mercredi 20 janvier 2016

Critique 797 : LES VIEUX FOURNEAUX, TOME 2 : BONNY AND PIERROT, de Wilfrid Lupano et Paul Cauuet


LES VIEUX FOURNEAUX : BONNY AND PIERROT est le deuxième tome de la série, écrit par Wilfrid Lupano et dessiné par Paul Cauuet, publié en 2014 par Dargaud.
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Pierre Mayou reçoit chez lui un colis contenant 200 000 Euros et un mot signé "Ann Bonny" : cela le bouleverse si profondément qu'il tente de mettre fin à ses jours lorsque son ami Antoine Perrot lui rend visite à Paris, au quartier général de ses amis anarchistes "Ni yeux ni maîtres".
Antoine informe aussitôt Sophie, sa petite-fille, désormais mère d'une petite Juliette, et auxquelles tient compagnie Mimile : elle en conçoit, secrètement, de la culpabilité car c'est elle qui a envoyé ledit colis à Pierrot, prélevant la somme d'argent sur le compte secret dont Garan-Servier lui a communiqué le code en la confondant avec sa grand-mère dont il fut l'amant.
Ce qu'ignorait Sophie, c'est qu'Ann Bonny était le pseudonyme d'Anita, le premier amour de Pierrot, en 1963, fille de réfugiés espagnol et algérien, et dont il ne s'est jamais remis de la mort. Tandis qu'elle accepte de mettre en scène un spectacle de marionnettes d'après une histoire que lui confie Mimile, la jeune femme décide de réparer son erreur.
Pierrot, lui, part à la recherche d'Anita, qu'il croit finalement encore en vie, tout en commettant quelques coups d'éclat avec ses camarades anarchistes - ce qui inspirera à Sophie une vengeance contre les boulangers et le moyen de consoler Pierrot...

Pour ce deuxième tome des Vieux fourneaux, j'étais, il faut bien le dire, très méfiant : comme j'ai eu l'occasion de l'expliquer dans la critique du tome 1 (et au sujet d'autres bandes dessinées écrites par le scénariste), le style de Wilfrid Lupano m'agace singulièrement. Si je lui reconnais un authentique talent de narrateur, sa manie de raconter comme s'il manifestait avec une pancarte me tape sur les nerfs.

Entendons-nous bien, je n'ai rien contre les artistes engagés, je les défendrai même car ils sont des citoyens libres de s'exprimer comme vous et moi. Par contre, j'attends en retour qu'il parle avec un minimum de nuance et avec des arguments plus saillants que des philosophes de café du commerce. De ce point de vue, pour moi, Lupano ressemble à un Jean-Luc Mélenchon du 9ème Art : un type certainement très cultivé mais affreusement démagogue, au propos manichéen qui n'aboutit finalement à aucune progression intellectuelle. Ceux qui ne sont pas d'accord avec lui ne le seront pas davantage après avoir lu une de ses histoires, et il ne prêchera donc que pour des convertis mais d'une façon paresseuse, pouvant toujours se réfugier derrière l'excuse du divertissement.

Ces défauts sont encore à l'oeuvre dans ce nouvel épisode de son best-seller : avec une "audace" incroyable, Lupano met en scène une scène qui se veut comique mais qui n'est que vulgaire où un pépé gaze littéralement en se déféquant dessus une salle entière venue assister à un discours de Jean-François Copé. Une mémé vachement rebelle se désole de n'avoir pu pirater le site internet de Nadine Morano. A quand un gag sur la petite taille de Sarkozy ? Ou, dès fois que Lupano décide que le Part Socialiste ne vaut pas mieux que les Républicains, une saillie sur Hollande en scooter et son caractère digne d'un Flamby... On se croirait dans un de ces pénibles sketches de Anne Roumanoff le dimanche chez Drucker.

Non, vraiment, je ne saisis pas ce que tant de critiques, éblouis, et de lecteurs, conquis, trouvent de si malin chez Lupano, capable de vous asséner des métaphores sur le capitalisme, l'exploitation d'une île du Pacifique et le désastre écologique et humain qui en a résulté, avec la délicatesse d'un chien dans un jeu de quilles, dans une mise en scène plus pathétique qu'édifiante (elles ont bon dos, les marionnettes de Sophie, et le suspense en carton du spectacle qui occupe une bonne partie du récit).

Un sentiment d'affliction et de colère me prend à l'heure où j'écris cette critique car cette bande dessinée prend le lecteur pour un crétin par la faute d'un auteur visiblement grisé par son succès et qui pense donc que ses idées sont spirituelles. Tout cela suinte plutôt le mépris, la condescendance, la suffisance : ces vieux que Lupano veut nous faire passer pour des héros sont tous laids, cons comme des manches, et les jeunes ne sont pas mieux lotis, de Sophie (personnage intéressant, plein de potentiel dans le tome 1 qui est devenue une gourde grimaçante) aux gamins de son voisinage (s'amusant avec une chèvre avant d'être éduqués miraculeusement lors du spectacle de marionnettes).

