mercredi 17 juin 2009

Critique 62 : DC COUNTDOWN & INFINITE CRISIS, de Geoff Johns et Phil Jimenez

(Ci-dessus : la couverture d'Infinite Crisis 1, par George Pérez)
(Ci-dessus : la couverture d'Infinite Crisis 1, par Jim Lee)
(Ci-dessus : la couverture d'Infinite Crisis 2, par George Pérez)
(Ci-dessus : la couverture d'Infinite Crisis 2, par Jim Lee)
(Ci-dessus : la couverture d'Infinite Crisis 3, par George Pérez)
(Ci-dessus : la couverture d'Infinite Crisis 3, par Jim Lee)
(Ci-dessus : la couverture d'Infinite Crisis 4, par George Pérez)
(Ci-dessus : la couverture d'Infinite Crisis 4, par Jim Lee)
(Ci-dessus : la couverture d'Infinite Crisis 5, par George Pérez)
(Ci-dessus : la couverture d'Infinite Crisis 5, par Jim Lee)
(Ci-dessus : la couverture d'Infinite Crisis 6, par George Pérez)
(Ci-dessus : la couverture d'Infinite Crisis 6, par Jim Lee)
(Ci-dessus : la couverture d'Infinite Crisis 7, par George Pérez)
(Ci-dessus : la couverture d'Infinite Crisis 7, par Jim Lee)
(Ci-dessus : la couverture de Countdown to Infinite Crisis,
par Jim Lee et Alex Ross)

Suite des analyses des crossovers DC : après l'historique Crisis on Infinite Earths (1985), qui avait redéfini la continuité de cet univers en mettant fin au concept du Multivers, et Zero Hour (1995), qui tenta d'unifier les lignes temporelles, 2005 vit une nouvelle révolution s'effectuer, remettant en cause les oeuvres de Wolfman et Jurgens.
Le terrain fut préparé par Identity Crisis, questionnement brutal sur la vulnérabilité des super-héros. Mais ce n'était qu'une mise en bouche avant un nouveau grand chambardement, dont les effets allaient être durablement sensibles, engendrant bien des débats sur son opportunité...
Avant de se pencher sur le cas si épineux qu'allait incarner Infinite Crisis, il faut parler de DC Countdown, soit comme le précisait la couverture le compte à rebours vers Infinite Crisis. Countdown to Infinite Crisis est un substantiel récit complet qui marqua le démarrage officiel de la saga à venir.
Aussitôt mis en vente, aussitôt épuisé ! Ce prologue mit l'eau à la bouche du lectorat de manière fulgurante : il faut dire que la couverture (dessinéee par Jim Lee et peinte par Alex Ross) avait de quoi accrocher les curieux. On y voit Batman portant un cadavre - mais qui est la victime dans les bras du "Dark Knight" ? Et qui l'a tué ? Dans quelles circonstances ?
Lors du second tirage de la revue, l'identité du défunt fut révèlée et suggérait un récit dramatique à souhait, prémice d'une nouvelle et importante crise.
Countdown... compte exceptionnellement 80 pages - l'opus étant vendu un dollar, on comprend mieux son triomphe. Créativement, c'était aussi un livre spécial, écrit conjointement par Geoff Johns, Greg Rucka et Judd Winick, chacun s'occupant d'un chapitre, lequel était illustré par un artiste et un encreur différents - parmi lesquels Rags Morales, Jesus Saiz, Ivan Reis, Phil Jimenez et Ed Benes.
*
Blue Beetle s'introduit dans un endroit inconnu et on découvre en flash-backs ce qui l'y a conduit, en revenant quatre jours avant.
Tout avait commencé lorsqu'Oracle
(Barbara Gordon) lui avait appris que des fonds étaient détournés de ses comptes. Avec l'aide de Booster Gold, Blue Beetle rencontre une vieille connaissance, Maxwell Lord, mais qui ne prête pas attention à ce qu'il lui raconte.
Le héros va ensuite voir Batman, visiblement occupé par une autre affaire, et évoque avec lui le satellite Brother One, en ignorant que c'est un engin conçu par le "Dark Knight" pour surveiller la JLA (après les évènements d'Identity crisis).
Le lendemain, Blue Beetle avertit ses amis héros d'un vol de kryptonite
dans un de ses entrepôts, mais l'affaire n'intéresse visiblement pas ses partenaires, qui ne trouvent aucun indice sur place pour identifier les cambrioleurs. Une fois seul, il est attaqué par les Madmen, avant de recevoir le renfort providentiel de Booster Gold.
Ailleurs, un groupe de vilains dirigé par par Lex Luthor, avec le Dr Psycho, Talia al Ghul, Deathstroke, Black Adam, Calculator et Dr Light, complotent (on saura quoi en lisant la mini-série Villains United).
Booster Gold et Blue Beetle effectuent des recherches informatiques pour retracer la fuite de l'argent volé mais un éclair frappe l'ordinateur sur lequel ils travaillent et blesse gravement Booster.
Tandis qu'on emmène ce dernier à l'hôpital, Beetle découvre que le scarabée qu'il a hérité de son prédécesseur s'illumine. Il se rend à Fawcett city pour consulter Captain Marvel, mais le scarabée le transporte jusque dans le repaire du sorcier Shazam. Celui-ci récupère le talisman, explique que Captain Marvel est occupé ailleurs (ainsi qu'on le découvrira dans la mini-série Day of vengeance) et congédie son visiteur.
Blue Beetle est blessé quand, de retour dans la réalité, son vaisseau explose devant lui. Il est soigné à bord du satellite de la Ligue de Justice et veillé par Wonder Woman
, soucieuse de l'enquête qu'il mène et lui demandant de la tenir au courant de son évolution. Il quitte la base peu après alors que le Martian manhunter reçoit un message d'Adam Strange en difficulté sur la planète Rann (à suivre dans la mini-série The Rann-Thanagar war).
Livré à lui-même, accablé par l'absence de soutien de la JLA, Blue Beetle découvre alors par hasard un émetteur dans ses lunettes : il reconnaît, là, la technologie de Skeets, le robot-archiviste du XVème siècle qui accompagnait Booster Gold.
En remontant la piste du signal de cet émetteur, Beetle aboutit à un château dans les Alpes Suisses, où se situe le quartier général de l'organistation de contre-espionnage des nations-unies, Checkmate - là où il s'est introduit au début du récit.
Il y découvre une base de données contenant des dossiers sur tous les super-héros et des liens avec d'autres sociétés (projet Cadmus, S.T.A.R. Labs, D.E.O., projet M, Progene Tech, Escadron suicide). C'est alors qu'il est surpris par Maxwell Lord, désormais aux commandes de Checkmate, dont il veut se servir pour neutraliser la communauté méta-humaine.
Beetle tente de s'échapper mais il est stoppé par un OMAC. Lord lui propose une alliance mais devant son refus, l'abat froidement d'une balle dans la tête !
*
Ce prélude est un modèle d'efficacité narrative : on est tout de suite happé par l'intrigue car le sort du héros, qui n'est ni une vedette ni un justicier invulnérable, est incertain. Dès le départ, sa situation est des plus fragiles : quasiment ruiné, esseulé, il perd rapidement son seul soutien. Malgré tout, il poursuit sa quête, découvrant une vérité qui le dépasse, contre laquelle il se rebelle, mais contre laquelle aussi il ne peut visiblement pas grand'chose. Sa mort devient inéluctable : nous y assistons, impuissants, et la brutalité de son exécution nous laisse pantelants.
DC Countdown est le trait d'union entre Identity Crisis (de Brad Meltzer et Rags Moralès) et Infinite Crisis : on y voit comment Batman, ayant retrouvé peu à peu ses souvenirs (que Zatanna avait effacés après que le "Dark Knight" ait surpris certains de ses collègues de la JLA en train de manipuler la mémoire de Dr Light, qui venait de violer Sue Dibny, la femme d'Elogated Man), a mis en orbite un satellite pour surveiller les super-héros. Ce même satellite est désormais contrôlé par Maxwell Lord, cadre d'une organisation de contre-espionnage, Checkmate (auquel une série sera consacrée), et celui-ci entreprend de se débarrasser des justiciers. Le retournement de situation est aussi inquiétant qu'efficace.
Batman se retrouve dans la peau de l'homme qui a créé l'instrument dont la découverte causera la perte de son acolyte Blue Beetle ! Identity Crisis était l'histoire d'une crise intérieure, interne, révélant la vulnérabilité des héros dont les proches étaient le talon d'Achille. Infinite Crisis sera l'histoire d'une crise extérieure, débordant du cadre intime des héros, et questionnant les notions mêmes d'héroïsme, de responsabilité, de la légitimité su statut de ces héros.
On reconnait dans Countdown to Infinite Crisis la "patte" de ses auteurs : le sens du spectacle de Geoff Johns, de la "detective story" de Greg Rucka, et des dialogues rythmés de Judd Winick. La conjugaison de ces trois talents explique qu'on ne s'ennuie pas en lisant ce récit, qui promettait beaucoup pour la saga à venir et ouvrait la voie à quatre histoires explorant d'autres aspects du contexte (dont les deux meilleures furent OMAC Project, par Rucka et Saiz, et Villains United, par Gail Simone et Dale Eaglesham).
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Graphiquement, la diversité des styles peut dérouter, mais on a quand même affaire à des artistes d'un excellent niveau : c'est un plaisir de retrouver Rags Moralés qui avait fait des merveilles sur Identity Crisis, Phil Jimenez s'applique sans vraiment se forcer, Jesus Saiz signe des planches élégantes, Ivan Reis est un peu bridé par un encrage décevant (dû Marc Campos), et Ed Benes emballe son segment efficacement.
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Bref, c'est une réussite : un avant-programme alléchant. L'essai allait-il être transformé ?

