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mardi 13 juillet 2021

ROBSON ROCHA (1980-2021)



Robson Rocha est mort. Il avait 41 ans.

J'avais parlé il y a une semaine de son hospitalisation : Robson Rocha avait été contaminé par le COVID-19 et placé en soins intensifs. Son ami Fabi Marques avait communiqué à ce sujet en précisant que l'artiste avait de plus besoin d'une transfusion sanguine. Mais la maladie a emporté le dessinateur dans la nuit de Dimanche à Lundi dernier.



Il n'y a pas de bon âge pour mourir mais partir ainsi à 41 ans est déchirant. La nouvelle a bouleversé tout le milieu des comics, à commencer par son ami Yildiray Cinar, son encreur Daniel Henriques et sa scénariste sur Aquaman, Kelly Sue DeConnick.


Robson Rocha avait brillé sur toutes les séries qu'il avait dessinées, en particulier ses épisodes de Green Lanterns et bien entendu sur Aquaman. Il avait une carrière fabuleuse devant lui, à la mesure de son talent : il suffit de lire quelques-unes de ses planches ou d'admirer ses portraits de super-héros pour s'en convaincre. C'était un très grand, à la technique éblouissante, très régulier, ponctuel, avec une excellente réputation - tous ses pairs saluent sa gentillesse et les fans qui ont pu l'aborder lors de festivals ou conventions témoignent de sa bienveillance à leur égard, de sa disponibilité.


Jim Lee a publié sur Twitter un message saluant la mémoire et le travail de Robson Rocha. En lisant ces quelques lignes du big boss créatif de DC Comics, je l'ai interpelé en lui demandant si DC Comics participerait financièrement pour offir à l'artiste des funérailles dignes de ce nom et une assistance pour sa femme et leur enfant : ils le méritent, ils le lui doivent. Je n'ai pas eu de réponse (pas plus que je n'en avais eu quand j'avais interrogé les responsables de DC et Marvel lors du dècès de John Paul Leon).


J'aimai beaucoup Robson Rocha et je jugeai que DC aurait dû lui confier une grande série après Aquaman. Sa prestation sur Future State : Justice League (qui restera sa dernière contribution consistante) lui ouvrait une voie royale. Il avait succédé à Joelle Jones comme cover-artist sur Catwoman récemment.


Bien entendu, désormais, tout cela nourrira bien des regrets. Cette saleté de virus a frappé. Il nous reste les planches de Robson Rocha. Elles seules lui assureront qu'il ne soit jamais oublié.



lundi 5 juillet 2021

DES NOUVELLES NOUVELLES TOUTES FRAÎCHES

Une nouvelle entrée le Lundi consacrée aux news qui ont retenu mon attention (donc il ne s'agit pas d'un article exhaustif). J'ai pu constater que cela avait l'air de plaire ceux qui suivent mon blog, donc je continue (sans garantir toutefois que ce sera un rendez-vous régulier). Allez, c'est parti !

*

ROBSON ROCHA :


Et je vais commencer par vous parler d'un artiste que j'aime mais qui traverse une mauvaise passe. Il s'agit de Robson Rocha, qui a démontré son grand talent sur des titres comme Green Lanterns, Aquaman ou Future State : Justice League. Vivant au Brésil, Rocha est actuellement très malade, touché par le COVID-19, ce satané virus que le président de son pays a qualifié de "gripette". Les hôpitaux brésiliens font face à une situation alarmante, les vaccins maquent. Et Robson Rocha a été admis en réanimation récemment.



Cela, je ne l'ai pas appris par DC Comics, encore une fois minable dans sa communication, mais par Twitter où des amis artistes de Rocha ont communiqué sur son état de santé et collectent des fonds pour les soins dont il a besoin. Beaucoup d'autres professionnels ont relayé cet appel auprès des fans, sollicités pour participer.


Bien entendu, c'est doublement honteux car le Brésil est gouverné par un fou inconscient et facho mais aussi parce que DC ne fait absolument rien pour Rocha (les éditeurs se contrefoutent de leurs employés, ne payant jamais pour leurs soins ni même pour leurs obsèques comme on l'a observé récemment avec John Paul Leon, dont la veuve doit elle aussi en appeler à la générosité du public pour financer la scolarité de leur fille). Je suis vraiment en colère parce qu'en plus, depuis Future State : Justice League, DC ne donnait presque plus de boulot à Rocha, à part dernièrement des couvertures de Catwoman, alors que c'est un merveilleux artiste et un type que tous ceux qui le côtoient saluent comme exemplaire et sympathique


Toutefois le plus important reste qu'il se rétablisse au plus vite et au mieux, et qu'il profite d'une convalescence correcte. Si vous ne connaissez pas son travail, je vous encourage vivement à le découvrir, en particulier ses épisodes de Aquaman (écrits par Kelly Sue DeConnick). Je poste ici quelques-unes de ses commissions qui donnent un bel aperçu de son art.



