mercredi 20 juillet 2016

LUMIERE SUR... DARWYN COOKE

DC Comics réédite en Omnibus (de gros albums aux prix correspondants)
les premiers épisodes de plusieurs de leurs séries emblématiques
durant le golden age (1938-1954) et silver age (1956-1970).
Ces ouvrages bénéficieront de couvertures dessinées par
le regretté Darwyn Cooke.
En voici quelques-unes.
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Critique 956 : BATMAN #43-44 + ANNUAL #4, de Scott Snyder, Brian Azzarello, James Tynion IV, Greg Capullo, Jock et Roge Antonio


BATMAN : SUPERHEAVY, PART THREE est le 43ème épisode de la série, écrit par Scott Snyder et dessiné par Greg Capullo, publié en Octobre 2015 par DC Comics.
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Jim Gordon retrouve Bruce Wayne, bien vivant mais ayant tout oublié de sa vie comme Batman après son dernier combat contre le Joker, et travaillant désormais dans une maison pour jeunes aux côtés d'une de ses anciennes amantes, Julie Madison. L'ex-commissaire lui révèle être le nouveau Batman et, convaincu que son prédécesseur sous ce nom, est encore capable de l'aider, lui donne une des "graines" de Mr Bloom pour qu'il l'analyse.
Leur rencontre est observée par Alfred Pennyworth et Clark Kent/Superman (dont la double identité a été publiquement dévoilée récemment). Dans la Batcave, le majordome de Wayne explique pourquoi il ne souhaite pas que Bruce redevienne Batman et impose ce choix à son interlocuteur quand il proteste.
Le nouveau Batman retourne, sans prévenir sa hiérarchie et Geri Powers, dans le quartier des Narrows pour inspecter la planque du gang de feu Gigi Cheung. Mais il s'y fait piéger... Tout comme Oswald Cobblepot/Le Pingouin lors d'une négociation avec Mr Bloom.

Le cliffhanger de l'épisode 42 (en fait déjà suggéré dès le #41) confirme donc que Bruce Wayne n'est pas mort. C'était prévisible et peu exploité d'ailleurs, donc un peu décevant, il faut bien l'admettre. Mais l'état dans lequel on retrouve le personnage le présente profondément changé (et pas seulement parce qu'il arbore une barbe fourni) : sa situation est protégée en quelque sorte par son fidèle Alfred, dont l'explication avec Superman sonne juste.

Sur ce plan, délicat, Scott Snyder réussit quand même bien son coup. L'épisode s'articule en quatre parties bien distinctes et successives : les retrouvailles assez lunaires entre Gordon et Wayne, le dialogue entre Alfred et Clark Kent, le retour de Gordon/Batman dans le quartier de Narrows (avec une issue très compromise), et la rencontre du Pingouin avec Mr Bloom. L'apparition du vilain de cet arc narratif ne déçoit pas : il en impose, avec un look flippant à souhait - j'ignore s'il s'agit d'une création originale ou d'une nouvelle version d'un ancien méchant, mais l'effet est garanti.

Et Greg Capullo n'est évidemment pas pour rien dans cette réussite. Il réussit deux séquences sensationnelles - la fusillade dans le repaire du gang, avec des requins ; et l'épilogue, saisissant. Le dessinateur est vraiment dans une forme éclatante, avec des partenaires à l'encrage et aux couleurs, qui savent le compléter. En ayant consulté quelques-uns de ses anciens travaux (sachant qu'il avait abandonné les comics pendant plusieurs années), son évolution est stupéfiante et il n'est donc pas étonnant que, son run sur Batman terminé désormais, Mark Millar ait voulu collaborer avec lui (une mini-série en creator-owned chez Image Comics, Reborn, paraîtra à partir de la rentrée).

