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lundi 11 avril 2016

LUMIERE SUR...FRANQUIN, MORRIS, PEYO & ROBA (Tac-au-tac, 13/12/1971)


Franqui dessine une souris, poursuivie par un chat dessiné par Peyo, poursuivi par un chien dessiné par Roba, poursuivi par un chasseur dessiné par Morris... Et ce n'est que le début d'une jubilatoire et impressionnante improvisation immortalisée dans une émission télé de 1971 !

dimanche 7 septembre 2014

Critique 505 : LA RIBAMBELLE, L'INTEGRALE TOME 2, de Roba, avec Jidéhem, Vicq et Maurice Tillieux


LA RIBAMBELLE, L'INTEGRALE TOME 2 rassemble en un seul volume les tomes 4 à 6 de la série créée par Roba, publié en un volume par Dargaud  en 2001.
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LA RIBAMBELLE AUX GALOPINGOS est le 6ème tome dans l'ordre chronologique de la série, écrit par Vicq et dessiné par Roba avec Jidéhem, publié en 1968 par Dupuis. 
Il ouvre cependant cette seconde Intégrale puisque l'histoire est la suite directe de La Ribambelle s'envole (le tome 3 de la série, in L'Intégrale tome 1 - critique 499).
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6 mois après avoir gagné le concours de construction d'un engin volant uniquement mue par l'énergie musculaire du pilote (voir l'Intégrale tome 1, La Ribambelle s'envole !), la Ribambelle attend toujours de recevoir son prix, un voyage tous frais payés pour les îles Galopingos. Et quand celui-ci arrive enfin, c'est la désillusion car il n'y a qu'un seul billet ! 
Aucun membre de la bande ne se résolvant à partir sans les autres, il est décidé d'offrir le billet à Berlingaud, le confiseur du quartier dont la grande passion est la paléontologie. Mais quand il arrive sur place, il fait une mauvaise rencontre sans s'en douter avec le capitaine Schlapp, complice d'un savant fou, le Dr Schikelgrüber, cultivant une plante locale pour en faire une drogue asservissant ses consommateurs.
La Ribambelle apprend la disparition de Berlingaud et, avec l'argent d'Archibald, part à sa recherche, quitte à affronter des indigènes hostiles et le mystérieux dragon de Grododo.
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LA RIBAMBELLE ENQUÊTE est le 3ème tome dans l'ordre chronologique de la série, écrit par Maurice Tillieux et dessiné par Roba avec Jidéhem, publié à l'origine en 1966 dans Spirou par Dupuis. LA RIBAMBELLE ENGAGE DU MONDE !, écrit par Roba et Yvan Delporte et dessiné par Roba, publié à l'origine en 1964 dans Spirou par Dupuis, complète le sommaire de l'album.
Les deux histoires trouvent leurs suite et fin respectives dans La Ribambelle contre-attaque ! et La Ribambelle au bassin.
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La Ribambelle enquête ! et La Ribambelle contre-attaque ! forment un seul récit mais découpé en deux parties de 30 pages chacune.

Alcide Levase est un brocanteur malhonnête qui a localisé un précieux coffret enterré sous le bus dans le terrain où la Ribambelle a son QG. Pour éviter les pièges d'Archibald après une première visite nocturne agitée, il enlève le petit écossais pour le forcer à lui indiquer un itinéraire sûr.
Sans nouvelles de leur ami, le reste de la bande, alerté par le majordome James, se met à sa recherche, sans savoir qu'entretemps Arsène Grofilou (voir Intégrale tome 1, La Ribambelle gagne du terrain) a eu vent de cette histoire de coffret et veut aussi s'en emparer.
Archibald libéré, la Ribambelle n'est pas au bout ses peines car Grofilou a recruté Tatane et ses Caïmans pour récupérer le coffret... 

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LA RIBAMBELLE CONTRE-ATTAQUE ! est le 4ème tome dans l'ordre chronologique, écrit par Maurice Tillieux et dessiné par Roba avec Jidéhem, publié à l'origine dans Spirou en 1966 par Dupuis. LA RIBAMBELLE AU BASSIN, écrit par Roba et Yvan Delporte et dessiné par Roba, publié à l'origine dans Spirou en 1964 par Dupuis, complète le sommaire de cet album.
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La Ribambelle engage du monde et La Ribambelle au bassin sont deux mini-récits complets de 16 pages chacun, et dont la parution (en 1964) est en fait antérieure à toutes les autres histoires de cette 2nde Intégrale.

Dans La Ribambelle engage du monde, les Caïmans postulent pour entrer dans la bande afin de s'approprier son terrain. Ils passent les tests d'usage et les réussissent, mais James, le majordome, se méfie : il a raison car il s'aperçoit que Tatane et ses deux acolytes veulent revendre à un ferrailleur le vieux bus en pièces détachées.
Dans La Ribambelle au bassin, nos héros et les Caïmans assistent à l'arrestation dans un square d'un homme par deux policiers. Grenadine apprend que le fugitif a jeté son mystérieux butin dans le bassin du parc. Chacune des deux équipes s'emploient à le récupérer (la Ribambelle pour le rendre à son propriétaire, les Caïmans pour le vendre au plus offrant). Tatane et ses sbires prennent l'avantage mais en découvrant la nature du butin, vont avoir une mauvaise surprise...

