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dimanche 5 août 2012

Critique 341 : DAREDEVIL, VOL. 2, de Mark Waid et Paolo Rivera, Emma Rios, Kano, Koi Pham

Daredevil, Volume 2 rassemble les épisodes 7 à 10 et 10.1 de la série et l'épisode 677 d'Amazing Spider-Man écrits par Mark Waid, publiés par Marvel Comics en 2011-2012. Les dessins sont signés Paolo Rivera (#7, 9 et 10), Emma Rios (Amazing Spider-Man #677), Kano (#8) et Koi Pham (#10.1). 
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L'homme sans peur va vivre trois nouvelles aventures dans ce 2ème album :
Quelles informations précises contient l'Omega Drive
convoîté par les 5 plus puissantes organisations criminelles ?


On fête Noël chez Nelson & Murdock, et
Matt et Kirsten McDuffie flirtent...

Tout d'abord, Matt Murdock est obligé de reporter un rendez-vous galant avec l'assistante du procureur, Kirsten McDuffie, car il accompagne une classe d'enfants non-voyants pour une sortie à Noël. Un accident de la route va les obliger à défier une nature hostile pour s'en sortir : une épreuve aussi bien pour Daredevil, dans un environnement qu'il ne connaît pas, que pour ses protégés...
Daredevil et Spider-Man font équipe 
pour aider Black Cat... 

Puis, Spider-Man demande de l'aide à Daredevil car Black Cat est accusée d'un cambriolage chez Horizon Labs (où travaille Peter Parker). Cependant, l'affaire se révèle vite plus complexe qu'il n'y paraît - d'ailleurs l'illusion est au centre de l'intrigue puisque l'objet volé est un créateur d'hologrammes...
... Mais la Chatte Noire est-elle vraiment
innocente ? Ou manipule-t-elle Daredevil ?

En tout cas, la situation prend une tournure
déplaisante pour le Tisseur...

En effet, ce cambriolage est une ruse pour permettre à Black Cat, recrutée par l'organisation Black Spectre, de séduire Daredevil et de tenter de lui dérober l'Omega Drive, ce disque dur contenant des informations secrètes et convoîté aussi par l'A.I.M., l'Hydra, l'Empire Secret et l'Agence Byzantine.   


Daredevil va défier l'Homme-Taupe sur son terrain :
une aventure aux tréfonds de la terre et de l'âme...

Black Cat libre, Daredevil est prévenu par Foggy Nelson qu'un glissement de terrain a englouti tous les cercueils, y compris celui de son père "Battlin' Jack" Murdock, dans le cimetière où il reposait. Le héros est obligé, à nouveau, d'explorer une zone qu'il ne connaît pas : les entraîlles de la ville, là où l'Homme-Taupe, responsable de cette profanation, règne avec ses moloïdes. Ce voyage prend alors un double sens car il s'agit à la fois de descendre dans les profondeurs terrestres mais aussi pour celles de l'âme, en s'interrogeant pour les deux adversaires sur la notion de deuil.
Black Cat va-t-elle trahir Daredevil ?

En l'absence de Daredevil, Black Cat peut inspecter le domicile de Matt Murdock où elle trouve l'Omega Drive. Achèvera-t-elle sa mission en trompant le justicier qu'elle a charmé ?

La somptueuse dernière couverture
signée Marcos Martin.

Réponse dans le dernier volet de ce 2ème acte où Matt Murdock, après une visite à un détenu qui a attaqué son cabinet, découvre qu'il a agi pour un contrat lancé par le Black Spectre. De quoi fournir à Daredevil le moyen de mettre une nouvelle fois en garde les cinq organisations criminelles contre toute tentative de s'en prendre à lui ou ses proches...
*
Après un premier tome exaltant où il a réussi à relancer la série en lui donnant une autre tonalité, ce deuxième volume du Daredevil écrit par Mark Waid était attendu au tournant. Allait-il transformer l'essai ? Et si, oui dans quelle direction ?
Le scénariste marque d'abord une pause dans l'intrigue initiée au 4ème épisode (l'affaire de l'Omega Drive) avec un one-shot magnifique où il envoie Murdock et une classe d'enfants aveugles à l'extérieur de la ville à l'occasion de Noël. La sortie va connaître une péripétie qui éprouve tout le monde et soudera finalement le groupe. Cet épisode (le #7), récompensé récemment aux Eisner Awards, est un parfait concentré de ce qu'a entrepris Waid en reprenant la série : il envoie son héros dans un environnement qu'il connaît peu ou pas, où ses capacités surhumaines ne lui sont pas d'une grande aide, et où il doit aussi sauver d'autres personnes, aussi handicapés que lui. L'histoire a l'efficacité et la beauté d'une fable, avec sa morale sur la solidarité et le courage.