Le mystère concernant le véritable sort d'Anita est en fait à peine exploité, résolu avec une désinvolture telle qu'on se demande bien comment on a pu croire qu'il servait de colonne vertébrale à l'intrigue - alors que tant de pages sont consacrés à cette grotesque affaire de boulangerie (sans doute parce que Lupano a eu le malheur d'avaler un morceau de pain de travers ou est terriblement révolté par le fait qu'il existe différentes sortes de baguettes).

Dans ces conditions, on ne peut que déplorer de voir un dessinateur aussi talentueux que Paul Cauuet se gâcher dans une telle entreprise : il produit des planches bien plus séduisantes que l'histoire qu'elles illustrent, avec des décors fouillés, des compositions soignées, et une expressivité épatante. Mais tous ces efforts ne rattrapent pas une histoire qui suscite plus de consternation que de (sou)rires comme elle l'ambitionne.

Un troisième tome vient de paraître et j'ignore si, et, si oui, quand la bibliothèque municipale se le procurera. Mais en vérité, je ne suis pas pressé de le lire : Les Vieux Fourneaux est un succès que je ne comprends tellement pas qu'insister à en suivre les épisodes n'est plus une priorité.
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Ci-dessous : la couverture de l'édition limitée, en noir et blanc,
de l'Intégrale des deux premiers tomes de la série.

mardi 19 janvier 2016

Critique 796 : JE PENSAIS QUE MON PERE ETAIT DIEU (Et Autres Récits de la Réalité Américaine), anthologie composée par Paul Auster


JE PENSAIS QUE MON PERE ETAIT DIEU (Et Autres Récits de la Réalité Américaine) est une anthologie composée par Paul Auster, publiée en 2002 par les Editions Actes Sud (reprise depuis en Livre de Poche).
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Paul Auster

J'ai découvert l'oeuvre de Paul Auster quand j'étais au collège grâce à mon meilleur ami qui me prêta le roman La Musique du Hasard. La promesse qu'il me fit d'une lecture à nulle autre pareille et la confiance dans le jugement de mon acolyte se confirmèrent avec l'histoire de ces deux héros entraînés dans une aventure effectivement extraordinaire, racontée avec un brio certain.

Je ne me fis pas prier ensuite pour dévorer Moon Palace puis Leviathan et La Trilogie New-Yorkaise (avec Cité de verre, dont l'adaptation en bande dessinée par Paul Karasik et David Mazzucchelli est modèle du genre ; Revenants et La Chambre Dérobée). Plus tard il y eût Mr Vertigo, qui est peut-être le livre d'Auster que je continue de préférer.

Les années passèrent et je m'éloignais des parutions de l'écrivain américain, absorbé par d'autres découvertes littéraires et surtout accaparé par les bandes dessinées. Je renouais avec Auster en découvrant le diptyque de Wayne Wang dont il co-signait le scénario, Smoke et Brooklyn Boogie (le premier étant tout de même très supérieur au second). Puis à nouveau, une éclipse.

Il y a maintenant quatre ans, ma mère m'offrit Sunset Park : ce cadeau me surprit doublement, d'une part parce que j'ignorai que ma mère savait que j'appréciai Paul Auster, d'autre part parce que, donc, je ne suivais plus ses publications. Mais, comme à chaque fois, je constatais quel merveilleux conteur il demeurait.

Accessoirement, j'aime le format des livres édités chez Actes Sud, ces livres rectangulaires (21,5 x 11,5 cm) avec leur papier crème, leur couvertures toujours très belles et originales, leurs traductions remarquables.

Aujourd'hui je me rends compte en consultant la bibliographie de Paul Auster que j'ai laissé filer beaucoup de ses oeuvres et comme l'appétit pour le roman me revient, il fait partie de ces auteurs que j'ai envie de lire (voire relire) à nouveau. C'est donc ce qui m'a motivé à emprunter à la bibliothèque municipale Je pensais que mon père était Dieu.

La genèse de cet opus est déjà une histoire comme aurait pu l'imaginer Paul Auster chez qui les personnages aiment (se) raconter, dont les aventures paraissent à la fois vraies et fictives au point qu'on ne distingue souvent plus ce qui se relève de l'imaginaire et de la réalité, du mensonge et de la vérité.
Paul Auster a 52 ans quand en 1999 le projet de cette anthologie débute. C'est donc déjà un écrivain reconnu et prolifique (près d'une trentaine de titres depuis 1987), et c'est grâce à ce prestige et la qualité de sa production  qu'il est invité au mois de Mai dans l'émission de radio de NPR, Week-end all things considered, animé par Daniel Zwerdling. Il y lit une de ses histoires et se voit proposer de répéter l'expérience. Mais l'auteur décline l'offre, estimant être trop occupé et incapable de livrer un récit différent fréquemment.