*

MARVEL COMICS :



Cette année, on fête les 10 ans de la création de Miles Morales, l'autre Spider-Man. Créé par Brian Michael Bendis et Sara Pichelli (que le scénariste a toujours créditée comme la mère du personnage) dans les pages de Ultimate Spider-Man, il a fait le voyage jusque sur la Terre-616 à l'issue de l'event Secret Wars et conservé sa série.
On pouvait craindre qu'avec le départ de Bendis chez DC, Marvel ne fasse plus grand cas de Miles Morales, mais entretemps il y eut la sortie de Spider-Man : Into the Spider-Verse (Spider-Man : New Generation en vf) de Peter Ramsey, Bob Persichetti et Rodney Rothman en 2018, énorme carton en salles et couronné aux Oscar, qui a permis à Miles Morales d'être mondialement connu (après sa "naissance" qui avait déjà provoqué un petit choc - pensez, Spider-Man devenait un jeune homme afro-américain et hispanique).
Pour l'occasion, Marvel va produire un épisode anniversaire avec de nombreux invités en plus de l'équipe artistique actuelle (le scénariste Saladin Ahmed et la dessinatrice Carmen Carnero), dont Sara Pichelli. Mais Il manquera à la fête Brian Bendis dont on ignore s'il a même été invité ou si DC a refusé de le laisser participer. Dommage.
La couverture ci-dessus est signée Sara Pichelli.


De Sara Pichelli, on reparle à l'occasion des prochaines aventures de the Amazing Spider-Man, qui sont un vrai feuilleton. Car Marvel a communiqué sur les artistes qui vont animer sa série après avoir dévoilé les noms de ses scénaristes (Zeb Wells, Kelly Thompson, Saladin Ahmed, Cody Ziglar et Patrick Gleason).
Et donc, avec une parution de trois numéros par mois, il fallait plusieurs dessinateurs. Patrick Gleason cumulera en signant les deux premiers épisodes de cette nouvelle ère, avant de passer le relais à Sara Pichelli puis Michael Dowling. Pour Pichelli, dont la carrière a complètement piqué du nez depuis plusieurs années, c'est une opportunité de se refaire la cerise, d'autant que le communiqué de Marvel n'y va pas avec le dos de la cuiller en la qualifiant de "absolute legend"...
Quant à Michael Dowling, c'est encore un relatif inconnu, en tout cas moins réputé que Gleason et Pichelli. Mais il s'est fait remarquer ces derniers mois en collaborant avec Jed McKay sur la série Black Cat (qui est un joli succès).
Marvel a enfin révélé le character's design (voir ci-dessus) de Spider-Man : Patrick Gleason s'est chargé du costume que va endosser Ben Reilly en l'absence de Peter Parker dans le rôle du Tisseur. Je vous laisse juger.
Et comme je sais que Art Adams a des fans (dont je ne fais pas partie), c'est lui qui sera le cover-artist de la série.


J'ai hésité à relayer l'info suivante car je ne tiens pas en haute estime le travail de Jason Aaron sur Avengers, que je considère comme un des pires runs de la série (et une des pires séries actuelles). Mais bon, allons-y.
Dans le dernier arc d'Avengers (avant la parenthèse Heroes Reborn), la force Phénix revenait sur Terre pour chercher un nouvel hôte. Au terme de plusieurs épisodes où plusieurs héros se sont mis sur la tronche pour remporter le trophée (pourtant empoisonné), Jason Aaron a sorti de son chapeau Echo, la super-héroïne sourde qu'on a souvent vu aux côtés de Daredevil et plus récemment dans Captain Marvel.
Créée par David Mack et Joe Quesada, la voici investie d'un pouvoir immense et, si je ne me trompe pas, cela doit être la première non-mutante à en être investie. En tout cas, Marvel a donné le feu vert pour une mini-série intitulée Phoenix Song : Echo, qu'écrira Rebecca Roanhorse, d'origine amérindienne comme Maya Lopez/Echo, et que dessinera Luca Maresca, avec des couvertures de Leinil Yu cet Automne.
Au point où on en est...
 

