La Phase V du MCU débute donc avec Ant-Man et la Guêpe : Quantumania, 31ème film produit par Kevin Feige, et troisième chapitre des aventures de l'homme fourmi. Le long métrage de Peyton Reed a la lourde tâche de faire oublier une Phase IV très inégale et très moyenne artistiquement, où Feige a voulu que les séries sur Disney + et les films en salles se complètent, sans convaincre, mais aussi d'introduire celui qui doit succéder à Thanos comme le grand méchant de cet univers : Kang le conquérant. Verdict ?
Après avoir survécu au "snap" de Thanos et avoir retrouvé Janet Van Dyne détenue pendant trente ans dans le royaume quantique, Hank Pym et sa fille Hope ont pleinement accueilli au sein de leur famille Scott Lang et sa fille Cassie, qui partage avec les Pym le goût de la science. Contre l'avis de Janet, Cassie a conçu un appareil permettant de cartographier le microvers, mais un incident se produit qui attire tout le monde dans cette dimension. Scott et Cassie sont séparés de Hope, Hank et Janet et bientôt appréhendés par des rebelles qui évoquent un conquérant inquiétant.
Janet, elle, renoue avec de vieilles connaissances dans le royaume quantique et demande de l'aide à Krylar. Mais celui qui avait combattu Kang à ses côtés travaille désormais pour ce dernier. Hope se défend et avec Hank et Janet réussit à s'enfuir à bord du propre vaisseau de Krylar. Cependant, évoquant Janet devant les rebelles, Scott comprend que le conquérant est l'ennemi de sa belle-mère et qu'il a envoyé son plus féroce tueur contre le campement. Scott et Cassie sont capturés par M.O.D.O.K., qui n'est autre que Darren Cross, l'ancien Yellowjacket, transformé par Kang.
Présenté à ce dernier, Scott passe un marché avec le conquérant qui lui explique que Janet a détruit le réacteur de son vaisseau temporel et s'il le récupère, il laissera la vie sauve à Cassie. Scott se jette dans le vide quantique pour récupérer le réacteur alors que, au même moment, Hope avec Hank et Janet approche. Hope rejoint Scott et ensemble ils trouvent le réacteur. Mais au moment de le remettre à Kang, Janet s'interpose. Kang neutralise Scott et Hope tandis que MODOK laisse Hank pour mort. Janet est emmenée dans la citadelle de Kang.
Cassie, pendant ce temps, réussit à s'évader de sa cellule et elle accède aux quartiers de Kang depuis lesquels elle en appelle aux rebelles pour qu'ils attaquent la citadelle du conquérant. Scott et Hope se joignent à eux et causent d'importants dégâts, tandis que profitant que Kang soit distrait par cet assaut, Janet endommage à nouveau le réacteur. Kang est obligé de descendre s'occuper lui-même des rebelles. Affrontant Scott et Hope, il les domine. Jusqu'à ce que Hank et des fourmis du microvers arrivent et ne l'écrasent.
MODOK, rejeté par Kang, meurt en soutenant les rebelles. Janet ouvre un portal quantique qu'elle emprunte ensuite avec Cassie, Hank et Hope. Mais Kang tente de se glisser dans l'ouverture à la place de Scott qui l'en empêche. Hope revient l'aider à tuer le conquérant et ils rentrent chez eux après avoir vu les rebelles prendre le contrôle de la citadelle. Quelque temps après, alors qu'il rejoint Hope, Hank, Janet et Cassie, Scott s'interroge sur les conséquences de cette bataille dans le microvers en espérant que tout ira pour le mieux...
Deux scènes additionnelles sont visibles après le générique de fin : dans la première, Immortus, la version la plus futuriste de Kang, réunit tous les variants du conquérants pour préparer une riposte d'envergure contre notre ligne temporelle susceptible de perturber le multivers ; dans la seconde, Loki et l'agent M. Mobius de la T.V.A. assistent à une représentation du spectacle de Victor Timely, un autre variant de Kang dans les années 1900, que le dieu asgardien estime être une menace sérieuse...
Ant-Man et la Guêpe : Quantumania n'a plu ni à la critique ni au grand public - aux Etats-Unis, le film a même vu sa fréquentation en salles diminuer dramatiquement lors de sa deuxième semaine et il ne faut donc pas espérer qu'il fasse un aussi bon score que les deux autres volets de la trilogie. Autant dire que cette Phase V du MCU démarre mal.
Les commentateurs et analystes ont beaucoup glosé sur les raisons de cette déconvenue, surtout après une Phase IV qui a déjà beaucoup déçu artistiquement et commercialement. On a pointé la stratégie de Kevin Feige, le grand architecte du MCU, qui a voulu que films en salles et séries en streaming sur Disney + forment un grand tout. On a aussi remarqué que les films Marvel, en perdant Iron Man/Robert Downey Jr. et Captain America/Chris Evans n'avaient plus de héros aussi fédérateurs. Et puis on a aussi évoqué une possible lassitude du public, comblé au terme de la Phase III avec le diptyque Avengers : Infinity War/Endgame, bouqet final d'une entreprise menée durant dix ans.
