vendredi 24 juin 2016

Critique 928 : ANT-MAN, VOLUME 1 - SECOND-CHANCE MAN, de Nick Spencer et Ramon Rosanas


ANT-MAN : SECOND-CHANCE MAN rassemble les épisodes 1 à 5 de la série, écrits par Nick Spencer et dessinés par Ramon Rosanas, publiés en 2015 par Marvel Comics.
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Scott Lang dans le costume de Ant-Man, que lui a légué l'inventeur Hank Pym, s'introduit par effraction dans un appartement de luxe pour y commettre un vol. Il se souvient alors de l'entretien d'embauche raté qu'il a passé quelque temps auparavant auprès du directeur des relations humaines de la compagnie de Tony Stark. Il avait été recalé ce dernier après avoir commis une série de gaffes et s'être un peu trop confessé sur son passé de cambrioleur. Aujourd'hui, pour prouver sa valeur, il réussit donc à s'infiltrer dans la chambre forte où est gardé le casque de Iron Man.  
Malgré ce coup d'éclat, Scott Lang comprend qu'il doit, pour rebondir, s'imposer ailleurs. Il déménage donc à Miami où se trouve son ex-femme, Peggy, et leur fille, Cassie (qui fut membre des Jeunes Vengeurs sous l'alias de Stature, mais qui a perdu ses pouvoirs depuis).
En Floride, Ant-Man décide d'ouvrir une agence via laquelle il proposera ses services comme agent de sécurité en mettant en avant que seul un malfrat repenti connaît bien les méthodes de ses ex-semblables. C'est ainsi qu'il va affronter Grizzly avant de découvrir qu'il s'agit d'Eric O'Grady, ancien Ant-Man lui aussi, et lui proposer de travailler à ses côtés... 

J'avais acheté, lors de sa traduction en français par Panini Comics, le premier numéro de la revue consacrée à cette nouvelle version de Ant-Man quand l'éditeur voulut profiter de l'adaptation cinématographique (une initiative aussi opportuniste que mal calculée puisque aujourd'hui ce mensuel ne paraît plus, après seulement trois numéros !). Néanmoins, même si à l'époque j'avais rapidement lâché l'affaire, convaincu qu'elle serait vite achevée et aussi parce que je n'étais plus guère motivé par les comics de super-héros, j'en conservais un agréable souvenir et me promettais dès que possible d'acquérir le recueil des cinq épisodes de cette série avant son relaunch prévisible au terme de la saga Secret Wars. Il m'a juste fallu un an avant de concrétiser ce projet...

Mais qu'importe si le compte y est, et il y est ! Il est évident, comme ça l'était déjà en 2015, que cette série a été élaborée parce qu'il y a eu le film de Peyton Reed avec Paul Rudd. Pourtant, on aurait mauvaise grâce à s'en plaindre car le résultat est de qualité et la première bonne idée de Marvel a été de confier le projet au scénariste Nick Spencer, auteur inégal mais à son avantage dans un registre distancié avec le genre : de ce point de vue, Ant-Man est un des "rejetons" du Hawkeye de Matt Fraction et David Aja, une version décalée d'un super-héros selon les canons en vigueur, avec un ton humoristique mais sans négliger l'action et une intrigue solide - tous les ingrédients qu'on trouvait aussi dans Superior Foes of Spider-Man de Nick Spencer et Steve Lieber.

Le traitement est habile mais peut déconcerter. Cependant, une fois qu'on en a accepté le parti pris, c'est un régal : Scott Lang y est décrit comme un loser - sans emploi, divorcé (et en mauvais termes avec son ex), il réside dans un appartement minable (dont la nature véritable recèle une surprise jubilatoire que je vous laisse découvrir). Dans la scène d'entretien pour intégrer le personnel de Tony Stark, il se montre d'une nullité pathétique. 

Mais c'est justement en posant les bases d'un héros aussi improbable que Spencer gagne l'adhésion du lecteur en quête d'autre chose qu'une production ordinaire à base d'action spectaculaires et d'un minimum de tourment moral. En effet, s'il est conscient de partir de (très) loi, ce Ant-Man est aussi un optimiste pugnace et débrouillard, qui compense ses limites (psychologique et physique) par beaucoup de volonté et d'humanité. 

Le scénariste ne l'envoie pas contre des adversaires démesurés pour souligner sa tendance à se féliciter de chaque victoire. Mieux même : Scott Lang sait faire preuve d'auto-dérision et reconnaît que la route sur laquelle il s'est engagé sera longue et éprouvante. Si donc on peut être dérouté par le degré des menaces peu élevé, on apprécie aussi de suivre un personnage dont le caractère est simple à estimer, admirant son courage et sa démarche humble. 

