mardi 26 octobre 2021

SHUTTER ISLAND, de Martin Scorsese


Pourquoi regarder un film quand on a déjà lu le roman dont il a été adapté, lequel a connu une version en bande dessinée ? Pour juger la manière dont un grand cinéaste, confirmé, vénéré même, en donne son interprétation. Shutter Island était un matériau fait pour Martin Scorsese avec son héros hanté par son passé, son intrigue fièvreuse et les possibiltiés de mise en scène qu'offrait son décor principal. Le résultat ne déçoit pas.


1954. Deuc marshalls, Edwards 'Teddy" Daniels et Chuck Haule, débarquent sur l'île de Shutter où se trouve un asile pour patients dangereux. L'un d'eux, une jeune femme du nom de Rachel Solando, qui y était internée après avoir noyé ses enfants, s'en est échappée, comme le leur explique le Dr. Cawley. Daniels repère un phare à proximité de l'établissement mais McPherson, le responsable de la sécurité, lui répond qu'il a déjà été inspecté, sans succès.


En interrogeant le personnel soignant, Daniels apprend que le psychiatre référent de la jeune femme a quitté l'île le matin même et il est injoignable à cause de l'orage qui empêche les communications avec le continent. Par ailleurs, Cawley refuse de communiquer aux marshalls le dossier de la patiente et les fichiers des encadrants sans une réunion préalable du conseil d'administration. La nuit venue, Daniels fait un rêve où sa femme, Dolores, l'assure que Rachel est encore en vie et sur l'île tout comme Andrew Laeddis.
 

Le lendemain, avec Haule, Daniels questionne les autres patients du groupe de thérapie collective dont faisait partie Rachel. L'un d'eux glisse en douce à Daniels un billet où il lui est conseillé de quitter l'île au plus tôt. Remarquant le trouble de son collègue, Haule lui demande ce qui se passe et Daniels avoue s'être porté volontaire pour cette enquête car il cherche ici Andrew Laeddis, un pyromane responsable de l'incendie de l'immeuble dans lequel il habitait et où sa femme a péri. Il est convaincu que les patients sont soumis à des expériences pour les transformer en agents dormants. Sur ces entrefaîtes, Cawley vient prévenir que Rachel a été retrouvée, saine et sauve, mais les deux marshalls constatent son état très confus.
 

Victime de migraines récurrentes, Daniels prend une aspirine administrée par Cawley. A son réveil, il apprend par Haule que l'orage a cessé mais que l'alimentation électrique de tout l'asile a grillé, semant le chaos. Les deux hommes en profitent pour visiter le bâtiment où se trouvent les patients les plus dangereux. Daniels sème Haule pour trouver Laeddis mais découvre dans une cellule George Noyce, un homme qu'il avait arrêté et qui lui explique que cet endroit est un piège. Daniels sort et entreprend de gagner le phare. Haule tente en vain de l'en dissuader et en descendant un paroi rocheuse, Daniels découvre une grotte à l'intérieur de laquelle se cache la véritable Rachel Solando.


Elle lui raconte se cacher car elle est traquée apr Cawley pour avoir voulu dénoncer les expériences qu'il mène sur les patients les plus dangereux. Elle suggère aussi que les migraines de Daniels sont causés par des drogues que lui donné Cawley en voulant le soulager. Daniels jure de revenir et de faire quitter l'île à Rachel Solando mais elle lui répond qu'elle change de cachette chaque nuit. Il nage jusqu'au phare et grimpe jusqu'à son sommet où l'attend Cawley et le Dr. Shehan, son psy référent, alias Chuck Haule qui lui explique l'avoir pour patient depuis deux ans, après qu'il ait tué sa femme, qui elle-même avait noyé leurs enfants. Edward Daniels est l'anagramme d'Andrew Laeddis comme Rachel Solando est celui de Dolores Chanal, des créations pour supporter ses traumatismes depuis qu'il est entré dans le camp de Dachau avec l'armée américaine à la fin de la guerre.


"Teddy" semble revenir à la raison en reconnaissant son délire. Mais le lendemain, il est à nouveau confus et paranoïaque, comme le constate Shehan/Haule. Cawley autorise son collègue, Naehring, à lobotomiser son patient pour l'apaiser.

A l'origine, Shutter Island est un roman écrit par Dennis Lehane,  un excellent thriller, noir et dense. Je l'ai pourtant lu après son adaptation en bande dessinée par Christian de Metter, déjà magistrale (j'en avais parlé dans une critique sur ce blog il y a longtemps). Sachant tout cela, je n'étais pas pressé de découvrir le film qu'en avait tiré Martin Scorsese.

J'ai, je l'avoue, un rapport compliqué avec son cinéma, car si j'adore ce qu'il a fait dans les années 70, avec Taxi Driver ou Raging Bull et en poussant dans les années 80 jusqu'à After Hours, ensuite j'ai plus de mal. Il me semble que "Marty" s'est perdu dans des oeuvres inégales, trop marqués par des obsessions religieuses (Scorsese est un catholique pratiquant que la foi interroge beaucoup). Même si je ne nie pas qu'il a produit d'autres chefs d'oeuvre comme Les Affranchis ou Casino, tout le reste me passe au-dessus de la tête et j'en garde peu de souvenirs sinon celui d'avoir souvent eu l'impression d'assister à des démonstrations de mise en scène pour des histoires qui m'indifféraient.