(Ci-dessus : la couverture d'Infinite Crisis, par Phil Jimenez)

Infinite Crisis est une mini-série en 7 chapitres, publiée à partir d'Octobre 2005 - chaque numéro sortit en deux versions, l'une avec une couverture par George Perez, l’autre par Jim Lee.
Infinite Crisis
se présente comme la suite de Zero Hour, sorti en 1994, et son influence s'est faite sentir dans d'autres séries (régulières ou provisoires) : l'histoire revient sur le sort de quelques personnages apparus dans Crisis on infinite earths et ambitionne de rétablir le concept du Multivers. C'est ainsi que des versions alternatives de héros du "golden age"(comme le Superman de Terre II) sont réapparues, 20 ans après s'être éclipsées.
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Au centre de cette saga, Geoff Johns interroge la nature même de l’héroïsme, celle des justiciers traditionnels par rapport à celle des héros modernes, plus noirs et plus tourmentés - depuis la révolution instaurée par des titres mythiques comme Watchmen et Batman : The Dark Knight Returns.
En mars 2006, DC a fait subir un saut dans le temps à toutes ses séries, correspondant à l'année "perdue" après les évènements d'Infinite Crisis : cette béance temporelle allait fournir la matière à un projet gigantesque sous la forme d'une parution hébodomadaire, à partir de Mai 2006, intitulée 52.
Dan Didio, l’éditeur en chef de DC Comics, a expliqué qu’Infinite Crisis était en préparation depuis deux ans avant sa sortie : ceci justifiait des indices annonçant sa réalisation, à commencer par la "mort" de Donna Troy (membre des Teen Titans). Puis des titres, tous écrits par Geoff Johns, confirmèrent l'imminence de l'évènement (il fallait suivre Teen Titans, Flash et JSA).
Dès lors, des auteurs comme Johns mais aussi Grant Morrison et Mark Waid (qu'on allait retrouver, avec Greg Rucka, aux commandes de 52) furent impliqués dans la politique éditoriale de DC Comics, afin de donner une plus grande cohérence dramaturgique à l'entreprise. En fait, plus qu'une refonte de la production maison, Infinite Crisis marquait la résurgence des crossovers des années 80 et 90, avant que la crise commerciale et artistique ait failli couler l’industrie des comics.
Pour amorcer la saga, à partir de mars 2005, 4 mini-séries, The OMAC project, The Rann-Thanagar war, Day of vengeance et Villains united, plus le n° spécial sur le retour de Donna Troy, furent lancées avec des surtitres énumérant le compte à rebours avant le début de l'histoire.
Une fois lancée, Infinite Crisis affecta profondèment d'autres séries, les annexant pour composer une fresque totale bien plus vaste : ainsi, le story-arc Crisis of Conscience de la JLA dévoilait la destruction de la base de l'équipe.

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C'est justement à la suite de la destruction du Q.G. de la JLA que commence vraiment Infinite Crisis, dans un climat de tension extrème où le monde doit affronter plusieurs menaces. De la dimension parallèle (où ils s'étaient réfugiés à la fin de Crisis on Infinite Earths) s'échappent Loïs Lane et Kal-L (de Terre II), Alexander Luthor et Superboy-prime.
Kal-L croit que la santé de Lois se rétablira si elle revient dans son monde natal et compte la remplacer par la Lois de Terre I. Kal-L sollicite l'aide de Batman en lui expliquant que la vilainie propre aux habitants de Terre I est à l'origine de la méfiance et l’hostilité du "Dark Knight" à leur égard. Mais Batman refuse de soutenir le projet de Kal-L, et il apprendra plus tard que c’est Superboy-Prime qui a détruit la base de la JLA.
Alexander Luthor révèle à Power Girl, cousine de Kal-L (et comme lui rescapée de Terre II), qu’avec Superboy-Prime ils ont abandonné leur refuge dimensionnel et, en utilisant ce qui restait de l’Anti-Monitor, a kidnappé des héros et des vilains venant d’autres univers (dont Power Girl) pour redonner vie à Terre II.
Superboy-Prime agresse sauvagement Conner Kent, alias Superboy de Terre I : durant cette affrontement, il tue de nombreux héros mais Flash et Kid Flash le neutralisent en l'attirant dans la "speed force", où d'autres bolides résident. N'ayant pas participé à cette manoeuvre, Jay Garrick déclare ensuite que la Force Véloce a cessé d'exister désormais.
Ambitionnant de crér un monde parfait, Alexander Luthor reproduit les mondes parallèles. Pour la Lois Lane de Terre II, c'est trop tard : Kal-L, rendu fou par la perte de sa bien-aimée, s'en prend à Superman et il faut l'intervention de Wonder Woman pour le raisonner. Bart Allen (devenu adulte et vêtu du costume de Flash II) resurgit de la speed force et annonce que Superboy-Prime s'en est échappé. Protégé par une armure avec laquelle il absorbe les rayons solaires, il est en outre plus puissant que jamais.
Batman manoeuvres ses OMACs (batterie d'androïdes) pour détruire son satellite Brother Eye, dont Maxwell Lord avait pris le contrôle. Alexander Luthor produit la fusion de plusieurs terres parallèles dans l'espoir de créer son monde "parfait" mais Firestorm parvient à l'en empêcher. Conner Kent et Superboy-Prime ravagent lors de leur duel la tour construite par Alexander et les terres multiples se "fondent" en une nouvelle Terre. Conner agonise dans les bras de Wonder Girl.
Une meute de super-vilains en profite alors pour envahir Metropolis et en réponse, plusieurs héros interviennent. Tout à sa folie meurtrière, Superboy-Prime entreprend alors de mettre fin à l'existence d'Oa, ce qui provoquera la fin de l'univers tout entier : gardiens de cette planète, de nombreux Green Lanterns trouvent la mort en tentant de l'arrêter. Kal-L et Superman entraînent alors Superboy-Prime vers Krypton, dont le soleil de Krypton a raison de son armure. Puis sur Mogo, la planète vivante membre du Green Lantern Corps, Kal-El maîtrise enfin Superboy-Prime en se sacrifiant. Sa cousine, Power Girl, receuille son dernier souffle.
Sur Terre, Batman souhaite exécuter Alexander Luthor mais Wonder Woman s'y oppose. Il s’enfuit alors mais tombe sur Lex Luthor et le Joker, qui le tue.
Wonder Woman, Batman, et Superman se retrouvent plus tard à Gotham. L'aventure a laissé des traces sur la "trinité", dont chacun des membres décident de quitter la scène. Pour Diane l'amazone, c'est un voyage à la recherche d’elle-même qui commence. Pour Bruce wayne, c'est le début d'un pélerinage autour du monde, en compagnie de Dick Grayson et Tim Drake. Pour Clark Kent, désormais privé de ses pouvoirs, c'est l'expérience d'une vie normale de simple humain qui l'attend.
Le Green Lantern corps
, quant à lui, emprisonne Superboy-Prime dans un dévoreur de soleil rouge.
*