Nick Spencer profite du titre pour utiliser à nouveau des seconds rôles présents dans Superior Foes of Spider-Man, comme la nouvelle version de Beetle (Janice Lincoln), pour qui Scott Lang a le béguin tout en s'en voulant d'être attiré par cette bad girl. On vibre aussi quand Ant-Man manque de se faire écraser sous le pied d'un autre personnage où lorsqu'on le voit dans la ligne de mire du sinistre Taskmaster. L'alliance avec Grizzly est aussi savoureuse, d'abord parce que Eric O'Grady a aussi endossé un temps l'identité d'Ant-Man (dans la série The Irredeemable Ant-Man de Robert Kirkman et Phil Hester ou Secret Avengers de Ed Brubaker et Mike Deodato), ensuite parce que ce vilain en costume d'ours est une vision comique imparable.

Le scénariste prend aussi le temps de bien situer l'historique du personnage et s'en sert pour alimenter les péripéties des épisodes 2 à 5, l'occasion au passage de rappeler les aspects les plus farfelus de la carrière du héros (mort, ressuscité, sa fille tuée puis ramenée à la vie !). 

L'autre atout de cette série est de bénéficier d'un unique dessinateur, qui a l'opportunité de révéler son talent : l'espagnol Ramon Rosanas évolue dans un style réaliste et élégant, ses  pages sont découpées de manière classique mais en exploitant intelligemment les pouvoirs du héros, et le soin apporté aux détails des décors est notable (même si l'artiste utilise visiblement un logiciel lui permettant de "plaquer" les éléments d'arrière-plan car le rendu est très droit, très propre, sans personnalité). 

Le regard est donc suffisamment nourri sans être saturé d'informations visuelles, avec une moyenne de six cases par page, et une colorisation (de Will Quintana) sobre mais bien nuancée. En prime, on a droit à des couvertures très inventives, en couleurs directes, de Mark Brooks (et une collection de variant covers de choix, par Chris Samnee ou Cliff Chiang par exemple). 

Rosanas est aussi excellent pour rendre les personnages expressifs, possédant chacun une gestuelle propre et éloquente, et respectant les différents âges de seconds rôles aussi divers que la doyenne Mary Morgenstern ou de l'adolescente Cassie Lang. 

Le résultat aboutit donc à une série très satisfaisante mais surtout avec une identité narrative et graphique très efficace : en cinq épisodes, Spencer et Rosanas arrivent à donner à Scott Lang un réel intérêt avec un humour ironique et une qualité visuelle incontestable. L'essayer, c'est l'adopter ! 

(Et même Panini Comics a su en tirer un bon enseignement puisque vient de sortir, dans la relance de la revue bimestrielle "Marvel Saga", les six premiers épisodes des nouvelles aventures du désormais Astonishing Ant-Man.)

mercredi 22 juin 2016

Critique 927 : LES DEPORTES DU CAMBRIEN, de Robert Silverberg

 

LES DEPORTES DU CAMBRIEN (en v.o. : Hawksbill Station) est un roman écrit par Robert Silverberg en 1967, traduit en France par Guy Abadia et publié par les Editions Robert Laffont (repris depuis en "Livre de Poche").

1984. Les Etats-Unis tombent sous le joug de la "Syndicature", un régime capitaliste, centralisé et isolationniste (tendance xénophobe). A cette même époque, le physicien et mathématicien Edmond Hawksbill découvre les bases scientifiques du voyage dans le temps, mais ses recherches se limitent toutefois à des transports dans le passé sans retour possible. 
Le changement de Chancelier se traduit par un durcissement du pouvoir. Les opposants sont arrêtés et emprisonnés. Les plus dangereux sont alors envoyés à la période du Cambrien inférieur grâce à la machine inventée par Hawksbill, qui a accepté de collaborer avec la Syndicature pour financer ses travaux.
Ainsi, dans ce très lointain passé, est fondée la "Station Hawksbill" à proximité d'une mer peu profonde. Mais l'environnement y est austère et hostile : les bannis y mènent une existence rudimentaire car les végétaux et les animaux terrestres ne sont pas encore apparus. Néanmoins du futur leur sont envoyés de la nourriture, des outils et des médicaments. Ils logent dans des cabanes et s'occupent comme ils peuvent en construisant notamment un escalier dans le roc reliant la station à la plage, en pêchant, en partant pour de brèves expéditions maritimes.
Mais certains des exilés sont obsédés par leurs souvenirs, d'autres finissent par perdre la raison.
Les déportations se succèdent ainsi pendant 25 ans jusqu'à l'arrivée de Lew Hahn, un jeune homme mystérieux dont le profil ne correspond pas à celui d'un dissident politique. Epié par les bannis qui se demandent pourquoi il rôde la nuit autour du "Marteau" (la machine qui expédie les hommes depuis le futur) et prend des notes sur la vie dans la station, il dissimule en fait qu'il est ici car la Syndicature a été renversée et qu'il a été envoyé pour juger si les exilés sont psychologiquement prêts à retourner dans le futur...
Robert Silverberg

Voici un roman que j'ai découvert il y a quelques années et qui me fit une très forte impression - d'autant plus forte que, si, adolescent, je lus beaucoup d'ouvrages de science-fiction, initié au genre par un ami qui me prêta notamment la saga Fondation de Isaac Asimov, c'est une littérature que j'ai complètement délaissée ensuite. Je ne connaissais donc quasiment rien de l'oeuvre du grand Robert Silverberg quand j'ouvris Les Déportés du Cambrien, à part son célèbre opus L'Oreille interne et un autre remarquable récit, Le Livre des Crânes.