En vérité, ce que j'apprécie le plus chez Scorsese, c'est le cinéphile et le pédagogue : cinéphage érudit et passionnant, il a réalisé des documentaires sur le cinéma américain fabuleux, tout comme quand, dans le domaine musical, il se penche sur la personnalité et l'oeuvre de Bob Dylan. A l'instar d'un Bertrand Tavernier en France, Scorsese sait vous parler de films, de cinéastes, connus ou oubliés, en vous donnant l'envie de les (re)découvrir.

Malgré tout, je reste curieux quand Scorsese adapte des polars, dans ce qui peut ressembler à des films de commande mais où, au moins, il ne pontifie pas ni n'en profite pour revenir sur ses obsessions catholiques. Les Infiltrés, par exemple, est un long métrage que beaucoup de ses fans méprisent (parce que c'est un remake, un véhicule pour deux stars, etc) mais que j'adore pour son efficacité sans prétention et effectivement pour ses interprètes incroyables.

Donc, pour en revenir à Shutter Island, c'est ce qui m'a finalement convaincu de le voir pour la première fois il y a quelques jours sur Netflix. L'envie de regarder un Scorsese dans le cadre d'un pur exercice de style. Et le résultat est assez formidable. Pas parfait, mais jubilatoire.

Même en connaissant bien l'histoire (qui, il faut le dire, est imparable), on est emporté. Scorsese, avec le concours de ses proches collaborateurs - Robert Richardson à la photo, Thelma Schoonmaker au montage - emballe ça avec une maestria consommé. Le film dure presque 2h 20, mais on ne voit presque pas le temps passé. J'aurai préféré qu'il soit plus court, plus ramassé, pour qu'il soit encore plus intense, et surtout je crois que pour que l'illusion soit parfaite, il aurait fallu qu'il soit filmé en noir et blanc pour rappeler encore plus ses influences esthétiques (le film noir des années 50, un genre et une période que le cinéaste connaît sur le bout des doigts et qu'il s'applique à reproduire avec des cadrages, des valeurs de plans, des mouvements d'appareils).

Dès le début, on sait que quelque chose cloche - comment s'échapper d'un endroit pareil ? Pourquoi le personnel de l'asile se comporte aussi bizarrement ?. Tout est too much : l'orage démentiel, les regards insistants et ronds, le décor digne d'un film d'épouvante, le cas de Rachel Solando, les migraines et les cauchemars de Teddy Daniels; Scorsese ose tout, sans gêne, comme de dresser un parallèle entre l'asile et le camp de Dachau, source d'un trauma incurable qui oriente jusqu'aux déductions du marshall. C'est tordu, mais jouissif et atroce, d'un mauvais goût assumé et surprenant. Mais cela colle avec les critères de la série B où on peut tout se permettre pour faire vibrer, frémir, le spectateur. 

Les indices sont gros comme des montagnes, les ficelles narratives grosses comme des cables, et les symboles tellement abondants et soulignés que seul ce pauvre Teddy, complètement à la ramasse, ne les voit pas. Ne serait-ce que le fameux phare : quelle "subtilité", n'est-ce pas ? Le bâtiment va éclaircir forcément tous les mystères et le twist final demeure, en dépit de tout, redoutable (peut-être moins dans le film que dans le roman et la BD, c'est là la limite des adaptations multiples).

Mais alors le jeu des acteurs vient à la rescousse du cinéaste pour faire passer cette énorme pilule. Ben Kingsley comme Max Von Sydow sont trop évidents dans leurs rôles, mais sans doute était-ce trop tentant de les engager, car ce sont de fabuleux monstres, le public sait immédiatement qu'ils ne sont pas dignes de confiance, capables des pires horreurs avec leur filmo remplie d'individus affreux.

En revanche, Scorsese se rattrape avec Michelle Williams, formidable comme toujours (sauf quand elle se compromet dans Venom), et Mark Ruffalo, d'une sobriété admirable et qui offre un contrepoint parfait à Leonardo di Caprio. Ah, di Caprio ! En voilà un autre sacré client : celui qui a succédé à de Niro dans le coeur de Scorsese en repliquant mécaniquement des "performances" électriques, avec des personnages toujours plus borderline. Shutter Island lui offre encore un beau prétexte pour rouler des yeux, suer à grosses gouttes, devenir de plus en plus agité. Il est très fort dans son numéro, et on sent qu'il se donne complètement, donc c'est appréciable mais si ça ressemble à du cirque plus qu'à de la comédie parfois. Mais bon, depuis Once upon a time... In Hollywood, je lui pardonne volontiers car Tarantino ma prouvé qu'il savait faire autre chose et qu'en fait, ce qu'il joue chez Scorsese forme sa légende d'acteur racé.