Ensuite, à l'occasion d'un crossover avec la série Amazing Spider-Man (pour lequel Dan Slott s'est temporairement éclipsé), Waid réunit deux justiciers habitués à collaborer puisque DD retrouve Spider-Man. Black Cat est accusée d'un vol, dont elle est d'ailleurs coupable. L'objet du délit est symbolique puisqu'il s'agit d'un générateur d'hologrammes, un engin à même de troubler l'homme sans peur comme le tisseur, mais qui est aussi là pour nous prévenir que rien, dans cette histoire, n'est ce qu'il paraît être.
En effet, l'affaire se révèle rapidement plus complexe et perverse, et la duplicité de Black Cat encore plus grande : elle a accepté de voler le créateur d'hologrammes et d'être arrêtée pour mieux approcher Daredevil et découvrir où il cache l'Omega Drive. Un agent du Black Spectre l'a recruté, et l'on comprend qu'après l'union des organisations criminelles (AIM, Hydra, Empire Secret, Agence Byzantine) dans l'arc précédent, une faille apparaît.
Waid traîte ce récit dans les règles de l'art, avec de l'action, une enquête, et des surprises, mais surtout beaucoup d'humour - voir la réaction de l'homme-araignée quand il surprend, à leur insu, DD et Black Cat s'embrasser langoureusement ("Je crois que c'est mon origine de super-vilain", réplique irrésistible).

Puis une nouvelle aventure appelle Daredevil et va le conduire encore une fois en terrain peu familier, très hostile, face à un adversaire inattendu et retors : l'Homme-Taupe. La volonté de Waid d'opposer le diable rouge à des ennemis inédits se confirme (après Klaw dans le vol. 1). Mais ce n'est pas pour le simple plaisir d'étonner : il s'agit aussi de trouver des vilains dont les capacités et les tourments correspondent à ceux de Daredevil. Le mobile de l'Homme-Taupe pour profaner un cimetière entier est certes glauque mais aussi d'un romantisme morbide et conduira le méchant et le bon à accepter, dans la douleur, de faire le deuil de très proches.
L'intelligence avec laquelle Waid manie ces concepts tout en les intégrant à des aventures rythmées, épiques, surprenantes, est un modèle du genre et confirme à quel point, en une poignée d'épisodes il a su redynamiser la série, son héros, son univers.
Il n'oublie pas de clore, en chemin, la mission de Black Cat, de façon tout aussi adroite.

Enfin, en guise d'épilogue, nous avons droit à un épisode ".1", initiative lancée par Marvel pour permettre à de potentiels nouveaux lecteurs de prendre le train en route sans être perdu. Le scénariste s'acquitte honorablement de cette tâche (qui n'était cependant pas bien utile : après seulement dix épisodes, n'importe qui aurait été capable de comprendre où on en était).
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Le premier volume tirait aussi parti de sa cohérence graphique, avec seulement deux dessinateurs réalisant chacun trois épisodes d'affilée. Le départ soudain de Marcos Martin (qui aurait un projet en creator-owned chez Image, écrit par Brian K. Vaughan - même si, depuis, rien n'a filtré) a rebattu les cartes et visiblement obligé l'équipe éditoriale à improviser.
Paolo Rivera (toujours encré par son père Joe) dessine trois épisodes et autant de (magnifiques) couvertures. Son travail, notamment, sur le dyptique impliquant l'Homme-Taupe, est extraordinaire : il s'est inspiré de Gustave Doré et représente les catacombes de manière saisissante, mais réussit aussi une fabuleuse bagarre entre DD et son adversaire dans une vallée de diamants. Magistral.

