mercredi 25 juillet 2018

THE MAGIC ORDER #2, de Mark Millar et Olivier Coipel


Attendue au tournant, la première série "Millarworld"-Netflix, The Magic Order n'a pas déçu pour son premier numéro, se classant immédiatement dans le top 10 des meilleures ventes de singles. La mini-série de Mark Millar et Olivier Coipel se poursuit ce mois-ci avec un deuxième épisode où les événements prennent une tournure plus dramatique et rapide dans la communauté des sorciers.


Cordelia Moonstone raconte à un public d'enfants devant lequel elle se produit comment, dès sa naissance, elle a développé ses dons pour les numéros d'évasion, échappant à sa mort programmée. Marchant ensuite dans les pas de son père, Leonard, elle s'est distinguée par son mode de vie débauché et désabusé.


Pourtant, elle est présente à la réunion qu'organise Leonard et auquel se joint son frère aîné Regan - mais pas Gabriel, son cadet. Au second étage du Art Institute de Chicago, en passant à travers un tableau, les magiciens sont là pour élaborer une stratégie contre l'assassin qui a déjà tué plusieurs de leurs semblables. Une suspecte est toute désignée : Mme Albany.


Celle-ci convoîte l'Orichalcum, un grimoire recelant des sorts capables de tuer des dieux. Mais une nouvelle alerte interrompt le conciliabule et l'assemblée se sépare. Cordelia accompagne Regan dans l'Ohio chez Ray Morales. On lui a volé l'Horlogium, capable d'arrêter le temps, un des artefacts qu'il collectionne et Cordelia remarque aussi l'absence d'une caméra de l'âme.


Ces engins sont en possession de Mme Albany et de son tueur, le Vénitien, qui s'en servent contre Willie à Los Angeles en dérobant son esprit en le prenant en photo. Puis contre Edith, la libraire des magiciens, à New York, en la noyant dans un taxi.


Une troisième victime fait les frais de leurs manoeuvres en la personne de Moe. Mais Mme Albany épargne sa femme, Carmella, afin qu'elle prévienne que le prochain sur sa liste sera Leonard Moonstone...

L'épisode est clairement découpée en deux parties : Mark Millar a posé la menace dans le premier épisode avec un serial killer de magiciens et une suspecte, il enchaîne avec ce chapitre II par une réunion de crise des cibles potentielles. Mais, juste avant cela, il écrit un préambule, revenant sur l'arrestation de Cordelia, vue le mois dernier, alors qu'elle se produisait devant des enfants : on avait deviné qu'elle s'était mal comportée à cette occasion, avec eux et le père de l'un des gamins (en couchant avec lui, surpris par sa sa femme). On découvre qu'elle avait raconté à son auditoire son passé, dévoilant ses dons d'escapist (l'art de l'évasion, dont Harry Houdini était le champion) dès la naissance.

Cette précision introductive n'est pas innocente car elle en dit autant sur Cordelia, qui cherche encore à fuir le poids d'un héritage familial écrasant (être la fille d'un grand magicien, être une fille dans une communauté masculine, être une enfant non désirée, être une femme indépendante et je-m'en-foutiste), que sur ce collège de mages aujourd'hui rassemblé pour réagir à une série de meurtres dans leur milieu (et qui, lui, refuse de fuir, de rester passif devant le danger).

Lorsque tout ce beau monde s'accorde sur la suspecte et l'urgence à riposter, Cordelia est embarquée, malgré elle, dans une chasse à la sorcière. Millar n'hésite pas (il n'hésite jamais) à jouer avec les codes du conte, avec d'un côté une vilaine très méchante et de l'autre des gentils magiciens (bien qu'on devine un drame plus ancien parmi les Moonstone, justifiant le retrait de Gabriel).