Il y a du vrai dans toutes ces hypothèses. Feige a certainement vu trop gros, trop grand, et le public n'a sans doute pas voulu être obligé de suivre séries et films pour être sûr de ne rien rater. Ni Downey Jr. ni Evans n'ont été remplacés. Et depuis Infinity War/Endgame, aucune super-production Marvel n'est parvenu à nous faire frissonner autant. Thanos et la menace qu'il incarnait manquent.
Mais faut-il tout jeter, brûler ce qu'on a adoré ? Il reste des choses excitantes à venir, comme le vol. 3 des Gardiens de la Galaxie, The Marvels. Même si on préferait que Kevin Feige s'occupe plus de Doctor Strange, de Scarlet Witch, de Hawkeye, et que Thor ait au moins un dernier tour d'honneur à sa mesure, on peut aussi être curieux de voir ce que va donner le prochain Captain America, New World Order, avec Sam Wilson/Anthony Mackie dans le rôle. Par contre, c'est vrai que la perspective de revoir les Eternels, de découvrir les Thunderbolts, voire Blade, est beaucoup moins attirante (à mon goût à tout cas).
Quantumania ne me semble pas mériter toutes les critiques négatives qu'il a eues. Certes, il est moins bon que le premier Ant-Man et que Ant-Man et la Guêpe, qui jouaient à fond la carte du "petit" film récréatif et tenaient grâce à la sympathie qu'on avait pour Paul Rudd (malgré son manque total d'alchimie avec Evangeline Lilly). Les effets spéciaux sont parfois moyens et les designs du royaume quantique sont inégaux. Mais de là à le traiter comme Thor : Love and Thunder, non, quand même pas.
Pour ma part, et je sais que je risque d'être isolé, j'ai apprécié l'histoire, qui met vraiment en avant Janet Van Dyne, explique bien sa relation avec Kang, la raison pour laquelle le conquérant temporel est coincé dans le royaume quantique. Le scénario de Jeff Loveness est bien construit à défaut d'être toujours original et captivant, avec ses trois actes classiquement développées (l'errance dans le microvers, le marché que passe Kang avec Ant-Man, la rébellion finale). Il y a du rythme, le film n'est pas trop long (juste 2h. 05).
Evidemment, ce n'est pas parfait ni suffisant. Bill Murray ne fait que passer et il déçoit (j'attendais un grain de folie avec lui, qui n'est pas venu). Michael Douglas est sous-exploité. Kathryn Newton (troisième actrice à incarner Cassie Lang) est incapable de donner de la chair à son personnage. Evangeline Lilly confirme qu'elle est un total miscast.
Mais bon sang, Paul Rudd est fantastique, charmeur et charmant, une vraie perle. Et puis Michelle Pfeiffer éblouit : elle a une partition à défendre et elle le fait avec cette présence intacte, un jeu nuancé. Enfin, Jonathan Majors est tout sauf un acteur sobre, il en fait à peine moins que dans le final de Loki saison 1, mais le bonhomme a un sacré charisme. Je doute encore qu'il puisse rivaliser avec le Thanos que campait Josh Brolin, mais il a les épaules pour être ce grand adversaire impitoyable, dangereux qu'exige la suite du MCU.
Par ailleurs, j'ai lu beaucoup de trucs sur la laideur du film et honnêtement je n'ai pas compris pourquoi. Il était fait mention d'un mauvais pastiche de Star Wars pour la population et quelques décors du royaume quantique. Mais comme l'univers Star Wars ne m'a jamais passionné, je n'ai pas été gêné. D'autant moins que, faut-il la rappeler, Star Wars n'a absolument rien inventé puisque George Lucas a tout pompé sur Valérian et les graphismes de Mézières (et ceux de Moebius aussi).
Bien sûr, ce n'est pas parfait non plus sur ce plan-là et il faudrait vraiment que les concepteurs des effets spéciaux soient mieux traités par Marvel/Disney (la grogne dure depuis un moment maintenant), alors que, auparavant, il n'y avait pas grand-chose à redire. On se serait passé d'un MODOK aussi ridicule (même si la véritable erreur réside davantage dans le fait de l'avoir intégré à du live action parce que même mieux écrit qu'ici, impossible de garder son sérieux avec une telle créature). Toutefois, la diversité du bestiaire deu royaume quantique, la diversité des environnements, jusqu'à la citadelle de Kang (vraiment impressionnante, j'ai trouvé) compensent ces faiblesses et montrent l'investissement de Peyton Reed et ses équipes pour faire le show.
Peut-être suis-je trop bon public, trop gentil, trop indulgent avec ce Ant-Man et la Guêpe : Quantumania. Mais je l'ai trouvé plus satisfaisant que tous les films de la Phase IV. Je crois (et j'en suis même sûr) que Les Gardiens de la Galaxie vol. 3 et The Marvels cette année me plairont plus, seront plus aboutis. Que cette Phase V sera aussi très différente (Feige a déjà tenu à rassurer que le multivers ne serait pas au programme de tous les prochains films), y compris avec les séries Disney +.
Dans la vaste galerie des héros Marvel portés sur grand écran, Ant-Man est à part parce que dans son premier film il se distinguait pas son humour et ses ambitions décalées - pas de monde à sauver, pas de menace énorme. Peyton Reed (qui avait remplacé Edgar Wrightà la réalisation au grand dam des geeks) s'est pris au jeu et d'affection pour ce justicier et Marvel lui a confié la suite de ses aventures avec ce Ant-Man et la Guêpe qui s'avère encore plus réussi mais toujours aussi atypique.