Après ça, l'histoire va dévier, le temps d'un épisode et pour son quatrième Annual.
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BATMAN : A SIMPLE CASE est le 44ème épisode de la série, co-écrit par Scott Snyder (histoire originale et co-scénario-dialogues) et Brian Azzarello (co-scénario-dialogues) et dessiné par Jock, publié en Novembre 2015 par DC Comics.
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Il y a cinq ans de cela, Batman, alors en activité depuis seulement un an à Gotham, enquêta sur la mort maquillé en règlement de comptes d'un jeune afro-américain, Peter Duggio, originaire du quartier de Corner.
Le justicier interroge le Pingouin, sans grand succès, avant d'orienter ses recherches sur la victime, qui gérait l'épicerie de son père, située dans les 4/5èmes, entre les territoires de deux gangs. Pour protéger son commerce, il avait contacté un certain jardinier, fournissant des graines donnant des super-pouvoirs - mais tuant aussi ses consommateurs à petit feu... 

Cet épisode détone immédiatement grâce (ou à cause, selon qu'on aime ou non son style graphique, et, dans une moindre mesure, sa narration écrite) aux dessins de Jock : l'ambiance est radicalement différente de celle produite par Capullo et aboutit à des planches à mi-chemin entre l'illustration et l'expérimentation. L'artiste insère des (fausses) coupures de presse à ses images, joue avec le lettrage, et la colorisation reconnaissable entre mille de Lee Loughridge ajoute au climat déroutant, avec des tonalités où dominent le noir, le gris et le brun, comme s'il s'agissait effectivement d'un document d'époque.

Scott Snyder, qui signe toujours l'histoire et une partie des dialogues, s'est adjoint les services d'un de ses collègues, réputé pour son goût des séries noires, Brian Azzarello (à qui on doit la saga 100 Bullets, mais aussi un run mémorable de Wonder Woman).

Il semble évident pourtant que c'est Azzarello qui ait pris le dessus dans la rédaction : l'emploi d'une voix off inspiré par le roman criminel, renouant avec les detective stories, diffère très nettement de celle de Snyder, plus tournée sur les réflexions que se fait le héros sur ses capacités et ses actions. Ici, Batman enquête, déduit, remonte la piste de Mr Bloom, déjà, donc, présent à Gotham, dans un coin appelé Blossom Row où la nature a repris ses droits.

Cette révélation apprend donc que ce dealer au coeur de l'intrigue de l'arc Superheavy opère depuis longtemps, assez discrètement pour que Batman ne l'ait jamais arrêté en cinq ans, profitant aussi sans doute des méfaits commis par d'autres vilains. Que Bruce Wayne, désormais amnésique, soit incapable de l'apprendre à Jim Gordon est un twist très vicieux.

Néanmoins, et c'est le gros bémol de cet épisode, on ne sait rien de l'origine des pouvoirs de Mr Bloom, de son identité réelle. J'espère que Snyder y reviendra en temps et en heure. C'est frustrant, mais ça donne encore plus envie de suivre cette intrigue.
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BATMAN : ANNUAL #4 - MADHOUSE est écrit par James Tynion IV et dessiné par Roge Antonio, publié en Novembre 2015 par DC Comics.
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Reconverti momentanément en nouvel asile pour les criminels auparavant détenus à Arkham, le manoir Wayne est rendu à son propriétaire après le transfert de ses derniers locataires. Mais en revenant chez lui pour décider s'il va garder cette demeure ou permettre à Geri Powers (qui a racheté les biens et les entreprises Wayne) de la vendre, Bruce est piégé et harcelé par le Sphinx, Gueule d'argile et Mr Freeze, après avoir été séparé d'Alfred et Julie Madison.
Les trois vilains, ignorant que leur cible a été Batman, mais sachant qu'il a perdu la mémoire, veulent se venger de celui qu'il considère comme le mécène du justicier. Comment ? En le traumatisant assez brutalement pour qu'il devienne aussi fou qu'eux...

Les Annuals d'une série sont souvent ces gros épisodes (ici, pas moins de 40 pages) censés être des bonus pour les fans, mais s'avérant des suppléments dispensables, d'autant qu'ils sont sont rarement réalisés par l'équipe artistique de la série.

