mardi 25 juillet 2023

THUNDERBOLTS : SHADOWLAND, de Jeff Parker, Declan Shalvey et Kev Walker

 

Comme l'indique le titre de ce recueil, la série Thunderbolts est impliqué dans l'event Shadowland de 2011. Du moins pour les deux premiers épisodes (# 148-149), écrits par Jeff Parker et dessinés par Declan Shalvey (qui va devenir le second artiste régulier du titre). Ensuite, Kev Walker revient pour le 150ème numéro anniversaire, avec les Avengers en guest-stars. Puis le n°151 raconte les origines du mystérieux Fantôme. Un programme copieux et varié.



Daredevil, de retour du Japon, est devenu le chef de la Main et il veut restaurer l'ordre dans le quartier de Hell's Kitchen, avant de s'attaquer au reste de New York, avec l'aide des ninjas de cette organisation. Plusieurs héros s'unissent pour lui faire entendre raison, mais Luke Cage confie aux Thunderbolts une mission spéciale : retrouver un jeune flic enlevé par la Main.
 

Assaillis par des ninjas, les Thunderbolts sont diminués quand Fixer est blessé et que Songbird l'évacue, confiant la direction des opérations à Moonstone. Le Fantôme, le Fléau et Crossbones livrent un combat où ils ont l'autorisation de tuer l'ennemi. Mais la mission s'achève par un drame tandis que le Fantôme découvre le secret de Crossbones : il a hérité de pouvoirs après avoir été exposé aux cristaux terrigènes lors de leur virée en Nouvelle-Guinéé.


Steve Rogers, Iron Man et Thor se rendent au Raft pour une tournée d'inspection. Luke Cage, excédé par la désobéissance des T-Bolts, songe à démissionner, mais doit d'abord montrer ses agents en action. Le Fantôme en profite pour pirater la téléportation de Man-Thing et avec Crossbones et le Fléau, ils sont séparés de Cage, Rogers, Thor et Iron Man. Perdus dans une dimension parallèle, ils finissent par se rendre après avoir affronté les quatre Avengers sauf Crossbones qui révèle au grand jour ses nouveaux pouvoirs. Finalement, de retour au Raft, Luke accepte de rempiler à la tête de l'équipe maintenant que Crossbones n'en fait plus partie.


En attendant que Luke choisisse un remplaçant à Crossbones et réfléchisse à une nouvelle façon d'opérer, les Thunderbolts sont consignés au Raft. Moonstone en profite pour questionner le Fantôme sur ses origines. Il se confie sur son passé de programmateur dans la société Omnisapient et son amour pour sa collègue Shana, vite éliminée par ses patrons qu'elle menaçaient de révéler leurs magouilles. Il se venge en expérimentant sur lui-même ses inventions puis en s'en prenant à d'autres patrons peu scrupuleux. Moonstone est réintégrée dans l'équipe où Luke a décidé de faire entrer Hyperion.

Quatre épisodes, c'est peu, mais notons quand même que ce recueil compte le 150ème numéro de la série depuis sa création. Pour l'occasion, on a droit à un chapitre avec une pagination augmentée, les Avengers (du moins sa trinité) en guest-stars, la réédition du premier épisode (par Kurt Busiek et Mark Bagley) et les Ghost's files (une série de planches revenant sur le passé des Thunderbolts).

Avant cela, ce tome s'ouvre sur une paire d'épisodes en lien avec l'event Shadowland. A cette époque (2011), Andy Diggle a succédé à Ed Brubaker comme scénariste de Daredevil et il lance une saga qui trouve ses racines dans la fin du précédent run. Daredevil s'est sacrifié pour prendre la tête de la Main, évinçant le Caïd et Lady Bullseye, il part donc au Japon avec le projet secret de réformer cette organisation criminelle de l'intérieur, mais la situation lui échappe et, envoûté, il bascule du côté obscur.

De retour à New York, il décide de nettoyer Hell's Kitchen avec ses ninjas avant d'étendre son action à tout New York. Lorsqu'il tue Bullseye, ses amis héros comprennent qu'il a franchi la ligne rouge et s'unissent pour le stopper. Bien entendu, Marvel va multiplier les tien-in de qualité très variable sur une histoire déjà peu convaincante sur sa trame centrale. Disons-le simplement : Shadowland est un des pires récits impliquant Daredevil, l'ultime étape dans la déchéance de l'Homme sans Peur, et il faudra le changement de direction radicale imprimé par Mark Waid pour que DD retrouve sa superbe.

Jeff Parker n'a cependant pas le choix : il doit composer avec Shadowland pour deux épisodes de Thunderbolts. Premier défi : il doit se passer de Luke Cage, accaparé par la saga centrale, même si c'est lui qui donne leur mission aux T-Bolts. Le scénariste invente une intrigue-prétexte (un jeune flic noir, fils d'un ami de Cage, capturé par la Main) pour entraîner ses anti-héros dans les égouts de Hell's Kitchen et y affronter une horde ninjas déchaînés. Evidemment, ça tourne mal très vite : Songbird évacue Fixer blessé et laisse donc seuls Moonstone, le Fléau, le Fantôme et Crossbones, qui va commettre un carnage.

Le vrai intérêt de ces deux numéros repose surtout dans le fait que la série accueille Declan Shalvey au dessin. Il va devenir le partenaire de Kev Walker sur le run de Parker. Même si j'apprécie toujours ce qu'il fait, car c'est un auteur complet, j'avoue que je préférai Shalvey à cette époque. Son trait était plus simple, plus épuré, plus dynamique. Son encrage, surtout, était merveilleux, avec un usage magnifique de trames, des effets d'ombres très expressionnistes. Et puis vraiment les T-Bolts lui allaient bien, tous les épisodes qu'il dessinera ont une sacrée classe, se complétant bien avec l'aspect plus brut de décoffrage de Walker.