Puis Emma Rios illustre l'épisode de Spider-Man : son style vif est très original et pourra dérouter certains, mais elle utilise des effets d'encrage incroyables qui donnent un vrai mouvement aux scènes d'acrobaties de deux justiciers.

Kano, artiste espagnol trop rare et trop souvent cantonné à des intérims, lui succède à l'épisode #8. Ses planches, élégantes, au découpage à la fois simple et inventif, évoquent la période où John Romita Jr dessinait les aventures de DD, encré par l'immense Al Williamson. On aurait pu penser que Marvel tenait là le nouveau suppléant à Rivera, mais non (en fait, c'est le non moins excellent Chris Samnee qui remplira ce rôle et deviendra même l'artiste à temps plein de la série)...

La présence de Koi Pham pour l'épisode #10.1 n'est pas une bonne nouvelle, c'est même une faute de goût tant il n'est pas au niveau des autres. Sa copie est tout juste passable, voire bâclée par endroits (lui, reviendra pour un prochain épisode, mais heureusement Marvel s'est rendu compte que c'est une erreur de casting). Regrettable méprise, surtout que la couverture de cet épisode, splendide, est un montage de teasers réalisé par Marcos Martin.
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Malgré quelques inégalités visuelles, ce deuxième tome confirme quand même tout le bien qu'on peut penser du relaunch dirigé par Mark Waid, très inspiré. Le fil rouge de l'Omega Drive n'a pas fini d'animer la série, qui s'impose vraiment comme une grande réussite récente de Marvel.   

mardi 6 avril 2010

Critique 141 : GOTHAM CENTRAL - DEAD ROBIN, d'Ed Brubaker, Greg Rucka, Kano, Stefano Gaudiano et Steve Lieber