Souvent téléphoné, rarement dans la finesse, mais tout de même plaisant et bien ficelé. Shutter Island est un piège exquis.

lundi 25 octobre 2021

DES NOUVELLES NOUVELLES TOUTES FRAÎCHES

 Hello, les z'amis ! J'espère que tout va bien de votre côté. Nous sommes Lundi, le jour où je vous parle des news comics qui ont retenu mon attention, et la semaine qui vient de s'écouler a été riche. Aussi, entrons dans le vif du sujet sans tarder.

SUBSTACK :



Pas de recrutement fracassant chez Substack cette semaine, mais des nouvelles concernant le projet fou de Jonathan Hickman et ses copains, 3W. 3M (3 Worlds. 3 Moons.). Cette affaire prend des proportions telles que le scénariste a précisé que tout ne tiendrait pas dans une seule série et qu'il développait à présent des spin-off !
 

Le premier d'entre eux s'intitulera Duels et c'est Jason Howard (ci-dessus) (Trees, Cemetary Beach, Big Girls) qui le dessinera. Il s'agira d'un récit axé sur la lutte que se livrent les 3 Mondes du projet pour le contrôle des matières premières. Les designs des personnages et les décors sont toujours assurés par Mike Huddleston et Mike Del Mundo.
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IMAGE COMICS :


Black Monday Murders est une série en creator-owned écrite par Jonathan Hickman (il est partout) mais dont on était sans nouvelles depuis Février 2018, après 8 épisodes parus chez Image Comics. Elle raconte l'enquête d'un policier enquêtant sur un meurtre impliquant de puissants affairistes qui contrôlent les flux monétaires mondiaux depuis longtemps et liés pour cela à une force démoniaque.


Hé bien, il semble que, tout comme Saga de B. K. Vaughan et Fiona Staples, les choses soient sur le point de bouger pour ce titre puisque Hickman a confirmé qu'il venait d'achever la rédaction des scripts des quatre derniers épisodes. 


La série avait aussi pris du retard à cause des ennuis de santé de son dessinateur, le génial Tomm Coker, qui, via Facebook, a tenu à rassurer ses fans en disant qu'il était à l'oeuvre pour un retour dans les bacs en 2022. Si vous aimez les polars fantastiques et le style narratif de Hickman associé à des illustrations renversantes, c'est le moment de vous intéresser à Black Monday Murders.


2022, ce sera aussi l'occasion pour Image Comics de fêter son trentième anniversaire, et l'éditeur en a profité pour communiquer à ce sujet ces derniers jours. Jim Valentino, un des fondateurs, va ainsi orchestrer le retour pour un one-shot (et plus si affinités ?) de Shadowhawk (voir ci-dessus), avec certainement d'autres héros maison en guests.


Marc Silvestri, lui, écrira une suite à The Darkness, que Christopher Mitten mettra en images. Silvestri a posté ce crayonné de la couverture (il a de beaux restes, mais je préférai quand même son style quand il dessinait les X-Men dans l'outback australien à la fin des 80's).


Silvestri sera aussi le cover-artist du retour de Witchblade, qu'écrira cette fois Marguerite Bennett avec des dessins de Ariel Kristantina. (Bon, là, le dessin est moins jo-jo, mais je suis sûr qu'il y a des amateurs à qui ce revival très 90's plaira.)


Enfin, c'était déjà annoncé dans la revue Skybound X de Robert Kirkman, mais le scénariste a accordé à la scénariste et dessinatrice Tillie Walden le soin de réaliser un spin-off de The Walking Dead, sous-titré Clementine. N'ayant jamais lu The Walking Dead (oui, c'est moi), je n'en pense strictement rien, mais ça sera sûrement un gros carton.

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DC COMICS :


Juste après le DC Fandome de la semaine dernière, au cours duquel Jason Momoa a fait coucou depuis le tournage d'Aquaman 2, l'éditeur vient de poster cette bannière, Aquamen, pour teaser un projet dont on ne connaît pour l'instant ni la forme ni le fond. La mini-série Black Manta, actuellement en cours de parution, écrite par Chuck Brown et dessinée par Valentine de Landro, en serait le prologue. Alors nouvelle série régulière (qui réunirait Andrew Curry, Jackson Hyde, Mera) ? Event ? A suivre.


Parmi les annonces un peu passées inaperçues durant le DC Fandome, l'une méritait pourtant plus d'attention puisque le génial Bruce Timm reprend du service et pas pour n'importe quoi : un nouveau dessin animée en série intitulée Batman Caped Crusader. Timm a affolé tous les fans en affirmant que ce serait encore plus Batman The Animated Series que l'original !


Le projet était une sorte d'Arlésienne depuis 2019, souvent évoqué, mais sans date de production. Du coup le dessinateur Kris Anka (qui travaille désormais sur la suite de Spider-Man : Into the Spider-verse) a posté sur Twitter les characters designs qu'il avait produit il y a deux ans et qui n'ont pas été utilisés.