La parenthèse Shadowland fermée, Parker a l'honneur (ou la charge, c'est selon) d'écrire le 150ème épisode du titre. Comme il n'est pas impressionnable, il préfère ne pas s'y arrêter spécialement pour une commémoration mais plutôt pour s'amuser. Il a le droit de convoquer la trinité des Vengeurs, Steve Rogers (alors dans son rôle de Super-Soldier, chef des Secret Avengers et de la sécurité nationale des USA), Iron Man (en pleine période Stark Resilient, suite au run de Matt Fraction où il a absolument tout perdu durant le Dark Reign) et Thor (qui vient d'assister à la chute d'Asgard et a contribué à la réconciliation entre Rogers et Stark dans Avengers Prime, de Brian Michael Bendis et Alan Davis). 

Mais ils ne viennent pas au Raft pour le plaisir de visiter leur ami Luke Cage : c'est une inspection pour vérifier que la réforme entamée sous la direction de Cage fonctionne. Parker orchestre dans un premier temps les retrouvailles de Iron Man et du Fantôme, puis de Steve Rogers et Crossbones, et la rencontre entre Thor et Gunna la troll (avec à la clé une scène hilarante). Puis Cage emmène tout ce beau monde (sauf Gunna mais avec Man-Thing) pour une mission-test. C'est là que le Fantôme décide de faire des siennes en organisant une évasion à laquelle il convie le Fléau et Crossbones. Mais la situation lui échappe et tous se retrouvent dans une dimension parallèle.

Cage et ses collègues découvrent le secret de Crossbones, qui, exposé aux cristaux terrigènes lors du voyage en Nouvelle-Guinée (dans le tome précédent), a développé d'effrayants pouvoirs. On a droit à une spectaculaire baston entre Thor, Cage et le Fléau, une explication troublante entre Iron Man et le Fantôme (qui apprend la situation financière de Stark et renonce à le tracasser), et surtout un face-à-face musclé entre Rogers et Crossbones. Parker va l'écarter du groupe définitivement, à raison (c'était le membre le plus discutable de la série), puis réintégrer Moonstone avant de recruter Hypérion.

Le dernier épisode de l'album est comme le n°150 dessiné par Kev Walker. On peut apprécier l'abattage de l'artiste qui enchaîne les épisodes avec une énergie assez folle, même si, comme à son habitude, il se débarrasse régulièrement des décors pour se concentrer sur les personnages en pleine action. N'empêche, c'est un régal car il excelle à animer ces crapules avec des gueules cassés et des psychologies tordues, comme donc, ici, Moonstone, la manipulatrice, et le Fantôme, le plus mystérieux des T-Bolts.

Parker retrace ses origines pathétiques avec efficacité et en fait un vilain avec des principes bien spéciaux, s'en prenant à des puissants industriels que leur pouvoir autorise au pire (malversations financières, crimes crapuleux). On sent que le scénariste adore le personnage, au moins autant que Man-Thing, et lui donne une place à part dans la série et l'équipe, de telle sorte que le lecteur partage cette fascination.

Curieusement, les deux premiers recueils des Thunderbolts par Jeff Parker ne sont pas numérotés. Cela débutera avec le prochain tome, Violent Rejection, tout aussi fou furieux et qui, surtout, marquera le début d'un véritable feuilleton.

lundi 24 juillet 2023

THUNDERBOLTS : CAGE, de Jeff Parker et Kev Walker

Le mois dernier, à l'occasion de la commercialisation de Collection Marvel Gold - Carrefour : Thunderbolts , j'évoquais le projet de consacrer quelques entrées retraçant le run de Jeff Parker sur la série Thunderbolts, une collection d'épisodes que j'adore par un auteur que je trouve sous-estimé. Je vais donc m'y atteler, en plusieurs étapes, en espérant que cela vous convaincra de (re)lire tout ça.



Thunderbolts : Cage rassemble les épisodes 144 à 147 de la série. S'il ne s'agit pas des premiers épisodes écrits par Jeff Parker, qui avait commencé à travailler sur la série durant l'event Siege avec des numéros tie-in, son run démarre vraiment à partir de ce tome jusqu'au #174, après quoi il continuera d'animer ces personnages sous le titre Dark Avengers (pour une quinzaine de chapitres). Il est accompagné au dessin par Kev Walker qui deviendra son partenaire le plus prolifique.


Après l'attaque contre Asgard menée par Iron Patriot (Norman Osborn) et ses Dark Avengers, Steve Rogers, en charge de la sécurité nationale, veut réformer le programme Thunderbolts. Il convainc Luke Cage d'être son homme sur le terrain en estimant que son passé de détenu servira d'exemple. Avec Songbird, Mach V et Fixer, il recrute le Fléau, Moonstone, Crossbones et le Fantôme et teste tout de suite leur loyauté...


Luke partage donc son temps entre les New Avengers, qui se sont établis dans l'ancien manoir des Avengers, et les Thunderbolts, dont les membres résident dans la super-prison du raft. Le gardien n'est autre que John Walker, l'ex-USAgent, lourdement handicapé. Mach V s'occupe de la sécurité, Fixer de la maintenance et Songbird des entraînements. La première mission des T-Bolts tombe : ils doivent récupérer trois trolls qui se sont enfuis lors de l'attaque contre Asgard à Broxton.


