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mardi 26 décembre 2023

THE MARVELS : Error System


The Marvels est d'ores et déjà le plus cuisant échec commercial du MCU. Mais, sans être méchant, c'est mérité. Et surtout c'était quelque part inévitable tant ce film a été produit en dépit du bon sens. Il signe en vérité l'échec d'une stratégie imposée par Kevin Feige au début de la Phase IV. Mais, aussi curieux que cela puisse paraître, c'est peut-être un mal pour un bien...

Ce qui suit contient des SPOILERS !
 

La destruction de l'Intelligence Suprême, qui dirigeait l'empire kree, par Captain Marve, a fait sombrer ce peuple dans une guerre civile et la désolation. Depuis trente ans, les ressources du monde -trône Hala se sont épuisées, la sécheresse sévit, l'air y est devenu irrespirable, son soleil se meurt. Dar-benn, une jeune juge, s'est érigée en leader, promettant de corriger cette situation et de tuer celle qu'elle appelle "l'annihilatrice" - Captain Marvel.


Pour cela, elle met la main sur un bracelet quantique qui lui permet d'ouvrir des brèches spatio-temporelles. L'une d'elles est détectée par le S.A.B.E.R. (Strategic Aerospace Biophysics and Exolinguistic Response), dirigée par Nick Fury, qui a sous ses ordres l'agent Monica Rambeau, la nièce de Carol Danvers/Captain Marvel, qui elle surveille ce portail à son autre extrémité. Chez elle, dans le New Jersey, Kamala Khan voit son bracelet quantique briller inexplicablement et quand Carol et Monica activent leurs pouvoirs, elles échangent leurs places.
 

Nick Fury et Monica rendent visite à Kamala, rejoints par Carol Danvers. Elles comprennent qu'elles ont en commun leurs pouvoirs sur la lumière et qu'elles doivent faire équipe pour résoudre cette affaire de brèches. Elles partent donc pour la planète Tarnax que Captain Marvel a trouvé pour donner un refuge aux skrulls, les ennemis de toujours des kree. Mais Dar-benn les a devancées et en ouvrant un portail en aspire l'atmosphère. Carol, Monica et Kamala évacuent le plus de skrulls possibles puis les confient à Valkyrie qui les transportent à la Nouvelle Asgard..


Carol comprend que Dar-benn s'en prend à des mondes qui lui sont chers et emmènent donc Monica et Kamala sur Aladna, composée en majorité d'eau. Elle s'y est jadis fiancée au prince Yan qui les aide à affronter Dar-benn et son armada. Mais le combat est déséquilibré et Kamala se fait dérober son bracelet quantique.


Obligées de battre en retraite à contrecoeur, Carol sait que la prochaine cible de Dar-benn sera la Terre ou plus exactement son soleil. Pour se préparer à un nouveau combat contre Dar-benn, elle s'entraîne avec Monica et Kamala puis contacte Nick Fury pour l'avertir de la situation. Dar-benn commence déjà à ouvrir une brèche avec ses deux bracelets quantiques lorsque les trois héroïnes surgissent.


Lorsqu'elle déchaîne ses pouvoirs contre ses adversaires, Dar-benn est consumée par les bracelets quantiques. Il reste cependant à refermer le portail ouvert et Monica se sacrifie. Kamala rentre dans le New Jersey retrouver ses parents et explique que Carol est repartie pour Hala. Là-bas, elle régénère le soleil et sauve les kree d'une mort annoncée.

Deux scènes supplémentaires interviennent durant le générique de fin : 

- dans la première, Kamala Khan aborde Kate Bishop, la disciple de Clint Barton/Hawkeye, pour lui proposer de former une équipe avec d'autres jeunes héros ;

- dans la seconde, Monica se réveille auprès de sa mère, Maria, et du Dr. Hank McCoy/le Fauve, qui l'ont récupérée dans un univers parallèle. Monica doit expliquer à Maria qu'elle est bien sa fille et comment elle est arrivée ici.

Flashback : nous sommes en 2019 et Spider-Man : Far From Home conclut la Phase III du MCU (Marvel Cinematic Universe), trois mois après le triomphe de Avengers : Endgame, climax de 11 années de films adaptés des comics Marvel. Kevin Feige, producteur de tous ces longs métrages et grand architecte de leur mise en chantier, est le roi du monde.

Il annonce alors les projets pour la Phase IV dont l'exploitation débutera en 2021 avec le film Black Widow. Son ambition est grande mais personne ne la contesterait : il entend étendre le MCU sur grand et petit écran avec, pour ce support, des séries mettant en scène des personnages secondaires et parfois encore inédits. La plateforme Disney + les programmera mais surtout, dans l'idéal, les fans pourront apprécier une expérience encore plus grande des super-héros Marvel.

Shang Chi et la légendes des dix anneaux, Les Eternels, Spider-Man : No way home, Doctor Strange in the Multiverse of Madness, Thor : Love and thunder, Black Panther : Wakanda forever, Ant-Man et la Guêpe : Quantumania, Les Gardiens de la Galaxie volume 3, et donc The Marvels vont se succèder en salles. Tandis qu'en streaming on découvrira WandaVision, Falcon et le Soldat de l'Hiver, Loki (saisons 1 et 2), What if...?, Hawkeye, Moon Knight, Ms. Marvel, She-Hulk : Avocate et Secret Invasion.

Et autant dire que tout ne va pas se dérouler exactement comme l'avait espéré Kevin Feige. Entre temps, Bob Chapek, le patron de Disney, critiqué pour sa gestion, sera limogé et remplacé par celui auquel il avait succédé, Bob Iger, qui, depuis, a changé de braquet en exigeant des économies (et donc en licenciant massivement). Les responsables des effets spéciaux râlent contre des conditions de travail intenables. Et la grève des scénaristes et des acteurs paralysera tout Hollywood pendant plusieurs mois.

Mais surtout le succès n'est plus automatique pour les productions Marvel. La critique se fait aussi plus assassine, étrillant de gros projets. Et les fans n'accrochent pas à cette saga du Multivers censée succéder à celle des Pierres d'Infinité et de Thanos qui a couru sur les Phases I à III. La belle mécanique s'est enrayée.

Chacun y est allé de son diagnostic : lassitude envers les super-héros ? Manque de lisibilité dans l'intrigue générale ?  Même des cinéastes "nobles" s'en sont mêlés, comme Martin Scorsese qui a qualifié les films de super-héros de produits plus proche des parcs d'attraction que du cinéma, même si d'autres les défendent, comme Christopher Nolan, qui disent qu'il en faut pour tous les goûts et qu'ils participent à la bonne santé économique de l'industrie.

Pour ma part, sans revenir dans le détail sur ce que j'ai aimé ou pas dans cette Phase IV, j'ai été dès son départ perplexe sur cette synergie entre ciné et télé, sur le choix de Kang comme nouveau grand méchant du MCU (et sur l'acteur qui l'incarnait, Jonathan Majors, très cabotin), et une absence criante de liant entre tout ça. Le concept même de Multivers, compliqué à expliquer, a surtout échoué à convaincre et je pense qu'il faudrait carrément ne plus le traiter (même si je doute qu'une décision aussi drastique soit prise).