Intervient alors Siri Hustedt, la femme d'Auster, elle-même romancière, qui lui suggère une alternative : ainsi se forme le National Story Project. L'écrivain revient dans le programme de Zwerdling et invite les auditeurs à lui envoyer des histoires qu'il sélectionnera pour en faire une lecture.

"Un livre, c'est le seul lieu au monde où deux étrangers peuvent se rencontrer de façon intime."
Paul Auster (2002).

Il s'agissait, pour citer Auster, de recevoir des "histoires vraies aux allures de fiction" avec lesquelles il comptait constituer des "archives véridiques, un musée de la réalité américaine".

Si l'anthologie compte 172 textes (ce qui est déjà copieux), c'est plus de 4 000 histoires que reçut le romancier ! Lire tout cela a été un travail titanesque, à la fois formidablement gratifiant et aussi terriblement envahissant. Dans la préface, il déclare :

"… Un si grand nombre d’émotions à affronter, un si grand nombre d’inconnus installés dans mon living, des voix si nombreuses me parvenant de tant de directions différentes … Ces soirs-là, en l’espace de deux ou trois heures, j’ai eu l’impression que la population entière de l’Amérique était entrée dans ma maison. Je n’entendais pas l’Amérique chanter. Je l’entendais raconter des histoires. … Gaffes burlesques, coïncidences déchirantes, frôlements avec la mort, rencontres miraculeuses, incroyables ironies, prémonitions, chagrins, douleurs, rêves – tels sont les sujets sur lesquels les participants ont choisi d’écrire …"

Rapidement, Auster a compris qu'il fallait donner à cette masse écrite un contenant, pour justifier cette entreprise, en conserver la trace. Le résultat tient dans ce livre, où les textes sont classés en dix catégories : Animaux, Objets, Famille, Slapstick, Inconnus, Guerre, Amour, Mort, Rêves, Méditations. 

L'ouvrage montre aussi que l'histoire est aussi une géographie, une cartographie d'un pays, explorant l'intimité de leurs auteurs et révélant l'universalisme de leurs récits. C'est passionnant, drôle, triste, troublant : un vrai tourbillon émotionnel.

Difficile de ne pas être fasciné à la fois par le projet et ce qu'il dit : on pénètre dans ces vies, on traverse l'Histoire, on voyage non seulement dans 49 Etats américains mais aussi d'autres pays, on éprouve mille sensations... Vertigineux !

Le format des histoires est très variable, de quelques lignes pour la plus courte à quatre ou cinq pages pour les plus longues. Et cela guide le lecteur : il ne s'agit pas d'absorber tout cela d'une traite, ni même de s'astreindre à une suite linéaire. Il est préférable de picorer, d'aller et venir d'un thème à un autre, de découvrir plusieurs textes d'affilée puis de s'interrompre et de reprendre avec un seul. A chaque fois qu'on l'ouvre, c'est comme si cette anthologie nous donnait rendez-vous, nous réservait une surprise : le procédé est ludique et l'impression est jubilatoire.

Ecrites selon des règles à la fois strictes et suffisamment souples, il s'agit donc "d'histoires vraies, sans restriction de sujet ni de style". Ces histoires devaient, selon le souhait de Paul Auster, être "non conformes à ce nous attendons de l'existence, des anecdotes révélatrices des forces mystérieuses et ignorées qui agissent nos vies, dans nos histoires de famille, dans nos esprits et nos corps, dans nos âmes", évoluant dans le registre de la comédie comme du drame, sur un ton léger ou grave. Il pouvait s'agir de "gaffes burlesques, de coïncidences déchirantes, de frôlements avec la mort, de rencontres miraculeuses, d'incroyables ironies, de prémonitions, de chagrins, de rêves, de douleurs". Et c'est, effectivement, tout cela.

Cette expérience magnifique rappelle celle menée en 1988 par les Editions du Chêne avec Un jour en France. Préfacé par Emmanuel Le Roy Ladurie, on y trouvait selon différentes sections des photographies toutes prises le même jour, le 16 juin 1988. Ces images étaient légendées simplement - identité de l'auteur, son âge, sa profession, et le lieu de la prise de vue. Ces clichés témoignaient de la vie de "français moyens" qui donnait à voir leur pays à la manière d'une singulière et éloquente synthèse sociologique et humaine.

Paul Auster connait-il cet ouvrage ? Je l'ignore. On retrouve une situation semblable dans Smoke où le personnage d'Auggie Wrenn photographie chaque jour à la même heure sa rue. Il se lie d'amitié avec un romancier veuf, Paul Benjamin (qui était un pseudonyme de Paul Auster), qui reconnaît, dans une scène déchirante, sa femme sur une des images.

