dimanche 23 décembre 2018

BATMAN ANNUAL #3, de Tom Taylor et Otto Schmidt


Le précédent Annual de Batman, par Tom King, Lee Weeks et Michael Lark, avait mis la barre très haut, dans l'émotion en particulier. Mais Tom Taylor a trouvé la parade pour échapper à la comparaison et avec Otto Schmidt, dont le style graphique diverge lui aussi radicalement, le résultat est aussi attachant que singulier. Surtout quand Batman devient non plus le sujet mais l'objet du récit...


Alfred Pennyworth est entré au service de la famille Wayne avant la naissance de Bruce. Son professionnalisme indiscutable fait qu'il est toujours à l'affût. Comme cette nuit, jadis, où la police le réveilla par un appel téléphonique l'avertissant de la mort de ses employeurs, tués devant leur fils.


Des années après, Alfred répond toujours présent mais son rôle a évolué puisqu'il soutient logistiquement Bruce Wayne devenu Batman. A nouveau un coup de fil de son patron l'avertit qu'il tente de neutraliser un drone tueur en l'entraînant loin d'un quartier habité.


En attendant le retour du justicier, Alfred s'affaire : il vérifie la Bat-mobile, les équipements de la Bat-ceinture, l'ordinateur de la Bat-cave... Et prépare une soupe. Car si Batman refuse de dormir quand un danger menace Gotham, son majordome souhaite qu'il mange quand même un peu.


D'après les infos dont il dispose sur le pilote des drones, il s'agit d'un certain Peter Harris, ingénieur et mercenaire. Intrigué par une nouvelle cible, Batman tombe dans le piège que lui tend son adversaire et subit une blessure par arme blanche.


Contactant la police pour cueillir Harris, Batman appelle ensuite Alfred au secours. Transporté à la clinique privée de Leslie Thompkins, le justicier est soigné. Alfred s'assoupit. A son réveil, Bruce lui porte une colation et lui explique avoir confié la prochaine patrouille à ses alliés, pour que son majordome puisse se reposer.

Être l'ami d'un super-héros n'a rien d'une sinécure : pour peu que ses ennemis apprennent le lien qui unit ces deux personnages, l'acolyte devient une cible. Mais il s'agit aussi d'être là en cas de coup dur pour le justicier, de composer avec sa double vie, ses horaires, l'angoisse qui lui arrive malheur. Être l'ami d'un super-héros, c'est être un pote, un soutien, un frère, un père.

Mais quand, comme Alfred Pennyworth, on est l'ami et le serviteur d'un super-héros tel que Batman, plus de vie possible. Ou plutôt plus d'autre vie possible que celle de consacrer la sienne à ce héros-là. C'est ce que raconte merveilleusement bien Tom Taylor dans ce Batman Annual #3.

Je n'en attendais pas autant du scénariste décevant de X-Men : Red (la seule de ses productions à laquelle je me sois intéressé). Mais Taylor en décalant habilement le point de vue de cette histoire a su trouver un angle d'attaque très intéressant et très attachant.

Tous les lecteurs de Batman connaissent la figure stoïque d'Alfred Pennyworth, ce laquais classieux mais volontiers sarcastique avec Maître Bruce : c'est un second rôle en or, comme Foggy Nelson avec Daredevil, mais avec une hiérarchisation différente. Foggy est l'ami et le partenaire de Matt Murdock/DD. Alfred est un majordome, un infirmier, un soutien logistique, et avant cela surtout l'homme qui a vraiment élevé Bruce Wayne, qui l'a accompagné dans sa croisade comme Batman.

Cet épisode, plus long qu'à l'accoutumée (30 pages), s'ouvre par la nuit où la police téléphona à Alfred pour lui annoncer le meurtre de Thomas et Martha Wayne. Alors qu'un agent lui demande de passer à la morgue identifier les victimes, il se concentre sur l'orphelin qu'est devenu Bruce.

Les années passent et Alfred reste l'ange gardien de Bruce devenu Batman. L'ennemi que le dark knight affronte ici n'a guère d'importance ni d'originalité, c'est un prétexte pour souligner les rapports entre les deux hommes le temps d'une nuit qui a valeur d'exemple pour toutes les autres.