The Marvels, pour en revenir à lui, est une sorte de concentré de toutes ces erreurs tactiques, narratives, esthétiques. C'est une sorte d'erreur aberrante dans un système, au point qu'on se demande comment un tel film a pu être validé tel quel ou, comme cela semble être le cas maintenant que des langues se délient, comment il a été charcuté pour ne ressembler à ce point à rien.

C'est très simple en vérité : comment a-t-on pu croire que c'était une bonne idée de faire une suite à Captain Marvel en excluant le nom de l'héroïne du titre et en lui associant deux autres personnages uniquement vus dans des séries télé, et encore pour l'une d'entre elles dans un rôle très secondaire ? C'est un vrai mystère et une hérésie. Ce qui faisait la force du MCU pendant sa première décennie, c'était justement la manière dont les héros faisaient connaissance progressivement, pour former l'équipe des Avengers d'abord, puis affronter Thanos ensuite. Et si ça fonctionnait, c'est parce que tous les personnages étaient issus d'un même format (le film), sur un pied d'égalité donc.

Mais Ms. Marvel et Monica Rambeau sont issus de séries Disney +, par ailleurs très diversement appréciées. Ms. Marvel était sympathique mais souffrait d'un scénario très faible tout juste compensé par l'abattage de sa jeune vedette, Iman Vellani. Monica Rambeau, jouée par Teyonah Parris, était un second rôle dans WandaVision, qui acquérait ses pouvoirs d'une façon très opportuniste (et complètement différente, comme Ms. Marvel, des comics), sans avoir marqué les esprits plus que ça - en tout cas certainement pas au point de devenir une tête d'affiche.

Ne revenons pas sur les réactions à l'égard de Brie Larson en Captain Marvel auxquels de soi-disant fans reprochaient de ne pas être assez souriante... Mais Larson est une actrice solide, oscarisée, et à qui il en faut plus que ça pour l'ébranler. Elle est à mon avis impeccable dans son rôle.

L'intrigue de The Marvels est aussi un cas d'école. Le film est court, le plus court de tous les films du MCU avec ses 1 h. 42. Mais justement on a souvent l'impression que le film se déroule en accéléré, comme s'il ne fallait pas perdre de temps. C'est très bizarre, surtout pour un studio qui n'a jamais lésiné sur la durée, accouchant souvent de montages un peu trop généreux. Ce n'est pas tellement qu'on a le sentiment qu'il manque de scènes, mais plutôt que tout est expédié, pas ou peu ou mal développé.

Quand le film débute, le spectateur doit intégrer des informations à toute vitesse et il ne s'agit pas de rien : l'empire kree a sombré, la planète Hala est condamnée, et tout ça par la faute de Captain Marvel - ce qui n'est quand même pas l'idéal pour ensuite affirmer que c'est quand même une héroïne... Celle qui lui en veut le plus et entreprend de résoudre cette crise est une jeune femme kree jouée par Zawe Ashton, une comédienne à l'absence de charisme effrayant, qui ne fait jamais peur, et qui connaîtra une fin pitoyable. L'armada qu'elle est censée commander est la plupart du temps invisible ou alors réduite à de la figuration, mise en scène avec une mollesse terrible.

Là aussi, des trolls sur Internet ont accablé la réalisatrice Nia DaCosta. Je ne connais pas son travail mais elle n'est tout simplement pas taillé pour une super production de ce type. Les rumeurs disent que la production a été chaotique, sans supervision, et que le montage final s'est fait sans elle (partie sur un autre projet), avec des coupes drastiques (d'où la durée du film). Quelle que soit la vérité, le résultat est calamiteux, sas personnalité, sans envergure, sans souffle.

C'est cependant, même si ce n'est pas difficile, moins affreux visuellement que Thor : Love and Thunder et surtout Ant-Man et la Guêpe : Quantumania, mais bon, ce n'est pas beau non plus. Les effets spéciaux sont pauvres, cheap, même pas ratés, juste misérables.

Mais ce n'est pas tout ! Comme d'habitude, on a droit à des scènes durant le générique de fin et elles sont affligeantes. La première réveille une arlésienne avec une évocation des Young Avengers (ou des Champions), soit une équipe de jeunes super-héros initiée par Kamala Khan qui aborde Kate Bishop : je n'ai rien contre cette éventualité mais je ne crois pas une seconde que quiconque ira voir un jour pareil film. Si Kevin Feige y tient vraiment, qu'il le produise comme un unitaire spécial sur Disney + (comme l'excellent Werewolf by Night).

En revanche, comment le même Feige a pu introduire pour la première fois le retour officiel des X-Men à la fin de The Marvels, qui plus est dans une scène aussi gênante, quel que soit l'angle sous laquelle on la considère ? Faut-il, comme je l'ai compris, entendre que les mutants vivent dans un univers parallèle ? Et faire de Maria Rambeau une revenante devenue l'héroïne Binaire (qui était à l'origine une incarnation cosmique de Carol Danvers)... Dans un sens, heureusement que The Marvels a été un bide, ainsi peu de gens ont vu ça et quand les X-Men auront enfin droit à leur film, personne ne se souviendra qu'ils ont été mentionnés ici pour la première fois.

En conclusion, deux remarques : 

- 1/ je pense qu'il existe bien une lassitude des films de super-héros - ou plus exactement des mauvais films de super-héros, trop (mal) produits, réalisés, écrits. Le succès des Gardiens de la Galaxie vol. 3 a prouvé que le public appréciait encore le genre quand il était bien adapté, par un auteur inspiré. Mais je crois aussi qu'il est nécessaire, vital même, que Marvel/Disney fasse un break (comme DC/Warner), ne serait-ce que pour recréer de l'attente, du désir pour ces films et, à cet égard, qu'il n'y ait que Deadpool 3 qui soit programmé en 2024 est une bonne chose (même si ça aurait été encore mieux qu'il sorte en 2025).

- 2/ Il est tout aussi nécessaire d'arrêter de développer le MCU à la fois sur le petit et le grand écran, ou alors que les projets soient déconnectés. La stratégie de Feige ne fonctionne pas. C'est indigeste. D'ailleurs, il faut surtout moins produire de films de super-héros, refaire de chacun un événement, et de qualité. Le public ne veut plus de films moyens ou médiocres ni de héros de seconde main. The Marvels l'enseigne, durement.

mercredi 22 novembre 2023

Brie Larson nous donne des LESSONS IN CHEMISTRY


En attendant que je puisse voir The Marvels, j'en ai profité pour visionner les 7 épisodes de Lessons in Chemistry dont Brie Larson tient également le haut de l'affiche. Adapté du roman de Bonnie Gramus par Lee Eisenberg, cette mini-série suit le parcours d'une scientifique en butte au machisme de son époque. Dommage qu'en cours de route, l'histoire s'éparpille...

Ce qui suit contient des SPOILERS !