Gotham Central : Dead Robin est le dernier recueil de la série, rassemblant les épisodes 33 à 40, écrits par Ed Brubaker et Greg Rucka, et dessinés par Kano, Stefano Gaudiano et Steve Lieber. 
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- Dead Robin (Gotham Central 33 à 36) est la dernière histoire co-écrite par Ed Brubaker et Greg Rucka. Les dessins sont assurés par Kano et l'encrage par Stefano Gaudiano.
Le corps d'un adolescent vêtu du costum de Robin, le sidekick de Batman et leader des Teen Titans, est trouvé mort dans une ruelle. La Major Crimes Unit doit s'assurer qu'il ne s'agit pas du justicier et, en attendant d'en être sûr, Batman devient l'un des suspects... Jusqu'à ce qu'un autre cadavre, pareillement vêtu, ne soit découvert. Les rapports entre le commissariat et la presse sont au coeur de cette intrigue.
- Sunday Bloody Sunday (Gotham Central 37) est écrit par Greg Rucka et illustré par Steve Lieber (son dessinateur sur le creator-owned Witheout).
Lié aux évènements du crossover Infinite Crisis, cette histoire raconte comment Renee Montoya et surtout Crispus Allen, au coeur d'un Gotham ravagé, tentent de rentrer auprès de leurs proches. Captain Marvel y fait une apparition, tout comme le Spectre, et on assiste à la mort du vilain The Fisherman.
- Corrigan II (Gotham Central 38 à 40) est la suite et fin de l'arc entamé dans The Quick and the dead mais aussi l'épilogue de la série, écrite par Greg Rucka et dessinée Kano & Stefano Gaudiano.
Crispus Allen, ayant appris comment sa partenaire Renee Montoya avait empêché le flic ripou Jim Corrigan de le couler, entreprend de le pièger. Projet à l'issue dramatique et qui conduira Montoya à quitter le G.C.P.D..
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L'enseignement majeur à retirer de Gotham Central est la mise en valeur de la dichotomie dans le mythe Batman : d'un côté, il y a ce personnage extravagant et mystérieux à la fois de justicier solitaire, faisant sa loi sans se soucier des forces de police, et de l'autre, il y a ces détectives qui doivent faire règner l'ordre dans une ville où des psychopathes sèment la terreur.
Deux familles se partagent Gotham : la "Bat-family" (Batman, Robin, Alfred, l'ex-commissaire Jim Gordon) et le G.C.P.D. (en particulier la MCU). Batman était supposé être un vigilant sans licence agissant avec l'accord tacite de Gordon. Le commissaire remplacé et quelques officiers morts sur le terrain plus tard, la situation a totalement changé : Batman est progressivement devenu un ennemi pour les flics de Gotham qui le tiennent pour responsable de la mort de leurs collègues, de la recrudescence de la criminalité, et finalement le considèrent comme un délinquant.
La série Gotham Central, écrite par Greg Rucka et Ed Brubaker à la suite du crossover Officer Down au cours duquel Jim Gordon prit sa retraite, a offert n nouveau point de vue sur le "Batverse" et son héros. Jim Gordon parti, l'union sacrée et implicite entre le justicier et les policiers a rapidement volé en éclats et les membres de la Major Crimes Unit ont alors jugé Batman comme un obstacle, et même un handicap.
Tel que montré du point de vue de la police de Gotham, Batman est un électron libre dangereux plus qu'un allié fiable, et la série nous livre finalement un des meilleurs portraits du genre : pourr de simples mortels, les super-héros finissent par devenir davantage des menaces que des éléments rassurants. Pire : ils semblent plus attirer les problèmes, les alimenter, que les résoudre durablement.
Au cours des 40 épisodes de la série, Rucka et Brubaker ont fourni bien des prétextes à la police de Gotham d'avoir du ressentiment pour Batman. Dans une demi-douzaines de dossiers traités, Batman a été plus efficace que tous les détectives pour stopper Mr. Freeze et Two-Face, il a mis fin aux attentats du Joker et résolu l'affaire des Robin morts (qui ouvre ce volume). Et c'est en mentionnant le justicier que l'officier Josie MacDonald a empêché le détective déchu Harvey Bullock de se suicider dans l'album Unresolved Targets.