L'event Hellfire Gala vient de s'achever sur un coup de théâtre avec la découverte par Speed, Prodigy et Eye-Boy du cadavre de la Sorcière Rouge dans les pages de X-Factor #10. C'est donc ce qui va provoquer la mini-série The Trial of Magneto, écrite par Leah Williams et dessinée par Lucas Werneck, avec des couvertures de Valerio Schiti (qui, je pense, était initialement souhaité par la scénariste pour dessiner son histoire, avant que Hickman ne le réquisitionne pour Inferno) dont la parution commencera en Août prochain.
Bon, comment dire ? Comme argument en carton, celui-ci est pas mal puisque la fin de X-Factor #10 contredit complètement le dénouement de S.WO.R.D. #6, où Magneto retrouvait Wanda Maximoff en lui promettanr de tout faire pour qu'elle soit à nouveau la bienvenue parmi la Nation X. Autrement dit, faire de Magneto son supposé assassin relève du grand n'importe quoi, et donc organiser un procès pour cela est stupide.
Cela me conforte dans l'idée que le vrai immanquable pour la franchise X sera Inferno et pas cette mini-série, qui verra sa publication se dérouler en parallèle - un non-sens éditorial. J'ai le sentiment que, face à l'arrêt ou l'annulation de certaines séries, le staff éditorial des X-titles veut à tout prix combler les vides, quitte à balancer des histoires en dépit du bon sens, alors que resserrer la gamme de séries autour de X-Men serait bienvenue. Est-ce le signe que Jonathan Hickman desserre son emprise sur la franchise ? Je ne l'espère pas. Mais bon, entre The Trial of Magneto, le crossover entre SWORD et Guardians of the Galaxy (qui s'intègre à la saga The Last Annihilation), d'un côté, et Inferno, de l'autre, ce serait bien que tout le monde se calme pour que Reign of X ne dérape pas.

*
DC COMICS :


Twitter s'est déchiré la semaine dernière quand Bruno Redondo a dévoilé le dessin du nouveau costume de Batgirl. Je n'ai pas saisi l'origine de cette poussée de fièvre, même si je pense que tout est parti du design ressemblant beaucoup à celui que Cameron Stewart avait créé lorsqu'il co-écrivait et storyboardé la série (surnommée alors "Batgirl of Burnside").
Comme depuis Stewart a été attrapé la main dans le pot de confiture pour une affaire sordide de drague lourdingue avec des fans mineures (sans qu'il y ait eu agressions ou viols cependant), faire référence à un de ses designs a dû provoqué une poussé d'urticaire chez certains, condamnant le dessinateur aux enfers éternels. A moins qu'il ait été reproché à Redondo de ne pas avoir été plus original, allez savoir, ma bonne dame.
Pour ma part, je l'aime bien, ce design. Il est classe, et confirme que Redondo est doué pour l'exercice. Et même s'il a à l'évidence copié sur Stewart, hé bien, il a eu bon goût, le bougre car Stewart a certainement créé le meilleur costume de Batgirl de tous les temps.


En tout cas, Bruno Redondo est en forme comme on peut le voir en lisant l'excellente série Nightwing, écrite par Tom Taylor. Bon, si vous lisez mes critiques sur ce titre, vous savez que je craignais que Dick Grayson soit mêlé au futur crossover Fear State cet Automne. J'espérai qu'il serait épargné vu qu'il agit à Blüdhaven et non à Gotham, mais évidemment quelqu'un chez DC a décidé de me contrarier.
Donc les n°84-85-86 de Nightwing seront impactés par Fear State, et c'est à cette occasion que Barbara Gordon revêtira à nouveau son costume de Batgirl (pour débusquer le concepteur d'un programme informatique anti-Oracle).
Bruno Redondo ne dessinera pas ces épisodes mais signera les couvertures de la série et elles formeront un triptyque (voir ci-dessus), représentant une image spectaculaire (qui ferait aussi un chouette poster).
 

Enfin, DC nous a gratifié d'une polémique comme seule cette maison d'édition en a le secret. Pour la comprendre, il faut remonter le temps, jusqu'en 2017, avec une page du n°25 de Harley Quinn. A cette époque, la série est co-écrite par Jimmy Palmiotti et Amanda Conner et dessinée par Chad Hardin. C'est un carton et un titre complètement fou (beaucoup plus que la série actuelle), et les auteurs jouent beaucoup sur la relation entre Harley et Poison Ivy.
Cette relation entre les deux super-vilaines est considérée comme homosexuelle par la majorité des fans, il n'y a guère d'ambiguïté à ce sujet. Mais DC a un passif en ce qui concerne ses personnages lesbiennes puisque l'éditeur avait refusé à J.H. Williams III et Haden Blackman que Batwoman épouse Renee Montoya - ce qui provoquera le départ de Williams III du titre, excédé par cette frilosité.
Depuis, la série cartoon Harley Quinn (dont je vous parlais la semaine dernière dans les news) a enfoncé le clou sur l'homosexualité de Poison Ivy et Harley Quinn. Mais le dessin animé a par ailleurs été censuré quand les créateurs ont dû renoncer à montrer une scène de sexe oral entre Batman et Catwoman.