La chronologie du sommaire de cette seconde Intégrale est pour le moins chaotique : on commence par le tome 6 de la série paru en album en 1968, puis on enchaîne avec une histoire en deux parties de 1966 qui n'a été publié qu'en 1984 en album, et enfin deux courts récits complets antérieurs à tout le reste puisque datant de 1964 (et en albums en 1984).
Néanmoins, on peut penser que si Dargaud a choisi de repositionner La Ribambelle aux Galopingos en ouverture de cette Intégrale tome 2, c'est parce qu'il s'agit de la suite directe de La Ribambelle s'envole ! qui concluait l'Intégrale tome 1. En revanche, avoir saucissonné La Ribambelle enquête ! et La Ribambelle contre-attaque ! et placer La Ribambelle engage du monde et La Ribambelle au bassin laisse beaucoup plus perplexe.

Cela ne doit, cependant, empêcher d'apprécier la suite et fin du run de Roba, même s'il est vrai que ces histoires sont moins convaincantes dans l'ensemble et que le concept même de la série reste inabouti.
Contrairement à d'autres auteurs qui ont délaissé des créations parallèles ou précédentes au titre qui a fait leur succès, Roba nourrissait le projet de reprendre un jour La Ribambelle (il l'avait évoqué dans les années 80), convaincu que les personnages avaient encore du potentiel et pouvaient revenir dans des aventures actualisées. Mais accaparé par Boule et Bill, puis embarrassé par des problèmes de santé (il souffrait d'arthrose à une main), il n'a jamais pu concrétiser ce souhait.

S'il avait pu, Roba aurait quand même dû corriger la principale faiblesse de la série : le déséquilibre dans la caractérisation de ses personnages et une véritable modernisation pour certains d'entre eux. C'était déjà flagrant dans la première Intégrale mais le jeune Archibald concentre l'intérêt quand Grenadine est par trop rétrograde, cantonnée à un rôle d'infirmière-couturière dont l'absence ne se remarquerait même pas (mis à part dans La Ribambelle au bassin, mais c'est vite plié). 
Ces gamins sympathiques ne dépassent pourtant jamais les clichés de leurs origines sociales et culturelles, et de ce point de vue, la série a quand même beaucoup vieilli. On la lit comme le témoignage d'une époque où les moeurs étaient loin d'être aussi libérées, où la censure paralysait les éditeurs et écrasait les auteurs. Mais pour peu qu'on ne soit pas disposé à l'indulgence, il est facile de n'en retenir qu'une succession de lieux communs, avec Dizzie le petit noir qui ne jure que par le jazz, Atchi et Atcha les asiatiques qui pratiquement forcément le kung-fu et ne communiquent que par des pseudo-dictons, ou Phil le mignon et courageux blondinet.

Mais ça, c'est si on est un peu méchant et cynique. Sinon, La Ribambelle conserve un vrai charme, une fraîcheur authentique, et on aurait, à mon avis, tort de reprocher à Roba et ses collaborateurs d'être de frileux petits bourgeois. Ils n'étaient que le produit de leur époque, produisant donc des bandes dessinées pour des enfants, sous la direction d'éditeurs qui leur imposaient de respecter les bonnes manières (alors que Roba désirait au départ faire de ses héros des gosses des rues moins apprêtés).

La suite de La Ribambelle s'envole ! entraîne la bande dans un décor exotique propice à de nombreuses péripéties, et Vicq au scénario ne se prive pas d'y instiller une vraie fantaisie. La présence et l'apparition du dragon de Grododo prouve qu'entre les mains d'un narrateur débridé, la série pouvait prétendre à une certaine étrangeté, une cocasserie, et en entraînant ses héros à l'étranger, leurs aventures n'en étaient que meilleures.

Le récit imaginé par Maurice Tillieux (le créateur de Gil Jourdan) dans La Ribambelle enquête ! / Contre-attaque ! ramène la bande en terrain plus convenu, avec le retour des méchants Grofilou et Caïmans. Cette chasse au trésor profite du talent de son scénariste, très à l'aise dans ce registre quasi-policier, et la morale de l'histoire révèle l'aspect dérisoire de qui s'est déroulé, soulignant du même coup que l'avidité est un vilain défaut.

Les deux petits récits, La Ribambelle engage du monde et Au bassin, associent les talents d'Yvan Delporte et de Roba pour des aventures minimalistes mais pleines de rebondissements, de rythme. Qui sait si en fait ce format bref n'aurait pas mieux convenu à la série que des histoires plus amples ? Roba a gagné un public large et fidèle avec les gags en une page de Boule et Bill, et la concision naturelle de son écriture aurait peut-être pu lui permettre de réanimer La Ribambelle avec des "short stories", procédé repris par des auteurs actuels (comme Benoît Féroumont ou Fabien Vehlmann) avec succès.

