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mardi 9 juin 2020

CATWOMAN 80 TH ANNIVERSARY 100-PAGE SPECTACULAR


Comme je l'avais dit dans le post que j'avais consacré à l'anniversaire de Dr. Fate, beaucoup de personnages iconiques de DC Comics fêtent ces temps-ci leurs quatre-vingts ans. C'est au tour de Catwoman d'être honorée et l'éditeur n'a pas fait les choses à moitié avec ce recueil de cent pages, où quelques-uns des meilleurs auteurs/artistes sont venus témoigner de leur affection pour Selina Kyle. On peut même dire que c'est un quasi sans faute.


Les festivités commencent bien avec le duo Paul Dini-Emanuela Lupacchino qui voit Catwoman affronter un taxidermiste qui souhaiterait en faire son plus beau trophée. Un récit dynamique et bien illustré de la part du scénariste des Gotham City Sirens (série où Selina Kyle partageait l'affiche avec Poison Ivy et Harley Quinn), joliment mis en images.


On monte d'un cran avec Ann Nocenti qui oppose Catwoman à un vigile désireux de devenir le complice de la belle cambrioleuse avant de la menacer de la dénoncer quand elle refuse. Encore une fois, prime à l'action, et grâce au dessin merveilleux de Robson Rocha, qui représente la féline dans sa tenue de cuir du film Batman, le défi de Tim Burton, on est aux anges.


Helena est la première pépite de la collection. Tom King et Mikel Janin, l'équipe de Batman, ne pouvait pas ne pas être au rendez-vous et leurs pages préfigurent sans doute le programme de la maxi-série Batman/Catwoman (qui sera elle illustrée par Clay Mann), en se projetant dans le futur, quand Selina Kyle devient mère. Bien entendu le choix du prénom de la future fille de Batman va faire phosphorer les fans puisque Helena renvoie à Helena Bertinelli, alias Huntress... C'est malin et superbe visuellement.


Jeff Parker et Jonathan Case évoluent en territoire familier an animant la version de Catwoman issue de la série télé Batman des années 60, quand la sublime Julie Newmar lui prêtait ses traits (et ses formes). Leur nouvelle est amusante, complètement farfelue et très colorée.


Liam Sharp est nettement plus concis avec ces trois pages où confrontée au gardien d'une banque qui l'a surpris en flagrant délit dans la salle des coffres, Catwoman fait preuve d'imagination pour qu'il la laisse filer. C'est sympathique mais sans plus. Graphiquement, il faut être plus client du style de Sharp que je ne le suis pour apprécier.


Le chapitre qui suit est le plus déroutant du lot car Mindy Newell revient sur l'enfance de Selina Kyle, confiée à une rescapée des camps nazis, pour laquelle elle dérobe, des années plus tard une mezuzah dans des circonstances bien tristes. L'histoire doit surtout à Lee Garbett au dessin, qui situe tout ça dans le contexte de Batman : Year One (donc avec Selina en prostituée aux cheveux courts). Malheureusement, l'émotion manque terriblement au script.


L'effort conjugé de Chuck Dixon et Kelley Jones est le plus dispensable du lot. Catwoman doit faire face à Clayface alors qu'ils se disputent une émeraude dans un cargo. Rien de ce qui est dit là n'a d'intérêt et les dessins sont particulièrement moches.


En revanche, le segment écrit par Will Pfeiffer est une merveille d'nventivité, avec un dénouement jubilatoire : Selina Kyle est invitée à une comic-con sans comprendre ce qui s'y déroule (elle signe des autographes à côté de Bruce Wayne et du Joker, s'étonne du piteux état d'un fan dont tout le monde se fiche, répond aux questions embarrassantes de fans...). C'est aussi le plaisir de revoir Pia Guerra dessiner qui emballe (l'artiste a mis sa carrière entre parenthèses depuis le début de la mandature Trump dont elle est une farouche opposante) : ses planches sont superbes comme sa Selina.


Avant-dernier épisode de cette anthologie, Addicted to trouble présente la prochaine équipe créative de la série consacrée à Catwoman. Et c'est une excellente nouvelle car, après le run raté de Joelle Jones, ce sont Ram V (scénario) et Fernando Blanco (dessin) qui prendront le relais. Leurs pages ici sont donc une sorte de prologue au #25 qui paraîtra en Septembre et qui met en scène le retour de Selina et Maggie Kyle à Gotham. Le résultat est très prometteur.