Avant de procéder à la critique de l'intrigue principale, il convient d'ajouter que les conséquences de cette saga ont été détaillées dans plusieurs mini-séries, de qualité (et d'intérêt) variable(s) comme Crisis aftermath : the battle for Blüdhaven et Crisis aftermath : the Spectre. Le label "One year later" sera apposé à la plupart des titres suite à la publication de Infinite Crisis 5, signifiant que l'action se déroule donc un an plus tard. En raison de ce saut dans le temps, plusieurs séries furent interrompues (Gotham central) ou relancées (Wonder Woman, Flash).
En outre, Infinite Crisis se sera distingué par divers hommages référentiels à l’histoire de DC : comme dans Crisis on Infinite Earths, Kal-L pleure la mort de "sa" Loïs Lane comme Superman pleura la fin de Supergirl ; le dialogue entre Jay Garrick et Bart Allen reproduit celui du même Garrick avec Wally West et on retrouve le ciel rouge de la saga de Wolfman (un gimmick qui est devenu une vraie signature).
Bon, maintenant, quid de la qualité propre d'Infinite Crisis ? Ce crossover aura agité bien des lecteurs, fans ou simples amateurs de DC. Ce qui est certain, c'est que ce n'est pas l'histoire idéale pour découvrir cet univers, tant ses références à Crisis on Infinite Earths sont nombreuses et ses ramifications multiples. La finalité même de cette saga prête à la controverse dans la mesure où on revient à la situation du "DCverse" pré-Crisis : 20 ans après, balayer ainsi les efforts de Wolfman pour remettre de l'ordre dans tout ça, c'est un peu cavalier et exaspérant. Il semble évident que les concertations de Johns, Grant Morrison et Dan Didio ne visaient qu'à ça : restaurer un modèle permettant de re-jouer avec les mondes parallèles, les réalités alternatives - quitte à embrouiller tout le monde...
Cependant, on ne peut reprocher à Geoff Johns sa volonté de produire un récit où l'action ne manque pas, quitte à tomber dans une surenchère certaine : la brutalité est explosive, à la mesure de la tension dans laquelle baignent les protagonistes au début du crossover. On n'est pas surpris par cette irruption de violence mais on peut être saturé par sa durée et la démence qui s'empare de Superboy-Prime, devenant une machine à tuer. C'est un brin "too much" et c'est dommage, de la part d'un auteur qui, certes, n'a jamais été timide sur ce plan-là mais pêche par trop de complaisance.
Cette brutalité atteint d'ailleurs la lisibilité même du récit, ponctué parfois d'ellipses dérangeantes puis s'attardant sur des affrontements spectaculaires mais envahissants. Il y a une sorte d'incompatibilité entre le style et les intentions : Wolfman avait très bien su gérer cette difficulté, privilègiant le souffle de son épopée à la personnalité de l'écriture. Johns sait faire rebondir son histoire mais peine à lui donner de l'ampleur en lui imposant des climax successifs qu'on n'a pas le temps de digérer. Dans Identity Crisis, Meltzer imprimait à son récit un tempo bien mieux maîtrisé, avec un projet aux dimensions finalement plus modestes. En s'aventurant dans des péripéties cosmico-inter-dimensionnelles, Johns se perd et nous perd. Dommage.
Néanmoins, il existe un évident aspect "défouloir" dans Infinite Crisis, pour les mêmes raisons qui en déterminent les limites. Cette avalanche de batailles épiques, de duels à mort, de dilemmes tranchés à grands coups, ce manque même de subtilité a quelque chose de jouissif, presque de régressif. Ce n'est définitivement pas une grande oeuvre mais c'est un divertissement assurèment musclé, proche de l'absurde et du grotesque, qui a un côté amusant - même s'il s'y joue des passages tragiques (la mort de Connor, de Loïs Lane de Terre II, la séparation finale de la "trinité" et donc la dissolution de la Justice League).
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Un sentiment similaire est inspiré par la partie visuelle, qui voit se succèder et parfois se mêler des talents aussi sûrs que divers. Phil Jimenez n'ayant pu tenir les délais, on lui adjoint d'autres dessinateurs pour boucler les épisodes après le n°3. De ce point de vue, DC a choisi des "rustines" en or puisque George Pérez (le mentor de Jimenez et artiste mythique de la première Crise), Jerry Ordway (déjà de la partie sur COIE et Zero Hour, un habitué donc) et Ivan Reis sont venus jouer les renforts.
Même si leurs styles ajoutées produisent parfois de curieux effets, surtout avec Ordway et Reis dont les registres ne sont pas similaires à ceux de Pérez et Jimenez, on a quand même droit à des planches de toute beauté, restituant toute l'intensité de cette épopée et correspondant à son ton baroque. Andy Lanning et Ordway (encore !) ont aussi contribué, par leur encrage, à donner le plus de cohérence possible à cet improbable amalgame de talents, plus forts individuellement que collectivement.
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En définitive, la morale de cette entreprise au résultat inégal ressemble à celle qui découla de Zero Hour : le meilleur restait à venir. De la composition inaboutie, maladroite, frustrante, d' Infinite Crisis allait naître un projet bien plus énorme, fou et pourtant réussi, avec la série hebdomadaire 52. Comme si la suite du programme légitimait son institution : un peu curieux comme façon de faire, mais tout compte fait, 7 chapitres tordus pour en dispenser 52 autres passionnants, ce n'est pas si mal..

mardi 16 juin 2009

Critique 61 : ZERO HOUR - CRISIS IN TIME, de Dan Jurgens et Jerry Ordway



Zero Hour: Crisis in Time est une mini-série en 5 épisodes, publiée en 1994 par DC Comics. Le véritable déclencheur de cette histoire est le Green Lantern Hal Jordan, membre du Green Lantern Corps, qui, devenu fou après la destruction de sa ville natale, Coast City, perd le contrôle de lui-même et devient Parallax. Sous cette forme, il entreprend de détruire pour le recréer l'univers DC.
Conçu comme un compte à rebours, le récit a été diffusé avec une numérotation inversée, commençant avec le 4ème épisode et se terminant avec le n°0.
On doit cette histoire à Dan Jurgens, qui l'a écrite et dessinée, et Jerry Ordway à effectuant l'encrage.
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DC a présenté, par la suite, Zero Hour: Crisis in Time comme la saga intermédiaire entre Crisis on infinite earths et Infinite Crisis : le sous-titre en a d'ailleurs été subtilement modifié pour devenir "(A) Crisis in Time". Il s'agissait d'opérer la même action sur les lignes temporelles du "DCverse" que celle qu'avait accompli COIE avec les mondes parallèles : effectuer une synthèse, les unifier en une seule trame.
Mais cette série a aussi permis de résoudre certains problèmes en suspens depuis Crisis : la révision de certains personnages de l'univers post-Crisis s'était effectuée alors que d'anciennes versions de ces mêmes héros continuaient à être utilisées, une ou plusieurs années après la Crise (voir la réécriture des origines de Superman dans The man of steel ou de Batman dans Batman : year one).
Un personnage comme Hawkman posait le problème d'une manière encore plus frappante : la nouvelle version du guerrier aîlé n'apparut qu'en 1989 ! Dès lors, quel Hawkman était animé entre 1986 et 89 ? La Légion des super-héros présentaient les mêmes aberrations avec la suppression de Superboy et Supergirl de la continuité DC. Toutes ces réécritures ne furent en outre pas toujours très appréciées par les lecteurs.

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L'histoire commence dans une réalité alternative, Alpha Centurion, d'où des versions de Batgirl et Triumph surgissent pour apparaître dans l'univers DC classique, ce qui créé la confusion. Une vague de "néant" provenant de la fin des âges commence à effacer des pans entiers du temps, d'une manière qui rappelle la vague d'anti-matière (dans COIE).
Ce phénomène semble apparemment causé par le super-vilain Extant
, anciennement connnu comme Hawk (du tandem héroïque Hawk & Dove) : il a acquis des pouvoirs affectant le cours du temps et en use pour bouleverser la continuité du "DCverse". Lors d'un affrontement avec la JSA, Extant avait provoqué le vieillissement accéléré de plusieurs d'entre eux, les affaiblissant ou les tuant.
Cependant, le véritable responsable est le Green Lantern Hal Jordan, qui s'est
rebaptisé Parallax, et qui essaie à présent de réformer l'univers selon ses désirs pour compenser les évènements à l'origine de sa dépression et les exactions qu'il a commises suite à cela.
Les efforts conjugués de plusieurs héros sont nécessaires pour empêcher Jordan/Parallax d'imposer sa vision d'un nouvel univers, et la ligne du temps est recréée, mais après avoir subi de subtiles modifications. Damage,
pour aider ses compagnons, a en effet provoqué un véritable nouveau Big Bang.
Conséquence : le monde commence à disparaître, et au terme de l'histoire, c'est une page blanche qui s'affiche devant nous...

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L'impact le plus frappant de Zero Hour se situe en vérité dans ses suites : DC en profita pour remodeler des éléments de sa continuité à partir de la page vierge qui concluait cette série. Tout était à nouveau possible et l'univers DC pouvait être redessiné après le big bang causé par Damage pour stopper Parallax. Ce fut donc un nouveau départ, l'établissement d'une nouvelle ligne temporelle qu'institua Zero Hour, et de là découlèrent de nouvelles clés narratives et de nouveaux évènements.
Ainsi furent fixées des dates pour situe le début de ce nouveau "DCverse", l'histoire de ses personnages - comme ceux de la JSA, le Superman post-Crisis... Cette nouvelle chronologie fut sensible ailleurs, suggérant un calendrier des évènements et devant permettre une lecture plus fluide de la continuité.
Un exemple marquant fut la relance de La Légion des Super-Héros, dont l'histoire fut complètement corrigée après Zero Hour, ou les diverses versions de Hawkman qui furent synthétisées en un seul personnage - même si, dans ce second cas, toutes les contradictions et les confusions sur le héros ne furent pas résolues.
Mais la série donna l'opportunité à plusieurs titres de redéfinir (ou de clarifier) les origines de ses héros afin d'en donner un signalement officiel. Ainsi, les titres furent renumérotés pour permettre à tout le monde d'assimiler ce nouveau départ sur de nouvelles bases. Mais plusieurs publications empruntèrent de nouvelles directions par rapport à Zero Hour : dee nouvelles équipes furent formés au sein des revues consacrées à la Justice League, le fils d'Oliver Queen hérita du nom de Green Arrow et Guy Gardner découvrit qu'il avait hérité de pouvoirs différents.
Une part majeure des origines de Batman fut revue et corrigée après Zero Hour : le "Dark Knight" n'avait ainsi plus capturé l'assassin de ses parents et était même considéré comme une légende urbaine. De même, Catwoman n'était plus une prostituée et Dick Grayson devint légalement le fils adoptif de Bruce Wayne.
Néanmoins, comme je le relevai plus haut, ce vaste redémarrage ne résolut pas touts les problèmes de la continuité tortueuse de DC. Pour cette raison, l'éditeur introduisit un concept alternatif au Multivers : ce fut l'instauration de l'Hypertime. Mais, finalement, cette solution oeceuméniue n'allait pas satisfaire grand'monde et le crossover Infinite Crisis en 2005 devait éactiver les principes en vigueur avant Crisis... Singulier retour en arrière engendré par un projet qui devait pourtant remettre (c'est le cas de le dire) les pendules à l'heure !
De fait, Zero Hour servit aussi à lancer ou enterrer plusieurs séries : en définitive, l'opération était plus commerciale qu'artistique et c'est ce qui rend cette histoire plutôt désagréable. Mais la morale de toute cette grossière manipulation marketing fut que la plupart de ces nouveaux titres (à l'exception de Starman) fut annulé, échouant à séduire un lectorat sans doute furieux d'avoir été ainsi grugé.
Le succès critique de Starman devint une leçon pour les éditeurs de DC dans leur manière de (re)considérer les personnages du Golden Age, leur potentiel, leur influence : ce héros - ou plutôt son successeur allait d'ailleurs figurer au casting de l'actuelle JSA.
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Artistiquement, Zero Hour n'a pas de quoi réjouir le fan ni attirer le néophyte. Dan Jurgens s'y montre un scénariste habile et un dessinateur efficace à défaut d'être un auteur inspiré et ayant une vraie "patte" : ses épisodes se lisent sans déplaisir, mais ne laissent pas, loin s'en faut, un grand souvenir.
En tant que graphiste, je n'ai jamais compris ce qu'il offrait d'attirant : il est d'un niveau moyen, honnête mais ne produit rien d'éclatant. C'est l'archétype du faiseur, sans personnalité.
Malgré tout son talent, pourtant bien plus raffiné, Jerry Ordway ne peut sauver les meubles, même si, ici simple encreur, sa contribution reste exemplaire, d'un grand professionnalisme. Mais la comparaison avec ce qu'il apporta à Crisis est cruelle et l'on repense avec nostalgie à la façon dont il embellissait les planches d'un George Pérez, dix ans auparavant...
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On peut zapper Zero Hour, même si cette production nous éclaire sur le destin de Green Lantern, explique quelques aménagements au sein du DCverse, préparant notamment (et notablement) à la JSA d'aujourd'hui. Mais Infinite Crisis allait rebattre les cartes, et d'une manière bien plus remarquable - en bien comme en mal...