Si Bruce Timm a repris la direction de Batman Caped Crusader et affirmé que le look du DA serait proche de BTAS, il y a fort à parier qu'il ne restera rien des efforts de Anka pour réviser le look de Batman, Robin, le Joker, le Sphinx et l'Epouvantail.
 

N'empêche, c'est un peu dommage que tout ça n'ait servi à rien car c'était chouette (plus chouette, selon moi, que ce qu'on voit dans Young Justice ou d'autres longs métrages animés DC produits par WB).




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MARVEL COMICS :


On ne répétera jamais assez à quel point le métier d'editor est important... Quand des gens compétents l'exercent ! Car, visiblement, celui qui s'occupe du futur relaunch de Black Panther, écrit par John Ridley et dessiné par Juann Cabal, s'est rendu compte que le troisième épisode de la série correspondrait au 200ème numéro des aventures de T'challa tous volumes confondus ! Alors branle-bas de combat et annonce d'un épisode giant-size avec plein d'invités pour soutenir Ridley et Cabal et les X-Men en guests dans l'histoire.


De son côté, Dan Slott a du mal à retenir son enthousiasme à l'approche de l'event qu'il prépare depuis des années, The Reckoning War. Les infos commencent à pleuvoir : tout débutera par un numéro Alpha #1 (ci-dessus), dessiné par Carlos Pacheco, où les Fantastic Four seront associés au Surfeur d'Argent, au Valet de Coeur (!), à She-Hulk. Nick Fury (l'original) sera de retour (après ces dernières années passées sur la Lune dans le rôle de l'Unseen) ainsi que le Gardien Uatu.


Puis, pour ceux qui investiront dans cette saga, la suite se trouvera dans Fantastic Four #40, dessiné par Rachael Scott, où on fera connaissance avec les méchants de cette intrigue, dont Slott promet qu'ils lui ont été inspirés par Fantastic Four #25 de Stan Lee et Jack Kirby (sortez vos intégrales !).


Ces vilains ont eu droit à des redesigns (ci-dessus) par R.B. Silva. Mais attention, pour tous ceux qui n'aiment pas Slott (car le scénariste divise, et son run sur FF n'est pas vraiment étincelant jusque-là), The Reckoning War ne semble pas préfigurer la fin de son run sur le titre, il s'agit plutôt d'un récit qu'il rêvait de produire depuis des années (et qu'il a failli faire via She-Hulk puis The Amazing Spider-Man).
 

She-Hulk sera au centre des attentions en 2022 puisqu'on découvrira sur Disney + une série dont elle sera l'héroïne, jouée par Tatiana Maslany. Mais surtout parce que Jennifer Walters retrouve une série régulière en comics. La couverture du n°1 a été dévoilée, signée Jen Bartel, et on voit tout de suite que She-Hulk a récupéré un physique moins massif que dans Avengers de Jason Aaron (sans doute aprce qu'elle va quitter l'équipe au terme de l'arc en cours de parution, World War She-Hulk - oui, je sais, c'est effarant à quel point les titres des histoires de Aaron sont cons, et croyez-moi, ce qu'il y raconte est abominablement con aussi).


Rainbow Rowell (ci-dessus), la scénariste de la série, semble donc avoir obtenu de Marvel de pouvoir disposer de son héroïne comme bon lui semblait. Elle a expliqué sa volonté d'écrire une série fun, pleine d'action, dans laquelle Jen Walters reprend son métier d'avocate. Rogé Antonio dessinera tout ça.


Silk, une héroïne issue de la Spider-family, va connaître, quant à elle, son 4ème relaunch en 7 ans ! Sa série a toujours eu du mal à trouver son public mais Marvel insiste, et cette fois, c'est Emily Kin qui aura la tâche de séduire les fans. Takeshi Miyazawa, fidèle au poste, dessinera cette énième tentative.


En revanche, pour Secret Avengers, c'est la fin qui s'approche : la série qui a intégré Conan le barbare à l'univers Marvel s'arrêtera au #28. D'après son scénariste Gerry Duggan (qui se débarrasse de tous les titres qu'il écrivait depuis qu'il s'occupe de X-Men), c'était prévu. Patrick Zircher, le dessinateur de la série, lui, aurait obtenu de Marvel l'écriture et les dessins d'un projet pour l'instant secret.

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VALIANT COMICS :


Il n'a pas l'air content, Javier Pulido (ci-dessus)... Mais il a raison ! Dessinateur respecté dans le milieu (Marcos Martin lui doit son entrée dans l'industrie américaine), avec une esthétique très personnelle et inventive, Pulido a travaillé pour DC, Marvel, et depuis quelque temps pour Valiant. Récemment, il a initié l'énième relance de Ninjak, avec le scénariste Jeff Parker. Un choix audacieux car peu imaginait Pulido dans cet univers de super-espions et d'action à grand spectacle. Mais l'éditeur avait pris ses précautions en ne commandant qu'une mini-série en quatre numéros.


