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vendredi 16 février 2024

FALL OF THE HOUSE OF X #2 (Gerry Duggan / Lucas Werneck)


Avec Polaris à leur tête, les broods débarquent dans la station orbitale la Fleur d'Orchis. Wolverine, Colossus et Diablo sont déjà sur place. Le Dr. Stasis réussit à fuir mais Firestar est introuvable à bord. Sur Terre, Malicia et Gambit vont libérer un mutant essentiel l'assaut lancé contre l'ennemi...


Après X-Men 31 hier, la lecture de Fall of the House of X 2 se fait naturellement. J'en profite, au passage, pour vous annoncer que j'ai renoncé aux critiques groupées, on va repartir sur le modèle classique. Et du classique, c'est justement ce que nous sert Gerry Duggan.


Non que ce soit u  reproche mais on sent bien déjà que Fall of the House of X ne va pas renverser la table. D'ailleurs, comme pour prévenir le lecteur, Marvel avait communiqué sur le fait que l'histoire de cette mini-série relaterait un échec cuisant, un récit noir, désespéré. Certains, c'est sûr, seront choqués (et ce n'est pas illégitime) de voir Diablo jeter des agents d'Orchis dans le vide sidéral quasiment rigolant : il y a une forme de brutalité qui perturbe mais surtout déconcerte (comment les mutants espérent-ils qu'on les percevra ensuite, même une fois Orchis reconnu pour leurs méfaits, sachant qu'ils n'ont fait aucun quartier ? 

Il ne s'agit pas ici de tuer des vampires, des aliens, des ninjas (tout adversaire dont la mort ne va pas bouleverser le grand public) : quand Polaris, Colossus et compagnie massacrent des agents d'Orchis, ils tuent des humains. Ne pas s'attendre donc à une forme de revanche noble des mutants contre Orchis. Et cela pose en définitive une autre question.


Au terme de la publication de Fall of the House of X et Rise of the Powers of X, la franchise mutante va partir dans une nouvelle direction, avec un nouvel editor (Tom Brevoort), certainement des équipes créatives profondément remaniées (des noms circulent déjà, mais on va attendre avant de commenter). Et ce qui est étonnant, c'est de deviner si vite, si clairement la manière dont, chez Marvel, on a décidé de tourner la page Krakoa.


Je vais un peu spoiler, mais pas trop au cas où je pourrais quand même me tromper. Toutefois, si donc Fall... aboutit à une défaite confirmée par ce qu'on a déjà vu dans Rise... et que Rise... joue la carte du voyage dans le temps pour opérer une sorte de reboot (c'est aussi la ligne narrative développée par la mini Dead X-Men même si j'ai choisi de zapper cette dernière), alors où et quand se situe le loup dans cette intrigue ?

Un élément dans cet épisode de Fall... revient sur ce qui s'est passé dans la mini Rogue & Gambit de Stephanie Phillips et Carlos Gomez (parue en Mars-Juillet 2023). Elle est désormais dispo en trade paperback et je crois en cours de traduction dans la revue "Destiny of X" chez Panini : il vous sera utile de la lire, d'autant que c'est une chouette mini, pleine d'action, où Destinée commande à Malicia et Gambit d'enlever Manifold. On ignore encore pourquoi mais ici on voit Anne-Marie et Rémy le réveiller, donc les réponses à nos interrogations ne vont pas tarder et comme Eden Fesi est un mutant très puissant, il a de quoi peser sur ce qui se profile.

Le reste, c'est-à-dire ce qui se passe avant et après cette scène, est du grand spectacle où Lucas Werneck assure et Duggan s'amuse visiblement, dans un registre moins grave que sur X-Men. L'assaut de la Fleur d'Orchis avec Polaris qui a déplacé la station Knowhere où résident désormais les broods fera plaisir à ceux qui, comme moi, ont déploré le trop bref séjour de Lorna Dane dans l'équipe première des X-Men. Tout comme de revoir ensemble Colossus, Wolverine et Diablo : il se passe quelque chose de jubilatoire et nostalgique quand ces trois-là, si longtemps ensemble mais séparés depuis le début de l'ère de Krakoa, interagissent.

Toutefois je mentirai si j'affirmai que tout ça marcherait mieux encore en ayant été raconté au sein de la série X-Men. Surtout sans Rise... en même temps : achever l'ère de Krakoa par un baroud d'honneur des X-Men aurait, à mon sens, eu du panache et nourri une forme d'incertitude excitante sur la forme de leur retour (plutôt que de miser sur un reboot à base de voyage dans le temps. Tom Brevoort aurait même pu commencer son run avec un statu quo imprévisible, aussi inattendu et foutraque que celui de Grant Morrison et Hickman.

Nous verrons bien. J'espère me tromper et que la fin de Krakoa comme le retour des X-Men seront aussi originaux que percutants.

vendredi 12 janvier 2024

FALL OF THE HOUSE OF X #1 / RISE OF THE POWERS OF X #1 (Gerry Duggan, Kieron Gillen/Lucas Werneck, R.B. Silva)

Et c'est parti ! "Deux séries qui n'en font qu'une" : puisque c'est ainsi que Marvel vend Fall of the House of X et Rise of the Powers of X, autant grouper leurs critiques en un seul lot pour vérifier si c'est vrai. Ce qui l'est, vrai, c'est qu'on entame la fin de l'ère de Krakoa avec ces deux mini en cinq numéros, ce qui nous projette jusqu'en Mai 2024.