lundi 15 juin 2009

Critique 60 : CRISIS ON INFINITE EARTHS, de Marv Wolfman, George Pérez et Jerry Ordway




Crisis on Infinite Earths est une maxi-série en douze parties écrite par Marv Wolfman et dessinée par George Perez, publiée en 1985, par DC Comics. Cette entreprise commémora les cinquante ans de l'éditeur.
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Le but avoué du projet était de complètement réinventer complètement l'univers DC en mettant fin au concept des Terres multiples, utilisé depuis des années et ayant abouti à une confusion totale. Ainsi, au cours de cette saga, plusieurs héros disparurent et à l'arrivée ce fut une refondation complète des bases du "DCverse", ce qui permit de reconstituer une continuité narrative des titres de la firme.
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Sur Terre III, le Syndicat du Crime doit lutter contre une vague d'anti-matière sous les yeux du mystérieux Pariah, témoin impuissant de ce combat perdu d'avance. Alexander Luthor (le Lex Luthor de cette terre), conscient lui aussi de la fin de son monde, réussit in extremis à envoyer son fils sur Terre I en espérant le sauver.
Cependant, Monitor
et son héraut, Harbinger, enrôlent (parfois de force) plusieurs super-héros et vilains de différentes dimensions pour faire échec à la propagation de la vague d'anti-matière. Monitor leur explique la situation et les envoie protéger des tours créées pour faire barrage sur différentes Terres.
A cet instant, sur Terre I, Batman, sur le point d'arrêter le Joker, voit Flash II apparaître et disparaître après lui avoir annoncé une catastrophe imminente.
Malgré les tours et leur protection par les agents du Monitor, des vagues d'anti-matière engloutissent progressivement les mondes parallèles. Monitor, réfléchissant à un plan B, surveille la croissance d'Alexander Luthor Jr
qu'il a recueilli et qui a intégré une part d'antimatière dans son propre organisme.
Il provoque aussi la création de Dr Light II et téléporte Pariah dans son satellite : il révèle sa malédiction, qui consiste à assister à la destruction de toutes les Terres. Harbringer, corrompue par l'Anti-Monitor et Psychopirate, assassine alors Monitor. Cette pulsion meurtrière à laquelle elle ne pouvait résister la délivre toutefois de l'emprise maléfique de l'Anti-Monitor, et avec Pariah et Alexander Luthor Jr., elle déclenche ensuite la mise en oeuvre du plan B de Monitor : la fusion de toutes les époques et de toutes les Terres en une seule.
Une nouvelle équipe composée des super-héros les plus puissants des différents univers est formée pour affronter l'Anti-Monitor, mais cette bataille se solde sur un cuisant échec : Supergirl
blesse le maître de l'anti-matière mais le paie de sa vie.
Kal-El alias Superman de Terre I pleure la perte de sa cousine. Mais, bientôt, c'est un autre héros qui tombe : Flash II se sacrifie pour détruire une arme qui devait achever de suppimer les dimensions parallèles restantes.
La confusion générale sur les différentes Terres désormais fusionnées incitent les super-vilains à s'unir sous la direction de Brainiac
et Lex Luthor de Terre I : ils prennent ainsi le contrôle des mondes mais doivent faire face aux héros, résolus à ne pas les laisser faire.
Il faut l'intervention du tout-puissant bras vengeur de Dieu, le Spectre, pour mettre fin à ce conflit et décider chaque camp à se rassembler en un seul pour tuer l'Anti-Monitor. C'est l'assaut final, et au bout, la victoire.
Toutes les Terres ne sont plus désormais qu'une et cela va bouleverser l'existence de nombreux personnages : certains n'ont plus de passé, d'autres voient leur histoire profondèment changée. Mais tous ont conservé leurs souvenirs et sont conscients que tout danger n'est peut-être pas écarté.
Effectivement, l'Anti-Monitor joue son va-tout en tentant d'annihiler la seule réalité ayant subsisté : un ultime combat est inévitable. Doctor Light II, Harbringer et Alexander Luthor Jr. parviennent à abattre définitivement le monstre auquel Kal-L, le Superman de Terre II et Superboy de Terre Prime portent le coup de grace. Luthor Jr ouvre un portail interdimensionnel à travers lequel choisissent de se retirer Kal-L, Superboy-Prime et la Lois Lane de Terre-II.
Dans un asile, Psycho-Pirate, à qui l'Anti-Monitor avait promis le contrôle des esprits du nouvel univers, finit dans une cellule capitonnée, racontant l'histoire invraisemblable qui s'est déroulée : considéré comme fou, il est pourtant le seul à detenir la vérité.
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Depuis toujours - et même après Crisis on Infinite Earths - , le problème de DC concerne sa continuité, difficile à suivre pour le profane, mais parfois aussi pour le connaisseur.
Par exemple, initialement, Superman ne pouvait pas voler et ses pouvoirs provenaient du fait qu'il était originaire d'une planète ayant une gravité supérieure à celle de la Terre. Puis il fut capable de voler et il tirait ses pouvoirs du soleil. Ces évolutions dans la description du personnage entraînèrent l'écriture d'origines plus complexes, incluant ses exploits en tant que Superboy puis l'existence de Supergirl, dont l'invention annula de facto l'idée originale que Superman était le seul survivant à la destruction de Krypton.
Autre absurdité à souligner : l'âge des héros. Ainsi Batman, simple humain sans super-pouvoirs, n'a pas vieilli depuis qu'il a commencé sa carrière de justicier, c'est-à-dire durant la seconde guerre mondiale, et son partenaire, Robin, a conservé une apparence d'adolescent.
Pour expliquer ces aberrations, durant le "silver age", DC a commencé à (ab)user d'une astuce narrative : les mondes parallèles, autrement dit le multiverse. Terre I devint ainsi la planète du "DCverse" contemporain ; Terre II recueillit les personnages et les évènements du "golden age" en tenant compte de l'âge plus ou moins avancé des héros ; Terre III était le "négatif" de notre monde où les vilains étaient les maîtres et où l'Histoire était révisée selon ce critère ; Terre Prime figurait le "vrai monde" inventé pou expliquer comment les créateurs de DC dans la vraie vie (comme Julius Schwartz) pouvaient occasionnellement apparaître dans les comics.
Si quelque chose se produisait en dehors de cette continuité, on le justifiait par des actions commises en fait sur un monde parralèle - c'est ainsi que les récits labellisés "Elseworlds" furent légitimés (cf. Kingdom Come).
Mais avec les années, cette solution des Terres parallèles finit par poser plus de problèmes qu'elle n'en résolvait, désorientant les nouveaux lecteurs de l'univers DC : la théorie du "multiverse" - avec ses innombrables versions de Superman, Batman, Wonder Woman... -entretenait une confusion empêchant de comprendre et d'apprécier les séries de l'éditeur.
C'est donc d'abord comme une vaste opération de "nettoyage" que fut conçue Crisis on Infinite Earths avec pour objectifs d'unifier tous ces mondes parallèles en un seul, de synthétiser les origines des héros, et rendre à nouveau le "DCverse" accessible pour les néophytes. Cela devait aussi libérer les auteurs de la firme de 50 années de (dis)continuité.
Le succès que remporta la série régénéra DC, en lui permettant d'attirer de nouveaux lecteurs sur la base d'une accroche mémorable : "the DC Universe will never be the same.".
Avec les succès des Watchmen d'Alan Moore et Dave Gibbons et de The Dark Knight returns de Frank Miller l'année suivant la parution de Crisis, DC Comics fut commercialement et artistiquement revitalisé au point de re-dominer le marché des comics, sur lequel trônait son rival Marvel.
Crisis participa aussi à populariser la formule des crossovers qui permettrait de faire converger plusieurs séries au cours d'une saga centrale. Depuis, le procédé est devenu une habitude annuelle, commercialement jûteux à défaut d'être toujours passionnant narrativement.
Marv Wolfman a proposé l'idée de cette saga traversant l'intégralité de l'univers et brassant son demi-siècle d'existence. Grâce à une écriture dynamique, qui réussit à rendre toujours clair le déroulement d'une histoire pourtant épique, peuplée d'une foule de personnages pas forcèment indentifiable au premier coup d'oeil pour le non-initié, le scénariste nous entraîne là où il le souhaite, avec une aisance qui, presque 25 ans après, reste admirable.
Des personnages et des éléments entiers, établis avant la Crise (spécialement ceux qui seront effacés suite à ce qui s'y déroule), sont repensés et aboutissent à un nouveau statu quo qui est en soi un morceau de bravoure. Il faudra attendre l'autre mini-série, en 2005-2006, Infinite Crisis pour remettre en cause ce que Wolfman avait si brillament redisposé alors : être parvenu à maintenir cet état de fait pendant 20 ans demeure une performance. Il y a bien eu, pour les auteurs comme pour les lecteurs, un "avant" et un "après" COIE.
la Crisis de Wolfman a permis en quelque sorte l'émancipation de DC en créant des opportunités pour faire mûrir encore plus cet univers et effecteur des changements majeurs, y compris concernant ses séries les plus populaires.
Sans Crisis, pas de Batman : year one par Frank Miller, de Wonder Woman par George Perez ou The Man of steel par John Byrne. Bien d'autres titres ont été significativement soumis à ce "révisionnisme" : orientés différemment, ils ont permis aux lecteurs de les redécouvrir et de les réapprécier, tout en étant intégrés à un même univers partagé. Mais pour permettre à ces mêmes lecteurs de souffler un peu et de digérer Crisis, certains relaunchs furent effectifs seulement un an après, ce qui prépara la gamme au nouvel évènement DC, la mini-série Legends.
Crisis, c'est une épopée pleine de bruit et de fureur, bourrée de péripéties, de coups de théâtre, avec des protagonistes si bien caractérisés qu'on n'est jamais égaré, une succession de combats aussi extravagants que spectaculaires, et de vraies audaces qui traumatisèrent ceux qui les découvrirent à l'époque - comme Mark Millar, qui n'a pas été sidéré par les morts successives de Supergirl et Flash II ?
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L'autre atout de COIE, c'est son extraordinaire graphisme : deux artistes exceptionnels ont permis à cette série d'entrer dans les annales du genre.
George Pérez a livré des planches dantesques tout au long d'épisodes, comptant parfois le double de pages d'un fascicule traditionnel. Le génie du dessinateur portoricain explose littéralement lorsqu'il doit mettre en scène des séquences grouillant de personnages, sans pour autant négliger les décors : quand on songe qu'il livrait ça en temps et en heure à l'époque, on s'amuse qu'aujourd'hui ses successeurs peinent à tenir la cadence six épisodes de suite... Phénoménal !
L'autre grand bonhomme à avoir posé sa griffe inimitable et reconnaissable entre mille est Jerry Ordway, qui a à la fois encré certains chapitres réalisés par Pérez et en a dessiné d'autres en alternance avec lui. Le trait classique mais solide, le sens du cadre, l'art du découpage et la personnalité avec laquelle il a su se glisser dans l'aventure tout en sublimant ce qu'accomplissait Pérez ; tout cela est une leçon de professionnalisme, la démonstration d'un grand talent.
Ajoutez à cela l'encrage de Dick Giordano (fidèle là aussi de Pérez, avec lequel il collabora sur les fabuleux New Teen Titans du début des 80's) et vous aurez une idée de la classe, du niveau et de l'impact d'une vraie équipe visuelle sur une entreprise de cette envergure.
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Il n'y a pas d'enseignement philosophique à tirer de COIE : c'est un pur récit d'aventures, rocambolesque, outrancier, mais jouissif, dont l'efficacité et l'influence se suffisent en quelque sorte à elles-même. Cette fantaisie colorée, tragique et haletante, énorme et dérisoire, rassasie le lecteur par sa densité et son délire.