Celui-ci, le quatrième, est inégal. L'argument exploité par James Tynion IV (qui a auparavant déjà écrit des tie-in à Batman, et même signé un spin-off consacré à un membre de la Cour des Hiboux, Talion, qui fit long feu) n'est pas inintéressant - trois ennemis de Batman, ignorant qu'ils ont piégé son (ex) alter ego, Bruce Wayne, veulent se venger de lui en le rendant fou. La situation est savoureuse puisqu'on peut légitimement estimer que Wayne a sombré dans la folie en devenant Batman, poursuivant dans une quête morbide et sans fin tous les individus comme l'assassin de ses parents (cette thèse d'un Batman finalement aussi cinglé que ses ennemis a été synthétisée avec une maestria indépassable par Alan Moore dans Killing joke).

Pourtant, est-ce que ça méritait ce gros chapitre parallèle de 40 pages, aux rebondissements convenus, au rythme alternatif, et au graphisme moyen (Roge Antonio a un style qui ressemble à celui de Rafael Albuquerque, mais sans des finitions aussi maîtrisées) ? La réponse est dans la question.

Plus indécis est l'impact de cette épreuve sur Bruce Wayne pour la suite de l'arc Superheavy ? Il faudra attendre le retour de Scott Snyder et Greg Capullo aux manettes pour l'estimer - et donc la parution de "Batman Universe" #6 le mois prochain. Stay tuned !
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Ces épisodes sont disponibles, en vf, dans la revue "Batman Univers" n° 4 et 5.

mardi 19 juillet 2016

Critique 955 : BATMAN #41-42, de Scott Snyder et Greg Capullo


DC SNEAK PEEK : THE ROOKIE est un prologue de huit pages à l'arc narratif Superheavy, écrit par Scott Snyder et dessiné par Greg Capullo, publié en Août 2015 par DC Comics.
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Batman est porté disparu et considéré comme mort depuis son dernier affrontement contre le Joker (voir Endgame, Batman #35-40, Novembre 2014-Avril 2015). Gotham se remet lentement de l'attaque toxique du clown du crime et pleure son héros.  En partenariat avec la mairie et la police, l'entreprise Powers International, dirigée par Geri Powers, fabrique une armure perfectionnée et cherche qui la portera pour protéger la ville. L'ancien commissaire Jim Gordon est appelé pour ce job...

Ce prologue a à la fois le mérite de résumer les événements précédant le nouvel arc narratif qu'entame le scénariste Scott Snyder - fidèle à sa réputation, il lance une histoire en dix chapitres ! - et de présenter celui qui, donc, va devenir le nouveau Batman. 

La concision avec laquelle cela est réalisé est très appréciable et très efficace, et le choix du remplaçant est aussi logique (du fait de sa proximité historique avec Batman) que surprenant (à cause de son âge, de sa condition physique). Ce qui ravit surtout, c'est que le héros devient plus faillible, improbable, et donc introduit un suspense sur ses capacités à remplir sa mission.

Greg Capullo dessine ça sobrement, parvenant même à susciter une étonnante émotion avec la double page montrant les habitants de Gotham, une lampe-torche en main, projeter le "Bat-signal" dans le ciel. Le design de l'armure est également inattendu.

Du bon boulot avant d'entrer dans le vif du sujet. 
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BATMAN : SUPERHEAVY, PART ONE est le 41ème épisode de la série, écrit par Scott Snyder et dessiné par Greg Capullo, publié en Août 2015 par DC Comics.
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Jim Gordon a donc accepté d'être le nouveau Batman et, pour cela, a renoncé à la cigarette, eu droit à une opération des yeux, et suivi un entraînement physique. Equipé d'une armure et encadré par deux adjoints dans un vaisseau d'où il se jette sur le théâtre des combats, il doit vite faire ses preuves pour rassurer Geri Powers, les autorités et la population.
Il commence par affronter dans le quartier mal famé des Narrows un monstre d'énergie pure qui sert en fait de diversion pour le gangster Precious Precious qui a pris le joueur de base-ball Dodger Valera en otage.