Tayor consacre l'essentiel des scènes (ponctuées par les actions spectaculaires de Batman) au majordome qui attend le retour de son maître. Le côté dérisoire, pragmatique des gestes d'Alfred devient flagrant en les comparant avec les manoeuvres acrobatiques de Batman. Mais, au lieu de s'en moquer, on les apprécie comme autant de petites attentions, humbles et utiles, de la part d'un homme qui, au fond, craint que son "fils" ne revienne pas, laisse sa peau en voulant sauver celles des autres.

Taylor injecte de l'humour dans une scène superbe où Alfred insiste pour que, à défaut de prendre un peu de repos, Batman n'oublie pas de manger - et on voit repartir le justicer avec un thermos de soupe. Plus loin, le ton se fait grave, tendu quand Batman blessé appelle son majordome à l'aide. Il l'emmène chez Leslie Thompkins et là, très subtilement, elle fait comprendre à Alfred qu'il doit prendre du repos. Comme il s'assoupit et que Bruce Wayne revient à lui, elle répéte son injonction. Maître Bruce consentira à confier sa prochaine patrouille pour laisser Alfred se requinquer, tout comme lui.

DC a eu la curieuse idée de confier le dessin de couverture à Bryan Hitch et cela induira sans doute en erreur de nombreux lecteurs qui ne connaissent pas le style graphique d'Otto Schmidt, totalement différent de son confrère.

Il y a encore quelques mois, Schmidt alternait les épisodes de Green Arrow avec Juan Ferreyra durant le run de Benjamin Percy - là encore, les deux artistes n'avaient rien de commun et pourtant passer de l'un à l'autre ne nuisait en rien au brio de la série.

Très discret depuis, sans doute parce que DC ne savait pas trop comment l'utiliser, Schmidt rebondit avec cet Annual où son trait proche du cartoon fait des étincelles. Fin, expressif, avec une spontanéité proche de l'esquisse à peine peaufiné, l'artiste assume aussi l'encrage et la colorisation : maître de ses planches, il compose des découpages très fluides et variés, avec des valeurs de plans d'une justesse remarquable (toujours à la bonne distance).

Surtout, grâce à son coup de main aérien, Schmidt était l'homme parfait pour dessiner Alfred dont il respecte la silhouette gracile et élégante, à qui il donne un âge sans l'exagérer (soit celui d'un quinqaugénaire-sexagénaire), et une une dignité plus authentique que l'ironie dont les scénaristes dotent souvent le personnage (non que ce soit une erreur mais c'est bien aussi de rappeler que Pennyworth a une sincère affection pour Wayne et ne fait pas que communiquer avec lui sous forme de petites phrases acerbes).

Ne cherchez pas d'autres figures familières dans ce récit, à part Leslie Thompkins à la fin, vous ne les trouverez pas : pas de Robin (Damian Wayne, Dick Grayson...), de Catwoman, de Jim Gordon. Taylor et Schmidt n'ont d'yeux que pour Alfred et Batman, leur relation hors du commun.

Ainsi les deux auteurs de ce numéro spécial ont compris qu'il ne s'agissait pas de faire mieux mais différent de l'an dernier. Et même d'offrir une parenthèse bienvenue au Bat-verse avec cette histoire d'amitié si spéciale. La sincérité avec laquelle c'est accompli est formidable.  

samedi 22 décembre 2018

THE BEST DEFENSE : DEFENDERS, d'Al Ewing et Joe Bennett


Ainsi s'achève le projet The Best Defense : après quatre épisodes consacrés à chacun des membres du non-groupe le plus célèbre de Marvel, les Defenders vont se réunir pour empêcher le train du Conducteur Céleste de détruire la Terre sur son passage. Ce final est écrit par Al Ewing et dessiné par Joe Bennett et illustre surtout que le trop est l'ennemi du bien...


Le cerveau du Conducteur Céleste est infecté par le parasite cosmique Nebulon. Le Surfeur d'Argent le découvre et tente de l'arrêter pour que le train ne soit pas la prochaine planète à alimenter le moteur de la machine infernale.


Mais le héraut de Galactus, qui cherche surtout à gagner du temps avant que son maître n'intervienne, est impuissant à raisonner son adversaire. Il l'ignore mais, pendant ce temps, sur Terre, des alliés à sa cause s'affairent.


