinent, complet : le destin fulgurant de Dollar Bill Brady, celui en creux des Minutemen, sont habilement déroulés, sans complaisance ni cynisme. Au fond, on devine un certain attachement de l'auteur pour ce personnage et ce qu'il révèle de l'histoire des Minutemen (l'Homme-Insecte sûr qu'il serait le premier à tomber au combat), des Watchmen (qui n'ont plus rien à voir avec ces justiciers insouciants), du mythe super-héroïque, de l'esprit américain (où tout part d'une idée commerciale, d'un mensonge - "l'Amérique est un mensonge" comme disait Orson Welles).

Si on met de côté la controverse du projet Before Watchmen (et je dis ça alors que je ne l'ai jamais défendu sur le principe, m'y intéressant davantage pour les artistes impliqués et avec résignation, car entre l'art et le profit, on sait très bien ce qui motivent les éditeurs de comics), c'est honnêtement un bon produit.
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Néanmoins, la franchise m'impose d'avouer que, sans Steve Rude aux crédits de ce "one-shot", je ne me serai pas procuré ce fascicule. Car l'admiration que je porte à cet artiste, l'étonnement de le voir attaché à ce numéro (après qu'il ait soumis bien des projets à DC, sans succès), ont fait la différence.




Le "Dude" fut d'ailleurs le premier surpris qu'on lui demande d'illustrer cette histoire dont il ne connaissait ni le personnage ni  la situation dans l'ensemble du projet Before Watchmen. Sans doute qu'un bon chèque, l'opportunité de profiter de l'exposition médiatique ainsi que sa passion pour l'âge d'or des comics (puisque Dollar Bill se situe dans les années 40 et, comme les Minutemen, lui rend une forme d'hommage désenchanté) ont suffi à le convaincre d'embarquer.
Steve Rude n'a pas l'habitude de s'engager à moitié dans ce qu'il fait (son comportement entier lui vaut à la fois le respect de ses fans et d'autres artistes, mais lui a aussi coûté cher professionnellement et personnellement). Et ce qu'il réalise là ne déroge pas à la règle puisqu'il a dessiné mais aussi encré et lettré ces 26 pages.
Le résultat est tout bonnement magique : les 5 planches ci-dessus (proposées en preview par DC) ne sont qu'un modeste aperçu de ce qu'il accomplit par la suite, mais on voit déjà avec quel soin il compose chaque image, chaque page, les inventions graphiques qu'il apporte, l'expressivité et la beauté de ses personnages, la méticulosité de ses décors. On en a vraiment pour son argent, on en prend plein la vue, et comme toujours avec Rude, on déguste sa lecture en détaillant chaque plan, merveilleusement dessiné.
Sans lui, cet anté-épisode n'aurait pas la même saveur, le héros pas le même charisme, son sort pas la même force.
Le lettrage fait main ajoute à l'aspect "old school", organique, d'un objet manufacturé par un artisan esthète, ainsi que les magnifiques couleurs de Glen Whitmore. Et admirez aussi cette couverture peinte !
Avec un cador pareil, DC transforme le plomb en or.
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Visuellement somptueux, scénaristiquement solide, cet énième spini-off de Watchmen est une belle surprise  - et surtout, toujours, l'occasion de lire Steve Rude, un des plus grands dessinateurs de ces trente dernières années.

samedi 22 août 2009

Critique 95 : JLA - LEGENDES, de John Ostrander, Len Wein et John Byrne

JLA : Légendes (Legends, en vo) est une saga en 6 épisodes principaux, mais qui a aussi affecté, comme toujours dans ce genre de cas, plusieurs autres titres publiés par DC Comics en 1986-87. Ainsi, pour signifier leur lien, chaque volet de la saga et chaque épisode des tie-in portaient la mention "Legends". L'idée originale est de John Ostrander, adaptée en script par Len Wein, avec des dessins de John Byrne.
Pour bien comprendre les enjeux et donc l'importance de cette production, revenons sur l'histoire de sa publication. Les six épisodes de Légendes peuvent être lus comme une mini-série se suffisant à elle-même, mais en vérité, pour en apprécier toute l'ampleur, le récit comptait 22 chapitres incluant donc cette saga et plusieurs volets de séries parallèles comme Batman, Superman ou Secret Origins. Il s'agissait de relancer le DC Univers après le grand coup de balai passé durant le crossover précédent, la mythique maxi-série de Marv Wolfman, George Pérez et Jerry Ordway : Crisis on infinite earths. Les mondes parallèles et plusieurs personnages avaient disparu, d'autres avaient été re-positionnés selon cette nouvelle organisation, et d'autres encore allaient voir le jour à la faveur de ce nouveau statu quo : telle était l'ambition de Légendes, présenter le visage de la nouvelle JLA.
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L'intrigue de Légendes évoque le passage de la Bible consacré à Job :