Elizabeth Zott, technicienne de laboratoire à l'institut de recherches d'Hastings, aimaerait mener ses propres projets mais la hiérarchie le lui refuse au profit de ses homologues masculins. Elle expérimente alors ses trouvailles chez elle en s'adonnant à son autre passion, la cuisine. Jusqu'à ce qu'elle soit remarquée pour ses compétences en chimie par la star de l'institut, le Dr. Calvin Evans, dont elle devient l'assistante.
 

Ensemble, ils travaillent sur un concept révolutionnaire, l'abiogenèse, à l'origine de la vie. Mais quand ils commencent à partager des sentiments amoureux, cela ne passe pas inaperçu et le le superviseur Donatti met en garde Liz si elle distrait Calvin. Ils décident alors de vivre ensemble et c'est ainsi que Liz fait la connaissance de la voisine de Calvin, Harriet Sloane, qui se bat contre un projet d'autoroute qui passerait dans leur quartier à majorité peuplé de noirs. Calvin accepte de soutenir cette cause mais entre temps ils présentent le résultat de leurs travaux, à lui et Liz. Hastings refuse cependant catégoriquement que la jeune femme co-signe la publication. Peu après, Calvin meurt, renversé par un bus.


Dévastée, Liz découvre grâce à Harriet le portrait à charge qu'un reporter du L.A. Times a écrit sur Calvin. Harriet exige un rectificatif, sans succès, mais évoque le projet d'autoroute sur lequel le journal va enquêter. Liz revient à Hastings pour trouver le labo qu'elle partageait avec Calvin vidée. Donatti lui cache qu'il a repris leurs travaux en s'appuyant sur leurs notes, prétendument détruites par mégarde. Et veut ensuite la virer quand elle apprend qu'elle est enceinte.


Liz donne naissance à une fille, Mad. Elle peut compter sur le soutien d'Harriet pour l'élever. Pour subvenir à ses besoins, elle aide des chercheurs de l'institut en secret et vend des Tupperware. Puis elle transforme sa cuisine en labo pour y reprendre ses recherches et en commandant du matériel au frais d'Hastings. Charlie, le mari d'Harriet, rentre de Corée et reprend son poste de chirurgien tandis que sa femme veut redevenir avocate.


Liz fait la connaissance du père d'une camarade de classe de Mad à qui sa fille donne ses goûters. L'homme est un producteur de télé et en apprenant la situation et les références de Liz, il lui propose d'animer une quotidienne sur la cuisine. Elle accepte après réflexion pour un salaire supérieur à celui qu'elle touchait et en profite pour dispenser ses leçons de chimie aux téléspectatrices. Le patron de la chaîne exige des changements mais le succès d'audience l'oblige à se raviser.


Tandis que Mad souhaite en savoir plus son père qu'elle n'a jamais connu et que sa mère rechigne à évoquer, Liz accepte d'aider Harriet à promouvoir une manifestation contre le projet d'autoroute à l'antenne. Pour ne pas léser l'équipe technique, elle la paie avec son propre salaire. Mad, elle, se tourne vers le révérend Curtis Wakely,  proche des Sloane, pour localiser l'orphelinat où à grandi Calvin. Le jour de la manifestation, Liz assiste à la répression brutale du mouvement par la police.
 

Liz accepte d'aider sa fille dans ses investigations. Calvin n'a jamais connu ses parents et ses dispositions précoces en sciences ont servi à l'orphelinat pour élaborer un breuvage ensuite commercialisé. Admis à l'institut Hastings, il en devient la vedette mais son caractère solitaire le rend asocial jusqu'à sa rencontre ensuite Liz. Pendant des années, il entretient une correspondance avec le révérend Wakely qui s'interrompt brutalement à sa mort. Wakely trouve enfin l'adresse de l'orphelinat où on jure à Liz et Mad n'avoir aucune trace du séjour de Calvin. Jusqu'à ce qu'elles trouvent une fiche dans un livre de la bibliothèque attestant qu'il y était. L'ouvrage était le roman préféré de Calvin, offert par la fondation Remsen qui lui offrit une bourse pour l'université.

Brie Larson divise. Bien qu'elle soit talentueuse, au point d'avoir décroché l'Oscar de la meilleur actrice en 2016 pour son rôle dans Room (où elle était remarquable), elle a acquis la notoriété mondiale en incarnant Carol Danvers/Captain Marvel dans le MCU en 2019.

Et c'est là que les ennuis ont commencé. Car une partie du public n'a pas apprécié son interprétation de l'héroïne, la jugeant "pas assez souriante"... Depuis, elle traîne une réputation de comédienne rigide auprès de certains pseudo-fans. Et, malheureusement, cela ne s'est pas arrangé avec la sortie récente de The Marvels (suite de Captain Marvel), boudé par le public (sans doute aussi sujet à une fatigue des films de super héros, soulignée par la qualité inégale des dernières productions Marvel).

Chez nous, quand un acteur veut retrouver de la crédibilité ou de la sérénité perdues au cinéma, il se tourne vers le théâtre. Aux Etats-Unis, on peut dire que la télé et les plateformes de streaming sont devenues le refuge de stars en quête de rédemption. Elles apportent un prestige certain à des productions qu'on n'aurait peut-être pas considérées avec attention sans elles.

Brie Larson a donc choisi de co-produire Lessons in Chemistry, l'adaptation du best-seller de Bonnie Garmus, et d'en jouer le premier rôle, celui d'une chimiste surdouée mais à qui son époque refuse de donner du crédit car le machisme domine. La présentation du personnage d'Elizabeth Zott est si soignée qu'on se demande si elle n'a pas vraiment existé mais aurait été oubliée par les livres d'Histoire en raison du contexte.

Zott va devenir l'assistante d'un scientifique renommé d'un prestigieux institut de recherches et nouer avec lui une romance qui connaîtra une fin prématurée et tragique. Tout est à refaire puisqu'on lui refusera le droit de co-signer la publication de leurs travaux révolutionnaires. Qui plus est, elle est enceinte de l'homme qu'elle aimait et qu'elle vient de perdre. Et puis le destin va mettre, au bout de sept années difficiles, sur sa route un producteur de télé qui lui offre d'animer un show culinaire où elle va dispenser son savoir au public via des recettes.

Si la série s'était contenté de suivre cette ligne narrative et ses conséquences directes, concrètes, sur la vie de Liz Zott, notamment dans l'impact de sa popularité sur ses relations avec sa fille, cela aura amplement suffit à alimenter les sept épisodes dans leur réflexion sur la place des femmes dans les années 50, leur accès au domaine d'excellence, bref leur émancipation dans une société corsetée. On pouvait même pousser un peu pour faire de la place au subplot concernant les origines de Calvin Evans et les investigations de Mad Zott (en dévoilant en parallèle et progressivement la correspondance entre le savant et le révérend Wakely : une intrigue secondaire qui éclaire sur les différences entre la rationalisme pur et la foi religieuse).

Mais Lee Eisenberg, le showrunner, a eu les yeux plus gros que le ventre : il a ajouté à cela le combat de Harriet Sloane, voisine de Evans puis du couple qu'il forma avec Zott, pour les droits civiques. En 1958, en effet, un certain Martin Luther King Jr. commençait à faire parler de lui pour réclamer que les noirs américains ne soient plus victimes de la ségrégation raciale.