Cela résume la philosophie littéraire de Paul Auster, à l'origine de Je pensais que mon père était Dieu : toute vie est une histoire, un récit en puissance. Et les auditeurs de NPR ont formulé leurs récits pour, de cette manière, les communiquer et partager leur mémoire privée avec le monde. Cette mosaïque de souvenirs d'enfance, de deuils, d'expériences étranges ou cruelles, de gags, de réflexions, dessine un portrait de l'Amérique au XXème siècle, tour à tour fantastique et banal, mais jamais quelconque. On y parle de la vie familiale, des des grands espaces, des mégalopoles, de l'enfance, de la mort, de la guerre, on y récite la peine et la joie, le bonheur et le malheur. C'est parfois poignant, parfois humoristique, toujours imprévisible.

Quel extraordinaire voyage ! Offrez-vous le, offrez-le autour de vous, vous ne le regretterez pas et on vous en remerciera.

lundi 18 janvier 2016

Critique 795 : UNE BLONDE A MANHATTAN, de Adrien Gombeaud


UNE BLONDE A MANHATTAN est un livre écrit par Adrien Gombeaud, agrémenté de deux cahiers intérieurs illustrés par les photographies de Ed Feingersh, publié en 2011 aux Editions du Rocher (dans la collection "Le Serpent à Plumes").
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(Ci-dessus : la couverture, et les trois pages du
reportage, du magazine "Redbook", Juillet 1955.
Photos de Ed Feingersh.)

C'est un sacré défi qui a motivé le récit écrit par Adrien Gombeaud, journaliste et critique d'art : d'une part, il évoque Marilyn Monroe, sujet d'une abondante littérature, sans doute l'actrice américaine qui a généré le plus de commentaires ; et d'autre part, il s'est lancé à recherche d'un photo-reporter tombé dans l'oubli, Ed Feingersh, mais qui a signé une série de clichés retrouvée miraculeusement en 1987 et qui a enrichi la mythologie iconographique de Marilyn.

En vérité, il s'agit de dresser le portrait de deux énigmes en relatant leur brève rencontre, dans un cadre professionnel, en Mars 1955.

Marilyn Monroe et Ed Feingersh n'ont pas en commun que leur fin tragique et prématurée, ils avaient le même âge quand la mort les a fauchés : surtout, ils demeurent deux météores fascinants, elle saisie au sommet de sa gloire dans un moment où elle remit audacieusement en cause sa carrière ; lui réalisant des photos pour un magazine "people" alors qu'il rentrait de la guerre de Corée et qu'il n'avait accepté ce job que comme un pige.

En 1954, Marilyn Monroe (alors âgée de 29 ans) tourne un de ses plus grands succès au box-office, Sept ans de réflexion, réalisé par Billy Wilder, et Sam Shaw a l'idée pour promouvoir le film, avant qu'il soit terminé, d'une sorte de happening génial en invitant une meute de photographes à immortaliser une scène-clé de l'histoire (qui sera, en vérité, re-filmée en studio à Hollywood ensuite). Cette image est une des plus fameuses du 7ème Art : on y voit la robe de Marilyn se relevant sous une bouche de métro par la soufflerie, devant Tom Ewell, qui interprète son voisin, resté seul pendant que sa femme est partie en vacances et qui rêve de séduire cette créature de rêve.

Derrière cette mise en scène, il y a aussi une humiliation, celle de Joe Di Maggio, ancien joueur réputé de base-ball, à l'époque époux de Marilyn, et qui assiste à ce numéro où sa femme exhibe ses charmes devant les flashs crépitants des journalistes. Peu après, ils divorceront, lui comprenant que la vedette de cinéma ne serait jamais une ménagère comme il le souhaitait ; elle sur le point d'accomplir un coup d'éclat mémorable contre le studio (Twentieth Century Fox) qui l'exploitait.

En 1955, Marilyn fuit Los Angeles avec la complicité de son ami photographe Milton Greene, qui, avec des avocats, a disséqué le contrat de l'actrice avec la major qui l'emploie. Elle atterrit à New York, prend une suite à l'Ambassador Hotel (où elle est enregistrée sous le nom de Zelda Zonk), et annonce le lancement de sa propre maison de production, la MMP (Marilyn Monroe Productions) pour développer des projets plus personnels, à des conditions financières plus convenables. Peu après, elle intègre l'Actor's Studio, le cours d'art dramatique de Lee Strasberg, connu pour avoir formé Marlon Brando notamment (même si ce dernier ne reconnaîtra Stella Adler que comme sa seule vraie professeur). Pour Marilyn, il s'agit d'être prise au sérieux comme actrice, comme femme d'affaires - comme femme tout simplement.