De retour au Raft avec les trolls, Luke Cage découvre que l'un d'eux est une jeune fille que Valkyrie identifie comme Gunna, une asgardienne enlevée et élevée par ces créatures. Jusqu'à nouvel ordre, elle restera là. Cage emmène ensuite les T-Bolts en Nouvelle-Guinée à la recherche d'agents du SHIELD dont on est sans nouvelles alors qu'ils cherchaient des cristaux terrigènes comme ceux qui donnent leurs pouvoirs aux Inhumains.


Sur place, l'équipe découvre que les agents ont été transformés en monstres par les cristaux. Ils sont tués pour abréger leurs souffrances. Revenus au Raft, une panne d'électricité provoque une émeute alors que les élèves de l'Académie des Avengers sont en visite sur place. Tous ensemble, les héros rétablissent l'ordre. Mais Man-Thing a disparu de sa cellule...

Nous sommes en 2010 quand Jeff Parker devient le nouveau scénariste régulier de Thunderbolts. Il a pris la relève de Andy Diggle durant l'event Siege (écrit par Brian Michael Bendis), qui clôturait la période Dark Reign durant laquelle Norman Osborn était en charge de la sécurité intérieure aux Etats-Unis. Il avait en effet gagné la confiance du Président au cours de Secret Invasion par son comportement héroïque mais ensuite il a travesti les Thunderbolts en Dark Avengers pour traquer les New Avengers de Luke Cage (dans la clandestinité depuis Civil War).

Osborn devient incontrôlable et lance ensuite un assaut sur Asgard, qui flotte au-dessus d'une plaine dans l'Oklahoma, près de la bourgade de Broxton. Mais la situation lui échappe à cause de Sentry qui tue sauvagement Arès avant d'être lui-même éliminé par Thor. Osborn est arrêté et le Président des Etats-Unis le remplace par Steve Rogers. C'est l'acte de naissance d'un nouveau statu quo : l'Heroic Age.

A cette époque, Marvel fait alors feu de tout bois et multiplie les titres Avengers (tandis qu'au cinéma on se prépare à l'adaptation de la première réunion de ces personnages, sous la direction de Joss Whedon) : Avengers et New Avengers (par Bendis), Secret Avengers (par Ed Brubaker), Avengers Academy (par Christos N. Gage), Young Avengers (le second volume par Allan Heinberg). Que faire de Thunderbolts dans ce nouvel âge des héros après un court mais explosif run par Warren Ellis et sa suite par Andy Diggle ?

Jeff Parker a une idée farfelue : poursuivre le postulat de Dark Avengers mais avec Luke Cage à la tête de l'équipe. C'est comme si on demandait à Jean Valjean de réinsérer d'authentiques criminels. Le scénariste impose de choix curieux, voire choquants, comme lorsqu'il recrute Crossbones, un assassin raciste, néo-nazi, ennemi de Captain America. Mais il va exploiter cette idée avec intelligence, sans complaisance.

Luke Cage accepte le job à contrecoeur : il est le chef officieux des New Avengers, marié et père de famille et la perspective de s'occuper de crapules pour des missions dangereuses ne le ravit pas. Jeff Parker souligne bien à quel point cela lui déplaît mais aussi qu'il rend un service à Steve Rogers, une autorité morale, auprès de qui il a travaillé depuis le début de New Avengers. Surtout, Cage va s'avérer un leader, un vrai, qui ne se cache pas derrière ce titre (comme dans New Avengers), intraitable. Il sait ce qu'est la prison, il en fait en ayant été condamné injustement et s'est battu pour être réhabilité et croit pouvoir remettre dans le droit chemin quelques-uns des T-Bolts, les "réparer".

L'équipe elle-même est composée en deux parties : d'un côté, il y a des membres historiques, qui se sont rachetés (Songbird, Mach V, Fixer), et de l'autre, de nouvelles recrues (le Fléau, Crossbones, le Fantôme, et Moonstone). Ces dernières sont des éléments imprévisibles et le lecteur se demande en permanence s'ils vont trahir Cage et ses adjoints (et si oui, quand et comment). 

Surtout, Parker y ajoute un dernier membre, en marge, avec Man-Thing. Celui-ci a été brutalement capturé par les Dark Avengers et enfermé dans une sorte de terrarium géant du raft : étant donné qu'il brûle ceux chez qui il ressent de la peur, personne n'ose l'approcher, sauf Hank Pym qui a réussi à sympathiser suffisamment avec lui et lui a trouvé une fonction peu ordinaire - celle de servir de moyen de transport pour les T-Bolts grâce à sa faculté à se téléporter à travers l'espace-temps. Jeff Parker va faire de Man-Thing la mascotte de l'équipe et l'exploiter de manière très originale, à la fois drôle et terrifiante.  

Le recueil Cage ne compte que quatre épisodes mais la narration est très animée. Parker ne perd pas de temps, les personnages sont tout de suite sous pression, envoyés en mission dans des endroits hostiles, contre des adversaires coriaces, placés dans des situations extrêmes. Le scénariste marie le délire au spectaculaire sans sacrifier la caractérisation et les ambiances, preuve qu'il a son affaire bien en mains et une vision claire de son projet.

Et il peut s'appuyer sur un dessinateur qui n'a pas froid aux yeux et s'adapte facilement à son écriture échevelée. En effet, ces quatre épisodes sont illustrés par Kev Walker, un artiste expérimenté qui peut se laisser aller avec ces anti-héros tenus en laisse mais imprévisibles. Le style de Walker convient parfaitement à ces aventures complètement barrés car il est doué pour animer ces gueules, ces forts tempéraments, et mettre en scène de l'action explosive.