Scott Lang et Hope Van Dyne (Paul Rudd et Evangeline Lilly)
Assigné à résidence, un bracelet électronique à la cheville, pour avoir pris part à la "guerre civile" entre les Avengers (cf. Captain America III : Civil War), Scott Lang a remisé son costume de Ant-Man et n'a plus de contact avec Hank Pym et sa fille Hope Van Dyne, eux-mêmes recherchés pour lui avoir procuré cette technologie (conçue pour le SHIELD). Ces derniers travaillent donc en secret à la construction d'un portail pour explorer le plan sub-atomique, le "royaume quantique" dans lequel Janet Van Dyne s'est perdue en mission en 1987. Or, après avoir rêvé d'elle, Scott laisse un message sur la boîte vocale de Hank... Et se fait enlever peu après par Hope !
La Guêpe et Ant-Man (Evangeline Lilly et Paul Rudd)
Convaincus que Janet a placé une sorte d'antenne-relais miniature dans le crâne de Scott pour leur donner sa position dans le "royaume quantique", Hank et Hope vont précipiter leurs manoeuvres. En commençant par se procurer une pièce essentielle à leur portail auprès de Sonny Burch, un trafiquant. Mais celui-ci, flairant la bonne affaire, exige d'être leur associé. Le deal dégénère mais Hope/la Guêpe s'empare de la pièce avant que n'entre en scène le Fantôme. Scott/Ant-Man vient lui prêter main-forte mais échoue à arrêter leur adversaire.
Bill Foster (Lawrence Fishburne)
Pour retrouver la pièce, Pym accepte à contrecoeur de faire appel à son ancien partenaire, Bill Foster, pour concevoir rapidement un détecteur. Ils localisent vite le repaire du Fantôme mais tombent dans un piège car Foster est son complice. La jeune femme qui se cache derrière le masque du voleur est Ava Starr qu'une expérience ratée de feu son père, lui aussi associé à Pym au SHIELD, a transformé en créature intangible et mourante.
Ava Starr/Le Fantôme (Hannah John-Kamen)
Pym promet de l'aider mais c'est par la ruse de Scott que lui et Hope réussissent à s'enfuir en récupérant la pièce. Dans le laboratoire miniaturisé de Pym, Hope stabilise cette fois le portail vers le royaume quantique et, grâce à Scott, elle et son père situent la position de Janet dans cette dimension. Cependant Sonny Burch surgit chez Luis, l'associé de Scott, et lui soutire l'adresse de Pym grâce à un sérum de vérité, puis il informe un agent véreux du FBI pour procéder à l'arrestation du scientifique et de sa fille en cavale contre la garde de sa technologie.
Ant-Man et la Guêpe
Obligé de rentrer chez lui pour qu'on ne remarque pas qu'il a violé son assignation à résidence, Scott échappe donc au coup de filet du FBI ainsi qu'à la récupération du labo miniature de Pym par le Fantôme. Mais, quand Hank et Hope sont conduits au poste, il l'apprend par l'agent Woo, chargé de vérifier sa présence chez lui, et une fois celui-ci reparti, il va libérer ses amis. Cette fois, grâce à une balise placée dans le labo, ils n'ont aucun mal à remonter la piste du Fantôme.
Hank Pym dans le royaume quantique
La Guêpe s'échine à reprendre au Fantôme le labo tandis que Ant-Man s'occupe de Burch et ses sbires à leur poursuite. Pendant ce temps, Pym s'est réintroduit dans son labo et emprunte le portail pour accéder au royaume quantique. Il suit le signal émis par Janet et finit par la retrouver puis, ensemble, ils reviennent dans notre dimension... Juste à temps après que la Guêpe ait maîtrisé le Fantôme et rendu au labo sa taille normale et que Ant-Man avec l'aide de Luis ait livré Burch et ses hommes à la police.
Hope et Scott
Grâce à l'énergie quantique assimilée depuis trente ans, Janet rétablit l'instabilité moléculaire d'Ava Starr qui repart avec Bill Foster. Scott, dont les exploits ne sont pas passés inaperçus auprès de Woo en étant retransmis en direct à la télé, a juste le temps de rentrer chez lui pour mystifier l'agent du FBI. Mais sa peine est de toute façon purgée et on lui retire le bracelet électronique : il peut aller voir sa fille Cassie chez son ex-femme et le nouveau compagnon de celle-ci.
Deux scènes supplémentaires apparaissent durant le générique de fin et au terme de celui-ci :
- Scott retourne dans le royaume quantique pour une expérience menée par Janet, Hank et Hope. Mais ceux-ci sont désintégrés par le claquement de doigts de Thanos (cf. Avengers III : Infinity War) et Scott ne peut plus rentrer dans notre dimension.
- Chez Scott, une fourmi géante, qui le remplaçait en son absence pour porter le bracelet électronique, joue de la batterie.
Chacun des personnages portés sur le grand ou petit écran par Marvel a ses qualités et ses défauts, on peut s'amuser à classer quelles sont les adaptations les plus réussies à chaque fois qu'un nouveau film ou une nouvelle série apparaît - si tant est qu'on regarde tout.