Visuellement, en tout cas, tout le bien qu'on peut penser de la première Intégrale se confirme dans cette seconde. 
Vraisemblablement pour tenir les délais, Roba reçoit le soutien de Jidéhem, que les fans de Franquin (dans de nombreux Spirou et Fantasio jusqu'à ses premiers Gaston Lagaffe) connaissent bien. Dargaud n'a hélas ! pas cru bon d'indiquer, dans un nouveau texte en préface, quelle était la nature exacte de la contribution de Jidéhem, mais on peut supposer qu'il a, comme avec Franquin, réalisé les décors et participé à l'encrage (quoique Roba était un excellent encreur).
Le résultat est superbe, notamment dans la virée aux Galopingos, avec sa jungle très ouvragée, le design des indigènes ou la création du dragon de Grododo. Roba donne même un aperçu de ses talents (peu exploités par ailleurs) de caricaturiste en donnant au capitaine Schlapp les traits de l'acteur  Gert Fröbe (qui joua le méchant Goldfinger dans l'épisode du même nom de la série de films James Bond).

Jidéhem est encore là pour La Ribambelle enquête ! / Contre-attaque !, et on y trouve de belles ambiances nocturnes dans des décors urbains, de superbes voitures (comme la limousine de Grofilou). Dans La Ribambelle engage du monde, la casse du ferrailleur avec lequel Tatane négocie la vente du bus est plus brièvement traitée mais procure aussi de belles vignettes.

Néanmoins, j'avoue un faible pour La Ribambelle au bassin, dans lequel Roba réussit à représenter le parc, décor quasi-unique de l'histoire, avec un découpage, des jeux d'ombres et de lumière, de manière très réussie. De même, le siège du repaire des Caïmans à la fin évoque une version efficace des films de gangsters, avec une ambiance inspirée.

La Ribambelle n'est pas une grande BD, mais c'est une oeuvre à redécouvrir chez un auteur-artiste dont le génie pour animer les enfants reste fabuleux. C'est plein de charme, et cela compense presque toujours le côté daté de cette création (qui, reprise aujourd'hui, n'a gagné pas en caractère et perdu en fraîcheur).   

mardi 26 août 2014

Critique 499 : LA RIBAMBELLE, L'INTEGRALE TOME 1, de Roba, avec Vicq


LA RIMBAMBELLE, L'INTEGRALE TOME 1 rassemble les trois premiers albums de la série créée par Roba (avec le concours de Franquin, Joël Azaria et Marcel Denis), publiée par Dargaud  en un seul volume en 2001.
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LA RIBAMBELLE GAGNE DU TERRAIN ! est le premier tome de la série, écrit et dessiné par Roba, publié à l'origine en 1965 par Dupuis.

Phil, Archibald, Dizzie, Grenadine, et les frères jumeaux Atchi et Atcha forment une bande de copains. Leur groupe n'admet qu'un seul adulte, James, le majordome anglais au service d'Archie, et a établi son repaire dans un terrain vague où a été abandonné un vieil autobus.
Mais leur quiétude est troublée par deux fâcheux : d'un côté, Tatane et ses deux lieutenants, les Caïmans, des petits voyous plus bêtes que méchants ; de l'autre, Arsène Grofilou, qui veut utiliser le terrain pour y bâtir un immeuble.
Afin d'acquérir l'endroit, les six amis doivent réunir la somme faramineuse de 250 000 francs. Chacun va devoir trouver un job pour gagner cet argent, tout en préservant leur espace des tentatives d'incursion des Caïmans (grâce aux pièges installés par Archie) et en composant contre l'alliance nouée entre Grofilou et Tatane.
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LA RIBAMBELLE EN ECOSSE est le 2ème tome de la série, écrit (avec la participation de Vicq, non créditée) et dessiné par Roba, publié à l'origine par Dupuis en 1966. 
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Archibald est dans tous ses états comme le constatent ses amis. En effet, il s'apprête, avec James, à partir pour son Ecosse natale pour une périlleuse mais cruciale mission : il lui faut récupérer le chardon d'or, l'emblème de sa famille, les Mac Dingelling, tombé entre les mains de leurs rivaux, les Mac Klangbang. Les deux clans se disputent la domination sur le domaine de Glenfify depuis une bataille vieille de plusieurs siècles.
La Ribambelle décide d'accompagner Archie et James afin de l'aider dans sa tâche qui promet d'être ardue car la tension est à son comble et tous les coups sont permis.
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LA RIBAMBELLE S'ENVOLE ! est le 3ème tome de la série, écrit par Vicq et dessiné par Roba, publié à l'origine en 1967 par Dupuis.

Le journal "La Clameur Vespérale" lance un concours dont l'objectif est la construction d'un engin volant uniquement mue par l'énergie musculaire du pilote. En jeu : un voyage d'un mois, tous frais payés, aux îles Galopingos !
Archibald convainc la Ribambelle de tenter l'aventure avec Dizzie comme pilote. Mais les Caïmans de Tatane sont aussi sur les rangs, prêts à tout pour gagner, y compris à voler les idées de nos héros et à saboter leur projet - si tant est que ce projet soit réalisable...