L'influence de Mike Mignola est évidente : Walker zappe souvent les décors au profit de grands à-plats noirs profonds et les cadres de l'action le lui permettent : on chasse des trolls dans une forêt, on recherche des agents du SHIELD dans une grotte, le Raft est situé sur une île loin de tout, cette prison a des intérieurs lugubres à souhait - que la colorisation froide de Frank Martin sert idéalement. Peu importe alors que tout ne soit pas détaillé, l'essentiel étant le mouvement, les coups, les destructions. Et ce n'est que le début ! 

Prochaine étape : un détour par Shadowland, l'event centré autour de Daredevil, et le 150ème épisode de la série depuis sa création (par Kurt Busiek et Mark Bagley) !

dimanche 23 juillet 2023

La saison 2 de THE MARVELOUS MRS. MAISEL est aussi exceptionnelle que la première

 

Il m'aura donc fallu cinq ans pour revenir à The Marvelous Mrs. Maisel (aussi traduit La Fabuleuse Madame Maisel parfois). Et pourtant la première saison, en 2018, m'avait fait très forte impression, c'était même une des meilleures premières saisons que j'ai vues. Le show de Amy Sherman-Palladino avait donc la délicate mission de faire au moins aussi bien. Et elle dépasse nos attentes.


1959. Miriam "Midge" Maisel a repris sa place comme standardiste, à son grand dam. Mais elle obtient un congé exceptionnel quand elle doit suivre son père, Abe Weissman, à Paris où sa mère, Rose, malheureuse en couple, a déménagé. Au même moment, Susie Myerson, l'impresario de Midge, apprend que l'humoriste Sophie Lennon lui a envoyée des hommes de main pour se venger de Midge qui l'a humiliée sur scène. A Paris, tandis que Abe tente de raisonner Rose, Midge appelle Joel pour tenter de se réconcilier avec lui mais il impose une condition - qu'elle arrête la scène, ce qu'elle refuse.


Midge doit rentrer à New York et laisse son père et sa mère en France. Elle reprend le chemin de la scène et comprend que ses collègues masculins la jugent de haut. Joel s'aperçoit que les comptes de la société de son père ont besoin d'être repris en main et il décide de s'en occuper. Il loue aussi un appartement pour Midge mais elle n'en veut pas, convaincue qu'il essaie encore de la contrôler. Abe réussit enfin à persuader Rose de rentrer en Amérique.


Midge obtient une "promotion" en s'occupant du vestiaire du magasin. Ainsi elle découvre qu'une de ses collègues prépare son mariage et elle propose de l'aider dans les préparatifs. Le jour de la réception, elle se lance dans une improvisation qui créé un gros malaise dans l'assistance. Abe inscrit Rose dans un cours de dessin à Columbia mais elle décourage les élèves en leur faisant remarquer qu'aucune femme n'enseigne ni ne vit de son art. Susie, elle, découvre que des enregistrements pirates de Midge circulent.


Midge et ses parents partent pour deux mois en vacances dans les Catskills, au grand dam de Susie qui est furieuse que sa protégée interrompe ses représentations pour de telles futilités. Les Maisel arrivent ensuite puis Joel, mais celui-ci n'ayant pas réservé se fait héberger par ses beaux-parents. Susie infiltre le personnel en se faisant passer pour une plombière tout en cherchant un engagement pour Midge dans les environs. Midge accepte, à contrecoeur, de passer un après-midi avec Benjamin Ettenberg, un médecin célibataire et très prisé mais qui se révèle être une vrai mufle.


Midge doit rentrer en urgence à New York pour le boulot et Benjamin accepte de la véhiculer. Pour le remercier, elle l'invite à passer une soirée avec elle et l'emmène voir Lenny Bruce sur scène puis lui avoue que, elle aussi, se produit en stand-up, ce qui éveille l'intérêt du médecin. Puis elle retourne dans les Catskills avec son frère Noah et sa femme car Susie lui a décroché un contrat. Au moment d'entrer en scène, elle voit son père dans la salle.


Le lendemain, Abe exige que Midge garde secrète sa double vie d'humoriste jusqu'à nouvel ordre. Contrarié, M. Weissman l'est encore plus quand il apprend par sa belle-fille que Noah est agent de la C.I.A.. Les ennuis continuent quand à Bell Abs, Abe est convoqué par ses supérieurs parce que quelqu'un a assisté à la représentation de Midge aux Catskills et jure l'avoir entendu parler de ses travaux qui devaient rester confidentiels. Il est mis sur la touche le temps de l'enquête. Midge revoit Benjamin, ce qui inquiète Susie et déplaît à Joel.


Susie prépare une petite tournée pour Midge et demande de l'argent à ses frères et soeur, qui lui refusent toute avance - sauf sa soeur qui lui donne les clés de la voiture de leur mère pour les trajets. Midge fréquente des expositions d'art avec Benjamin et réussit à convaincre Declan Howell, un peintre maudit qui refuse de vendre ses toiles d'en céder une au médecin. Pour le dîner de Yom Kippour, Midge n'y tient plus et avoue à toute sa famille et belle-famille sa carrière d'humoriste.


Midge et Susie partent en tournée mais doivent affronter la dure réalité : inconnues en dehors de quelques clubs à New York, elles enchaînent les représentations devant des salles presque vides ou avec un public insensible à son humour. De retour en ville, elles affrontent même le patron d'un club qui refuse de les payer parce qu'elles sont arrivées en retard. Joel est appelé à la rescousse par Midge qui se demande si tous les sacrifices qu'elle consent pour sa carrière sont justifiés au risque de perdre Benjamin.