Mais, évidemment, avec le temps - dix ans maintenant que le MCU existe et se développe, avec en guise d'apogée attendue Avengers IV l'an prochain, qui devrait à la fois conclure une ère et en démarrer une autre - , le fan a observé qu'il existe différents échelons dans cette production foisonnante et que ceux-ci correspondent à la personnalité des héros et à l'ambition des longs métrages. Autrement dit, tout le monde n'est pas sur un pied d'égalité. Et tant mieux.
A côté des icônes de Marvel (comme Captain America, Iron Man, Thor), il y a les protagonistes en devenir - amenés certainement à prendre du galon dans les prochaines années (comme Black Panther et Captain Marvel) - et les outsiders - dont la renommée est marginale (comme Dr. Strange). Ant-Man appartient à cette seconde catégorie et non seulement s'y est placé dès son premier film mais s'y conforte dans cette suite, jusqu'à partager l'affiche avec sa partenaire, la Guêpe (dont la "naissance" était annoncée à la fin du premier opus).
La genèse du premier opus avait été très laborieuse parce que le cinéaste Edgar Wright avait développé le projet de son côté, soucieux de se lancer dans sa réalisation seulement quand il serait satisfait des effets visuels. Puis des différends concernant son scénario (pourtant jugé brillant par plusieurs de ses confrères) ont abouti au divorce avec Marvel. Quand Peyton Reed hérita du bébé, les geeks se désespérèrent... Avant de de constater que le résultat valait quand même leur indulgence. Quant à Wright, il s'est refait avec Baby Driver (pourtant moins fabuleux que prévu).
Reed s'est attaché aux personnages (sans doute aussi au chèque de Marvel) et cela se voit car sa réalisation abonde en excellentes idées. Le film est très rythmé, on ne voit pas passer les quasi deux heures de l'histoire, et on se met à rêver qu'un comic-book consacré aux héros déploie autant de trouvailles que le long métrage. Tout y passe : miniaturisations à gogo, gigantisme mal contrôlé, courses-poursuites échevelées, rebondissements incessants, interactions multiples... Presque trop d'ailleurs car parfois on se rend compte que certains éléments sont en vérité superflus (le méchant Sonny Burch, campé par Walton Goggins, est surnuméraire dans un scénario avec un adversaire comme le Fantôme, joué par Hannah John-Kamen, dont l'état est suffisamment captivant).
Mais il faut sans doute y voir un reliquat du script écrit à cinq mains, dont celle de Paul Rudd qui enfile à nouveau le costume de Ant-Man. Le comédien a visiblement contribué, comme dans le premier film, à injecter beaucoup de comédie et c'est salutaire. En faisant du héros une sorte de pantin constamment dépassé par ce qui se joue autour de lui, à commencer par l'obligation de rester chez lui pour purger sa peine, les ruses qu'il imagine avec ses compères deviennent autant de ressorts pour les gags que de moyens de l'humaniser.
On pouvait déplorer dans le film précédent la romance tardive qui unissait Scott à Hope, mais l'histoire a pris en compte les événements de Captain America : Civil War et démarre donc avec une brouille entre les deux personnages et Hank Pym. De quoi relancer la machine sans pour autant effacer complètement ce qui avait été mis en place. Rudd et Evangeline Lilly ont une vraie complicité à l'écran, et l'ex-star de la série Lost pique volontiers la vedette à son partenaire grâce à la caractérisation tonique de la Guêpe. Au milieu, Michael Douglas est royal en savant grincheux dont les évocations de son passé révèlent qu'il n'a jamais été un partenaire exemplaire.
Lawrence Fishburne a peu d'espace pour s'exprimer et Michelle Pfeiffer apparaît finalement peu au regard de l'importance que son rôle a dans l'intrigue, mais tout de même le casting a belle allure grâce à eux aussi.
On passe vraiment un très chouette moment avec Ant-Man et la Guêpe, sans doute le plus humble des films Marvel, celui qu'on peut apprécier sans réserve car il ne cherche pas être plus que ce qu'il n'est. Entre deux Avengers et avant Captain Marvel, c'est une récréation salutaire.
ANT-MAN est l'adaptation du comic-book éponyme publié par Marvel Comics, créé par Stan Lee, Larry Lieber et Jack Kirby, la 12ème produite Marvel Studios et le dernier de la Phase 2 du "Marvel Cinematic Universe".
Le film est réalisé par Peyton Reed ; écrit par Adam McKey et Paul Rudd d'après le script initial de Edgar Wright et Joe Cornish. La direction artistique du film est signée par Justin O'Neal Miller, avec la photographie de Russel Carpenter, les costumes de Sammy Sheldon Differ, et la musique de Christopher Beck.
Dans les rôles principaux, on trouve : Paul Rudd (Scott Lang / Ant-Man II), Evangeline Lilly (Hope Van Dyne), Corey Stoll (Darren Cross / Yellowjacket), Bobby Cannavale (Paxton), Michael Peña (Luis), Tip "T.I." Harris (Dave), David Dastmalchian (Kurt), Anthony Mackie (Samuel Wilson / le Faucon), Wood Harris (Gale), Judy Greer (Maggie Lang), Abby Ryder Forston (Cassie Lang), et Michael Douglas (Hank Pym / Ant-Man I).
Le film est sorti en France le 14 Juillet 2015.
*
ATTENTION ! SPOILERS !