Enfin, cerise sur le gâteau : Ed Brubaker et Cameron Stewart, qui ont marqué au fer rouge la carrière de Catwoman au début des années 2000, ont accepté de se réunir pour l'anniversaire en produisant une histoire inédite. Tout est là, intacte, magique : Holly Robinson, Slam Bradley, de l'action à gogo, une narration extraordinaire, des dessins sompteux. Sachant que Ram V a cité leur run comme sa référence, cela donne encore plus envie de relire Catwoman à la rentrée. Et de retrouver, qui sait, un jour, Brubaker et Stewart sur un projet commun.

Comme vous pouvez le constater, j'ai été comblé par ce numéro spécial, dont les menues faiblesses ne pèsent pas lourd dans la balance. DC fait un beau cadeau aux fans de Selina. Et en prime vous avez droit à quelques pin-ups ravissantes (voir ci-dessous) :

Babs Tarr
Ty Templeton
Steve Rude
Tula Lotay
Tim Sale
Jim Balent
Jae Lee

dimanche 7 avril 2019

DETECTIVE COMICS #1000


Batman a 80 ans et Detective Comics la revue qui a publié ses premières aventures atteint son millième numéro. Comme Superman et Action Comics l'an dernier, DC Comics fête cela avec un numéro spécial de 96 pages, réunissant le gratin de l'éditeur. Pourtant, le résultat est très inégal, alternant entre vraies réussites et efforts sans inspiration.


On commence avec The Longest Case où Scott Snyder et Greg Capullo imaginent astucieusement comment une laborieuse investigation de Batman dissimulait un test ourdi par une guilde de détectives (Slam Bradley, Hawkman, Hawkgirl, Martian Manhunter, Bobo le détective Chimp, Traci Thirteen, la Question, Elongated Man) pour y admettre le dark knight.

C'est malin, ludique, et on a envie de revoir cette guilde, au casting épatant. Capullo est en forme (même si la page d'ouverture fait craindre le pire). Snyder montre qu'il excelle dans ce format court (alors qu'il s'obstine dans des histoires interminables).



Kevin Smith a rédigé pour Jim Lee le segmet suivant : Manufacture for Use. L'idée est une fois encore habile (le logo de Batman dissimule une plaque de métal protectrice produite par le pistolet fondu qui a tué ses parents).

Malheureusement, les dessins de Lee gâche tout (je ne comprendrai décidément jamais le culte dont est l'objet cet artiste). Mais bon, c'est le patron chez DC... 


On arrive au premier chef d'oeuvre de la collection : The Legend of Knute Brody (le titre fait penser à un film des frères Coen). Et quel plaisir de voir réunis Paul Dini et Dustin Nguyen !

Ce récit sur un homme de main calamiteux, qui fait foirer tous les coups du Joker, du Châpelier fou, du Sphinx et de Poison Ivy, est drôlissime et sa révélation finale est imparable. La seule trace d'humour dans ce millième numéro.


La rumeur prête à Warren Ellis, l'auteur de The Batman's design, un futur projet avec le héros (dessiné par Bryan Hitch ?). Il s'associe ici à Becky Cloonan pour une poignée de pages qui file à cent à l'heure, dans lesquelles le dark knight, tel un joueur d'échecs, élimine un gang en utilisant le contenu d'un entrepôt où il l'a coincé.

Ce n'est pas renversant, mais en termes d'efficacité et de rythme, difficile de faire mieux. Et Cloonan assure le show.


Le mythique Denny O'Neil fait équipe avec le génial Steve Epting pour un autre sommet de ce numéro : Return to Crime Alley, dans lequel Leslie Thompkins démontre implacablement à Batman que sa croisade contre le crime en a fait un être consumé par la violence et la cruauté.

Graphiquement magnifique, l'épisode est subtilement écrit et déjoue ce que son titre pouvait laisser présager pour réfléchir concrétement sur les conséquences des missions de Batman sur ce dernier.


Et, sans transition, om tombe sur la première cata de ce numéro : Heretic de Christopher Priest et Neal Adams prouve par A + B que deux auteurs célébrés et respectés ne sont pas une garantie de succès.

L'histoire, sur un jeune voleur qui s'est laissé corrompre par l'argent qu'il a volé à Bruce Wayne et dont la famille a préféré se débarrasser, est consternante. Les dessins sont affreux. Rien à sauver.