Hulk qui est entré en possession de l'Oeil d'Agamotto voit apparaître la forme astrale du Dr. Strange venu du futur et le prévenant de la catastrophe à venir. Il le convainc de l'aider en échange d'un traitement contre la maladie dont souffre le colosse de jade.


Au même moment, Namor uni à la planche du Surfeur d'Argent vient à sa rescousse. Hulk et Strange descendent aux Enfers pour y négocier avec Mephisto contre Nebulon.


Mephisto capture Nebulon et renvoie Namor à l'océan et Hulk sur Terre. Le Surfeur d'Argent rejoint Galactus, repu et prêt à en découdre avec le Conducteur Céleste. Quant à Strange, il s'est sacrifié et est détenu par Mephisto - qui ingore que son prisonnier a un plan pour s'échapper...

Petit rappel des faits d'abord : dans un futur lointain, le Conducteur Céleste et son train ont dévasté la Terre dont Dormammu a fait son nouveau royaume. Seul le Dr. Strange défend encore la planète et, au péril de sa vie, il terrasse son ennmi et remonte le temps sous sa forme astrale via l'Oeil d'Agamotto. L'artefact est retrouvé par Bruce Banner sans comprendre comment un sans-abri a pu le récupérer... Pendant ce temps, le Surfeur d'rgent doit urgemment trouver une planète que Galactus pourra dévorer pour être assez fort afin d'affronter le Conducteur. Mais son surf lui échappe. La planche sauve Namor, qui vient d'affronter un seigneur aquatique ayant refusé de se joindre à sa guerre contre les humains. Leur duel les entraîne dans l'espace où le surf d'argent sauve le prince des mers...

Al Ewing est de tous les scénaristes émergeant chez Marvel celui qui est le plus chien fou. Je n'ai que quelques-uns de ses épisodes de New Avengers/U.S.Avengers et cela m'a suffi pour constater que si ce garçon a une imagination débridée, il lui manque (selon moi) la rigueur pour rendre ses idées digestes. Depuis une dizaine de mois, il a en charge le destin de la série The Immortal Hulk (issu de la saga Avengers : No Surrender) dont il a fait un succès critique et public en l'inscrivant pourtant dans le registre risqué de l'épouvante.

Après avoir, logiquement, écrit The Best Defense : The Immortal Hulk, il a le redoutable honneur de conclure ce curieux projet qui, en vérité, n'aboutit pas à une reformation des Defenders.

Et c'est en fait là où le bât blesse car on se rend compte que ces cinq chapitres n'aboutissent qu'à un terminus brouillon et surtout à des teasers pour le futur des quatre héros (même si j'ai du mal à voir ce que Mark Waid tirera de la situation dans laquelle Ewing laisse le Dr. Strange...). Hulk va poursuivre ses aventures en Enfer ;  Namor persévérer dans son projet de guerre contre les humains (suivant l'idée idiote de Jason aaron dans Avengers) dans un prochain titre Invaders ; et le Surfeur d'Argent va intervenir dans le relaunch de Guardians of the Galaxy.

Tout ça pour ça ! L'épisode, long comme un Annual (soit une trentaine de pages) est grandiloquent et boursouflé : on découvre que le Conducteur est manipulé par un parasite mais n'attendez pas de grandes batailles contre lui ou entre Galactus et le Céleste. C'est une ficelle grosse un cable et un deus ex machina bien pratique qu'utilise Ewing pour dénouer tout ce bazar : Mephisto, jamais loin quand le Surfeur d'Argent est concerné, devient l'allié bien pratique et providentielle de ces Defenders animés sans alchimie. Bien entendu, il y a un prix pour son intervention, mais les scénariste le traite avec une telle désinvolture qu'elle perd tout son sens (et place donc Strange dans une position abracadabrantesque).

The Best Defense affiche un bilan très inégal  deux superbes one-shots (Doctor Strange et The Silver Surfer), deux autres médiocres (Namor, The Immortal Hulk), et des liaisons maladroites, forcées. On se plaît à rêver à ce qu'Alan Davis aurait fait de ça, lui qui excelle à synthétiser des éléments disparates en un tout admirablement cohérent et intense...