Susie décroche pour Midge un passage au Téléthon mais Sophie Lennon qui s'y produit aussi la fait reléguer à la toute fin du show. En coulisses, elle fait la connaissance du crooner Shy Baldwin qui l'encourage tandis que Susie s'introduit dans la loge de Sophie Lennon pour l'avertir qu'elle ne réussira pas à évincer Midge. Celle-ci fait son numéro et c'est un succès malgré l'heure tardive de son passage.


Benjamin demande la main de Midge à Abe mais celui-ci réserve sa réponse, préoccupé par ailleurs. En effet, il annonce à Rose son intention de tout plaquer à Bell Labs mais aussi à Columbia car il est écoeuré d'avoir été mis sur la touche et par le niveau de ses étudiants. Pour défendre ses intérêts, il a recruté un ami avocat. Sophie Lennon convoque Susie chez elle et lui demande de devenir son impresario car elle veut désormais jouer des pièces classiques. Shy Baldwin appelle Midge pour lui offrir de faire sa première partie en tournée en Amérique et en Europe pour les six prochains mois. Elle accepte sans réfléchir et Abe, qui avait décidé d'accepter qu'elle se remarie avec Benjamin, comprend que çe ne se produira pas. Midge soutient Lenny Bruce lors d'un passage à la télé où il joue un sketch sur la solitude des artistes. Saisissant le message, elle va trouver du réconfort auprès de Joel.

De l'eau a coulé sous les ponts depuis la diffusion de cette saison 2 de The Marvelous Mrs. Maisel en 2019. Après cinq années et une pluie de récompenses, la série s'est terminée selon le plan de sa créatrice, Amy Sherman-Palladino. Et sa vedette, Rachel Brosnahan, a très vite rebondi, au théâtre, avec une pièce à succès où elle donnait la réplique à Oscar Isaac, puis en étant choisie pour incarner Lois Lane dans Superman : Legacy qu'a écrit et que réalisera James Gunn (sortie prévue en 2025).

Comme je l'écris plus haut, lorsque j'avais suivi la première saison, j'avais été, comme tout le monde, très impressionné par la qualité du show. Pourtant, c'est sans doute cette forte impression qui m'en a détourné, appréhendant que la suite n'atteigne pas les mêmes sommets. Du coup, j'ai dérivé en allant voir ailleurs.

Aujourd'hui, je replonge en étant motivé pour compléter mon visionnage (peut-être pas d'un trait, il me reste quand même trente épisodes à engloutir, et je vais sûrement alterner avec d'autres séries pour ne pas risquer la saturation). Première bonne nouvelle : on retrouve avec plaisir Midge et son entourage, ses histoires, son parcours, sans être perdu. C'est le signe que la série a bien vieilli et surtout que son souvenir est restée vivace.

S'il devait s'en dégager un thème, ce serait justement celui de la persistance, de la persévérance. Car, dans ces dix épisodes, Midge va être testée, parfois durement, elle va être éprouvée pour savoir si elle tient vraiment à faire carrière dans le stand-up mais aussi dans la manière dont elle veut composer avec sa vie de femme. Rappelons que l'action se situe à la fin des années 1950 et que le statut social de ces dames n'est pas du tout le même qu'aujourd'hui : Midge s'est séparée de Joel, son mari, après qu'il l'ait trompée, elle est la mère de deux enfants, et vit sous le même toit que ses parents, certes aisés mais désolés de cette situation. Et pour ne rien arranger, la mère de Midge décide de partir vivre à Paris.

Cela donne lieu à un début de saison agité et délocalisé puisque la production a tenu à tourner à Paris. Un Paris fantasmé, avec Rose qui vit la vie de bohème, où Abe porte le béret, et où les Weissman font le marché puis dansent sur le Pont des Arts le soir venu autour de jeunes amoureux. Amy Sherman-Palladino a tenu à justifier ces clichés en expliquant que sa série n'était pas un documentaire et qu'elle avait tout de même veillé à ne pas trop enjoliver le cadre car la France sortait de la guerre et que ses habitants essayaient de reprendre une vie normale. Mais on appréciera surtout le fait que ça demeure drôle et élégant. Tout en notant que la crise entre Rose et Abe fait écho à celle traversée par Midge et Joel.

Midge reste cette jeune femme à l'énergie débordante qu'essaie de canaliser Susie, son impresario. Les deux amies sont dans le dur du métier d'humoristes, face à des hommes qui les prennent de haut, qui les censurent de manière absurde dès qu'elles évoquent les "trucs de bonnes femmes" (comme quand Midge parle de la grossesse et de l'accouchement d'une amie ou que Susie n'obtient pas la paie d'un patron de club au prétexte qu'elle et sa protégée sont arrivées en retard). Le doute s'installe du côté de Midge, surtout après une parenthèse dans les Catskills.

Premier morceau de bravoure de cette saison 2, les épisodes 4 et 5 envoient les Weissman et les Maisel en vacances dans cette province huppée où le personnel hôtelier doit s'assurer que les clients sont toujours pris en charge du matin au soir et ne s'ennuient jamais, quitte à ce que, en vérité, ils ne se reposent jamais. Midge y fait la connaissance d'un séduisant médecin célibataire convoitée par toutes les célibataires et divorcées, Benjamin Ettenberg, qui se conduit comme un mufle une fois en tête à tête. Mais qui souhaite surtout rencontrer une femme qui sorte de l'ordinaire. Ce qui ne tombe pas dans l'oreille d'une sourde puisque Rose comprend que sa fille est la candidate parfaite.