samedi 13 juin 2009

Critique 59 : FALLEN SON - LA MORT DE CAPTAIN AMERICA, de Jeph Loeb et Leinil Yu, Ed McGuiness, John Romita Jr, David Finch et John Cassaday

Cette collection d'épisodes spéciaux constituent l'épilogue du crossover Civil War.
Au terme de la saga écrite par Mark Millar et dessinée par Steve McNiven, au cours de laquelle les super-héros de l'univers Marvel se déchiraient après le vote d'une loi les obligeant à se faire recenser auprès des autorités, les partisans - menés par Iron Man - de cet enregistrement remportaient la bataille au détriment des résistants - dirigés par Captain America.
Depuis, les héros travaillent pour le gouvernement, mais d'autres, refusant toujours ls nouvelles règles du jeu, continuent de lutter contre le crime - et s'opposent occasionnellement à leurs amis d'hier - dans la clandestinité. Puis, dans sa série régulière, Captain America allait ensuite être victime d'un assassinat ourdi pa son ennemi Crâne Rouge, avec la complicité du Dr Faustus, qui avait mentalement conditionné la maîtresse du héros, Sharon Carter, pour le tuer lors de son transfert devant un tribunal.
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L'idée de Victime de Guerre : La Mort de Captain America (en vf) revient à J. Michael Straczynski : il s'agissait d'étudier les réactions de personnages-phares de Marvel après le décés du héros en explorant les cinq stades du deuil - refus, colère, marchandage, dépression, acceptation. C'est à Jeph Loeb que fut confié la rédaction de ces récits, chacun étant illustré par un dessinateur différent.
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Captain America alias Steve Rogers, le super-soldat créé durant la seconde guerre mondiale pour lutter contre les nazis, porté disparu après une mission, puis miraculeusement retrouvé vivant dans les glaces polaires, devenu membre des Vengeurs et le champion des valeurs américaines, est mort. Tout le pays est en émoi. A travers cinq justiciers qui l'ont côtoyé de près, se battant avec (ou contre durant la "Guerre Civile") lui, nous découvrons comment son décés affecte la communauté des super-héros.
- Wolverine (membre des X-Men et des Nouveaux Vengeurs) va s'introduire dans un héliporteur du SHIELD où est détenu Crossbones, le meurtrier du héros national. Il refusait d'admettre que Cap' reposait dans un cercueil à bord du vaisseau autrement qu'en le vérifiant lui-même.
- Spider-Man n'admet pas, lui, que les amis de Cap' puissent tranquillement jouer au poker après ce qu'il lui est arrivé. La colère le submerge mais oblige tout le monde à avouer son impuissance, alors que les Puissants Vengeurs sont en mission.
- Hawkeye, revenu d'entre les morts après House Of M, revient à New York après avoir cherché en vain la Sorcière rouge, qui l'a ressucité. Il est appréhendé par Iron Man qui marchande avec lui pour qu'il revêtisse le costume de Cap' - ce qu'il accepte dans un premier temps avant de reprendre le maquis, refusant d'être instrumentalisé par Tony Stark et le SHIELD.
- Spider-Man retrouve Wolverine après avoir affronté le Rhinocéros. Cette bagarre lui a servi de défouloir mais il reconnaît ensuite être rongé par une profonde dépression car la mort de Cap' le renvoie à celle de son premier amour, Gwen Stacy, qu'il n'avait pas pu empêcher non plus.
- Iron Man dirige les funérailles nationales de Cap', mais au moment de prononcer son éloge funêbre, est incapable de prononcer un mot, saisi par l'émotion. Pour rendre dignement hommage à son partenaire et accepter sa mort, il lègue sa dépouille à Namor et aux profondeurs de la mer arctique, là même où il fut retrouvé après la seconde guerre.
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Jeph Loeb s'est acquitté de cette tâche bien particulière avec les honneurs : les copies qu'il a rendues sont toutes de bonne facture, et même parfois excellentes.
Les trois chapitres les plus convaincants sont ceux consacrés aux refus avec Wolverine, au marchandage avec Hawkeye et à l'acceptation avec Iron Man : ils réussissent à la fois à rendre hommage à Captain America, à ce qu'il incarnait, en restant logique par rapport aux motivations des acteurs, en traduisant les sentiments évoqués, en suscitant une vraie émotion.
Le meilleur numéro et le plus beau est, à mon sens, celui de l'Acceptation : à la fois solennel, sobre, avec un dénouement astucieux, poignant et poétique, il synthétise parfaitement le projet. Il se suffit à lui-même et représente un adieu à la mesure du personnage. En même temps, il dégage une sorte d'apaisement sans négliger la prise de conscience d'Iron Man, qui salue à la fois son adversaire de Civil War mais surtout honore la mémoire de celui qui fut son acolyte chez les Vengeurs, l'emblême de la nation américaine, celui qu'il ne sera jamais.
Le moins bon est sans conteste celui consacré à la colère : la narration ne fonctionne pas, le traitement est bancal avec son alternance de scènes d'action spectaculaires et inutiles, déplacées et en dehors du propos, et des passages lourdement dialogués, mis en scène sans finesse.
Pour le reste, le bilan est inégal sans être ni honteux ni inoubliable.
L'épisode avec Hawkeye (Marchandage) est malin.
Celui avec Spider-Man (Dépression) est d'un symbolisme poussif.
Et celui avec Wolverine (Refus) est assez creux finalement malgré un face à face tendu entre le mutant griffu et Crossbones, on ne comprend surtout pas trop pourquoi Daredevil y a été convoqué si ce n'est pour jouer les détecteurs de mensonges...
Ce qui rend l'objet troublant, c'est le fait que Jeph Loeb ayant perdu son fils, on a, semble-t-il, jugé qu'il était le mieux placé pour parler du deuil et de ses conséquences psychologiques. L'analyse est facile mais n'a rien d'évidente et surtout rien de légitime : ce n'est pas la perte d'un être cher qui donne le talent pour traiter de la douleur qui en résulte. A moins d'avoir atteint un grand recul sur cet évènement, il reste toujours difficile d'écrire, et de bien écrire qui plus, c'est-à-dire en sachant à la fois faire partager ses émotions, en sachant les décrire et les interpréter avec pudeur, sur ce sujet.
Le fait d'avoir compilé en un seul ouvrage ces épisodes souligne qui plus est davantage leurs défauts et le peu d'évidence de cette initiative que leurs qualités et la cohérence de l'entreprise. Le choix des protagonistes y est d'ailleurs pour beaucoup, selon qu'on apprécie ou pas chacun d'entre eux.
Et, contrairement à ce qui est indiqué, chaque volet n'est pas consacré à un personnage en particulier : dans celui du Marchandage, paru en complèment de la série Captain America, c'est à Hawkeye que Loeb s'intéresse, et Wolverine, après avoir tenu le haut de l'affiche dans le Refus, est encore présent dans la Colère avec les (Nouveaux et Puissants) Vengeurs puis dans la Dépression de Spider-Man.
En soi, qu'un héros traverse plusieurs récits n'est pas dérangeant (Iron Man squatte quatre sur cinq d'entre eux) mais leur disposition rend ce procédé un peu pesant et finalement restreint le nombre d'acteurs concernés par le sujet - ainsi n'aurait-il pas été plus normal de s'intéresser au sort du Faucon, fidèle parmi les fidèles du Captain, plutôt que de favoriser ainsi Spidey ou Wolvie ?
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En revanche, graphiquement, l'éditeur a mis à disposition du scénariste la crème de ses illustrateurs : le casting a de quoi faire rêver, que des vedettes !
Leinil Yu livre un Wolverine bouillonnant à souhait, torturé et prêt à tout, comme on l'aime.
John Romita Jr (encré par Klaus Janson) n'a pas besoin de forcer son talent pour nous emballer avec Hawkeye.
Et John Cassaday nous gratifie d'un splendide final, et je pèse mes mots : ponctué de "splash-pages" renversantes et d'une double page fabuleuse, le chapitre Acceptation lui doit énormèment.
En revanche, le choix de David Finch pour illustrer la Dépression est surprenant : son trait déjà touffu est encore surchargé par l'encrage plombant de Danny Miki.
Et Ed McGuinness rate complètement son affaire en traitant de la Colère, avec un découpage totalement raté par-dessus le marché.
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Finalement, ce receuil est honnête mais moyen, il laisse une impression mitigé et la conviction que cela aurait pu être bien meilleur, plus puissant, avec un auteur (ou même plusieurs) plus inspiré(s). Visuellement accrocheur, c'est parfois davantage un beau livre d'images, de fulgurances, qu'un grand et digne hommage à la hauteur du personnage.