Superheavy se réfère à la catégorie des "poids lourds" dans la boxe et renvoie, ici, à l'allure massive du nouveau Batman avec son imposante armure dans laquelle Jim Gordon s'est glissé. On peut aussi y lire la volonté de Scott Snyder d'avertir le lecteur qu'il va l'entraîner dans une saga au long cours (dix épisodes !) comme il les affectionne.

C'est donc avec prudence, sinon avec méfiance, que je me suis engagé dans la lecture de cet arc narratif car, précisément, c'est toujours la longueur des histoires de Snyder qui a fini par me lasser : je ne suis tout simplement jamais arrivé au bout d'un seul de ses récits.

Pourtant, là aussi, comme lors de mes précédentes tentatives, il démarre très fort, pied au plancher, avec un épisode spectaculaire, gorgé d'action. Ce qui me fait espérer aussi, c'est une dose d'humour que je ne soupçonnais pas chez le scénariste : les commentaires de Gordon sur l'aspect de l'armure ("Bat-rabbit", à cause de ses deux antennes sur le casque, qui ressemblent effectivement à des oreilles de lapin, ou les propositions de couleurs qu'on lui soumet) et les doutes de l'inspecteur Harvey Bullock dynamisent le propos dans une narration qui progresse entre flash-backs et action au présent.

Jim Gordon est le premier à douter de ses compétences pour un tel rôle et Snyder les traduit, via une voix off, avec bon sens : flic de terrain, habitué à arpenter les rues de Gotham, l'ex-commissaire de police domine dorénavant la ville lorsqu'il est parachuté pour aller combattre un monstre d'énergie pure... Mais ses réflexes reviennent vite quand il devine l'origine de son adversaire, ses motivations et la bonne manière de le neutraliser. Il en résulte un héros plus humain, là où Bruce Wayne était un prodige des échecs, anticipant plusieurs coups.

Greg Capullo semble lui aussi revivifié par ce nouveau Batman à animer, même si l'artiste affiche une régularité impressionnante depuis le début de son run avec Snyder - signant 39 épisodes depuis 2011 ! Il est plus à son avantage dans les scènes de baston, auxquelles il sait donner un souffle et une force impressionnantes, avec un découpage classique (des cases occupant généralement toute la largeur de la page) mais des compositions originales (parfois proches de l'abstraction, l'image se résumant à un détail minimaliste mais immédiatement évocateur - les yeux de Batman notamment).

Quand il doit mettre en scène les passages dialogués, Capullo est plus sage, et ses finitions plus expédiées, couvrant avec des à-plats noirs des parties d'un décor qu'il ne sait manifestement pas comment meubler. Mais l'encrage très précis de Danny Miki et la colorisation de Fco Plascencia (où dominent parfois des teintes étonnamment douces) imposent ces choix esthétiques de manière habile.

Vite, la suite !
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BATMAN : SUPERHEAVY, PART TWO est le 42ème épisode de la série, écrit par Scott Snyder et Greg Capullo, publié en Septembre 2015 par DC Comics.
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Le nouveau Batman est à nouveau envoyé dans le quartier des Narrows où il doit faire face à Gigi Cheung, désormais doté de pouvoirs sur la matière (en magnétisant le silicate).
Auparavant, Jim Gordon, qui l'avait arrêté encore vivant, a appris que Precious Precious est mort subitement : son autopsie a permis de trouver sur lui un minuscule implant, une sorte de graine à l'origine de ses facultés surhumaines mais aussi de son décès. 
C'est aussi ce qui va se produire avec Gigi Cheung qui a juste le temps de prononcer le nom de celui qui lui a donné ses pouvoirs : Mr Bloom...

L'intrigue prend corps avec ce nouvel épisode où la répétition de la mise en scène est en fait un moyen pour Scott Snyder d'orienter aussi bien les investigations de Jim Gordon que celles du lecteur : il y a à Gotham, et particulièrement dans le quartier des Narrows, livré à lui-même depuis longtemps - et donc à divers gangs, malfrats, trafiquants - quelqu'un qui fournit des pouvoirs contre de l'argent... Et sans informer ses clients que ses "graines" les tueront s'ils sont arrêtés par la police.