Et, effectivement, Midge et Benjamin vont tomber amoureux l'un de l'autre, jusqu'à envisager de se marier. Inquiétude du côté de Susie qui redoute que sa cliente ne se range et oublie la scène. Colère du côté de Joel qui supporte mal l'idée que ses enfants soient élevés par un autre et que Midge l'oublie. Sans cesse, le scénario se nourrit de ce qui se passe dans le privé pour influer sur le professionnel et vice-versa. Midge est humaine : c'est une humoriste surdouée mais aussi une femme en quête de stabilité, elle veut être indépendante et aimée, mais peut-elle avoir les deux ? 

Elle trouve la réponse à ses questions et ses craintes dans son mentor et son double, le comique Lenny Bruce. A cette époque, déjà, cet humoriste révolutionnaire commence à endurer de sérieux ennuis avec la justice à cause de ses sketches très osés et qui lui valent des condamnations pour outrage dans plusieurs Etats où, donc, il ne peut plus se produire. A la fin de la saison, dans le dernier épisode, Midge vient le soutenir lors d'un passage à la télé où il se livre à un numéro poignant sur la solitude, qui renvoie au visage de l'héroïne toutes ses propres appréhensions alors qu'elle vient juste d'accepter, sur un coup de tête, de partir en tournée pour six mois en Amérique et en Europe, signant la fin de son aventure avec Benjamin, mais aussi l'éloignant de sa famille, ses enfants, ses ami(e)s.

Il y a quelque chose de toujours étourdissant dans The Marvelous Mrs. Maisel grâce à cette écriture tourbillonnante et cette réalisation virtuose, s'appuyant sur une photo, des costumes, des décors, toute une esthétique en somme. On est emporté par le spectacle permanent de la série, qui émeut, fait rire, réfléchir. C'est tout à fait exceptionnel. Maintenir ce niveau d'exigence est remarquable et demande de la part de toute l'équipe, créative et technique, un investissement surpassant la moyenne, aussi bien pour le petit que le grand écran. On sent que Amazon a mis les moyens, l'argent est à l'image, mais surtout il est utilisée à bon escient.

Et puis le casting est dingue. Michael Zegen (Joel Maisel) ou Alex Borstein (Susie Myerson) ne sont pas des vedettes mais des comédiens fabuleux. Les seconds rôles portés par Tony Shalhoub et Marin Hinkle (les époux Weissman) sont juste irrésistibles. Zachari Levi, dans le rôle de Benjamin, est mille fois mieux que dans Shazam ! et Chuck. Luke Kirby est insensé en Lenny Bruce tout comme Jane Lynch en Sophie Lennon.

Mais bien sûr, celle qui domine la mêlée, c'est la prodigieuse Rachel Brosnahan. Voilà tout simplement une des meilleures actrices actuelles. C'est déjà une star grâce à la série et nul ne peut nier qu'elle va le rester dans la suite de sa carrière. Elle irradie littéralement à chaque fois qu'elle apparaît et qu'elle joue Mrs. Maisel sur scène ou Midge par ailleurs, on est constamment bluffé par le charme et l'aisance qu'elle dégage. Regarder Rachel Brosnahan, c'est déjà un show en soi. Mais avec le raffinement, le génie même de ceux qui transcendent une partition.

Pas de doute donc : The Marvelous Mrs. Maisel, c'est toujours aussi bien.  

samedi 22 juillet 2023

HARLEY QUINN : BLACK + WHITE + REDDER #1, de Chip Zdarsky et Kevin Maguire, Leah Williams et Natacha Bustos, Paul Scheer & Nick Giovannetti et Tom Reilly

 

Si je n'avais pas consacré de critiques à Harley Quinn : Black + White + Red, je vais me rattraper avec Harley Quinn : Black + White + Redder qui a débuté sa publication cette semaine. Il s'agit comme son titre l'indique d'histoires courtes dessinées uniquement en noir, blanc et rouge, réalisées par des équipes artistiques différentes, à raison de trois par numéro. Et DC a convoqué du beau monde, à commencer par une très chouette couverture de Bruno Redondo.



- THE MAN OF STEAL (Ecrit par Chip Zdarsky, dessiné par Kevin Maguire) -  Harley Quinn entraîne Poison Ivy jusqu'à la Forteresse de Solitude en l'absence de Superman, avec le projet de la cambrioler. Mais une fois dans la place, bien des surprises les attendent...


A elle seule, cette short story justifie l'achat de ce numéro puisque c'est rien moins que le génial et trop rare Kevin Maguire qui la dessine (actuellement, l'artiste finaliserait un creator-owned. A suivre.). Et son trait toujours aussi expressif ne peut que faire des merveilles avec un personnage aussi excentrique que Harley Quinn. Pour les fans de Maguire, c'est un régal, d'autant que Chip Zdarsky lui a écrit un script aux petits oignons. 

Le pitch est mince mais très drôle et cette visite de la Forteresse de Solitude réserve bien des surprises pour Harley et Ivy, notamment un robot majordome qui a l'apparence de Batman... le Dark Knight n'est pas invité aux parties de poker que la Justice League dispute dans l'antre du Man of Steel d'ailleurs ! On rit de bon coeur et le format court convient idéalement car Harley Quinn peut devenir très vite usante sur des épisodes entiers.