Et il aurait dessiné ça autrement plus puissamment que Joe Bennett. L'artiste s'en sort honorablement mais son trait est parfois inutilement chargé et manque d'énergie, un comble pour un récit manipulant des êtres aussi démesurés. Il reste des planches mémorables (le Conducteur qui attrape des planètes pour les balancer dans la fournaise de son train, Nebulon accroché au cerveau du géant céleste, Mephisto, les Enfers). Mais ça ne fait pas une narration graphique.

Ron Garney, qui a signé les couvertures de tout le projet, aurait été bienvenu pour contribuer au-delà (mais il est parti s'occuper d'une série sur Conan, dont Marvel a récupéré les droits).

Le compte n'y est pas donc. C'est déplorable car on a le sentiment d'avoir ét roulé dans la farine avec la promesse d'une reformation des Defenders d'origine, mais pris entre une histoire improbable et les plans d'autres auteurs pour les héros, c'était pour ainsi dire injouable.

vendredi 21 décembre 2018

FREEDOM FIGHTERS #1, de Robert Venditti et Eddy Barrows


Quinze jours après le début de la maxi-série Martian Manhunter (par Steve Orlando et Riley Rossmo), DC entame donc la parution d'un nouveau format identique avec une nouvelle version de Freedom Fighters. Le projet excite d'emblée car il réunit le scénariste de Hawkman, Robert Venditti, et un des ex-dessinateurs de Detective Comics, Eddy Barrows. Pour une dystopie ambitieuse qui démarre fort et vite.


Dallas, Texas. Le 22 Novembre 1963. L'Amérique est sous le joug nazi depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Face à l'oppresseur, la résistance s'organise, discrétement. Dans une bibliothèque, une réunion se tient en présence des Freedom Fighters.


Il s'agit de l'ancien athlète Jesse Owens, de Human Bomb, Doll Man et Black Condor. Ils planifient le sabotage d'une usine où seraient conçus des robots d'assaut. Mais c'est alors que les PlaSStic Men attaquent.


Exécutés en place publique, devant les caméras de télé, les héros vaincus sont une nouvelle victoire pour le Reich. Reste à trouver leur leader, l'Oncle Sam. Il est repéré par les PlaSStic Men devant la vitrine d'une magasin mais se volatilise quand ils croient le tenir.


2018. Un officier allemand visite le Musée de la Victoire où a été accroché un tableau représentant le supplice des Freedom Fighters. Le fils d'Hitler est devenu le nouveau Führer. Mais un attentat fait sauter cette ile du bâtiment.


Dehors, devant les badauds choqués, se réunit une équipe de nouveaux Freedom Fighters - Human Bomb II, Doll Woman, Black Condor II et Phantom Lady - prêts à libérer le pays. Des robots de combat interviennent aussitôt...

Avec cette nouvelle version de Freedom Fighters, DC ressuscite ni plus ni moins que les bons vieux "Elseworlds", ces récits complets hors continuité comme les classiques que sont devenus JSA : The Golden Age ou Kingdom Come. C'est encore plus manifeste que pour Mister Miracle où King et Gerads brouillaient les pistes.

Robert Venditti signe sans doute son projet le plus ambitieux, à un moment où il brille avec sa reprise de Hawkman (même si les ventes de cette série ne sont pas, hélas ! à la hauteur de sa qualité). Et il s'inscrit dans la dystopie avec une intrigue reprenant l'argument déjà vu d'une Amérique conquise par les nazis (ou "ratzis" comme ils sont appelés ici).

Dès la première scène, qui prolonge l'image de couverture avec un employé décollant l'affiche où figure l'Oncle Sam appelant le peuple à résister, le ton est donné et le scénariste n'hésite pas à manier des symboles forts. La première formation des FF compte ainsi dans ses rangs l'athlète Jesse Owens, qui domina les jeux olympiques de Berlin en 1936. Gonflé mais logique pour incarner justement cette résistance.

Venditti surprend aussi en transformant Plastic Man, l'archétype du super-héros facétieux, en PlaSStic Men : pas sûr que ça ait ravi Jack Cole, son créateur, mais la manière dont est reconfiguré le personnage glace vraiment le sang, de manière très originale.