En 1989, le scientifique Hank Pym démissionne du SHIELD après avoir découvert que sa technologie de réduction "Ant-Man" risque d'être utilisée à des fins militaires. Estimant sa découverte trop dangereuse si elle tombe entre de mauvaises mains, Pym jure de la dissimuler aussi longtemps qu'il vivra. De nos jours, la fille de Pym, Hope Van Dyne, et son ancien disciple, Darren Cross, ont pris le contrôle de la compagnie qu'il a fondée. Cross est sur le point de trouver une formule identique à celle de son mentor et a conçu une combinaison pour l'utiliser, la "Yellowjacket", ce qu'appréhendait Pym.
Scott Lang
(Paul Rudd)
A la même période, le cambrioleur et informaticien Scott Lang sort de prison, attendu par son ancien complice Luis. Durant sa détention, sa femme, Maggie a refait sa vie avec le policier Paxton qui élève désormais la fille de Scott, Cassie.
Cassie et Maggie Lang
(Abby Ryder Forston et Judy Greer)
A cause de son casier judiciaire, Scott a du mal à trouver un emploi et finit par accepter la proposition de Luis de participer à un nouveau cambriolage, avec le concours de Dave et Kurt.
Luis, Kurt et Dave
(Michael Peña, David Dastmalchian et T.I.)
Il s'agit de s'introduire dans la maison d'un scientifique pour lui voler l'argent qu'il garde dans un coffre. Mais, à la place, Scott trouve une étrange combinaison qui ressemble à celle d'un motard et un étrange casque métallique équipé informatiquement.
Chez Luis, alors qu'il est seul, Scott essaie la combinaison et le casque. Il découvre qu'il est alors capable, grâce à cet équipement, de rapetisser jusqu'à la taille d'un insecte. L'expérimentation a suffisamment terrifié Lang pour qu'il décide de la ramener à son propriétaire. Hélas ! En quittant les lieux, il est appréhendé par la police et incarcéré. Au poste de police, Scott reçoit la visite de Hank Pym, qui se fait passer pour son avocat afin de l'inciter à se retrouver plus tard dehors. Lang réussit à s'évader en réutilisant la combinaison et le casque, grâce auxquels il peut communiquer avec Pym mais aussi des fourmis qui le transportent chez le savant.
Chez Pym, Scott apprend qu'il a été manipulé par son hôte depuis le premier cambriolage afin qu'il devienne le nouvel Ant-Man pour contrecarrer les projets de Darren Cross. La fille de Pym, Hope Van Dyne, est la complice de son père dans cette opération mais elle estime qu'elle devrait lui succéder sur le terrain et que Lang est inutile dans leur plan. Malgré cela, elle accepte d'entraîner physiquement le cambrioleur tandis que Pym l'instruit sur les capacités du costume.
Hope Van Dyne, Scott Lang et Hank Pym
(Evangeline Lilly, Paul Rudd et Michael Douglas)
Pour commencer, Lang est envoyé au Q.G. des Avengers pour y dérober un appareil. Sur place, il affronte avec succès le Faucon et rapporte le matériel convoité. Cette réussite apaise sa relation avec Hope et conforte Pym dans sa conviction d'avoir trouvé son remplaçant. Le savant en profite alors pour expliquer à sa fille dans quelles circonstances exactes sa mère est morte, lors d'une mission au cours de laquelle elle n'a pas suivi ses recommandations en se réduisant au niveau sub-atomique grâce au régulateur du costume - un risque que court aussi Lang.
Hank Pym et Darren Cross
(Michael Douglas et Corey Stoll)
Cependant, Cross achève de perfectionner le "Yellowjacket" et organise une réception à l'attention de plusieurs commanditaires intéressés par son invention. Il invite Pym à participer à son sacre. Profitant de l'occasion, Lang s'infiltre, à la tête d'une armée de fourmis de diverses espèces, dans les laboratoires dirigés par Cross avec l'aide de Hope à l'intérieur et de Luis, Dave et Kurt à l'extérieur.
Ant-Man
(Paul Rudd)
Pym apprend par son ancien disciple qu'il a négocié un partenariat avec l'organisation terroriste Hydra tandis que Lang et ses fourmis (et l'aide de Luis, Dave et Kurt) sabotent les installations de Cross. Lorsqu'il est sur le point de s'emparer du "Yellowjacket", il est malgré tout capturé.
Ant-Man
(Paul Rudd)
Pym se rebelle et il est blessé. Cross prend la fuite alors que le siège de sa compagnie est ravagé par les explosions provoquées par Lang. Mitchelle Carson, le représentant de l'Hydra, fuit de son côté avec un échantillon de la formule mise au point par Cross.
Yellowjacket
(Corey Stoll)
Scott poursuit Cross qui revêt alors le "Yellowjacket". Leur affrontement est disputé mais semble prendre fin dans le jardin des habitants d'un pavillon. Paxton, qui a suivi la bataille et ses acteurs, surgit alors pour arrêter Lang. Mais Cross en profite pour s'évader et se rendre chez la femme de Scott. Scott parvient à fausser compagnie à Paxton pour aller sauver sa fille et son ex-femme de Cross, devenu fou à cause des imperfections de sa technologie. Pour le vaincre, il sabote le "Yellowjacket" en se réduisant au niveau sub-atomique, disparaissant alors du champ de la réalité connue. Mais, alors qu'il dérive dans ce no-man's land, Lang se ressaisit et trouve les ressources mentales pour réapparaître dans notre dimension. Paxton le laisse partir avant que ses collègues policiers ne l'embarquent.