le dieu du mal, Darkseid, discute avec le mystérieux Phantom Stranger de la possibilité de retourner l'opinion des simples mortels contre leurs héros. Pour se faire, Darkseid envoie sur Terre son agent Glorious Godfrey, où il manipule les masses grâce à sa voix lui permettant d'envoûter quiconque l'écoute. Ainsi, rapidement, il convainc le peuple que les héros sont des dangers publics, désirant régir le monde, et qu'il est temps que cela cesse.
Pour s'assurer la victoire, Darkseid sème la panique sur Terre grâce au géant de feu Brimstone, qui défait rapidement la Justice League à Detroit, malgré l'intervention de Firestorm et de Cosmic Boy.
Au même moment, pour stopper le cyborg dément Macro-man, Captain Marvel est obligé de le tuer, ce qui sert les desseins de Darkseid et confirme les discours de Godfrey sur la dangerosité des héros.
Batman doit aussi subir des pertes lorsque Robin (Jason Todd) est pris au piège dans une émeute et sévèrement blessé.
Craignant que la situation n'empire, le Président Ronald Reagan (au pouvoir à l'époque de la publication) proclame la loi martiale et prohibe les activités des super-héros en Amérique. En contrepartie, le départment de la défense active, sous l'autorité d'Amanda Waller, le "Projet: Task Force X", autrement dit la Suicide Squad, un commando formé de criminels, pour détruire Brimstone.
Face à cela, le Dr Fate
se voit obligé d'agir pour empêcher Glorious Godfrey et ses partisans d'envahir Washington et prendre le pouvoir des Etats-Unis. Fate rassemble Superman (jusque-là aux ordres de la Présidence), Batman, Captain Marvel, le Green Lantern Guy Gardner, Black Canary, Changelin, Flash, et Blue Beetle pour affronter Glorious Godfrey et ses troupes. Ils sont rejoints par le Martian Manhunter et Wonder Woman et combattent les cheins de guerre de Darkseid ainsi que Godfrey.
Finalement, les humains sont libérés de l'emprise de Godfrey, grâce à la foi intacte dans leurs héros des enfants, insensibles à son pouvoir. Conséquence directe : the Martian Manhunter, Batman, Blue Beetle, Guy Gardner, Black Canary, Captain Marvel et Dr. Fate décident de rester unis pour former la nouvelle Justice League. Superman et Flash préférent rester des membres réservistes tout comme Wonder Woman alors que Changeling réintégre les Teen Titans.
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(Presqu')un quart de siècle après sa parution, cette saga n'a pas aussi bien vieilli que l'épopée de Wolfman à laquelle elle succèdait. La première et plus évidente raison à cela est qu'elle est précisèment datée, comme en témoigne le rôle donné à Reagan, alors que si le Président des Etats-Unis avait été un personnage imaginaire, le problème ne se serait pas posé.
L'autre raison, c'est qu'il n'existe toujours pas une édition complète des 22 chapitres de l'histoire, comprenant tous les éléments suggérés par ce crossover, et donc le récit principal paraît incomplet, trop elliptique, avec des personnages qui apparaissent puis disparaissent subitement, d'autres qui surgissent très tard (pour s'éclipser brusquement, comme Wonder Woman), et un dénouement à la naïveté décevante par rapport au potentiel dramatique du sujet (la confiance des bambins ramène les adultes à la raison et permet aux héros de faire leur boulot et de regagner le crédit de la population).
Enfin, pompeux à souhait, le Phantom Stranger paraît savoir dès le départ l'issue du combat et observe Darkseid semant la zizanie en concluant presque : "je t'avais prévenu".
Bref, le bilan ne serait pas fameux s'il n'y avait pour mener la barque un équipage aussi brillant...