Edwin "Ed" Feingersh est né en 1925 et est appelé sous les drapeaux fin 1944. Il fait partie des premiers soldats américains à découvrir les camps de concentration, une révélation qui le hantera toute sa vie. La légende raconte qu'il arracha au cadavre d'un soldat allemand son premier appareil photo.

De retour au pays, il est engagé par l'agence Pix et travaille pour les plus fameux périodiques de l'époque : "Life", "Newsweek", "Time", "Look", "Vanity Fair"... Elève d'Alexeï Brodovitch, qui révolutionna l'esthétique de "Vogue" ou "Harper's Bazaar", il développe pourtant un style aux antipodes, préférant le photo-reportage, et articulant son travail autour de la "lumière disponible". Ses clichés ont déjà cet aspect brut, avec une mise au point relégué au second plan au profit du réalisme et de l'immédiateté. 

L'artisan de la rencontre entre la star hollywoodienne, exilée volontaire à New York, et le photographe, si loin de ce monde de paillettes dont elle vient, est Robert "Bob" Stein, rédacteur en chef du magazine "Redbook", auquel Marilyn donna une de ses premières interviews. Il s'agit, littéralement, de montrer Marilyn Monroe comme on ne l'a jamais vue ("The Marilyn Monroe you've never seen"), du 24 au 30 Mars 1955.

Feingersh procède à plusieurs séances : d'abord à l'Ambassador Hotel, au balcon et dans la chambre de la suite de l'actrice ; puis dans le métro de Grand Central ; puis au bar du Costello's (qu'il fréquentait en habitué, avec ses amis George Zimbel et Garry Winogrand) ; puis dans un dressing ; de retour à la suite de l'Ambassador (où Marilyn se parfume avec du Chanel n°5, dont elle a largement contribué à la notoriété depuis qu'elle a déclaré en interview que c'était tout ce qu'elle portait pour dormir) ; et enfin lors d'une séance d'essayage pour une soirée caritative au Madison Square Garden (où elle apparaît sur un éléphant rose).

Après cela, Feingersh et Marilyn ne se reverront plus. Comme un symbole, leur rencontre marquera aussi le début de leur déclin. 

Elle épouse le dramaturge Arthur Miller le 21 Juin 1956 ; tourne Bus Stop, Le Prince et la Danseuse (où Lawrence Olivier la méprisera odieusement), Certains l'aiment chaud (ses retrouvailles avec Billy Wilder). Elle se sépare de Milton Greene sous l'influence de Miller qui le détestait. Puis elle enchaîne avec Le Milliardaire (où elle séduit Yves Montand), Les Désaxés (écrit par Miller), mais ne finira jamais Something's got to give. Elle a une liaison avec John Fitzgerald Kennedy, le nouveau président des Etats-Unis à l'anniversaire duquel elle chantera. Le 5 Août 1962, elle est retrouvée morte chez elle après avoir une overdose de barbituriques. 

Le photographe voit deux de ses clichés accrochés lors de l'exposition géante au Museum of Modern Art de New York. Son ami, Bob Stein, se marie, après Zimbel, Sal Grossman, Winogrand, mais lui reste seul. Jusqu'à ce qu'il rencontre Miriam. Mais leur couple sombre : l'avènement de la télévision oblige la presse à se repenser et condamne les "pictures stories", la spécialité de Feingersh. Il range son appareil et accepte un poste de directeur photo pour "Redbook", mais son alcoolisme et son addiction aux barbituriques le perdent. Il meurt d'une overdose en 1961.

Adrien Gombeaud dresse donc un parallèle éloquent entre Marilyn et Feingersh : sa narration du reportage de Mars 1955 donne lieu à des pages magnifiques, détaillant les clichés les plus marquants de ce projet, où Ed réussit à montrer effectivement l'actrice comme on ne l'a jamais vue (et on ne la reverra plus). Toutefois, l'auteur n'est pas dupe : Marilyn était un fantastique animal médiatique dont on ne savait jamais si elle était vraiment saisie à l'improviste. Sortie du métro, elle demande à Feingersh s'il veut "la" voir : elle prend alors quelques poses suggestives, tous les passants la reconnaissent alors alors que l'instant d'avant, elle se fondait dans la foule new-yorkaise !

Néanmoins, les photos de ces quelques jours dégagent une vérité troublante qui autorise l'auteur et le lecteur à croire que Marilyn est parfois réellement captée au-delà de ce qu'elle savait si bien montrer. Certaines des images reproduites dans les deux cahiers du livre sont fascinantes pour leur ambiguïté : ainsi, sur l'une d'elles, on voit l'actrice apparemment endormie, paisible - dort-elle vraiment ? Et ce sommeil ne préfigure-t-il pas étrangement celui qui l'emportera définitivement sept ans plus tard ? Marilyn ne serait pas vraiment morte : elle ne serait pas réveillée.