Voilà une découverte récente que j'ai faîte et qui m'a conquis. Citez le nom de Roba et tous les amateurs de BD vous répondront qu'il s'agit du créateur de la série Boule et Bill. Comme Peyo (avec Johan et Pirlouit par rapport aux Schtroumpfs) ou Uderzo (avec Astérix par rapport à Oumpah-Pah), cet auteur a vu le succès de sa série la plus célèbre faire quasiment oublié tout ce qu'il a réalisé par ailleurs : c'est regrettable car La Ribambelle est une oeuvre qui mérite d'être reconsidérée.

Un peu d'Histoire : en Décembre 1959, Jean Roba cherche à percer dans la bande dessinée et propose ses services au Journal de Spirou. Yvan Delporte, mythique rédacteur en chef de l'époque, l'aime bien mais pas le patron, Charles Dupuis. Pourtant, grâce à une ruse du premier, Roba réussit à placer ses premières pages de Boule et Bill dans un numéro sans les signer, et Dupuis en les lisant est conquis, réclamant de rencontrer l'auteur. Il accepte alors de l'accueillir dans son écurie.
Avant de gagner ses galons de vedette, Roba, qui vient du dessin publicitaire, intègre le "studio" de Franquin et lui prête main-forte pour trois mini-récits de Spirou et Fantasio destinés à être publiés dans Le Parisien Libéré, pour donner plus de visibilité à la série en France. Il dessine ainsi les décors, quelques véhicules et personnages secondaires dans les histoires Spirou et les Hommes-Bulles, Les Petits Formats et Tembo Tabou.
Franquin apprécie aussi Roba, dont la contribution est remarquable. C'est ainsi, comme nous l'apprend la préface de cette première Intégrale, qu'il lui parle d'un projet antérieur de quatre ans (1957 donc), conçu par Joël Azaria et Marcel Denis, dont il avait trouvé le titre : La Ribambelle. Cette ébauche tient à coeur à Franquin qui a été un lecteur d'une série américaine des années 20 sur une bande de gamins, les Rantanplan (Rinkeydings en vo), dont le héros Bicot (Perry en vo) a bercé sa jeunesse. Or, Roba était aussi fan de ce titre !
Le départ de Azaria pour le journal Tintin et la défection de Marcel Denis laissent la voie libre à Roba qui s'empare de leur idée et la retravaille, en tenant compte des exigences de l'éditeur qui refusait de publier les aventures de gosses des rues. C'est ainsi que naissent Phil, Archibald, Dizzie, Grenadine, Atchi et Atcha.

Ce volume regroupe leurs trois premières aventures, écrites et dessinés par Roba, avec l'aide de Vicq au scénario du troisième récit. 
Un mot sur Vicq : voilà un personnage étonnant ! Antoine Raymond, de son vrai nom, a collaboré à plusieurs séries (Gaston Lagaffe, Boule et Bill, Lucky Luke, Théophile et Philibert...), et était un partenaire de Roba, mais affligé d'un caractère tourmenté et imprévisible. Cela le plongea dans l'alcoolisme, sans jamais qu'il s'en délivre. Puis, en 1987, après des années de bons et loyaux services, il s'est volatilisé du jour au lendemain. C'est Yvan Delporte qui a eu confirmation de son décès la même année. Une histoire digne d'un scénario de BD...

Revenons aux albums de cette Intégrale. 
Dans le premier d'entre eux, le titre est un sorte de programme en soi, résumant le récit où les jeunes héros doivent se battre pour devenir les propriétaires du terrain où ils se retrouvent. L'intrigue présente de manière à la fois très classique, linéaire, et efficace chacun des membres de la bande, en commençant par Archibald qui, sans en être le leader déclaré, en est la vedette. Ce petit anglais volubile, malin, aux expressions "franglaises" amusantes), compte avec son majordome James, le seul adulte complice du groupe, un indéfectible partenaire. Il est entouré par Phil, un blondinet au tempérament volontaire et mesuré ; Dizzie, un jeune noir trompettiste de jazz (l'autre apport de Franquin à la série, un hommage à Dizzy Gillespie qu'il adorait) de nature prudente (voire fébrile) ; Grenadine, la seule fille de l'équipe, toujours là pour remarquer les tendances belliqueuses des mâles tout en jouant les infirmières ou en passant le temps à tricoter (rappelons qu'on est en 1966, que les personnages féminins en BD ne sont pas nombreux, que la censure veille et que la libération de la femme est loin d'être acquise...) ; et les jumeaux asiatiques Atchi et Atcha, aussi philosophes et généreux en aphorismes moralistes que doués en arts martiaux (là aussi, il ne faut pas s'offusquer des clichés dans une production aussi inoffensive).
Les méchants sont identifiés rapidement : la bande des Caïmans menée par Tatane, gamin aux allures de néo-blouson noir, s'active pour chiper leur repaire à la Ribambelle, mais la hargne de leur leader est compensée par la bêtise de ses deux fidèles lieutenants. Arsène Grofilou, le promoteur immobilier, est désigné comme le vilain adulte, plus dangereux car disposant d'autres armes (en premier lieu sa fortune).
On peut d'abord être perplexe devant la minceur de l'argument : tenir 44 planches avec une histoire de gamins devant réunir 250 000 francs pour garder un terrain vague, ça ne semble pas aller bien loin. Mais Roba déploie habilement ses rebondissements et, fort, de son casting généreux, rythme son aventure avec un humour bon enfant et un dynamisme constant. On ne s'ennuie jamais et jusqu'au bout l'issue est incertaine, avec un final aussi acrobatique que jubilatoire.