Lorsque Batman a failli, les enquêtes se sont terminées tragiquement, comme on l'a vu dans The Quick and the Dead, où l'officier Peak a dû abattre son partenaire, Kelly, changé en monstre. Et quand le vigilant est carrèment absent, comme dans le récit Corrigan II de ce Dead Robin, un autre détective le paie de sa vie.
Les membres du G.C.P.D. ne réagissent pas tous de la même façon vis-à-vis de Batman. Dans The Quick and the Dead, où le commissaire Michael Atkins décide de couper les ponts avec le justicier et le déclare même hors-la-loi, Allen et Montoya débatent sur le rôle de Batman : Allen, qui vient de Metropolis (la ville de Superman), croit que les méthodes de la Chauve-Souris sont à l'origine du chaos qui règne sur la cité, alors que Montoya, qui a toujours vécu à Gotham, doit sa vocation à Batman. L'attitude du détective Marcus Driver, un des premiers personnages-vedettes de la série, a beaucoup évolué depuis le début : dans l'histoire In the Line of Duty, Driver reproche à Batman la mort de son partenaire, tué par Mr. Freeze, avant de coomprendre le plan du justicier pour appréhender le criminel. Et quand la girlfriend de Driver, la détective Romy Chandler, tire sur Batman au cours de l'arc Dead Robin, Marcus lui résume ainsi la situation du justicier : "on our side, in his own way." ("de notre côté, à sa manière"). Driver, encore, obtiendra d'Akins qu'il demande l'aide de Batman pour le dossier Dead Robin, et plus globalement la description de la relation amour/haine de Marcus pour Gotham est la synthèse des sentiments qu'éprouvent tous les policiers de la ville envers leur protecteur.
Une des raisons de la défiance de la police de Gotham envers Batman tient justement à son statut d' "agent indépendant". Or, un des thèmes de Gotham Central est l'importance du partenariat, comme celui de Marcus Driver et de feu Charlie Fields, ou lors du sacrifice de Nate Patton pour sauver Romy Chandler, ou encore l'acharnement de Renee Montoya pour réhabiliter Crispus Allen après les manigances du flic corrompu Jim Corrigan.
Batman représente a contrario une entité indépendante et ce motif est au centre de l'intrigue de Dead Robin, quand la police doit le considérer comme un suspect : Allen note alors que "dans n'importe quel autre cas, le complice de la victime serait jugé comme tel".
Pourtant la résolution de cette affaire, tout comme celle de Corrigan II, est moins convaincante et satisfaisante qu'à l'accoutumée : sans doute à cause de l'annulation programmée de la série durant l'écriture de ces deux arcs, Brubaker et Rucka puis Rucka seul expédient le dénouement de ces enquêtes - surtout celle de Corrigan.
La fin de cette production laisse un goût amer d'inachevé, d'abord parce que la série était d'une qualité rare et que ses méventes font enrager, et ensuite parce que son héroïne principale quitte la police sur un constat d'échec (Renee Montoya deviendra détective puis justicière).
En outre l'apparition des Teen Titans avec leurs costumes bariolés (en particulier Starfire) et la liaison avec le crossover Infinite Crisis font un peu tâche dans le tableau d'une série dont le réalisme terre-à-terre et la sobriété visuelle étaient les atouts majeurs.
En revanche, le destin d'Allen et la déchéance de Montoya forment deux séquences très fortes, renouant avec ce que la production a offert de meilleur, de plus poignant, depuis ses gloriex débuts. Gotham Central s'y affirme comme une série animée par de grandes amitiés, puissament évoquées, et des tragédies intimes : elle s'achève sur une note très sombre, désabusée, digne des séries noires classiques.
On se rappelle alors les paroles de Jim Gordon dans la toute première histoire, In the Line of Duty, lorsqu'il déclarait : "quoique vous fassiez... Vous devez faire la différence". Cela rassemble à l'exergue parfaite pour cette série et ses héros : un comic-book exemplaire en termes de caractérisation, d'intrigue, de graphisme (Kano et Gaudiano y signent de superbes pages, dans la veine d'un Darwyn Cooke, et le passage de Lieber ne gâche pas la vue non plus).
Malgré son insccés commercial, c'est un regard unique sur la mythologie de Batman et du DCverse. Assurèment une des BD à redécouvrir d'urgence !