La puissance érotique de Marilyn déborde aussi des images de Feingersh qui la saisit dans des attitudes ordinaires, dont l'intimité est aussi plus suggestives que des poses étudiées : ainsi, le fameux cliché où elle se parfume ou celui où elle accroche un de ses bas à son porte-jarretelles, dans une robe noire moulante et très sobre. 

La force de ces images réside dans le fait que Feingersh n'était pas amoureux, attiré, fasciné par la star : cet homme, que sa famille trouvait "bizarre", qui fut aimé par une certaine Roberta qu'il ignora jusqu'à la nuit où il vint mourir chez elle, qui partit en Corée au péril de sa vie en redevenant simple soldat, ne tomba pas dans le piège d'un reportage réalisé par un fan épris de Marilyn. Du coup, comme l'explique très bien Adrien Gombeaud, la justesse de ses clichés, qui ne sont jamais esthétisants (les images sont toujours un peu, voire très, granuleuses, la lumière naturelle est magistralement manipulée, les compositions sont très vivantes et originales : tout cela raconte une histoire visuelle), on voit là ce qui annonce les paparazzi sans le côté glauque, racoleur, indiscret.

L'auteur, lui non plus, ne cède pas aux facilités de langage pour décrire Marilyn dont il sait évoquer la beauté si temporalisée et éternelle à la fois, citant Jane Russell ou Tony Curtis pour parler en termes merveilleusement choisis de cette créature de chair si sensuelle et psychologiquement si fragile mais qui tenta de reprendre son destin en main, ou pointant du doigt avec beaucoup de force (presque de rage) les dérapages d'autres scribes (les passages dégradants de Blonde de Joyce Carol Oates ou, plus abjects, de Alina Reyes) pour rappeler qu'aucune actrice n'aura connu de tels traitements.

Hommage vibrant à cet "instant décisif" dont Feingersh fut un maître méconnu et Marilyn le sujet inattendu et sublimé, Une Blonde à Manhattan est un portrait poignant qui sort de l'oubli un photographe génial et fulgurant qui sut (autant, sinon plus que Milton Greene) montrer son éphémère modèle d'une manière intensément humaine sans forcer les portes de son mystère hypnotique.  
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Ci-dessous, quelques photos d'Ed Feingersh
au cours des six jours en compagnie de Marilyn Monroe :
Ci-dessus : l'autoportrait d'Ed Feingersh lors
de la séance d'essayage de Marilyn Monroe
pour le gala de charité du Madison Square Garden.

dimanche 17 janvier 2016

Critique 794 : SPIROU N° 4057 (13 Janvier 2016)


C'est une splendide couverture pour un vrai joyau, cette semaine dans "Spirou" : un récit complet écrit par Matthieu Reynès et dessiné par Valérie Vernay, Bahuni. Le Labo de Jean-Yves Duhoo fait son retour comme on peut le remarquer sur le bandeau

J'ai aimé :

- Choc : Les fantômes de Knightgrave II (3/12). Dans son enfance, après avoir fugué de la maison de redressement, Eden, le futur Choc, rejoint une bande de gamins délinquants à Londres au service du mystérieux "Monsieur"...
Chaque nouvel épisode confirme le bien qu'il y a à penser de la bande dessinée de Colman et Maltaite, dont l'interview en préambule permet d'apprécier l'exigence et les références. Ce qui est aussi appréciable (pour l'instant, car les chapitres vont inévitablement diminuer en nombre de pages), c'est qu'il y a une vraie matière chaque semaine (8 pages cette fois).

- Spirou et Fantasio : La colère du Marsupilami (6/9). Spirou, Fantasio et Spip font une découverte émouvante dans l'ancienne base de Zorglub. Mais le Marsupilami resurgit et il n'est toujours pas prêt à pardonner...
L'histoire entre dans son dernier tiers et le niveau reste excellent : Vehlmann met enfin face à face les héros et la bestiole tandis que Zantafio rôde aussi dans le coin (ce qui ne présage rien de bon). Yoann met cela en images avec beaucoup de dynamisme (même s'il aurait pu davantage se lâcher en abandonnant les pages en quatre bandes).

- Boni : Paupine ne fait pas bien la cuisine. Les quatre strips de Ian Fortin sont très méchamment drôles, avec l'intervention d'un second rôle qui change des personnages trop récurrents (Maman, Papa, Papy, Brigitte, Bruno).

- Capitaine Anchois. Le fan de Floris que je suis est comblé cette semaine puisque sa bande de piteux pirates a droit à un gag en une page, très marrant, et un strip, également savoureux.

- Rob. Le robot se venge du bambin qui l'insupportait au jardin public : James et Boris Mirroir sont en verve.