Puis le scénariste embraye avec la seconde partie de l'épisode et se fait plaisir en montrant l'ennemi en action. Le Vénitien et Mme Albany sont des tueurs méthodiques et efficaces, qui ne perdent pas de temps à être cruels ou bavards : ils éliminent leurs cibles avec diligence et perversité, imaginant des parades cruelles (un piège redoutable pour Willie, une noyade pour Edith, un assassinat rapide pour Moe). Le mot de la fin n'est pas là pour surprendre, il est même très prévisible (Leonard Moonstone est le prochain sur la liste), mais pour confirmer la détermination des méchants et leur pouvoir de nuisance. Millar ne mentait pas en citant parmi ses références pour l'histoire la série télé Les Soprano : Albany se comporte comme un parrain de la mafia qui envoie des avertissements sérieux pour mieux épouvanter sa cible et le lecteur.

Olivier Coipel, avec un matériau si bien taillé, a de quoi s'amuser aussi et il ne s'en prive pas. Comme Romita Jr. sur le l'arc du nouveau volume de Kick-Ass du même Millar, le français semble totalement revigoré par son aventure avec le scénariste écossais.

Pour s'en convaincre, il suffit de lire ses pages mettant en scène la discussion des magiciens : la variété des plans, de leur valeur, le soin apporté à leur composition, donnent déjà une bonne idée de la forme retrouvée de l'artiste. Mais quand il doit s'acquitter de l'animation des dialogues en serrant ses cadres sur les visages, l'expressivité qu'il leur confère suffit à prouver qu'il est à nouveau en pleine possession de ses moyens, qu'il prend du plaisir avec ces personnages (Cordelia est superbement représentée).

Idem quand, quelques pages plus loin, il dessine le sous-sol rempli de reliques de Ray Morales, puis la succession d'exécutions commises par le Vénitien sous les ordres de Mme Albany. C'est du sur-mesure de la part de Millar et Coipel le lui rend bien, avec le concours précieux du coloriste Dave Stewart (dont la polyvalence est exemplaire - voir son travail sur The Weatherman).

Quel kif !  

THE WEATHERMAN #2, de Jody LeHeup et Nathan Fox


The Weatherman fut, le mois dernier, une des excellentes nouveautés publiées par Image Comics. Avec son pitch original, son rythme soutenu et son graphisme singulier, le projet de Jody LeHeup et Nathan Fox donnait envie de s'y accrocher. Et c'est sur ces bonnes bases que la série continue avec un deuxième épisode aussi riche et percutant.


Nathan Bright est interrogé de façon musclée par un des agents sous les ordres d'Amanda Cross après qu'elle l'ait arrêté pour un génocide sur Terre. Pourtant il continue de jurer ne rien savoir d'une opération "Epée de Dieu" à l'origine de cette tragédie, alors même que, sur Mars, les survivants demandent des comptes aux responsables politiques.


Fitch, le supérieur d'Amanda, a identifié les trois mercenaires qui ont fait irruption chez Nathan pour l'enlever avant de fuir à l'arrivée de la police : il s'agit de trois mercenaires venus des environs de Vénus, ce qui signifie que leur commanditaire cherchent la même chose que les forces de l'ordre martiennes et que Bright en est la clé.


Après que son esprit ait été sondé par une télépathe, qui conclut que la mémoire de Nathan a été effacée, ce dernier écoute Amanda lui raconter l'histoire du soldat d'élite Ian Black, recruté par Jazen Jenner pour voler un dispositif capable d'anéantir la Terre. Ceci fait, ses souvenirs ont été gommés et son apparence modifiée par le Dr. Miriam Nyseth.


Mais Nathan continue de nier être Ian Black. On le renvoie dans sa cellule où l'attendent des documents accablants. Cependant, les méthodes d'Amanda lui valent un sermon de la part de Fitch qui veut utiliser Bright comme appât pour coincer les mercenaires et Jenner.


Nathan est finalement libéré mais reste sous la garde d'Amanda qui lui révèle son rôle d'appât. Il n'a pas le temps de s'en effrayer car la station spatiale où ils se trouvent est attaquée et explose à cause d'un agent double kamikaze tandis qu'Amanda et lui la quittent en urgence.