Et justement, le dernier épisode de Pulido a provoqué une polémique... Car l'éditeur a fait redessiner des planches sans en avertir l'artiste. C'est son confrère, peu scrupuleux pour le coup, Beni Lobel, qui s'est occupé des "corrections" et il n'y est pas allé avec le dos de la cuiller. Ci-dessus : une double page (superbe) de Pulido et ci-dessous la version qui sera imprimée, par Lobel...


Bon, sans vouloir accabler Lobel, faut admettre que c'est quand même pas du même niveau. Mais, bon, le résultat est encore potable, mais si le procédé est inélégant au possible. Par contre, la dernière page du dernier épisode... Comment dire ?... Voyez par vous-même :


Ci-dessus : Pulido livre une planche comme il les affectionne, mystérieuse, accrocheuse, simple, efficace, avec un travail sur les silhouettes et une colorisation admirable.
 

L'éditeur a dû trouver ça trop suggestif et Lobel fait l'inverse, en moins beau. Par-dessus le marché, Valiant annonce le retour de la série. Mais est-ce que Jeff Parker acceptera de l'écrire en tenant compte du traitement réservé à Pulido ? Lequel Pulido ne devrait sûrement pas rempiler après avoir été humilié de la sorte.


Mais apparemment Valiant a d'autres chats à fouetter puisque sa direction annonce fièrement que 2022 sera "The Year of Valiant". Grand bien leur fasse, même si, après cette affaire Pulido, je pense que pas mal d'artistes vont réfléchir avant de signer chez eux...

Et ce sera tout pour cette fois ! N'hésitez pas à me laisser des commentaires. Merci pour vos visites (je sais que ces entrées ont de nombreux fidèles). Prenez soin de vous et de ceux que vous aimez. Je vous dis à bientôt pour de nouvelles critiques.

vendredi 22 octobre 2021

PROMISING YOUNG WOMAN, de Emerald Fennell


Sorti l'an dernier, le premier long métrage de l'actrice Emerald Fennell, Promising Young Woman, est bien comme le dit son affiche un "thriller sur la vengeance à la fois frais, sauvage et mordant". Sous ses airs de film de genre, c'est aussi un manifeste post #metoo, qui donne à Carey Mulligan l'occasion de briller dans un registre inattendu. Une réussite, qui parvient même à faire regretter que ça ne se termine pas mieux pour l'héroïne.


Etudiant en médecine promise à bel avenir, Cassie a tout arrêté après l'agression sexuelle subie par sa meilleure amie, Nina, et son suicide. Aujourd'hui, à 30 ans, elle vit toujours chez ses parents et travaille dans un coffee shop tenu par Gail. La nuit venue, elle s'aventure dans des clubs et des bars où elle feint l'ivresse pour attirer des hommes qui la conduisent chez eux pour absuer d'elle, avant qu'elle ne les refroidisse leurs ardeurs.


Sur son lieu de travail, Cassie croise Ryan, un camarade de fac, qui mentionne le prochain mariage d'Al, l'agresseur de Nina. Elle échafaude alors un plan pour faire payer tous ceux qui ont été les complices du drame. A commencer par Madison, qui accable Nina et son comportement provocant. Cassie soûle Madison avant de la laisser à un homme pour qu'elle croit, à son réveil, avoir été violée par lui.


La prochaine cible de Cassie est Elizabeth Walker, la doyenne de la fac qui a étouffé l'affaire. Pour l'effrayer, Cassie lui raconte avoir livré sa fille, Amber, à un groupe de rockers dépravés sur le tournage d'un clip. Walker reconnaît alors sa responsabilité et désigne Al Monroe comme l'agresseur de Nina. Cassie se retire en rassurant Walker dont la fille l'attend en fait dans un bar voisin.


Ecoeurée par ce qu'elle a appris, Cassie se rend dans un club où elle aguiche un inconnu. Ryan la surprend et décide de rompre avec elle aussitôt. Cassie rend visite à Greene, l'avocat de Al, hanté par cette affaire. Troublée, elle lui accorde son pardon. Cassie va ensuite chez la mère de Nina qui lui conseille de tourner la page. Elle suit ce conseil et s'excuse auprès de Ryan avec lequel elle accepte de s'installer, le présentant même à ses parents.
 

Mais Madison resurgit, bouleversée, et remet à Cassie un enregistrement vidéo de l'agression de Nina, filmée sous l'emprise de l'alcool. Cassie remarque que Ryan figure parmi les témoins du viol et le confronte en lui soutirant l'adresse de l'endroit où Al va enterrer sa vie de garçon. 


Déguisée en infirmière sexy, Cassie se fait passer pour une prostituée et drogue les boissons des invités pour mieux s'isoler avec Al dans une chambre. Elle me menotte au lit pour qu'il avoue tout mais il réussit à se libérer et la tue en l'étouffant. Le corps de Cassie est brûlé par Al et son témoin de mariage à l'aube dans la forête voisine. mais Elle aura sa revanche posthume car elle avait pris soin d'envoyer la vidéo du viol à la police, permettant l'arrestation de Al, Ryan et de tous les témoins.