Pourquoi pas ? Sauf que cela tombe comme un cheveu dans la soupe et surtout la série ne réussit absolument jamais à lier les deux thèmes. Pire : alors qu'on a pris fait et cause pour Liz Zott et sa propre bataille, elle devient presque antipathique quand elle doit expliquer qu'en s'impliquant dans l'action d'Harriet, elle risque sa carrière et compromet la situation de toute l'équipe qui vit grâce à son émission. Résultat : à la fin, l'histoire d'Harriet passe sous le tapis, comme si les scénaristes avaient compris qu'ils n'avaient ni la place ni le temps de la raconter, notamment à cause du récit concernant les recherches de Mad pour savoir d'où venait son père, qui il était.

C'est dommage. Il aurait fallu soit plus d'épisodes pour tout bien traiter, soit carrément sacrifier l'histoire d'Harriet (en se concentrant uniquement, par exemple, sur le retour de son mari, vétéran de la guerre de Corée et qui veut reprendre son travail de chirurgien alors qu'elle pensait qu'en revenant il la laisserait reprendre sa place d'avocate). Là, on a un personnage de trop, une histoire de trop. Non pas que celle d'Harriet soit moins intéressante, mais juste qu'elle encombre la série.

C'est d'autant plus dommage que l'interprétation de Aja Naomi King dans le rôle d'Harriet est magnifique et ses scènes avec Brie Larson sont excellentes. Larson elle-même est formidable, même si ses détracteurs lui reprocheront encore et toujours son jeu très intériorisé : elle ne cherche jamais à rendre Liz plus aimable, affable, elle n'est jamais dans la séduction. Mais elle est juste et impeccable. Dans la peau de Wakely, Patrick Walker est aussi épatant et on regrettera que la série ne dévoile son importance par rapport à Evans que si tard.

Lessons in Chemistry s'éparpille donc un peu trop, mais si vous n'êtes pas bêtement allergique à Brie Larson, alors c'est une série qui mérite le détour.

dimanche 12 mai 2019

AVENGERS : ENDGAME, d'Anthony et Joe Russo


Le voici : le dernier acte de "la saga de l'infinité" et la dernière aventure des Avengers dans l'incarnation que nous connaissons depuis 2012. Une page se tourne pour le MCU et ses fans, en fanfare compte tenu des scores pharamineux au box office mondial pour le film depuis sa sortie. Mais aussi avec une vraie émotion. Ce qui constitue le vrai exploit réalisé par les frères Russo.

Captain Marvel, la Veuve Noire, War Machine, Thor, Captain America, Rocket
(Brie Larson, Scarlet Johansson, Don Cheadle, Chris Hemsworth, Chris Evans, Bradley Cooper)

Trois semaines après le claquement de doigts de Thanos qui a fait disparaître la moitié de toute vie dans l'univers, Captain Marvel sauve Tony Stark et Nebula à la dérive dans l'espace. Elle les ramène sur Terre où demeurent les survivants de la bataille du Wakanda - Bruce Banner, Steve Rogers, James Rhodes, Natasha Romanoff, Rocket et Nebula. Grâce aux connaissances de cette dernière, ils localisent Thanos et partent à sa rencontre pour réparer ce qu'il a causé en récupérant les pierres d'infinité. Mais le titan a détruit les gemmes. Thor le tue dans un accès de rage.

Cinq après...

Cinq ans passent. Scott Lang/Ant-Man réussit miraculeusement à sortir du royaume quantique et gagne le Q.G. des Avengers, en comprenant en route ce qui s'est produit en son absence. Il explique à Steve Rogers et Natasha Romanoff que le temps s'est écoulé différemment pour lui et que là réside peut-être la solution pour sauver l'humanité, en remontant le temps. Contacté, Tony Stark refuse d'aider car il ne veut pas perdre Pepper Potts et leur fille, Morgan, sur un coup de dés. 

Clint Barton, James Rhodes, Tony Stark, Steve Rogers, Nebula, Rocket, Scott Lang,
Natasha Romanoff (Jeremy Renner, Don Cheadle, Robert Downey Jr., Chris Evans,
Karen Gillan, Bradley Cooper, Paul Rudd, Scarlett Johansson)

Rogers, Romanoff et Lang font ensuite appel à Bruce Banner (qui a réussi à concilier la force de Hulk en conservant ses capacités intellectuelles). Il est disposé à construire une machine temporelle mais en précisant que s'ils altèrent le passé, ils crééront des univers parallèles et ne répareront rien. Tandis que Hulk et Rocket partent chercher Thor, qui a sombré dans l'alcoolisme, en Norvège où il a bâti une nouvelle Asgard avec Valkyrie, Natasha traque Clint Barton, reconverti en tueur de gangsters depuis la disparition de sa famille, et Tony Stark, encouragé par Pepper, rejoint le projet des Avengers.

 En route pour le "casse temporel"...

L'opération vise à un "casse temporel" (dixit Ant-Man) en subtilisant les pierres d'infinité dans le passé avant Thanos. Quatre groupes sont formés pour atteindre des années et des lieux distincts. Rocket et Thor partent pour Asgard en 2013 où Jane Foster se remettait après avoir intégré l'Ether, l'énergie à la base de la pierre de Réalité.

 Tony Stark et Steve Rogers

Stark, Rogers, Banner et Lang se retrouvent à New York en 2012, lors de la bataille contre les Chitauri et Loki, pour reprendre à ce dernier la pierre de l'Esprit. Banner convainc l'Ancien de lui confier la pierre du Temps. Mais Rogers et Stark sont obligés de remonter jusqu'en 1970, dans une base du SHIELD, pour avoir la pierre de l'Espace.

 Nebula et War Machine

Nebula et War Machine arrivent en 2014 sur Morag où ils doivent voler la pierre du Pouvoir avant Peter Quill. Mais au moment de revenir en 2019, Nebula est stoppée par sa version de l'époque qui l'a repérée grâce à leurs implants cybernétiques communs et qui va permettre, sous la torture, à Thanos d'atteindre 2019.

 Natasha Romanoff et Clint Barton

La même année, sur Vormir, la Veuve Noire et Hawkeye récupèrent, au prix d'un terrible sacrifice, la pierre de l'Âme. Les Avengers sont à nouveau en 2019 avec les six pierres d'infinité. Il ne reste plus qu'à annuler le sort de Thanos... 

 Thanos (Josh Brolin)

Thor, toujours accablé par son échec cinq ans auparavant, se porte volontaire pour enfiler le gant d'éternité conçu par Stark. Mais craignant qu'il ne soit pas assez lucide à cause de son alcoolisme, Hulk prend sa place. Il claque des doigts...

 Le Q.G. des Avengers

... Et, grâce à un appel de sa femme sur le téléphone de Barton, l'équipe peut constater que les disparus sont revenus parmi les vivants. Malheureusement, les héros ne savourent pas longtemps leur joie.

