samedi 23 février 2019

DOCTOR STRANGE #11, de Mark Waid, Jesus Saiz et Javier Pina


Avec ce onzième épisode, Mark Waid boucle la première "saison" de son Doctor Strange et conclue du même coup l'intrigue initiée dans le numéro précédent. Soutenu par Jesus Saiz, lui-même épaulé par Javier Pina, ce dénouement nous laisse un peu sur notre faim, hélas !


Le Dr. Strange fait face à Dormammu qui a racheté sa dette pour tous les sorts qu'il a invoqués. Sachant qu'il ne paierait pas, il a lancé les Faltine, des monstres de la dimension noire, à l'assaut de New York.


Ignorant s'il pourra neutraliser son ennemi, Strange envoie Kanna, Zelma et Wong dans son sanctuaire sacré à la recherche d'une solution pour se débarrasser des Faltine pendant qu'il distrait Dormammu.


Récupérant la magie de l'Ancien, Kanna, Zelma et Wong viennent à bout des Faltine puis rejoignent Strange pour attaquer ensemble Dormammu. Mais le pouvoir de l'Ancien les consume et permet au démon de les repousser.


Strange croit sa dernière heure venue lorsque l'Ancien le tire de là en neutralisant Dormammu car il a pu récupérer sa magie. Les Faltine sont renvoyés avec leur maître dans la dimension noire.


Zelma décide de raccompagner l'Ancien pour répertorier tous ses sorts. Wong s'éclipse. Kanna se retire aussi pour réfléchir à donner une nouvelle chance à son couple avec Strange.

Marvel ayant sorti les épisodes de la série n'importe comment (d'abord bimensuellement puis mensuellement), le lecteur non averti pourrait naturellement croire que Doctor Strange est près de fêter sa première année de parution et estimer que le premier cycle qui s'achève a fière allure.

La vérité est moins flatteuse, même si Mark Waid a fait le boulot en grand professionnel. Le premier arc de son run fut une excellente surprise : le voyage du sorcier suprême dans l'espace offrait un dépaysement au héros et à ses fans avec une narration originale. Puis la suite fut plus convenue : revenu sur Terre, Strange a repris son job et l'écriture de Waid est devenue plus conventionnelle avec des intrigues inégales.

A l'occasion de son 400ème épisode, coïncidant avec le dixième du présent run, le mois dernier, le récit prenait une tournure étonnante et habile en interrogeant littéralement le sens du prix à payer pour avoir recours à la magie. Jason Aaron avait exploré les conséquences physiques, Waid a traité le problème sur un plan presque administratif, avec un comptable, et un vilain emblématique ayant racheté la dette de Strange.

En convoquant Dormammu, le scénariste promettait un duel épique, dont Gerry Duggan donna un aperçu dans The Best Defense : Doctor Strange dans un futur post-apocalyptique. Waid a préféré une autre option. 

Du coup, pas de grande bataille, à coups de sortilèges, entre les deux adversaires, et c'est dommage. Frustrant, mais cette fois, pas dans le bon sens. Car s'il est bon de ne pas toujours donner au lecteur ce qu'il attend, il est aussi judicieux de lui procurer ce qu'il attend. Le choix opéré par Waid est surprenant et renvoie à ce que fait James Tynion IV avec Justice League Dark : parler de magie sans en montrer le spectacle.

Et puis c'était d'autant plus légitime que, après son trip spatial, durant lequel il diversifié sa connaissance des arts mystiques, le bon docteur tenait là une occasion de tester ce qu'il avait appris et de prouver sa capacité à tenir son rôle à nouveau. Le voir refuser de se battre, gagner du temps, trembler face à Dormammu est pour le moins déconcertant et décevant. Et l'intervention de l'Ancien bien providentielle.

Jesus Saiz en est quitte pour produire un épisode où il aurait lui aussi pu démontrer ses facultés à mettre en images un combat digne de ce nom. Néanmoins, l'espagnol livre de superbes planches, même s'il tire la langue sur la fin et qu'il lui faut le renfort de Javier Pina (et de la coloriste Rachel Rosenberg).

Les deux artistes échouent notablement à rendre Dormammu impressionnant et effrayant comme Bachalo (durant le run d'Aaron) ou Smallwood (pour l'épisode The Best Defense de Duggan). Ici, il n'apparaît guère plus grand que Strange et sa puissance n'a rien de terrifiant. Les Faltine sont un peu mieux servis et les parades de Zelma, Kanna et Wong sont d'ailleurs les meilleurs scènes de l'épisode - un comble.