La variant cover de Marcos Martin

Ce qui est toujours agréable avec une série, quel que soit le genre qu'elle explore, c'est le potentiel de surprises qu'elle réserve. Si son pitch initial est déjà étonnant, c'est un bon début, mais il faut ensuite transformer l'essai, ne pas laisser le lecteur souffler, continuer à le surprendre, lui fournir des coups de théâtre à la fois spectaculaires mais pas trop invraisemblables dans le contexte de l'histoire.

Tout cela, The Weatherman l'accomplit avec brio depuis deux numéros. C'est encore trop peu pour prétendre qu'on tient là la série du moment, une sorte de "sleeper" (un comic-book que personne n'attendait et qui s'impose comme la BD hype), mais c'est déjà bien. On finit la lecture en ayant très envie de connaître la suite et en sachant que rien n'est prévisible.

Le premier chapitre se concluait sur un twist ahurissant : l'inoffensif présentateur de la météo Nathan Bright était accuser d'être l'auteur d'une terrible catastrophe terrienne depuis Mars. On le retrouve arrêté et incarcéré dans une station spatiale et passé à tabac pour qu'il avoue, mais ni les coups ni un sondage télépathique ne peuvent corroborer ces accusations atroces.

Lorsque sa fiancée, qui est une policière très remontée, lui raconte qu'il a été un soldat d'élite devenu mercenaire à la solde de l'auteur de la tragédie terrienne, le récit prend les proportions d'un cauchemar kafkaïen, à la fois crédible (compte tenu de l'état avancé de la technologie et de la science en 2770) et surréaliste par l'enchaînement des faits. On compatit pour le héros car on a du mal à imaginer que ce garçon fluet, plus bouleversé par la mort de sa chienne que par son propre sort, ait pu être un tueur à gages au service d'une terroriste.

Jody LeHeup se garde bien de lever le voile sur cette énigme ambulante. Peut-être bien que oui, peut-être bien que non, on ne saura pas (pas encore) si Nathan Bright est Ian Black. En revanche, la scénariste ne freine pas l'allure dans la dernière ligne droite de l'épisode où la station spatiale est attaquée puis détruite par une kamikaze, jetant le héros et Amanda Cross dans l'espace, livrés à eux-mêmes désormais, avec une bande de crapules aux trousses. La suite promet d'être pétaradante.

Nathan Fox illustre ce récit avec un dessin toujours aussi vif et expressif que vient souligner la colorisation pêchue de Dave Stewart. Les deux hommes s'entendent bien pour donner à la série un look très bariolé, presque psychédélique par moments, cru à d'autres, qui crée un contraste saisissant entre la vigueur du trait très fin de Fox et la palette flamboyante ici, acidulée là, de Stewart.

Il y a beaucoup d'informations à assimiler dans cet épisode, mais la narration les distribue de manière toujours abordable, compréhensible, avec un vrai souci de ne pas saturer le lecteur. L'histoire s'en trouve considérablement enrichie, avec un passé très dense, des ramifications accrocheuses. Il y a là matière à développer une vraie saga.

Avec le somptueux Isola (de Fletcher, Kerschl et Msassyk), The Weatherman s'impose comme la production la plus addictive d'Image Comics cet été.

Et, pour la peine, Nathan Fox s'est fendu d'une deuxième couverture wrapparound pour ce n°2.

mardi 24 juillet 2018

THE LIFE OF CAPTAIN MARVEL #1, de Margaret Stohl, Carlos Pacheco et Marguerite Sauvage


Avec un film qui lui sera consacrée en 2019 et son arrivée attendue dans Avengers 4, Carol Danvers doit, plus que jamais, être mise en valeur par Marvel pour la faire connaître au public. Car si The Life of Captain Marvel est une mini-série revenant sur les origines de l'héroïne, avec quelques corrections opportunistes, le personnage a encore du mal à s'imposer comme une vedette auprès des fans, malgré des séries souvent intéressantes (particulièrement le run de Kelly Sue DeConnick avec David Lopez). A la romancière Margaret Stohl et au vétéran Carlos Pacheco de rectifier ça.