Le deuxième récit confirme immédiatement la préférence de Roba pour le personnage d'Archibald, puisque celui-ci est le moteur de l'intrigue en entraînant les cinq autres jusque dans son Ecosse natale.     
Comme pour La Ribambelle gagne du terrain !, il est question de propriété sur des terres, mais dans des dimensions élargies, non seulement parce l'action se déplace à l'étranger, avec ce que cela suppose d'exotisme, de danger, mais aussi parce que les belligérants ne sont plus seulement les six gamins contre les Caïmans et/ou un adulte, mais deux familles dont le contentieux dure depuis des siècles. L'innocent combat pour la possession d'un espace à soi est remplacé par une guerre de clans pour tout un domaine, selon des règles plus perverses car adoptées par des adultes.
En lisant La Ribambelle en Ecosse, on ne peut qu'être troublé par le fait que des enfants y sont placés dans des situations de grandes personnes, au point de participer activement à leur conflit et de devoir le résoudre après avoir compris qu'il ne cesserait pas par la simple victoire d'une partie. Le récit n'est pas vraiment violent, mais pour le coup, c'est assez ironique de remarquer que Dupuis (et la censure) refusait des histoires de gosses des rues mais tolérait une aventure où des mouflets devenaient des soldats dans une bataille clanique, risquant à tout moment d'être écrasés par un arbre (les écossais se battant en pratiquant le "caber" (consistant à lancer des lourds troncs d'arbres ébranchés) !
Là encore, Roba se montre très efficace : tout ça se déroule sur un tempo soutenu, avec des relances dramatiques régulières, une galerie de seconds rôles bien campée, dans un cadre dépaysant et impeccablement exploité (notamment lors de scènes nocturnes aux ambiances intenses). Les dialogues donnent en outre du piment à l'ensemble, avec tous ces Mac écossais et les tonitruants cris de ralliement ("Makingdomforrrabottl' !", "Mac Kangbang forever !").
Roba expliquera qu'il avait commencé la rédaction du script avec Vicq quand celui-ci s'éclipsa subitement pendant plusieurs semaines, le contraignant à terminer l'écriture seul.

Enfin, le troisième récit est écrit par Vicq seul. Il a imaginé une histoire plus longue que les précédentes puisqu'elle aboutit à 60 planches (contre 44 pour chacune des deux autres précédentes).
L'argument repose là encore sur un thème souvent utilisé dans d'autres BD puisqu'il s'agit d'un concours auquel participent les héros (on pense évidemment à Spirou et les héritiers ou Le Repaire de la Murène), et correspond à ce qu'une revue comme Le Journal de Spirou exigeait de ses auteurs pour un jeune lectorat, avec un aspect éducatif, exemplaire. La confection d'un machine volante qui fonctionnerait grâce à l'énergie musculaire du pilote ressemble au résumé d'un défi lancé aux fans, qui n'avaient ainsi aucun mal à s'identifier à la Ribambelle.
Tout comme le premier tome, la légèreté de cette trame étonne mais Vicq accomplit de vraies prouesses en parvenant à produire une succession de péripéties accrocheuses. L'intérêt du lecteur n'est jamais déçu, on doute jusqu'au bout de la réussite de l'entreprise (à la fois du scénario et du projet des héros).
C'est l'occasion, après le voyage en Ecosse, de retrouver la Ribambelle en terrain connu, et donc confronté à leurs adversaires habituels avec les Caïmans. Tatane s'échine encore à concurrencer Archibald et n'hésite pas à le faire enlever par ses deux acolytes, mais l'ingéniosité malicieuse du petit bonhomme, plus l'intervention de ses copains et de James le majordome, a raison du garnement. Vicq en profite pour développer une intrigue secondaire en montrant comment, abusés par Archie et Phil, les Caïmans fabriquent eux aussi un avion auquel il manque un élément purement fantaisiste mais dont ils sont convaincus qu'il leur assurera la victoire.
La démonstration finale aurait mérité quelques pages de plus, mais avec 60 pages, on est quand même rassasié. De plus, La Ribambelle s'envole est clairement signalé, à la dernière page, comme le premier volet d'une aventure en deux parties (La Ribambelle aux Galopingos, dans l'Intégrale tome 2).
La maîtrise narrative de Vicq excuse l'aspect sommaire de la caractérisation car les gamins restent cantonnés à des rôles moins riches que le projet initial semblait le promettre (un dessin de Roba indique que chacun des membres de la bande était en fait d'une nationalité différente : par exemple, Grenadine devait être allemande, Phil scandinave, Dizzie hollandais).