Alors pourquoi, après tout ça, ai-je lu (et relu) Hawksbill Station, qui plus est un texte considéré comme mineur par nombre de connaisseurs de Silverberg ? Cela s'est produit de manière détournée, par un de ces chemins de traverse si fréquents quand on est un lecteur avançant sans programme, uniquement mu par la curiosité et attiré par les affinités entre les auteurs et les bouquins.

Lors d'une interview donnée par Paul Auster (dont tous ceux qui suivent mes articles connaissent mon admiration), celui-ci cita Robert Silverberg en soulignant une spécificité de son style d'écriture, parlant d'une écriture "blanche", c'est-à-dire sans effets superflus, sans manières, toute entière au service de l'histoire, des personnages, et calibrée pour captiver sans le lâcher le lecteur. J'appréciai ce concept d'écriture "blanche" parce que je me rendis alors compte que c'était une qualité stylistique courante chez beaucoup d'auteurs que j'aimai, dans divers genres.

Et de ce point de vue, Les Déportés du Cambrien est une sorte d'acmé. Ce roman dystopique est bref (moins de 200 pages) et n'est pas exempt de défauts et faiblesses. La plus notée concerne justement l'époque à laquelle Silverberg envoie ses dissidents politiques : en effet, il situe le Cambrien inférieur un milliard d'années avant notre ère alors qu'il s'agit de la première période des six que compte le Paléozoïque, soit en - 542 jusqu'à - 488 millions d'années. Les exilés atterrissent donc en vérité au Tonien, la première période du Néoprotérozoïque. Cette erreur (que j'aurai faite aussi vu mes connaissances plus que réduites dans ce domaine) est néanmoins excusable car en 1967, lorsque l'auteur écrivit ce texte, la géologie ne permettait pas des datations aussi précises qu'aujourd'hui.

Mais, ce point mis à part, quelle pépite !

Ce roman est un éloge vibrant et subtil au courage, à la ténacité et à la sollicitude, explorant le militantisme politique clandestin, ses dérives aussi, ses conséquences, le prix à payer pour ceux qui s'y engagent, face à un régime répressif.

Silverberg anime une galerie foisonnante de personnages qu'il réussit à caractériser puissamment, en peu de mots. Jim Barrett est le chef de la station et, après avoir été un opposant depuis l'âge de 16 ans, il est devenu un des chefs de la résistance à la tête du "Front de Libération Continentale". Arrêté à l'âge de 38 ans, il est déporté depuis vingt ans quand le récit débute avec l'arrivée de l'énigmatique Lew Hahn.

Autour d'eux, on trouve Ned Altman (un ancien agent du gouvernement), Ken Belardi (un nihiliste), Sid Hutchett (un pirate informatique), Charley Norton (un communiste), mais surtout un noyau de seconds rôles mémorables : Norman Pleyel (le mentor de Barrett, qui va bientôt mourir), Don Latimer (un physicien, qui partage sa cabane avec Lew Hahn), Quesada (le médecin de la station), Mel Rudiger (un anarchiste), et surtout Bruce Valdosto (artificier devenu fou durant son exil et qui finira pas se suicider).

La narration alterne les scènes dans la station dont le quotidien est bouleversé par l'arrivée de Lew Hahn et les interrogations suscitées par son comportement (même s'il cherche à être discret), et des séquences dévoilant la "carrière" de Jim Barrett dans les années 80. Ces dernières fournissent des informations déterminantes sur le sort de ce personnage hors normes, charismatique et tragique, dont la route croisera celles de Ed Hawksbill (qui vendra ses services et son génie à la Syndicature), Jack Bernstein (ami puis rival en amour de Barrett, ce qui le conduira, par dépit amoureux, à trahir les rebelles en devenant un interrogateur du régime), et Janet (la seule figure féminine de l'histoire, grand amour de Jim, qui finira elle aussi bannie, comme toutes ses semblables, mais à une autre époque).

L'intrigue critique l'individualisme, qui pousse les hommes à trahir leurs amis et leurs convictions morales par ambition, et valorise l'esprit de résistance chez ceux prêts à payer le prix fort pour leurs idéaux. Cette réflexion n'empêche pas le récit de posséder un vrai souffle romanesque, soutenu par un rythme imparable, un mélange habile d'émotions.

Mais Silverberg ne manque pas non plus d'ironie dans le traitement de son sujet : ainsi décrit-il une communauté d'anarchistes qui, déplacé dans le temps, vont devoir bâtir une micro-société avec des règles strictes pour survivre. Les voilà donc en train de composer avec ce qu'ils combattaient dans les années 80. Le roman devient à la fois plus poignant (la mort de Pleyel, le suicide de Valdosto, la perte de Janet) et troublant (l'évaluation à laquelle procède secrètement Han) à mesure que l'histoire progresse, que ses héros se révèlent.