samedi 3 avril 2010

Critique 139 : GOTHAM CENTRAL - THE QUICK AND THE DEAD, de Greg Rucka, Michael Lark, Stefano Gaudiano, Kano et Gary Amaro

Gotham Central : The Quick and the dead est le quatrième receuil de la série rassemblant les épisodes 23 à 25 et 28 à 31, tous écrits par Greg Rucka et illustrés par Michael Lark (pour la dernière fois), Stefano Gaudiano, Kano et Gary Amaro.
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- Corrigan (Gotham Central 23-24) est écrit par Greg Rucka et dessiné par Michael Lark et Stefano Gaudiano.
Le détective Crispus Allen fait l'objet d'une enquête de la police des polices après que l'agent de la brigade scientifique corrompu Jim Corrigan ait dérobé une preuve sur une scène de crime. La mort du super-vilain Black Spider et l'implication d'une vieille collectionneuse sont les clés de cette affaire que Renee Montoya, la partenaire d'Allen, va aider à résoudre en révèlant sa nature violente (un élément amené à être développé ultérieurement).
- Lights Out (Gotham Central 25) est réalisé par la même équipe (Rucka, Lark et Gaudiano).
Sur ordre du commissaire Akins, le Bat-Signal est enlevé du toit du commissariat central. Le justicier masqué est déclaré hors-la-loi : c'est le point culminant du conflit entre les policiers et le vigilant, après les morts de plusieurs agents (Charlie Fields, Nate Patton et Ron Probson) contre Mr Freeze et le Joker.- Keystone Kops (Gotham Central 28-31) est écrit par Greg Rucka et dessiné par Stefano Gaudiano, encré par Kano.
Un agent en uniforme est transformé en monstre après une intervention l'ayant conduit dans un laboratoire abandonné par un des ennemis de Flash, le Dr Achemy. Or celui-ci est incarcéré à Keystone et prétend être le seul capable de sauver le policier. Malgré la mise en garde de Batman, conseillant de ne pas négocier avec le criminel, le G.C.P.D. échoue à guérir leur collègue, mais pour Renee Montoya, c'est l'occasion de se rabibocher avec son père, indirectement lié à l'affaire.
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En l'absence d'Ed Brubaker, bien que la série reste d'un niveau remarquable, elle perd quand même de sa force et cet album est en deçà des deux précédents (In the line of duty et Unresolved targets).
Greg Rucka seul aux commandes, cela révèle la particularité de chacun des deux scénaristes : Brubaker est indéniablement celui qui soigne les intrigues, construit les enquêtes, tandis que son partenaire est plus concentré sur l'étude de caractères, la caractérisation des personnages.
Les trois histoires de ce recueil atteste des préférences de Rucka : négligeant le suspense (sans toutefois bâcler le déroulement des récits), il nous gratifie de grands moments avec ses personnages favoris, en particulier la détective Renee Montoya qui n'hésite pas à faire le coup de poing avec le ripou Jim Corrigan pour innocenter son collègue Crispus Allen, ou le commissaire Akis défiant Batman dans le parking du G.C.PD. après avoir fait retirer le Bat-signal du toit de l'immeuble en affirmant que ses hommes meurent à cause du justicier et de ses ennemis.
Rucka sait aussi écrire avec une admirable subtilité et une étonnante économie narrative le rejet puis le rapprochement du père de Montoya avec sa fille (dont il désapprouve le lesbianisme). Deux scènes lui suffisent pour décrire sobrement mais puissamment ces situations : une vraie leçon de storytelling.