 Thor (Chris Hemsworth)

Thanos, amené en 2019 par la Nebula de 2014, détruit avec son vaisseau le QG des Avengers. Il charge sa fille de récupérer le gant d'infinité et les pierres. Emergeant des décombres, Thor puis Iron Man et Captain America défient Thanos, sans réussir à l'abattre. Le titan va détruire la Terre et ses habitants pour avoir osé contrarier son plan, son armée débarque de son gigantesque vaisseau. La situation paraît perdue.


Mais les héros désintégrés ayant été ramenés à la vie, les voici qui surgissent, téléportés par le Dr. Strange, sur le théâtre de la bataille finale, formant une armada aussi impressionnante que celle de Thanos. La charge est lancée et se soldera par la victoire des héros, non sans avoir essuyé la perte d'un des plus emblématiques d'entre eux.

Depuis sa sortie le 24 Avril en France et deux jours après aux Etats-Unis, Avengers : Endgame n'est plus un simple film de plus dans le MCU ou même dans l'Histoire du cinéma : c'est un phénomène, en passe de devenir le plus grand succès commercial du Neuvième Art. Dans ces conditions, la critique devient étrangement décalée.

Mais pas impossible ni superflue. Car la question reste de savoir s'il s'agit d'un bon film, et aussi d'une conclusion satisfaisante aux dix premières années et à la vingtaine de longs métrages Marvel qui l'ont précédé.

Anthony et Joe Russo avec leurs scénaristes Christopher Markus et Stephen McFeely ont eu à relever un défi fou car Infinity War, le précédent opus des Avengers, avait marqué les esprits des spectateurs et des critiques par un dénouement extraordinairement culotté - la défaite des héros et la mort d'un paquet d'entre eux contre Thanos.

Le début de Endgame surprend franchement puisqu'en un quart d'heure ce qui reste des Avengers plus Captain Marvel, Rocket et Nebula débusquent fissa Thanos et Thor le décapite par dépit et colère en apprenant qu'il a fait en sorte que son grand nettoyage ne soit pas corrigé. Thor le décapite, dépit et furieux.

Une ellipse de cinq ans nous montre la situation des survivants et l'état du monde après la catastrophe jamais réparée. Les deux réalisateurs évoquent brillamment la magnifique série The Leftovers en quelques scènes où New York dans la brume semble abandonnée, vidée de toute population, puis une réunion à laquelle participe Steve Rogers ou la veillée de Natasha Romanoff, seule gardienne du QG des Avengers. Le climat est pesant, d'une infinie tristesse, témoignant de l'impuissance des héros, de leur quête de résilience, de leur impossible deuil.

Puis le deuxième acte s'ouvre avec le retour de Scott Lang, qu'on avait laissé prisonnier du royaume quantique à la fin de Ant-Man et la Guêpe. Découvrant la situation, il rallume l'espoir chez les Avengers en leur soumettant une idée folle pour ramener leurs chers disparus.

Le scénario mute alors en un récit d'aventures pur, devient un film de "casse temporel", où il s'agit de récupérer les pierres d'infinité avant que Thanos ne se les approprie dans le passé. L'argument, souvent supposé chez les fans, se vérifie mais son exécution est remarquable, à la fois divertissante et palpitante - avec à la clé une mise au point sur les risques d'altération du continuum espace-temps (dont les conséquences ne se lisent pas dans le présent mais par la création de nouvelles réalités parallèles).

Endgame s'offre alors le luxe jubilatoire  de revisiter de précédents opus du MCU comme le premier Avengers de 2012, Thor : le monde des ténèbres de 2013, Les Gardiens de la galaxie de 2014 et bien entendu Infinity War de 2018. Une fascinante et ludique rétrospective.

Mais pas seulement car, déjà, le scénario sacrifie un de ses personnages emblématiques. Le procédé est casse-gueule car dans les comics, on ne meurt jamais définitivement, tandis qu'au cinéma il faut convaincre le spectateur du contraire tout en parvenant à communiquer une émotion à la mesure de l'événement dans la narration. McFeely et Markus abattent parfaitement leur carte en rendant cette mort logique, étonnante et émouvante. On sent alors que Endgame mérite son nom : c'est bien la fin de la partie. Et pourtant ce n'est pas encore terminé.

Car, à la faveur d'une astuce, difficile à bien résumer, alors qu'elle est admirablement exposée dans le déroulement du récit, le troisième acte s'ouvre sur un coup de théâtre qui voit se succèder un moment de bonheur (l'opération réussie) et de terreur (la revanche de Thanos).

Ce dernier chapitre s'inscrit le plus franchement dans le registre super-héroïque, avec un déploiement d'effets spéciaux, de scènes spectaculaires, de morceaux de bravoure, à la fois attendus et encore surprenants. C'est sans doute là la plus grande gageure du film : surprendre encore avec de vieilles recettes, le folklore directement issu des comics.

On a droit au cri de guerre tant espéré, desiré ("Avengers rassemblement !"), Captain America digne de brandir Mjolnir, son bouclier brisé, le retour des disparus (grandiose), un clin d'oeil au "girls power" (un plan qui a bien entendu hérissé le plus machos, et tous les trolls qui passent leur temps libre à vomir sur Brie Larson à qui ils ne pardonnent pas ses propos sur la diversité et l'égalité - pauvres abrutis !), Spider-Man virevoltant, et ce final vraiment grisant et sobre à la fois - où un deuxième héros iconique fait ses adieux, tombant au combat. Avoir résisté au mélo, au pathos, à la grande scène d'agonie démontre encore la maîtrise et le talent et le bon goût des scénaristes et des réalisateurs.

Pas de scène post-générique de fin pour Endgame non plus : c'est vraiment la fin du livre (même si, évidemment, dans quelques années, Marvel relancera sa franchise, avec une nouvelle équipe, et peut-être une nouvelle saga). Les jouets sont rangés, non sans malice (l'arc narratif de Captain America, joué excellement par Chris Evans, alimentera les conversations) et avec des promesses alléchantes (Thor, à qui Chris Hemsworth a apporté un "relief" vraiment épatant, dont l'avenir prend une tournure très intéressante).

Le film suscite une certaine frustration car il ne donne pas à voir une grande réunion épique de tous les héros Marvel, comme dans Infinity War. Mais c'est aussi bien, et même mieux : c'est un retour aux basiques, un hommage à l'équipe initiale (même avec les additions de circonstances de War Machine, Ant-Man, Nebula et Rocket). Scarlett Johansson incarne de manière remarquable cet adieu à la fois triste et plein de panache, entourée par Mark Ruffalo et Jeremy Renner (qu'on retrouvera dans une série télé consacrée à Hawkeye). Les autres, apparus après Avengers en 2012, n'ont droit qu'à des miettes, mais forment une sorte de haie d'honneur pour la bande qui a rendu leurs carrières possibles - y compris Captain Marvel (dont les scènes ici ont en fait été filmées avant celles de son propre film !).