Cela compense l'autre faiblesse scientifique de l'ouvrage car Silverberg ne s'encombre pas des paradoxes temporels qu'impliquerait l'exil d'une colonie humaine dans le passé, impactant forcément l'évolution de l'environnement.

Quoi qu'il en soit, malgré quelques réserves "techniques" (qu'on peut zapper en n'oubliant pas qu'il s'agit d'une forme de licence poétique inhérente à la science-fiction), visiter la Station Hawksbill est un voyage qu'on n'oublie pas.  
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Avec sa distribution fournie, c'est à la fois distrayant et compliqué d'imaginer qui pourrait jouer dans une adaptation de ce roman. Je m'y suis essayé quand même et voilà qui interpréterait qui (en notant que j'ai réuni le couple Liam Neeson-Laura San Giacomo que j'avais beaucoup aimé dans un chouette polar de 1991, Faute de preuves, réalisé par Simon Moore) : 
 Liam Neeson : Jim Barrett
 Joseph Gordon-Levitt : Lew Hahn
 Titus Welliver : Jack Bernstein
 Peter Weller : Edmond Hawksbill
 Donald Sutherland : Norman Pleyel
 Jeff Daniels : Don Latimer
 Benicio del Toro : Quesada
 Willem Dafoe : Mel Rudiger
 Robert Carlyle : Bruce Valdosto
Laura San Giacomo : Janet

mardi 21 juin 2016

Critique 926 : WINCHESTER' 73, de Anthony Mann


WINCHESTER' 73 est un film réalisé par Anthony Mann, sorti en salles en 1950.
Le scénario a été écrit par Robert L. Richards, remanié par Borden Chase, d'après Big Gun de Stuart N. Lake. La photographie est signée William H. Daniels. La musique est composée par Joseph Gesherson (avec Walter Scharf, non crédité).
Dans les rôles principaux, on trouve : James Stewart (Lin McAdam), Millard Mitchell (Frank "High-Spade" Wilson), Shelley Winters (Lola Manners), Stephen McNally (Dutch Henry Brown), Dan Duryea ("Waco" Johnnie Dean), John McIntire (Joe Lamont), Charles Drake (Steve Miller), Rock Hudson (Young Bull).
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Dodge city, 1873. Lin McAdam et son ami, "High-spade" Wilson, participe à un concours de tir à la carabine organisé par le shérif Wyatt Earp dont le prix est le dernier modèle de fusil à répétition de la marque Winchester.
Lin McAdam et Frank "High-Spade" Wilson
(James Stewart et Millard Mitchell) 

Mais l'arme, aussi belle que bien équilibrée, est convoitée par les meilleurs tireurs de la région. Toutefois la compétition se dispute vite entre McAdam et Dutch Henry Brown qui se connaissent visiblement bien mais sont en très mauvais termes. Finalement, Lin remporte le fusil en réussissant un tir audacieux.
Mais Brown n'entend pas en rester là et agresse McAdam dans sa chambre d'hôtel avec deux complices et, après l'avoir assommé, le désarme et fuit Dodge city avec ses hommes de main, sans même récupérer leurs colts.
Wyatt Earp et Wilson arrivent trop tard, mais Lin est résolu à poursuivre Brown sans attendre.
Joe Lamont et Dutch Henry Brown
(au premier plan à gauche : John McIntire et au centre : Stephen McNally)

Brown et ses deux compères s'arrêtent dans une auberge où ils rencontrent Joe Lamont qui fait commerce d'armes avec des indiens Sioux. Voulant acquérir des pistolets, Dutch joue aux cartes mais perd tout son argent et même son fusil. Menacé par l'aubergiste, il doit battre en retraite.
Lamont rejoint Young Bull, un jeune chef Sioux, mécontent des armes qui lui sont livrés. Il tue le marchand et lui dérobe la Winchester.
Pendant ce temps, McAdam et Wilson se joignent à une unité isolée de la cavalerie auprès de laquelle ont trouvé refuge Lola Manners, une chanteuse de saloon croisée à Dodge city, et le compagnon de celle-ci, Steve Miller, un lâche.
Ensemble, ils doivent faire face à l'attaque de la bande de Young Bull à l'aube et, au terme d'une fusillade intense, réussissent à les repousser. Lin et "High-Spade" repartent sans se rendre compte que la Winchester se trouve sur le champ d'honneur à côté de la dépouille de Young Bull. Le chef du régiment offre le fusil à Steve pour le remercier de son aide.
Lola et Steve gagnent la maison de ce dernier dans la soirée mais y sont rejoints par le gang de "Waco" Johnnie Dean, poursuivi par le shérif et ses hommes. Humilié par le bandit dont il est une connaissance, Steve est tué par lui avant que le malfrat ne s'échappe en prenant Lola en otage et la Winchester pour riposter contre les forces de l'ordre. 
 "Waco" Johnnie Dean et Dutch Henry Brown
(à gauche : Dan Duryea, à droite : Stephen McNally)