Le dessin de Roba est merveilleusement beau. C'était un artiste qui savait représenter les enfants avec un vrai génie, en les rendant expressifs. Son trait rond est d'une prodigieuse élégance, et les looks rétro de ces héros ajoutent au charme de la série.
Le talent de Roba rend la comparaison avec la reprise de la série par Zidrou et Krings (depuis 2011, deux nouveaux albums sont parus) très cruelle pour ses successeurs : il y a une générosité, une simplicité, un raffinement exquis dans l'oeuvre originale que sa relance n'a pas réussi à reproduire, et cela tient autant à la fraîcheur des histoires qu'à la qualité du dessin.
Le traitement des décors est aussi exemplaire : comme Franquin, Peyo et les maîtres de l'école de Marcinelle, Roba savait doser les arrière-plans de telle manière que le regard du lecteur n'était jamais ralenti mais jamais frustré non plus. L'épisode en Ecosse est cet égard un modèle du genre, on s'y croirait, et pourtant tout est fait avec une économie épatante. Ponctué par des scènes nocturnes sublimes, avec des jeux d'ombres soignés, mais aussi un lettrage qui est un élément à part entière du graphisme, le récit offre son lot de pages mémorables.

Il va maintenant falloir que je mette la main sur la seconde Intégrale. En attendant, n'hésitez pas, comme moi, à vous procurer ce premier tome et (re)découvrez cette perle rare qui vous donnera le sourire comme toutes les bonnes BD méconnues.

lundi 23 juin 2014

Critique 468 : SPIROU ET FANTASIO, TOME 24 - TEMBO TABOU (Et d'autres galipettes du Marsupilami), de Franquin, Roba et Greg


SPIROU ET FANTASIO : TEMBO TABOU (Et d'autres galipettes du Marsupilami) est le 24ème tome de la série, publié en 1974 par Dupuis. L'album comporte 4 histoires : Tembo Tabou, écrite par Greg et co-dessinée par Franquin et Roba ; La Cage, écrite et dessinée par Franquin (avec des décors de Will) ; une histoire sans titre, écrite et dessinée par Franquin; et Marsupilami-Sport, écrite et dessinée par Franquin.
(Extrait de Tembo Tabou.
Textes de Greg, dessins de Franquin et Roba.)

- Tembo Tabou (29 pages). Spirou, Fantasio, Spip et le Marsupilami sont partis pour le Kwakildila, en Afrique, pour y retrouver l'écrivain Thirstywell, porté disparu mystérieusement. Dans la jungle où ils campent, les héros croisent des éléphants rouges qui effraient les indigènes, des pygmées, victimes par ailleurs d'un racket par des bandits qui convoitent l'or sur leur territoire. Et si ces rançonneurs étaient impliqués dans la disparition de Thirstywell ?

- La Cage (6 pages). Le chasseur Bring M. Backalive est spécialisé dans la capture d'animaux rares et il croit avoir fait sa plus belle prise en attrapant un bébé Marsupilami. Mais l'animal va lui donner du fil à retordre...

- Histoire sans titre (6 pages). A Champignac-en-Cambrousse, la présence du Marsupilami occasionne une série de situations aussi amusantes pour l'animal qu'éprouvantes pour ses maîtres et le voisinage.

- Marsupilami-Sport (2 pages). Le Marsupilami fait encore des siennes en assistant à des manifestations sportives.

Quand cet album est publié par Dupuis, André Franquin n'anime plus Les Aventures de Spirou et Fantasio depuis 6 ans et ce recueil, dont il a désapprouvé la conception par la suite, est effectivement un produit fait de bric et de broc, indigne de l'éditeur et irrespectueux envers l'auteur emblématique de la série (alors conduite par son successeur, Fournier, depuis 4 albums).
Mais est-ce quand même mauvais ? 

Tout d'abord, il faut resituer historiquement le matériel de ce tome. En 1958, les éditions Dupuis passent un drôle de marché avec l'hebdomadaire "Le Parisien Libéré" : chaque semaine, celui-ci publiera six bandes inédites de Spirou et Fantasio afin d'offrir une meilleure visibilité à la série en France. La naïveté de l'éditeur belge est sidérante avec le recul puisque l'hebdo recevra ces planches sans avoir à les payer !
Mais, cependant, les auteurs, eux, sont normalement rétribués par Dupuis. Les auteurs, car il y en a plusieurs : en effet, en 1958, Franquin est un homme bien occupé puisqu'il signe la série Spirou et Fantasio, de nombreuses illustrations pour le "Journal de Spirou", mais aussi Gaston Lagaffe (depuis 1957), sans oublier Modeste et Pompon (avec des scénarios de Greg et Goscinny) chez le concurrent, "Le Journal de Tintin" (que l'auteur a rejoint à la suite d'une brouille financière avec Dupuis, un différend vite réglé mais qui n'empêchera pas Franquin d'honorer son engagement pendant 4 ans avec les éditions du Lombard).