Le scénariste baptise ce dealer Mr Bloom, comme le verbe éclore, fleurir, mais se garde de le montrer, entretenant un mystère accrocheur. Ce personnage de "jardinier", vendant des pouvoirs à des chefs de gangs ou à leurs hommes de main, fait penser étrangement à l'argument exploité dans le premier arc de la série Astonishing Ant-Man avec le Marchand de Pouvoirs (voir Marvel Saga 1), même si les styles de Nick Spencer et de Scott Snyder n'ont rien à voir. Considérons cette idée commune comme un exemple de zeitgeist...

Tout cela ne manque en tout cas pas de rythme ni d'intensité et les dessins de Greg Capullo y contribuent pour une large part. Ses pages ont vraiment une énergie exceptionnelle, c'est l'oeuvre d'un artiste accompli mais aussi ayant développé une complicité rare avec son scénariste. L'encrage, les couleurs, les compositions, les cadrages : tout témoigne de l'osmose entre les différents contributeurs de la série, rendue possible par la stabilité établie au cours de cette quarantaine d'épisodes.

Le temps dira si le run de Synder et Capullo, au-delà de sa durée, est vraiment digne des classiques de la série, mais en l'état, la lecture des chapitres de Superheavy est un plaisir indéniable.
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A noter que ces épisodes sont disponibles dans la revue "Batman Univers" n° 1 et 2, mais aussi dans l'album Batman, tome 8 : La relève, 1ère partie (#41-45 & Annual #4), tous deux publiés par Urban Comics. 

samedi 16 juillet 2016

Critique 954 : GRAYSON, TOME 1 - AGENT DE SPYRAL, de Tom King, Tim Seeley, Mikel Janin et Stephen Mooney


GRAYSON, TOME 1: AGENT DE SPYRAL rassemble les épisodes 1 à 8 et le premier numéro Annual de la série, écrits par Tom King et Tim Seeley et dessinés par Mikel Janin (#1-6, 8) et Stephen Mooney (#7 et Annual #1), publiés en 2014-2015 par DC Comics, traduits en France en 2015 par Urban Comics.
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(Extrait de Grayson #1.
Textes de Tom King et Tim Seeley, 
dessins de Mikel Janin.)

Capturé par le Syndicat du Crime (voir la saga Forever Evil, écrite par Geoff Johns et dessiné par David Finch), Dick Grayson alias Nightwing (ex-Robin, partenaire de Batman et leader des Teen Titans) a été publiquement démasqué avant d'être tué. 
Mais sa mort était maquillée afin de lui permettre de reprendre ses activités de justicier. C'est ainsi qu'il infiltre, pour le compte de Batman, l'organisation secrète Spyral, qui espionne les super-héros.
Sous la direction du mystérieux Mr Minos et avec Helena Bertinelli comme agent de liaison et partenaire sur le terrain, il effectue, sous le nom de code de l'Agent 37 et à visage découvert (mais préservant quand même son anonymat grâce à l'Hypnos, un dispositif brouillant ses traits), ainsi une série de missions, aux quatre coins du monde, consistant à rassembler les organes de Parangon, conférant à ceux qui les détiennent des super-pouvoirs.
Son chemin va croiser celui du Midnighter, un méta-humain, capable d'anticiper toutes les techniques de combat de ses adversaires, et lui aussi à la recherche des super-organes. Dick parvient à rester en contact avec Batman en communiquant par radio, sur une fréquence sécurisée, et en utilisant les pseudonymes "Malone" et "Ornithologue".
Mais jusqu'à quand réussira-t-il à doubler l'agence Spyral ?
(Extrait de Grayson Annual #1.
Textes de Tom King et Tim Seeley,
dessins de Stephen Mooney.)

Après avoir hésité, j'ai donc décidé de vous causer de Grayson, dont la deuxième "saison" est actuellement publiée dans la revue "Batman Univers". Cependant, en commençant à lire le 9ème épisode, qui ouvre cet Acte II de la série, je me suis rendu compte qu'il était nécessaire de revenir au début du titre et je me suis donc procuré l'album publié par Urban Comics, qui rassemble les 8 premiers chapitres et le premier Annual (l'équivalent des deux premiers trade paperbacks US).