L'Oncle Sam, le vrai chef des Freedom Fighters, est un héros délicat à manier : il est l'Amérique littéralement personnifié, et en ce temps troublés, à l'époque de Trump, l'exploiter est périlleux tant la frontière entre patriotisme et nationalisme est devenue poreuse (même si le nationalisme est le dévoiement du patriotisme). Cela, Venditti l'a parfaitement compris et c'est aussi sans doute pour ça qu'il fait vite quitter la scène à ce personnage (pour rendre son inévitable réapparition plus frappante).

Car, ce premier épisode, introductif mais nerveux, insiste surtout sur la transmission : Hitler a eu un fils qui est devenu le nouveau Führer, et de nouveaux Freedom Fighters surgissent. Le petit groupe de héros paraît bien dérisoire par rapport à l'ennemi qu'il prétend renverser et à l'ambition de délivrer le pays. Mais pas sûr que l'objectif de Venditti soit d'en faire des combattants invulnérables : cette maxi-série, en établissant de facto le déséquilibre des forces en présence, suggère aussi la notion de sacrifice propre aux résistants.

Pour mettre cela en images, Venditti est une nouvelle fois bien accompagné puisqu'Eddy Barrows est au crayon. C'est un remarquable artiste, bien que régulièrement fâché avec les délais, et il sera intéressant de voir comment DC va devoir gérer cette donnée (en laissant les épisodes sortir avec un peu de retard comme pour Mister Miracle ? Ou en recourant à un fill-in - ce qui serait dommage - ?).

Barrows en tout cas s'est investi dans le projet : ses planches sont superbes, riches en détails, et l'encrage de son complice Eber Ferreira rend justice à ses crayonnés très poussés, tout comme les couleurs d'Adriano Lucas (plus sobre que sur Detective Comics où il repeignait parfois entièrement des vignettes).

Le dessinateur a aussi procédé à de légères corrections sur les designs des costumes pour la nouvelle génération des FF, mais aussi sur la croix gammée des occupants. Il y a une volonté de s'approprier les personnages sans les dénaturer, subtilement.

Vite lu, mais néanmoins très accrocheur, et doté d'un gros potentiel, cette maxi-série a tout pour devenir un hit et confirme l'intelligence éditoriale de DC.

WEST COAST AVENGERS #6, de Kelly Thompson et Daniele di Nicuolo


Avec sa couverture qui "swipe" un fameux épisode d'Alpha Flight de John Byrne, ce nouveau numéro de West Coast Avengers continue à s'amuser avec les classiques Marvel. Kelly Thompson et Daniele di Nicuolo poursuivent leur arc narratif à un rythme soutenu et, donc, une surprise au menu.


Quentin Quire, Gwenpool, Fuse, sa soeur Ramone, America Chavez et Clint Barton sont enfermés dans des cages suspendues au-dessus d'un bassin rempli de requins énormes.


Mme Masque et ses complices - MODOK, Satana Hellstrom et the Eel - savourent leur prise tout en déplorant de n'avoir pu attraper Kate Bishop. Celle-ci suit sa mère, Eleanor, dans un tunnel sous le parc d'attraction où ont été piégés les héros.


Même si elle a fait promettre à sa mère de ne pas disparaître une fois cette affaire réglée, Kate lui a collé discrétement un traceur. Sentant qu'on les suit, l'archer décoche une flèche lumineuse puis une autre pour neutraliser Lady Bullseye, équipée d'oreillettes.


Cependant, Masque et ses acolytes s'amusent sadiquement à jeter leurs proies dans le bassin. Quentin Quire, exaspéré par la situation et la panne de ses pouvoirs, se concentre pour vider cette piscine... Sans arriver à se débarrasser des requins.


Eleanor a trouvé une sortie mais Kate refuse, comme sa mère le lui demande, de laisser ses partenaires derrière elle. Elle retourne les sauver lorsqu'on l'assomme. Quand elle revient à elle, une vieille connaissance lui tend la main...

Comme on avait pu le découvrir à la fin du #4, l'officialisation de la formation des West Coast Avengers à la télé avait accablé aussi bien Kate Bishop (que Captain America avait visiblement tancée au téléphone auparavant) que plusieurs super-vilains locaux.

Mme Masque, avec laquelle Kate a eu maille à partir plusieurs fois ces dernières années (dans les séries Hawkeye de Matt Fraction puis de Kelly Thompson), a attiré l'équipe dans un traquenard, les divisant pour mieux les neutraliser. Mais échouant à capturer Kate.