Promising Young Girl peut se lire sur deux niveaux : le premier est celui du pur film de genre, à la fois film noir et revenge movie ; le second comme un manifeste social et politique. Emerald Fennell n'a pas voulu choisir et c'est ce qui fait la force mais aussi un peu la faiblesse de son entreprise.

La cinéaste, qui a été remarquée dans la série The Crown, n'a en tout cas pas peur Elle s'attaque à un sujet difficile sans prendre de gants, dénonçant de manière fûté le sexisme, la culture du viol, le rejet de la faute sur la victime. Et cela a d'autant plus d'impact que, si ce film avait été réalisé il y a quelques années, on n'y aurait vu qu'une fiction corsé et désespérée tandis que, aujourd'hui, dans la période post #metoo, après le scandale Weinstein, le scénarion également écrit par Fennell, résonne bien plus puissamment.

La jeune femme prometteuse du titre, c'est donc Cassie. Elle était une étudiante en médecine brillante mais qui a interrompu net son cursus après le viol de sa meilleure amie. Déjà au moment du crime, la faculté a tout fait pour étouffer l'affaire et accabler la victime, jugée provocatrice, et qui a fini par se suicider. Incapable de confondre les responsables, Cassie a donc tout plaqué et est retournée vivre chez ses parents. A 30 ans, elle travaille désormais comme simple serveuse dans un coffee shop.

C'est là qu'elle croise une vieille connaissance, Ryan, avec qui elle a étudié. En évoquant un certain Al, sur le point de se marier, il ne se doute pas qu'il vient de déclencher chez Cassie la motivation qui lui manquait pour venger son amie. Car Cassie a un secret, presque une double vie : chaque nuit, elle s'aventure dans des bars ou des clubs où elle fait semblant d'être invre pour que des hommes lui proposent de la raccompagner. Ils profitent de son état lamentable pour la traîner chez eux où ils comptent la violer... Juste avant qu'elle ne le révèle sa comédie et refroidisse leurs ardeurs.

Telle une actrice borderline, Cassie va s'employer à retrouver et effrayer d'anciens camarades de fac, susceptibles d'avoir assisté ou même participé au viol de Nina. Elle use de stratagèmes cruels, puisque tout consiste à supplicier ses victimes, Suggérer à l'une qu'elle a trompé son mari avec un inconnu sous l'emprise de la boisson, prétendre à une autre que sa fille est aux mains de rockeurs dépravés. Le spectateur est lui-même mal à l'aise avec les méthodes de Cassie tout en savourant le spectacle de ceux qui se sont tus quand ils pensent leur vie détruite ou leurs proches atteints.

Fennell prouve son habileté redoutable dans ces moments-là, mais c'est pourtant dans le face-à-face entre Cassie et l'avocat, Greene, qu'elle produit la scène la plus glaçante et la plus poignante du lot. En effet, le défenseur de Al savait son client coupable mais a quand même obtenu qu'il ne soit pas inquiété, et depuis cela le hante au point qu'il implore le pardon de Cassie. Après ça, le film a du mal à s'en remettre en entre dans une sorte de ventre mou. L'héroïne va-t-elle persister dans son plan machiavélique ? Ou rendre les armes ? 

La réponse choisie par Fennell aboutira à un dénouement à la fois extrêmement noir (où Cassie laissera la vie, en ayant mésestimé l'adversaire) et artificiel (la revanche posthume, qui est certes appréciable mais qui évite surtout au projet d'assumer sa totale défaite). Ironiquement, en refusant toutes concessions, Fennell cède à une sorte de happy end décalée, où la vengeance est grimée en pseudo-justice.

C'est le seul, mais hélas ! non négligeable bémol de Promising Young Woman. En voulant à tout prix que les salauds paient, le film contente le spectateur qui le souhaitaient mais ayant sacrifié son héroïne. Les méchants seront bien punis, mais au final Cassie aura rejoint Nina dans la mort, ce qui donne un "score" toujours défavorable.

La cinéaste peut par contre s'appuyer sur un casting remarquable pour raconter son histoire, avec des seconds rôles puissants, qu'il s'agisse de Alison Brie (épatante), Connie Britton, et surtout Alfred Molina (fabuleux). Confier à des bellâtres insipides comme Bo Burnham et Chris Lowell des rôles de vraies ordures est une belle inspiration.

Mais évidemment, sans Carey Mulligan, le résultat n'aurait pas été le même. Avec sa silhouette gracile et les traits tirés, la comédienne impressionne par la détermination qu'elle donne à son personnage. Dès la scène d'ouverture, elle est crédible en petite chose qui cache une machine de guerre implacable. Carey Mulligan n'a pas l'aura de grandes actrices de sa génération, comme Emma Stone ou Jennifer Lawrence, mais sa filmographie parle pour elle : elle est toujours bluffante, fait toujours de bons choix, et mérite qu'on parle plus d'elle.