J'avais découvert Grayson en achetant les exemplaires de "Batman Saga" (le mensuel précédant "Batman Univers"), mais si la série était plaisante, je n'en gardais pas un souvenir précis et j'avais donc cessé de la lire en arrêtant vite d'acheter l'anthologie mensuelle dans laquelle elle paraissait. Il faut donc saluer l'initiative de l'éditeur français de proposer rapidement (si vite d'ailleurs maintenant que cela se fait en simultané !) en albums (toujours aussi bien confectionnés) aussi vite des titres disponibles autrement dans leurs mensuels, et pour des prix très raisonnables (plus de 200 pages, en format cartonné, sur du beau papier, pour moins de 18 E !).

Le contenu maintenant. Si le reboot initié en 2011 par DC Comics sous la bannière The New 52 a connu des fortunes diverses (aux niveaus artistique, commercial, critique et public), on peeut difficilement reprocher à l'éditeur de ne pas avoir pris des risques et Grayson en est un excellent exemple, jouant à fond la carte de la BD d'aventures, sur fond d'espionnage, et auquel le lectorat a répondu positivement (bien mieux que pour Winter Soldier lancé par Ed Brubaker, Butch Guice et Michael Lark chez Marvel - pourtant excellent là aussi).

Le sort du personnage de Dick Grayson a d'abord bien inspiré l'editor Mark Doyle, un ancien du label Vertigo, pilotant la franchise Batman en 2014, et voulant diversifier chaque série rattachée au protecteur de Gotham (ainsi : Arkham Manor, Gotham by Midnight, Batgirl, Catwoman, Gotham Academy). Le sidekick de Batman est pourtant un ancien de la maison : sa création remonte à 1940 et Detective Comics #38, quand il est apparu, gamin trapéziste recueilli par Bruce Wayne après le meurtre de ses parents. Il deviendra donc Robin, flirtera longtemps avec Barbara Gordon/Batgirl, puis sera le leader des Teen Titans dans les années 60. Vingt ans plus tard, Marv Wolfman et George Pérez lui donnent une autre envergure en le rebaptisant Nightwing à la tête des New Teen Titans.

Sous cet alias, il a droit à sa propre série à partir de 1996 et devient le gardien de la ville de Blüdhaven, une localité proche de Gotham City, partageant une ambiance et une criminalité relativement proches. Il remplacera même Bruce Wayne comme Batman quand son mentor sera un temps considéré comme mort.

Aujourd'hui, ce sont donc les scénaristes Tim Seeley (Revival, chez Image Comics) et un ancien agent de la CIA, Tom King, qui président à ses nouvelles aventures. Les dessins sont assurés par Mikel Janin, étoile montante de DC (après des prestations de haut niveau sur Justice League Dark notamment), au style élégant, réaliste, aussi à l'aise dans les scènes calmes que dans l'action la plus débridée.

Ces huit premiers épisodes et l'Annual sont un régal à lire : le cadre des histoires sont exotiques, on voyage beaucoup, les missions sont palpitantes, jonglant habilement avec les clichés du genre à coups de doubles (voire triples) jeux, donc de secrets, de manipulations. Il n'est pas difficile de frissonner pour Dick Grayson qui met sa vie en danger au service de l'organisation Spyral (pour laquelle il n'est qu'un pion, certes doué, mais sacrifiable) et pour le compte de Batman (à qui il transmet des informations sur son employeur et ce qu'il convoite).

King et Seeley prennent soin de conserver toujours une certaine dérision, une ambiance décontractée et des personnages très glamour (Dick comme Helena Bertinelli ont des physiques dignes de top models). Parfois, cela se retourne presque contre leur projet car le suspense manque d'intensité (il ne fait guère de doute que Grayson s'en tirera toujours) et le héros manque d'aspérités (toujours relax, d'une droiture morale jamais prise en défaut : j'aurai bien aimé le voir un peu douter de lui-même, de Batman, surtout que le garçon revient de loin et doit tout faire pour qu'on continue de le croire mort). Enfin, l'intégration du Midnighter (rescapé du label Wildstorm) apparaît un peu artificielle (il s'agit à l'évidence de donner un coup de projecteur à sa propre série, mais en même temps, la présence d'un personnage créé - par Warren Ellis - comme une parodie - à la fois encore plus cynique, violente et homosexuelle - de Batman aux côtés de celui qui fut le premier partenaire de celui-ci produit un curieux effet).