Alors qu'il débriefe les événements avec Scott, Pym entrevoit la possibilité que sa femme, Janet, ait pu survivre à sa disparition au niveau sub-atomique. Lang se voit ensuite proposé un nouveau coup par Luis mais comprend qu'en vérité, c'est le Faucon qui le recherche.
Durant le générique de fin, on assiste à deux scènes supplémentaires :
Pym présente à sa fille une nouvelle combinaison, inspirée par celle que portait Janet Van Dyne, et lui offre de devenir la nouvelle Guêpe.
Ailleurs, plus tard, Sam Wilson (le Faucon) et Steve Rogers (Captain America) ont capturé Bucky Barnes (Winter Soldier, l'ex-partenaire de Cap). Wilson dit qu'il connait quelqu'un susceptible de les aider (Ant-Man) puisqu'ils ne peuvent faire appel à Iron Man à cause des "accords" (référence à l'intrigue de Captain America 3 : Civil War, qui sortira en 2016).
Le projet d'adapter les aventures de Ant-Man était dans les tuyaux depuis le début des années 80 : à l'époque, Stan Lee voulait porter cette histoire sur grand écran. Finalement, il aura fallu attendre 35 ans pour que cela voit le jour, après bien des péripéties.
Le film, tel qu'il existe aujourd'hui, est officiellement lancé en 2006 quand le réalisateur Edgar Wright fait part de son intérêt pour le personnage à la Convention de San Diego : il a l'ambition d'en tirer un long métrage qui mêlera action et comédie et utilisera deux des incarnations de Ant-Man dans les comics, Hank Pym et Scott Lang. Il est même alors question d'un récit sur deux niveaux, avec une partie se déroulant dans les années 60 (quand le héros a été créé) et une autre de nos jours, dans une relation digne de Machiavel !
C'est le début d'une longue suite de révisions du script commencé en 2007 et d'essais filmiques pour donner une vision convaincante des pouvoirs de ce héros. Marvel Studios a une attitude ambivalente vis-à-vis du projet : prêt à investir du temps et de l'argent, mais sans en faire une priorité (car Ant-Man n'a pas le même potentiel commercial que Iron Man, Captain America ou Thor, qui doivent aboutir à la concrétisation d'un film consacré aux Avengers). Mais l'enthousiasme d'Edgar Wright et sa bonne réputation auprès des fans maintiennent le projet à flots.
En 2010, une précision décisive va resituer le film : Ant-Man ne s'inscrira pas dans la chronologie des Avengers, il ne fera donc pas partie de l'équipe (du moins pas immédiatement). Entretemps, Wright se consacre à d'autres travaux, comme l'adaptation d'un autre comic-book : Scott Pilgrim, d'après Brian Lee O'Malley.
Deux ans plus tard, Kevin Feige, le directeur des productions cinéma de Marvel, annonce les dates de tournage du film. De nouveaux tests pour visualiser les pouvoirs de Ant-Man sont réalisés et convainquent tout le monde, les premières photos du héros en costume fuitent sur le Net. La sortie est prévue pour 2015. Les rumeurs sur le casting circulent.
Pour Wright, la référence est le premier film Iron Man, qui fonctionne sans avoir besoin de connaître les autres titres du "MCU". Le tournage peut commencer. Pourtant, après quelques semaines de prises de vue, un communiqué officiel, conjointement approuvé par Marvel Studios et Wright, établit que le réalisateur abandonne son poste pour "différends créatifs". Il sera remplacé par Peyton Reed, tandis que le script subit quelques corrections de la part d'Adam McKey et l'acteur principal Paul Rudd (principalement des additions de scène d'action).
Revenir sur la genèse mouvementée de Ant-Man permet de mieux en apprécier les qualités et défauts, mais aussi de comprendre comment fonctionne vraiment la production des films selon les studios Marvel : tout cela rappelle ce qui s'est déjà passé pour Thor 2 : Le monde des ténèbres, quand Julie Taymor a quitté l'aventure et été remplacée par Alan Taylor. Ce qu'il faut retenir ici, c'est que le cinéma selon Marvel est d'abord une affaire de producteurs, les cinéastes qui y participent sont d'abord des techniciens dociles, sans grande vision (il suffit, sans les mépriser, de citer Jon Favreau, Joe Johnston, les frères Russo, James Gunn, ou même Joss Whedon, Shane Black et Kenneth Branagh pour se rendre à l'évidence qu'il n'y a là personne au style aussi affirmé que de grands cinéastes contemporains américains).
Je me garderai bien de juger la qualité de cinéaste d'Edgar Wright, je n'ai vu qu'un seul de ses films (Scott Pilgrim, un objet curieux, à la fois tonique, inventif et décalé), ce qui est insuffisant pour savoir s'il avait vraiment la carrure pour une grosse production comme Ant-Man et assez de personnalité pour en faire un long métrage qui concilie l'efficacité d'un blockbuster estival et l'aptitude pour livrer une adaptation originale d'un film de super-héros. Il est pourtant évident qu'en revenant à Peyton Reed, le projet est passé d'une entreprise prometteuse à celle d'un produit formaté, dans la ligne de ce que Marvel fait distribuer par Disney.