Proposé gratuitement à la lecture en avant-goût par DC, le chapitre de Brian Michael Bendis et Alex Maleev, I Know, est un des plus atypiques du lot. Il nous entraîne dans le futur où le Pingouin et Bruce Wayne finissent leurs jours dans une maison de santé. Oswald Cobblepot révèle avoir toujours su qui était Batman et cela a valu la vie sauve à son alter ego.

C'est un peu bavard et statique, d'accord, mais plein de malice et de cruauté. Bendis a fait plaisir à Maleev qui rêve de redessiner Batman depuis longtemps (et ce sera chose faite avec la saga à venir, Leviathan). Jubilatoire.


Là où les uns brillent, les autres sombrent comme le prouve The Last Crime of Gotham, un navet produit par Geoff Johns et Kelley Jones. Là encore situé dans le futur, cette histoire du dernier meurtre résolu par Batman (avec Catwoman, Robin et Echo, la fille de BatCat) est d'une laideur visuelle irrécupérable.

Mais surtout, comme Jim Lee, cela sent le cadeau fait à un des boss de DC, Johns, qui n'a jamais montré d'affinités pour Batman et raconte n'importe quoi.


Le niveau se redresse nettement avec The Precedent qui est dû à James Tynion IV et Alvaro Martinez. En revenant sur le moment où Dick Grayson a découvert le secret de Bruce Wayne et le dilemme de ce dernier pour embarquer le garçon dans sa croisade, le scénario donne surtout à Alfred Pennyworth un rôle d'arbitre.

Les dessins sont somptueux et le script très intelligent. Ah, si ce tandem pouvait lâcher Justice League Dark pour s'occuper de la série Nightwing (allègrement massacrée actuellement par Scott Lobdell)...


Bien entendu, ce millième numéro ne pouvait se passer de la présence du scénariste actuel de Batman et donc Tom King a contribué avec Batman's greatest case. Aidé par Tony Daniel et Joelle Jones au dessin, il signe un segment très verbeux mais à la morale superbe.

En somme, nous dit King, la grande affaire de Batman, c'est sa famille, la Bat-family. Ils sont venus, ils sont tous là, pour une photo de famille. Qui raconte surtout que le héros a bâti un clan pour pallier la perte de ses parents, devenir un père de substitution à son tour. Daniel et Jones ne sont pas au top de leur forme, mais ça reste correct.


Et enfin, comme pour Action Comics, le sommaire s'achève par un avant-goût de Detective Comics #1001 : Medieval. En charge du titre depuis plusieurs mois, le tandem Peter J. Tomasi-Doug Mahnke présente le futur ennemi de Batman, l'Arkham Knight, importé d'un jeu vidéo.

Batman est un "Bad Man" ? C'est ce que pense ce nouveau personnage. Le jeu de mots ne vole pas haut et Mahnke enchaîne les splash-pages avec une voix-off bavarde. Guère passionnant. Comme le titre historique de la chauve-souris depuis le départ de Tynion IV (un des rares à avoir vraiment fait l'effort de redéfinir la revue).

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Quelques pin-ups agrèmentent le programme :

 Mikel Janin, grand absent de la fête, offre une belle image iconique.

 Jason Fabok signe un poster bien garni, mais où, curieusement,
c'est Catwoman qui occupe le centre de l'image.

Et Amanda Conner, comme souvent depuis un bail maintenant,
assure le service minimum.

Forcément inégal, ce numéro mille réserve tout de même de beaux et bons moments. On en retire tout de même l'impression que ces épisodes anniversaires favorisent la hype plutôt que l'inspiration. Il faut marquer le coup évidemment, mais ce serait encore mieux si tout le monde avait vraiment quelque chose à dire, plutôt que de réserver de la place aux cadres de DC et à certaines anciennes gloires à la peine.

vendredi 20 mai 2011

Critique 232 : BATMAN : STREETS OF GOTHAM 1 - HUSH MONEY, de Paul Dini et Dustin N'Guyen