En mission avec les Avengers, Captain Marvel est sujette à une bouffée de rage contre son adversaire puis à une crise d'angoisse lorsqu'elle se rappelle, dans le feu de l'action, d'un épisode de son enfance où son père, Joseph Danvers, avait frappé ses deux frères.
  

Examinée par Tony Stark, qui la trouve en parfaite condition physique mais certainement tourmentée psychologiquement, Carol Danvers décide de faire un break en rendant visite à sa mère et son frère Joe à Harpswell Sound dans le Maine.


Si sa mère est heureuse de la revoir, Joe la bat froid en estimant qu'elle les a abandonnés. Ils se disputent en se recueillant sur la tombe de leur père et, peu après, Joe a un accident de la route, nécessitant une hospitalisation en urgences.


Une sévère commotion cérébrale diminue Joe et son séjour à l'hôpital dure neuf mois, durant lesquels Carol, qui culpabilise, reste à ses côtés, en soutien de sa mère. Tony Stark l'encourage, comme sa mère, à reprendre ses activités au sein des Avengers mais elle refuse.
  

En rangeant ses affaires, Carol découvre dans une penderie une boîte contenant des lettres écrites par son père et dévoilant qu'il a eu une liaison adultère, mais aussi un curieux appareil à la technologie inconnue. Carol tente de l'activer, ce qu'elle réussit sans s'en rendre compte : en effet, à l'autre bout de l'univers, l'engin a alerté les Kree, race d'extraterrestres à l'origine de ses pouvoirs...

Cette mini-série commence en provoquant une polémique chez ceux qui connaissent bien Carol Danvers car Margaret Stohl utilise le procédé de la retcon (pour continuité rétroactive : la correction actualisée des origines du personnage). Mais on le sait, dans les comics, peu de héros échappent à cet artifice qui permet de les garder contemporains, même quand il affiche plusieurs décennies d'activité.

En l'occurrence (je ne le savais pas, je l'ai appris en visitant quelques forums), l'élément qui fait jaser concerne la caractérisation de Joseph Danvers, par qui tout démarre dans cette mini-série lorsque Captain Marvel se souvient de sa brutalité envers ses fils dans leur enfance. Or, il semble que cet homme ait initialement été décrit comme tout le contraire de ce qu'on nous raconte ici, prêt à se sacrifier pour les siens, d'un tempérament aimable.

Si l'on accepte de passer outre cela, alors The Life of Captain Marvel ne fait que coller à un des deux ingrédients principaux des comics de super-héros, à savoir un mélodrame - ou un psychodrame (l'autre ingrédient étant l'action, ici vite expédiée dans le prologue : on verra si la suite du projet confirme cette option).

Stohl n'est pas spécialement subtile dans son traitement du traumatisme de son héroïne et de ses relations familiales. Sa mère la retrouve avec joie mais son petit frère lui adresse des reproches définitifs bien péremptoires, comme s'il faisait peu de cas que Carol sauve régulièrement la Terre au sein des Avengers ou dans ses propres aventures, ce qui n'est pas à proprement parler un job ordinaire, prompt à vous laisser savourer les délices des réunions de famille.

Ensuite, et là, on est franchement dans le mélo le plus épais, intervient l'accident dudit Joe qui culpabilise encore davantage Carol et rallonge son congé. Le plus maladroit là-dedans, ce n'est pas tellement la succession des événements, mais la façon dont la scénariste s'en sert pour amener son personnage et donc le lecteur où elle en a besoin. Soit : la découverte d'une infidélité de Joseph Danvers (ce qui commence à faire beaucoup, après le père violent) et la possession d'un étrange appareil... Qui, heureux hasard, est en relation avec les Kree, la race à laquelle appartenait le premier Captain Marvel, qui donna ses pouvoirs à Carol !