jeudi 11 juin 2009

Critique 58 : LIBERTY, de Frank Miller et Dave Gibbons

Liberty (Give Me Liberty, en vo) est un récit complet en quatre épisodes, publiée en 1990 par Dark Horse Comics, écrite par Frank Miller et dessinée par Dave Gibbons. Le titre de la série provient d'une célèbre citation de Patrick Henry : "Je ne sais pas ce que d'autres décideraient, mais mon choix est fait : la liberté ou la mort!"
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- Tome 1: "Jungles" (Homes & Gardens). C'est en 1995 que l'héroïne de la série, Martha Washington, voit le jour dans un hôpital de Chicago. L'année suivante, en 96, Erwin Rexall est élu Président des Etats-Unis d'Amérique tandis que le père de Martha est tué lors d'une manifestation contre les conditions de logement des milliers d'Afro-Americains de Chicago dans le ghetto de Cabrini Green. Ce quartier se distingue en effet par l'extrème précarité de ses habitants et son taux de criminalité, à tel point qu'il est clôturé comme une véritable colonie pénitenciaire.
Martha grandit aux côtés de sa mère et de ses deux frères dans la misère la plus totale, conséquence de la politique économique menée par l'administration Rexall. Pourtant, la jeune fille est une élève studieuse et très douée comme en témoignent ses résultats scolaires et la précocité de ses dons pour pirater les ordinateurs de sa classe : les examens consistent cependant essentiellement à répondre à des questions sur des mesures prises par le Président Rexall - dont l'une a abouti à la création d'un 22ème Amendement dans la Constitution Américaine, permettant de briguer plus de deux mandats consécutifs.
Le professeur de Martha, Donald, l'encourage et pour la récompenser, comme il réside hors de Cabrini Green, il lui apporte des sandwichs, achetés en contrebande. Une nuit, Martha découvre Donald mort dans la salle de classe, assassiné par l'homme de main du Pape, le "parrain" du ghetto. Elle s'empare du crochet du meurtrier et le blesse grièvement avec. Chancelant, il la poursuit jusque dans les vestiaires où elle s'est cachée mais succombe avant d'avoir pu l'éliminer. Traumatisée par cette scène, Martha est interné dans un hôpital psychiatrique.
Dans cette instituion où les patients sont maltraités, Martha finit malgré tout par sortir d sa prostration et en visitant les locaux, découvre que des expériences génétiques sont menées en secret sur des enfants pour en faire des machines vivantes aux capacités parapsychologiques. Martha noue un bref contact télépathique avec l'une de ces créatures qui lui rappelle physiquement une poupée avec laquelle elle jouait, enfant.
Une page d'un périodique, Thisweek, nous informe alors qu'un canon-satellite américain a causé de sérieux dégâts sur des champs de pétrôle dans le désert d'Arabie Saoudite, entraînant la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays. Ce scandale entâche la Présidence de Rexall, dont la politique économique est au plus bas dans les sondages. Le gouvernement U.S. doit aussi gérer des tensions graves avec les Indiens natifs d'Amérique dans le sud-ouest, et des coupes drastiques dans le budget national le forcent à fermer des prisons et des asiles.
Parmi ces derniers se trouve celui où était Martha, désormais jetée à la rue et livrée à elle-même. Des équipes médicales sont envoyées sur le terrain pour contenir ces sans-abri mentalement déficients mais lorsque l'un de leurs membres brutalise Martha, elle le tue et prend la fuite après lui avoir dérobé son portefeuille. Grâce à ses compétences en informatique, elle pirate un distributeur automatique de monnaie et vide ensuite son compte.
En Mai 2009, Rexall est quasiment tué lors d'un attentat à la Maison-Blanche, attentat revendiqué par des terroristes arabes. Placé dans un coma artificiel, Rexall est remplacé à la tête de l'Etat, non pas par son vice-président (tué dans l'explosion), mais par le ministre de l'agriculture, un démocrate inconnu des médias, Howard Nissen.
Contre toute attente pourtant, Nissen prouve qu'on peut compter sur lui pour rétablir (partiellement) la situation : il met fin à plusieurs années de guerre en envoyant les troupes de la PAX (nouvelle force de paire armée américaine fondée par Rexall) en Amérique du Sud pour neutraliser les responsables de la déforestation massive (dirigés par le lobby agro-alimentaire). Martha fait partie de ce corps militaire où elle s'est engagée après son séjour en asile et elle fait l'expérience des horreurs du combat, en particulier lorsqu'elle assiste à des attaques par des armes chimiques - conséquence de l'usage de ces gaz : elle voit ses cheveux devenir blonds.
Elle découvre aussi un complot mené par l'officier qui commande son régiment, le Lieutenant Moretti, visant à détruire de larges parcelles de la forêt pour supprimer l'ennemi. Se sachant démasqué, il l'abat et la laisse pour morte, mais Martha survit, attaque l'unité de Moretti et blesse gravement ce dernier. Tous deux hospitalisés, Moretti et Martha débutent un long affrontement...