DC a donné la parole à Esper Quinn pour dénoncer le queerbaiting dans les comics. Mais en voulant illustrer les propos de cette dernière, l'éditeur s'est magistralement pris les pieds dans le tapis en choisissant une planche de Harley Quinn #25 où Poison Ivy embrassait Harley sur la joue... Tout en lui empoignant le popotin de manière sans équivoque. Ce serait risible si derrière tout ça ne s'était cachée une vérité cinglante.
Le dessinateur Chad Hardin a alors posté sur Twitter la planche originale, que DC lui avait demandé de rectifier avant publication. Et là, on découvre que Ivy embrassait Harley sur la bouche, et pas qu'un peu : elle lui roulait une vraie pelle que son amante lui rendait bien ! On comprend mieux ce que suggérait Amanda Conner quand, interviewée par Elsa Charretier (sur la chaîne YouTube de cette dernière - que je vous conseille chaudement), elle disait que le succès de son run, au lieu d'inciter DC à être plus audacieux, plus décontracté aussi concernant la représentation des homosexuels, freinait des quatre fers. Ce qui a fini par lasser Palmiotti et Conner.


Mais, évidemment, ça ne s'arrête pas (encore) là car, tenez-vous bien, en Septembre, DC ose sortir un comic-book adapté de la série animée Harley Quinn, sous-titrée The Eat, Bang, Kill Tour. Et que voit-on en couverture du n°1 ? Harley Quinn et Poison Ivy qui s'embrassent goûlument, tandis que divers personnages les observent (la tête de Batgirl est irrésistible) ! 
Heureusement que le ridicule ne tue pas sinon il ne resterait plus grand-monde parmi les editors de DC. L'éditeur ressemble parfois à un poulet sans tête avec des prises de décisions grotesques. Etrangement, cet état de fait donne actuellement des séries excellentes (Catwoman, Nightwing, Justice League Dark...). Je ne donne pas dans le DC-bashing (Marvel aussi fait parfois n'importe quoi), mais ce qui se joue là est d'une telle bêtise que c'en est à peine croyable.

Ce sera tout pour cette fois. A très vite pour de nouvelles critiques !

mercredi 10 février 2021

FUTURE STATE : JUSTICE LEAGUE #2, de Joshua Williamson et Robson Rocha, Ram V et Marcio Takara


La suite et fin de Future State : Justice League se déroule d'une drôle de manière. On sent que Joshua Williamson aurait bien aimé avoir un peu plus de temps pour développer son intrigue qu'il achève aussi vite qu'il le peut. Les dessins de Robson Rocha eux-mêmes sont aussi inégaux. En revanche, pour Justice League Dark, Ram V continue d'épater et Marcio Takara se déchaîne joliment.
 

2040. L'Hyperclan a pris la place (et l'apparence des membres) de la Justice League. Ils gagnent les coeurs de la population qui ignore l'imposture et ferme les yeux sur les méthodes expéditives qu'ils emploient pour garder leur secret en procédant à des captures préventives.


Envoyé par leurs ennemis sur un monde infernal, la vraie Justice League doit trouver un moyen de rapidement rentrer sur Terre car l'environnement de cette planète les menace. Ils découvrent qu'ils se trouvent là où étaient bannis les martiens blancs.


Ces derniers pouvant prendre l'apparence de n'importe qui, bientôt l'ambiance se tend entre les héros qui pensent qu'un traître se cache dans leurs rangs. Mais en examinant leurs manies, ils retrouvent la confiance. Et Kid Quick surtout a une solution pour les renvoyer sur Terre.


En partageant la Force Véloce dont il tire ses pouvoirs, le speedster réussit à traverser le Multivers et la Justice League resurgit sur Terre juste à temps pour empêcher l'HYperclan d'asservir la population. Cette victoire redessine les relations entre les héros qui réfléchissent à recruter.

Future State n'a pas donné les mêmes chances à toutes ses mini-séries et Justice League en témoigne avec sa conclusion éclair qui s'avère frustrante. Pourtant confiés à l'ex-scénariste de Flash, on pouvait penser que deux épisodes suffiraient à Joshua Williamson, mais il est clair qu'il a dû expédier son intrigue.

Le précédent chapitre s'achevait sur la révélation de l'identité des vainqueurs de la Legion of Doom et de la Justice League : Williamson avait ressorti l'Hyperclan, créé par Grant Morrison, et envoyé les héros on-ne-sait-où, victimes de ces imposteurs machiavéliques.

Qu'attendre à partir de là ? Un second numéro découpé en deux parties distinctes : d'un côté, l'Hyperclan prend la place de la Justice League pour conquérir la Terre en asservissant ses habitants. La motivation des méchants n'est pas très originale, c'est le moins qu'on puisse dire, et les moyens d'arriver à leurs fins s'avèrent grossiers. Surtout le nombre de personnages devient trop important pour penser qu'ils seront suffisamment développés.