La scénariste nous confirme que la méchante fille du comte Nefaria a réuni tous les vilains mécontents autour d'elle pour réaliser son plan. Et c'est du sérieux avec à ses côtés MODOK, Satana Hellstrom ou Lady Bullseye. Plus un membre surprise...

L'épisode alterne les scènes avec le groupe de héros dans les griffes de leurs adversaires et Thompson en profite pour réutiliser les requins géants de son premier épisode. On est là dans la partie la plus comique, la plus délirante - en terrain connu.

Puis il y a les scènes avec Kate et sa mère qui cherchent à quitter le parc d'attractions. Les grandes explications sont pour plus tard entre elles deux, mais on ne sent pas une grande confiance de la part de Kate envers Eleanor, qui, elle-même, semble garder bien des secrets (elle est visiblement liée à Mme Masque et prête à sacrifier les WCA prisonniers). Thompson s'essaie à une ambiance plus grave avec brio et rappelle à quel point cette série est organiquement liée à son run sur Hawkeye. Le thème de la filiation et de la famille (celle du sang et celle qu'on se choisit) est au coeur de l'intrigue (idem pour Masque qui a autour d'elle une sorte de famille-bis).

Daniele di Nicuolo confirme les forces et faiblesses entrevues dans le précédent épisode : son trait est dynamique et expressif et son découpage fluide. Il dispose visiblement d'un script aux indications clairs pour le guider car la narration est aussi vigoureuse que d'habitude.

L'italien est en revanche un peu léger quand il s'agit de représenter les décors et surtout pour donner  de la texture à ses images. Son encrage fin est trop uniforme pour maximiser les effets de certains moments forts (comme lorsque Quentin vide le bassin ou que Kate aveugle Lady Bullseye). Le punch naturel qu'avait su insuffler Caselli avec des compositions variées et soignées manque clairement ici.

[Au rayon mauvaises nouvelles, il faut d'ailleurs annoncer que Caselli ne semble pas prêt de revenir sur la série. En Février, c'est un nouvel artiste qui est prévu. Vraiment dommage, même si, évidemment, on peut être agréablement surpris par le futur remplaçant. Mais West Coast Avengers, dont les ventes ne sont pas ébouriffantes, aurait bien eu besoin de conserver sa vedette au dessin.]

J'ai choisi de ne pas déflorer la surprise de la couverture mais le personnage en silhouette dont on découvre l'identité à la toute dernière page fera certainement plaisir à bien des fans, comme moi (pensez aux Young Avengers de Gillen-McKelvie...). Et comptons sur Thompson pour exploiter sa présence et son rôle exact. 

jeudi 20 décembre 2018

AQUAMAN #43, de Kelly Sue DeConnick et Robson Rocha


All-New Aquaman : plus que l'arrivée d'une nouvelle équipe artistique, après le run de Dan Abnett, par cet intitulé, c'est comme si DC indiquait au lecteur que la série était relancée. Pourtant, la numérotation est conservée et Kelly Sue DeConnick et Robson Rocha prennent le relais au lendemain d'un crossover avec Justice League, Drowned Earth. Un nouveau départ très accrocheur et prometteur.


Aquaman a été repêché, après une bataille aux côtés de la Justice League, par une jeune femme, Caille, sur une île isolée de tout. Amnésique, il est hébergé par un couple de vieillards qui l'appelle Andy.


Caille, elle, préfère le prénommer Arausio - un autre titre en "A" comme la boucle de sa ceinture. D'après elle, il n'est pas apparu ici par hasard, c'est un présent quasi-divin, pour sauver ce bout de terre sauvage.


En effet, l'île est, selon les indigènes, soumis à une vieille malédiction. Les poissons pêchés sont pourris dans les filets, les conditions météo sont épouvantables, et les habitants ont tous élu domicile ici, livrés à eux-mêmes après bien des périples.


Pour quelle faute paieraient-ils ce prix ? Jadis, pour s'attirer les faveurs de la mer, ils ont conclu un pacte avec elle. Sauf l'une d'entre eux : Namma, la mère de Caille. Pour la sanctionner, elle a été bannie de la communauté sur un îlot voisin.