"Waco" retrouve dans une cabane dans les montagnes voisines Dutch qui lui reprend aussitôt la Winchester quand il la reconnaît. Puis les deux complices entrent pour évoquer leur prochain mauvais coup.
Dutch Henry Brown, Lola Manners et "Waco" Johnnie Dean
(Stephen McNally, Shelley Winters et Dan Duryea)

Tandis que les bandits discutent de l'attaque de la banque de Tascosa, Lola découvre sur une étagère une photo où Dutch pose aux côtés de Lin et, visiblement, leur père. "Waco" et la femme partent en avant pour Tascosa où McAdam et Wilson sont arrivés. La paisible bourgade et ses environs rocheux seront le théâtre du règlement de comptes final entre Lin et celui qui est donc en réalité son frère, Matthew, coupable d'un terrible crime...

Chef d'oeuvre ! Voilà un des plus grands westerns et un des plus originaux produits durant l'âge d'or hollywoodien, première collaboration d'un des duos les plus fameux formé par un réalisateur et un acteur, respectivement Anthony Mann et James Stewart.

Il y a bien des manière d'exprimer le propos du film et les motifs qu'il développe, mais la notion qui le traverse de manière évidente est celui de la force de la détermination de son héros - une force de caractère qui, pour le cinéaste, prévalait sur sa force physique, et que joue avec cette fébrilité vibrante son interprète favori.

L'opiniâtreté de Lin McAdam s'incarne certes dans le fusil magnifique qu'il gagne et qu'on lui vole, une version à peine déguisée de l'épée Excalibur du roi Arthur, ne méritant d'être brandi que par un héros véritable, mais plus encore dans la vengeance qu'il veut exaucer et dont on découvre la raison au terme d'une longue traque. L'intrigue tient ainsi de l'épure et compose avec les clichés du genre dans lequel elle s'inscrit, avec ses personnages affirmés, son action soutenue, sa tension constante.

Pourtant, sur ce canevas très sobre, Mann réussit à manoeuvrer une galerie de protagonistes telle que son film se fait choral - ainsi James Stewart est absent pendant un tiers de l'histoire, consacré à d'autres scènes avec d'autres personnages au gré des changements de propriétaires de la fameuse Winchester modèle 1873. La construction est originale grâce à ce procédé qui voit l'arme changer de main et devenir fatale pour quiconque en hérite, qu'il s'agisse de Joe Lamont, de Steve Miller, de "Waco" Johnnie Dean.

Pour jouer cette partition, le cinéaste, remarquable directeur d'acteurs, a disposé d'un casting remarquable, sachant canaliser un habitué des rôles de crapules comme Dan Duryea, de rendre émouvant un vendeur d'armes trop cupide comme celui que campe John McIntire, et attachante Shelley Winters.

Mais, donc, Winchester' 73 aura scellé la fructueuse association d'Anthony Mann et James Stewart, qui avaient fait connaissance en 1934 alors que le comédien fondait sa compagnie théâtrale. Pourtant, leur rencontre ne tint qu'à un fil : le film devait d'abord être réalisé par Fritz Lang, qui abandonna le projet, et c'est Stewart qui se rappela de Mann pour sauver le projet. Les ennuis n'étaient pas tous résolus néanmoins car le script de Robert L. Richards déplaisait aux deux hommes et fut confié à Borden Chase pour être remanié. Ce sera le début d'une collaboration de sept films, culminant avec cinq westerns, tous formidables (Les affameurs en 1952, L'appât en 53, Je suis un aventurier en 54, et L'homme de la plaine en 55).

Mann incita Stewart à affiner son jeu pour être plus authentique et intense : un effort payant car Lin McAdam à la recherche de son demi-frère, l’assassin de leur père adoptif (je ne spoile pas grand-chose car on le devine très tôt) est une figure inoubliable, mélange de bravoure et d'obstination, vengeur implacable et justicier admirable. L'interprétation de Stewart est éblouissante, son héros est vulnérable, ambigu mais très humain, déchiré par sa mission, ami indéfectible de "High-Spade" (épatant Millard Mitchell). En un éclair, l'acteur fait passer des nuances virtuoses par son expressivité contenue, son regard intense, son allure résumant toute sa détermination et sa droiture.

Le message du film invite aussi à une réflexion profonde derrière le divertissement épique en posant un regard sans concession sur la violence : le fusil en est l'instrument et in fine le soulagement le dispute au dépit chez Lin McAdam, obligé de céder à une exécution pour boucler la boucle d'une tragédie familiale. L'amertume de cette victoire donne aussi un parfum de défaite à cette aventure qui transcende les standards du western classique. Le duel final, à cet égard, par sa brutalité et sa sécheresse (renforcée par le décor) est un modèle de mise en scène, avec des plans composés de manière à la fois audacieuse et exemplaire, s'étirant sur plus de cinq minutes indécises.