Marguerite Sauvage intervient peu dans cet épisode, se chargeant d'illustrer les flash-backs qui ponctuent le prologue, mais son travail est joli à voir. J'attendais ce qu'allait produire Carlos Pacheco, dont le travail est toujours prometteur, même si l'espagnol a perdu de sa superbe depuis sa séparation avec son encreur Jesus Merino (devenu lui-même dessinateur chez DC).

Le résultat est avantageux, on sent que Pacheco s'est investi dans le projet et a soigné son ouvrage. Quand il est bien disposé, cet artiste reste un cador dans sa partie, en particulier parce qu'il sait composer des plans à la perfection, disposant de l'espace de manière intelligente et efficace. Son découpage est un modèle de lisibilité et de fluidité, au sein duquel les personnages se meuvent avec naturel et prestance. Par ailleurs, il sait les rendre expressifs sans avoir besoin d'exagérer leurs mimiques ou leur gestuelle. L'encrage de l'expérimenté Rafael Fonteriz valorise le trait précis de Pacheco.

Et pour ne rien gâcher, la mini-série profite de superbes couvertures par Julian Totino Tedesco.

Tout n'est donc pas parfait dans ce premier chapitre, la faute à une écriture trop appuyée dans ses effets, mais nul doute que The Life of Captain Marvel a des ressources et devrait déboucher sur une série régulière (avec espérons-le un dessinateur aussi attractif que Pacheco, même si ça m'étonnerait que ce dernier aille plus loin) à la hauteur de son héroïne et de son heure de gloire l'an prochain.  
  

lundi 23 juillet 2018

BATWOMAN #17, de Marguerite Bennett et Fernando Blanco


De manière assez malicieuse, Marguerite Bennett a choisi de conclure son run sur Batwoman par un arc narratif en deux parties sur le thème du temps. Le mois prochain, cette excellente série s'arrêtera (avant d'être un jour relancée ? En tout cas, une série télé avec l'héroïne est en pré-production chez Warner) mais ni sa scénariste ni son dessinateur, Fernando Blanco, ne se sont résolus à bâcler leur sortie.


Six mois se sont écoulés depuis que Batman a répudié Batwoman, l'avertissant au passage qu'à la prochaine erreur de sa part il l'empêcherait de porter son pseudo et le signe de la chauve-souris. Kate Kane s'est installée à Gotham où elle partage un appartement avec sa soeur Beth, qui suit avec succès un traitement contre sa schizophrénie, et Julia Pennyworth. Sur son temps libre, elle combat le crime en ville.


C'est ainsi qu'elle vient en aide à son amie, l'inspectrice de police Renee Montoya, attaquée par un automate dans le commissariat central. Une fois le robot neutralisé, Renee explique à Batwoman qu'elle enquête justement en ce moment sur des engins identiques qui dealent une nouvelle drogue : le Kairos.


Ceux qui la consomment ont un bref aperçu de leur futur et peuvent ainsi planifier crimes et délits sans risquer d'être pris. Mais comment savoir qui est derrière ce trafic et ces robots ? Batwoman va aider à le découvrir en utilisant la technologie mise à disposition des alliés de Batman.


Elle se rend dans la "chambre froide" équipée d'un super ordinateur pour localiser la provenance d'un rouage de l'automate. En attendant le résultat de l'examen, Kate se souvient de sa dernière entrevue avec Safiyah Soheil à la prison de Gotham où elle lui avait offert un moyen de s'échapper mais avait refusé de la suivre en cavale.


Kate et Renee, avec le support de Julia Pennyworth, s'invitent à la Crystal Tower où a lieu une réception en l'honneur des clients du dealer de Kairos : le Roi des Horloges (Clock King). Mais ce dernier sait qu'elles sont là et les invités, tous des automates, reçoivent pour consigne de les tuer !

Le jeu auquel nous convie Marguerite Bennett est amusant : comment terminer une série en deux épisodes ? En racontant une histoire sur un vilain qui procure un moyen de lire l'avenir ! Cette mise en abyme est savoureuse puisque c'est comme si l'auteur nous glissait à l'oreille qu'elle avait prévu depuis longtemps le terme de son aventure, comme si, avec un brin de fatalisme, Batwoman était condamnée à être annulée...