  


Aujourd'hui. Cyclope est jugé à Paris pour crimes contre l'humanité parce que la médecine krakoane était empoisonnée (par Orchis). Mais les X-Men encore sur Terre s'organisent pour sauver leur ami. A moins que le Professeur X ait un autre plan en tête...


Gerry Duggan a promis une histoire noire tandis que Jordan White, l'editor-in-chief des séries X, a juré que Fall of the House of X et Rise of the Powers of X seraient deux séries qui n'en font qu'une.. Tout cela évoque bien entendu la démarche de Jonathan Hickman quand il avait écrit House of X/Powers of X et relancé les séries mutantes.
 

On retiendra surtout de ce premier épisode son rythme, trépidant, et sa prime à l'action. La situation critique dans laquelle se trouvent les mutants depuis le massacre du Hellfire Gala et Cyclope en particulier, jugé pour l'exemple par ses opposants qui veulent faire croire que Krakoa a cherché à empoisonner les humains avec leurs remèdes miracle, donne lieu à un récit haletant et désespéré. On voit mal comment le plan des X-Men pourrait effectivement sauver quoi ou qui que ce soit.

En gros, ils lancent une offensive contre Orchis tout en cherchant à faire évader Cyclope. Pas sûr que cette tactique les réhabilite aux yeux d'une foule acquise (dans sa grande majorité) à la propagande d'Orchis - il n'est même pas interdit de penser que ce plan est en définitive assez idiot car on voit mal ce que les mutants ont à y gagner. Mais justement, c'est cela qui intrigue et on se gardera donc de conclure hâtivement. 

D'autant que Charles Xavier, qui vit désormais seul sur Krakoa, semble avoir d'autres projets en tête et compromet la stratégie des X-Men en ordonnant à Rasputin IV de quitter son poste... Ce que cela signifie ajoute au mystère et au suspense.
  

J'aurai adoré que Pepe Larraz, après Big Game, revienne chez Marvel pour dessiner Fall of the House of X puisque R.B. Silva se charge de la partie graphique de Rise of the Powers of X, mais Marvel a préféré confier à la star ibérique son prochain event (Blood Hunt) mais il ne signera que les couvertures. Il faudra donc se contenter de Lucas Werneck. Le brésilien présente à mes yeux moins d'intérêt : son trait manque de puissance, ses compositions sont souvent maladroites, mais reconnaissons qu'il s'en sort bien ici. A voir cependant s'il tiendra sur la durée...

Un début curieux et pessimiste mais prenant.


Dix ans dans le futur. Nimrod, la Sentinelle Oméga et Orchis ont vaincu. Les X-Men se sacrifient dans des poches de résistance pour gagner du temps au groupe mené par Synch et formé par Shadowtiger (Kitty Pryde), Wolverine, Captain Krakoa (Kamala Khan) et Iron Man (ou ce qu'il en reste). Les machines ont donc gagné. Sauf si...


Si Fall of the House of X m'invite à une certaine réserve esthétique, que Kieron Gillen écrive Rise of the Powers of X m'incite à la méfiance. Le scénariste ne m'a jamais convaincu sur un titre X, a fortiori durant l'ère de Krakoa. Il investit qui plus est une partie futuriste, très axée sur la science fiction "dure", un domaine que Hickman avait développé comme peu d'autres avant lui pour les mutants.

L'épisode est dense et consistant (comme Fall of the House of X, on dépasse les trente pages) et nous présente des personnages revisités (à part Wolverine, Rasputin IV et Cypher ainsi que les méchants, Nimrod, la Sentinelle Oméga, Moira X, Dr. Stasis) dans un cadre extrême. Les mutants ne sont plus qu'une poignée et on assiste à la mort de plusieurs de leurs figures emblématiques dans des scènes fulgurantes et cruelles.

Le reste pourra sembler trop touffu : il est question de l'avènement des machines (avec une mention ironique à Terminator), de la fameuse ascension formulée par Hickman (où une planète est absorbée par une entité cosmique). Mais évidemment il y a un grain de sable (comme dans Fall of the House of X) et comme nous sommes avec Gillen, Mr. Sinistre et ses clones ne sont pas loin. Mais il n'y a pas que lui.

Car la noirceur ici doit s'accompagner d'une solution en vue de la refonte prochaine de la collection X. A cet égard la dernière page suggère un dispositif narratif pour justifier la relance annoncée qui sans être originale demande à être examinée plus avant. Plutôt malin donc pour hameçonner le lecteur...
  

Visuellement, R.B. Silva produit des planches superbes. Souvent irrégulier, l'artiste est fait pour ce genre de mini-séries événementielles et particulièrement pour ces environnements futuristes où il fit des merveilles déjà avec Powers of X. Son sens du design, le fait qu'il exploite à fond les effets spéciaux du dessin numérique, la colorisation chiadée, tout concourt à entraîner le lecteur dans quelque chose de peu commun.


Tant pis dès lors si les concepts maniés par Gillen sont moins fluides que lorsque Hickman les utilisait, on est accroché. Mais attention quand même : souhaitons que la montagne n'accouche pas d'une souris, ou, autrement dit, que la relance programmée des X-Men et de leur univers ne tienne pas ç un tour de passe-passe facile. C'est le plus grand défi pour la conclusion d'une des périodes les plus imaginatives et controversées de la franchise.