Le pitch d'Ostrander a les qualités de ses défauts : la simplicité de l'intrigue est divertissante et le développement que lui a donné Wein souligne cet aspect. C'est un comic-book bourré d'action, de scènes spectaculaires, de personnages iconiques, au symbolisme primitif, qui est devenu rafraîchissant aujourd'hui où la majorité des comics (chez Marvel surtout, mais DC n'est pas en reste) est d'une noirceur oppressante, gagnant en ambigüité ce qu'elle a peut-être perdu en spontanéité. Entretemps, il y a eu Watchmen, Dark Knight et bien d'autres BD qui ont profondèment et définitivement changé le média et notre regard sur lui.
Toutefois, le propos du livre est métaphorique et même s'il aurait pu être mieux exploité, il n'est pas sans intérêt. En choisissant de questionner la notion de foi - foi dans les héros, dans le Bien, dans l'imaginaire - , Ostrander s'attaque avec le personnage de Glorious Godfrey aux télévangélistes américains, qui constituent un vrai contre-pouvoir. Or, Godfrey est un adversaire singulier puisque la mission que lui assigne Darkseid est de renverser des idoles et d'inciter le peuple à prendre le pouvoir par la force.
Le récit balance donc entre l'espérance qu'incarnent les super-héros et le fanatisme dont Godfrey est le porte-voix : la vision que cela donne des Etats-Unis n'est pas si rassurante puisque le pays apparait comme celui d'individus incapables de se passer de champions, qu'ils soient d'authentiques défenseurs du Bien ou des pousse-au-crime manipulateurs.
En outre, avec Len Wein, la nouvelle JLA qui se met en place dans l'histoire compte des membres à la fois incontournables et inattendus : si la présence de bons samaritains comme Superman (par ailleurs décrit comme un fidèle soldat aux ordres du gouvernement), Batman ou le Martian Manhunter ne surprend pas, on trouve des personnnages bien plus savoureux à leurs côtés, comme Guy Gardner, le plus mal emboûché des Green Lantern, arrogant et peu soucieux de ce qu'on pense de lui ; Captain Marvel, qui est à la fois un être surpuissant avec l'esprit d'un enfant, le pendant en quelque sorte du "dark knight" ; Flash III, qui supporte mal de succèder au mythique Barry Allen et fait encore ses classes au sein des Teen Titans ; Dr Fate, qui va regrouper ces justiciers et revêt presque le rôle du chef.
C'est donc une équipe majoritairement composé d'hommes, de gros bras, même si ceux-ci sont parfois encore peu ou trop sûrs d'eux. Il est dommage que le personnage de Black Canary, en plus d'arriver tardivement, n'ait pas été plus creusé, et que Wonder Woman n'ait pu être mieux et plus exploitée. Mais cette formation de la JLA reste une des plus originales et le soin apporté à l'écriture de ses membres compense les faiblesses et ellipses de l'histoire.
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Ce qui "sauve" Légendes, c'est son dessinateur : John Byrne. Après avoir connu la gloire chez Marvel, il venait juste de signer chez DC pour y recréer Superman (la série Man of Steel). Et pourtant, il est déjà comme chez lui et s'empare de la JLA comme s'il était né pour en illustrer les aventures.
On retrouve donc ce trait identifiable entre mille, à la fois élégant, fluide, et percutant. Il découpe les scènes d'action avec un brio que seuls les cadors affichent : il s'est fait la main sur les X-Men puis Alpha Flight et enfin sur les FF pour un run anthologique. Il n'a rien plus à rien prouver mais Byrne démontre son exceptionnel savoir-faire.
L'encrage de Karl Kesel se marie bien aux dessins, par contre les couleurs tramées de l'époque gâchent un peu la vue.
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Ce livre fait office de document : éditorialement, il figure après un "event" mémorable, mais affectivement c'est une sorte de fêtiche qu'apprécieront de possèder les fans de Big John Byrne.