Il manque en fait un grain de folie, une démesure à l'ensemble : la série est belle mais un peu trop esthétisante, et ce qui fonctionnait dans l'espace paraît trop modeste une fois sur le terrain de la magie pure. Ce n'est pas l'arrivée de Barry Kitson sur le titre comme artiste régulier qui va changer ça (la fadeur de son trait risque même de ruiner tout - même si lui et Waid sont des partenaires de longue date : on leur doit JLA : Year One, Empire...).

Pour toutes ces raisons (fin d'un cycle, nouvel artiste, déception vis-à-vis de ce dénouement), j'ai décidé d'arrêter de suivre la série.

vendredi 22 février 2019

GUARDIANS OF THE GALAXY #2, de Donny Cates et Geoff Shaw


Après un premier épisode très accrocheur, les Guardians of the Galaxy selon Donny Cates étaient attendus au tournant. Et le scénariste qui monte chez Marvel (au point de lui laisser rebooter l'univers "Ultimate" ?) s'en sort très habilement, changeant à la foi de rythme tout en disposant ses pions méthodiquement. Il peut aussi compter sur Geoff Shaw, dont le dessin s'adapte à ces évolutions.


Après avoir volé le corps de Thanos lors de la lecture de son testament par son frère Eros/Starfox, l'Ordre Noir l'a amené à la déesse de la mort asgardienne, Hela. Constatant qu'il manque la tête du titan, elle consulte le Collectionneur pour la retrouver et il lui suggère de visiter la Zone Négative.


Cependant, rescapés de l'attaque de l'Ordre Noir, Moondragon et Phyla-Vell ont pris leur quartier à bord du Ryder, le vaisseau de Peter Quill/Star-Lord. A la tête d'une nouvelle formation de Gardiens de la galaxie, celui-ci a fort à faire avec ses recrues.


Le Cosmic Ghost Rider et Groot se chamaillent car ce dernier, comme Beta Ray Bill, souhaite partir au secours de Gamora, suspecte d'être l'hôte de la conscience de Thanos. En revanche, le Cosmic Ghost Rider ne veut plus avoir affaire à cette famille et quitte l'équipage.


Il rejoint un croiseur de l'armada impériale Shi'ar à bord duquel Gladiator reçoit Eros. Celui-ci convainc son hôte et ses soldats de traquer Gamora pour la tuer. Il ignore cependant où elle se trouve.
  

Mais Eros compte sur Nebula pour le guider. Et elle pense savoir qui pourra les renseigner : Richard Ryder, alias Nova, l'ancien amant de Gamora...

Le précédent épisode était un vrai festival, prouvant la capacité de Donny Cates à s'approprier les personnages cosmiques, à nouer rapidement une intrigue (qui plus est en tenant compte des conséquences de la saga Infinity Wars, qui venait de s'achver dans l'indifférence totale) et à proposer une relance bourrée d'action et au casting fourni.

D'une certaine manière, il aurait été plus simple pour le scénariste de continuer sur cette lancée. Mais Cates semble avoir compris la vertu de lever le pied pour ne pas s'essoufler et épuiser le lecteur. Mieux : il frustre un peu ce dernier afin de définir un peu plus les forces en présence.

Ainsi, et mine de rien, on a droit à un épisode dense qui se divise en trois parties : la première voit Hela, la déesse asgardienne de la mort, s'affairer à recomposer le cadavre de Thanos pour le ressusciter ; la deuxième s'attarde sur la nouvelle équipe des Gardiens et détaille leur cohabitation agitée ; et la troisième revient à la traque de Gamora (responsable de la mort de Thanos mais également la plus propice à hériter de sa conscience).

Sur ce dernier point, Cates présente un gang aussi fourni que puissant puisque Eros s'allie avec la garde impériale Shi'ar, autant dire que Gamora a du monde sur le dos. Le Cosmic Ghost Rider participe à cette traque après avoir déjà quitté les Gardiens de la galaxie. Et Nebula est prête en découdre avec sa soeur honnie et parricide. 

Au milieu donc, entre Hela et l'Ordre Noir qui veulent disposer du corps entier de Thanos pour le ressusciter et les Shi'ar acoquinés à Eros (à moitié défiguré, ce qui lui donne un air de Two-Face, et déterminé à ne pas faire de quartier), les héros ne procurent guère de garantie.