- Bahuni, comme un poisson dans l'eau. Bahuni est un gamin chétif appartenant à une tribu de pêcheurs en Océanie et qui doit prouver sa valeur en ramenant du poisson. Il va en pêcher un peu ordinaire...
Matthieu Reynès revient, peu après la fin de la publication du tome 1 de Harmony, dans les pages de la revue, en qualité de scénariste, pour ce récit complet de 8 pages, aux airs de fable initiatique enchanteresse.
Ce pur joyau permet à Valérie Vernay (coloriste de Reynès, mais aussi dessinatrice de leur diptyque, La mémoire de l'eau) de prouver une nouvelle fois son immense talent : le résultat est d'une beauté renversante.

- Le Labo : La Fontaine de Latone. Jean-Yves Duhoo nous dévoile les coulisses des jeux de fontaine de Versailles : ces quatre pages, comme toujours passionnantes, sont moins scientifiques que d'habitude mais rappelle la qualité pédagogique de cette série.

- Happy Birds. Pekko est donc repris chez Rovio et découvre son nouveau job : Trondheim et Piette ont l'art et la manière de malmener leur pauvre héros mais régale le lecteur avec leur humour cruel illustré avec une sobriété impeccable.

- L'Atelier Mastodonte. Alfred et Bianco sont toujours coincés sur le toit : les pompiers, croyant qu'ils sont suicidaires, s'en mêlent... Joyeusement déjanté, les deux doubles strips sont imparables, et la chute de celui de Bianco est irrésistible.

- Tash & Trash. Un gag mordant de Dino, encore une fois parfait.  

En direct de la rédak donne la parole à Valérie Vernay qui dévoile les coulisses de Bahuni et son envie d'une histoire sur le même thème mais pour un album avec une héroïne. La semaine prochaine, hourra, c'est le retour de Jérôme K. Jérôme Bloche pour sa 25ème enquête.
Les aventures d'un journal revient sur la mésaventure croquignolette d'un libraire dijonnais en 1966 dont la passion pour les Schtroumpfs le conduisit à être arrêté !

Les abonnés ont en supplément un mini-récit épatant, intitulé Le Mini-Récif, par L411 et Sti.  

vendredi 15 janvier 2016

Critique 793 : OU LE REGARD NE PORTE PAS..., L'INTEGRALE, de Georges Abolin et Olivier Pont


OU LE REGARD NE PORTE PAS..., L'INTEGRALE rassemble en un seul volume les deux tomes du récit complet écrit par Georges Abolin et Olivier Pont et dessiné par Olivier Pont, publié en 2004 par Dargaud. 
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 (Ci-dessus : la couverture et un extrait du tome 1.)
 
(Ci-dessus : la couverture et un extrait du tome 2.)

- Tome 1. 1906. William Batley et ses parents arrivent d'Angleterre pour s'installer dans les environs du petit village italien de Barellito. Le père de famille veut y développer un commerce basé sur la pêche intensive loin des côtes. Ce projet est considéré avec hostilité par les pêcheurs locaux qui vivent déjà de peu.
Mais William ne s'en soucie guère car il fait la connaissance de Lisa et de ses deux amis, Paolo et Nino. La fillette les réunit car ils sont nés le même jour et elle est persuadée qu'il s'agit d'un signe sans en connaître le sens exact.
Le père de Lisa, Francesco, vit aussi à l'écart des villageois et met en garde les Batley contre eux. Il a raison de s'en méfier car il a une liaison avec la soeur aînée de Paolo, qui, quand elle sera découverte déclenchera une tragédie...

- Tome 2. 1926. William retrouve Nino et Paolo en Turquie où ils ont été appelés par Lisa, qui vient de faire une fausse couche et dont l'amant, Thomas, est parti au Costa Rica. Elle demande à ses amis de l'accompagner là-bas pour le retrouver.
Leur expédition les conduit jusqu'à Caluinta, où ne restent que des mines d'or abandonnées et un vieil homme qui semble garder les lieux. Lisa y révèle à William, Paolo et Nino, que ce qui les lie depuis toujours serait leur capacité à accéder à leurs vies antérieures. Dans l'une d'elles, ils auraient été les enfants d'Emilie Rudesky, qui vécut et mourut ici il y a trente ans jusqu'à ce que son mari, un orpailleur prénommé Leopold, ne les tue, elle et leurs enfants, avant de se donner la mort. Thomas revivrait, lui, le calvaire de Leopold.
Réussiront-ils à éviter un nouveau drame ?

Georges Abolin et Olivier Pont sont des partenaires de longue date puisqu'ils ont déjà réalisé ensemble Cap'taine Kucek (trois tomes, parus chez Vents d'Ouest) et Totale Maîtrise (deux tomes, chez le même éditeur). Mais c'est avec le diptyque Où le regard ne porte pas... qu'ils ont signé leur oeuvre la plus populaire.