De l'autre, la vraie Justice League, dans un endroit hostile, doit surtout faire face à la parano qui la saisit car un d'eux pourrait être un traître. Malheureusement, là encore, Williamson se contente de clichés comme d'écrire le nouveau Batman aussi suspicieux que Bruce Wayne ou Jon Kent aussi boy scout que Superman. Les autres font de la figuration, manquant de consistance, même si certains profitent de leur "virginité" comme Andy Curry ou le nouveau Flash. Le scénariste parvient néanmoins à animer Yara Flor de façon plus intelligente que dans sa propre mini-série (en même temps, ce n'est pas difficile).

Quand les bons retrouvent les méchants, juste à temps pour enrayer leur plan, l'affaire se règle très rapidement, à grand coup de doubles pages et de raclées express. Ce n'est pas plus mal car, franchement, l'Hyperclan ne dispose d'un charisme redoutable et cela permet à Williamson de procéder à un raccourci pratique pour dire que la Justice League, maintenant que ses membres se font confiance, est plus efficace. Mais bon, ça s'arrête là (quand bien même la fin est ouverte avec le projet de l'arrivée de nouvelles recrues - ce qui induirait que DC donne à Williamson l'opportunité de développer une prochaine série ?).

Robson Rocha semble lui aussi un peu pressé car ses planches alternent le bon et le moins bon. Quand i se lâche sur les doubles pages, l'artiste fait preuve d'un dynamisme imparable, prouvant sa maîtrise des scènes d'action et sa capacité à composer ce genre de moments avec une figuration notable. Il maîtrise les designs de ces personnages et son trait organique convient bien au propos.

En revanche, quand il faut se poser et découper des scènes reposant sur les dialogues, Rocha devient plus emprunté. Certes, il dessine les émotions de manière expressive, mais en oubliant les décors, privilégiant les gros plans. L'encrage laisse aussi un peu à désirer, comme si Daniel Henriques avait manqué de temps ou que Rocha n'avait pas trop fignolé.

Une fin en demi-teinte donc. 

*


2030. Dr. Fate prend Etrigan le démon à part pour lui expliquer ce qu'il a fait quand il se cachait de Merlin. Afin de réparer son casque, il a recherché Nabu mais s'en est remis à Hauhet qui lui a montré le futur et lui a révèlé ainsi que Jason Blood, l'alter ego d'Etrigan, avait été tué.


Furieux et désespéré, Etrigan songe à fuir mais Bobo le force à reconsidérer cette option en le convainquant que Merlin le craint. Pendant ce temps, Zatanna, Ragman, John Constantine et Mme Xanadu commencent à affronter l'armée de Merlin qui les a localisés.


A la tête de cette armée, l'Enchanteresse défait les résistants jusqu'à ce que Etrigan la neutralise. Merlin apparaît alors en compagnie de son chevalier dont l'identité remet tout en cause. Dr. Fate fait alors un sacrifice pour que ses amis soient épargnés et gardent espoir pour la suite...

La fin de Justice League Dark est très dark. Ram V ne laisse guère planer le doute depuis le début et on en a la confirmation : le futur ici dépeint n'est pas clément pour les magiciens, sorciers et autres créatures paranormales auxquels Merlin fait la chasse.

Comme Grifters de Rosenberg/di Giandomenico, l'épilogue laisse un goût amer, mais qui n'est pas si désagréable car enrobé dans une formule un peu facile certes ("là où il y a de la magie, il y a de l'espoir") mais bien servie.

Bien sûr, tout cela aurait été mieux avec un épisode (au moins) de plus car le background posé par Ram V est très riche. Le scénariste doit se contenter d'évoquer à grands traits tout un déclin qui pourrait former une vraie saga (mais qui sait, peut-être s'en resservira-t-il à partir du mois prochain dans la reprise de la JLD en back-up de la Justice League de Bendis ?).

Comme Williamson, Ram V découpe son récit en deux parties qui se répondent et où les doubles pages servent de véhicule à des scènes spectaculaires et explicatives à la fois. Le dialogue entre Etrigan et Bob d'un côté, la bataille contre l'armée de Merlin de l'autre fournissent des moments intenses. Et l'identité du chevalier qui sert Merlin est un twist étonnant tout comme le sacrifice consenti par le Dr. Fate. C'est habile et Ram V prouve une fois de plus qu'il est un auteur sur qui il faut compter.

De son côté Marcio Takara lâche les chevaux comme rarement. Cet artiste souvent appelé comme bouche-trou a saisi l'opportunité qui s'offrait à lui de donner son meilleur. Grâce à la colorisation de Marcelo Maiolo, il produit des planches superbes, puissantes, composées de manière inventive, très denses. On en prend plein les yeux, mais surtout, Takara exploite à fond l'espace qui lui est alloué et rend justice au script de Ram V.