Quand le deal avec le "Parisien Libéré" est conclu, Franquin doit recruter pour l'aider dans cette nouvelle tâche. Son fidèle décoriste Jidéhem officiant déjà sur Spirou et Fantasio et Gaston, l'artiste donne sa chance à Jean Roba (qui a six ans de moins que lui et n'est pas encore connu comme le créateur de Boule et Bill) et sollicite encore une fois la plume de Greg. La boucle est bouclée : ayant lui-même débuté dans le "studio Gillain", Franquin est à son tour à la tête d'une équipe (même si, dans les faits, cela sera moins familial qu'avec Jijé et ses copains Morris et Peyo à la fin des années 40).

De 1958 à 1960, Dupuis et le groupe conduit par Franquin fournira ainsi trois histoires courtes inédites pour "Le Parisien Libéré" - Tembo Tabou, Les Hommes-Bulles et Les Petits Formats (ces deux dernières seront publiées en albums comme récits principal ou secondaire du tome 17, Spirou et les Hommes-Bulles).
Pourquoi alors Tembo Tabou (l'histoire et l'album) sont-ils parus si tardivement en recueil ? Il semble que ce soit le manque de matériel suffisant pour constituer un album qui ait retardé l'affaire, mais aussi le fait que Dupuis ait assemblé ce produit dans le cadre d'une édition avec la Hollande dans les années 70. Quoi qu'il en soit, il est surtout évident que, même si Fournier rencontrait un beau succès depuis sa reprise de la série, Dupuis a toujours souhaité qu'il produise plus et plus vite (ce qui conduira le breton à jeter l'éponge et l'éditeur à vouloir confier le titre à plusieurs équipes d'auteurs au début des années 80) et puis promettre un "inédit" de Franquin était la promesse de ventes encore meilleures.

Le contenu, maintenant : il est bien entendu très inégal, mais demeure étonnamment agréable. L'histoire principale, qui donne son titre à l'album, a été réalisée, comme Les Hommes-Bulles et Les Petits Formats, à "six mains", même si Tembo Tabou a servi à essuyer les plâtres de ce dispositif. Dans les faits, cela se traduisait ainsi : Franquin a laissé carte blanche à Greg pour inventer l'intrigue (même si on devine que l'artiste a suggéré une aventure exotique), puis il découpait les planches en dessinant précisément les héros, les véhicules et les éléphants (un animal qu'il affectionnait particulièrement) tandis que Roba se chargeait des personnages secondaires et de la plupart des décors.
Le récit est amusant et bien construit, Greg y fait preuve de maîtrise et de sobriété (y compris dans les dialogues qui échappent à son goût des bavardages). Cette expédition le long du fleuve Labatou-Tobou à la recherche de Thirstywell a même des faux airs de Au coeur des ténèbres de Joseph Conrad. En tout cas, il y a de l'action et des scènes mémorables, où le Marsupilami est bien mis en évidence (on lui découvre un nouveau don : il est fourmilier !).
Visuellement, le combo Franquin-Roba aboutit à un résultat de toute beauté : la représentation de cette Afrique de carte postale est magnifique, le découpage est classique mais d'une fluidité exemplaire, on se régale.

La Cage est un court récit ultérieur et cela se voit tout de suite avec le dessin de Franquin qui a alors beaucoup évolué pour adopter un trait plus nerveux, un tracé moins fermé. Ce qui sert d'histoire est vite expédié (même si l'auteur racontera qu'il aurait aimé exploiter davantage le personnage de Backalive, le chasseur) et n'est qu'un prétexte pour mettre en scène le Marsupilami, même s'il n'accomplit là rien de plus extraordinaire que dans les meilleurs épisodes où il accompagnait Spirou et Fantasio.
Will (le futur dessinateur de Tif et Tondu, qui avait déjà assisté Franquin sur Les Pirates du Silence, le tome10 de Spirou et Fantasio, et dont il dessinera plus tard Isabelle, co-écrit par Yvan Delporte et Macherot) s'en donne à coeur joie pour représenter la jungle palombienne. 
Franquin reconnaîtra que s'il avait gardé la propriété exclusive du Marsupilami, c'était parce qu'il était convaincu que la bestiole pouvait vivre dans une série à elle. Commercialement, il est vrai que c'est devenu une affaire juteuse, avec des albums et une flopée de produits dérivés. Mais le même Franquin admettra plus tard qu'il avait, en privant ses successeurs à la tête de Spirou, brisé un des éléments de la dynamique de la série (un peu comme il s'était passé de Seccotine en se laissant convaincre par l'équipe éditoriale, certains amis et lecteurs, qu'elle n'apportait rien d'essentiel). La Cage est l'illustration parfaite de cet erreur stratégique de Franquin.