En examinant les couvertures des deux albums, on a déjà une idée de la tonalité de cette histoire ambitieuse de près de 200 pages : dans un premier temps, on assiste à une sorte de récit initiatique dominé par la lumière chaleureuse de l'Italie, puis dans un second temps, les personnages devenus adultes sont embarqués dans une aventure plus dramatique aux accents fantastiques dans les ténèbres de la jungle costaricienne.

Il est important de préciser, à ce stade, que ce projet n'est pas le fruit des efforts d'un binôme organisé de manière classique, avec un scénariste d'un côté et un dessinateur de l'autre : en effet, Abolin et Pont ont co-écrit cette histoire, ce qui suggère bien l'investissement spécial qu'elle a représentée pour chacun d'eux.

Le propos est d'abord assez classique dans sa facture romanesque avec l'arrivée de cette famille anglaise dans un coin sauvage de l'Italie au début du XXème siècle. Le drame est dans l'air dès le départ car l'accueil des habitants n'est pas hospitalier, on devine donc immédiatement que ce premier acte se terminera mal. Néanmoins, les auteurs, malgré cette charge émotionnelle, enchantent le lecteur dans un cadre magnifique : les dessins de Pont, son découpage dynamique et aéré, donnent une vraie majesté à l'ensemble, avec des personnages qu choisissent d'ignorer puis d'affronter positivement l'adversité.

Les tracas des adultes sont presque relégués au second plan au profit de l'amitié qui naît entre William, d'une part, et Lisa, Nina, Paolo, de l'autre. Les trois garçons sont déjà, à l'évidence, tous amoureux de la fillette, et cela sera important dans le second acte pour justifier qu'ils acceptent de l'aider dans une mission extravagante.

La violence se manifeste de manière fulgurante et aboutit à une tragédie rendue encore plus poignante par le choix intelligent d'Abolin et Pont de la figurer sobrement, avec des pages muettes très intenses, sous ce soleil qui éclaire alors les scènes avec cruauté. Ce paradis a été le théâtre d'une pièce où les préjugés ont condamné l'innocence et le bonheur.

La deuxième et dernière partie débute avec une ellipse audacieuse puisque l'action reprend vingt ans après les événements précédents. Le lecteur entame ce nouvel album avec des attentes considérables car, dans le premier, les auteurs ont disposé de mystérieux flash-backs mettant en scène des personnages autres que les héros dans des situations intrigantes. Il a aussi été question d'un étrange artefact, visiblement magique, avec lequel Lisa est entrée en contact dès 1902.

Avec le voyage qu'effectuent les quatre amis en Amérique du Sud, dans les profondeurs de la jungle du Costa-Rica, les auteurs prennent leur temps, tout en convoquant Au coeur des ténèbres de Joseph Conrad (qui inspira le film Apocalypse Now, de Francis Ford Coppola). Le lecteur sait qu'il faut se méfier des apparences dans cette histoire et attend donc avec curiosité l'heure des révélations.

Abolin et Pont s'engagent donc dans un récit explorant la métempsycose, c'est-à-dire la transmigration, après la mort, de l'âme d'un corps dans un autre. Un pari risqué dont ils se sortent bien et dont les termes expliquent effectivement les retours en arrière énigmatiques du tome 1 (avec une longue séquence - six pages - de toute beauté, dont William est l'acteur principal) et le rôle de l'artefact (dont l'itinéraire du Costa Rica à l'Italie est aussi habilement retracé).

Néanmoins, l'addition de Thomas, l'amant de Lisa, est un peu sous-exploité, ou plutôt utilisé à la manière d'un élément devant opérer la liaison entre elle et l'aventure dans laquelle elle a entraînée William, Paolo et Nino. Mais les auteurs relient, narrativement et graphiquement, le sort de Thomas et celui que connut Francesco, le père de Lisa, avec adresse, dans une séquence encore une fois émotionnellement puissante et à nouveau muette. Le résultat est suffisamment efficace pour que le lecteur ait l'impression de lire les cris alors qu'ils sont absent à l'image.

Le style de Olivier Pont se distingue encore une fois par l'ampleur de sa mise en scène et l'expressivité semi-réaliste des personnages. La composition de ses plans est magistrale, avec une sensation de spatialité impressionnante, où la colorisation de Jean-Jacques Chagnaud joue un rôle essentiel, avec une palette très nuancée et lumineuse, valorisant les décors naturels.

Où le regard ne porte pas... est une oeuvre qui mérite les louanges et le succès commercial qu'elle reçus : histoire singulière, spectaculaire et intime, aux émotions aiguisées, le résultat est un plaisir à lire et procure une impression durable.