Il faut vraiment espérer que la JLD ne restera pas cantonné au complément de programme de Justice League maintenant qu'avec Ram V la série dispose d'un scénariste pleinement investi et inspiré. Ce titre mérité mieux que des miettes. Mais "là où il y de la magie, il y a de l'espoir..."

mercredi 13 janvier 2021

FUTURE STATE : JUSTICE LEAGUE, de Joshua Williamson et Robson Rocha, Ram V et Marcio Takara


Future State : Justice League présente en vérité deux titres dans un seul numéro, et en cela il préfigure ce que sera le mensuel Justice League en Mars prochain. D'abord, Joshua Williamson et Robson Rocha proposent une aventure de la Ligue de Justice du futur, tandis que Ram V et Marcio Takara développent l'avenir de la Justice League Dark. Dans les deux cas, une réussite.


2040. T.O. Morrow a formé une nouvelle Légion Fatale pour s'en prendre à la nouvelle Justice League, composée des héritiers de l'ancienne. Mais son plan échoue car tous les membres de cette équipe de super-vilains sont éliminés. La JL constate les faits en inspectant le Hall de Justice à l'abandon.


C'est en effet dans l'ancien Q.G. des héros que leurs ennemis s'étaient installés. la Green Lantern Sojourner Mullein se charge de collecter des indices. Ses acolytes se dispersent. Jon Kent alais Superman et Yara Flor alias Wonder Woman discutent de l'opportunité de grossir leurs rangs.


Andy Curry/Aquawoman est rejointe dans son phare par Kid Quick, le nouveau Flash. Les événements s'enchaînent alors à vive allure quand Jo Mullein tient le nom de l'assassion de la Légion et qu'une attaque groupée les atteint, elle et ses camarades...

J'étais, je dois le dire, assez curieux et impatient de découvrir cette nouvelle itération de la Justice League car il m'a toujours semblé qu'à l'origine les Teen Titans devaient, dans une histoire dystopique, incarner la relève. Je crois que c'était le souhait de Marv Wolfman et George Pérez à l'époque de leurs New Teen Titans, mais cela n'a jamais été converti (malgré l'intégration à la Ligue de personnages comme Cyborg durant les New 52).

Future State rebat les cartes en mettant en avant des héritiers de sang ou d'esprit des membres de la Ligue de Justice. C'est une autre option, aussi logique, plus organique, plus naturelle diront certains. C'est en tout cas l'ordre de mission qu'a accepté le scénariste Joshua Williamson, qui vient d'achever un très long run sur la série Flash - et qui, peut-être, espérait récupérer la série Justice League en Mars (mais ce sera Brian Michael Bendis).

Pour le soutenir, on lui a adjoint les services de Robson Rocha, qui a brillé sur Aquaman et s'est échauffé avec les membres de la Ligue classique durant les numéros tie-in à Death Metal. DC ne se moque donc pas des lecteurs avec un tandem de cette qualité (même si Rocha ne dessinera pas non plus la JL en Mars : ce sera David Marquez).

Comme Future State : Justice League ne comptera que deux numéros, il ne faut pas perdre de temps pour présenter les protagonistes et exposer l'intrigue. Williamson le fait avec brio : c'est à la fois dense et fluide, très rythmé et bien caractérisé. Il faut attendre les deux dernières pages pour connaître l'identité de ceux qui ont raison de cette nouvelle génération de leaguers, et l'astuce est habile même si elle n'est pas originale.

Williamson se montre surtout très fort pour personnaliser ses héros. On appréciera surtout comment il écrit Yara Flor, bien moins horripilante qu'avec Joelle Jones. Il introduit aussi un nouveau speedster avec Kid Quick, dont la particularité est d'être transgenre (bien que ça n'ait aucune importance majeure, si ce n'est que ce personnage a, apparemment, une relation avec Aquawoman). Ce qui est aussi intéressant, ce sont les codes que s'est imposée cette nouvelle Ligue : persuadée que la chute de leurs prédécesseurs venait de leur trop grande proximité, elle prohibe désormais toute fraternisation ou romance entre ses membres. Williamson joue aussi sur un mystère accrocheur en suggérant qu'un membre de la Ligue a trahi les siens dans le passé, précipitant leur disparition.

Rocha a un style influencé, comme beaucoup d'artistes réalistes, par Neal Adams et, plus récemment, Ivan Reis. Cela se traduit par des personnages en majesté, dotés d'une allure à la fois athlétique et gracieuse. Son trait est expressif, bien mis en valeur par l'encrage de Daniel Henriques avec qui il collabore depuis un moment. Ses planches sont très vivantes, bénéficiant de décors soignés (un plan impressionnant sur la ville futuriste, ou l'intérieur du phare habité par Aquawoman).

 Grâce à Rocha, on n'a jamais l'impression de regarder des versions rajeunies des héros classiques, mais bien des héros à part entière, avec un vrai charisme. Pour un peu, ces héritiers voleraient presque la vedette à leurs parents ou leurs inspirateurs. Et les méchants ne manquent pas de gueule non plus, d'autant que Williamson a donné du biscuit à Rocha avec deux Légions Fatales.