Pour tout cela, plus que des félicitations, on a surtout envie de dire, simplement mais sincèrement : merci. Ce fut un sacré voyage. Le MCU est désormais face à son destin (exister et continuer à prospérer avec de nouvelles têtes, faire fructifier les derniers arrivés). Périlleux mais exaltant. Cette partie est finie, la prochaine peut commencer.  

lundi 8 avril 2019

UNICORN STORE, de Brie Larson


Tourné en 2017, Unicorn Store est le premier long métrage réalisé par Brie Larson et il désormais visible sur Netflix. La plateforme a acquis ce projet en surfant sur le triomphe en salles de Captain Marvel qui vient de faire franchir un nouveau palier à l'actrice. Celle-ci montre en tout cas qu'elle n'a pas froid aux yeux en s'attaquant pour son premier effort derrière la caméra à un sujet bien perché, même si le résultat est inégal.

Kit (Brie Larson)

Kit est une jeune femme obsédée depuis l'enfance par les licornes. C'est donc naturellement qu'elle propose une fresque avec la créature comme motif pour son entrée dans une école d'art. Mais cela ne convainc pas ses professeurs qui la recalent. Elle est obligée de retourner vivre chez ses parents.

 Gary et Kit (Hamish Linklater et Brie Larson)

Pour les rassurer autant que pour tourner la page, Kit décide de se comporter sérieusement. Elle décroche un emploi comme intérimaire dans une entreprise où elle s'occupe des photocopies. Mais Gary, le vice-président, tombe sous son charme et la promeut pour présenter un projet publicitaire pour un aspirateur.

 Kit et le Vendeur (Brie Larson et Samuel L. Jackson)

Kit reçoit alors plusieurs cartes l'invitant à visiter un magasin où, promet-on, elle trouvera ce dont elle a besoin. Elle s'y rend, méfiante, et fait la connaissance d'un excentrique vendeur qui est prêt à lui vendre une licorne. Mais pour cela, elle doit s'en montrer digne, en commençant par lui préparer une écurie.

 Les parents de Kit, Gladys et Gene (Joan Cusack et Bradley Whitford)

Kit rencontre Virgil dans une boutique d'ameublement et le convainc de l'aider à bâtir l'écurie, en lui cachant la véritable raison, dans le jardin de ses parents. Ceux-ci s'inquiétent de voir leur fille s'embarquer dans un nouveau délire. Ils l'invitent à se joindre un dimanche à un campement en forêt avec les jeunes cas sociaux dont ils s'occupent. Kit avoue alors son projet.

 Le Vendeur et Kit

Le Vendeur recontacte Kit et lui annonce qu'une licorne sera bientôt livrée pour elle. Il s'enquiert des progrès de ses travaux pour héberger la créature. Tout à son enthousiasme, elle prépare une présentation exubérante pour l'aspirateur, alors qu'elle est en compétition avec les deux designers vedettes de l'entreprise.

 Kit vend "l'aspirateur fantastique"

Lors d'une démonstration folle, Kit sidère Gary et les publicitaires. Mais cela lui vaut un renvoi. Réconfortée par Virgil, dont elle s'est rapprochée, elle lui explique à son tour son histoire de licorne. Il croit qu'elle est la victime d'un escroc.

Kit et Virgil (Brie Larson et Mamoudou Athié)

Vexée, Kit entraîne Virgil jusqu'au Magasin. L'endroit est vide, semblant confirmer les soupçons de Virgil. Désemparée, Kit se dispute avec lui et rentre chez ses parents. La nuit durant, elle fourre dans un sac poubelle toutes ses affaires d'enfant pour s'en débarrasser.

Kit

Mais, au matin, elle est réveillée par des bruits dans le jardin et découvre que Virgil a achevé de construire l'écurie, décorée avec ses dessins. Le Vendeur lui téléphone pour la prévenir que la licorne est arrivée. Elle se précipite au Magasin, voit l'animal mais y renonce, au profit d'une autre cliente. Et Kit repart avec Virgil.

A l'origine de Unicorn Store, il y a un scénario écrit par Margaret McIntyre, qui a oeuvré sur la série Bored to death. Lorsqu'elle en entend parler, Brie Larson, alors lauréate d'un Oscar de la meilleure actrice pour Room (Lenny Abrahamson, 2006), auditionne pour le premier rôle. 

Sa conviction emporte l'adhésion de l'auteur qui accepte de lui en confier la mise en scène. En 2017, le film est présenté au TIFF (le festival du film de Toronto) où il est remarqué par la critique. Pourtant aucun distributeur ne l'achète.

Depuis Brie Larson a confirmé ses bonnes dispositions comme comédienne à suivre mais aussi "bankable", surtout depuis le triomphe récent de Captain Marvel (qui vient d'atteindre le milliard de dollars de recettes dans le monde). Netflix entre alors dans la partie et acquiert Unicorn Store pour le diffuser sur sa plateforme de streaming depuis le 5 Avril dernier.

Avec son pitch improbable, le projet ne manque pas d'audace et il en a aussi fallu à Brie Larson pour décider d'en faire le sujet de son premier long métrage. Victime de haters sur les réseaux sociaux parce qu'elle a réclamé une meilleure représentation des minorités dans les journalistes qui l'interviewait et parce qu'elle est en première ligne pour les combats féministes à Hollywood (parfois avec un peu trop de zèle - on se souvient qu'en 2017, elle refusa de serrer la main et d'applaudir Casey Affleck à qui elle remettait l'Oscar du meilleur acteur parce qu'il était accusé de comportement déplacé avec une de ses collaboratrices), l'actrice a essuyé de nouveaux quolibets avec son film.

Il n'est certes pas parfait, notamment parce que, selon moi, il souffre de deux erreurs. La première réside dans le fait que Larson s'est octroyé le premier rôle : si elle a l'âge de Kit, le personnage aurait sans doute mieux fonctionné avec une comédienne un peu plus jeune et moins connue. La seconde est d'avoir montré la licorne à la fin, une scène casse-gueule qui aurait gagné à rester plus suggestive car le message est alors claire.

En effet, Unicorn Store est un récit initiatique sur l'entrée dans l'âge adulte sans abandonner ses rêves d'enfant. Parfois, Brie Larson souligne un peu trop ses effets, cherche un peu trop à appuyer la fantaisie, alors que le propos se contenterait amplement de filer la métaphore (la licorne n'est rien d'autre que le symbole du passé de Kit qu'elle doit laisser filer pour avancer vers la maturité). Le personnage de Virgil agit comme un produit de contraste dans cette histoire puisqu'il est à la fois plus sage, raisonnable que la jeune femme tout en la supportant aveuglèment. Jusqu'à ce qu'elle lui avoue sa lubie et ne tente de la raisonner.

Il n'empêche, si l'ensemble est bancal, il y a de vrais fulgurances, culottées de la part d'une star, comme la scène de présentation de "l'aspirateur fantastique", dont le pathétique fait penser à celui qu'on trouvait dans Thunder Road de Jim Cummings (dont j'ai parlé récemment). Et toutes les scènes avec le Vendeur sont un exercice d'équilibrisme assez bluffant.

Brie Larson est épatante dans le rôle principal, surtout compte tenu du fait qu'elle passe l'essentiel du film à dissimuler sa lubie en jouant à la fille sérieuse, responsable. Son interprétation sur le fil, sobre et lunaire, est parfaite. Elle est bien entourée aussi, en particulier par Samuel L. Jackson, avec lequel elle a une complicité remarquable (vérifiée dernièrement avec Captain Marvel). Dans son costume rose, ce dernier est franchement irrésistible. 