Batman : Streets Of Gotham 1 - Hush Money rassemble les épisodes 852 de Detective Comics, 685 de Batman et 1 à 4 de Batman : Streets Of Gotham, écrits par Paul Dini et dessinés par Dustin N'Guyen, publiés par DC Comics en Mars 2009 (Detective Comics et Batman) et de Août à Novembre 2009 (Batman : Streets Of Gotham).
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Le Dr Thomas Elliot tente de se suicider après avoir été corrigé et ruiné par Catwoman, mais il est sauvé par des marins et décide d'en profiter pour se venger. Ayant pris les traits de Bruce Wayne dont il a découvert la double identité, il sait que Batman n'est plus apparu en public depuis de longs mois et en déduit qu'il est mort, une occasion idéale pour prendre la place du playboy milliardaire de Gotham en détournant sa fortune.
Mais Elliott se montre trop gourmand et il est repéré puis enlevé par Catwoman qui le remet à Nightwing et Robin. Il est enfermé dans une cellule du manoir Wayne.
Dick Grayson endosse le costume et le nom de Batman et Damian Wayne continue de le seconder comme Robin alors que Firefly, un ancien agent du criminel Black Mask, met littéralement Gotham à feu et à sang. Profitant de la situation, Elliot s'échappe et usurpe publiquement l'identité de Wayne. Grayson et Damian, avec quelques amis, sont obligés de composer et autorise Elliot à jouer son rôle tout en l'empêchant d'aller trop loin.
Cependant, Black Mask, après l'arrestation de Firefly, confie une partie de son empire à Zsaz. De quoi occuper Batman et Robin...
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Pour apprécier cet album et les épisodes qu'il rassemble, il convient de faire le point sur la situation de Batman : Grant Morrison, le scénariste de la série consacrée au Dark Knight, a règlé son compte au justicier en deux temps. D'abord, il a fait subir au héros une longue descente aux enfers dans la saga du Gant Noir, avant, dans le crossover Final Crisis, de le faire succomber face à Darkseid. En vérité, Bruce Wayne, que tous ses amis croient vraiment mort, a été transporté dans la préhistoire et son retour attendu fait l'objet d'une saga intitulée Return of Bruce Wayne.
En attendant, ces épisodes écrits par Paul Dini, responsable de l'autre titre, l'historique Detective Comics (tout comme Action Comics est le titre original de Superman), reviennent sur la période entre la disparition de Wayne et son retour. Grant Morrison a établi (comme Ed Brubaker avec Captain America) que Dick Grayson, le disciple du héros, a décidé d'assumer l'héritage de Batman en se glissant dans son costume. Il est secondé par Damian, le fils de Wayne et Talia Al-Ghul. Désormais, Batman est l'élément "sage" du tandem tandis que Robin est un gamin violent.
Paul Dini, dans les deux premiers épisodes de ce recueil, s'emploie d'abord à conclure le dossier de Hush (Silence en vf), cet ennemi de Batman, créé par Jeph Loeb et Jim Lee dans la saga éponyme. En cavale, il est repris par Catwoman et Grayson, encore en action sous l'alias de Nightwing.
Puis, c'est le début de la série Batman : Streets of Gotham, lancée après Final Crisis, mi-2009. Grayson est devenu Batman entretemps, Hush est détenu dans une cellule du manoir Wayne, et Black Mask commande aux criminels de la ville.
Dini pilote la série selon un principe ingénieux puisque chaque épisode multiplie les narrateurs en voix-off, donnant à la fois le point de vue des "gentils" (comme le commissaire Gordon) et des "méchants" (Firefly).
Fidèle à la méthode déjà à l'oeuvre sur Detective Comics, dans un recueil comme Private Casebook, Dini écrit des récits brefs mais à l'action tendue, mais plus spectaculaire, en deux épisodes. Le personnage de Elliot/Hush sert de fil rouge aux six épisodes de l'album, de sa tentative de suicide à son sauvetage puis durant sa cavale jusqu'à sa capture, son incarcération et son évasion avant d'être "mis sous tutelle" par Grayson, Damian et leurs amis (les Outsiders, Zatanna, quelques membres de la JLA).
L'ensemble est très plaisant à lire, le rythme est soutenu, très fluide, la diversité des narrateurs conférant une ampleur à la série en suggérant la profondeur de la criminalité de Gotham. De la belle ouvrage, plus accessible que ce qu'écrit Morrison, où l'abondance de références au passé de Batman et les délires sur sa psyché tortueuse peuvent égarer les non-initiés.
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Graphiquement, c'est également brillantissime : Dustin N'Guyen forme vraiment un duo parfait avec Paul Dini, et son style à la fois "cartoony" et aux ambiances soignées conjugue à la fois originalité et qualité.
La force de l'artiste, dont le trait s'est à la fois affiné et diversifié, affranchi de tout réalisme tout en proposant des planches saisissantes (voir Gotham en feu) ou des vignettes savamment suggestives (le jeu sur les ombres, comme lorsqu'il révèle que Hush est surveillé par le Creeper alors que ce dernier est en civil), est de prolonger visuellement toutes les malices narratives sans que jamais le tempo ne s'en ressente.
A bien des égards, c'est le dessinateur le plus singulier et le plus efficace de DC aujourd'hui, avec, qui plus est, une productivité assez ahurissante (il signe les couvertures de la série et de bien d'autres !).
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Même si la série est désormais terminée Outre-Atlantique, voilà une production magistrale dont ce premier album donne très envie de découvrir la suite.