C'est un film agréable, sympathique, d'abord parce qu'il remplit sa fonction première - divertir - et qu'il le fait avec une authentique humilité - ce qui change positivement après l'énorme machinerie Avengers 2. Ant-Man ne cherche jamais à paraître plus grand qu'il est, c'est le cas de le dire, mais cette modestie ne l'empêche pas d'être imaginatif et ludique.
D'avoir inscrit l'histoire dans le double registre du film de super-héros traditionnel, avec son lot de figures imposées (initiation, passage de relais, rédemption), et du film de braquage (le heist movie) est une riche idée qui renouvelle simplement et habilement les codes. Il ne s'agit pas seulement de raconter comment un homme devient un super-héros pour protéger la veuve et l'orphelin, sauver toute l'humanité ou se racheter, mais bien pour accomplir une mission malhonnête et néanmoins positive (empêcher un rival d'employer une trouvaille à des fins belliqueuses).
Tout cela, le scénario le relate très bien, avec quelques trouvailles narratives délicieuses (le fait que Pym choisisse et manipule son remplaçant, que sa fille jalouse l'élu de son père, qu'un repris de justice comme Lang devienne un gentil à la fois parce qu'il est piégé par Pym mais aussi parce qu'il a besoin d'un job et de voir sa fille). Il y a une dynamique de groupe dans cette histoire pourtant centrée sur un seul héros, avec le duo Pym-Lang ; le trio Hank-Scott-Hope ; le gang de bras cassés de Scott ; la relation entre Scott, sa femme, leur fille, le nouveau compagnon de sa femme.
Le script offre aussi une perspective nouvelle et favorablement étonnante au "MCU" avec son prologue situé en 1989 puis des allusions (qui seront ensuite avérées) de l'existence d'un premier Ant-Man. Du coup, le personnage est restauré adroitement comme un des piliers de cette continuité, comme dans les comics, à mi-chemin entre Captain America et Iron Man (on peut considérer la naissance de Thor comme antérieur à celle de Captain America étant donné ses origines divines). C'est très malin, tout le sont les scènes du générique de fin qui établissent déjà, de manière très vive et explicite, le futur de Ant-Man (avec une nouvelle Guêpe et la présence effective de Scott Lang dans le prochain film consacré à Captain America, qui, lui-même, s'annonce quasiment comme le troisième film des Avengers vu le récit qu'il cite - la saga Civil War, écrite par Mark Millar, même si elle sera très certainement modifiée).
Ant-Man est moins convaincant sur d'autres points, souvent déjà discutés dans de précédents adaptations de comics. Curieusement, alors qu'il prétendait être une comédie d'action, les scènes humoristiques sont peu drôles ou, en tout cas, les gags et les répliques à cet effet tombent souvent à plat. Seules deux séquences fonctionnent dans cette veine : quand Scott Lang s'entraîne chez Hank Pym (devant notamment passer par le trou d'une serrure ou communiquer avec les fourmis dans le jardin) et Ant-Man affronte Yellowjacket dans la chambre de Cassie Lang (tous deux à leur taille microscopique, ils se battent sur les jouets de l'enfant, en particulier sur un train électrique : une lutte délirante et déjà mémorable). Mais, donc, sinon c'est clairement moins drôle que ce que réussissait Les Gardiens de la Galaxie (parce que les personnages étaient dotés de caractères plus marqués).
Même si les producteurs de Marvel s'efforcent que chacun de leurs films restent accessibles, il est désormais indéniable qu'il existe un poids de la continuité, moindre que dans les comics certes, mais bien réel. Le spectateur qui découvrira le "MCU" avec Ant-Man sera décontenancé par la présence du Faucon (et la dernière scène du générique du fin) : Edgar Wright voulait, rappelons-le ici, faire en sorte que son projet soit auto-contenu, il n'est donc pas impossible que les "différends artistiques" évoqués lors de son départ aient porté sur les éléments qui ont finalement été importés des films précédents de Marvel Studios. Il est clair donc que, maintenant, chaque nouveau personnage adapté au cinéma par la major le sera pour être incorporé à ce qui existe déjà et exploité dans le futur à un ensemble partagé : si cela est bien développé par la production en explorant diverses facettes (les super-héros classique - Iron Man, Captain America, Hulk - , les dieux - Thor - , les extra-terrestres - les Gardiens de la Galaxie - , en attendant la magie - Dr Strange), c'est aussi la limite du procédé car aucun héros n'a une vie propre, indépendante (même en comptant les séries télé comme celles diffusées sur Netflix - Daredevil, Jessica Jones, bientôt Iron Fist, les Defenders).
Pour avoir vu récemment Scott Pilgrim d'Edgar Wright, je pense aussi que, visuellement, Ant-Man n'est qu'à la moitié de ce qu'on pouvait espérer car Peyton Reed l'a réalisé sans panache. Le résultat est classique, bien rythmé, mais sans éclat. Parfois pourtant, on devine, notamment par le biais du montage, des résidus de Wright, avec de brusques accélérations ou la tonalité très geek du premier tiers du film (Lang, Pym, Cross : tous évoluent dans un domaine techno-scientifique, et leur dimension héroïque est acquise grâce à leur intelligence plus qu'à leurs muscles).