Cates excelle dans ces pages à représenter une équipe improvisée et qui cohabite sans harmonie. Entre les querelles des uns et les doutes des autres, Peter Quill erre, ivre, hanté par son dernier face-à-face avec Gamora (qui l'a eventré, avant que le Dr. Strange ne le sauve - cf. Infinity Wars). De par leur position dans l'épisode, ces scènes engagent les héros comme d'improbables arbitres, dépassés en puissance par Hela comme les Shi'ar, mais disposant malgré tout d'une info cruciale (la position de Gamora).

Cates fait, en vérité, comme si la couverture de son premier épisode, était un programme : on y voyait une bonne dizaine de personnages susceptibles d'être les nouveaux Gardiens de la galaxie, mais en fait il s'agissait vraisemblablement des acteurs du drame qui va se jouer. Ainsi a-t-on droit à une apparition finale de Nova (avant celle de Darkhawk, du retour du Surfeur d'argent, etc.).

Geoff Shaw a lui aussi prouvé qu'il avait les épaules pour ce genre de comics : l'énergie à l'oeuvre le mois dernier produisait des pages survitaminés avec une importante figuration et du grand spectacle. Dans un cadre plus calme, comment s'en sort-il ?

Il y a quelque chose de Jerome Opena dans le trait de Shaw, mais en moins fouillé. Son découpage, plus sage, permet d'apprécier l'expressivité de ses personnages, et le dosage des finitions de ses décors (généreux quand il le faut, plus allusif pour conserver une lisibilité et tenir les délais).

Shaw n'a pas forcément le souci du beau (son Peter Quill par exemple n'a plus grand-chose du playboy d'antan, comme le dessinait Valerio Schiti) et donc il est à son avantage pour croquer des créatures improbables comme Groot (en mode punk - seul regret de cette version car cela lui donne un air trop agressif. Dommage également que Cates soit obligé de suivre l'évolution imprimée par Gerry Duggan qui a donné au personnage le pouvoir de parler normalement) ou Beta Ray Bill (avec sa tête de cheval décharné). Néanmoins, il sait, brièvement mais efficacement, traduire la relation tendre qui existe entre Moondragon et Phyla-Vell (et, là encore, ce n'est pas si fréquent de trouver une couple de femmes homosexuelles dans un comic mainstream sans que cela ressemble à un quota).

Au premier tiers de cet arc (qui comptera donc six parties), on a déjà la confirmation que le titre est entre de bonnes mains. L'épisode fini, et ça, c'est imparable, on piaffe déjà d'impatience de lire la suite. 

jeudi 21 février 2019

AQUAMAN #45, de Kelly Sue DeConnick et Robson Rocha


Je n'avais pas remarqué (si tant est que ce fut mentionné dans les crédits) que ce premier arc d'Aquaman écrit par Kelly Sue DeConnick comptait cinq parties. Et donc cet épisode se situe au centre, un moment opportun pour que l'histoire bascule - ce qui n'est pas vraiment le cas. Et qui, du coup, repose surtout sur les dessins de Robson Rocha, la faute à une narration trop décompressé et un confuse...


Aquaman a retrouvé en partie la mémoire : il sait désormais qu'il est en lien avec les océans, mais ne se souvient toujours pas de son nom, de ses origines, encore moins de son statut de super-héros ou de mari et roi (quand bien même a-t-il vu en rêve Mera, sans l'identifier).


Mais cela lui a suffi pour accepter d'escorter Caille jusqu'à l'île où a été bannie sa mère, Namma, accusée d'avoir empoisonné la mer. Caille est nerveuse mais Aquaman est convaincu que la mission se passera bien.
  

Pourtant, les faits vont le contredire rapidement : la mer est démontée et alors que l'île est en vue, des pics de sel géants se dressent à la surface. Ils pourfendent la barque, envoyant Caille par-dessus bord.


Aquaman plonge et la sauve. De retour à la surface, Caille ne se sent pas bien, sa peau est livide et elle sent le mal la ronger. Aquaman la traîne en direction de l'île en évitant les pics de sel de plus en plus nombreux.


Les falaises de l'île se dressent, menaçants. Aquaman sent ses forces l'abandonner, comme s'il était lui aussi atteint par un mal mystérieux. Finalement, à bout de forces, les deux rescapés sont accueillis par Namma, jurant que le monde va payer pour ce qu'il lui a fait...

Je n'ai rien contre la décompression narrative, j'aurai mauvaise grâce à prétendre le contraire puisque je suis fans de plusieurs scénaristes qui l'utilisent. Mais je reconnais que c'est une manière de raconter délicate à exploiter.