Mais ne boudons pas notre plaisir, surtout que les auteurs nous gratifient aussi, avec l'Annual, d'un épisode, non seulement plus long (comme c'est l'usage) mais aussi plus sophistiqué sur le plan narratif : Grayson doit composer avec un baratineur qui a capturé Helena Bertinelli et qui le noie sous un tas d'histoires métaphoriques comme pour le tester. Ce savoureux chapitre sur un menteur qui fait affaire avec un héros lui-même obligé de mentir à tout le monde bénéficie des illustrations de Stephen Mooney, dont le trait est plus dur que celui de Janin mais très prometteur (à confirmer car quelques plans sont un peu maladroits concernant leur composition).

L'intrigue de cette première "saison" se dénoue un peu abruptement, mais les cartes sont rebattues pour de nouveaux volets accrocheurs... 

vendredi 15 juillet 2016

Critique 953 : ROBIN, SON OF BATMAN #4, de Patrick Gleason


ROBIN, SON OF BATMAN : YEAR OF BLOOD, PART FOUR est le quatrième épisode de la série, écrit et dessiné par Patrick Gleason, publié en Novembre 2015 par DC Comics.
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La prochaine escale de Robin le conduit à Alexandrie en Egypte où il doit replacer dans une tombe trois vases canopes contenant les restes de trois rois. 
Toujours accompagnés du fidèle Goliath et de la fille de Personne, Maya, la mission se déroule bien jusqu'à ce qu'un imprévu la complique sérieusement avec l'irruption du tueur à gages Deathstroke. Celui-ci découvre en effet que son partenaire, Personne, est mort et remplacé par sa fille, qui est devenue la partenaire du fils de Batman : ça va barder !

La couverture annonce la couleur après le cliffhanger du précédent épisode : Deathstroke est dans la place. Le personnage est un des plus terrifiants vilains DC, créé dans les années 80 par Marv Wolfman et George Pérez dans la série Teen Titans. De quoi encore plus corser les aventures de Damian Wayne, qu'un de ses prédécesseurs comme Robin, Dick Grayson, a souvent combattu.

Patrick Gleason ne déçoit pas en orchestrant la bagarre épique que se livre ce maître assassin et Damian, qui a été formé par Ra's et Talia Al Ghul, eux-mêmes à la tête de la Ligue des Assassins. Graphiquement, les pages prouvent, si besoin était, que le dessinateur sait mettre en scène un duel aussi disputé avec l'intensité requise. La chorégraphie des coups échangés, la diversité des angles de vue, les jeux d'ombres et de lumières, attestent du regain de forme de Gleason, après une très légère baisse de régime dans le #3 de la série - il y a en particulier la deuxième bande qui occupe toute la largeur des pages 19-19, composée comme une frise, absolument superbe.

Le scénario, dominé par cette baston, est donc plus minimaliste et mais aboutit encore une fois à un coup de théâtre final qui laisse deviner comment l'auteur va relier les trajectoires de Robin et de sa mère. L'astuce est peut-être un peu facile, mais il serait injuste de bouder son plaisir.

Il ne faut pas omettre de mentionner la qualité toujours prodigieuse de l'encrage de Mick Gray (dont la finesse du trait éblouit quand on examine la somme de détails qu'elle met en évidence - les os rongés des cadavres, la peau des serpents, l'usure des lames, l'érosion des roches, la technologie des appareils) et de la colorisation de John Kalisz (qui veille toujours à rendre lisible ces images si fournies).

Dire qu'il va falloir maintenant attendre Août pour lire la suite (le sommaire de la revue "Batman Univers" de Juillet étant trop chargé par la parution des Annuals de Batman et Grayson)...