Cela dit, même mineur, The Quick and the Dead démontre que Gotham Central doit surtout être considéré comme un ensemble, une oeuvre globale, qui s'apprécie vraiment au-delà des forces et faiblesses, des pleins et des déliés, des sommets et des creux de chaque arc ou même de chaque épisode.
Il est aussi assez troublant de constater à quel point chacun de ses deux auteurs a marqué son territoire à travers certains des protagonistes : Ed Brubaker s'exprime clairement via Marcus Driver tandis que Greg Rucka a choisi Renee Montoya comme porte-voix. Il a fait d'elle une des héroïnes de comics les plus passionnantes de ces dernières années, en se jouant des clichés (la fliquette déterminée, rongée par une colère intérieure croissante, et homosexuelle) : jamais il ne cède à la facilité en étant complaisant sur l'intimité de la jeune femme ou sur sa caractérisation vis-à-vis des autres personnages.
Mais la contrepartie de ce soin particulier accordé à la détective, c'est qu'on a le net sentiment que cette attention s'effectue un peu au détriment de la série elle-même : Rucka aime tellement "sa" Montoya qu'il néglige le reste du commissariat et le travail de ses agents. C'est visible dans une scène dramatique comme celle où Montoya et son partenaire Crispus Allen négocient avec le Dr. Alchemy pour sauver la vie d'un auute officier du G.C.P.D. : en échange de son aide, le vilain réclame (et obtient) des confidences sur l'intimité de la jeune femme, dont il se moque. Allen est réduit alors à un rôle immérité de figurant.
Le favoritisme de Rucka l'empêche de traiter avec la même rigueur le personnage d'Allen comme tous les autres dès qu'ils apparaissent dans la même scène que Montoya. Il n'est donc pas étonnant que le scénariste ait continué à explorer la progression de son héroïne par la suite, une fois Gotham Central annulé, et The quick and the dead peut être considéré comme le vrai point de départ de la mutation du personnage telle que décrite dans 52 (puis la back-up de Detective Comics/Batwoman) où la policière deviendra le successeur de la Question.
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Malgré ces réserves sur le script, cet album reste indispensable, ne serait-ce que parce qu'il contient les ultimes épisodes dessinés par la paire Michael Lark-Stefano Gaudiano (23 à 25) : ce sont de nouvelles planches superbes, jusqu'à la dernière séquence dans le parking avec Akins et Batman d'une intensité fabuleuse malgré un découpage finalement très simple. Du grand art !
Puis Gaudiano signe un chapitre seul : le résultat n'est pas déshonorant mais un ton en dessous.
Lorsque Kano (puis, pour un épisode, Gary Amaro) vient le seconder à l'encrage, on obtient à nouveau des pages de belle facture, évoquant encore et toujours l'immense Mazzucchelli, dont l'influence graphique hante la série depuis le début.
Dans le recueil suivant (Dead Robin), les rôles s'inverseront avec encore plus de bonheur (Gaudiano encrant Kano). En tout cas, Gotham Central bénéficie d'une cohérence esthétique notable car rare chez DC, où trop souvent les équipes créatives tournent trop fréquemment.
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C'est un peu un volume de transition : décevant peut-être, mais on aimerait être déçu comme ça plus souvent car cela reste tout de même au-dessus de la moyenne... Et surtout la suite (et fin) va prouver que la série a encore beaucoup de belles choses à offrir !