En effet, dilater le cours du récit, prendre son temps pour installer les personnages, le décor, l'ambiance, au détriment de l'action, exigent de l'auteur une rigueur absolue car le risque, c'est de donner l'impression de gagner du temps, ou, pire, de ne pas avoir grand-chose à dire, avant d'expédier le dénouement. 

Mais j'ai apprécié les deux premiers épisodes écrits par Kelly Sue DeConnick pour cela : elle a profité de la situation de son héros, devenu amnésique, et perdu sur une île au bout du monde (et au milieu de nulle part), pour le redéfinir. Lentement, mais sûrement, Aquaman devait d'abord se retrouver avant de jouer les super-héros.

Cette méthode n'a pas rencontré les faveurs de certains lecteurs, habitués à plus de mouvement durant le run de Dan Abnett (ou durant les "New 52", de Geoff Johns et Jeff Parker).

Je ne vais pas jeter le bébé avec l'eau du bain parce que j'ai été déçu cette fois, mais il est évident que DeConnick va devoir se reprendre le mois prochain, certainement en accélérant et surtout en étant plus clair. Ce que mon résumé de l'épisode ne dit pas, c'est que la traversée d'Aquaman et Caille est ponctuée largement par la relation mythologique que fait le héros au sujet du Père des Mers et de la Mère du Sel : la scénariste a cherché, par ce biais, à donner une dimension épique, ancestrale, immémoriale, à son intrigue.

Mais la conclusion est brouillonne, en tout cas elle m'a échappé puisque je n'ai plus su distinguer qui était qui à la fin. Entre les amours contrariées par l'évolution de la Terre, la naissance des enfants du Père de la Mer et de la Mère du Sel (le Ciel, le Feu, la Terre, le Vent), l'assassinat du père par sa progéniture et la création par le mère de sept monstres figés en statues de sel par les enfants qui créérent le soleil puis engendrèrent les hommes, on a du mal à comprendre le sens de tout cet arrière-plan - et sa plus-value pour l'histoire en cours.

Certes, Robson Rocha illustre aussi bien la traversée d'Aquaman et Caille que ce drame divin, au moyen de pleines pages somptueuses pour ce dernier, mais justement, la puissance graphique déployée n'aboutit qu'à souligner le vide du propos ou son côté pompeux et nébuleux.

Car, une vingtaine de pages pour décrire le voyage en barque d'Aquaman et Caille ponctué de résumés sur le Père de la Mer et la Mère du Sel, leurs enfants, les monstres, l'origine du monde, sur le papier ça fait un programme, mais en vérité, pour paraphraser le héros, ça fait surtout du vent.

Tout le talent de Rocha ne peut empêcher le lecteur de ressentir une impression de vide, ce sentiment, comme je le soulignais plus haut, que DeConnick gagne du temps ou n'a pas grand-chose à dire. Ou pire : qu'elle a quelque chose à dire mais qu'on n'arrive pas à le saisir. On en est réduit à des déductions hasardeuses. L'ambiance envoûtante des deux épisodes précédentes est absente au profit d'un spectacle épique mais confus. A ce stade du scénario, on était en droit d'attendre une révélation, un twist, une bascule. Mais on n'est pas plus avancé.

Comme j'aime tirer des leçons au bout d'un arc (sauf catastrophe totale) et que celui-ci sera terminé dans deux mois, je donne sa chance à la série jusque-là. Ensuite, il sera temps d'aviser (sachant que Rocha sera remplacé, je l'espère provisoirement, au mois de Mai). Mais ce serait malheureux qu'après un début si prometteur, Aquaman (s')échoue. 

samedi 16 février 2019

WINTER SOLDIER #3, de Kyle Higgins et Rod Reis


Décidément, cette mini-série Winter Soldier est une chouette surprise, qui mériterait d'être prolongée en série régulière. Kyle Higgins a trouvé à Bucky Barnes un rôle original et logique et lui a concocté une intrigue efficace. Pour ne rien gâcher, Rod Reis la dessine avec brio. Un tel potentiel mériterait d'être développée au-delà de cinq épisodes.


Après l'avoir sauvé de Mr. Colt, son recruteur de l'Hydra, Bucky invite RJ à vivre dans son repaire en Indiana. En contrepartie, le garçon doit suivre une thérapie auprès de Doc Samson - à laquelle il se plie bon gré mal gré.


Le premier diagnostic révèle la situation complexe de l'adolescent, formé pour tuer un homme dont il a pris l'apparence (Bucky) puis trahi par son recruteur (Colt). Bucky explique à RJ qu'il peut changer de vie et lui faire confiance.