dimanche 14 février 2010

Critique 129 : BATMAN : PRIVATE CASEBOOK, de Paul Dini (et Peter Milligan) et Dustin Nguyen



Le run de Paul Dini sur la série Detective Comics mérite vraiment d'être découvert car il représente exactement ce que de bons épisodes de Batman devraient être, accessibles pour les néophytes et jubilatoires pour les fans. Cinq des histoires rassemblées dans ce Batman: Private Casebook ont été publiées à l'origine comme des récits complets unitaires (à l'exception de l'intrigue en deux parties dont Zatanna est la guest-star), mais les six forment un ensemble parfait pour qui ne veut pas lire d'autres titres de la gamme.
Ce recueil contient les numéros 840 à 845 du titre mensuel Detective Comics et en bonus une courte histoire (5 pages) issue de DC Infinite Halloween Special 1.
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Ces épisodes sont illustrés par Dustin Nguyen dans un style qui, au départ, peut dérouter par son aspect plutôt sombre et anguleux. Mais passé ce moment d'acclimatation, c'est un dessin d'une rare efficacité et d'une réelle beauté qui s'impose, dont émane une certaine poésie inhabituelle par rapport auux standards graphiques des comics mainstream.
Le découpage est en outre d'une grande richesse, avec des cases qui se chevauchent et des masses noires qui enveloppent toute la page et semblent immerger l'action dans une éternelle nuit liquide comme de l'encre. L'encrage, sublime, de Derek Fridolfs, et les couleurs, magnifiques, de John Kalisz, sont également pour beaucoup dans l'impact créé par ces pages atypiques et envoûtantes. Le charme est si puissant, esthétiquement, qu'il suffit à justifier la nouvelle d'Halloween dont l'intérêt est pourtant dispensable.
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L'autre point faible de l'album est le chapitre écrit par Peter Milligan où, étrangement, Bruce Wayne est dépeint comme un crétin, incapable de maîtriser une armure que lui a légué son ancienne fiancée (Talia Al Ghul), alors même que Batman est l'archétype du super-héros maître de lui-même, dôté d'un exceptionnel sens de l'anticipation, et habitué depuis le début de sa carrière à dompter ses démons intérieurs.
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Restent donc les 5 histoires écrites par Paul Dini :

- la première est une conclusion au retour de Ra's al Ghul et constitue un exercice délicat dont le scénariste s'acquitte avec habileté. En effet, les responsables éditoriaux de DC devaient boucler une histoire bancale tricotée par les scénaristes des différentes séries Batman pour ressuciter ce vieil ennemi du héros. Le résultat n'est pas renversant mais a le mérite de ne pas traîner et la chute ne manque pas de malice.

Libéré de ce poids mort, Paul Dini peut alors développer son univers et il ramène alors des ennemis classiques mais sans en faire des criminels sanguinaires : au contraire, il règne un climat de folie douce, subtilement décalé, mélangeant la psychologie et l'action selon un savant dosage. C'est ainsi que le Châpelier Fou réapparaît dans une version inédite de ses lubies concernant l'oeuvre de Lewis Caroll : le titre de l'épisode est d'ailleurs éloquent (The wonderful gang).

- Puis c'est au tour d'une nouvelle incarnation de Scarface et, donc, d'une nouvelle marionnettiste, Peyton Riley, d'entrer en scène pour une histoire de vengeance et de magie - puisque Zatanna assiste Batman dans cette intrigue.