On peut passer aussi vite sur l'histoire sans titre et Marsupilami-Sport, deux greffons très dispensables (à moins d'être vraiment inconditionnels de la créature), juste là pour arriver à un album de 46 pages. Certes, le Marsu est irrésistible, il suffit de le voir en action pour avoir le sourire, et Franquin, même sans forcer son talent, est capable de suggérer le mouvement avec une facilité confondante. Mais bon, on comprend aussi pourquoi il n'était pas content de voir ces pages dans un album de Spirou à cause d'un éditeur juste bon alors à faire un "coup" commercial pathétique.

Voilà, c'est un peu du Spirou hors-série, une ultime relique de Franquin avec le héros, et un produit sans gloire. Mais Tembo Tabou est un petit épisode sympa en soi (plus que QRN sur Bretzelburg et encore plus que Panade à Champignac/Bravo les Brothers), vestige d'une époque bien antérieure à sa publication en album, quand la série alignait les classiques.

vendredi 14 janvier 2011

Critique 203 : SPIROU ET FANTASIO, TOME 17 - SPIROU ET LES HOMMES-BULLES, de Franquin et Roba

Les Aventures de Spirou et Fantasio : Spirou et Les Hommes-Bulles (Et les Petits Formats) est le 17ème album de la série, co-écrit et co-dessiné par Franquin et Roba, publié en 1964.
Il contient deux histoires d'une trentaine de pages chacune : Spirou et les Hommes-bulles et Les Petits Formats.
*
- Spirou et les Hommes-bulles : Spirou, Fantasio et le comte de Champignac apprennent l'évasion de John Héléna dit "la Murène" (qu'ils ont affronté dans Le Repaire de La Murène). Le bandit a évidemment l'intention de récupérer l'or resté dans l'épave du "Discret" et nos héros vont s'employer à l'arrêter.
Dans le Sud, ils sont hébergés par Herbert d'Oups, un riche excentrique désirant leur venir en aide. Après une plongée, Spirou délire sur des "hommes-bulles" mais le Marsupilami confirme qu'il se passe quelque chose dans les profondeurs qui n'a rien du fruit de l'imagination du groom.
Tandis qu'Héléna est appréhendé bêtement avec son complice et l'or remonté du "Discret", Spirou confond d'Oups dont il découvre la cité sous-marine, alimentée en oxygène par les anciennes machines de "la Murène".
Mais tout le monde promet de garder le secret sur cette construction pour éviter dans faire une attraction touristique qui compromettrait l'environnement.

-Les Petits Formats : La disparition subite de Fantasio alors qu'il devait interviewer le docteur Solfatare, collectionneur de miniatures, décide Spirou à enquêter.
C'est avec effroi qu'il pense retrouver son ami réduit à la taille d'une figurine mais le comte de Champignac le rassure en lui apprenant qu'il s'agit d'une photo en trois dimensions. Cela met Spirou sur la piste du photographe Flashback qui a mis au point (enfin, presque...) un dispositif permettant ce procédé mais rendant le modèle amnésique.
Fantasio erre, sans souvenir, et son comportement lui attire des ennuis mais permet à Spirou de le retrouver. Le comte et Flashback améliorent le dispositif de ce dernier et soigne Fantasio.

Ce curieux volume paraît deux ans après L'Ombre du Z et indique que Franquin est à la fin de son run sur Spirou : en effet, il se consacre désormais de plus en plus à sa création, Gaston Lagaffe, avec lequel il peut développer sa science du gag en une page après Modeste et Pompon et faire évoluer son dessin dans un style plus nerveux, éloigné des canons de "l'école de Marcinelle". C'est ainsi qu'il réalisera encore deux tomes de Spirou (QRN Sur Bretzelburg et Panade à Champignac). Bref, l'âge d'or du run de Franquin sur Spirou est bien révolu.
Ces deux histoires ont été écrites par Franquin avec Roba, le créateur de Boule et Bill (qui apparaissent d'ailleurs dans une scène), et ont été rassemblés en un album sans avoir été conçu pour cela au départ. La forme du livre rappelle les tomes 1 et 3, avec ses collections de mini-récits co-signés avec Jijé.
Néanmoins, les scénarios sont bien plus aboutis que dans Quatre aventures de Spirou et Fantasio et Les Chapeaux noirs, reprenant pour le premier des éléments d'un classique comme Le Repaire de la Murène. La seconde intrigue flirte avec le fantastique et l'angoisse, genres qui ne seront que revisités par Tome et Janry bien plus tard, et s'avère efficace et énergique.

Graphiquement, Franquin collabore aussi avec Roba avec lequel il semble s'être bien réparti le travail, se réservant le dessin des personnages et laissant décors et encrage à son partenaire de luxe. Le résultat est aussi abouti qu'au temps de son association avec Jidéhem, mais la mise en couleurs a mal vieilli (peut-être cela a-t-il été corrigé lors de l'impression des intégrales...).

Toutefois, cela n'est pas (plus) à la hauteur des sommets de la série : cela reste agréable mais le génie est retourné dans sa bouteille - ou s'est libéré dans les pages de Gaston, dans un registre loufoque bien différent.
De l'aveu même de Franquin, il aurait dû quitter la série après le dyptique du "Z" : il faut saluer cette lucidité et s'en tenir là pour ce qui est de son run sur Spirou.