Mann estimait que Winchester' 73 était un "western honnête et franc" avec une admirable humilité. Il a réussi bien plus que ça en vérité avec ce sommet du genre, qui dépasse son cadre pour accéder aux cimes des grands films, des authentiques chefs d'oeuvre.

Critique 925 : LA FLECHE ET LE FLAMBEAU, de Jacques Tourneur


LA FLECHE ET LE FLAMBEAU (en v.o. : The Flame and the Arrow) est un film réalisé par Jacques Tourneur, sorti en salles en 1950.
Le scénario est écrit par Waldo Salt. La photographie est signée Ernest Haller.
Dans les rôles principaux, on trouve : Burt Lancaster (Dardo), Virginia Mayo (Anne de Hesse), Nick Cravat (Piccolo), Frank Allenby (Ulrich de Hesse).
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XIIème siècle. Dardo est un montagnard vivant dans la région de Lombardie (en Italie). Archer émérite, il élève seul son fils unique en lui enseignant à quel point il est précieux d'être un homme libre. Il va avoir très vite l'occasion d'éprouver cette morale...
 Dardo et son fils
(Burt Lancaster)

En effet, de retour d'une partie de chasse, Dardo découvre que son village est sous le joug de "l'aigle allemand", Ulrich de Hesse, qui règne en tyran sur cette région qu'il a conquise. Il arrive, accompagné de l'ex-compagne de Dardo, qui est désormais sa femme, venue réclamer la garde de son fils.
Dardo s'enfuit mais, blessé, il ne peut empêcher son fils d'être emmené.
 Anne de Hesse
(Virginia Mayo)

Le petit garçon est initié aux manières de la cour, tandis que son père se rétablit, déterminé à se venger. Pour cela, il capture, alors qu'elle chevauche dans les montagnes, Anne de Hesse, la soeur de Ulrich, dont il compte négocier la libération.
Piccolo et Anne
(Nick Cravat et Virginia Mayo)

Anne essaie d'abord de s'échapper en embobinant les alliés de Dardo, comme Piccolo, muet mais pas sourd et surtout d'une loyauté indéfectible. Ce dernier va transmettre une offre d'échange à Ulrich : sa soeur contre le fils de Dardo. Mais cette proposition est refusée.
La situation s'envenime jusqu'à ce qu'un prêtre, ami de Dardo, confondu, est condamné à la pendaison. Dardo se livre et prend sa place sur la potence, mais ses complices sont dans la place et simulent son exécution.
Alors qu'ils préparent une attaque le lendemain matin, les montagnards apprennent par Anne de Hesse que leur plan est éventé et ils décident de lancer leur assaut dès cette nuit-là. Au terme d'une bataille épique, Dardo récupérera-t-il son fils et reconnaîtra-t-il les sentiments qu'il éprouve pour Anne comme elle pour lui ?

Grand styliste, héritier d'une élégance "française", Jacques Tourneur a su dépasser en prestige son père, lui-même cinéaste, Maurice, en s'exilant à Hollywood au milieu des années 30. Il y accomplira une très belle carrière jalonnée de belles réussites.

Habitué à gérer de petits budgets dès son engagement à la MGM, il sera remarqué en 1942 en signant un film d'épouvante mémorable, La Féline, en 1942, où son génie pour suggérer les éléments fantastiques et horrifiques, grâce un travail extraordinaire sur la lumière et le son, éclatera. Cela deviendra alors sa marque de fabrique.

De caractère modeste mais consciencieux, véritable esthète, il brille aussi bien dans le film noir, comme La Griffe du passé en 1947, que le western, comme Le Passage du canyon en 1946. En 1950, s'essaie avec le même bonheur dans le film d'aventures pour La Flèche et le flambeau.

La genèse du film est amusante puisque, toujours à cause des restrictions financières qu'on lui impose, Tourneur et son équipe de production récupère des décors et costumes d'un autre long métrage, le fameux Les Aventures de Robin des bois de Michael Curtiz (et William Keighley) auquel le studio voulut d'abord confier cette histoire avec son interprète fétiche Erroll Flynn, dont les carrières déclinaient. La fraîcheur et les qualités narrative et visuelle de Tourneur ont sans doute permis à The Flame and the arrow de dépasser ce qui n'aurait été qu'une série B pour devenir un divertissement flamboyant et jubilatoire. 

Après avoir été révélé quatre ans auparavant dans Les Tueurs de Robert Siodmak, Burt Lancaster tenait là une occasion de changer de registre en pouvant mettre en valeur ses exceptionnelles capacités athlétiques (ce qu'il fera encore la même année dans le chef d'oeuvre du film de pirates, Le Corsaire rouge, de Siodmak), en duo avec Nick Cravat, qui était déjà son partenaire lorsqu'il se produisait comme acrobate dans les cirques.
  