Le retentissement du film assure à Emerald Fennell un avenir prometteur : Warner Bros. ne s'y est pas trompé, qui lui a confiée l'écriture et la mise en scène d'un film consacré à Zatanna, la maîtresse de la magie de DC Comics. Si la major lui laisse les mains libres, ça va dépoter ! 

jeudi 21 octobre 2021

CATWOMAN : LONELY CITY #1, de Cliff Chiang


N'y allons pas quatre chemins : Catwoman : Lonely City est le meilleur comic book que vous lirez cette semaine en provenance de DC (et sans doute tous éditeurs confondus). C'est l'oeuvre d'un seul homme, Cliff Chiang, qui revient à la maison, et qui a vraiment tout fait ici - scénario, dessin, encrage, couleurs, et même lettrage. Cet investissement total se sent aussi dans le récit, magistral, sensible. Déjà un classique cuvée 2021.



Après dix ans passés en prison, Selina Kyle rentre à Gotham. La ville a beaucoup changé en son absence, régie par des Batcops impitoyables. Elle réussit à se glisser dans le quartier d'Alleytown puis va déposer des fleurs sur la tombe de Bruce Wayne dans son manoir.


Désoeuvrée, elle se rend sur Iceberg Island, où le Pingouin dirige ses affaires. Elle lui demande son argent mais son magot a été saisi. Il refuse ensuite de lui accorder un prêt, sauf si elle consent à travailler comme hôtesse dans son casino - ce qu'elle refuse évidemment.


La prochaine visite de Selina est pour Barbara Gordon, qui s'est reconvertie pour aider de jeunes enfants déshérités. Babs reproche l'attitude de Selina dix ans aupâravant. Selina interroge Babs au sujet d'Orphée, sans obtenir de réponse qui pourrait l'éclairer.


Selina, le soir venu, s'arrête au bar tenu par Ma Hunkel, où elle trouve Killer Croc. Le maire de Gotham, Harvey Dent, entre et aborde Selina pour la mettre en garde contre tout projet criminel. Une fois parti, elle propose à Killer Croc un coup audacieux.


Revêtissant son costume, Catwoman s'introduit dans le commissariat central et, dans la salle des archives, elle récupère des pièces à conviction concernant la mort de Batman. Elle ingore qu'au même moment Harvey Dent complote contre elle, ayant arrangé sa libération pour la pièger.

Catwoman : Lonely City prouve encore une fois à quel point le Black Label de DC Comics est un endroit précieux (et comme Marvel manque d'en avoir un comparable). Sans cela, un tel projet n'aurait jamais vu le jour, ne serait-ce qu'à cause du format de chacun des quatre épisodes de cette mini-série bimestrielle (50 pages) et de l'ambition de son auteur.

Cliff Chiang a tout fait dans sa carrière : il fut editor, puis dessinateur - on lui doit l'essentiel de la partie graphique de la Wonder Woman écrite par Brian Azzarello durant les New 52, puis, ces dernières années, les illustrations de la série Paper Girls de Brian K. Vaughan chez Image Comics. Cette fois, il signe l'histoire de Catwoman : Lonely City, mais aussi sa colorisation et même son lettrage. Pas de doute, pour s'investir autant, il doit s'agir de quelque chose auquel il tenait particuièrement.

Ce qui frappe, en fait, d'abord, c'est que cette histoire ressemble à la version réussie du futur de Selina Kyle tel que n'a pas réussi à l'écrire Tom King dans Batman/Catwoman. On y suit Catwoman qui sort de prison après dix ans passés derrière les barreaux. Elle a été condamnée pour les meurtres de Batman, du Joker, de Nightwing et du commisaire James Gordon - la Nuit des Fous (Fool's Night en vo). On découvre à la fin de ce premier épisode qu'elle n'est pas coupable de ce massacre et que sa libération est un traquenard pour lui faire porter le chapeau dans une autre affaire (à déterminer).

Chiang s'attache aux déplacements de son héroïne, de retour à la vie civile. C'est désormais une femme d'âge mûr, entre cinquante et soixante ans au moins. Ses cheveux courts et noirs sont barrés d'une mèche blanche, son visage porte les stigmates du temps qui a passé, des rides. Elle est encore belle et élancée, dotée d'une forme physique enviable, malgré des douleurs osseuses aux genoux et un mélange de lassitude et de colère froide.

Gotham, pendant ce temps, a changé, elle aussi : elle a pour maire Harvey Dent/Double-Face, devenu un héros à la suite du massacre précité, qui revendique l'héritage de Batman (dont l'identité secrète a été révélée) et qui a disposé de sa fortune pour réformer la cité. Des Batcops, patibulaires, quadrillent les quartiers et tirent à vue. La population approuve ce nouveau régime, oppressant certes mais sécurisant. Chiang fait passer tout cela sans avoir besoin de souligner quoi que ce soit et, comme on le découvre à travers les yeux de Selina, on est à la fois surpris et atterré - cela renvoie aussi à un vieux débat : et si Batman avait dépensé ses millions pour autre chose que se déguiser en chauve-souris et traquer des criminels colorés ?