Cet aspect bancal est encore plus prononcé dans ce qui est hélas ! un défaut récurrent à beaucoup de films de super-héros et qui concerne l'apparition du super-vilain du récit : bien entendu, l'adversaire est rapidement identifié, mais Yellowjacket entre franchement en action très, très tardivement (comme Iron Monger dans Iron Man 1). A vrai dire, le film aurait certainement fonctionné très bien sans cet ennemi puisque l'argument du cambriolage et du sabotage des laboratoires de Cross suffit amplement à tenir le spectateur en haleine. Même si la bagarre entre Ant-Man et Yellowjacket est efficace une fois située dans la chambre de Cassie Lang (avec donc la séquence sur le train électrique), elle ne dépasse jamais le stade du passage obligé, folklorique.
Et c'est sans compter sur un fait encore plus élémentaire mais régulièrement escamoté : le méchant est toujours prêt pour la baston sans même qu'on l'ait vu s'y entraîner. Ici, c'est encore plus risible puisque Cross n'a pu se préparer car la technologie du "Yellowjacket" ne fonctionne pas pendant les 3/4 du récit ! Qu'il soit donc pleinement capable d'être un bad guy aussi bien rodé que Scott Lang à la miniaturisation quand la situation est compromise relève d'un grossier miracle. Et puis il faut bien l'admettre, Darren Cross souffre d'un manque de charisme (à l'image de son interprète) très dommageable : jamais on ne croit à la menace qu'il est censé représenter sur un plan physique, ce n'est pas plus qu'un savant revanchard de mèche avec des terroristes (l'Hydra - autre élément incompréhensible pour le spectateur ignorant des précédents films Marvel) dont son ancien et vieux mentor n'a même pas peur (Pym est plus soucieux de qui pourra répliquer son invention et l'employer que de l'éventualité de voir son ex-disciple s'en servir lui-même).
Malheureusement aussi, la dimension familiale de l'histoire est un peu sacrifiée, faute de place (le film dure 1h55 pourtant, mais est déséquilibrée dans l'organisation de ses parties) : au début, la situation de Scott est traitée avec du potentiel puis vite remisée au profit de la relation entre Pym, sa fille et Lang (suggérant même, in fine, une romance naissante et maladroite entre les deux derniers). La jalousie de Hope envers Scott est mieux exploitée, donnant du ressort au thème de la succession, et le mystère entourant la mort (supposée) de Janet Van Dyne / la Guêpe est bien suggéré. Par contre, l'importance donnée au gang de losers complices de Scott alourdit parfois inutilement l'histoire (même si ça aurait pu être pire).
Le casting est très convaincant. Pour une fois, Marvel Studios a misé sur une distribution de comédiens confirmés : le choix de Paul Rudd et celui de Michael Douglas en témoignent.
Le premier est un pari étonnant puisqu'il vient de la comédie (Rudd fait partie des habitués des comédies bien grasses de Judd Appatow) et il livre une prestation sobre, très intelligente et crédible.
Michael Douglas est une très belle "prise" : avoir convaincu un acteur de ce calibre de participer à une production comme celle-ci lui donne un cachet très classe d'emblée. Douglas joue Pym avec une jubilation communicative mais sans cabotiner. Il réussit à voler la vedette à Rudd sans forcer.
J'étais, je dois le reconnaître, perplexe quand j'ai appris que Evangeline Lilly était de la partie - sans doute parce que j'avais du mal à l'imaginer autrement qu'en Kate Austen dans la série Lost, qu'elle a incarnée à la perfection. Au début, affreusement coiffée et habillée en caricature d'executive woman en délicatesse avec Papa, ce n'est pas gagné. Puis, plus le film avance, meilleure elle est - et il semble acquis qu'elle va devenir une des femmes importantes de la filmographie Marvel à l'avenir.
Corey Stoll est une déception : comme je l'explique plus haut, il n'arrive jamais à donner corps à son personnage, ne le rend jamais suffisamment menaçant, inquiétant pour qu'on le voit en adversaire sérieux pour Scott Lang, encore moins pour Hank Pym. Quand l'heure sera venue de concevoir une suite à Ant-Man, les scénaristes seront avisés de lui écrire un méchant plus corsé et les producteurs de confier le rôle à un comédien plus consistant.
Les seconds rôles sont globalement assez transparents, avec des interprètes peinant à exister - en dehors de Michael Peña (Luis) ou de la petite Abby Ryder Forston (Cassie). Les caméos tenus par Hayley Atwell (Peggy Carter) et surtout Anthony Mackie (le Faucon) sont par contre impeccables. Stan Lee a droit à une apparition très drôle (comme souvent).
Ant-Man a quelque chose de rafraîchissant : héros outsider, le film l'est aussi, et il est excellent quand il se concentre sur ses personnages centraux et ses références aux heist movies. Mais en renonçant à dépasser son rang de petit film avec son petit héros, souffrant aussi de faiblesses dramaturgiques, il manque d'intensité et de personnalité.
Le système Marvel au cinéma montre ses limites : en proposant du divertissement efficace mais très (trop ?) calibré, refusant de privilégier la vision des cinéastes au détriment de celle de ses producteurs, il ressemble finalement beaucoup (de plus en plus) à ce que les comics procurent - un sentiment de ronron, voire d'embourgeoisement.
La suite, avec un nouvel épisode de Captain America et l'introduction de Dr Strange, sera décisive pour conforter cette impression ou faire (ne serait-ce qu'un peu) bouger les lignes...