L'espèce de poisse qui s'accroche au personnage a de quoi interroger en effet : malgré des équipes créatives talentueuses, et une volonté éditoriale de DC de soutenir l'héroïne depuis ses débuts dans la saga hebdomadaire 52, c'est comme si les fans n'étaient jamais assez nombreux pour permettre à Batwoman de s'imposer sur la durée. Il est certes difficile de vivre dans l'ombre de Batman, mais Batgirl, Nightwing y parviennent bien, alors pourquoi pas Batwoman ? 

Il est pourtant évident que l'éditeur et la scénariste avaient de grands projets pour Kate Kane avec le statu quo "Rebirth" puisqu'elle apparaissait dans Detective Comics et que, à la fin du premier arc de sa série, on découvrait son futur à la tête de la Colonie fondée par son père. 

En attendant, ce dix-septième épisode ne démérite pas par rapport à ceux qui l'ont précédé : Marguerite Bennett ne perd pas de temps pour résumer les six mois qui se sont écoulés depuis le n°16 ni pour introduire une nouvelle menace. Elle le fait d'ailleurs via Renee Montoya, reformant son couple avec Kate Kane (même si cela reste uniquement professionnel, car un flash-back nous rappelle que le souvenir de Safiyah reste vivace), et on peut penser que si Batwoman avait continué, la possibilité que la détective du GCPD redevienne la justicière The Question aurait été abordée. Le cliffhanger est accrocheur, plaçant les deux amies dans une situation périlleuse.

Le dessin de Fernando Blanco est toujours aussi séduisant et attractif : lui aussi sait comment mettre en images sur une page plusieurs mois passés, de manière inventive et élégante. Puis, comme l'histoire le lui permet, il alterne avec un égal talent scènes d'action (la bagarre dans le commissariat) et dialoguées (le repas avec Beth et Julia) ou descriptives (l'attente dans la "chambre froide").

Le découpage offre des enchaînements à la fois vifs et fluides, et Blanco soigne les décors, les costumes : cet artiste vous en donne pour votre argent sans chercher à épater la galerie, tout ça en assurant dessin et encrage, laissant à John Rauch la tâche d'une colorisation qui sait mettre en valeur ses planches.

Suite et fin, donc, le mois prochain.

OLD MAN HAWKEYE #7, d'Ethan Sacks, Ibraim Roberson et Marco Checchetto


Ce septième épisode marque un tournant dans cette maxi-série puisqu'il nous plonge aux origines de la chute des super-héros : il s'agit donc d'une étape importante... Hélas ! complètement ratée. Et finalement bien dispensable. Un faux pas de la part d'Ethan Sacks, qui ne peut pas s'appuyer sur Marco Checchetto (qui ne signe qu'une page), suppléé par Ibraim Roberson.


Il y a quarante-cinq ans... Un groupe d'Avengers - War Machine, Scarlet Witch, Quicksilver, Thor, le Faucon, Black Knight, Tigra, Black Widow et Hawkeye - et les Thunderbolts - Songbird, Moonstone, Atlas, Mach-1, Citizen V - vont à la rencontre d'une équipe de super-vilains signalés en ville. Mais Magneto fait exploser leur quinjet.


Le maître du magnétisme commence par tuer War Machine avant que n'entrent en scène ses complices - l'Homme-Sable, Crossbones, le Super-Bouffon, Morgan le Fay, L'Homme Absorbant. Ce dernier étrangle Thor tandis que Scarlet Witch est empalée par son père et Quicksilver piétiné par Atlas.


Les Thunderbolts trahissent les Avengers : Songbird et Moonstone abattent le Faucon. Morgan le Fay décapite Tigra. Atlas pourfend Black Knight avec sa propre épée.