- PUSH THROUGH THE PAIN (Ecrit par Leah Williams, dessiné par Natacha Bustos) - D'où Harley Quinn tient-elle ses talents d'acrobate ? Réponse dans son adolescence passé dans le cours de gymnastique de la très sévère Mme Mardock...


Leah Williams est une scénariste que j'apprécie beaucoup et elle se penche ici sur une sorte d'origin story instructive car, à ma connaissance, peu visitée. En effet, Harley Quinn n'est pas qu'une anti-héroïne foldingue, c'est aussi depuis sa création (par Paul Dini et Bruce Timm) une acrobate redoutable. On trouve ici l'explication à ce talent dans un récit à la fois cruel pour elle et aussi pour son enseignante.

Natacha Bustos (qu'on retrouvera à la rentrée pour la série Fire & Ice) prouve une fois encore que Marvel a eu bien tort de la laisser filer (après l'avoir pourtant promue comme "stormbreaker). Son trait souple et ses découpages inventifs épousent à la perfection le récit et le caractère bondissant de Harley. Superbe.


- GET GAGGY (Ecrit par Paul Scheer et Nick Giovannetti, dessiné par Tom Reilly) - Interrogée par Harley Bullock au poste de police après un braquage au musée de Gotham, Harley raconte n'importe quoi pour mieux couvrir une vieille amie...


Tom Reilly, qui avait brillé sur la mini-série Ant-Man de Al Ewing, passe chez DC pour se faire remarquer avec ce troisième segment. Ecrit par par l'acteur Paul Scheer avec Nick Giovannetti, le scénario nous embarque dans une histoire de braquage farfelu commis par des bras cassés qui veulent tous prouver qu'ils peuvent devenir des cadors.

La personnalité de victime de Harley est habilement exploitée pour mieux aboutir à un twist final où le lecteur découvre qu'elle a davantage manipulé son monde qu'elle n'a été manipulée. Reilly s'empare de cet argument pour produire des planches très dynamiques où l'exubérance de Harley est bien soulignée mais aussi bien dosée. De la belle ouvrage. Avec en bonus Catwoman !

Le format anthologique est impeccable pour ce genre de projet et de personnage : je ne lirai pas Harley Quinn autrement, mais en plus avec des équipes artistiques d'aussi bon niveau, c'est exquis. Et le prochain numéro restera de haute voléé (avec entre autres Annie Wu et Kelly Thompson).

vendredi 21 juillet 2023

BIG GAME #1, de Mark Millar et Pepe Larraz

 

Nous y voilà : le premier event du "MillarWorld", la suite de Wanted, et la promesse faite par Mark Millar que tout le monde n'y survivra pas. Big Game débute en ce mois de Juillet et pour cinq mois, convoquant tout ce que le scénariste écossais a bâti depuis vingt ans. Un sacré pari tant il a créé de personnages et d'intrigues différentes. Mais il est bien accompagné au dessin par Pepe Larraz, et ce premier épisode se lit d'un trait.


En 1986, la Fraternité, la plus puissante organisation de super-vilains, effaçait des mémoires du monde entier le souvenir des super-héros, dont ne subsistaient que des histoires dans les films et les comics. Depuis toute une vague de nouveaux justiciers a éclos et Wesley Gibson veut les éliminer avec le renfort de Nemesis...


C'est en Mai-Juin 2016, en dévoilant un dessin promotionnel réalisé par Leinil Francis Yu, que Mark Millar évoque vraiment pour la première fois, à demi-mots, le projet de ce qui deviendra Big Game. A cette époque, le scénariste écossais suggère que tous ses comics en creator-owned depuis Wanted (2003) font partie d'un univers partagé, comme chez Marvel et DC Comics.


Par la suite, ponctuellement, d'autres artistes avec qui il a l'habitude de collaborer rappelleront cette théorie, comme quand Rafael Albuquerque, au moment du premier tome de Prodigy (2018), se fend lui aussi d'un poster avec plusieurs des personnage emblématiques du "MillarWorld" sur une même image. Mais le lecteur, lui, ne voit rien venir de plus concret et se pose même la question de savoir comment des créatures si différentes pourraient co-exister dans le même espace fictionnel.
  

Et puis, enfin, l'an dernier, comme il aime à la faire régulièrement, Millar annonce qu'il vient de ""piquer à DC et Marvel" deux de leurs meilleurs artistes pour deux nouveaux projets en 2023. Les spéculations vont bon train mais le scénariste a déjà attiré les plus grands noms et quand il prétend avoir répété cet exploit, on le croit. Ce seront Jorge Jimenez, l'actuel artiste de Batman, et Pepe Larraz, celui de X-Men, qui feront leurs premiers pas en indépendants à ses côtés, rien que ça !

Même si voir Jimenez dessiner la suite de Nemesis en a déçu plus d'un (car ce titre n'est pas le plus apprécié de sa bibliographie), ce n'est pas un coup d'épée dans l'eau puisqu'au dernier épisode de Nemesis Reloaded, on découvre les premières pages du projet avec Pepe Larraz : Big Game, présenté comme le premier event du "MillarWolrd", mais aussi la suite de Wanted, et la réunion tant attendue de tous les héros créés par le scénariste.

Pour Millar, c'est rien moins que le véritable event estival de 2023, le plus spectaculaire, le plus original. Qu'on aime ou pas ses productions, ça donne le frisson car il faut bien avouer que Marvel comme DC ne font plus rêver avec leurs sagas. Là, on ne sait pas à quoi s'attendre, d'autant plus que, de mon côté, j'ai été assez déçu par le volume 5 de The Magic Order, le volume 1 de The Ambassadors, donc j'espérai que Millar se rachète avec Big Game.