Quand c'est ainsi, si bien maîtrisé, on regretterait presque que l'opération Future State ne dure que deux mois. Mais le succès de la première salve de numéros aurait, parait-il, incité DC à avoir des projets pour tous ces nouveaux héros au-délà du mois de Février...

*


2030. Merlin persécute toutes les créatures magiques pour s'emparer de leurs pouvoirs. Il a défait la Justice League Dark mais Zatanna et Bobo n'ont pas renoncé à l'affronter. Ils trouvent sur le cadavre de Zauriel une amulette qu'ils amènent à Rory Regan/Ragman, lorsque les chasseurs de Merlin arrivent.


Grâce à l'épée du Nightmaster que détient Bobo, il leur échappe avec Ragman et Zatanna et gagnent Las Vegas où se trouverait John Constantine dont Merlin ignore la localisation grâce à un puissant sortilège. En effet, le détective de l'occulte se cache là avec Mme Xanadu.


Suivant les cartes de Tarot, Etrigan, dont Bobo est devenu l'hôte, doit tuer un vieillard sous la protection de Constantine pour trouver le moyen de vaincre Merlin. La victime du démon laisse place à Khalid Nassour/Dr. Fate qui a bien un plan...

Ram V doit être un peu partagé concernant le sort de Justice League Dark : il a repris le titre à la suite de James Tynion IV, qui lui a laissé une intrigue à conclure (et donc peu de liberté), DC lui laisse la direction du titre pour Future State, mais en back-up de Justice League et cette situation ne bougera pas en Mars puis que la série perd sa revue.

Pourtant le scénariste ne se plaint pas, au contraire, il semble inspiré par ces contraintes et prévoit déjà de se servir de ces deux épisodes pour préparer le retour de la JLD au présent. Et il se montre inspiré car désormais débarrassé des éléments narratifs abandonnés par Tynnion IV.

Située dix ans avant celle de Justice League, son intrigue permet d'abord d'apprécier une période de transition. Les héros de la magie sont persécutés, victimes d'une nouvelle chasse aux sorcières menée par Merlin. On est donc dans une ambiance proche de celle de The Next Batman, mais avec la certitude que les lendemains seront meilleurs comme le montre Justice League.

Comme Joshua Williamson, Ram V n'a pas beaucoup de temps ni de place pour nous présenter les faits. Il décide donc de se concentrer sur peu de personnages, avec Zatanna et Bobo au premier plan. Il introduit des seconds rôles qu'il apprécie visiblement, comme Etrigan (dont Bobo est désormais l'hôte !) ou Ragman (avec une transformation spectaculaire à la clé). John Constantine est également dans les parages, comme Madame Xanadu et enfin Dr. Fate. 

Tout l'épisode procède ainsi : avec chaque nouveau personnage,, l'intrigue avance, rebondit. L'ennemi est connu : Merlin. La menace aussi : le magicien veut tous les pouvoirs de ses semblables. La solution : le Dr. Fate, qui a réfléchi à une contre-attaque en se cachant habilement. Ram V est décidément malin : il ne révolutionne rien mais à l'art et la manière de vous prendre par la main et ne plus vous lâcher.

Avant l'arrivé en Mars de l'excellent Xermanico au dessin, DC a confié à Marcio Takara le soin d'illustrer cette histoire. Takara va et vient ainsi de Marvel à DC pour dépanner les éditeurs sur des titres dont l'artiste régulier a du mal à tenir les délais ou est placé ailleurs.

Sa prestation est très satisfaisante même si on pourra toujours lui reprocher de manquer un peu de finitions, notamment dans les décors. L'encrage chez Takara pèche toujours, on sent que ce n'est pas ce sur quoi il passe le plus temps, et c'est dommage car son dessin est agréable, capable de s'adapter à n'importe quel genre. Il suffit de voir comment il compose une pleine page quand Bobo invoque Etrigan ou découpe une double page lorsque Ragman se déchaîne contre les chasseurs de Merlin pour savoir que Takara a un vrai bon coup de crayon.

C'est en tout cas un excellent complèment de programme. 

Pas de doute, Future State s'impose déjà dans le top des publications de ce projet.

mardi 9 juin 2020

CATWOMAN 80 TH ANNIVERSARY 100-PAGE SPECTACULAR


Comme je l'avais dit dans le post que j'avais consacré à l'anniversaire de Dr. Fate, beaucoup de personnages iconiques de DC Comics fêtent ces temps-ci leurs quatre-vingts ans. C'est au tour de Catwoman d'être honorée et l'éditeur n'a pas fait les choses à moitié avec ce recueil de cent pages, où quelques-uns des meilleurs auteurs/artistes sont venus témoigner de leur affection pour Selina Kyle. On peut même dire que c'est un quasi sans faute.