- Tome 2: "Déserts" (Travel & Entertainment). Martha est devenue un héros de guerre, agissant avec bravoure au sein de la PAX dans des combats décisifs. Mais ses actions profitent aussi à Moretti, son supérieur hiérarchique, qui n'hésite pas à s'accaparer tous les mérites.
La guerre s'achève sur la victoire de la PAX. Une cérémonie est organisé durant laquelle Martha est décorée (et Moretti promu au grade de colonel) : elle parle alors au President Nissen de la situation indigne de Cabrini Green et obtient qu'il désenclave le quartier en y envoyant la PAX pour aider les habitants. C'est ainsi que la jeune femme retrouve sa mère.
En 2011, Martha est chargée d'une mission périlleuse : stopper le groupe terroriste des Aryens, une organisation souverainiste d'homosexuels qui veut détruire la Maison-Blanche grâce à un puissant laser en orbite au-dessus de la Terre. Martha tue tous les hommes dans le poste de contrôle de la station spatiale avec son sabre (plutôt qu'avec une arme à feu dont les balles pourraient perforer les cloisons), mais ne peut empêcher le chef des Aryens de déclencher la mise à feu pré-programmée du canon laser. Martha doit essuyer les tirs ennemis qui endommage l'étanchéité de la station et annonce sa destruction imminente.
Elle court jusqu'à l'odinateur central où elle retrouve le cobaye télépathe qu'elle avait découuvert lors de son internement psychiatrique et qui commande tout l'équipement du bâtiment. Martha la persuade d'annuler la mise à feu du cannon laser et quitte avec la créature la station à bord de la navette avec laquelle elle était venue.
Le souffle de l'explosion de la station endommage le vaisseau de Martha qui se crashe dans la plaine désertique du sud-ouest des Etats-Unis, au coeur du territoire Apache, hostile au gouvernement - quelques années auparavant, ces indiens avaient pris le contrôle d'une immense raffinerie pétrolière implantée dans cette région et Nissen leur avait diplomatiquement cédé la propriété de zonel. Mais l'endroit est devenu un mouroir, la population y vit dans des conditions misérables, l'air y est irrespirable.
Martha et "la Poupée" (comme elle a baptisée la créature avec laquelle elle est prisonnière) gagnent la confiance de Wasserstein, un des Apaches, qui leur raconte le déclin de son peuple, depuis toujours sous le joug des colons américains.
Cependant, le Colonel Moretti s'active en coulisses pour mieux manipuler le President. Nissen est devenu un alcoolique, culpabilisant sur le sort des Apaches, souffrant de sa séparation avec sa femme, et subissant passivement l'influence néfaste de Moretti. Dans un accès de rage, il tue même son Vice Président et signe un document officiel sans l'avoir lu, document rédigé par Moretti et qui autorise l'emploi d'un canon laser spatial pour raser le territoire Apache de la carte ! Ainsi il pourra également se débarrasser de Martha comme il le désire depuis la guerre en Amérique du Sud.


- Tome 3: "Forêts" (Health and Welfare). Martha tente de s'évader de la réserve Apache car elle a appris grâce aux dons télépathiques de "la Poupée" les plans de Moretti pour détruire la région. Elle vole une jeep et roule en direction du désert lorsque Wasserstein la rattrape et la maîtrise. Mais au même moment, le canon laser est activé depuis l'espace et dévaste la raffinerie et le territoire indien. Le souffle de l'explosion fait perdre connaissance à Martha.
Moretti annonce à la mère de Martha la mort de sa fille en mission.
A son réveil, elle est aveugle et aux mains du leader de la Haute Autorité Médicale, un chirurgien fou, séparatiste dont le secteur se situe dans le nord-ouest des Etats-Unis. C'est aussi un fanatique religieux, opposé à la pornographie, la musique rock, la contraception, qui veut laver le cerveau de Martha pour en faire le parfait soldat, aussi soumis qu'efficace. Il lui fait recouvrer la vue et la rebaptise Margaret Snowden.
Pendant ce temps, le Général Lucius Spank est abattu discrètement par Moretti, qui maquille son crime en suicide en laissant un document officiel et l'arme avec laquelle il l'a tué dans les mains de sa victime - ce document est le même qu'il a fait signer par le Président après qu'il ait supprimé le Vice-Président. Cette lettre fait rapidement la "Une" des journaux télé et sâlit la réputation de l'administration Nissen.
Pour étouffer ce scandale, Nissen, qui a convoqué ses plus proches collaborateurs à la Maison-Blanche, leur déclare que leur seule solution pour s'en tirer est de déclencher une autre guerre. Mais il est alors successivement poignardé par son entourage, à commencer par Moretti. Celui-ci quitte ensuite le bureau, dont il ferme la porte à clé afin d'empêcher les conspirateurs d'en sortir, puis rejoint une limousine qui l'attend devant la Maison-Blanche. C'est alors qu'une terrible explosion ravage le bâtiment, tuant tous ses occupants. Moretti s'en sort avec de légères blessures puis, lors d'une allocution, se déclare chef de la nation par intérim et impose la loi martiale dans tout le pays.
Désormais, seul aux commandes, Moretti ordonne la destruction de la zone occupée par la Haute Autorité Médicale. Mais le Chirugien a préparé sa riposte en armant plusieurs centaines de missiles nucléaires et surtout en ayant en sa possession le cerveau artificiellement maintenu en vie du Président Rexall, qu'il est prêt à greffer dans un nouveau corps.
Wasserstein, unique rescapé de la nation Apache, se prépare, lui, à inflitrer la Forteresse de la Santé, dans laquelle se trouve Martha. Accompagné par "la Poupée", l'indien sait qu'il aura besoin de ses facultés télépathiques pour sauver la jeune femme. Mais devenue “Margaret”, celle-ci reçoit l'ordre de localise l'intrus et de le neutraliser : lorsqu'elle rencontre Wasserstein dans le poste de contrôle du bâtiment, elle lui tire dessus sans hésiter et le remet avec "la Poupée aux mains des autorités de la Forteresse.
Néanmoins, "la Poupée" a eu le temps de "télécharger" les souvenirs que Martha a perdus lors de son lavage de cerveau.
La jeune femme, troublée, va faire quelques pas dans le parc de la Forteresse alors que le Chirurgien ordonne le lancement de ses missiles.

-Tome 4: "Frontières" (Death and Taxes). Moretti prend le commandement de toute les forces armés américaines et dirige les manoeuvres depuis un avion. Le pays se déchire alors dans un chaos général, plusieurs Etats proclament leur indépendance, et la guerre civile ravage l'Amérique du Nord. Les tentatives de négociations de Moretti avec ces factions échouent rapidement et il doit surtout parer à l'attaque déclenchée par le chirurgien.
Martha fat justement son rapport au chirurgien qui la met au courant de la situation : si la forteresse est attaquée, elle aura pour mission dévacuer et de protéger le cerveau de Rexall, placé dans un petit container mobile. Contre toute attente, Martha tire alors sur le chirurgien : redevenue elle-même, elle découvre qu'il n'est en fait qu'un androïde. Au même moment, Wasserstein, encore en ville, réussit à s'évader avec "la Poupée" et rejoint Martha dans la salle de commandement. "La Poupée" désamorce les missiles lancés et provoque leur destruction, épargnant la station orbitale qui était visée et ses occupants.
Moretti envoie l'aviation militaire bombarder la forteresse de la santé. Martha entraîne Wasserstein, "la Poupée", le cerveau de Rexall et l'épouse de ce dernier à bord d'un avion pour quitter l'endroit au plus vite. Le chirurgien s'accroche à une aîle de l'appareil eet s'envole avec eux.
Moretti est informé par ses troupes que la forteresse a été détruite mais qu'elles ont perdu la trace de Martha et Rexall. L'avion de Martha est pris en chasse par celui de Moretti, dont le pilote lance ses missiles mais les projectiles heurtent le chirurgien et explosent.
Le groupe de fugitifs avec Martha à sa tête se dirige ensuite vers le sud et la forêt brésilienne, où elle fit la guerre et qui a été reboisée et protégée sur ordre de l'administration Nissen. Moretti s'yn rend avec une unité de la PAX, dont certains membres ont des comptes à régler avec Martha.
Ce commando traque les fugitifs dans la forêt sous une pluie diluvienne. Martha et Wasserstein parviennent à tuer plusieurs de leurs adversaires mais Moretti trouve le cerveau de Rexall et sa femme, qu'il assassine.
Martha bondit alors sur Moretti avec lequel elle s'engage dans un combat au corps-à-corps disputé, mais au terme duquel elle prend le dessus et l'arrête.
En 2012, Rexall, dont le cerveau est désormais préservé dans un corps robotisé, est réélu triomphalement à la présidence du pays apaisé. Moretti, lui, attend en prison son exécution après avoir été condamné pour meurtre et trahison. Martha lui rend visite et accepte de le laisser se pendre avec sa ceinture dans sa cellule.