Je n'ai pas voulu relire tous mes Millar books avant de plonger dans Big Game. Je ne possède pas tout ce qu'il a écrit d'une part, et d'autre part il promettait que l'histoire serait accessible sans avoir révisé ni même avoir lu quoi que ce soit. Bien entendu, ce genre de déclarations n'engage que celui qui les fait, et il me semble préférable, pour ce premier numéro, de savoir qui sont Edison Crane (Prodigy), Duke McQueen (Starlight) et les Ambassadors, sans oublier Nemesis et Wesley Gibson. Mais ça reste lisible même sans ça.

Toutefois, pour les complétistes, voici l'ordre de lecture
recommandée par Millar lui-même pour profiter à fond de Big Game.


Millar a fait attention à bien planter le décor : il rappelle qu'en 1986, la Fraternité a effacé le souvenir des super-héros (dont ceux de Jupiter's Circle et Legacy, comme on le voit au détour d'une vignette). La seule trace de leur existence qui subsiste se trouve dans des films et les comics dont ils sont adaptés, une vision assez méta du genre et de son exploitation depuis une vingtaine d'années où le grand public s'est gavé de blockbusters avec des justiciers costumés sans rien connaître de la littérature dont ils étaient issus. A l'heure où la San Diego Comic-Con s'apprête à démarrer sans aucun studio présentant des films (à cause de la grève des scénaristes et des acteurs qui a lieu actuellement à Hollywood, rendant le lieu aux auteurs et artistes de comics), c'est quasi-visionnaire...

Millar joue avec sa propre industrie, son propre empire créatif. La fin des super-héros mise en scène dans Wanted il y a vingt ans coïncide avec l'émergence de nouveaux personnages qu'il a lancés sous le label MillarWorld : Chrononauts, Prodigy, Empress, Superior, Nemesis, Huck, Space Bandits, The Ambassadors, Night Club, MPH, Starlight, Sharkey the Bounty Hunter, Super Crooks, Kick-Ass, Hit-Girl, Prodigy, Kingsman, Jupiter's Circle/Legacy, The Magic Order... Et évidemment tout ce qu'a accompli la Fraternité et Wesley Gibson est à refaire. Idée simple et accrocheuse immédiatement. Millar ne réinventera pas la roue avec ce pitch mais il se lance quand même dans une sorte de bilan, n'hésitant pas à prévenir que tous n'y survivront pas. En conséquence, Big Game, c'est la fin de l'Acte I du MillarWorld.

Cette introduction montre les vilains sur le pied de guerre tandis que les héros ne se doutent de rien, d'autant plus qu'ils n'ont jamais communiqué entre eux. Edison Crane, qu'on suit dans ce premier épisode, n'ignore pas l'existence des Ambassadors mais il n'a jamais rencontré Choon-He Chung, et Dave Lizewski (qui a vieilli comme tous les personnages du MillarWorld) rédige une lettre de candidature pour intégrer les Ambassadors qui, justement, cherche un représentant américain. Duke McQueen raconte ses aventures à des écoliers de la classe de sa petite fille sans qu'on sache si ces gamins le croient ou pas. Un personnage mystérieux apparaît, important prévient Millar : Bobbie Griffin, qui, elle, n'a rien oublié...

Visuellement, ce n'est vraiment pas exagérer que les planches de Pepe Larraz sont somptueuses. Le dessinateur espagnol s'est uniquement consacré à ce comic-book depuis des mois, il a eu du temps comme seul un projet pour Millar le permet pour un artiste actuellement. Il a aussi avoué n'avoir jamais autant travaillé que jusque-là, devant s'approprier des dizaines de personnages designés par d'autres.

La performance est réelle et la responsabilité écrasante. Passer après tant d'illustres confrères (de Leinil Yu à John Romita Jr. en passant par Stuart Immonen, Sean Murphy, Goran Parlov, Dave Gibbons, J.G. Jones, Duncan Fegredo, Steve McNiven, Frank Quitely, etc) doit mettre une sacrée pression. Mais Larraz n'est pas non plus un débutant et ces dernières années, il a lui aussi changé de dimension, particulièrement grâce à House of X, qui en a fait une star de Marvel.

Il est soutenu aux couleurs par l'excellente Giovanna Niro, une habituée des comics Millar, avec laquelle son style se marie à la perfection. Il a visiblement mélangé les techniques pour obtenir des rendus superbes, comme cette scène avec Duke McQueen dans la salle de classe avec cette lumière dorée incroyable. Parfois il s'est appuyé sur un dessin plus classique, avec un encrage marqué par des à-plats noirs profonds qui posent une ambiance pénétrante (le site du Parc Roosevelt visité par Edison Crane).

Larraz est un narrateur puissant : son trait a une assurance et une énergie époustouflante, il varie à loisir les angles de vue, les valeurs de plans, la composition de ses images est toujours impeccable et dynamique, son découpage est aérien avec des perspectives remarquables. Le regard du lecteur n'est jamais heurté par un détail maladroit, tout coule de source avec cette impression de majesté que seuls les très grands glissent dans leurs planches. Impossible de ne pas tomber sous le charme et de pas être convaincu par la dimension épique de ce que Big Game promet. Et ce n'est que le premier épisode...

Bref, ça commence bien, ça commence fort, et pourtant c'est encore calme, posé, introductif. Alors, oui, effectivement, ça se présente bien comme l'event à ne pas rater. D'ailleurs, c'est le seul que je lirais.