Les festivités commencent bien avec le duo Paul Dini-Emanuela Lupacchino qui voit Catwoman affronter un taxidermiste qui souhaiterait en faire son plus beau trophée. Un récit dynamique et bien illustré de la part du scénariste des Gotham City Sirens (série où Selina Kyle partageait l'affiche avec Poison Ivy et Harley Quinn), joliment mis en images.


On monte d'un cran avec Ann Nocenti qui oppose Catwoman à un vigile désireux de devenir le complice de la belle cambrioleuse avant de la menacer de la dénoncer quand elle refuse. Encore une fois, prime à l'action, et grâce au dessin merveilleux de Robson Rocha, qui représente la féline dans sa tenue de cuir du film Batman, le défi de Tim Burton, on est aux anges.


Helena est la première pépite de la collection. Tom King et Mikel Janin, l'équipe de Batman, ne pouvait pas ne pas être au rendez-vous et leurs pages préfigurent sans doute le programme de la maxi-série Batman/Catwoman (qui sera elle illustrée par Clay Mann), en se projetant dans le futur, quand Selina Kyle devient mère. Bien entendu le choix du prénom de la future fille de Batman va faire phosphorer les fans puisque Helena renvoie à Helena Bertinelli, alias Huntress... C'est malin et superbe visuellement.


Jeff Parker et Jonathan Case évoluent en territoire familier an animant la version de Catwoman issue de la série télé Batman des années 60, quand la sublime Julie Newmar lui prêtait ses traits (et ses formes). Leur nouvelle est amusante, complètement farfelue et très colorée.


Liam Sharp est nettement plus concis avec ces trois pages où confrontée au gardien d'une banque qui l'a surpris en flagrant délit dans la salle des coffres, Catwoman fait preuve d'imagination pour qu'il la laisse filer. C'est sympathique mais sans plus. Graphiquement, il faut être plus client du style de Sharp que je ne le suis pour apprécier.


Le chapitre qui suit est le plus déroutant du lot car Mindy Newell revient sur l'enfance de Selina Kyle, confiée à une rescapée des camps nazis, pour laquelle elle dérobe, des années plus tard une mezuzah dans des circonstances bien tristes. L'histoire doit surtout à Lee Garbett au dessin, qui situe tout ça dans le contexte de Batman : Year One (donc avec Selina en prostituée aux cheveux courts). Malheureusement, l'émotion manque terriblement au script.


L'effort conjugé de Chuck Dixon et Kelley Jones est le plus dispensable du lot. Catwoman doit faire face à Clayface alors qu'ils se disputent une émeraude dans un cargo. Rien de ce qui est dit là n'a d'intérêt et les dessins sont particulièrement moches.


En revanche, le segment écrit par Will Pfeiffer est une merveille d'nventivité, avec un dénouement jubilatoire : Selina Kyle est invitée à une comic-con sans comprendre ce qui s'y déroule (elle signe des autographes à côté de Bruce Wayne et du Joker, s'étonne du piteux état d'un fan dont tout le monde se fiche, répond aux questions embarrassantes de fans...). C'est aussi le plaisir de revoir Pia Guerra dessiner qui emballe (l'artiste a mis sa carrière entre parenthèses depuis le début de la mandature Trump dont elle est une farouche opposante) : ses planches sont superbes comme sa Selina.


Avant-dernier épisode de cette anthologie, Addicted to trouble présente la prochaine équipe créative de la série consacrée à Catwoman. Et c'est une excellente nouvelle car, après le run raté de Joelle Jones, ce sont Ram V (scénario) et Fernando Blanco (dessin) qui prendront le relais. Leurs pages ici sont donc une sorte de prologue au #25 qui paraîtra en Septembre et qui met en scène le retour de Selina et Maggie Kyle à Gotham. Le résultat est très prometteur.


Enfin, cerise sur le gâteau : Ed Brubaker et Cameron Stewart, qui ont marqué au fer rouge la carrière de Catwoman au début des années 2000, ont accepté de se réunir pour l'anniversaire en produisant une histoire inédite. Tout est là, intacte, magique : Holly Robinson, Slam Bradley, de l'action à gogo, une narration extraordinaire, des dessins sompteux. Sachant que Ram V a cité leur run comme sa référence, cela donne encore plus envie de relire Catwoman à la rentrée. Et de retrouver, qui sait, un jour, Brubaker et Stewart sur un projet commun.

Comme vous pouvez le constater, j'ai été comblé par ce numéro spécial, dont les menues faiblesses ne pèsent pas lourd dans la balance. DC fait un beau cadeau aux fans de Selina. Et en prime vous avez droit à quelques pin-ups ravissantes (voir ci-dessous) :

Babs Tarr
Ty Templeton
Steve Rude
Tula Lotay
Tim Sale
Jim Balent
Jae Lee