Pour lui prouver sa bonne foi, Bucky décide d'entraîner RJ en mission. Un agent du SHIELD doit être exfiltré. Il est suivi et menacé par the Spot. RJ s'occupe de l'agent, Bucky du tueur - mais celui-ci le domine.


RJ revient aider Bucky. The Spot maîtrisé, le garçon reproche à Bucky ses mensonges : il a lu le journal intime de son sauveur et compris les démons qui le hantent. Changer de vie n'est pas si simple. Mais Bucky promet de soutenir RJ.


Après cette virée dans le Michigan, ils rentrent à la base, auprès de Sharon Carter. mais Bucky remarque un homme dans les parages : il sort de l'ombre en se présentant comme le père biologique de RJ...

J'ignore si cette mini-série se vend bien (même si je me doute qu'elle ne doit pas réaliser de gros scores - c'est un fait : les mini-séries performent rarement car les lecteurs rechignent à investir dans des productions sans avenir... Alors que c'est justement en les aidant qu'elles peuvent devenir des séries régulières). Mais en tout cas, Winter Soldier mériterait plus de considération.

Il ne s'agit pas d'un comic book étonnament original mais il est très bien conçu et édité. En fait, l'équipe à son origine a su l'encadre intelligemment, sans dénaturer le personnage (re)créé par Ed Brubaker. Rien que pour ça, ça vaut le coup d'oeil.

Dans cette humilité, il y a un vrai propos sur la rédemption, la seconde chance. Bucky Barnes en est l'incarnation, sans facilités : "mort" au combat durant la seconde guerre, récupéré par les russes, transformé en tueur, Captain America un temps avant que son passé criminel le rattrape, exfiltré, puis réhabilité, toute sa vie est une ode chaotique pour le rachat. 

Kyle Higgins a préféré déplacer le personnage vers d'autres sphères que celles auxquelles le vouait Brubaker (une sorte de super espion clandestin) pour en faire un type vaguement super-héroïque qui, à son tour, permet aux autres une nouvelle vie. Et qui a croisé la route d'un ado, comme lui au début de sa carrière dans les années 40, embrigadé, manipulé, chair à canon d'une organisation criminelle.

Le scénario raconte comment, dans un jeu de miroir troublant, Bucky veut éviter à RJ de traverser l'enfer qu'il a connu. Et l'auteur en profite pour inviter, discrètement mais avec à-propos, des seconds rôles adéquats (Tony Stark d'abord en mécano de service, Sharon Carter en assistante de choc, et cette fois Doc Samson en auditeur attentif). Le récit formule subtilement l'opportunité qui s'offre à RJ mais aussi les doutes légitimes du garçon quand il découvre le trauma de Bucky, le risque que ça ne marche pas.

En outre, la mini-série assure son quota d'action en convoquant des méchants originaux, comme the Spot (les lecteurs du Daredevil de Waid se souviennent de lui et de son potentiel de nuisance).

Rod Reis manque peut-être une peu de souplesse dans son dessin mais le résultat, c'est que ses planches ne manquent pas d'allure pour autant. J'ai déjà cité ses références dans mes précédentes critiques, mais l'artiste en les combinant produit un mélange finalement atypique, à l'image de la série.

Reis, de ce point de vue, se rapproche d'un Mitch Gerads, dont les audaces formelles sont à la fois discrètes et radicales, mais sont surtout remarquables parce qu'elles ne revnoient pas aux standards des comics super-héroïques. Les personnages ne sont pas des armoires à glaces, les femmes pas des bombasses, les scènes d'action ne sont pas des feux d'artifices aux cadrages éclatés.

Plus que d'épater la galerie, on est en présence d'un dessin qui vise une atmosphère, qui joue le contraste entre le sujet et sa représentation. Ce qu'on perd donc en exagération typique, on le gagne en singularité esthétique.

Le cliffhanger est évidemment trop beau pour être vrai. Ou, s'il est vrai, il relance de manière intéressante la relation alambiquée entre RJ et Bucky. De quoi fournir à Winter Soldier une suite et fin accrocheuses.

HAWKMAN #9, de Robert Venditti et Bryan Hitch


Avec ce neuvième épisode, la série Hawkman de Robert Venditti et Bryan Hitch semble amorcer un tournant, entamer la fin d'un cycle. Le titre de l'arc en cours est éloquent : Cataclysm. Après avoir voyagé dans l'espace et à travers les âges, le héros doit désormais faire face aux dieux qu'il a trahis et donc son destin.