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Comme beaucoup de comics importants des années 80, l'histoire est une dystopie, se situant dans un futur proche, et montrant le déclin total d'une grande nation, ici les Etats-Unis. En cela, on peut rapprocher Liberty des chefs d'oeuvres d'Alan Moore comme Watchmen et V pour Vendetta. Il est à la fois étonnant que Miller ait partagé les mêmes préoccupations que son confrère anglais au sujet de l'avenir politique de leurs pays respectifs, et en même temps, on peut voir dans cette convergence de points de vue l'illlustration parfaite de l'adage qui veut que "les grands esprits se rencontrent".
Quoiqu'il en soit, Miller et Moore restent incontestablement les deux auteurs de comics à avoir utilisé la bande dessinée pour décrire avec une telle puissance évocatrice ces lendemains qui déchantent, même si leurs oeuvres sont différentes. L'américain rend compte de sa pensée avec un style direct, sans concession, à l'image de ses positions politiques conservatrices. L'anglais écrit avec plus de cynisme des récits plus troubles.
Les thèmes explorés par Miller et l'intensité qu'il a su donner à son propos font de Liberty une oeuvre à part, à mon avis beaucoup plus intéressante que lorsqu'il a utilisé le filtre des icônes des comics mainstream, comme Batman (dans The Dark Knight Returns). En s'éloignant des codes propres aux super-héros, en s'en démarquant totalement, c'est comme si sa parole s'était libérée, sa verve déchaînée, et son efficacité optimisée.
En premier lieu, le choix de son héroïne donne à ce projet l'allure d'une fable : Martha Washington, la jeune fille américaine née dans le ghetto de Cabrini Green, est une figure digne de Dickens. On la suivra depuis sa naissance pour mieux observer comment, au cours de nombreuses péripéties éprouvantes, elle va devenir une jeune femme dont l'apprentissage de la vie adulte se fera toujours dans la douleur, l'adversité.
Liberty, c'est d'abord un superbe portrait de femme, peut-être le plus beau qu'ait imaginé Miller, et sans doute un des plus mémorables des comics : enfant des rues, elle accèdera au rang d'héroïne de guerre et jouera même un rôle décisif dans le destin des Etats-Unis.
A la lumière de la récente élection présidentielle américaine qui a vu un afro-américain arriver pour la première fois à la plus haute fonction de la plus grande puissance du monde, on ne peut qu'être troublé par la trajectoire ascensionnelle et précursive de Martha Washington (dont le nom de famille évoque immanquablement celui d'un des présidents des Etats-Unis, ce qui est évidemment tout sauf une coïncidence de la part d'un auteur comme Miller, si friand de symboles).
Mais plus généralement, le parcours de cette héroïne, à la détermination farouche et à l'intelligence aiguisée, ressemble à un concentré de l'âme noire du peuple américain : Liberty est une fresque de la négritude, une ode à la noblesse des noirs, un chant dédié à tous ceux qui ont défendu la cause.
On songe aux Black Panthers - c'est d'ailleurs l'animal auquel Wasserstein assimile Martha quand il la capture (lui étant réincarné en un aigle majestueux, certainement parce que cet oiseau était sacré pour les indiens mais aussi parce qu'il symbolise les Etats-Unis), et c'est sous cet aspect qu'elle sera encore représentée lorsqu'elle affrontera pour la dernière fois Moretti dans la jungle brésilienne... Où, lors de la guerre, elle fit connaissance avec le même félin.
Toute cette saga est traversée par une imagerie volontairement simpliste mais qui en résume parfaitement des éléments-clés. Ainsi, aux conditions de vie misérables des habitants de Cabrini Green "répondent" celles, tout aussi indignes, des Apaches : les milieux dont sont issus Martha et Wassertein en font naturellement plus des alliés que des ennemis. Il semble même qu'entre la négresse blonde et le ténébreux indien existe un sentiment amoureux : l'attirance de Martha est trahie par "la Poupée" qui parle dans son sommeil et répéte ce que pense secrètement la jeune femme de son geôlier, tandis que la volonté infaillible de Wassertein à toujours sauver Martha par la suite indique clairement qu'il est épris d'elle.
Le traitement honteux réservé aux minorités est aussi révèlé lorsque Martha est internée en hôpital psychiatrique : tous les patients y sont négligés, rudoyés, et finalement le gouvernement ordonne leur élimination, faute de moyens pour les prendre en charge.
La manière dont Miller dépeint cette institution et de façon plus globale dont l'administration politique se désintéresse, puis veut se débarrasser, ou opprime les plus faibles, est saisissante et poignante. Certes, le procédé n'est pas très subtile pour susciter notre sympathie envers ces laissés-pour-compte - noirs, indiens, malades mentaux -, mais il fonctionne et correspond à la tonalité ouvertement mélodramatique du récit.
C'est le tableau d'une Amérique malade que Miller brosse dans son style typique mêlant action et satire politique : son regard sur les Etats-Unis et ses corporations est implacable, impitoyable. Ce pays répéte continuellement les mêmes tragiques erreurs, abrite éternellement les mêmes extrémismes : "l'Amérique est un mensonge", disait Orson Welles, et semble répéter Miller. Ce n'est pas, ce n'est plus le Nouveau-Monde, la terre de tolérance : c'est au contraire un contrée pourrie, gangrénée, au bord de l'implosion, dont le communautarisme divise profondèment et violemment les habitants.
Ici, nous en voyons des franges parvenues à un séparatisme sans retour : factions d'homosexuels nazies, de lesbiennes féministes agressives, de fanatiques religieux obsédés par la pureté au point de constituer un Etat sécessionniste de la Santé, lobbyistes de l'agro-alimentaire et de la malbouffe dévastant la forêt sud-américaine...
Lorsque l'histoire s'est emballée dans une folie aussi furieuse qu'absurde, un double-page nous montre même la carte de l'Amérique du Nord avec ses nouvelles fédérations, coupées les unes des autres, et abritant des régimes grotesques et terrifiants : le Pays de Dieu, le Pays des Merveilles, l'Amérique Authentique, le territoire mexicain, la République de l'Etoile Solitaire, la Confédération du Premier Sexe, la Dictature Capitaliste de la Côte Est, la Fédération des Etats de Nouvelle-Angleterre, la Floride annexée à Cuba... Et trônant, pathétique et minuscule au sommet de tout ça, ce qui reste des Etats-Unis d'Amérique originaux !
Cette cartographie provoque l'hilarité, mais on rit jaune car Miller vise juste et ce qu'il a imaginé sonne étrangement vrai.
Cette dislocation physique et morale du pays découle directement de son militarisme galopant, incarné par le jubilatoire salaud de l'histoire, l'infâme Moretti, double malfaisant de Martha. Il est l'archétype du blanc parvenu, arriviste, arrogant, sans scrupules ni limites : l'incarnation de l'impérialisme américain, méprisant ceux que les colons ont massacrés, asservis, rejetés, sacrifiés.
Il y a quelque chose de jouissif chez ce personnage de parfait repoussoir, de méchant qu'on aime détester : d'emblée, il nous est antipathique. Mais c'est un adversaire à la mesure de la bravoure et du mérite de Martha : il est méthodique, patient, habile, manipulateur, menteur. Il n'hésitera pas à tuer pour accomplir ses plans, Miller confirmant malicieusement ainsi qu' "on n'est jamais mieux servi que par soi-même".
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Il faut enfin parler du graphisme de la série : après Watchmen, Dave Gibbons aura pu ajouter à son c.v. l'autre auteur majeur des années 80 en collaborant, après Moore, avec Miller.
Les différences d'écriture entre les deux scénaristes sont sensibles dans l'illustration : après la mise en images sophistiquée en oeuvre sur Les Gardiens, suggèrant des effets mobiles comme le travelling-arrière, la symétrie, la "caméra subjective", le dessinateur donne à voir un tout autre aspect de son grand talent.
On retrouve ici traduit le goût de Miller pour les larges cases horizontales, rappelant les dimensions de l'image cinématographique, que viennent ponctuer d'autres vignettes verticales, souvent pour planter le décor des scènes.
De magnifiques "splash-pages" émaillent le récit, soulignant des moments d'émotion intense : Gibbons y excelle pour restituer les sentiments qui étreignent les personnages ou pour figer comme des instantanés l'action à l'état pur. Difficile d'être insensible lorsque Martha éclate en sanglots après avoir découvert les horreurs du champ de bataille puis essuie ses larmes avec une expression révoltée. Et carrèment impossible de ne pas être sidérer par des planches comme celles où l'aigle Wassertein fond sur la panthère noire Martha ou que la même panthère noire bondit sur Moretti représenté comme un chasseur de safari.
Cependant, malgré leurs distinctions esthétiques, Liberty et Watchmen partage quand même un point commun visuel avec l'insertion de pages figurant des extraits issus de faux magazines, comme ici les articles de "This Week" relatant les soubresauts politiques des Etats-Unis, ou la carte redessinée de l'Amérique (que j'ai évoquée plus haut).
Ces passages constituent des entrées alternatives au récit principal tout en l'enrichissant, en lui donnant du relief, de l'ampleur (comme c'était le cas avec l'autobiographie d'Hollis Mason, les notes sur Joe Orlando ou l'interview d'Adrian Veidt, par exemple, dans Watchmen).
Miller s'est-il inspiré des idées de Moore ? Je l'ignore, et à vrai dire, qu'importe : les bonnes idées méritent toujours d'être reprises si elles le sont avec intelligence - et c'est le cas ici. Gibbons nous permet pour l'occasion d'apprécier son savoir-faire de peintre, sans pour autant miser sur des effets "photo-réalistes".
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Miller a créé une icône avec Martha Washington, un de ces personnages qu'on n'oublie plus après les avoir rencontrés. Une mini-série ne lui a pas suffi pour la raconter comme il le souhaitait et Give Me Liberty a connu plusieurs suites sous différentes formes. Dave Gibbons, fidèle à son héroïne, a tenu à la dessiner dans ces "sequels", toutes publiées par Dark Horse.
On compte ainsi une deuxième production en 5 volets intitulée Martha Washington Goes to War, en 1994 : le gouvernement de Rexall y est corrompu par le Chirurgien à la tête d'une tentative de putsch, que fera échouer Martha.
Un "one-shot", Happy Birthday Martha Washington, en 1995, contient une histoire en noir et blanc, Collateral Damage, basée sur le journal de guerre de Martha ; et State of the Art, conçu pour le San Diego Comic-Con de 1993.
Une autre mini-série en trois épisodes, Martha Washington Saves the World, sera éditée en 1997.
Dix ans plus tard, Miller et Gibbons réalisent un ultime chapitre de 22 pages, sobrement intitulé Martha Washington Dies.
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(Re)découvrez donc cette oeuvre aussi méconnue qu'épique : vous terminerez cette lecture avec le sentiment d'avoir réellement fait la connaissance d'une femme d'exception - Martha Washington, l'autre visage du rêve américain. Ne passez pas à côté !