dimanche 31 mai 2009

Critique 52 : IMMORTAL IRON FIST 2 : THE SEVEN CAPITAL CITIES OF HEAVEN, d'Ed Brubaker, Matt Fraction et David Aja

Ce nouveau receuil de la série Immortal Iron Fist est la suite directe du premier, intitulé The Last Iron Fist Story : The Seven Capital Cities Of Heaven prolonge l'histoire tout en bouclant l'intrigue amorcée précédemment. On a également droit au premier "Annual", dont la lecture sans être indispensable, apporte quand même quelques éclaircissements sur un des protagonistes apparus dans le premier tome.
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Après avoir successivement appris que le titre d'Iron Fist était un legs attribué au champion de K'un Lun (une des Sept Capitales du Paradis) une fois par génération et qu'il y avait déjà eu 66 précédents porteurs du nom, Orson Randall a rencontré son successeur désigné en la personne de Daniel Rand et lui avoué avoir renoncé à cet héritage après la Première Guerre Mondiale.
Mais aujourd'hui, Randall était traqué par les agents du Steel Serpent (au service de Crane Mother, ennemie de K'un L'un) et l'organisation terroriste HYDRA. Orson donna à Daniel le Livre d'Iron Fist, contenant tous les secrets de cet ordre, et qui devait le préparer au prochain tournoi des champions des Sept Capitales du paradis.
Steel Serpent, dont les pouvoirs étaient augmentés par la magie de Crane Mother, retrouva Randall et le tua en combat singulier. Avant de mourir, ce dernier transmit son Chi à Danny, censé lui donner ainsi assez de puissance pour vaincre leur ennemi commun.
Sur ces entrefaîtes, Rand fut convoqué par son maître, Lei Kung (père du Steel Serpent), au dît tournoi qui allait décider de l'accès d'une des Capitales du Paradis avec la Terre.
Ce que nous apprenons d'abord, c'est que les leaders des Sept Capitales ont fait construire en secret une passerelle entre la Terre et chacune de leurs cités, à l'insu de leurs peuples. La corruption de ces chefs convainc Iron Fist, son entraîneur Lei Kung the Thunderer, la fille d'Orson Randall, et John Aman, le Prince des Orphelins, à élaborer une révolution.
Simultanèment, Iron Fist découvre que Crane Mother et Xao, un des patrons de l'HYDRA, ont orchestré un plan pour détruire K'un Lun en utilisant un portail interdimensionnel bâti par le père d'Orson Randall. Steel Serpent ignore apparemment tout de ce projet et lorsqu'il l'apprend, il s'allie avec Danny et les autres champions pour le faire échouer.
Rand stoppe Xao en pulvérisant le train avec lequel il comptait dévaster K'un Lun (et aussi les autres Cités du Paradis). La révolution menée par Lei Kung et la fille d'Orson Randall oblige Nu-an, alias Yu-Ti chef de K'un Lun à s'enfuir.
Face à Danny, Xao préfére le suicide à la reddition mais avant de mourir, il lui révèle l'existence d'une Huitième Cité.
Steel Serpent se repent auprès de son père et de Danny, qui avant de retourner sur Terre avec Luke Cage, Misty Knight, Coleen Wing (venus l'aider à combattre l'HYDRA) , et les autres champions, Danny suggère à Lei Kung d'être le successeur de Yu-Ti avec la fille d'Orson Randall
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Cet album est en tout point remarquable et digne du premier volume, peut-être même supérieur. L'histoire développée par Ed Brubaker et Matt Fraction prend une ampleur exaltante, dévoilant une richesse et une efficacité admirables.
Après avoir exploré le thème de l'héritage dans les 6 premiers épisodes, à travers la passation de pouvoir entre Orson Randall et Danny Rand (et tous ceux qui les ont précédés en tant qu'Iron Fist), c'est ici la question du pouvoir et de son usage qui est puissamment traitée.
Tout comme l'entreprise du héros richissime a été piégée par l'HYDRA, le royaume de K'un Lun a lui aussi été contaminé de l'intérieur par la corruption de son chef. Il faudra une prise de conscience et une riposte d'envergure pour rendre à ce territoire son intégrité.
Cette réhabilitation est en marche alors qu'un tournoi oppose sept guerriers de cités différentes pour décider laquelle communiquera avec la Terre. C'est l'occasion pour les deux scénaristes d'épicer leur intrigue avec une série de duels spectaculaires dont les acteurs rivalisent d'originalité et d'agressivité : moments de violence, mais jamais complaisants, et qui ponctuent le récit avec une habilité jubilatoire.
Chacune des "Armes Immortelles" des Sept Capitales est vraiment singulière et il faut saluer le talent avec lequel Brubaker et Fraction ont su caractériser ces personnages au charisme immédiat. L'issue de chacun des combats est indécise et cela produit un authentique suspense, surtout lorsqu'on voit comment finit la première des joutes (entre Iron Fist et Fat Cobra). C'est un vrai régal que d'être ainsi surpris dans ce genre de comics tellement codifiés narrativement.
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Lorsqu'au terme du chapitre 9, l'album est comme prématurèment coupé en deux par l' "Annual" de la série, on est désarçonné. Ce n'est pas tant que ce qu'on nous propose alors soit dénué d'intérêt, mais cela vient briser le beau tempo de l'ensemble.
Surtout que, visuellement, cela n'a plus rien à voir : il faut alors supporter les illustrations épouvantables d'Howard Chaykin et les planches peintes de Dan Brereton et Jelena Kevic Djurdjevic...
Les quelques infos qu'on y gagne sur le passé d'Orson Randall confirment le caractère iconoclaste du personnage et lèvent le voile sur des péripéties commises avec une équipe d'aventuriers, dont fit partie Wendell Rand, le père de Danny. Mais, in fine, cela reste anecdotique et dispensable.
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Heureusement, David Aja est toujours là pour la (quasi) totalité des graphismes. Il nous offre encore une fois des planches magnifiques où éclate son art du découpage, son sens de la lumière et des ambiances. On songe souvent à Mazzucchelli dans cette façon d'en faire mieux que beaucoup avec peu d'effets, mais si judicieusement disposés : il restera comme LA grande révèlation de cette entreprise.
Comme pour le volume 1, les flash-backs sont illustrés par d'autres artistes : Roy Allan Martinez, Scott Koblish, et surtout Kano s'en acquittent fort bien - même si aucun ne fait oublier la contribution de Derek Fridolfs.
Mais aux 13ème et 14ème épisodes, c'est un débutant, Tonci Zonjic, qui (avec Javier Pulido et Clay Mann en soutiens discrets) prend les commandes et impose des pages d'une sobriété et d'une efficacité prometteuses. Assurèment, un nom à retenir.
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Bref, l'essai est totalement transformé. Ne passez surtout pas à côté !