Si l'intrigue se développe de manière linéaire et classique, maniant les archétypes, avec d'un côté un héros valeureux, un affreux méchant et une belle demoiselle entre eux, le film profite de quelques additions plus originales en abordant une période historique méconnue - l'invasion germanique de la Lombardie - et en prenant parti de manière intelligente, c'est-à-dire sans occulter la part d'orgueil qui anime Dardo dans son combat (pour qui récupérer son fils exige de libérer sa région). Le méchant, incarné par Frank Allenby (dans une composition comme Claude Rains était un habitué, sans nuances mais efficace), y gagne en relief, croyant affronter un simple rebelle alors qu'il a provoqué un père.

Entre les deux ennemis, le personnage de Virginia Mayo, actrice depuis injustement oubliée (car elle n'a jamais eu de rôle marquant dans un grand film), est celui qui, en définitive, vit la plus grande et intéressante évolution : d'abord soeur et allié d'Ulrich, elle est ensuite l'otage de Dardo, cherchant à s'enfuir, puis séduite progressivement par son geôlier dont elle comprend à la fois la douleur paternelle mais aussi la mutation en chef de la résistance. Elle joue tout cela avec subtilité et ce charme rétro imparable, magnifié par les couleurs éclatantes de la photographie de Ernest Haller. On pourra juste regretter que la brièveté du film (85' déroulée sans temps mort) empêche la romance entre Anne et Dardo d'être mieux développée, apparaissant du coup un peu convenue, mécanique (une erreur que saura corriger Tourneur dans un autre de ses chefs d'oeuvre, La Flibustière des Antilles, 1952, avec la relation beaucoup plus complexe entre Jean Peters, Louis Jourdan et Debra Paget).

Les grands moments abondent dans ce film, où la présence charismatique de Lancaster fait merveille, intrépide au point de réaliser toutes ses cascades (hé oui, ma bonne dame, à cette époque, pas de câbles, de fond vert !), un sourire permanent de grand gamin rigolard aux lèvres, capable d'affronter un régiment de soldats avec tout ce qui lui passe par la main dans la salle à manger d'Ulrich, avec Cravat (impayable en acolyte muet - il ne prononçait pas un mot car son accent très fort de Brooklyn aurait juré dans un film d'époque).

Il y a une dimension "cartoonesque" dans ce long métrage, plus proche par exemple d'Astérix que tous les films (médiocrement) adaptés de la BD de Goscinny et Uderzo - on y trouve même un barde insupportable ! Mais le talent de Tourneur, tout en énergie et d'une beauté plastique enchanteresse, confère une vraie grâce à l'exercice. 

Critique 924 : KISS KISS BANG BANG, de Shane Black


KISS KISS BANG BANG est un film réalisé par Shane Black, sorti en salles en 2005.
Le scénario est écrit par Shane Black, d'après le roman Bodies are where you find them de Brett Halliday. La photographie est signée Michael Barrett. La musique est composée par John Ottman.
Dans les rôles principaux, on trouve : Robert Downey Jr. (Harry Lockhart), Val Kilmer (Perry Van Shrike alias "Gay Perry), Michelle Monaghan (Harmony Faith Lane), Corbin Bernsen (Harlan Dexter).
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Harry Lockhart est un loser : alors qu'il vole, la nuit, dans un magasin, un jouet pour son fils, son complice déclenche accidentellement l'alarme et les oblige à prendre la fuite. Alors qu'une voisine leur tire dessus, les deux hommes se séparent quand les policiers arrivent sur les lieux.
Harry aboutit dans une salle d'audition pour un film où il est pris pour un acteur. Improvisant avec le texte qu'on lui donne, il impressionne suffisamment le directeur de casting pour être engagé sur-le-champ !
 Perry Van Shrike et Harry Lockhart
(Val Kilmer et Robert Downey Jr.)

Harry est invité à une soirée donnée par le producteur du film, une ex-vedette de cinéma, Harlan Dexter, où il fait la connaissance de Perry Van Shrike, un détective privé et consultant avec lequel il devra perfectionner son interprétation tout en devant supporter l'homosexualité affichée et volontiers exubérante de ce dernier.
 Harmony Faith Lane
(Michelle Monaghan)

Dans ce cocktail, Harry a aussi la surprise de retrouver Harmony Faith Lane, son amour de jeunesse, qui essaie (sans succès jusque là) de faire carrière à Hollywood. Ils finissent la nuit ensemble ailleurs, mais Harry, ivre, couche avec la meilleure amie de la jeune femme !
Harry, Harmony et Perry

Mais les ennuis ne sont pas terminés pour Lockhart car, comme dans les romans policiers de Johnny Gossamer que dévorait Harmony dans son adolescence, elle, lui et Perry vont être embarqués dans deux affaires a priori distinctes mais qui vont se révéler liées : d'un côté, le suicide apparent de la soeur d'Harmony (venue la rejoindre à Los Angeles), et de l'autre, le meurtre de Veronica, la fille de Dexter avec qui il venait de se réconcilier et que Perry surveillait... 