- Enfin, le Riddler interfère dans une enquête de l'homme chauve-souris (avec une brêve apparition de Catwoman - "Meow") : l'ex-vilain utilise les médias pour résoudre une série de crimes sordides sans se douter que le meurtrier lui tend un piège. Des visages familiers, comme Oracle/Barbara Gordon, le commissaire Jim Gordon, Oswald Chesterfield Cobblepot (le Pingouin), Chimp participent aussi fugacement à l'aventure.
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Subtilement, Paul Dini réussit à singulariser chacun de ces acteurs en les écrivant avec humour mais sans ironie : l'auteur respecte cet univers, son atmosphère, mais avec la distance adéquate pour le rendre savoureux.
Son choix de rédiger des histoires courtes, délibérement à contre-courant de la tendance actuelle, permet de donner beaucoup de rythme à l'ensemble, sans égarer le lecteur avec des références au reste du Batverse, ce qui est extrèmement agréable.
Des séquences sont jubilatoires comme le flirt entre Zatanna et Bruce Wayne (qui n'occulte pas les évènements d'Identity Crisis, où la magicienne a lavé le cerveau de Batman), ou la jalousie de Catwoman envers Zatanna (et plus généralement toutes les conquêtes de Batman), ou encore la manière dont le héros résoud l'affaire impliquant le Riddler avec un forum sur Internet appelé "les héritiers de Dupin" (une référence à la première histoire policière écrite par Edgar Allan Poe). Avec une aisance étonnante, Dini peut même faire intervenir le detective Chimp (du groupe Shadowpact) sans que cela soit grotesque.
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Si ce recueil n'est pas parfait, à cause de circonstances extérieures à la contribution de Dini sur le titre, il propose du matériel de grande qualité, visuellement surprenant et narrativement différent de ce que fournit ce genre de production. L'essayer, c'est l'adopter !

lundi 13 avril 2009

Critique 28 : JLA - JUSTICE ET LIBERTE, de Paul Dini et Alex Ross


C’est un dangereux virus extraterrestre très contagieux que les membres de la Justice League of America (JLA) vont devoir combattre en Afrique. Ils agissent rapidement, mais peut-être trop car en négligeant la communication auprès de la population, ils ternissent leur image et vont devoir aussi l’opinion publique, à la fois méfiante devant leur interventionnisme et le risque qu'ils ne maîtrisent pas leur "ennemi".
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Le premier attrait de cet ouvrage vient évidemment de la présence au générique d'Alex Ross, dont j'ai déjà loué le talent et l'impact dans les comics. L'artiste de Marvels ou Kingdom Come nous émerveille encore avec son style photoréaliste impressionnant, mis en scène dans un découpage énergique, qui fait toujours penser à Neal Adams (cases aux formes variables et improbables mais donnant un dynamisme étonnant).
Cependant, avec sa narration en voix off (celle de J'onn J'onzz, le Martian Manhunter), JLA - Justice et liberté se rapproche parfois davantage du récit illustré - voire, si on veut être sévère, du livre d'images - que de la pure bande dessinée. Pourtant, même cette approche esthétisante ne gâche pas la lecture, conférant même une concision et une densité à l'histoire qui, si elles peuvent dérouter, sont bienvenues.
Les implications de l'histoire sont également surprenantes : la météorite qui libère le virus s'écrase en Afrique (ce qui rappelle le film Alerte !). Désirant intervenir vite, les super-héros décident avec le Pentagone de se rendre sur place pour endiguer la menace... Mais sans en avertir les gouvernements africains ! Comme le déclare d'ailleurs Wonder Woman : "Quand des innocents meurent, nous avons tous les droits". Cela indique que la JLA ne se soucie pas des autorités locales et prétend faire le bien du monde sans se préoccuper de l'avis du monde en question.
Paul Dini a-t-il voulu faire passer un message politique critique sur le droit d'ingérence ? Je l'ignore mais cela résonne de manière troublante lorsqu'on sait que cette histoire fut écrite alors que les Etats-Unis envahirent l'Irak, à la recherche des fameuses armes de destruction massive que ce pays aurait construit à des fins terroristes. Traiter en tout cas de la vénérable JLA comme du symbole de l'Amérique impérialiste, gendarme du monde, est assez culotté - et évoque évidemment la série Authority, créée par Warren Ellis et Bryan Hitch, dont les héros agissaient au mépris du droit des nations.
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On ne saurait en tout cas suspecter Alex Ross d'une telle propagande, lui qui signa en son temps le série Uncle Sam où il stigmatisait les épisodes les plus sanglants de l'Histoire des Etats-Unis ou qui tenait un discours aussi dénonciateur dans Kingdom Come.
Mais en même temps, c'est cette ambiguïté sous l'apparence du divertissement visuellement somptueux qui fait de JLA - Justice et liberté un comic-book très efficace.
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PS : A noter que pour les "débutants", cet album s'ouvre sur une collection de double-pages relatant les origines des plus éminents membres de la JLA - l'occasion de faire connaissance avec des personnages emblématiques de l'univers DC, toujours sous la plume et le pinceau de Dini et Ross !