Mais le film révèle surtout le formidable Mamoudou Athié dont la romance étonnament platonique avec le personnage de Kit illumine toute l'histoire. Charmant, tendre, le plus normal du lot, le comédien est vraiment excellent dans une partition ingrate qu'il rend attachante. Les parents de Kit bénéficient aussi du talent de Joan Cusack et Bradley Whitford tandis que Gary est campé par Hamish Linklater, flippant à souhait (on peut lire son rôle comme une charge contre les harceleurs).

Cet essai ne restera pas sans lendemain puisque Brie Larson a conclu un accord pour une autre réalisation (sans date précise). En attendant, on la retrouvera fin Avril dans Avengers : Endgame et, dans un tout autre registre, dans le prochain film très attendu de Charlie Kaufman, I'm thinking of Ending things. 

jeudi 21 mars 2019

CAPTAIN MARVEL, de Anna Boden et Ryan Fleck


MCU, chap. XXI : Captain Marvel est donc le premier film mettant en scène une super-héroïne pour les studios Marvel, après 20 longs métrages. Mais si l'Histoire retiendra ce fait, le projet devait surmonter un autre obstacle : présenter les origines du personnage d'une manière différente pour ne pas lasser les fans. En confiant la tâche à deux cinéastes issues du milieu indépendant, Anna Boden et Ryan Fleck, avec une star oscarisée mais elle aussi révélée par l'art et essai, Brie Larson, Marvel réussit son pari brillamment.

 Yon-Rogg et Vers (Jude Law et Brie Larson)

1995. Hala, capitale de l'empire Kree. Hantée par un cauchemar récurrent (dans lequel elle survit à un crash aérien mais assiste au meurtre d'une femme par un alien), Vers, membre de la Starforce, se confie à son supérieur et mentor, Yon-Rogg. Il lui conseille d'en parler à l'Intelligence Suprême, qui apparaît à la jeune femme sous les traits de la victime de son mauvais rêve et l'invite à maîtriser ses émotions pour devenir un bon soldat.

 Vers

Vers a vite l'occasion de tester son tempérament car elle part en mission avec la Starforce pour exfilter un espion Kree chez les Skrulls (les aliens métamorphes apparaissant dans son cauchemar). Elle est piègée et capturée par Talos, le chef ennemi, qui sonde ses souvenirs à la recherche d'une information précise. Vers réussit à s'échapper en dérobant le cristal dans lequel les Skrulls ont enregistré ses souvenirs.

 Nick Fury et Vers (Samuel L. Jackson et Brie Larson)

Mais la capsule à bord de laquelle elle fuit s'écrase sur Terre. Vers tente de donner sa position à Yon-Rogg mais la communication est mauvaise et surtout interceptée par le S.H.I.E.L.D.. Alors que Nick Fury va l'arrêter, elle surprend un Skrull sur le point de tuer l'agent spécial et le poursuit. L'ennemi la sème mais Fury neutralise son adjoint, Phil Coulson, remplacé par un alien métamorphe. Cela le convainc d'aider Vers dans sa mission : récupérer un générateur supra-luminique convoîté par les Skrulls.

 Talos (à droite : Ben Mendelsohn)

En consultant le cristal pris aux Skrulls, Vers oriente ses recherches en direction du Projet Pegasus, où travaillait le Dr. Wendy Lawson, conceptrice du générateur. Avec Fury, elle pénètre dans ce complexe de l'USAF et consulte les archives pour découvrir qu'elle a vécu sur Terre six ans auparavant en tant que Carol Danvers. Elle serait morte avec Lawson à la suite d'un crash. Keller, le supérieur de Fury, prévenu apr ce dernier, débarque et tente de les éliminer, lui et Vers, révélant ainsi qu'il est un Skrull.

 Maria Rambeau et Carol Danvers (Lashana Lynch et Brie Larson)

Vers et Fury s'enfuient aux commandes d'un avion. Direction : la Lousiane, où réside Maria Rambeau, l'amie pilote de Carol Danvers. Les deux amies se retrouvent et s'expliquent sur les événements survenus six ans auparavant. Talos débarque mais obtient une trêve en fournissant l'enregistrement de la boîte noire de l'avion dans lequel Vers et Wendy Lawson se sont crashés : il révèle que Yon-Rogg a exécuté Lawson, une Kree du nom de Mar-Vell, ayant conçu le générateur pour les Skrulls afin qu'ils échappent à une sanglante répression des Kree.

 L'Intelligence Suprême Kree sous less traits du Dr. Wendy Lawson
alias Mar-Vell (Annette Bening)

Vers dont le vrai nom est donc Carol Danvers accepte d'aider Talos à retrouver la base secrète de Mar-Vell. Elle se situe en orbite au-dessus de la Terre, invisible. A l'intérieur se sont cachés la femme, le fils de Talos, et d'autres réfugiés Skrulls. Mais Yon-Rogg et son commando surgissent et décident de les exécuter. 

 Captain Marvel 

Soumise à un interrogatoire à distance par l'Intelligence Suprême, Carol trouve les ressources mentales pour se détacher de son emprise et réveiller ses puissants pouvoirs, acquis en ayant détruit le générateur de Mar-Vell autrefois. Elle décime le commando et permet à Fury d'évacuer les Skrulls. Puis elle défie la flotte Kree emmenée par Ronan l'accusateur, qui préfère battre en retraite après la destruction d'un de ses vaisseaux.

Captain Marvel

De retour sur Terre où Yon-Rogg s'est crashé, Carol le renvoie à Hala en faisant porter le message qu'elle y retournera afin de négocier la sauvegarde de la Terre et des Skrulls. Puis elle confie à Fury un pager amélioré grâce auquel il pourra la contacter en cas d'urgence. Captain Marvel escorte les Skrulls jusqu'à une planète d'accueil.

Deux scènes supplémentaires ont lieu au milieu puis à la fin du générique de fin :

- Captain Marvel apparaît devant Steve Rogers (Captain America), Natasha Romanoff (Black Widow), Bruce Banner (Hulk) et James Rhodes (War Machine) après qu'ils aient récupéré le pager de Fury, désintégré par Thanos (dans Avengers : Infinity War).

- Goose, le chat recueilli par Fury et Carol lors de leur fuite du Projet Pegasus, recrache le Tesseract, fournissant l'énergie du générateur de Mar-Vell, sur le bureau de Fury.

La présentation d'un nouvel héros Marvel est devenu un exercice en soi. S'il est nécessaire pour que le grand public, peu ou pas familier avec les personnages issus des comics, il a fini par lasser les fans, pour qui ce préliminaire est inutile. Par ailleurs, la forme varie peu, prisonnière de sa linéarité narrative.

Aussi quand Anna Boden et Ryan Fleck avec leur co-scénariste Genova Robertson-Dwort ont promis que cette origin story surprendrait, l'espoir le disputait à la perplexité.