Bien qu'il n'en soit pas l'inventeur, Shane Black a été un des exploitants du concept du "buddy movie", le "film de potes" avec un duo de héros d'abord mal assortis dont les différences se transforment au gré de leurs (més)aventures en atouts. Walter Hill avec 48 heures (avec Nick Nolte et Eddie Murphy, 1982) a illustré le premier ce principe. Black l'a popularisé en écrivant en 1987 L'Arme fatale (réalisé par Richard Donner, avec Mel Gibson et Danny Glover).

La suite fut plus compliqué pour le golden boy, qui déclare aujourd'hui renier à 70% sa production scénaristique des années 80 à cause des réécritures imposées par les studios. Peut-être aussi parce que, avec Joe Esztehars (à qui on doit le script de Basic Instinct de Paul Verhoeven), il fut désigné il y a une douzaine d'années comme "l'homme qui tua le métier de screenwriter" (comme le titra un article du "New York Times"). Surtout parce que le succès de Black déclina au début des années 90 quand Hollywood misa sur de nouvelles façons de raconter ses histoires, éloignées des séries B sexys et cools.

Pourtant, contrairement à une de ces répliques les plus fameuses ("je suis trop vieux pour ces conneries", dans L'Arme fatale 2), Shane Black a pu compter sur le producteur emblématique des 80's pour effectuer son retour en 2005 avec Kiss Kiss Bang Bang. Sa première réalisation est à la fois comme le prolongement des récits qui firent sa gloire d'auteur et leur commentaire en tant que cinéaste.

Black n'est peut-être pas un grand conteur mais son amour pour ce cinéma-bis est sincère et l'homme connaît ses classiques, aussi bien dans la littérature policière anglaise qu'américaine. Ce mélange de fan attitude et de culture lui permet de maîtriser son sujet en ayant désormais la distance nécessaire pour le traiter avec dérision, à la manière de celui qui est revenu de tout. L'intrigue de KKBB est impossible à résumer, tout juste peut-on en écrire l'amorce comme je l'ai fait, en camper les protagonistes, mais c'est moins la lisibilité que la malice de l'entreprise qui compte.
Il ne s'agit pas d'excuser le fait que le scénariste ait voulu égarer volontairement le spectateur, mais bien de pointer qu'en donnant à son histoire un narrateur aussi pathétique et embrouillé que Harry Lockhart il ne faut pas s'attendre à une ligne bien droite et sérieuse. L'interprétation survoltée de Robert Downey Jr. (qui, malgré le peu de succès du film au box office, tiendra là le rôle de son propre come-back avant le triomphe d'Iron Man en 2008 - et il saura s'en souvenir en confier la mise en scène d'Iron Man 3 à Black en 2013) souligne ce sentiment : comme nous, il évolue dans une affaire absurde, grotesque, spectaculaire, dont il espère d'abord survivre avant de la comprendre.

Le script donne du biscuit à ses interprètes, notamment à un autre revenant (même si, lui, ne saura pas autant en profiter ensuite), Val Kilmer, qui incarne un détective privé homosexuel très fier d'être surnommé "Gay Perry" ("Gai Paris") et avec lequel il fait preuve d'une auto-dérision jubilatoire. Downey Jr. est aussi très bon grâce à l'auto-dérision de Kilmer, avec lequel il a eu une collaboration très complice (comme en témoigne le bêtisier publié dans les bonus du DVD). Abondant en répliques souvent très drôles, débitées à une allure folle, leurs échanges sont un régal.

Le film a aussi permis de révéler la sublime Michelle Monaghan, une comédienne dont le charme et l'esprit comique forment une combinaison rare mais sous-exploitée depuis. Vous ne verrez jamais une fille déguisée en mère Noël aussi sexy et décalée.

La réalisation, servie par une photo léchée et un montage inventif (qui illustre bien la narration désordonnée, hésitante de Lockhart), sert impeccablement ce cocktail de violence et d'humour dans la droite ligne d'un cinéma populaire, décontracté mais pas désinvolte. Surtout que, sous le vernis du divertissement, on peut lire la critique acérée des aspects les plus sordides du business de Hollywood : tout y passe, des starlettes sacrifiées aux producteurs véreux, des comédiens ratés aux consultants engagés pour assurer une pseudo-crédibilité à des films irréalistes, des mondanités luxueuses aux dépravés pique-assiette qui les fréquentent.

Black n'en profite cependant pour régler des comptes personnels, il se pose plutôt en observateur sarcastique de ce milieu qui le fit roi avant de l'oublier. On pense au méconnu et pourtant très estimable Get Shorty de Barry Sonnenfeld (1995, d'après Elmore Leonard), avec des références savoureuses (comme lorsque Harry et Harmony se moquent des ressemblances approximatives des invités de la party avec des célébrités).

Derrière son titre magnifique (une de ces punchlines comme Black sait les formuler), Kiss Kiss Bang Bang est une sorte de conte, alambiqué mais réjouissant, qu'on peut voir et revoir sans en épuiser tout le jus.