Black Widow tente de convaincre Hawkeye de battre en retraite mais l'instant d'hésitation qui le freine a raison de sa partenaire, à son tour assassiné par Citizen V, qui se démasque pour révéler qu'il est en réalité le Baron Zemo.


Pour que cette défaite cuisante soit communiquée aux autres héros tentés de répliquer, Hawkeye est laissé en vie. Quarante-cinq ans plus tard, il n'a rien oublié et Kate Bishop à qui il vient de raconter ces événements décide de l'accompagner dans sa vengeance. Mais tous deux ignorent que le Baron Zemo les suit à la trace...

Quand Mark Millar écrivit Old Man Logan, qui a établi l'univers dans lequel se déroule Old Man Hawkeye, il avait préféré ne pas montrer la chute des super-héros, se contentant de la suggérer par le déclin de Wolverine (abusé par Mysterio, il avait massacré tous les X-Men) et quelques images-chocs (le marteau de Thor abandonné). Cette économie dans l'évocation suffisait à rendre compte de la terrible attaque groupée des super-vilains.

Ethan Sacks, en racontant l'histoire de Clint Barton quelques années avant celle de Old Man Logan, a sans doute cru bien faire en figurant ce fameux apocalypse des héros, comme pour mieux justifier la vengeance de Hawkeye. Mais, en vérité, mal lui en a pris.

Pour rédiger pareil épisode, il fallait un souffle épique et tragique qu'il est incapable de produire, se contentant de rédiger un combat somme toute rapide et invraisemblable à bien des niveaux, mais qui surtout n'ajoute rien à son histoire. Encore une fois, mieux vaut ne pas en montrer trop mais le faire de manière percutante plutôt que tout et mal le montrer.

Il s'agissait surtout d'expliquer la trahison des Thunderbolts après lesquels le vieux Clint Barton court pour les tuer en mémoire de la défunte Black Widow et de ses amis Avengers. Mais même cela, Sacks le bâcle : on n'apprendra pas ici les motivations véritables d'Atlas, Moonstone, Mach-1, Songbird (cette dernière étant néanmoins la seule à agir à contrecoeur). Le reste est à l'avenant.

Par exemple, comment croire une seconde que Magneto, survivant des camps de concentration, ait pu s'entendre avec Crâne Rouge (grand stratège de la fin des super-héros), un criminel nazi, et qu'il empale sa fille, Scarlet Witch, sans regret, ou laisse Atlas piétiner Quicksilver, son fils, sans tiquer ? L'autre faiblesse concerne la mort de Thor, étranglé par l'Homme Absorbant (renforcé par la magie volée à Scarlet Witch et le magnétisme de Magneto) : difficile de croire que le fils d'Odin ait succombé si vite, sans même invoquer la foudre ? Quant aux autres Avengers participant à cette mission, ils semblent avoir été choisis pour être facilement sacrifiés, comme des personnages de second plan (le Faucon, Tigra, War Machine). Même la fin de Black Widow, censée être bouleversante, est expédiée.

Tout manque cruellement d'intensité, d'émotion. Et comme Marco Checchetto ne dessine pas cet épisode (se contentant de la dernière page - est-ce pour lui permettre de souffler après six épisodes de haute volée ? Ou pour que ce flash-back se différencie par un autre style graphique ?), on ne peut se raccrocher au dessin pour espérer du mieux.

Ibraim Roberson a un dessin qui ressemble à celui de Guiseppe Camuncoli, mais sans l'art de la composition de l'italien. C'est aussi sa faute si l'épisode manque d'envergure, les moments-clés étant souvent mal cadrés, avec des angles de vue, des valeurs de plans assez misérables, et peu d'expressivité.

Que ce numéro soit raté est à la fois dommage et peu grave : on peut le zapper sans craindre d'être perdu ensuite. Mais il faut tout de même souhaiter que les prochains épisodes, jusqu'à la fin de la maxi-série, renoueront avec l'excellence des six premiers et que Checchetto ne manque plus à l'appel : Old Man Hawkeye est une trop bonne production pour qu'elle échoue à mi-chemin.