Londres. Carter Hall entre dans la boutique de Mme Xanadu et lui demande de le remettre en contact avec l'artefact à l'origine de sa quête. Fébrile, il accepte cependant d'abord de lui expliquer où il était depuis leur précédente entrevue.


Résumant ses aventures, Carter Hall est convaincu qu'il est le seul à pouvoir contrer les Deathbringers, ces créatures divines qu'il a trahies, quitte à perdre la vie et donc briser le cycle des réincarnations.


Dehors, les passants voient leurs téléphones hors d'usage. Un homme fait irruption dans la boutique de Xanadu, affolé. Elle le raccompagne dans la rue et lève les yeux au ciel. Carter Hall comprend que les Deathbringers sont arrivés.


Hawkman ne se défile pas et défie les géants au-dessus de Londres, espérant les entraîner loin de la ville et même de la Terre. Mais l'un d'eux libère une armée d'hommes-oiseaux qui sème chaos et destruction.


A leur tête, Hawkman reconnaît son ancien lieutenant, Idamm, résolu à se venger. Ils s'affrontent dans les airs mais le héros est dépassé par la rage de son adversaire. Il le supplie d'épargner les civils mais Idamm entend bien raser la Terre avant les autres monde où a vécut Carter Hall.

Depuis le début de son run, Robert Venditti a tenu à distance les Deathbringers comme pour laisser le lecteur fantasmer à leur sujet, sur leur apparence, leurs pouvoirs, leur danger. Les rares fois où on les a vus, c'était brièvement et partiellement.

Ce parti-pris était risqué car il frustrait les lecteurs avides de sensations fortes, privilégiant la suggestion au grand spectacle. Mais, finalement, avoir fait attendre les fans s'avère payant car, lorsqu'ils surgissent enfin au grand jour dans cet épisode, la vision que Bryan Hitch nous fait partager est saisissante.

Venditti, conscient de l'importance de la mise en scène de cet instant, a donc en quelque sorte offert cet épisode à son artiste, le laissant, comme Hawkman, déployer ses ailes et proposer des planches démesurées, d'une grandiloquence qui n'a rien à envier à celle d'un Kirby (dont l'ombre plane sur ce chapitre).

De fait, après une ouverture réunissant Mme Xanadu et Carter Hall, où c'est l'occasion de faire le point sur des mois de recherches épiques et exotiques, la majorité du numéro est composée par le duel entre Hawkman et ses maîtres. La différence d'échelle entre l'homme ailé et ces géants en armure, lévitant au-dessus de Londres comme des cousins de Galactus ou des Célestes de Marvel (références donc à Kirby), ne laisse aucun doute sur, plus que le déséquilibre des forces en présence, mais sur la vanité de Hawkman dans l'espoir qu'il a de gagner cette partie. Comme le dit un passant à Xanadu, que peut faire un type avec des ailes et une masse contre des colosses pareils ?

Hitch traduit surtout le panache du héros qui ne se cache pas, pas plus que ses intentions - il veut éloigner les Deathbringers de la ville, de la Terre, mais il est aussi prêt à se sacrifier pour briser le cycle des réincarnations dans ce combat.

Venditti glisse une ironie amère dans la bouche de Carter Hall qui, lorsqu'il voit surgir des entrailles des géants une armada d'hommes ailés, constate qu'il a plus de trois ennemis à affronter. Puis la "blague" passée, le ton se fait volontiers mélodramatique quand, à la tête des soldats, se trouve Idamm, l'ancien subordonné de Hawkman.

On comprend alors que si Hitch va, encore le mois prochain, se défouler dans des scènes de destruction massive, le coeur de la bataille va se concentrer sur les deux hommes, qu'il s'agit moins de châtier le traître (Hawkman) que d'une vengeance entre deux anciens serviteurs des dieux.

La logique voudrait que la résolution passe par l'arrivée de la cavalerie (la Justice League), mais on devine que Venditti et Hitch veulent offrir à Hawkman une victoire difficile, improbable, authentiquement héroïque - peut-être pour redéfinir totalement le personnage, en réalisant son ultime réincarnation. Ce serait un épilogue malin, et qui pourrait aboutir au #12, une année de parution complète (coïncidant peut-être avec le départ de Hitch de la série - car le dessinateur, qui a renouvelé son contrat d'exclusivité avec DC, a précisé qu'il avait d'autres projets que ce titre).

Quoiqu'il en soit, hors de question de zapper la suite d'une des meilleures séries non seulement de DC mais de des "big two".