Ce n'était pas le seul pari du projet. Si l'an dernier Black Panther (avec le premier super-héros noir) a été un énorme carton au box office, le résultat m'a laissé (et pas que moi) sur ma faim. En soulignant le caractère féministe de l'entreprise, Marvel s'est attiré les quolibets des commentateurs sur les réseaux sociaux, ceux qui pointaient qu'il avait fallu attendre vingt films pour avoir une héroïne en vedette, et les autres (authentiques trolls) qui attaquaient le studio sur le nom du personnage (Captain Marvel ayant d'abord été le pseudo d'un héros de Fawcette Comics puis DC, qui sera bientôt à l'affiche sous le titre Shazam !).

Passons sous silence le fait aussi que de gros malins reprochèrent, dès la première bande-annonce mise en ligne, à Brie Larson de ne pas assez sourire... On a décidément les polémiques que mérite l'époque.

Bon, je l'admets, je suis bon client des films Marvel, ce qui ne m'empêche pas d'être critique à leur égard (comme je l'ai donc été avec Black Panther). Surtout je suis admiratif de la réussite du studio, de la rigueur de son plan pour construire patiemment un univers cinématographique (là où Warner fait n'importe quoi avec le catalogue DC), ponctuant ces "phases" successives de films-sommes (la série Avengers, dont le quatrième, Endgame, sortira le 24 Avril prochain). Avec un succès insolent.

Bien entendu, on peut discuter de la qualité stylistique de ces longs métrages, où la personnalité des réalisateurs compte moins que la cohérence éditoriale du studio (d'où l'exclusion de cinéastes plus inventifs). Mais c'est une logique qui n'a pas instauré Marvel (par le passé, de grands studios imposaient leurs directors une esthétique maison et contrôlaient la carrière d'acteurs à coups de contrats d'exclusivité pendant des années).

En "débauchant" deux indépendants comme Boden et Fleck, on pouvait être curieux de voir ce qui en sortirait. Les deux réalisateurs ont eu de bonnes relations avec le studio qui, en retour, semble leur avoir laissé la liberté d'oser une construction narrative plus souple.

Captain Marvel n'est donc pas un récit linéaire classique : il introduit l'héroïne déjà investie d'une partie de ses pouvoirs, mais amnésique, reconditionnée par des aliens belliqueux. Séparée de son commando, Vers va poursuivre la mission engagée et découvrir ce qu'elle cachait - et, ce faisant, apprendre qui elle est vraiment.

Vers, c'est la fin du nom Danvers et Carol Danvers a d'abord été une pilote de l'USAF en qui une savante Kree a placée sa confiance pour sauver un générateur permettant à une race extra-terrestre injustement persécutée de fuir vers un nouvelle terre d'accueil. Irradiée par l'énergie du dispositif, Carol en a absorbée la puissance mais a subi un lavage de cerveau pour la réprimer. En apprenant ce qu'on lui a fait et qui sont les vrais méchants  de cette intrigue, elle change de camp et de nature, assumant ses pouvoirs et un statut inédit.

En situant l'histoire dans le passé (1995), le scénario ne mise pas simplement sur l'effet nostalgique, même s'il s'amuse de l'époque décrite (avec les balbutiements d'Internet, l'incompétence du SHIELD face à des menaces extra-terrestres, et une bande-son référencée). Le script donne une perspective à l'Histoire du MCU, comme auparavant avec Captain America (et la seconde guerre mondiale) ou Ant-Man (avec la genèse du SHIELD). En pleine expansion depuis le premier film Avengers (2012), le studio a exploré l'espace mais aussi le temps pour cartographier la position de ses personnages et établir le contexte dans lequel ils ont grandi avant de nous apparaître. Captain Marvel est un jalon supplémentaire dans ce travail d'établissement.

Ensuite, comme en 1995, le film repose sur un duo digne des buddy movies, un couple improbable et complémentaire, facilitant par l'humour qu'il produit la sympathie du public. Vers/Carol Danvers et le jeune Nick Fury forment un binôme impeccable, à l'alchimie indéniable, soutenu par des seconds rôles bien campés (Lashana Lynch - sur laquelle beaucoup de geeks fantasment en pensant qu'elle et Carol sont amantes - , Ben Mendelsohn en chef Skrull surprenant - car ce n'est pas un méchant comme dans les comics - , Annette Bening dans un triple rôle épatant - et qui enrichit la galerie d'acteurs prestigieux ayant contribué au MCU).

Le spectacle est plaisant pendant les 3/4 du film, qui file vite et bien. Le spectateur est accroché par l'intrigue, ses rebondissements. Mais ce n'est rien comparé au crescendo final qui voit Captain Marvel véritablement naître à l'écran, y compris dans le changement de couleurs de son costume (habilement intégré), et déployant une puissance de feu qui confirme qu'elle est bien la plus puissante de toutes (l'argument avancé en prévision de son renfort aux Avengers dans Endgame et leur revanche contre Thanos). C'est sans doute le point décisif du film : non seulement faire connaître un personnage moins célèbre que Iron Man, Thor, Captain America, Spider-Man, mais surtout l'imposer comme un atout majeur, l'as du jeu de cartes. Et ça, sans forcer.

Si le rôle-titre était promis à Yvonne Strahovski par Joss Whedon quand il pilotait les deux premiers Avengers, l'avoir finalement confié, après de longues discussions avec l'intéressée (qui veillait aussi bien à la qualité de son écriture qu'aux conséquences qu'un tel film allait avoir sur sa carrière), à Brie Larson devient une évidence dès les premières minutes. La comédienne n'est pas seulement, donc, une interprète subtile de drames auteuristes, elle s'inscrit avec naturel et autorité, mais surtout beaucoup de malice, en star d'actioneers. Un casting parfait parce que Larson ressemble à Carol Danvers, physiquement, mais aussi moralement (son engagement dans les mouvements #metoo puis time's up en attestent... Au point que, durant la promotion du film, elle a obtenu de pouvoir être interviewée par d'autres journalistes que des mâles blancs de 40 ans... S'attirant la colère de quelques machos conservateurs frustrés).

C'est bien agrèable aussi de profiter de Samuel L. Jackson autrement qu'en "fil rouge" du MCU. Rajeuni par la grâce des effets spéciaux (c'est sidérant), il affiche une complicité irrésisitible avec sa partenaire et peut donner à Fury une épaisseur bienvenue, révélant que le maître espion a été un simple fonctionnaire étranger aux surhumains.

Enfin, avec une partition idéale pour lui qui n'est jamais meilleur que dans l'ambiguïté, Jude Law compose un excellent Yon-Rogg, méchant mais pas que de cette histoire, et dont l'incarnation existe vraiment face à Larson et Jackson (dont c'était d'ailleurs la réunion après Kong : Skull Island).

En vérité, il ne faut pas évaluer les films Marvel à leur qualité cinématographique pure - ce sont les maillons d'une longue chaine, il est forcé qu'ils soient standardisés. Mais en termes de plaisir, de divertissement, Captain Marvel est un des meilleurs crus. Pas de doute, Carol Danvers est là pour un moment, et pas seulement parce qu'elle fait la loi au box office.