Cette question refait surface lors des retrouvailles entre Selina et Barbara Gordon, qui a changé de vie et de carrière. Toutes ces années à casser la gueule à des vilains grotesques, pour quel résultat ? s'interroge-t-elle. Elle en veut aussi à Selina d'avoir participé à ce folklore en ne choisissant jamais entre sa vie de voleuse et d'héroïne, en ne raccrochant pas avant la tragédie. A cette occasion, Selina mentionne Orphée et demande à Babs si cela évoque quelque chose pour elle : Chiang lance là ce qui ressemble à un MacGuffin, un prétexte au développement du scénario, pour tenir le spectateur en haleine jusqu'à la révélation (même si, souvent, on finit l'histoire sans savoir de quoi il s'agit).

Chiang convoque d'autres figures, pittoresques, comme Killer Croc, qui traîne dans le bar de Ma Hunkel (la première Red Tornado de la JSA), habillé d'un survêtement ridicule, qui résume mieux que tout le déclin du personnage, sa situation pathétique : il ne fait plus peur avec sa bedaine et sa casquette sur la tête, l'ancien membre de la Suicide Squad. Harvey Dent aborde Selina dans ce troquet et la met en garde contre la tentation de renouer avec ses mauvais penchants : Monsieur le Maire de Gotham, on le comprend intuitivement, n'est pas le héros que les médias louent, ses manières sont doucereuses et menaçantes, son faciès défiguré trahit encore sa nature ambivalente. Une autre grande scène.

Certains reprocheront d'ailleurs peut-être à Chiang d'accumuler des scènes plutôt qu'un récit fluide et palpitant. Pourtant, ça m'a paru l'approche la plus intelligente pour traiter du retour de Selina. Jusqu'à ce flashback fulgurant qui revient sur la fameuse et dramatique nuit, où à nouveau il est fait mention de Orphée... Avant un ultime moment où il est devient évident que Dent a l'intention de piéger Selina puisqu'il a influencé sa libération.

Là où dans Batman/Catwoman, Tom King a tenté, sans succès, de montrer ce qui serait arrivé à Selina une fois Batman mort, tuant le Joker et mentant à sa fille, Chiang adopte une méthode à la fois plus subtile et plus directe. Dans cette histoire, Selina n'a eu de fille avec Bruce Wayne, elle a vieilli en prison pour un crime qu'elle n'a pas commis et elle sort avec à la fois la volonté de se ranger et celle d'en découdre. De cette façon, Chiang évite tout ridicule quand Selina enfile à nouveau sa combinaison (la grise) de Catwoman et accomplit quelques acrobaties (plus aussi bien maîtrisées d'ailleurs). Le récit est ponctuée par des retrouvailles, toutes marquées par les regrets. On sait où on va sans être sûr de comment et dans quel état on va y arriver car Selina n'est plus la flamboyante féline fatale et le monde autour d'elle a également beaucoup changé. C'est en soignant l'environnement que Chiang donne de la crédibilité à son projet et en même temps lui injecte une vraie force, un élan, ce côté héroïque qui fait vibrer le lecteur.

Comme il a littéralement tout fait, le plaisir qu'on tire de cette lecture dépend de l'intérêt qu'on porte au travail de Chiang, à son style. Le dessin est le même, miraculeusement, comme si, contrairement à son héroïne, le temps n'avait pas de prise sur lui. La ligne est claire, précise, sobre, épurée. Le découpage, sans folie, mais aux compositions d'une élégance imparable, d'une fluidité irréprochable.

J'ai toujours aimé le dessin de Chiang, qui n'appartient à aucune école sinon à la sienne, qui ne cède pas un pouce de terrain aux effets à la mode, au spectacle, au racolage. C'est fin et simple, mais peaufiné. Une page comme celle où Selina déambule à pied dans Gotham la nuit résume tout ça, avec un travelling avant sur le visage de cette dernière, tandis qu'elle évolue d'une case à l'autre dans des décors différents, synthétisant à la fois la variété architecturale de Gotham et le spleen de Catwoman, étrangère dans ces rues pourtant souvent arpentées. On croirait presque entendre la bande-son jazzy mélancolique qui accompagne les pas de Selina, comme Miles Davis calait ses notes sur la marche dans Paris de Jeanne Moreau dans Ascenseur pour l'échafaud. Superbe.

Les couleurs sont délicates, là encore on voit bien l'intention de Chiang de ne pas appuyer inutilement sur les ambiances. Je suis sûr que les planches en noir et blanc fonctionnaient déjà très bien et donc il veille seulement à ajouter quelques teintes douces aux déplacements de Selina. Là encore, c'est hors des modes, plus proche d'un Dave Stewart que d'un Tomeur Morey (sans discuter le talent de ce dernier). Enfin, le lettrage, discipline terrible pour laquelle on fait appel à des spécialistes souvent oubliés au moment de critiquer tel ouvrage (moi le premier), est irréprochable.

Le Black Label nous propose une nouvelle pépite et DC a donné les moyens à Cliff Chiang de produire ce qu'il avait en tête, à son rythme (imaginez encore une fois si Marvel offrait un tel espace créatif à ses auteurs...). Catwoman : Lonely City reviendra en Décembre et quelque chose me dit qu'on ne sera pas déçu car ça sent bon le classique.