Ayant remarqué la force naturelle d'Aquaman, les habitants lui demandent alors de ramener Caille à Namma afin que celle-ci lève la malédiction. En sauvant la jeune femme d'une vague meurtrière, il révèle, à lui comme aux autres, ses pouvoirs aquatiques...

En 2011, avec le statu quo des "New 52", Geoff Johns en personne s'était fixé l'objectif de prescrire le même traitement à Aquaman qu'à Green Lantern auparavant. Autant dire que le personnage était promis, si le plan fonctionnait, à un regain de popularité énorme. 

Dessiné par Ivan Reis puis Paul Pelletier, relayé à l'écriture par Jeff Parker, la série consacré à Arthur Curry fut l'une des réussites de DC à l'époque. Naturellement, avec l'ère ouverte par "Rebirth", le personnage devait rester une des vedettes de DC, d'autant qu'il demeurait membre de la Justice League écrite par Bryan Hitch (qui finira par le remplacer par son épouse Mera) puis récemment dans celle de Scott Snyder. Pour couronner le tout, un film consacré au roi des mers va bientôt sortir.

C'est certainement ce dernier élément qui a dû motiver un changement d'équipe sur le titre. Je n'ai pas lu un seul épisode de Dan Abnett, donc je m'abstiendrai de tout jugement, même si les retours étaient favorables. Il a quinze jours à peine, s'achevait le crossover Drowned Earth au terme duquel Aquaman était séparé de la Justice League, présumé mort au combat.

A charge pour Kelly Sue DeConnick de composer avec cette situation. La femme de Matt Fraction s'était éloigné des majors depuis son départ de Marvel, qu'elle a notamment marqué par un excellent run sur Captain Marvel (surtout le dernier volume dessiné par David Lopez). Elle avait ensuite produit Bitch Planet chez Image.

Féministe affichée, d'un tempérament franc (elle n'avait pas caché sur les réseaux sociaux que Marvel traînait des pieds pour faire de la pub à Captain Marvel - ironique quand on sait que le film sur l'héroïne repose sur ses épisodes), mais aussi doté d'un humour salvateur (qui a inspiré Kelly Thompson, à qui elle a mis le pied à l'étrier), la voir animer Aquaman est inattendu.

Mais le début de ce premier arc (en cinq parties) est très réussi. La figure du héros devenu amnésique est un classique que DeConnick exploite sobrement mais efficacement. Dans la peau d'un étranger (à lui-même pour commencer), perdu sur une île hostile, Arthur Curry est à la fois considéré comme un inconnu (personne n'a connaissance de ses exploits super-héroïques, de ses pouvoirs) et comme un messie.

Autre motif vu et revu, celui de l'île maudite : là encore, la scénariste l'utilise avec subtilité et infuse une ambiance envoûtante, laissant au lecteur le loisir de mesurer si c'est une superstition ou une vérité (les prochains numéros devraient éclaircir cela). En tout cas, on entre dans cette aventure facilement et le propos intrigue, retient l'attention.

La série quand elle était pilotée par Abnett a vu (et sans doute souffert d') un défilé d'artistes au niveau variable (Brad Walker, Philippe Briones, Stjepan Sejic...). Cette fois, c'est le brésilien Robson Rocha qui s'y colle, après avoir fait ses preuves sur Green Lanterns (entre autres).

Ce dessinateur évolue dans un style réaliste et l'ancien encreur de Bryan Hitch, Daniel Henriques, l'épaule. Son style se distingue par une excellente maîtrise anatomique mais aussi des décors soignés, inscrits dans des compositions brillantes. C'est un artiste complet, au trait séduisant, à l'aise pour montrer la puissance d'éléments déchaînés, la carrure athlétique d'Aquaman (barbu, cheveux longs, ce qui souligne sa ressemblance avec Thor, à qui on le compare souvent) comme la grâce des danses de Caille ou la folie qui gagne les indigènes de l'île.

Visuellement, Rocha complète idéalement DeConnick : à lui, des images belles et intenses ; à elle, les ambiances prenantes et un potentiel dramatique très prometteur. Aquaman semble promis à de beaux jours, quelle que soit la durée de son amnésie, son séjour loin du monde : en le situant comme une page blanche, coupé de tout, mais pas de ses racines, le personnage comme la série se positionnent même comme prêt à devenir un équivalent à l'excellent Hawkman actuel de Vendetti et Hitch.